Asanga (IVe siècle)

Asanga est le moine bouddhiste du Gandhāra traditionnellement daté du IVe siècle, cofondateur avec son frère Vasubandhu de l'école Yogācāra, affirmant que la réalité perçue n'est que représentation de la conscience.

Ignispedia

Asanga — en sanskrit Asaṅga, « le Détaché » — est un moine et philosophe bouddhiste né dans le royaume du Gandhāra, au nord-ouest de l'Inde ancienne, traditionnellement daté du IVe siècle (v. 300-390)[9]. Avec son demi-frère cadet Vasubandhu, il est reconnu comme le cofondateur et le premier grand systématisateur de l'école Yogācāra — littéralement « la pratique du yoga » —, également appelée Vijñānavāda (« doctrine de la conscience ») ou Cittamātra (« rien que la pensée »), l'une des deux grandes écoles philosophiques du bouddhisme Mahāyāna avec le Madhyamaka de Nāgārjuna[10].

Selon la tradition rapportée par le moine chinois Paramārtha au VIe siècle puis par le pèlerin Xuanzang au VIIe siècle, Asanga, insatisfait après des années de méditation solitaire, aurait employé ses pouvoirs méditatifs pour monter au ciel de Tuṣita et y recevoir du bodhisattva Maitreya — le futur Bouddha — l'enseignement qui allait devenir le socle textuel du Yogācāra[11]. De cet enseignement seraient issus tout ou partie des cinq traités de Maitreya, ainsi que le Yogācārabhūmi-śāstra, vaste encyclopédie de la pratique spirituelle bouddhique dont l'attribution reste discutée par les spécialistes modernes[12].

Auteur reconnu de la Mahāyānasaṃgraha (« Somme du Grand Véhicule ») et de l'Abhidharmasamuccaya, fondateur, selon Tāranātha (ch. 22), d'un vihāra dans une forêt appelée Veluvana où il forme huit disciples[13], Asanga est aussi l'homme qui convertit son frère Vasubandhu — alors moine sarvāstivādin renommé et critique déclaré du Yogācāra — à la pensée du Grand Véhicule, faisant de lui le second grand docteur de l'école[14]. Sa philosophie de la « conscience seule », qui analyse en détail les mécanismes de la perception et introduit la notion décisive d'ālayavijñāna — la « conscience-réceptacle » où se déposent les traces de tous les actes passés —, a profondément marqué le bouddhisme chinois (école Faxiang) et tibétain (Cittamatra) jusqu'à aujourd'hui[15].

Compté par la tradition tibétaine parmi les dix-sept grands maîtres de Nālandā — liste doxographique tardive, non historique[16] —, Asanga demeure l'une des figures les plus influentes de la pensée bouddhique indienne classique — et l'un des interlocuteurs les plus sérieux qu'une apologétique catholique du dialogue interreligieux puisse rencontrer sur la question de la nature de l'esprit et de la réalité du monde.

En quelques dates

  1. v. 300-320
    Naissance à Puruṣapura

    Asanga naît dans une famille brahmane de Puruṣapura (Peshawar actuel), capitale du royaume du Gandhāra, aîné de trois frères[17].

  2. Jeunesse
    Entrée dans l'ordre monastique

    Il est ordonné dans l'école Mahīśāsaka selon Xuanzang — d'autres sources évoquent plutôt les Mūlasarvāstivādin[18].

  3. Après des années de méditation
    Crise et ascension à Tuṣita

    Insatisfait de sa compréhension de la vacuité, il monte, selon la tradition, au ciel de Tuṣita où Maitreya lui enseigne le Mahāyāna[19].

  4. Maturité
    Conversion de Vasubandhu

    Il fait venir son frère cadet, alors critique du Yogācāra, et le convertit au Grand Véhicule[20].

  5. Maturité
    Fondation du vihāra de Veluvana

    Selon Tāranātha (ch. 22), Asanga fonde un vihāra dans une forêt appelée Veluvana, où il forme huit disciples éminents[21].

  6. v. 370-390
    Disparition

    Les sources anciennes ne rapportent aucune date ni circonstance précises de sa mort[22].

Une jeunesse brahmane à Puruṣapura, capitale du Gandhāra

Trois frères d'une même famille brahmane

La tradition situe la naissance d'Asanga à Puruṣapura, aujourd'hui Peshawar au Pakistan, alors capitale du royaume du Gandhāra, dans une famille de brahmanes[23]. Les datations varient sensiblement selon les auteurs modernes — du milieu du IIIe au Ve siècle —, mais plusieurs synthèses de référence retiennent la fourchette v. 300-390, plaçant Asanga au IVe siècle — tandis que d'autres, comme la Britannica, le situent au Ve siècle, et l'Universalis entre le IVe et le VIe siècle[24] [25]. Le témoignage tibétain de l'historien Buton Rinchen Drub (1290-1364) situe au contraire la naissance des deux frères en Inde centrale plutôt qu'au Gandhāra — divergence rapportée par la synthèse WPEN consultée, qui ne tranche pas entre les deux localisations[26].

