Saint Aidan de Lindisfarne (590-651)

Saint Aidan de Lindisfarne (v. 590-651), moine irlandais venu de l'île d'Iona, est l'« apôtre de la Northumbrie ». Envoyé en 635 par le roi Oswald après l'échec d'un premier évêque, il évangélisa tout un royaume par la douceur — « le lait d'une doctrine plus douce ». Évêque-mendiant de Lindisfarne, il marchait à pied, donnait tout aux pauvres, rachetait des esclaves pour en faire des prêtres et forma une génération de saints. Il mourut le 31 août 651 appuyé contre le contrefort de l'église ; cette nuit-là, le jeune Cuthbert vit son âme portée au ciel par les anges.

Ignispedia

Saint Aidan de Lindisfarne (vers 590 – 651) est l'apôtre de la Northumbrie : le moine irlandais venu de l'île de Iona qui, en moins de seize ans, fit d'un royaume anglo-saxon à peine sorti du paganisme l'un des foyers les plus lumineux de la chrétienté du VIIᵉ siècle. Évêque sans palais, il choisit pour siège une île battue par la mer du Nord, Lindisfarne ; il parcourut son diocèse à pied, donnait aussitôt aux pauvres tout ce que les rois lui offraient, rachetait des esclaves pour en faire des prêtres, et conquit les cœurs non par la contrainte mais par la douceur de l'exemple[1][2].

Tout ce que nous savons de lui, ou presque, nous vient d'un seul livre, et d'un témoin de qualité exceptionnelle : l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, écrite moins d'un siècle après sa mort, dans le même pays et dans la mémoire vivante de ses disciples[3][4]. Or Bède, moine romain de cœur, désapprouvait la manière dont Aidan calculait la date de Pâques ; et pourtant, c'est à lui que nous devons le plus beau portrait de sainteté de toute son histoire. Quand un adversaire sur un point d'observance rend un tel hommage, l'historien sait qu'il touche un saint véritable.

Cet article présente l'homme et le saint : l'enfant d'Iona, l'évêque-mendiant de Lindisfarne, le maître de douceur qui forma une génération entière de saints anglais, l'ami des rois qui osait les reprendre, le thaumaturge qui détourna les flammes d'un siège, et le mourant que le jeune Cuthbert vit, la même nuit, monter au ciel porté par les anges. Pour le monde monastique dont il sort, voir saint Columba et saint Patrick ; pour la mission romaine parallèle, voir saint Augustin de Cantorbéry et saint Grégoire le Grand.

Qui est saint Aidan de Lindisfarne ?

L'apôtre de la Northumbrie

À la mort d'Aidan, en 651, la Northumbrie — vaste royaume couvrant le nord de l'Angleterre et le sud de l'Écosse actuels — était devenue chrétienne. Ce n'était pas acquis seize ans plus tôt : la première tentative d'évangélisation, venue du sud avec l'évêque Paulin, s'était effondrée à la mort du roi Edwin en 633, et le pays avait reflué vers le paganisme[5]. C'est Aidan, parti de l'ouest celtique, qui releva l'entreprise et la mena à bien. La tradition lui a justement donné le titre d'« apôtre de la Northumbrie »[6][7].

D'Iona à Lindisfarne — les lieux décisifs de la mission de saint Aidan en Northumbrie : Iona, Lindisfarne, Bamburgh, Farne, Melrose et Whitby. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Son génie ne fut pas celui d'un organisateur ni d'un théologien : ce fut celui d'un témoin. Bède le dit sans détour : Aidan enseignait d'abord par sa vie, et ses paroles ne faisaient que confirmer ce que tous voyaient en lui. De cette île de Lindisfarne, il rayonna sur tout un peuple, et la postérité spirituelle qu'il laissa — un essaim de saints évêques, d'abbés et de moines — fit du nord de l'Angleterre, pendant un demi-siècle, le phare intellectuel et spirituel de l'Occident, jusqu'à produire Bède lui-même.

Un saint de la douceur

Le trait que toutes les sources s'accordent à souligner, c'est la douceur d'Aidan. À une époque où l'on convertissait souvent par la pression des rois et la démonstration de force, lui choisit la patience. Il ne brusquait personne, ne réclamait rien, n'imposait pas la foi : il la proposait, marchant de village en village, s'arrêtant pour parler aux gens, baptisant ceux qui croyaient, encourageant ceux qui hésitaient[8]. Cette pédagogie de la tendresse, Bède la résume dans une formule devenue célèbre : Aidan donnait d'abord « le lait d'une doctrine plus douce »[9].

Cette douceur n'était pas faiblesse. Aidan savait être d'une liberté redoutable devant les puissants : il refusait l'argent des rois pour son usage, reprenait sans crainte les riches qui faisaient le mal, et imposait à tous, à commencer par lui-même, la rigueur du jeûne[10][11]. La douceur, chez lui, était la forme que prenait une force intérieure entièrement remise à Dieu.

