Theodor Herzl (1860-1904)

Journaliste viennois issu d'une famille juive assimilée, Theodor Herzl fonde en 1896-1897 le sionisme politique moderne. Sa diplomatie le mène jusqu'au Vatican, où le pape Pie X lui oppose en janvier 1904 un refus resté célèbre.

Ignispedia

Theodor Herzl, né Binyamin Ze'ev Herzl le 2 mai 1860 à Pest[1] et mort le 3 juillet 1904 à Edlach en Basse-Autriche[2], est un journaliste, écrivain et homme politique juif austro-hongrois, fondateur du sionisme politique moderne et premier président de l'Organisation sioniste mondiale. Issu d'une famille juive assimilée de la bourgeoisie de Pest puis de Vienne, correspondant parisien d'un grand quotidien viennois, il publie en 1896 un court essai, Der Judenstaat, qui propose une solution politique et étatique à ce que l'Europe de son temps appelait « la question juive » — non sans prédécesseurs : Moses Hess avait publié Rome et Jérusalem dès 1862 et Leon Pinsker Autoémancipation en 1882[3]. L'apport proprement herzlien, qui fonde le sionisme politique moderne organisé, est d'en faire un programme d'organisation internationale et de diplomatie d'État. L'année suivante, il réunit à Bâle le premier Congrès sioniste, fonde une organisation internationale et se lance jusqu'à sa mort prématurée dans une diplomatie tous azimuts — auprès du sultan ottoman, du Kaiser allemand, du gouvernement britannique et, fait notable pour une encyclopédie catholique, auprès du Saint-Siège lui-même, où le pape Pie X lui oppose en janvier 1904 un refus resté célèbre. Mort à 44 ans sans avoir vu la moindre réalisation politique concrète de son projet, Herzl est aujourd'hui enterré au mont Herzl à Jérusalem et vénéré par l'État d'Israël comme son « père spirituel »[4], quarante-quatre ans avant sa fondation.

Cet article retrace la trajectoire de Herzl comme figure historique et comme cas d'étude pour la réflexion catholique sur le judaïsme moderne, la question de Sion et les rapports entre l'Église et le mouvement sioniste naissant — sans entrer dans les questions géopolitiques contemporaines, hors du périmètre biographique de cette notice.

Une jeunesse dans l'assimilation juive d'Europe centrale

Naissance et famille à Pest

Grande synagogue de la rue Dohány à Budapest, près du quartier de naissance de Herzl — photo Wikimedia Commons, Emmanuel Dyan, CC BY 2.0.

Theodor Herzl naît le 2 mai 1860 dans la rue Dohány (Tabakgasse) du quartier juif de Pest, tout près de l'emplacement où sera construite quelques années plus tard la grande synagogue de la rue Dohány, aujourd'hui la plus grande synagogue d'Europe[5]. Son père, Jakob Herzl, est un homme d'affaires prospère ; sa mère, Jeanette (née Diamant), appartient à une famille cultivée et germanophone. La famille se rattache au courant dit « néologue » du judaïsme hongrois, un judaïsme modéré, proche par bien des aspects de la Réforme allemande, très engagé dans l'assimilation linguistique et culturelle à la bourgeoisie environnante[6]. Herzl grandit ainsi dans un foyer où l'identité juive se vit surtout comme une appartenance culturelle et familiale, non comme une pratique religieuse stricte. Sa sœur Pauline meurt du typhus le 7 février 1878, un deuil qui pousse la famille à quitter Pest pour Vienne la même année[7].

Formation viennoise et tentation de l'assimilation

À Vienne, Herzl étudie le droit à l'université et devient brièvement avocat, à Vienne puis à Salzbourg, avant d'abandonner rapidement le barreau pour le journalisme et l'écriture dramatique[8]. Il rédige des comédies et des pièces pour la scène viennoise, signe des chroniques (feuilletons) légères, mondaines, peu politiques. Rien, dans cette première partie de sa vie, ne laisse deviner le futur fondateur d'un mouvement national. Bien au contraire : comme une large partie de la bourgeoisie juive d'Europe centrale de son temps, le jeune Herzl est d'abord tenté par une assimilation complète, persuadé que l'antisémitisme reculerait avec les progrès de l'émancipation civile et de l'éducation.

« Partout où notre bien-être politique a duré suffisamment longtemps, nous nous sommes assimilés à notre environnement. Je ne pense pas que ce soit à notre déshonneur. » — Theodor Herzl, Der Judenstaat, Introduction, 1896[9]

Cette phrase, écrite pourtant dans l'essai qui allait fonder le sionisme politique, montre combien Herzl ne rejetait pas par principe l'assimilation : sa thèse ultérieure est que l'histoire européenne a refusé aux Juifs le résultat de cette assimilation, quel qu'ait été leur effort.

Le tournant : l'affaire Dreyfus et l'antisémitisme européen

Correspondant à Paris : la dégradation de Dreyfus

Chronologie synthétique — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Devenu correspondant à Paris de la Neue Freie Presse, le grand quotidien libéral viennois, Herzl couvre à ce titre le procès puis, le 5 janvier 1895, la cérémonie de dégradation publique du capitaine Alfred Dreyfus, officier juif alsacien accusé à tort de trahison au profit de l'Allemagne[10]. Herzl assiste à la scène et entend la foule crier des propos hostiles aux Juifs pendant que Dreyfus, publiquement déshonoré, clame son innocence[11].

