Saint Alfred le Grand, roi du Wessex (849-26 octobre 899)

Alfred le Grand (849-899), roi du Wessex, arrêta la conquête viking de l'Angleterre et releva les lettres chrétiennes : traductions de Grégoire, Boèce, Bède et Orose, lois et écoles. Fêté le 26 octobre.

Ignispedia

Alfred le Grand (849-26 octobre 899) est roi du Wessex de 871 à sa mort. Il est le souverain anglo-saxon qui a arrêté la conquête viking de l'Angleterre et qui a entrepris de relever les lettres chrétiennes dans un royaume à moitié détruit. La Chronique anglo-saxonne note sa mort en l'an 899, « six jours avant la fête de la Toussaint », c'est-à-dire le 26 octobre, et ajoute qu'il fut roi « sur toute la nation anglaise, sauf la partie qui restait sous le pouvoir des Danois ».[1] Il est fêté le 26 octobre, date de sa mort.[2]

La source principale de sa vie est la Vie du roi Alfred d'Asser, évêque de Sherborne et compagnon du roi, rédigée vers 893, du vivant même d'Alfred.[3] C'est un texte unique en son genre dans l'Europe du IXᵉ siècle : un évêque qui écrit la biographie de son roi contemporain, avec des détails de santé, de lecture et de travail qu'aucune chronique ne donne.

Le roi de 871 : une année noire

Alfred naît à Wantage en 849, le plus jeune fils du roi Æthelwulf du Wessex.[4][5] En 853, son père l'envoie à Rome, où le pape Léon IV l'oint roi et l'adopte spirituellement ; il y retourne avec son père en 855-856.[6] En 871, l'année où son frère Æthelred meurt, Alfred monte sur le trône à vingt-deux ans. C'est une des pires années de l'histoire anglo-saxonne : les Vikings danois ont déjà pris la Northumbrie et l'Est-Anglie, et ils battent le Wessex à plusieurs reprises dans la même année.[7]

De 871 à 878, la guerre tourne à la déroute. En 878, le roi danois Guthrum surprend le Wessex ; Alfred doit fuir dans les marais du Somerset, sur l'île d'Athelney. Asser raconte cette retraite sans l'embellir : un roi sans armée, réduit à la guérilla.[8] Puis Alfred rassemble le fyrd du Wiltshire et du Somerset, livre la bataille d'Ethandun et reçoit Guthrum du baptême à Aller, près d'Athelney, la levée du chrêmeau ayant lieu à Wedmore ; le règlement d'Alfred et Guthrum, distinct du règlement de Wedmore, fixe ensuite les frontières.[9][10][11]

C'est un tournant. Pour la première fois depuis des décennies, une partie de l'Angleterre est dégagée ; pour la première fois aussi, un chef viking entre dans l'Église par le baptême royal. Le règlement avec Guthrum ouvre la voie au Danelaw, la moitié orientale de l'Angleterre qui restera sous domination danoise.

La défense du royaume (878-899)

Alfred passe les vingt dernières années de sa vie à organiser la défense plutôt qu'à conquérir. Il bâtit un réseau de bourgs fortifiés (burhs) couvrant le Wessex, avec des routes qui permettent de secourir une ville assiégée en une journée.[12] Il réforme l'armée : le service est organisé par rotation pour que le royaume ne reste jamais sans défense. Il fait construire des navires plus rapides que ceux des Danois.[13]

Les grandes invasions s'arrêtent de son vivant. Quand une nouvelle armée viking débarque en 892, le système tient : les Danois ne peuvent plus s'installer durablement.[14] La formule de la Chronique sur sa mort, roi de « toute la nation anglaise sauf la partie sous le pouvoir des Danois », dit exactement ce qu'il a obtenu : non pas l'unification de l'Angleterre, mais la survie du Wessex et la base du royaume qui, sous ses petits-fils, unifiera l'île.[15]