Le nom : « le petit feu »

Son nom irlandais, Áedán, est un diminutif de áed, « feu » : il signifie quelque chose comme « le petit feu » ou « l'enflammé »[12]. Le hasard des langues a doté l'apôtre de la Northumbrie d'un nom qui dit sa mission : porter, d'île en île et de cœur en cœur, le feu de l'Évangile. L'iconographie tardive le représente d'ailleurs souvent une torche à la main, en écho au miracle des flammes détournées de Bamburgh ; c'est à ce titre qu'une tradition postérieure en a fait aussi un patron des pompiers[13].

Le monde d'Aidan : la Northumbrie du VIIᵉ siècle

Iona, fille de Columba

Aidan est un pur fruit du monachisme celtique. Il naît en Irlande vers 590 et devient moine à Iona, la petite île des Hébrides où saint Columba (Colomcille) avait fondé, en 563, le monastère qui allait évangéliser l'Écosse et former des générations de missionnaires[14][15]. Une tradition le rattache aussi, dans sa jeunesse, à saint Senán sur l'île d'Inis Cathaigh[16].

Iona n'était pas un monastère comme les autres. C'était une pépinière d'apôtres, organisée selon les usages irlandais : un abbé plutôt qu'un évêque au sommet, une ascèse rude, un amour passionné de l'Écriture et de la copie des manuscrits, et un sens aigu du peregrinatio pro Christo, l'exil volontaire pour l'amour du Christ. C'est cet esprit qu'Aidan portera en Northumbrie. Pour la souche irlandaise commune, voir saint Patrick ; pour le rameau continental du même élan, voir saint Colomban.

Oswald, le roi en exil revenu chrétien

L'histoire d'Aidan est inséparable de celle d'un roi : Oswald de Northumbrie. Prince exilé après la mort de son père, Oswald avait trouvé refuge à Iona, où il avait été baptisé et formé par les moines[17]. En 634, il reconquit son royaume à la bataille de Heavenfield, après avoir dressé une croix de bois et prié toute son armée à genoux devant elle — premier signe public de la foi qui allait transformer la Northumbrie[18][19].

Roi chrétien, Oswald voulut aussitôt évangéliser son peuple. Mais au lieu de se tourner vers la mission romaine du sud, il se tourna vers ceux qui l'avaient converti : il envoya demander un évêque à Iona[20]. Ce choix décida de tout : la Northumbrie serait évangélisée par l'Église celtique, et c'est ainsi qu'Aidan entra dans l'histoire.

L'échec du premier évêque

Iona envoya d'abord un autre moine — la tradition l'appelle Corman. Ce fut un échec. Bède rapporte qu'il revint bientôt, déclarant les Northumbriens intraitables, durs et barbares, impossibles à convertir[21]. C'est dans l'assemblée des moines réunis pour examiner cet échec qu'Aidan apparaît pour la première fois, et d'une seule phrase il révèle son âme :

« Il me semble, frère, que tu as été trop dur envers tes auditeurs ignorants : tu aurais dû leur offrir d'abord, selon l'usage des apôtres, le lait d'une doctrine plus douce, jusqu'à ce que, nourris peu à peu de la parole de Dieu, ils deviennent capables de recevoir les préceptes plus parfaits. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 5[22]

Tous les regards se tournèrent vers lui : celui qui jugeait si bien le défaut de l'autre était l'homme qu'il fallait envoyer. Aidan fut consacré évêque et envoyé en Northumbrie. Bède conclut que la faute du prédécesseur révéla la vertu d'Aidan, « en qui se trouvait par-dessus tout cette discrétion qui est la mère des vertus »[23].

La vocation et l'envoi (635)

« Le lait d'une doctrine plus douce »

La phrase d'Aidan sur le lait de la doctrine n'est pas une simple repartie : c'est tout un programme missionnaire. Elle reprend la pédagogie de saint Paul, qui donnait aux Corinthiens encore charnels « du lait, non une nourriture solide » (1 Co 3, 2). Aidan comprend que la conversion d'un peuple ne se décrète pas : elle se cultive, étape par étape, en rencontrant les gens là où ils sont. C'est l'inverse de la conquête : une patience d'éducateur.

Cette intuition rejoint, par d'autres voies, celle de la mission romaine : quelques décennies plus tôt, saint Grégoire le Grand recommandait à saint Augustin de Cantorbéry de ne pas détruire brutalement les temples païens mais de les purifier et de les convertir, « car celui qui veut gravir un sommet s'élève par degrés, non par bonds ». Deux écoles, romaine et celtique, séparées sur la date de Pâques, se rejoignaient sur l'essentiel de la méthode : la douceur et la progressivité.

