Sainte Hedwige de Silésie (1174-1243)

Sainte Hedwige de Silésie (Edwige d'Andechs, Jadwiga Śląska), duchesse de Silésie (vers 1174-1243). Épouse d'Henri Ier le Barbu, mère de sept enfants dont Henri II le Pieux, elle fonde l'abbaye cistercienne de Trzebnica en 1202. Après la mort de son époux, elle se retire au monastère et sert les pauvres jusqu'à sa mort le 15 octobre 1243. Canonisée en 1267 par Clément IV. Fête : 16 octobre.

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Sainte Hedwige de Silésie (en allemand Hedwig von Andechs, en polonais Jadwiga Śląska, née Edwige d'Andechs vers 1174, morte le 15 octobre 1243 à Trzebnica) est une duchesse de Silésie du XIIIe siècle, épouse d'Henri Ier le Barbu et mère de sept enfants. Fondatrice de l'abbaye cistercienne de Trzebnica, elle mena après son veuvage une vie de prière et de service des pauvres, jusqu'à s'y retirer comme simple moniale. L'Église l'a canonisée en 1267 ; elle est fêtée le 16 octobre.[1][2]

À la croisée de la Bavière, de la Pologne et de la Silésie, Hedwige incarne une sainteté de femme mariée devenue servante des pauvres : elle n'a pas quitté le monde par le monachisme dès le début, elle l'a traversé dans les charges de duchesse, d'épouse et de mère, avant de donner le reste de sa vie à Dieu et aux miséreux.[3]

« Mémoire de sainte Edwige, religieuse. » : Martyrologe romain, 16 octobre[4]

Attention à l'homonymie : cette sainte Hedwige de Silésie (1174-1243) ne doit pas être confondue avec sainte Hedwige, reine de Pologne (1373-1399), fêtée au 17 juillet.[5]

Contexte : la Silésie au XIIIe siècle

Un duché entre Germanie et Pologne

La Silésie est alors un duché piast, tourné vers la Pologne tout en étant proche du Saint-Empire. En 1232, le mari d'Hedwige, Henri Ier le Barbu, devient duc de Cracovie et princeps de toute la Pologne ; Hedwige porte le titre de duchesse de Pologne de 1232 à 1238.[6] Le couple règne donc au cœur d'une région de frontière, en pleine expansion urbaine et monastique.

L'élan cistercien

Le XIIe siècle a vu la fondation de centaines d'abbayes cisterciennes (voir l'ordre cistercien et la naissance des cisterciens). En Silésie comme ailleurs, ces monastères sont à la fois des foyers de prière, de culture et de mise en valeur des terres. C'est dans cet élan qu'Hedwige fonde Trzebnica.[7][8]

L'ordre cistercien, né de la réforme de Cîteaux (1098) et porté au XIIe siècle par saint Bernard de Clairvaux, privilégie la prière liturgique, le travail manuel et l'accueil des plus pauvres. Les moniales de Trzebnica suivront cette règle.[9]

La maison d'Andechs et une enfance bavaroise

Naissance vers 1174

Edwige naît vers 1174 au château d'Andechs, en Bavière, dans la puissante maison des comtes d'Andechs. Son frère Berthold deviendra patriarche d'Aquilée ; sa sœur Agnès de Méranie épousera le roi de France Philippe Auguste : Hedwige est donc, par sa sœur, belle-sœur du roi de France.[10][11]

Une éducation de princesse

Fille de grande maison, Hedwige reçoit une éducation soignée, marquée par la piété. Les notices soulignent très tôt son goût de la prière et de l'aumône, qui ne la quittera jamais.[12]

Épouse et duchesse : le mariage avec Henri Ier le Barbu

Le mariage vers 1186

Vers 1186, alors qu'elle a environ douze ans, Hedwige épouse Henri Ier le Barbu (Henryk I Brodaty), de la maison Piast, duc de Silésie.[13][14] L'union, politique autant que personnelle, scelle l'alliance entre les Andechs et la dynastie silésienne.