Vienne, Karl Lueger et l'antisémitisme « scientifique »

L'affaire Dreyfus n'est cependant pas le seul choc de ces années : à Vienne même, la percée électorale de Karl Lueger, chef du Parti chrétien-social ouvertement antisémite — élu bourgmestre par le conseil municipal en 1895, mais dont l'empereur François-Joseph refuse deux ans durant de confirmer la nomination avant de s'y résoudre en 1897 — convainc Herzl que l'antisémitisme n'est pas un archaïsme en voie de disparition mais un phénomène politique moderne, capable de mobiliser des majorités électorales dans des sociétés industrielles et parlementaires[12]. C'est la combinaison de ces deux électrochocs — la France républicaine humiliant un officier juif au nom d'une trahison inventée, l'Autriche libérale portant au pouvoir un antisémite déclaré — qui structure la conclusion politique de Herzl : l'antisémitisme européen n'est pas un problème d'éducation ou de temps, mais une donnée durable qu'aucune assimilation ne dissoudra.

« L'antisémitisme augmente de jour en jour et d'heure en heure parmi les nations ; en réalité, il ne peut que croître, parce que les causes de sa croissance continuent d'exister et ne sauraient être supprimées. » — Theodor Herzl, Der Judenstaat, chap. II, 1896[13]

Une nuance historiographique : quelle part réelle de Dreyfus ?

L'historiographie contemporaine invite cependant à nuancer le récit simplifié selon lequel « l'affaire Dreyfus a fait de Herzl un sioniste ». Dans son propre compte rendu de 1895, rédigé à chaud, Herzl rapporte avoir entendu la foule crier « Mort au traître ! », et non « Mort aux Juifs ! » ; ce n'est que dans un texte inédit de 1899, intitulé On Zionism, qu'il reformule le souvenir en y ajoutant explicitement le cri antisémite et la formule devenue célèbre : « Ce qui a fait de moi un sioniste, c'est le procès Dreyfus »[14]. Les historiens relèvent que Herzl avait déjà, avant 1895, envisagé par écrit des formes de réponse politique à l'antisémitisme — notamment dans une pièce inachevée sur l'assimilation, Das neue Ghetto (« Le nouveau ghetto »), rédigée dès l'automne 1894[15]. Sans nier l'impact réel du procès Dreyfus sur sa trajectoire, cette nuance montre qu'il serait réducteur de faire de la seule dégradation de janvier 1895 la cause unique et instantanée du sionisme herzlien : elle en est un catalyseur majeur, retravaillé ensuite par Herzl lui-même en récit fondateur.

Der Judenstaat (1896) : la solution politique à la question juive

Contenu et thèse centrale

Rédigé dans les derniers mois de 1895 et publié le 14 février 1896 à Leipzig et à Vienne, Der Judenstaat. Versuch einer modernen Lösung der Judenfrage (« L'État des Juifs. Essai d'une solution moderne de la question juive ») est un court essai politique, non un traité théologique ni un programme religieux[16]. Herzl y part d'un constat : l'émancipation civile accordée aux Juifs d'Europe occidentale au XIXe siècle n'a pas fait disparaître l'hostilité populaire à leur égard ; elle l'a au contraire, dans certains pays, exacerbée. Sa réponse n'est ni religieuse ni philosophique mais organisationnelle et diplomatique : obtenir des grandes puissances la reconnaissance d'un territoire, garanti par le droit public international, où les Juifs qui le souhaitent pourraient se regrouper et exercer une pleine souveraineté politique.

« Nous sommes un peuple — un seul peuple. Nous avons honnêtement tenté, partout, de nous fondre dans la vie sociale des communautés environnantes et de conserver la foi de nos pères. On ne nous le permet pas. » — Theodor Herzl, Der Judenstaat, Introduction, 1896[17]

« Les Juifs qui le voudront auront leur État. Nous vivrons enfin comme des hommes libres sur notre propre sol. » — Theodor Herzl, Der Judenstaat, conclusion (section VI), 1896[18]

Sur la question du territoire lui-même, Herzl reste dans l'essai de 1896 délibérément ouvert entre deux options géographiques principales, l'Argentine et la Palestine, tout en reconnaissant la charge historique et affective propre à cette dernière :

« La Palestine est notre inoubliable patrie historique. Le nom même de Palestine attirerait notre peuple avec une force d'une merveilleuse puissance. » — Theodor Herzl, Der Judenstaat, chap. II, 1896[19]

L'essai propose une architecture concrète : une « Société des Juifs » (Society of Jews), chargée du travail préparatoire scientifique et politique et habilitée à négocier avec les gouvernements au nom du peuple juif, et une « Compagnie juive » (Jewish Company), sorte de compagnie à charte inspirée des grandes compagnies coloniales européennes, chargée d'appliquer concrètement ce travail : liquidation des intérêts économiques des Juifs partants, organisation du commerce et de l'installation dans le nouveau pays[20]. Cette dualité — organe politique d'un côté, instrument économique de l'autre — préfigure directement l'architecture institutionnelle que Herzl mettra en place dès l'année suivante avec l'Organisation sioniste mondiale.