Lindisfarne, l'île-monastère

Pour son siège, Aidan ne demanda pas une ville mais une île : Lindisfarne, aujourd'hui Holy Island, une langue de terre que la marée sépare deux fois par jour du continent, au large de la forteresse royale de Bamburgh[24][25]. Le choix est révélateur. À la romaine, un évêque siège dans une cité ; à la celtique, il vit dans un monastère. Aidan, évêque et moine, voulut une île où prier, étudier, former ses disciples, et d'où rayonner — comme Iona dont elle devint la fille spirituelle.

Lindisfarne, Holy Island — les ruines du prieuré médiéval rappellent le monastère fondé par saint Aidan en 635. Wikimedia Commons, photo Ian S / Geograph, licence CC BY-SA 2.0.

Il y fonda en 635 un monastère qui allait devenir l'un des plus célèbres de la chrétienté. C'est à Lindisfarne, deux générations plus tard, que seront enluminés les fameux Évangiles de Lindisfarne, chef-d'œuvre de l'art insulaire ; c'est là que vivra et mourra saint Cuthbert ; c'est de là que partira tout un courant de sainteté. Le grain semé par Aidan deviendra une forêt.

Le roi interprète

L'un des plus beaux tableaux que nous ait laissés Bède montre le roi et l'évêque côte à côte. Aidan, fraîchement arrivé, ne parlait pas encore l'anglais ; mais le roi Oswald, élevé à Iona, parlait couramment l'irlandais. Aussi voyait-on souvent, dans les premiers temps, l'évêque prêcher en gaélique et le roi en personne traduire ses paroles à ses comtes et à ses serviteurs[26].

« Il était très beau de voir le roi lui-même interpréter la parole de Dieu pour ses chefs et ses ministres, car il avait parfaitement appris la langue des Scots durant son long exil. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 3[27]

Cette image résume l'alliance d'Aidan et d'Oswald : non pas un roi qui se sert de l'Église, mais un roi qui se fait serviteur de la Parole, agenouillé au sens spirituel devant l'humble moine venu des îles. L'évangélisation de la Northumbrie est née de cette amitié entre la sainteté et le pouvoir mis au service de Dieu.

La méthode missionnaire d'Aidan

À pied, jamais à cheval

La méthode missionnaire de saint Aidan — marcher à pied, parler à chacun, donner aux pauvres, racheter les captifs, former des prêtres locaux, jeûner et prier. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le détail qui frappa le plus la mémoire chrétienne est qu'Aidan voyageait à pied. Évêque, il aurait pu chevaucher ; il refusa, pour rester au niveau de ceux qu'il rencontrait. Bède l'a noté comme un trait essentiel :

« Qu'il fût en voyage ou ailleurs, il avait coutume de parcourir le pays à pied, jamais à cheval, sauf nécessité pressante ; afin que, marchant ainsi parmi les gens, il pût, dès qu'il apercevait quelqu'un, riche ou pauvre, s'arrêter aussitôt pour l'inviter, s'il était infidèle, au mystère de la foi, ou, s'il était croyant, l'affermir dans la foi. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 5[28]

Marcher, c'était pour Aidan une pédagogie. À cheval, l'évêque passe au-dessus du peuple ; à pied, il marche avec lui. La mission n'était pas une tournée d'inspection, mais une rencontre, homme à homme, sur le bord du chemin.

L'aumône et le rachat des esclaves

Aidan ne gardait rien pour lui. Tout ce que les rois et les riches lui donnaient, il le redistribuait aussitôt aux pauvres[29]. Mieux : avec l'argent reçu, il rachetait des esclaves injustement vendus, et nombre de ceux qu'il libérait ainsi, il les instruisait et les élevait jusqu'au sacerdoce[30][31]. Geste d'une portée immense : l'évêque transformait l'aumône en promotion spirituelle, faisant d'anciens captifs les futurs prêtres de l'Église.

« Tout l'argent qu'il recevait des riches, ou bien il le distribuait, comme on l'a dit, pour l'usage des pauvres, ou bien il l'employait à racheter ceux qui avaient été injustement vendus comme esclaves. Beaucoup de ceux qu'il avait ainsi rachetés, il les fit ensuite ses disciples, et, les ayant instruits et formés, il les éleva à la prêtrise. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 5[32]

L'école des douze garçons anglais

Aidan eut une intuition de génie pour l'avenir de l'Église anglaise : ne pas se contenter de moines irlandais importés, mais former le clergé sur place. Il prit à Lindisfarne douze jeunes garçons anglais pour les instruire dès l'enfance, afin que la Northumbrie ait bientôt ses propres évêques, ses propres maîtres, sa propre Église enracinée[33][34].