Asanga est l'aîné de trois frères, tous devenus moines. Le cadet, Vasubandhu, deviendra le second grand docteur du Yogācāra ; le rôle du troisième frère, parfois nommé Viriñcivatsa dans la tradition, reste marginal dans les sources[27]. Selon une tradition rapportée par certains auteurs, le père d'Asanga était de caste kshatriya tandis que celui de Vasubandhu était brahmane — ce qui ferait des deux frères des demi-frères par la mère plutôt que des frères de sang complet[28]. Cette précision généalogique, transmise de façon inégale selon les sources, ne change rien à l'essentiel : les deux hommes grandissent et se forment ensemble à Puruṣapura avant de prendre des chemins doctrinaux opposés, puis convergents.

La formation dans l'école Mahīśāsaka et le doute face à la vacuité

Devenu moine, Asanga reçoit sa première formation dans une école du Hīnayāna — selon le témoignage du pèlerin chinois Xuanzang, il aurait d'abord appartenu à l'école Mahīśāsaka, avant de se tourner vers le Mahāyāna ; d'autres sources évoquent plutôt une appartenance initiale à l'école Mūlasarvāstivādin[29]. Cette formation lui donne une maîtrise technique approfondie de l'abhidharma — l'analyse scolastique des phénomènes psychiques et matériels — qu'il conservera et retravaillera toute sa vie, y compris après sa conversion au Grand Véhicule.

Selon la tradition biographique, Asanga passe ensuite de longues années dans la méditation solitaire et l'étude, cherchant à approfondir sa compréhension de la doctrine de la vacuité (śūnyatā) sans parvenir à la satisfaction intellectuelle et spirituelle qu'il recherchait[30]. C'est cette insatisfaction prolongée qui, selon le récit traditionnel, le conduit à l'épisode le plus célèbre de sa vie : la rencontre avec Maitreya.

L'ascension à Tuṣita et l'enseignement de Maitreya

Le récit de Paramārtha et de Xuanzang

Le récit le plus ancien et le plus détaillé de cet épisode nous vient du moine chinois Paramārtha (499-569), l'un des grands traducteurs et transmetteurs du Yogācāra en Chine, dans sa biographie de Vasubandhu[31]. Selon ce récit, Asanga aurait employé ses pouvoirs méditatifs (siddhi) pour monter la nuit au ciel de Tuṣita et y recevoir de Maitreya l'enseignement du Grand Véhicule, notamment sur la vacuité et sur les textes qui allaient devenir le noyau doctrinal du Yogācāra[32].

Un siècle plus tard, le pèlerin chinois Xuanzang (602-664), qui étudia lui-même la tradition Yogācāra en Inde avant de la rapporter et de la diffuser en Chine, confirme cet épisode dans le récit de ses voyages, les Records of the Western Regions :

« La nuit, il montait auprès du bodhisattva Maitreya, dans le ciel de Tuṣita, pour y apprendre le Yogācārabhūmi-śāstra, le Mahāyāna-sūtra-alaṃkāra-śāstra, le Madhyānta-vibhāga-śāstra, et d'autres textes encore. » — Xuanzang, Records of the Western Regions (Da Tang Xiyu Ji), VIIe siècle, trad. anglaise Rongxi (1996) ; trad. française de travail[33]

Xuanzang situe géographiquement cet épisode près d'Ayodhyā : c'est dans la section de son récit consacrée au pays d'Ayodhyā qu'il rapporte avoir vu, « dans un grand bosquet de manguiers, à cinq ou six li au sud-ouest de la ville, un vieux monastère » où « le bodhisattva Asaṅga reçut ses instructions et guida le peuple » — texte anglais contrôlé sur la traduction Rongxi[34]. Le récit ajoute qu'Asanga y enseigna ensuite lui-même de jour la doctrine reçue la nuit, devant une assemblée grandissante de disciples.

Le débat des historiens : maître humain ou vision mystique ?

Les spécialistes modernes du Yogācāra se divisent sur la nature exacte de cette rencontre. Une partie de la recherche, dont l'indianiste autrichien Erich Frauwallner, tient Maitreya — souvent désigné dans ce rôle sous le nom de Maitreyanātha, distinct du futur Bouddha éponyme — pour un maître humain historique, actif vers 270-350, dont Asanga aurait été l'élève avant de développer et systématiser son enseignement[35]. D'autres chercheurs contestent cette lecture euhémériste et considèrent que le récit traditionnel décrit une expérience visionnaire de méditation, Maitreya jouant alors le rôle d'une divinité tutélaire (iṣṭa-devatā) plutôt que celui d'un professeur en chair et en os[36].

Ce débat reste non tranché : aucune source indépendante ne permet aujourd'hui de vérifier l'existence historique d'un « Maitreyanātha » distinct du bodhisattva céleste. Ce qui est établi avec plus de certitude, en revanche, c'est que la tradition — chinoise comme tibétaine — attribue de façon constante à Maitreya la paternité ultime d'un corpus de textes fondateurs que Asanga aurait ensuite transmis, commentés et développés — d'où l'expression consacrée de « cinq traités de Maitreya », étudiée plus loin.