L'œuvre de traduction et les écoles

Ce qui fait d'Alfred plus qu'un roi guerrier, c'est la restauration des lettres qu'il conduit dans les années 880-890. Dans la préface de sa traduction de la Pastorale de Grégoire le Grand, il décrit lui-même l'état du pays : les écoles détruites, le latin redevenu illisible pour beaucoup de clercs, les livres brûlés par les raids.[16] Sa réponse est radicale : traduire en anglais les livres « les plus nécessaires à savoir » pour tout le monde, et les mettre à la portée de ceux qui savent lire l'anglais mais plus le latin.[17]

Le programme est connu par les traductions elles-mêmes. Le consensus savant attribue directement au roi la Pastorale de Grégoire le Grand, la Consolation de la philosophie de Boèce[18], les Soliloques d'Augustin et les cinquante premiers psaumes.[19] L'Histoire ecclésiastique de Bède et les Histoires contre les païens d'Orose appartiennent au même programme mais ne sont plus tenues pour de la main d'Alfred : elles sont de son atelier, et la version d'Orose porte des ajouts géographiques, comme le récit du voyage de Wulfstan de Hedeby.[20] Les Dialogues de Grégoire furent traduits par Wærferth, évêque de Worcester.[21]

Alfred fonde aussi une école de cour, où il fait élever ses propres enfants, les fils de la noblesse « et beaucoup d'autres qui n'étaient pas nobles », et attire des savants étrangers : Asser lui-même, venu du Pays de Galles, Grimbald et Jean.[22] Lui-même, dit Asser, apprend le latin tard, adulte, comme un écolier, et dicte ses traductions.[23] Le but n'est pas l'érudition : c'est que la foi et la justice soient enseignées dans la langue du peuple, et que les juges sachent juger.

Les lois et la justice

Alfred fait compiler un code de lois, le domboc (le « livre des jugements »), qui réunit ses propres lois et celles d'Ine du Wessex en cent vingt chapitres, et qui s'ouvre sur une traduction des Dix Commandements et de chapitres de l'Exode.[24] Le préambule dit qu'il a rassemblé « les lois qu'il trouva dans beaucoup de livres de synode », gardé « celles qui lui plurent » et rejeté les autres avec l'avis de ses conseillers.[25] À ses juges, il commande : « Juge très équitablement : ne juge pas un jugement pour le riche, un autre pour le pauvre ; ni un pour ton ami, un autre pour ton ennemi. »[26]

Le code est court, mais il installe une idée durable : la loi est au-dessus du roi, et le roi est le gardien d'une loi reçue. C'est une des raisons pour lesquelles la mémoire d'Alfred a survécu dans l'histoire anglaise comme celle d'un roi juste, non seulement d'un roi vainqueur.

La piété du roi

Asser décrit un homme de prière : messe quotidienne, psaumes, heures canoniales, prière nocturne dans les églises, « à part des autres ». Il portait sur lui un petit livre d'heures et de psaumes, et il avait fait le vœu de consacrer à Dieu la moitié de ses services et de ses revenus, répartis entre les pauvres, les monastères, l'école de cour et les églises.[27] Sa santé était mauvaise, dit Asser, et il aurait reçu la guérison dans un pèlerinage aux saints Guerir et Neot, en Cornouailles.[28]

Fête et statut canonique

Alfred n'a pas été canonisé par Rome. Une canonisation fut tentée sans succès par le roi Henri VI auprès du pape Eugène IV en 1441.[29] Il n'est pas au Martyrologe romain actuel.[30]

Il est pourtant vénéré comme saint dans deux traditions précises :

  • L'Église d'Angleterre l'inscrit à son calendrier au 26 octobre, comme Lesser Festival : « Alfred the Great, King of the West Saxons, Scholar, 899 ».[31]
  • L'Église orthodoxe russe, par décision du Saint Synode du 21 août 2007, bénit la vénérabilité de « Tous les saints des Îles britanniques » ; Alfred y est nommé, avec fête personnelle au 26 octobre et synaxe commune au troisième dimanche après la Pentecôte.[32]

Une notice Nominis (Conférence des évêques de France) indique de son côté une fête locale au 12 décembre, sans aucune référence de calendrier ni de décret ; la Wikipédia française a repris cette mention, toujours sans note.[33] Ce n'est pas la date retenue ici.

