Sainte Marguerite d'Écosse (vers 1045-1093), née en Hongrie dans la maison de Wessex, est reine d'Écosse par son mariage avec le roi Malcolm III. Mère de huit enfants, dont le roi David Ier, elle a profondément marqué la vie religieuse et charitable de l'Écosse par ses réformes liturgiques, ses fondations monastiques et sa charité envers les pauvres.[1]
Morte le 16 novembre 1093 au château d'Édimbourg, elle est canonisée en 1250 par le pape Innocent IV. Elle est honorée le 16 novembre et invoquée comme patronne de l'Écosse, des reines et des veuves.[2]
Une princesse de la maison de Wessex
Naissance en Hongrie
Marguerite naît vers 1045 en Hongrie, où son père, Édouard l'Exilé (fils du roi Edmond Côte-de-Fer d'Angleterre), vit en exil. Sa mère est Agathe, dont l'ascendance exacte est débattue (fille d'un empereur du Saint-Empire ou d'un prince slave, selon les sources).[3]
La famille revient en Angleterre en 1057, à l'invitation du roi Édouard le Confesseur, qui cherche un héritier. Édouard l'Exilé meurt peu après son arrivée, et sa fille Marguerite grandit à la cour d'Angleterre.
La conquête normande (1066)
Après la bataille de Hastings (1066) et la conquête normande de l'Angleterre, la famille de Marguerite fuit vers le nord. En 1068, elle embarque avec sa mère et ses frères pour quitter l'Angleterre ; une tempête les jette sur les côtes d'Écosse.[4]
C'est un hasard de mer qui fait entrer Marguerite dans l'histoire écossaise. Le roi Malcolm III (Malcolm Canmore) accueille la famille royale anglaise en exil, et se prend d'affection pour la jeune princesse.
Reine d'Écosse
Le mariage avec Malcolm III (vers 1070)
Marguerite épouse Malcolm III vers 1070. Le mariage est à la fois politique (il légitime les prétentions de la maison de Wessex au trône d'Angleterre) et spirituel (Malcolm, guerrier, se laisse influencer par la piété de son épouse).[5]
Le couple a huit enfants :
| Enfant | Destin |
|---|---|
| Édouard | Tué le 13 novembre 1093 à Alnwick |
| Edmond | Devenu moine (abbaye de Montacute) |
| Ethelred | Abbé de Dunkeld |
| Edgar | Roi d'Écosse (1097-1107) |
| Alexandre Ier | Roi d'Écosse (1107-1124) |
| Édith (Mathilde) | Reine d'Angleterre par son mariage avec Henri Ier |
| Marie | Comtesse de Boulogne |
| David Ier | Roi d'Écosse (1124-1153), vénéré comme saint sans canonisation formelle |
La descendance de Marguerite a régné sur l'Écosse pendant plus d'un siècle, et sa fille Édith-Mathilde a été reine d'Angleterre.[6]
Les réformes liturgiques
Marguerite entreprend de réformer les pratiques religieuses de l'Écosse, qu'elle juge trop éloignées des usages romains. Deux réformes sont particulièrement signalées :
- Le Carême commence désormais le mercredi des Cendres, et non le lundi suivant, comme c'était l'usage local.
- L'abolition du repos du samedi (abstinence du samedi), pratique d'origine celtique que Marguerite fait remplacer par les usages romains.[7]
Ces réformes s'inspirent de Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, avec qui Marguerite est en correspondance. Elles marquent l'alignement de l'Écosse sur la réforme grégorienne et sur les pratiques de l'Église latine.
La charité et les fondations
Marguerite est réputée pour sa charité envers les pauvres. La tradition lui attribue des distributions d'aumônes quotidiennes, le rachat de captifs, et un soin particulier pour les malades et les pèlerins.[8]
En 1072, elle fait venir des bénédictins à Dunfermline, où elle fonde un monastère qui devient la nécropole royale d'Écosse. Elle encourage également la construction de routes et de ferries, notamment à Queensferry (« le ferry de la reine »), pour faciliter les pèlerinages vers le nord.[9]
Une famille de saints
Malcolm III et les enfants
Le roi Malcolm III est tué le 13 novembre 1093 à la bataille d'Alnwick, en même temps que son fils aîné Édouard. Marguerite, déjà malade, survit à peine de quelques jours à son mari.[10]
Seul David Ier, parmi ses enfants, est vénéré comme saint (fête le 24 mai), sans avoir été formellement canonisé. Son règne (1124-1153) est considéré comme l'âge d'or de l'Écosse médiévale. Avec sa mère canonisée, il fait de cette lignée l'une des familles royales les plus marquées par la sainteté du Moyen Âge.