Une continence après la naissance des enfants

Après la naissance du dernier enfant, Hedwige obtint de son époux de vivre dans la continence, et tous deux prononcèrent un vœu de chasteté devant l'évêque de Wrocław (1209). Cette continence prise après la naissance des enfants, et non dès le début du mariage, fait partie intégrante de la physionomie spirituelle de la sainte.[15]

Sept enfants

Le couple eut sept enfants, dont :

EnfantDestin
Henri II le PieuxDuc de Silésie, tué à la bataille de Legnica (1241) face aux Mongols
GertrudeAbbesse cistercienne de Trzebnica
ConradMort jeune d'une chute de cheval (vers 1213-1214)
Autres enfantsMorts en bas âge ou entrés en religion
[16]

Les fondations monastiques

Avec son mari, Hedwige favorise la fondation de monastères dans le royaume : cisterciens, chanoines, maisons de charité. C'est dans ce mouvement qu'elle fonde elle-même, en 1202, l'abbaye cistercienne de Trzebnica (Trebnitz), dont sa fille Gertrude deviendra l'abbesse.[17][18]

La fondation de Trzebnica (1202)

Une abbaye cistercienne de femmes

En 1202, Hedwige fonde à Trzebnica (Silésie, aujourd'hui en Pologne) une abbaye cistercienne. L'abbaye deviendra le cœur de la spiritualité silésienne et le lieu de repos d'Hedwige elle-même.[19]

Gertrude, abbesse de Trzebnica

Sa fille Gertrude entre au monastère et en devient l'abbesse. C'est auprès d'elle qu'Hedwige viendra se retirer après la mort de son époux.[20][21]

Une duchesse servante des pauvres

L'aumône quotidienne

Sainte Hedwige de Silésie, représentation traditionnelle en moniale, tenant un modèle d'église en souvenir de la fondation de Trzebnica. Heiligenlexikon, Wikimedia Commons, domaine public.

Dès son vivant, Hedwige est célèbre pour son service des pauvres. Les notices rapportent qu'elle construisit des hospices pour les nécessiteux, distribuait sa fortune à l'Église et aux pauvres, et allait elle-même, pieds nus en toute saison, secourir les plus démunis.[22][23]

Le directeur spirituel Céslas

Son directeur spirituel est un dominicain polonais du nom de Céslas (Czesław), qui l'accompagne dans sa vie de prière et de charité.[24]

Une piété simple

Hedwige prie longuement, jeûne, porte des vêtements simples sous ses habits ducaux. La tradition lui attribue une dévotion profonde à la Passion du Christ et à la Vierge Marie. Cette piété n'est pas un ornement de la biographie : elle est le moteur de l'aumône quotidienne.[25]

Les épreuves du veuvage (1238-1243)

La mort d'Henri Ier (1238)

En 1238, le duc Henri Ier le Barbu meurt. Hedwige, désormais veuve, se retire à l'abbaye de Trzebnica, auprès de sa fille Gertrude. Mais elle ne s'y enferme pas : elle continue de servir les pauvres et de conseiller son fils Henri II.[26]

La bataille de Legnica (1241)

Le 9 avril 1241, son fils Henri II le Pieux est tué à la bataille de Legnica (Liegnitz) face à l'armée mongole. Selon la tradition, Hedwige fonde alors, sur le champ de bataille même, avec l'aide de sa belle-fille Anne de Bohême, une autre abbaye (Wahlstatt / Legnickie Pole) pour le repos des âmes des combattants.[27]

La mort à Trzebnica (15 octobre 1243)

Hedwige meurt à l'abbaye de Trzebnica le 15 octobre 1243.[28][29] (La fête liturgique est fixée au 16 octobre ; le dies natalis au 15 octobre est rappelé par les sources.)[30]