Le Yogācāra : une philosophie de la conscience seule

Cittamātra et vijñaptimātra : « rien que la représentation »

Le nom même de l'école indique sa méthode : Yogācāra, « la pratique (ācāra) du yoga », désigne une voie de salut fondée sur la discipline méditative plutôt que sur la seule spéculation[37]. Mais l'école est également connue sous deux autres noms qui en résument la thèse philosophique centrale : Vijñānavāda, la « doctrine de la conscience », et Cittamātra, « rien que la pensée » — ou, dans une formule plus précise employée par certains textes, vijñaptimātra, « rien que la représentation »[38].

La thèse centrale, développée à partir de sources antérieures comme le Saṃdhinirmocana-sūtra, tient que les objets que nous croyons percevoir dans le monde extérieur n'ont pas d'existence indépendante de l'esprit qui les perçoit : ils sont des représentations (vijñapti) produites par la conscience elle-même, et non des choses existant par elles-mêmes en dehors d'elle[39]. Selon la synthèse qu'en donne l'Encyclopédie Universalis, pour cette école, « la réalité absolue n'est autre chose que la pensée » ; l'enseignement conduit le pratiquant, par la méditation, à faire en sorte que « la pensée pense elle-même » et « se voie » et « se connaisse avec discernement »[40]. Dans cette perspective, les perceptions d'un homme éveillé, d'un malade mental, d'un rêveur ou d'un yogin en profonde absorption ont, du point de vue strictement épistémologique, une même valeur : ce sont toutes des constructions de la conscience[41].

L'ālayavijñāna, la conscience-réceptacle

Le concept le plus original et le plus systématiquement développé par Asanga est celui d'ālayavijñāna, la « conscience-réceptacle » ou « conscience-entrepôt »[42]. Cette huitième forme de conscience — s'ajoutant aux six consciences sensorielles classiques et à la conscience mentale — sert de support continu où se déposent, sous forme de « semences » (bīja), les traces de tous les actes passés, et d'où germent en retour les expériences futures. La Mahāyānasaṃgraha elle-même, dans son premier chapitre, présente l'ālayavijñāna, d'après un sūtra ancien, comme le support sans commencement commun à tous les phénomènes et le fondement de toute destinée jusqu'au nirvana ; Asanga explique ensuite ce nom de « réceptacle » par une relation réciproque de cause à fruit entre cette conscience et les phénomènes souillés des êtres qui renaissent (paraphrase de travail d'après la traduction Lamotte, donnée comme telle et non comme une citation vérifiée)[43]. Cette conscience-réceptacle permet ainsi de rendre compte, sans recourir à un moi substantiel permanent, de la continuité d'une existence à l'autre à travers le cycle des renaissances — l'un des problèmes classiques que devait résoudre toute école bouddhique fidèle à la doctrine du non-soi (anātman)[44]. Sur la doctrine générale du non-soi, du karma et de la renaissance dans le bouddhisme, voir l'article dédié : le bouddhisme.

Les trois natures selon le trisvabhāva

Pour rendre compte du statut exact de cette « conscience seule » et de son rapport aux apparences du monde, le Yogācāra développe la doctrine des trois natures (trisvabhāva), qui distingue trois niveaux de réalité des phénomènes[45] :

NatureSanskritCe qu'elle désigne
Nature imaginaireParikalpita-svabhāvaLa réalité telle qu'elle est faussement construite par l'esprit non éclairé, comme si les objets existaient par eux-mêmes, indépendamment de la conscience
Nature dépendanteParatantra-svabhāvaLe flux causal réel des phénomènes mentaux, produits en dépendance les uns des autres (pratītyasamutpāda), support sur lequel se projette l'illusion précédente
Nature parfaitePariniṣpanna-svabhāvaLa nature dépendante enfin vue telle qu'elle est, dépouillée de la projection imaginaire — c'est-à-dire la réalisation de la vacuité elle-même

Cette grille n'est pas un simple exercice scolastique : elle permet à l'école Yogācāra de répondre à l'accusation, portée notamment par les tenants du Madhyamaka, selon laquelle nier toute réalité extérieure reviendrait à un nihilisme incompatible avec la doctrine bouddhique de la vacuité. Pour Asanga et ses successeurs, ce n'est pas l'existence du flux mental dépendant (paratantra) qui est niée, mais seulement la fausse superposition d'objets substantiels indépendants sur ce flux — la vacuité consistant précisément dans l'absence, au sein du flux réel des phénomènes, de la dualité sujet-objet que l'esprit non éclairé y projette[46].

L'œuvre d'Asanga

Le Yogācārabhūmi-śāstra : compilation ou traité unique ?

Le texte le plus vaste traditionnellement attribué à Asanga est le Yogācārabhūmi-śāstra, « Traité des étapes de la pratique du yoga », encyclopédie monumentale couvrant les degrés de la voie spirituelle du bodhisattva[47]. Les recherches philologiques modernes, en identifiant plusieurs strates textuelles de styles et d'époques différents à l'intérieur de l'ouvrage, considèrent aujourd'hui majoritairement qu'il s'agit d'une compilation rassemblant les contributions de plusieurs auteurs sur une période prolongée, plutôt que du texte composé d'un seul jet par une seule main[48]. Cela n'exclut pas qu'Asanga ait personnellement participé à sa compilation ou à sa rédaction finale, mais cela invite à la prudence sur l'attribution intégrale du texte à sa seule plume[49][50].