La mort (16 novembre 1093)
Marguerite meurt le 16 novembre 1093 au château d'Édimbourg, trois jours après la mort de son mari et de son fils. Elle est inhumée à Dunfermline, dans le monastère qu'elle avait fondé.[11]
La tradition rapporte qu'elle aurait demandé qu'on chante le Te Deum à l'annonce de la mort de Malcolm, voyant dans cette épreuve une volonté divine. Ce détail appartient au récit hagiographique de Turgot de Durham.
Canonisation et mémoire
Canonisation (1250)
Marguerite est canonisée en 1250 par le pape Innocent IV. La translation des reliques a lieu le 19 juin 1250, en présence du roi Alexandre III d'Écosse.[12]
La source principale de sa vie est la Vita S. Margaritae (Scotorum) Reginae, écrite par Turgot de Durham, prieur de Durham et confesseur de la reine, entre 1100 et 1107. Cette Vita, commandée par sa fille Mathilde (reine d'Angleterre), est le document fondateur de la mémoire de Marguerite.[13]
La dispersion des reliques
À la Réforme protestante (XVIe siècle), les reliques de Marguerite sont dispersées ou détruites. Quelques fragments ont été conservés ou retrouvés, mais il ne reste plus de tombeau intact à Dunfermline.[14]
Fête et patronage
Sainte Marguerite est fêtée le 16 novembre, date anniversaire de sa mort. La fête a été déplacée au 10 juin en 1693, puis restaurée au 16 novembre en 1969 par la réforme liturgique.[15]
Elle est patronne de l'Écosse, des reines et des veuves.
Iconographie et mémoire
L'iconographie de Marguerite la montre en reine (couronne, sceptre, livre), parfois distribuant l'aumône ou accompagnée de ses enfants. Un portrait figure dans le Genealogical Chronicle of English Kings.[16]
La figure de Marguerite est celle d'une reine de charité, dont la piété a transformé un royaume de guerriers en un royaume de fondations et de prière.
Ce que la tradition n'a pas établi
| Question | Ce qu'il en est |
|---|---|
| Ascendance exacte d'Agathe (sa mère) | Débattue : impériale ou slave, selon les sources |
| Année exacte du mariage avec Malcolm | Vers 1070 : date traditionnelle, non confirmée par un document daté |
| Détails des distributions de charité | Tradition de la Vita de Turgot ; non corroborée par des sources indépendantes |
| Lieu exact de la naissance | Hongrie : certain ; ville précise : non vérifiée |
Ces réserves n'altèrent pas le cœur du récit : une princesse anglaise devenue reine d'Écosse, réformatrice et charitable, morte en 1093 et canonisée en 1250.
Note sur les sources
La source principale de la vie de Marguerite est la Vita S. Margaritae (Scotorum) Reginae de Turgot de Durham (1100-1107), écrite pour la reine Mathilde d'Angleterre. Cette Vita n'a pas été lue dans son intégralité pour cet article ; les éléments qui en proviennent sont signalés comme relevant de la tradition hagiographique.
Les sources secondaires consultées sont la notice Wikipédia EN « Saint Margaret of Scotland » et les fichiers Wikimedia Commons (portrait, chronologie généalogique). La date de naissance (vers 1045) et l'année du mariage (vers 1070) restent approximatives.
Pour aller plus loin
- Saint Édouard le Confesseur (vers 1003-1066) : le roi anglais qui a rappelé la famille de Marguerite de l'exil.
- Saint Alfred le Grand (849-899) : autre grand roi de la maison de Wessex, ancêtre de Marguerite.
- Saint Étienne de Hongrie (vers 975-1038) : le roi qui a christianisé la Hongrie où Marguerite est née.
- Saint Anselme de Cantorbéry (1033-1109) : archevêque contemporain, dans le même monde de la réforme grégorienne.
Notes et références
Wikipédia (EN), « Saint Margaret of Scotland » : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique consultée le 11 octobre 2026 : naissance vers 1045 en Hongrie ; fille d'Édouard l'Exilé et d'Agathe (maison de Wessex) ; retour en Angleterre en 1057 ; fuite en 1068 après Hastings (1066) ; mariage vers 1070 avec Malcolm III ; huit enfants (Édouard tué le 13 novembre 1093 à Alnwick, Edmund, Ethelred, Edgar, Alexandre Ier, Édith/Mathilde, Marie, David Ier) ; réformes liturgiques (Carême à partir du mercredi des Cendres, abolition du repos du samedi), inspirées de Lanfranc ; bénédictins à Dunfermline (1072) ; ferries de Queensferry ; mort le 16 novembre 1093 au château d'Édimbourg ; inhumée à Dunfermline ; canonisation en 1250 par Innocent IV ; translation des reliques le 19 juin 1250 ; reliques dispersées à la Réforme ; fête le 16 novembre (déplacée au 10 juin en 1693, restaurée en 1969) ; patronne de l'Écosse, des reines et des veuves ; source principale : Turgot de Durham, Vita S. Margaritae (Scotorum) Reginae (1100-1107).
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