Réception : espoirs et sarcasmes

L'accueil de Der Judenstaat est, à sa sortie, très partagé. Une partie de la presse juive occidentale, y compris certains organes libéraux et réformés, tourne le projet en dérision, le jugeant utopique, voire dangereux pour le statut civique déjà acquis des Juifs d'Europe occidentale. Herzl lui-même anticipe ce scepticisme et mesure d'emblée l'ampleur du défi : convaincre non pas d'abord les grandes puissances, mais sa propre communauté, alors très divisée sur l'idée même d'une solution nationale à la « question juive ».

Fonder un mouvement : de Bâle à l'Organisation sioniste mondiale

Le premier congrès sioniste de Bâle (août 1897)

Face au scepticisme rencontré, Herzl choisit de sortir du seul essai littéraire pour bâtir une organisation politique internationale. Après avoir dû renoncer à réunir son congrès fondateur à Munich, en raison de l'opposition véhémente des autorités rabbiniques locales[21], il convoque le premier Congrès sioniste à Bâle, en Suisse, du 29 au 31 août 1897. Deux cents délégués environ, venus de toute l'Europe et de quelques communautés d'outre-mer, y fondent l'Organisation sioniste mondiale, dont Herzl devient le premier président, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1904[22].

Theodor Herzl au premier Congrès sioniste de Bâle, 1897 — photographie Wikimedia Commons, domaine public.

Au soir du congrès, Herzl confie à son journal intime une phrase restée célèbre, à la fois lucide sur l'incrédulité de ses contemporains et prophétique sur l'avenir :

« Si je devais résumer le Congrès de Bâle en un mot — ce que je me garderai bien de prononcer publiquement —, ce serait celui-ci : à Bâle, j'ai fondé l'État juif. Si je disais cela tout haut aujourd'hui, on me répondrait par un rire universel. Peut-être dans cinq ans, et certainement dans cinquante, tout le monde le saura. » — Theodor Herzl, Journal, 3 septembre 1897[23]

Le programme de Bâle

Le congrès adopte à l'unanimité, le 30 août 1897, un texte fondateur bref connu sous le nom de programme de Bâle, rédigé par une commission présidée par l'écrivain Max Nordau[24] :

« Le sionisme vise à créer pour le peuple juif un foyer en Palestine, garanti par le droit public. » — Programme de Bâle, 30 août 1897[25]

Le texte précise ensuite les quatre moyens retenus pour atteindre ce but : la colonisation agricole et artisanale de la Palestine par des Juifs ; l'organisation et la fédération de l'ensemble du judaïsme par des institutions locales et internationales appropriées, conformes aux lois de chaque pays ; le renforcement du sentiment et de la conscience nationale juive ; enfin, des démarches préparatoires en vue d'obtenir l'assentiment des gouvernements nécessaires à la réalisation du but du sionisme[26].

« Die Welt » et l'appareil militant

Dès 1897, à ses frais, Herzl fonde également l'hebdomadaire Die Welt (« Le Monde »), publié à Vienne, qui devient l'organe officieux du mouvement sioniste naissant[27]. Il réunira six congrès sionistes supplémentaires de son vivant, retournant chaque fois devant les délégués rendre compte de ses démarches diplomatiques et affronter les tensions internes, parfois très vives, entre les différentes sensibilités du mouvement — sionistes politiques, sionistes pratiques partisans d'une colonisation immédiate sans attendre de garantie juridique internationale, et sionistes culturels emmenés par Ahad Ha'am, plus soucieux de renaissance spirituelle et culturelle que de diplomatie d'État.

La diplomatie de Herzl : convaincre les puissances

Le sultan Abdülhamid II et l'Empire ottoman

Puisque la Palestine ottomane est le territoire visé en priorité, Herzl multiplie dès 1896 les démarches auprès de la Sublime Porte. Il se rend à Istanbul le 15 juin 1896, rencontre le grand vizir et reçoit le 29 juin 1896 la Croix de commandeur de l'ordre du Medjidié — décoration honorifique qui ne s'accompagne toutefois d'aucun engagement politique[28]. Il obtient enfin une audience directe avec le sultan Abdülhamid II le 17 mai 1901, sans parvenir à en tirer la charte d'installation juive qu'il espérait : le sultan, endetté mais soucieux de préserver la souveraineté ottomane sur la province de Palestine, élude toute concession territoriale concrète[29].