La Mahāyānasaṃgraha, la Somme du Grand Véhicule

L'ouvrage dont l'attribution à Asanga fait le plus large consensus savant est la Mahāyānasaṃgraha — la « Somme du Grand Véhicule » —, exposition systématique en dix chapitres des thèses fondamentales du Yogācāra, considérée comme son œuvre maîtresse[51]. Le texte original sanskrit est perdu, mais l'ouvrage subsiste dans une traduction tibétaine et dans quatre traductions chinoises successives, dont celle de Xuanzang lui-même[52]. C'est l'indianiste belge Étienne Lamotte (1903-1983), professeur à l'Université de Louvain, qui en a établi l'édition critique de référence en langue occidentale, avec traduction du tibétain et commentaire comparé aux versions chinoises, publiée en deux volumes par l'Institut Orientaliste de Louvain en 1938, puis rééditée en 1973[53]. Cette édition demeure, près d'un siècle après sa première publication, l'instrument de travail incontournable pour la recherche francophone sur le Yogācāra classique.

L'Abhidharmasamuccaya et les commentaires disputés

L'Abhidharmasamuccaya, court résumé systématique des doctrines de l'Abhidharma mahāyāniste conservé en sanskrit, complète le noyau des œuvres unanimement attribuées à Asanga[54]. Deux autres textes lui sont parfois attribués — une compilation en vers commentant la Vajracchedikā (le Sūtra du Diamant), la Kārikāsaptati, et un commentaire du Saṃdhinirmocana-sūtra — mais ces attributions, moins solidement établies, ne recueillent pas l'adhésion générale des chercheurs contemporains[55].

Les cinq traités de Maitreya : une attribution disputée

La tradition tibétaine regroupe sous le nom de « cinq traités de Maitreya » un ensemble de textes que Asanga aurait reçus à Tuṣita et transmis au monde des hommes : le Mahāyānasūtrālaṃkāra, le Madhyāntavibhāga, le Dharmadharmatāvibhāga, l'Abhisamayālaṃkāra et le Ratnagotravibhāga[56]. Or plusieurs de ces attributions sont sérieusement contestées par la recherche moderne, selon la synthèse encyclopédique consultée : la formule même des « cinq œuvres de Maitreya » ne serait attestée dans les sources sanskrites qu'à partir du XIe siècle, ce qui invite à une prudence particulière quant à l'ancienneté réelle de ce regroupement[57]. L'Abhisamayālaṃkāra, absent de la tradition chinoise, est attribué par certains chercheurs à un autre auteur indien que Maitreya, tandis que le Ratnagotravibhāga est, selon la tradition chinoise elle-même, l'œuvre d'un autre auteur que Maitreya — ancienneté et unité d'attribution que la recherche moderne, toujours selon cette synthèse, juge peu plausibles avant le XIe siècle (références exactes des travaux cités par la synthèse non revérifiées)[58]. Deux textes seulement du groupe — le Mahāyānasūtrālaṃkāra et le Madhyāntavibhāga — recueillent un consensus relativement plus large quant à un lien authentique, direct ou indirect, avec l'enseignement reçu par Asanga.

Cette prudence philologique n'affaiblit pas l'importance historique du corpus : que ces textes soient, en tout ou en partie, l'œuvre propre d'Asanga, la mise en forme par lui d'un enseignement reçu, ou l'œuvre de disciples ultérieurs placée sous l'autorité de Maitreya selon un usage courant dans la littérature indienne, ils constituent ensemble le socle doctrinal sur lequel s'est bâtie toute l'école Yogācāra classique.

La conversion de Vasubandhu : le frère cadet gagné au Grand Véhicule

Devenu un moine sarvāstivādin renommé, auteur de l'Abhidharmakośa — somme scolastique majeure du bouddhisme non-mahāyāniste —, Vasubandhu critiquait ouvertement l'œuvre de son frère aîné. Selon le récit traditionnel rapporté par Paramārtha, Vasubandhu, découvrant l'ampleur du Yogācārabhūmi compilé par Asanga, se serait exclamé :

« Hélas, Asanga, retiré dans la forêt, a pratiqué la méditation pendant douze ans [...] ; il a fondé un système si difficile et si lourd qu'un seul éléphant pourrait le porter. » — Vasubandhu, cité par Paramārtha, Biographie du maître Vasubandhu (Po-seou-p'an-teou fa-che tchouan), VIe siècle[59]

Alarmé par l'hostilité de son frère envers le Mahāyāna et soucieux de son avenir spirituel, Asanga aurait alors feint la maladie pour attirer Vasubandhu à son chevet, saisissant cette occasion pour lui exposer en détail la doctrine du Grand Véhicule[60]. Selon Xuanzang, la conversion proprement dite aurait eu lieu à Ayodhyā, où Vasubandhu, ayant demandé à son frère de lui exposer l'enseignement mahāyāniste, en aurait aussitôt reconnu la supériorité[61]. Devenu à son tour l'un des plus grands docteurs du Yogācāra, Vasubandhu produira notamment des commentaires majeurs sur les œuvres de son frère et sur les traités de Maitreya — sa vie, sa doctrine propre (notamment la Viṃśatikā et la Triṃśikā) et l'énigme chronologique posée par la théorie, aujourd'hui abandonnée par la recherche, de « deux Vasubandhu » distincts formulée par Erich Frauwallner, feront l'objet d'un article dédié : Vasubandhu[62].