Le pari fut tenu au-delà de toute espérance. Parmi ces douze figuraient Eata, futur abbé de Melrose puis de Lindisfarne, et les frères Cedd (futur évêque des Saxons de l'Est) et Chad (futur évêque de Mercie, lui aussi canonisé)[35]. La petite école de l'île devint la matrice de l'épiscopat anglais.

Une Église qui forme des saints

Le fruit le plus éclatant d'Aidan, ce sont les saints qu'il a suscités ou soutenus. Quand une noble dame nommée Hilda voulut se consacrer à Dieu, c'est Aidan qui l'encouragea, la rappela en Northumbrie et la guida dans sa vocation ; elle deviendra l'abbesse de Whitby, l'une des plus grandes figures de l'Église anglaise[36]. Et la nuit même de la mort d'Aidan, un jeune berger nommé Cuthbert reçut la vision qui décida de sa vie monastique[37].

Saint formé ou soutenu par AidanRôleLien
EataAbbé de Melrose, puis abbé et évêque de Lindisfarnel'un des douze garçons d'Aidan
CeddÉvêque des Saxons de l'Est (Essex)l'un des douze garçons d'Aidan
ChadAbbé puis évêque de Mercie (Lichfield)frère de Cedd, l'un des douze
HildaAbbesse de Whitby, hôtesse du synode de 664rappelée et guidée par Aidan
CuthbertMoine et évêque de Lindisfarne, grand saint du Nordconverti par la vision de la mort d'Aidan
Saint Aidan et sainte Hilda — vitrail représentant la visite d'Aidan à Hilda, figure majeure de l'Église northumbrienne. Wikimedia Commons, photo Weglinde, licence CC0.

On mesure la fécondité d'une vie à ses fruits : peu de saints ont engendré autour d'eux une telle floraison. Pour la suite de cette lignée, voir saint Cuthbert, sainte Hilda de Whitby et saint Bède le Vénérable, qui en fut l'héritier lointain.

La spiritualité de saint Aidan

La prière et l'Écriture

Au cœur de cette activité débordante, Aidan était d'abord un contemplatif. Bède note qu'il employait son temps libre à lire l'Écriture et à la faire apprendre par cœur, et qu'il astreignait à cette discipline tous ceux qui l'accompagnaient, clercs ou laïcs : où qu'ils aillent, ils devaient soit méditer les psaumes, soit étudier les Écritures[38]. La mission jaillissait de la prière ; l'action naissait de la Parole ruminée.

Le jeûne et la retraite à Inner Farne

Aidan vivait dans une grande austérité. Avec ses disciples, il jeûnait le mercredi et le vendredi jusqu'à la neuvième heure (vers quinze heures), toute l'année, sauf pendant les cinquante jours de joie après Pâques — une discipline que beaucoup, à son exemple, adoptèrent[39]. Et lorsqu'il voulait prier dans la solitude, il se retirait sur la petite île de Farne, au large de Bamburgh, déserte et battue par les vents[40]. Là, dans le silence de la mer, l'apôtre infatigable se rechargeait de Dieu. Cuthbert, plus tard, y vivra en ermite : Aidan lui avait montré le chemin.

La liberté évangélique devant les puissants

La douceur d'Aidan n'allait jamais jusqu'à la complaisance. Bède insiste : l'évêque ne flattait pas les riches, ne se taisait pas sur leurs fautes par crainte ou par intérêt, mais les corrigeait avec une franchise sévère[41]. Quand de puissants personnages venaient à sa table, il ne leur servait que la nourriture simple des pauvres et leur faisait sentir, sans mépris mais sans flatterie, la vanité des richesses. Cette liberté de parole devant les grands est le revers exact de sa tendresse envers les petits : un même amour de la vérité, qui console les humbles et secoue les puissants.

Aidan et les rois

Oswald, l'ami et le martyr

L'amitié d'Aidan et d'Oswald dura jusqu'à la mort du roi. Bède raconte un trait qui les peint tous deux. Un jour de Pâques, alors que le roi allait se mettre à table avec l'évêque, on annonça qu'une foule de pauvres mendiait dehors. Oswald fit aussitôt porter aux pauvres le plat d'argent destiné au festin, et ordonna même de briser le plat pour en distribuer les morceaux. Saisi, Aidan prit la main droite du roi et s'écria : « Que jamais cette main ne connaisse la corruption ! »[42]

Oswald fut tué au combat en 642, contre le païen Penda de Mercie, en priant pour l'âme de ses soldats. La tradition rapporte que sa main droite resta incorrompue, accomplissant la parole d'Aidan, et devint une relique vénérée[43]. Le roi mourut en martyr ; l'évêque lui survécut neuf ans, fidèle à sa mémoire.