Le Kaiser Guillaume II et le voyage en Terre sainte (1898)

Carte synthétique des démarches diplomatiques de Herzl — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Herzl obtient également, en 1898, deux audiences avec l'empereur allemand Guillaume II, soucieux d'étendre l'influence de Berlin au Proche-Orient ottoman : l'une le 29 octobre 1898 à Mikveh Israël, près de Jaffa, l'autre le 2 novembre 1898 à Jérusalem même, à l'occasion de la visite officielle du Kaiser en Terre sainte[30]. Herzl effectue ainsi, en octobre-novembre 1898, son tout premier voyage en Palestine, accompagné notamment de David Wolffsohn et Max Bodenheimer, ses futurs collaborateurs à la tête du mouvement[31]. Là encore, l'audience impériale reste sans suite politique concrète : Guillaume II ne s'engage à aucun soutien diplomatique explicite auprès de la Sublime Porte.

Joseph Chamberlain, le Royaume-Uni et le « programme ougandais » (1903)

Herzl se tourne aussi vers Londres, où il témoigne en 1902-1903 devant la Commission royale sur l'immigration étrangère (Royal Commission on Alien Immigration) et négocie avec le secrétaire d'État aux Colonies, Joseph Chamberlain[32]. C'est dans ce contexte que naît le fameux « programme ougandais » (British Uganda Programme) : au lendemain du pogrom meurtrier de Kichinev (Bessarabie russe, avril 1903), qui frappe durement l'opinion sioniste, Chamberlain propose l'installation d'une colonie juive autonome sur un territoire de l'actuel Kenya, alors rattaché administrativement à l'Ouganda britannique. Herzl présente ce projet, non comme un abandon de l'objectif sur la Palestine mais comme un Nachtasyl — un « refuge de nuit » temporaire pour des populations juives en danger immédiat —, au sixième Congrès sioniste réuni à Bâle en août 1903[33].

Pogrom de Kichinev et fracture du mouvement sioniste

Le vote sur l'envoi d'une simple commission d'étude en Afrique de l'Est divise profondément le congrès : 295 voix pour, 178 contre, 98 abstentions[34]. La délégation russe, la plus exposée aux persécutions mais aussi la plus attachée sans concession à la Palestine biblique, quitte la salle en signe de protestation avant de revenir négocier. Le projet ougandais, déjà fragilisé par la mort de Herzl en juillet 1904, est définitivement rejeté par le septième Congrès sioniste en 1905[35]. Cet épisode reste, dans l'histoire du mouvement, la crise interne la plus grave que Herzl ait eu à affronter comme président — révélatrice aussi de la tension permanente, dans son propre projet, entre urgence humanitaire immédiate et fidélité à la centralité symbolique et historique de la Palestine.

Herzl et le Saint-Siège : l'audience de janvier 1904

Dans sa tournée diplomatique des grandes cours et des grandes puissances, Herzl n'omet pas Rome. Convaincu qu'un soutien, même moral, du chef de l'Église catholique pèserait sur l'opinion européenne et sur les cabinets ottoman et autrichien, il sollicite et obtient, en janvier 1904, une double audience au Vatican — d'abord auprès du secrétaire d'État, puis auprès du pape lui-même. Le compte rendu qu'en donne Herzl figure dans son journal, publié après sa mort sous le titre The Complete Diaries of Theodor Herzl[36].

L'entretien avec le cardinal Merry del Val (22 janvier 1904)

Le 22 janvier 1904, Herzl est reçu par le cardinal Rafael Merry del Val, secrétaire d'État du pape Pie X. Herzl y reprend une idée déjà avancée dans sa diplomatie antérieure : celle d'une extraterritorialité des Lieux saints, qui resteraient sous juridiction religieuse propre au sein d'un territoire à souveraineté juive. Le cardinal lui oppose une fin de non-recevoir de principe, jugeant que les Lieux saints ne sauraient être artificiellement détachés de l'ensemble de la Terre sainte[37]. Sa position, telle que rapportée par Herzl, articule un raisonnement théologique explicite :

« Je ne vois pas très bien comment nous pourrions prendre une quelconque initiative en cette matière. Tant que les Juifs nieront la divinité du Christ, nous ne pouvons certainement pas faire de déclaration en leur faveur. (...) Pour nous, ils sont les témoins indispensables du phénomène de la présence de Dieu sur terre. (...) Comment pourrions-nous alors, sans abandonner nos plus hauts principes, consentir à ce qu'on leur redonne possession de la Terre sainte ? » — Cardinal Rafael Merry del Val, rapporté par Theodor Herzl, Journal, 22 janvier 1904[38]

L'audience avec le pape Pie X (26 janvier 1904)

Trois jours plus tard, le 26 janvier 1904, Herzl est reçu directement par le pape Pie X. L'entretien, dont Herzl précise qu'il dura environ vingt-cinq minutes, confirme et durcit encore la position déjà exprimée par le cardinal Merry del Val[39] :

« Nous ne pouvons donner notre approbation à ce mouvement. Nous ne pouvons empêcher les Juifs de se rendre à Jérusalem — mais nous ne pourrions jamais le sanctionner. Le sol de Jérusalem, s'il n'a pas toujours été sacré, a été sanctifié par la vie de Jésus-Christ. En tant que chef de l'Église, je ne peux vous dire rien d'autre. Les Juifs n'ont pas reconnu Notre-Seigneur, c'est pourquoi nous ne pouvons reconnaître le peuple juif. » — Pape Pie X, rapporté par Theodor Herzl, Journal, 26 janvier 1904[40]