Fondateur d'institutions : le vihāra de Veluvana

Selon l'historien tibétain Tāranātha (1575-1634), auteur d'une Histoire du bouddhisme en Inde qui demeure l'une des principales sources tardives sur cette période, Asanga fonde, au chapitre 22 de cet ouvrage, un vihāra dans une forêt appelée Veluvana — variante Piluvana dans certaines éditions —, où il enseigne la doctrine du Mahāyāna à huit disciples versés dans les vœux moraux et les sūtra, lieu devenu célèbre sous le nom de Dharmāṅkura-vihāra et où il met par écrit les cinq traités de Maitreya[63]. Ce Veluvana n'est pas le célèbre Parc aux Bambous de Rājagṛha offert au Buddha par le roi Bimbisāra : la note du traducteur l'identifie, d'après Xuanzang, à un lieu situé à l'est d'Ayodhyā, dans une forêt de manguiers[64]. Le chiffre de « vingt-cinq monastères », repris par certaines synthèses modernes, ne figure dans aucun passage de l'ouvrage de Tāranātha et est donc retiré ici.

La tradition tibétaine compte par ailleurs Asanga parmi les « dix-sept grands maîtres/érudits de Nālandā » (paṇḍita), panthéon des grandes autorités doctrinales associées à la prestigieuse université monastique de Nālandā, au Magadha, l'un des plus grands centres d'étude bouddhique de l'Asie ancienne[65]. Cette association tardive, plus honorifique qu'historiquement documentée dans le cas d'Asanga — Nālandā elle-même n'est fondée qu'au Ve siècle —, témoigne en tout cas de la place centrale que la tradition ultérieure lui a reconnue dans la transmission du savoir bouddhique institutionnel.

Postérité : le Yogācāra en Chine et au Tibet

La pensée d'Asanga et de Vasubandhu connaît une seconde vie particulièrement riche en Chine, où elle est transmise dès le VIe siècle par Paramārtha, puis systématisée et diffusée au VIIe siècle par Xuanzang lui-même, après son propre séjour d'étude en Inde, donnant naissance à l'école chinoise Faxiang (« caractéristiques des dharmas »), qui influencera à son tour le bouddhisme japonais sous le nom de Hossō[66]. Au Tibet, où les cinq traités de Maitreya et les grandes œuvres d'Asanga et de Vasubandhu font l'objet d'un immense travail de traduction, de commentaire et d'enseignement monastique depuis le XIe siècle, la tradition Cittamatra demeure aujourd'hui encore l'une des quatre grandes écoles de philosophie bouddhique étudiées dans le cursus monastique classique, aux côtés du Madhyamaka, du Sautrāntika et du Vaibhāṣika[67].

Regard catholique sur l'idéalisme du Yogācāra

Une intuition juste : l'instabilité du monde et le primat de l'intériorité

Le concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate, reconnaît que le bouddhisme, « selon ses formes variées, » perçoit « l'insuffisance radicale de ce monde changeant » et enseigne « une voie par laquelle les hommes, avec un cœur dévot et confiant, pourront acquérir l'état de libération parfaite »[68]. Cette reconnaissance s'applique avec une force particulière à l'école fondée par Asanga : l'analyse méticuleuse que le Yogācāra fait des mécanismes de la perception, du désir et de l'attachement témoigne d'une lucidité réelle sur l'instabilité et le caractère construit de nos représentations du monde, et la discipline méditative qu'il propose pour purifier l'esprit de ses fausses projections n'est pas sans écho, sur le plan strictement ascétique, avec l'insistance chrétienne sur la garde du cœur et la purification intérieure. Un catholique n'a aucune raison de mépriser la sophistication psychologique et la rigueur analytique du corpus d'Asanga sur ce plan précis — l'Église, dans le même paragraphe de Nostra Aetate, « ne rejette rien de ce qui, dans ces religions, est vrai et saint »[69].

Une divergence décisive : le monde réel créé, non une simple représentation

La divergence la plus radicale porte cependant sur le statut même du monde. Pour le Yogācāra, ainsi que le résume l'Encyclopédie Universalis, « la réalité absolue n'est autre chose que la pensée » — les objets du monde extérieur n'ont, en toute rigueur, aucune existence propre distincte de la conscience qui les représente[70]. La foi catholique affirme au contraire, dès son premier article de foi, que Dieu a réellement créé un monde matériel distinct de lui-même et doté d'une consistance propre : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Le monde n'est pas une projection de la conscience humaine, ni même une émanation de la conscience divine dépourvue d'altérité réelle : il est un don, distinct de son Créateur, dont la réalité propre — matière, causalité, temps, espace — n'est pas une illusion à dissoudre par la méditation mais une œuvre bonne à contempler, à connaître et à faire fructifier (Gn 1, 31). Sur ce point précis, la doctrine catholique de la création s'oppose frontalement à l'idéalisme cittamātra : connaître, pour la tradition catholique, c'est saisir intellectuellement quelque chose qui existe réellement en dehors de l'esprit qui connaît, non construire ou projeter cette réalité par l'acte même de la connaître.