Oswine et le cheval donné au pauvre

Après Oswald régna sur la province de Deira un autre roi saint, Oswine, d'une bonté et d'une humilité remarquables, que Bède appelle l'ami d'Aidan. L'épisode le plus célèbre de toute la vie d'Aidan est celui du cheval. Oswine avait donné à l'évêque un excellent cheval royal, harnaché, pour lui éviter de toujours marcher et de franchir les rivières à pied. Or, en chemin, Aidan rencontra un pauvre qui mendiait ; sans hésiter, il lui donna le cheval royal, harnais compris[44].

Le roi, l'apprenant, s'en montra peiné : « N'avions-nous pas des chevaux de moindre valeur à donner aux pauvres, sans qu'il fallût se défaire de celui que je t'avais spécialement choisi ? » Aidan répondit alors par cette parole qui a traversé les siècles :

« Que dis-tu, ô roi ? Ce poulain de jument t'est-il donc plus cher que ce fils de Dieu ? » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 14[45]

La suite est plus belle encore. Le roi, qui rentrait de la chasse et se réchauffait près du feu, médita ces mots, jeta soudain ses armes, se jeta aux pieds de l'évêque et demanda pardon, promettant de ne plus jamais disputer à Aidan ce qu'il donnerait aux fils de Dieu. Voyant cela, l'évêque, bouleversé, fondit en larmes. Un prêtre lui en demanda la raison, en irlandais pour n'être pas compris du roi ; Aidan répondit :

« Je sais que le roi ne vivra pas longtemps : car jamais je n'ai vu un roi si humble. Cette nation ne mérite pas d'avoir un tel chef. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 14[46]

La prophétie s'accomplit. Oswine fut traîtreusement assassiné le 20 août 651. Aidan, le cœur brisé, ne lui survécut que douze jours[47][48]. La douceur de l'évêque et celle du roi se rejoignirent jusque dans une mort presque simultanée.

Les miracles de saint Aidan

L'huile qui apaise la tempête

Bède, qui ne prodigue pas les récits merveilleux à la légère, rapporte plusieurs miracles d'Aidan. L'un d'eux concerne une tempête en mer. Aidan avait remis à un prêtre, qui devait accompagner par bateau une jeune fiancée du roi, une fiole d'huile bénite, en lui annonçant qu'une tempête se lèverait et qu'il devrait alors répandre l'huile sur les flots. Ainsi advint-il : la tempête déchaînée, le prêtre versa l'huile, et la mer s'apaisa aussitôt, ramenant la barque au port[49]. Le don de prophétie et la maîtrise des éléments, dans la tradition de l'Évangile (cf. Mc 4, 39), manifestaient la sainteté du moine.

Les flammes détournées de Bamburgh

Le miracle le plus saisissant eut lieu lors d'un siège. Le roi païen Penda de Mercie, ennemi acharné des chrétiens, attaqua la forteresse royale de Bamburgh ; ne pouvant la prendre, il entassa contre les murailles des poutres et des fagots auxquels il mit le feu, espérant brûler la place. Or Aidan se trouvait alors en retraite sur l'île de Farne, à deux milles de là. Apercevant les flammes et la fumée portées par le vent vers la ville, il leva les yeux et les mains au ciel et cria, en larmes :

« Vois, Seigneur, quels grands maux fait Penda ! » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 16[50]

Bamburgh, lieu de la mort d'Aidan — la forteresse royale de Northumbrie, associée au miracle des flammes détournées contre Penda et aux derniers jours du saint. Wikimedia Commons, photo mattbuck, licence CC BY-SA 4.0.

Aussitôt, dit Bède, le vent tourna et rabattit les flammes sur ceux qui les avaient allumées ; saisis de frayeur, les assiégeants renoncèrent[51]. La prière de l'homme de Dieu fit ce que les armes n'avaient pu faire : sauver une ville. C'est à cette scène que la tradition postérieure a rattaché son patronage des pompiers et l'attribut de la torche.

La mort de saint Aidan (31 août 651)

Appuyé contre le contrefort de l'église

Aidan mourut le 31 août 651, dans la dix-septième année de son épiscopat[52]. Il fut pris de maladie alors qu'il se trouvait près de Bamburgh. On lui avait dressé une tente contre le mur ouest de l'église ; et c'est là, appuyé contre le contrefort de bois qui soutenait l'édifice, qu'il rendit son âme à Dieu[53].

Bède ajoute un détail qui frappa les esprits : ce contrefort, ce poteau de bois contre lequel le saint mourut, échappa par deux fois à l'incendie qui détruisit l'église, comme préservé par la sainteté de celui qui l'avait touché ; on le conserva ensuite dans la nouvelle église, et des miracles s'y produisirent[54]. L'évêque qui n'avait rien possédé laissait pour relique un simple poteau de charpente — image parfaite de son dépouillement.