Pie X ajoute, selon le même compte rendu, une remarque sur l'alternative qu'offrirait, à ses yeux, la conversion :

« Si vous venez en Palestine et que vous y installez votre peuple, nous aurons des églises et des prêtres prêts à vous baptiser tous. » — Pape Pie X, rapporté par Theodor Herzl, Journal, 26 janvier 1904[41]

Synthèse de l'audience Herzl-Pie X — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Herzl note également avoir refusé de baiser l'anneau pontifical selon l'usage protocolaire, geste qu'il pense avoir déplu au pape[42]. Il quitte Rome sans le moindre soutien, mais avec un compte rendu écrit d'une précision qui en fait aujourd'hui l'une des sources historiques les plus citées sur la position du Saint-Siège à l'égard du sionisme naissant.

Comment lire ce refus aujourd'hui

Il importe de replacer cet épisode dans son contexte théologique et historique propre, sans le prêter à contresens. Le refus de Pie X ne relève pas d'une hostilité personnelle à l'égard de Herzl ni d'un déni du droit des Juifs à vivre en sécurité : le pape reçoit courtoisement son visiteur pendant près d'une demi-heure, l'écoute et lui répond en son âme et conscience de chef de l'Église. Sa réponse s'inscrit dans une théologie de l'histoire alors classique, où la présence continue du peuple juif dispersé est lue comme un « témoignage » providentiel lié au refus de reconnaître la messianité de Jésus — une lecture que le magistère conciliaire ultérieur reformulera profondément. Le concile Vatican II, dans sa déclaration Nostra Aetate (28 octobre 1965) — déclaration conciliaire, non définition dogmatique —, reformule profondément ce point au § 4 : rappelant le lien avec les patriarches et l'alliance ancienne, la déclaration rejette l'imputation collective du déicide (« ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps ») et demande que les Juifs ne soient pas « présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture » :

« Les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l'appel sont sans repentance. » — Concile œcuménique Vatican II, Nostra Aetate, § 4, 28 octobre 1965[43]

Ce que les théologiens nommeront plus tard la « théologie de la substitution » est ainsi écarté en substance, sans que la déclaration emploie elle-même ce vocabulaire.

Sur le plan strictement diplomatique, il faudra attendre près de neuf décennies après l'audience de 1904 pour que le Saint-Siège et l'État d'Israël établissent des relations officielles, par l'Accord fondamental signé le 30 décembre 1993[44] — signe que la question posée par Herzl en 1904 n'a trouvé de réponse diplomatique institutionnelle que très tardivement, et sur des bases entièrement différentes de celles qu'il avait sollicitées.

Le sionisme face au judaïsme religieux

Le sionisme politique de Herzl, mouvement fondé et dirigé par des Juifs largement sécularisés, ne fait pas consensus dans le monde juif religieux de son temps — bien au contraire. Trois positions principales s'y dessinent, qu'il convient de distinguer avec précision pour ne pas prêter au judaïsme une unanimité qu'il n'a jamais connue sur cette question.

CourantPosition face au sionisme herzlienArgument principalFigure ou texte de référence
Orthodoxie traditionnelle (majorité, fin XIXe s.)Opposition, souvent véhémenteUn État juif avant la venue du Messie relève d'une usurpation illégitime de la rédemption divine ; le sionisme est un projet séculier, porté par des Juifs non pratiquantsOpposition rabbinique qui contraint Herzl à déplacer son congrès fondateur, initialement prévu à Munich[45]
Sionisme religieux (minoritaire, en formation)Adhésion conditionnelle, sionisme comme instrument providentielLa colonisation de la Terre promise peut être lue comme une étape de préparation, sans usurper elle-même la rédemption messianiqueRabbin Yitzhak Ya'akov Reines, fondateur du mouvement Mizrahi à Vilna en 1902, auteur de Or Chadash al Tzion (1902), réfutation des objections rabbiniques au sionisme[46]
Judaïsme réformé occidental (Europe occidentale, États-Unis)Opposition, pour des raisons inverses de l'orthodoxieLa judéité est une identité religieuse et non nationale ; revendiquer une patrie propre fragiliserait la pleine citoyenneté déjà acquise dans les pays d'accueilPlateforme de Pittsburgh, Conférence centrale des rabbins américains, 1885 (antérieure à Herzl mais qui structure durablement l'opposition réformée ultérieure)

L'opposition orthodoxe traditionnelle

La réaction rabbinique la plus immédiate et la plus organisée à l'annonce du congrès de Bâle est venue de l'orthodoxie d'Europe centrale, qui refuse de voir dans un mouvement laïc, présidé par des intellectuels largement détachés de la pratique religieuse, un interlocuteur légitime sur la question du retour à Sion — question que la tradition rabbinique classique réservait à l'initiative divine et messianique, non à une organisation politique séculière[47].