L'ālayavijñāna face à l'âme spirituelle créée

Le concept d'ālayavijñāna mérite une attention particulière, car il répond, à sa manière, à une vraie difficulté : comment rendre compte de la continuité d'une existence, de la mémoire et de la responsabilité morale, sans reconnaître pour autant un moi substantiel permanent — la doctrine du non-soi (anātman) l'interdisant par principe ? Asanga répond par un flux impersonnel de « semences » qui se transmettent sans jamais constituer un sujet stable[71].

La foi catholique répond à la même exigence — rendre compte de l'identité et de la continuité personnelles — par une voie radicalement différente : l'affirmation d'une âme spirituelle, immatérielle, immortelle, et personnellement créée par Dieu pour chaque être humain :

« L'Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu — elle n'est pas "produite" par les parents — et qu'elle est immortelle : elle ne périt pas quand elle se sépare du corps à la mort, et elle sera réunie de nouveau au corps lors de la résurrection finale. » — Catéchisme de l'Église catholique, §366[72]

Là où l'ālayavijñāna dissout la question du sujet dans un flux causal de semences impersonnelles se renouvelant sans fin, la doctrine catholique de l'âme spirituelle maintient qu'il existe, en chaque personne, un sujet réellement un et permanent, voulu et créé par Dieu comme tel, appelé à la résurrection de la chair et non à l'extinction ou à la dissolution finale d'un flux de conscience. La dignité de la personne humaine — fondement de toute la morale et de tout le droit catholiques — repose précisément sur cette affirmation d'un sujet stable et responsable, que la logique du non-soi bouddhique, aussi raffinée soit-elle dans son traitement du problème de la continuité psychologique, ne peut en dernière analyse pas fonder de la même manière.

Nirvana et vision béatifique : extinction ou communion personnelle ?

Le but ultime que propose le Yogācāra — comme l'ensemble du bouddhisme — est la cessation de la souffrance et la sortie du cycle des renaissances par la réalisation de la vacuité, l'esprit parvenant à « se voir » et à « se connaître » lui-même au terme du chemin méditatif[73]. Ce but demeure, dans sa structure la plus profonde, un accomplissement de nature impersonnelle : il ne s'agit pas d'une rencontre entre deux personnes, mais de la dissolution des illusions qui font obstacle à la connaissance juste de la vacuité de tous les phénomènes, y compris du sujet lui-même.

La destinée ultime que promet la foi catholique est d'une tout autre nature : une communion personnelle avec un Dieu lui-même personnel, dans la vision face à face :

« Ceux qui meurent dans la grâce et l'amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu'ils le voient "tel qu'il est" (1 Jn 3, 2), face à face. » — Catéchisme de l'Église catholique, §1023[74]

Cette « vision béatifique » n'est en rien la dissolution d'un sujet dans un flux impersonnel de conscience purifiée : elle suppose au contraire deux personnes réellement distinctes — l'âme créée et le Dieu créateur — unies dans un acte de connaissance et d'amour qui ne supprime ni l'une ni l'autre, mais les porte au plus haut point de leur relation possible. Sur la critique catholique plus large du non-soi, du karma et du cycle des renaissances, développée pour l'ensemble du bouddhisme, voir le bouddhisme et pourquoi la réincarnation est une fausse croyance.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (anglais), article « Asanga », consulté en 2026 : naissance traditionnelle à Puruṣapura (Peshawar) au Gandhāra, datation au IVe siècle, formation initiale mahīśāsaka selon Xuanzang, ascension à Tuṣita et débat Frauwallner sur l'identité de Maitreyanātha, appartenance aux dix-sept maîtres de Nālandā, attribution disputée du Yogācārabhūmi comme compilation multi-auteurs, liste et débat d'attribution des cinq traités de Maitreya, rencontre avec Vasubandhu à Ayodhyā selon Xuanzang, diffusion en Chine (école Faxiang) via Xuanzang. L'article WPEN attribue en outre à Tāranātha la fondation de vingt-cinq monastères, dont Veluvana au Magadha et ses huit disciples — chiffre non retenu ici : le chapitre 22 contrôlé ne mentionne qu'un seul vihāra (voir [^taranatha-ch22]). Les points suivants sont repris selon cette synthèse et donnés comme tels, à confirmer aux sources et pages exactes : compilation du Yogācārabhūmi, cinq traités (attestations et attributions discutées). Le passage d'Ayodhyā a été contrôlé sur la traduction Rongxi (voir [^xuanzang-rongxi]). Les points « monastères de Tāranātha » et « dix-sept maîtres de Nālandā » ont été vérifiés et corrigés aux footnotes [^taranatha-ch22] et [^nalanda-17masters].