La vision de Cuthbert

La nuit même de la mort d'Aidan, à des dizaines de kilomètres de là, un adolescent gardait des troupeaux sur les collines : il s'appelait Cuthbert. Veillant et priant, il vit soudain le ciel s'ouvrir et une lumière descendre ; au milieu, des anges portaient vers le ciel une âme de feu. Au matin, il apprit que l'évêque Aidan était mort à cette heure précise. Bouleversé, Cuthbert comprit que c'était l'âme du saint qu'il avait vu monter, et il résolut de se faire moine[55].

Ainsi la mort d'Aidan engendra immédiatement la vocation de celui qui deviendrait le plus aimé des saints du Nord. Le « petit feu » d'Iona, en s'éteignant sur la terre, alluma un autre flambeau. Pour la suite de cette histoire, voir saint Cuthbert.

La question de la date de Pâques

Le calcul celtique

Aidan appartenait à l'Église celtique, qui calculait la date de Pâques selon un comput ancien différent de celui de Rome, et dont les moines portaient une tonsure particulière. Sur ces points d'observance — non de doctrine —, l'Église irlandaise s'était trouvée peu à peu en décalage avec l'usage romain qui s'imposait partout ailleurs[56][57]. Aidan tint, en toute bonne foi, à la coutume de ses pères d'Iona.

Le jugement nuancé de Bède

Ici se révèle la grandeur de Bède comme historien et comme catholique. Bède était résolument romain : il désapprouvait ouvertement le comput pascal d'Aidan, qu'il jugeait erroné. Et pourtant, il refuse de réduire le saint à son erreur de calcul. Il distingue avec soin l'observance et la sainteté, et rend à Aidan un hommage d'autant plus crédible qu'il vient d'un contradicteur :

« Je loue et j'admire dans cet homme tout ce que je sais ou crois véritablement digne de louange, parce que ce sont des choses qui plaisent à Dieu : son amour de la paix et de la charité, de la continence et de l'humilité ; son âme victorieuse de la colère et de l'avarice, méprisant l'orgueil et la vaine gloire. » — Bède, Histoire ecclésiastique, III, 17[58]

Bède reproche à Aidan de n'avoir pas observé Pâques selon le vrai calcul, mais il ajoute aussitôt qu'il célébrait la Résurrection avec une foi, une piété et un amour droits, et qu'il agissait « par ignorance du calcul canonique », non par mépris de l'unité[59]. C'est un modèle de discernement catholique : tenir fermement la vérité de la discipline ecclésiale, sans pour autant damner un saint manifestement aimé de Dieu, dont la vie était une prédication continuelle de l'Évangile. La sainteté n'est pas l'absence d'erreur ; c'est la charité parfaite.

Whitby (664) et le transfert des reliques

La question pascale fut tranchée treize ans après la mort d'Aidan, au synode de Whitby (664), dans le monastère même de sainte Hilda : le roi Oswiu adopta l'usage romain, défendu notamment par saint Wilfrid[60]. Une partie des moines irlandais, conduits par l'évêque Colman, préféra alors se retirer vers le nord plutôt que de changer ; en partant, Colman emporta avec lui une partie des ossements de saint Aidan vers Iona[61]. Ainsi les reliques de l'apôtre de la Northumbrie reprirent-elles, après sa mort, le chemin de l'île qui l'avait envoyé.

Le culte et l'héritage

Reliques et lieux

Aidan fut d'abord inhumé à Lindisfarne, à droite de l'autel de l'église Saint-Pierre, « avec les honneurs dus à un si grand évêque »[62]. Une partie de ses reliques partit ensuite à Iona avec Colman[63] ; au XIᵉ siècle, des moines de Glastonbury obtinrent de supposées reliques d'Aidan, ce qui contribua à diffuser son culte dans le sud de l'Angleterre[64]. Aujourd'hui encore, Lindisfarne (Holy Island) demeure un haut lieu de pèlerinage, et une statue de saint Aidan, torche en main, y rappelle sa mémoire.

Patronages et mémoire

Statue de saint Aidan à Lindisfarne — la torche rappelle le « petit feu » de son nom et le miracle des flammes détournées de Bamburgh. Wikimedia Commons, photo mattphotos, licence CC BY 2.0.

Sa fête est célébrée le 31 août, jour de sa mort, par les catholiques, les orthodoxes et les anglicans[65][66]. Il est honoré comme patron de la Northumbrie, et, par allusion au miracle des flammes de Bamburgh, la tradition postérieure en a fait aussi un patron des pompiers. Son nom a été donné à des écoles et à un collège de l'université de Durham. Surtout, sa mémoire reste attachée à une certaine manière d'évangéliser — humble, douce, pauvre, itinérante — que l'on redécouvre aujourd'hui comme une leçon de mission pour notre temps.