Le Mizrahi de Reines : un sionisme religieux

Face à cette opposition, une minorité de rabbins orthodoxes choisit une autre voie : plutôt que de rejeter en bloc le mouvement de Herzl, ils s'y associent en le réinterprétant théologiquement. C'est le sens de la fondation, à Vilna en 1902, du mouvement Mizrahi par le rabbin lituanien Yitzhak Ya'akov Reines, dont l'ouvrage Or Chadash al Tzion (« Une lumière nouvelle sur Sion ») entreprend de réfuter systématiquement les objections rabbiniques classiques au sionisme politique[48]. Cette création intervient significativement après la décision du cinquième Congrès sioniste d'intégrer des activités culturelles (et donc potentiellement sécularisantes) à son programme — décision qui inquiète une partie du monde orthodoxe et pousse Reines à structurer une alternative religieuse organisée au sein même du mouvement sioniste plutôt qu'en dehors de lui[49].

Le judaïsme réformé américain et la Plateforme de Pittsburgh

À l'autre extrémité du spectre, le judaïsme réformé nord-américain, formé par plusieurs décennies d'insertion réussie dans la citoyenneté américaine, développe une opposition de nature inverse à celle de l'orthodoxie : loin de reprocher au sionisme sa sécularité, il lui reproche de remettre en cause l'universalisme religieux et l'appartenance pleine et entière des Juifs à leurs nations respectives. Une partie des rabbins orthodoxes qui refusent également la voie ouverte par Reines rejoindra plus tard, au-delà même de la mort de Herzl, le mouvement Agudath Israël, qui restera jusqu'au milieu du XXe siècle la position dominante d'une large partie du monde orthodoxe à l'égard du sionisme politique[50]. Cette diversité de réactions rappelle qu'aucune synthèse simple — ni « le judaïsme a accueilli le sionisme », ni « le judaïsme a rejeté le sionisme » — ne rend justice à la réalité historique du tournant herzlien.

Altneuland (1902) et l'utopie herzlienne

En 1902, Herzl publie un roman d'anticipation, Altneuland (« Vieille-nouvelle terre »), qui imagine une Palestine juive prospère, technologiquement avancée et socialement pluraliste à l'horizon de 1923[51]. Le livre se veut moins une œuvre littéraire achevée qu'un manifeste romancé, destiné à donner un visage concret et désirable à ce que Der Judenstaat n'avait esquissé qu'en théorie politique. Son épigraphe reste, aujourd'hui encore, la formule la plus citée de tout l'héritage herzlien — mais elle mérite d'être restituée avec exactitude plutôt que dans sa forme popularisée.

Page de titre de l'édition originale de Der Judenstaat, Leipzig et Vienne, 1896 — fac-similé Wikimedia Commons, domaine public.

Le texte allemand original énonce : « Wenn ihr wollt, ist es kein Märchen », ce qui se traduit littéralement par : « Si vous le voulez, ce n'est pas un conte » — Herzl y formule une condition positive : c'est la volonté qui arrache le projet au rang de fable (la traduction anglaise intégrale de Lotta Levensohn rend de même : « If you will it, it is no fable »). C'est la traduction hébraïque de Nahum Sokolow, en 1903, qui popularise la formule aujourd'hui universellement connue : « Im tirtzou, ein zo aggadah », rendue en français par « Si vous le voulez, ce n'est pas un rêve »[52]. Cette nuance philologique, loin d'être un détail pédant, éclaire un trait constant du personnage : Herzl, plus pragmatique que rêveur au sens naïf du terme, articule toujours la réalisation de son projet à un acte de volonté organisée, non à une promesse automatique.

« Le rêve et l'action ne sont pas aussi différents qu'on le pense souvent. Tous les actes des hommes sont d'abord des rêves, et deviennent des rêves à la fin. » — Theodor Herzl, postface d'Altneuland, 1902[53]

Vie privée, santé et mort (1904)

Un mariage malheureux, une famille frappée par le malheur

Le 25 juin 1889, Herzl épouse Julie Naschauer, fille d'une riche famille juive viennoise, alors âgée de vingt et un ans[54]. Le mariage, rapporté par plusieurs biographes comme malheureux, donne naissance à trois enfants : Pauline (1890), Hans (1891) et Margarethe, dite Trude (1893)[55]. Le destin de cette descendance porte une gravité particulière, presque tragique, qu'une encyclopédie se doit de rapporter avec exactitude plutôt que de la passer sous silence : Pauline, atteinte de troubles psychiques et de toxicomanie, meurt en 1930 d'une overdose ; Hans, élevé dans une éducation délibérément non religieuse, se convertit successivement à plusieurs confessions chrétiennes avant de se suicider par balle le jour même des funérailles de sa sœur, en 1930 ; Trude, internée en raison de troubles psychiatriques, est déportée par les nazis au camp de concentration de Theresienstadt, où elle meurt en 1943[56]. Julie elle-même meurt en 1907, trois ans seulement après son mari[57]. Le seul descendant de Herzl à avoir embrassé la cause sioniste, son petit-fils Stephen Theodor Neumann, officier de l'armée britannique ayant visité la Palestine mandataire en 1945-1946, se suicide à son tour à Washington en novembre 1946[58].