    1 5 9 12 17 18 23 26 29 35 36 48 49 54 55 56 57 58 61 66
  2. Encyclopedia of Buddhism (encyclopediaofbuddhism.org), article « Asanga » : dates approximatives v. 320-390 ; naissance à Puruṣapura au Gandhāra selon les érudits modernes, Inde centrale selon Buton Rinchen Drub (1290-1364) ; formation initiale sarvāstivādin/mahīśāsaka puis conversion au Mahāyāna ; insatisfaction méditative prolongée avant la rencontre avec Maitreya ; récit de l'ascension à Tuṣita rapporté par Paramārtha (VIe siècle) ; débat moderne sur la nature historique ou visionnaire de Maitreya ; Mahāyānasaṃgraha conservée en une traduction tibétaine et quatre traductions chinoises. Sur les points « monastères de Tāranātha » et « dix-sept maîtres de Nālandā », voir les vérifications aux footnotes [^taranatha-ch22] et [^nalanda-17masters], qui remplacent cette synthèse.

    2 6 11 19 22 25 30 32 47 52
  3. Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Yogācāra » (plato.stanford.edu/entries/yogacara) : Asaṅga et son demi-frère Vasubandhu comme fondateurs ou premiers systématisateurs de l'école ; Saṃdhinirmocana-sūtra comme source principale ; doctrines du cittamātra, des trois natures (trisvabhāva) et de la classification en huit consciences dont l'ālayavijñāna et le manas souillé (kliṣṭamanas) ; Abhidharmasamuccaya et Mahāyānasaṃgraha comme œuvres les plus importantes attribuées à Asanga ; Yogācārabhūmi comme compilation de strates hétérogènes composées sur une période étendue ; pérennité de l'école Cittamatra dans le cursus monastique tibétain aux côtés du Madhyamaka, du Sautrāntika et du Vaibhāṣika.

    3 10 15 38 39 42 44 45 46 50 67 71
  4. Internet Encyclopedia of Philosophy, article « Vasubandhu » (iep.utm.edu/vasubandhu) : Asanga demi-frère aîné de Vasubandhu, père kshatriya d'Asanga et père brahmane de Vasubandhu selon cette tradition ; citation de la remarque méprisante de Vasubandhu sur le Yogācārabhūmi (« il a fondé un système si difficile et si lourd qu'un seul éléphant pourrait le porter ») rapportée par Paramārtha ; ruse de la maladie feinte pour convertir Vasubandhu ; conversion effective à Ayodhyā selon Xuanzang ; Paramārtha (499-569) auteur de la Biographie du maître Vasubandhu, seule biographie complète conservée, avec Xuanzang la source la plus crédible malgré des divergences entre les deux récits ; théorie des « deux Vasubandhu » proposée par Erich Frauwallner (aîné v. 320-380, cadet v. 400-480), aujourd'hui considérée comme intenable par la recherche actuelle ; Vasubandhu et Asanga codificateurs du Yogācāra.

    4 14 20 28 31 59 60 62
  5. Tāranātha (1575-1634), History of Buddhism in India (rGya gar chos 'byung), ch. 22 (« Period of Brothers Arya Asanga »), trad. anglaise Lama Chimpa et Alaka Chattopadhyaya, éd. Debiprasad Chattopadhyaya, Indian Institute of Advanced Study, Simla, 1970 (réimpr. Motilal Banarsidass, Delhi, 1990, d'après la xylographie du Potala, 1946), p. 160 : « This ācārya built a vihāra in the forest called "Veluvana" in Magadha. Residing in it, he used to preach the profound significance of the Mahāyāna doctrine to eight disciples who observed the moral vows and were vastly learned. [...] Hence, the place became famous as the Dharmāṅkura-vihāra. In this place, he put in written form the Five Works of Maitreya. » Note 59 de l'édition (variante Piluvana dans certaines éditions) et note 61 (lieu situé, d'après Xuanzang, à l'est d'Ayodhyā, dans une forêt de manguiers — et non le Parc aux Bambous de Rājagṛha offert au Buddha par Bimbisāra). Aucun passage de l'ouvrage ne mentionne vingt-cinq monastères fondés par Asanga (texte intégral de cette traduction contrôlé).

    7 13 21 63 64
  6. La formule des « dix-sept grands maîtres de Nālandā » élargit le noyau ancien des Six Ornements et des Deux Suprêmes ; sa mise en forme à dix-sept noms est l'œuvre du 14e dalaï-lama, auteur d'une Louange aux dix-sept maîtres de Nālandā (« Illuminating the Threefold Faith », achevée à Dharamsala le 15 décembre 2001). Nālandā elle-même n'est fondée qu'au Ve siècle, par Kumāragupta Ier (dynastie Gupta) — cf. le communiqué du gouvernement indien pour l'inscription du site de Nalanda Mahavihara au patrimoine mondial de l'UNESCO (15 juillet 2016) : un maître daté du IVe siècle comme Asanga n'a donc pu y enseigner.

    8 16 65
  7. Encyclopaedia Britannica, article « Asaṅga » (britannica.com/biography/Asanga) : Asaṅga situé au Ve siècle apr. J.-C. par cette source, né à Puruṣapura, aîné de trois frères brahmanes fils d'un prêtre de cour, tous trois moines de l'ordre Sarvāstivāda ; maître en doctrine Yogācāra, Maitreyanātha (v. 275-350) ; doctrine de l'ālayavijñāna et des étapes (bhūmi) vers la Bouddhéité ; Mahāyānasaṃgraha citée comme œuvre importante.