Ce que saint Aidan nous enseigne aujourd'hui

Quatorze siècles après sa mort, l'apôtre de la Northumbrie reste étonnamment actuel. Il enseigne d'abord que l'on convertit par la douceur et par l'exemple, non par la pression : le « lait d'une doctrine plus douce » est encore le seul chemin pour rejoindre un monde qui ne supporte plus qu'on lui impose la vérité, mais qui se laisse encore toucher par une vie donnée.

Il enseigne ensuite la liberté du pauvre. Aidan ne possédait rien, donnait tout, marchait à pied, mangeait la nourriture des humbles ; et c'est de ce dépouillement que venait son autorité sur les rois. L'évêque qui ne tenait à rien pouvait tout dire, parce qu'il n'avait rien à perdre ni à gagner. Sa liberté évangélique devant les puissants est le fruit direct de sa pauvreté réelle.

« Ce poulain de jument t'est-il donc plus cher que ce fils de Dieu ? » — La question d'Aidan au roi Oswine traverse les siècles comme un examen de conscience. Tout ce que nous possédons, gardons, préférons — le saint nous demande si cela vaut, à nos yeux, plus qu'un seul des pauvres en qui le Christ se cache. C'est la question d'un homme qui, ayant tout donné, avait gagné Dieu. Un petit feu venu d'une île perdue, et dont la flamme n'a pas fini d'éclairer.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 5 : portrait majeur d'Aidan. L'échec du premier évêque (« durs et intraitables ») ; la phrase d'Aidan sur le « lait d'une doctrine plus douce » (lac doctrinae mollioris) à l'usage des apôtres ; la discretio « mère des vertus » ; sa consécration et son envoi ; ses voyages à pied et non à cheval ; l'aumône immédiate aux pauvres ; le rachat des esclaves injustement vendus, dont beaucoup devinrent ses disciples et furent élevés à la prêtrise ; la lecture et la mémorisation de l'Écriture imposée à ses compagnons ; le jeûne du mercredi et du vendredi jusqu'à la neuvième heure ; sa franchise envers les riches qu'il ne flattait jamais. Bède y joint sa réserve sur le comput pascal celtique.

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  2. Catholic Encyclopedia (newadvent.org/cathen/01233d.htm), article « St. Aidan of Lindisfarne » (1907) : moine irlandais, passé par saint Senán à Iniscathay puis moine d'Iona vers 630, sans lieu de naissance indiqué ; choisi en 635 comme premier évêque de Lindisfarne à la demande d'Oswald après l'échec d'un premier missionnaire ; sa douceur, son aumône, le rachat des esclaves devenus prêtres ; mort à Bamburgh le 31 août 651, restes portés à Lindisfarne ; fête le 31 août. L'article ne mentionne ni Glastonbury ni le transfert à Iona (ce dernier est attesté par Bède, HE III, 26).

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  3. Encyclopædia Britannica, « Saint Aidan » : moine irlandais d'Iona (mort 651), apôtre de la Northumbrie, fondateur de Lindisfarne (635) sous le roi Oswald ; modèle de douceur missionnaire ; fête le 31 août ; patron de la Northumbrie.

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  4. Bède, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, livre III, chap. 1 : après la mort du roi chrétien Edwin (633), la Northumbrie retombe dans l'apostasie sous les rois Osric et Eanfrid ; l'évêque Paulin, venu du sud avec la mission romaine, doit fuir. C'est le contexte d'effondrement que relèvera Oswald avec Aidan.

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  5. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 14 : le roi Oswine de Deira, sa bonté et son humilité ; le cheval royal donné par Oswine à Aidan, puis donné par l'évêque à un pauvre mendiant ; le reproche du roi et la réponse d'Aidan (« Ce poulain de jument t'est-il plus cher que ce fils de Dieu ? ») ; le roi se jetant aux pieds de l'évêque pour demander pardon ; les larmes d'Aidan et sa prophétie en irlandais : « le roi ne vivra pas longtemps, car cette nation ne mérite pas un tel chef ».

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  6. Le nom Áedán (vieil irlandais) est un diminutif de áed, « feu » : « petit feu », « l'enflammé ». L'attribut de la torche et le patronage des pompiers relèvent d'une tradition iconographique tardive, en lien avec le miracle des flammes détournées de Bamburgh (Bède, HE III, 16) ; l'article « Saint Aidan » de l'Encyclopædia Britannica, qui le présente comme moine irlandais d'Iona et apôtre de la Northumbrie (fête le 31 août), ne mentionne ni la torche ni ce patronage.

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  7. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 16 : siège de Bamburgh par Penda de Mercie, qui entasse poutres et fagots enflammés contre les murailles ; Aidan, en retraite sur l'île de Farne, voyant les flammes, prie en larmes (« Vois, Seigneur, quels maux fait Penda ! ») ; le vent tourne aussitôt et rabat le feu sur les assaillants, qui renoncent au siège.