Canonisation (1267)

Le procès et la gloire

La réputation de sainteté d'Hedwige est immédiate. Le pape Clément IV la canonise en 1267, moins d'un quart de siècle après sa mort.[31]

ÉtapeDate
Naissancevers 1174, Andechs (Bavière)
Mariage avec Henri Ier le Barbuvers 1186
Fondation de Trzebnica1202
Mort d'Henri Ier le Barbu1238
Mort d'Henri II le Pieux à Legnica9 avril 1241
Mort15 octobre 1243, Trzebnica
Canonisation1267, par Clément IV

Fête et patronages

Le 16 octobre

L'Église fête sainte Hedwige de Silésie le 16 octobre, en mémoire facultative dans le calendrier romain.[32] La Conférence des évêques de France la signale à cette date dans le calendrier des saints du jour.[33]

Patronages

Sainte Hedwige est invoquée comme patronne de la Silésie et d'Andechs, de l'archidiocèse de Wrocław et du diocèse de Görlitz, ainsi que des orphelins. Elle est également patronne des villes de Berlin, Wrocław (Breslau), Trzebnica (Trebnitz) et Cracovie.[34]

Iconographie

L'iconographie de sainte Hedwige est riche, notamment grâce au Codex Hedwige (vers 1353), manuscrit illustré commandé par son arrière-petit-fils le duc Louis Ier de Legnica, aujourd'hui conservé au J. Paul Getty Museum.[35]

AttributSignification
Habit de moniale cistercienne (voile blanc, robe claire)Son retrait à Trzebnica après le veuvage
Couronne de duchesseSa condition de duchesse de Silésie et de Pologne
Bourse ou aumône donnée aux pauvresSon service des pauvres et ses hospices
Pieds nusLa tradition de sa marche pieds nus pour aller secourir les nécessiteux
Modèle d'abbaye (Trzebnica)Sa fondation cistercienne de 1202
Scène de la généalogie (Codex Hedwige)Sa place dans la lignée des Piast de Silésie

La peinture de l'atelier du duc Louis Ier de Legnica (fin du XIVe siècle) représente Hedwige avec le duc Louis et la duchesse Agnès ; le cycle de La Vie de la Bienheureuse Hedwige illustre les épisodes de sa vie.[36]

Timbre de la Deutsche Bundespost (1993), 750e anniversaire de la mort de sainte Hedwige d'Andechs (1174-1243). Wikimedia Commons, domaine public.

En 1993, la Deutsche Bundespost a commémoré le 750e anniversaire de sa mort par un timbre à son effigie, preuve de la vivacité de son culte en Allemagne comme en Pologne.[37]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Nominis (Conférence des évêques de France), « Sainte Hedwige » (duchesse de Silésie, + 1243) : nominis.cef.fr. Notice du calendrier liturgique : « Duchesse de Silésie (+ 1243) » ; fête le 16 octobre (mémoire facultative) ; née en Bavière, fille du comte de Bavière ; épouse à douze ans le duc de Silésie Henri le Barbu ; belle-sœur du roi de France Philippe Auguste (par sa sœur Agnes de Méranie) ; mère de sept enfants dont Gertrude, devenue abbesse cistercienne à Trzebnica ; elle encourage la fondation des monastères dans le royaume ; construisit des hospices pour les pauvres ; après le décès de son époux, elle mena une vie simple et humble au monastère de sa fille, où elle mourut le 15 octobre 1243 ; sainte patronne des orphelins ; prénoms fêtés : Hedwige, Edwige, Edvige, Edda, Havoise, Hedda ; « Mémoire de sainte Edwige, religieuse » (Martyrologe romain). La notice signale l'homonymie avec Hedwige, reine de Pologne (+ 1399).