C'est la raison pour laquelle la date du 26 octobre est gardée : elle est à la fois celle de sa mort, selon la Chronique anglo-saxonne et les Annales de Saint Neot, et celle de sa fête là où il est liturgiquement vénéré.[34][35] Le degré d'autorité est clair : la vénérabilité est une tradition reçue des Églises qui le fêtent, non une canonisation romaine ; l'article ne dit pas plus.[36]

Iconographie

L'iconographie d'Alfred est tardive, surtout anglaise et romantique. On le représente en roi d'Angleterre : couronne, manteau royal, souvent un livre (allusion à ses traductions) et une épée (allusion à Ethandun et aux burhs). Les statues du XIXᵉ siècle, comme celle de Wantage, son lieu de naissance, en font un roi savant et guerrier.[37] On le voit aussi avec les instruments de la science et de la navigation, en souvenir de sa flotte, ou entouré de moines et de clercs, en souvenir de l'école de cour. Aucune scène de sa vie n'est aussi fréquente que la retraite d'Athelney et le règlement avec Guthrum.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Chronique anglo-saxonne, entrée de l'année 899 (manuscrit A, Parker Chronicle ; autres recensions 899-901) : « Her gefor Ælfred Æþelwuling sex nihtum ær ealra halgena mæssan. He wæs cyning ofer ealne Ongle cynn butan ðære dæle þe under Dena onwalde wæs. » « En cette année mourut Alfred, fils d'Æthelwulf, six jours avant la fête de la Toussaint. Il fut roi sur toute la nation anglaise, sauf la partie qui restait sous le pouvoir des Danois. » La Toussaint étant au 1er novembre, la mort d'Alfred tombe le 26 octobre 899. Traductions de référence : Thorpe (1861), Giles (1914), Swanton (1996). La Chronique est la source de la date de mort et de l'étendue de son royaume ; elle ne donne pas le lieu de décès.

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  2. Église d'Angleterre, calendrier du Common Worship, Church's Year (« Calendar of the Church's Year ») : au 26 octobre, « Alfred the Great, King of the West Saxons, Scholar, 899 ». Statut : Lesser Festival (fête mineure). Source vérifiée le 11 octobre 2026.

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  3. Asser, Vie du roi Alfred (Vita Ælfredi), v. 893. Source primaire de la biographie : naissance à Wantage en 849, voyage à Rome et onction par Léon IV (853), accès au trône en 871, retraite d'Athelney en 878, bataille d'Ethandun, baptême de Guthrum, école de cour, savants attirés (Asser, Grimbald, Jean, Wærferth), santé du roi, méthode de travail, vœu de consacrer à Dieu la moitié de ses services et de ses revenus. Le texte s'interrompt vers 887-889 : Asser ne raconte pas la mort d'Alfred. Éditions de référence : Asser's Life of King Alfred, éd. W. H. Stevenson, Oxford, 1904 (texte latin) ; trad. A. S. Cook, Boston, 1905 ; trad. fr. Alban Gautier, Histoire du roi Alfred, Les Belles Lettres, 2013.

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  4. Sur 878 : la Chronique anglo-saxonne (entrée 878) situe le baptême de Guthrum à Aller, près d'Athelney, et la levée du chrêmeau à Wedmore ; Asser, dans sa Vie du roi Alfred, suit le même récit. Alney, île de la Severn près de Gloucester, est un autre lieu, sans rapport avec cet épisode. Les Annales de Saint Neot (faussement attribuées à Asser) nomment le lieu d'Ethandune. Le règlement d'Alfred et Guthrum (traité conservé dans un manuscrit de Cambridge) est distinct du règlement de Wedmore ; les deux sont souvent confondus dans la vulgarisation.