La mort à Edlach et les dernières volontés

Les années de diplomatie intense, les congrès, les voyages et les tensions internes au mouvement épuisent la santé de Herzl, dont le cœur se dégrade rapidement à partir du début de 1904[59]. Il meurt le 3 juillet 1904, à 17 heures, à Edlach, dans la commune de Reichenau an der Rax en Basse-Autriche, où il s'était retiré pour se soigner[60]. La veille de sa mort, il aurait confié au pasteur anglican William H. Hechler, l'un de ses rares soutiens chrétiens constants : « Saluez la Palestine pour moi. J'ai donné le sang de mon cœur pour mon peuple »[61]. Fidèle à un dépouillement qu'il avait explicitement demandé, Herzl souhaitait des funérailles de la classe la plus pauvre, sans discours ni fleurs, et un enterrement provisoire aux côtés de son père, dans l'attente qu'un jour le peuple juif puisse transporter sa dépouille en Terre sainte[62]. Environ six mille personnes assistent néanmoins à ses obsèques à Vienne ; un bref éloge est prononcé par David Wolffsohn, son plus proche collaborateur et successeur à la présidence de l'Organisation sioniste mondiale, et son fils Hans récite le kaddish[63].

Sépulture et postérité

De Vienne au mont Herzl (1949)

Tombe de Theodor Herzl au mont Herzl, Jérusalem — photo Wikimedia Commons, PikiWiki Israel, CC BY 2.5.

La dépouille de Herzl repose d'abord au cimetière de Döbling, à Vienne, de 1904 à 1949. Conformément à son vœu exprimé de son vivant, elle est exhumée et transférée en Israël, où elle est réinhumée le 17 août 1949 sur une colline de Jérusalem qui prendra désormais son nom : le mont Herzl[64]. Le cercueil est alors recouvert d'un drap bleu et blanc, orné d'une étoile de David entourant le lion de Juda et sept étoiles d'or — symboles directement empruntés au drapeau que Herzl avait lui-même imaginé pour le mouvement sioniste[65].

« Chozeh HaMedinah » : la fabrique d'un père fondateur

Le 14 mai 1948, quarante-quatre ans après la mort de Herzl et sans qu'il ait connu la moindre concrétisation politique de son projet, la Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël le désigne explicitement comme le « père spirituel de l'État juif »[66]. Son surnom hébreu, Chozeh HaMedinah (« le Visionnaire de l'État »), et le jour commémoratif institué en son honneur, le Herzl Day (10 Iyar du calendrier hébraïque), achèvent de faire de ce journaliste viennois sans postérité biologique heureuse l'une des figures fondatrices les plus honorées de l'historiographie nationale israélienne[67].

Le regard catholique sur l'héritage de Herzl

Pour une encyclopédie catholique, l'intérêt de la trajectoire de Herzl ne se réduit pas à son rôle dans l'histoire du sionisme : elle éclaire aussi, par contraste, l'évolution du regard de l'Église elle-même sur le peuple juif et sur la question de Sion en un peu plus d'un demi-siècle. L'audience glaciale de janvier 1904, fondée sur une théologie où la dispersion juive est lue comme un signe providentiel lié au refus du Christ, appartient à un état de la réflexion théologique catholique que le magistère conciliaire a explicitement dépassé en 1965 avec Nostra Aetate, sans que cela implique une prise de position doctrinale de l'Église sur la légitimité politique d'un État particulier — question qui reste, par nature, étrangère au dépôt de la foi. Entre le refus de Pie X et l'établissement de relations diplomatiques officielles entre le Saint-Siège et l'État d'Israël en 1993, l'histoire de Herzl offre ainsi un cas d'école rare et précisément documenté de la manière dont une question politique et nationale du monde juif a traversé, sur plus de quatre-vingt-dix ans, l'évolution du regard ecclésial sur Israël selon la chair et sur les promesses faites aux pères — sujet que l'article Le judaïsme approfondit sous un angle plus doctrinal et théologique.

Pour aller plus loin

  • Theodor Herzl, The Complete Diaries of Theodor Herzl, trad. Harry Zohn, éd. Raphael Patai, 5 vol., New York/Londres, Herzl Press/Thomas Yoseloff, 1960 — édition intégrale de référence des journaux de Herzl, source du compte rendu de l'audience avec Pie X.
  • Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896 ; trad. angl. The Jewish State, 1896.
  • Theodor Herzl, Altneuland, Leipzig, 1902.
  • Council of Centers on Jewish-Christian Relations (CCJR), « Herzl's Audience with Pope Pius X, 1904 » — texte intégral du compte rendu diarial, ccjr.us.
  • YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, article « Mizraḥi », encyclopedia.yivo.org.
  • Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate, 28 octobre 1965, texte officiel sur vatican.va.
  • Voir aussi, dans Ignispedia, l'article Le judaïsme, qui prolonge sous un angle doctrinal et théologique les questions posées ici par la trajectoire politique de Theodor Herzl.