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  2. Wikipédia (FR), « Edwige de Silésie » : fr.wikipedia.org. Notice de recoupement : née en 1174 à Andechs en Bavière (Edwige d'Andechs) ; épouse Henri Ier le Barbu (maison Piast) vers 1186 ; duchesse de Pologne de 1232 à 1238 ; sept enfants dont Henri II le Pieux (tué à la bataille de Legnica en 1241 face aux Mongols) ; fonde l'abbaye cistercienne de Trzebnica en 1202, dont sa fille Gertrude devient abbesse ; après la mort de son mari en 1238, elle s'y retire ; aide les nécessiteux « marchant pieds nus en toute saison » ; distribue sa fortune à l'Église et aux pauvres ; son directeur spirituel est le dominicain polonais Céslas ; fonde une abbaye sur le champ de bataille de Legnickie Pole avec sa belle-fille Anne de Bohême ; morte le 15 octobre 1243 à Trzebnica ; canonisée en 1267 par le pape Clément IV ; fête le 16 octobre ; patronne de Berlin, de la Silésie, de Wrocław, de Trzebnica, de Cracovie et des diocèses de Görlitz et d'Andechs (formulation de son infobox, qui regroupe encore Andechs avec les diocèses ; la liste de référence distingue l'archidiocèse de Wrocław et le diocèse de Görlitz, voir [^enwiki]).

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  3. Nominis (Conférence des évêques de France), « Sainte Hedwige, reine de Pologne (+ 1399) » : nominis.cef.fr. Fête le 17 juillet ; canonisée par Jean-Paul II le 8 juin 1997 à Cracovie.

    5
  4. Ordre cistercien, fondé à Cîteaux en 1098 par saint Robert de Molesmes, développé par saint Bernard de Clairvaux. Règle de saint Benoît, prière liturgique, travail manuel, hospitalité. Voir Ignispedia : ordre-cistercien et la-naissance-des-cisterciens.

    8 9
  5. Catholic Encyclopedia (1913), « St. Hedwig » : newadvent.org. Sept enfants : Boleslas et deux filles (Sophie, Agnès) morts en bas âge ; Henri succède à son père ; « Conrad died while still a young man, in consequence of a fall from his horse (c. 1214) » ; Gertrude embrasse la vie religieuse. « On the suggestion of Hedwig, after the birth of this last child, she and her husband led a virgin life (1209), and pronounced a vow of chastity before the Bishop of Breslau. »

    15
  6. Wikipédia (EN), « Hedwig of Silesia » : en.wikipedia.org. « She is the patroness saint of Silesia, of Andechs, and of the Roman Catholic Archdiocese of Wrocław and the Roman Catholic Diocese of Görlitz. »

    34
  7. J. Paul Getty Museum, Hedwig Codex (MS. LUDWIG XI 7), vers 1353, attribué à Nycolaus Pruzie : getty.edu. Manuscrit illustré commandé par le duc Louis Ier de Legnica et Brieg, arrière-petit-fils d'Hedwige. Le folio 9v « Généalogie » (reproduit dans l'infobox) montre la lignée de la sainte ; le cycle de La Vie de la Bienheureuse Hedwige illustre les épisodes de sa vie. Voir aussi Wikimedia Commons : MS. LUDWIG XI 7, Hedwig Codex fol. 9v Genealogy et [Saint Hedwig of Silesia with Duke Ludwig of Legnica and Brieg and Duchess Agnes](https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Court_workshop_of_Duke_Ludwig_I_of_Liegnitz_and_Brieg_(Polish_-_Saint_Hedwig_of_Silesia_with_Duke_Ludwig_of_Legnica_and_Brieg_and_Duchess_Agn%C3%A9s_-_Google_Art_Project.jpg) (domaine public).

    35 36
  8. Deutsche Bundespost, timbre « 750. Todestag der heiligen Hedwig von Andechs (1174-1243) », 1993, scanné par NobbiP : Wikimedia Commons, domaine public. Commémoration du 750e anniversaire de la mort de sainte Hedwige.

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