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  5. Grégoire le Grand, Règle pastorale (Pastoral Care), traduite en vieil anglais par Alfred. La préface du roi, adressée à l'évêque Wærferth, décrit l'effondrement des écoles et des livres en Angleterre : « si peu de gens de ce côté de la Humber pouvaient comprendre leurs rituels en anglais, ou traduire une lettre du latin en anglais », et le projet de traduire « quelques-uns des livres les plus nécessaires à tous les hommes de savoir » dans la langue que tous comprennent, pour que toute la jeunesse libre d'Angleterre apprenne d'abord à lire l'anglais. Édition de référence : King Alfred's West-Saxon Version of Gregory's Pastoral Care, éd. Henry Sweet, Early English Text Society, 1871.

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  6. Boèce, De consolatione philosophiae, traduit en vieil anglais (« Boèce d'Alfred »), mêlé de commentaires et d'adaptations du roi. Attribution directe au consensus. Édition de référence : King Alfred's Old English Version of Boethius, éd. W. J. Sedgefield, 1899.

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  7. Sur l'état scientifique du corpus alfrédien : les traductions directement attribuées au roi sont la Pastorale de Grégoire, la Consolation de Boèce, les Soliloques d'Augustin et les cinquante premiers psaumes. L'Histoire ecclésiastique de Bède et l'Orose appartiennent au programme royal mais ne sont plus tenues pour de la main d'Alfred (différences lexicales et stylistiques, Janet Bately, 1970 et 1990). Les Dialogues de Grégoire furent traduits par Wærferth de Worcester, Alfred fournissant la préface. Voir Keynes & Lapidge, Alfred the Great, Penguin Classics, 1983.

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  8. Sur le code de lois d'Alfred, le domboc (fin des années 880 ou début des années 890) : lois d'Alfred et d'Ine en cent vingt chapitres, introduction qui occupe environ un cinquième du code, avec traduction des Dix Commandements, de chapitres de l'Exode et des Actes des Apôtres (Ac 15, 23-29). Le nombre 120 renvoie à l'âge de Moïse à sa mort, dans la symbolique de la loi. Sources : Asser, Vie du roi Alfred ; Doom Book, éd. Thorpe, 1840 ; Keynes & Lapidge, Alfred the Great, Penguin Classics, 1983, p. 164.

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  9. Sur la tentative de canonisation : le roi d'Angleterre Henri VI demanda la canonisation d'Alfred au pape Eugène IV en 1441 ; la démarche n'aboutit pas (Sarah Foot, Alfred the Great: The Man Who Made England, 2011, p. 231). Le Martyrologe romain actuel ne mentionne pas Alfred.

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  10. Église orthodoxe russe : le 21 août 2007, le Saint Synode a approuvé la vénérabilité de tous les saints qui brillèrent dans les terres de Bretagne et d'Irlande, bénissant leur mémoire commune au troisième dimanche après la Pentecôte. Alfred y est nommé ; une fête personnelle au 26 octobre lui est reconnue dans l'usage orthodoxe (archiprêtre Andrew Phillips, « The Synaxis of All Saints of Britain and Ireland », 2016). Vénérabilité reçue, non canonisation romaine.

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  11. Nominis (site de la Conférence des évêques de France), page « Saint Alfred le Grand » : « Dates de fête : 12 décembre, Fête locale ». Le texte biographique est crédité à l'INRP et aucune référence de calendrier diocésain, de Martyrologe ou de décret n'est donnée pour cette date. La Wikipédia française la reprend sans note. Mention isolée et non sourcée : elle n'est pas retenue ici.

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  12. Sur les degrés d'autorité : la vénérabilité liturgique d'Alfred est une tradition reçue des Églises qui le fêtent (Église d'Angleterre, Église orthodoxe). L'article ne la présente pas comme un dogme ni comme une canonisation romaine ; le lecteur est renvoyé à l'état exact du dossier.

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  13. Image Wikimedia Commons : statue d'Alfred le Grand à Wantage, Oxfordshire, lieu de sa naissance (photographie Philip Jelley, CC BY-SA 3.0). Source unique pour cet article ; aucune image n'est utilisée deux fois.

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