    24 27 51
  8. Xuanzang (602-664), Records of the Western Regions (Da Tang Xiyu Ji), VIIe siècle, section du pays d'Ayodhyā, traduction anglaise Li Rongxi, The Great Tang Dynasty Record of the Western Regions, Numata Center for Buddhist Translation and Research, 1996 — texte anglais contrôlé sur cette traduction (exemplaire consulté : réimpression BDK 2016, même traduction, p. 133 ; la synthèse WPEN renvoie à la p. 153 de l'originale 1996). Texte anglais vérifié : « In a great mango grove five or six li to the southwest of the city there is an old monastery where Asaṅga Bodhisattva [...] received instructions and guided the common people. At night he ascended to the place of Maitreya Bodhisattva in [Tuṣita] Heaven to learn the Yogācārabhūmi-śāstra, the Mahāyānasūtrālaṃkāra-śāstra, the Madhyāntavibhāga-śāstra, [and other texts]; in the daytime he lectured on the marvelous principles to a large audience. » Traduction française de travail proposée dans le corps à partir de ce texte anglais vérifié.

    33 34
  9. Encyclopédie Universalis, article « Asanga » (universalis.fr/encyclopedie/asanga) : Asanga situé entre le IVe et le VIe siècle, originaire du nord-ouest de l'Inde (région de Peshāwar) avec son frère cadet Vasubandhu ; fondateur de l'école vijñānavādin selon laquelle « la réalité absolue n'est autre chose que la pensée » ; école dite Yogācāra parce que le salut s'obtient par le yoga permettant à la pensée de se penser elle-même, de « se voir » et de « se connaître avec discernement » ; égale valeur épistémologique reconnue aux perceptions de l'éveillé, du malade mental, du rêveur et du yogin ; obtention du nirvana par élimination des empreintes mentales des actes passés.

    37 40 41 70 73
  10. Asanga, Mahāyānasaṃgraha, chapitre I, §1-3, dans la traduction et le commentaire d'Étienne Lamotte (La Somme du Grand Véhicule d'Asaṅga, Institut Orientaliste de Louvain, 1938/1973). L'édition Lamotte n'ayant pu être contrôlée à la page exacte dans cette session, le passage ci-dessus est donné comme paraphrase de travail d'après la retraduction anglaise de l'édition Lamotte disponible en ligne (Gelongma Karma Migme Chodron), et non comme une citation textuelle vérifiée. Chaîne de transmission du texte : original tibétain/chinois → traduction française de Lamotte → retraduction anglaise consultée → paraphrase française proposée ici. Sens : l'ālayavijñāna comme support sans commencement commun à tous les phénomènes et fondement de toute destinée jusqu'au nirvana, puis explication par Asanga du nom de « conscience-réceptacle ».

    43
  11. Étienne Lamotte (1903-1983), La Somme du Grand Véhicule d'Asaṅga (Mahāyānasaṃgraha), Institut Orientaliste de Louvain, tome I : versions tibétaine et chinoise (Hiuan-Tsang) ; tome II : traduction française et commentaire, 1938, nouvelle édition 1973. Édition et traduction critique de référence en langue occidentale, à partir du texte tibétain confronté aux versions chinoises et au commentaire de Vasubandhu (Mahāyānasaṃgrahabhāṣya) ainsi qu'à celui d'Asvabhāva (Mahāyānasaṃgrahopanibandhana).

    53
  12. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, §2 — texte officiel français : vatican.va. « Dans le bouddhisme, selon ses formes variées, l'insuffisance radicale de ce monde changeant est reconnue et on enseigne une voie par laquelle les hommes, avec un cœur dévot et confiant, pourront acquérir l'état de libération parfaite, ou atteindre, par leurs propres efforts ou avec un secours supérieur, l'illumination suprême. »

    68
  13. Catéchisme de l'Église catholique, §843 — texte officiel : vatican.va. « L'Église reconnaît dans les autres religions la recherche, "encore dans les ombres et sous des images", du Dieu inconnu mais proche puisque c'est Lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses et qu'Il veut que tous les hommes soient sauvés. Aussi l'Église considère-t-elle tout ce qu'il y a de bon et de vrai [dans les religions] comme une préparation évangélique. » Citation de Nostra Aetate §2 et de Lumen Gentium §16.

    69
  14. Catéchisme de l'Église catholique, §366 — texte officiel : vatican.va. « L'Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu — elle n'est pas "produite" par les parents — et aussi qu'elle est immortelle : elle ne périt pas quand elle se sépare du corps à la mort, et elle sera réunie de nouveau au corps lors de la résurrection finale. » Référence à l'encyclique Humani generis de Pie XII (1950).

    72
  15. Catéchisme de l'Église catholique, §1023 — texte officiel : vatican.va. « Ceux qui meurent dans la grâce et l'amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiés, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu'ils le voient "tel qu'il est" (1 Jn 3, 2), face à face » (cf. 1 Co 13, 12 ; Ap 22, 4). Voir aussi §1028 sur la « vision béatifique ».

    74