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  8. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 3 : Oswald, baptisé et formé à Iona durant son exil, demande un évêque aux Scots (Irlandais) ; Aidan est envoyé et reçoit l'île de Lindisfarne pour siège ; le roi, parlant couramment l'irlandais, sert d'interprète à l'évêque qui ne parle pas encore l'anglais. Texte intégral : Project Gutenberg éd. 38326 ; trad. A. M. Sellar (1907) et J. A. Giles.

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  9. Tradition hagiographique rattachant la jeunesse d'Aidan à saint Senán sur l'île d'Inis Cathaigh (Scattery Island), avant son entrée à Iona ; donnée moins sûre que le témoignage de Bède, mais constante dans les vies postérieures.

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  10. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 6 : sainteté du roi Oswald ; l'épisode du plat d'argent brisé et donné aux pauvres un jour de Pâques ; Aidan saisissant la main droite du roi et s'écriant « que jamais cette main ne connaisse la corruption » ; mort d'Oswald au combat contre Penda (642) et tradition de sa main droite restée incorrompue, devenue relique.

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  11. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 2 : la bataille de Heavenfield (v. 634) où Oswald, avant le combat contre Cadwallon, dresse une croix de bois et fait prier son armée à genoux ; victoire fondatrice de la Northumbrie chrétienne.

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  12. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 26 (et III, 23) : Aidan reçut douze jeunes garçons anglais pour les instruire dans la foi, afin de former un clergé local ; parmi eux Eata, futur abbé de Melrose puis abbé-évêque de Lindisfarne, et les frères Cedd (évêque des Saxons de l'Est) et Chad (évêque de Mercie), tous deux vénérés comme saints.

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  13. Bède, Historia ecclesiastica, livre IV, chap. 23 : Aidan, voyant la vertu de Hilda, l'encouragea et la rappela en Northumbrie pour la vie religieuse ; elle deviendra abbesse de Whitby et accueillera le synode de 664. Cf. sainte Hilda de Whitby.

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  14. Bède, Vita sancti Cuthberti, chap. 4 (et Historia ecclesiastica IV, 27) ; Vie anonyme de Cuthbert (moine de Lindisfarne) : la nuit de la mort d'Aidan (31 août 651), le jeune Cuthbert, gardant des troupeaux, voit le ciel s'ouvrir et des anges porter au ciel une âme dans une sphère de feu ; apprenant au matin la mort de l'évêque, il comprend qu'il a vu l'âme d'Aidan et décide d'embrasser la vie monastique.

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  15. Le roi Oswine de Deira fut traîtreusement assassiné le 20 août 651 sur l'ordre du roi Oswiu ; Aidan, profondément affecté, mourut douze jours plus tard, le 31 août 651 (Bède, HE III, 14 et III, 17).

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  16. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 15 : Aidan remet à un prêtre une fiole d'huile bénite en lui prédisant une tempête en mer lors de la traversée d'une fiancée du roi ; l'huile versée sur les flots apaise aussitôt la tempête. Don de prophétie et miracle sur les éléments.

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  17. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 17 : mort d'Aidan le 31 août 651, dans la 17ᵉ année de son épiscopat, sous une tente dressée contre le mur ouest de l'église royale, appuyé contre le contrefort (poteau) qui la soutenait ; ce contrefort échappe par deux fois à l'incendie de l'église et devient lieu de miracles ; inhumation à Lindisfarne, à droite de l'autel. Bède y donne son éloge nuancé : il blâme l'observance pascale celtique d'Aidan mais loue « son amour de la paix et de la charité, de la continence et de l'humilité », son âme victorieuse de la colère, de l'avarice, de l'orgueil et de la vaine gloire, précisant qu'il célébrait Pâques par foi droite mais « par ignorance du calcul canonique ».

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  18. Synode de Whitby (664), tenu au monastère de sainte Hilda : sous l'arbitrage du roi Oswiu, l'Église de Northumbrie adopte l'usage romain pour le calcul de Pâques et la tonsure, défendu notamment par Wilfrid face aux tenants de la tradition celtique. Fin officielle du particularisme pascal hérité d'Aidan et d'Iona.

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  19. Bède, Historia ecclesiastica, livre III, chap. 26 : après le synode de Whitby (664), l'évêque Colman de Lindisfarne, refusant d'abandonner l'usage celtique, se retire vers Iona puis l'Irlande en emportant une partie des ossements de saint Aidan.

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  20. David Hugh Farmer, The Oxford Dictionary of Saints, 5ᵉ éd. révisée, Oxford University Press, 2011, p. 9 : « au XIᵉ siècle, des moines de Glastonbury obtinrent de supposées reliques d'Aidan (some supposed relics) ; par leur influence, la fête d'Aidan figure dans les anciens calendriers du Wessex, principale trace de son culte après l'époque de Bède ».

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