Notes et références

  1. Naissance le 2 mai 1860 à Pest (rue Dohány), famille juive « néologue », père Jakob Herzl, mère Jeanette (née Diamant), mort de la sœur Pauline en 1878 et départ pour Vienne. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (adossé à la biographie de référence : Amos Elon, Herzl, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    1 5 6 7
  2. The Times, nécrologie du 7 juillet 1904, p. 10 — mort le 3 juillet 1904 à Edlach (Reichenau an der Rax, Basse-Autriche). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    2
  3. Moses Hess, Rom und Jerusalem: Die letzte Nationalitätsfrage (Rome et Jérusalem : la dernière question nationale), Leipzig, 1862 — plaidoyer pour un nationalisme juif et un retour en Palestine, antérieur de plus de trente ans à Der Judenstaat ; Leon Pinsker, Autoemanzipation! Mahnruf an seine Stammesgenossen von einem russischen Juden (Auto-émancipation ! Appel d'un Juif russe à ses frères de race), Berlin, 1882 — rédigé au lendemain des pogroms de 1881 en Russie, appelant à l'auto-organisation nationale du peuple juif. Index de lecture : articles « Moses Hess » et « Leon Pinsker », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Moses_Hess ; en.wikipedia.org/wiki/Leon_Pinsker.

    3
  4. Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, 14 mai 1948, texte officiel : « at the summons of the spiritual father of the Jewish State, Theodore Herzl, the First Zionist Congress convened [...] ». Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    4 66
  5. Études de droit à l'université de Vienne, bref exercice d'avocat à Vienne et Salzbourg, reconversion au journalisme et à l'écriture dramatique. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    8
  6. Theodor Herzl, Der Judenstaat. Versuch einer modernen Lösung der Judenfrage, Leipzig/Vienne, M. Breitenstein's Verlags-Buchhandlung, 1896, Introduction : « Wherever our political well-being has lasted for any length of time, we have assimilated with our surroundings. I think this is not discreditable. » (formulation anglaise contrôlée sur la trad. Sylvie D'Avigdor, The Jewish State, 1896 — Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : Wikiquote anglophone, article « Theodor Herzl ». en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    9
  7. United States Holocaust Memorial Museum, Holocaust Encyclopedia, article « Alfred Dreyfus and the "Dreyfus Affair" » — cérémonie de dégradation publique du 5 janvier 1895, Herzl présent comme correspondant parisien de la Neue Freie Presse. encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/alfred-dreyfus-and-the-dreyfus-affair.

    10
  8. The Forward, « Did Dreyfus Affair Really Inspire Herzl? » — analyse historiographique : le compte rendu de 1895 rapporte le cri « Death to the traitor », reformulé en « Death to the Jews » dans un texte inédit de 1899 intitulé On Zionism ; mention de la pièce inachevée Das neue Ghetto (automne 1894) comme indice d'une réflexion sur l'assimilation antérieure au procès Dreyfus. forward.com/schmooze/193316/did-dreyfus-affair-really-inspire-herzl/.

    11 14 15
  9. Article « Karl Lueger », Wikipédia anglophone, et Encyclopaedia Britannica, article « Karl Lueger » (vérifiés par lecture directe) — élection du Parti chrétien-social avec deux tiers des sièges au conseil municipal de Vienne en 1895, refus de confirmation de l'empereur François-Joseph Ier pendant deux ans en raison notamment de l'antisémitisme de Lueger, entrée en fonction effective comme bourgmestre à partir de 1897. en.wikipedia.org/wiki/Karl_Lueger ; britannica.com/biography/Karl-Lueger.

    12
  10. Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896, chap. II : « Anti-Semitism increases day by day and hour by hour among the nations; indeed, it is bound to increase, because the causes of its growth continue to exist and cannot be removed. » (formulation anglaise contrôlée sur la trad. D'Avigdor — Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    13
  11. Theodor Herzl, Der Judenstaat. Versuch einer modernen Lösung der Judenfrage, Leipzig/Vienne, M. Breitenstein's Verlags-Buchhandlung, 1896 (rédigé fin 1895, paru le 14 février 1896 — date confirmée par le frontispice de l'édition américaine du cinquantenaire, 1946 ; trad. angl. Sylvie D'Avigdor, The Jewish State, 1896 — texte contrôlé : Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    16
  12. Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896, Introduction : « We are a people — one people. We have honestly endeavored everywhere to merge ourselves in the social life of surrounding communities and to preserve the faith of our fathers. We are not permitted to do so. » (formulation anglaise contrôlée sur la trad. D'Avigdor — Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    17
  13. Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896, section VI (conclusion) : « The Jews who wish for a State will have it. We shall live at last as free men on our own soil. » (formulation anglaise contrôlée sur la trad. D'Avigdor — Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    18
  14. Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896, chap. II : « Palestine is our ever-memorable historic home. The very name of Palestine would attract our people with a force of marvellous potency. » (formulation anglaise contrôlée sur la trad. D'Avigdor — Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    19
  15. Theodor Herzl, Der Judenstaat, Leipzig/Vienne, 1896 — « Society of Jews » (travail préparatoire scientifique et politique, négociation avec les gouvernements) et « Jewish Company » (compagnie à charte, liquidation des intérêts des partants, organisation du commerce) : texte contrôlé sur la trad. D'Avigdor (Projet Gutenberg, eBook #25282). Index de lecture : article « Der Judenstaat », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Der_Judenstaat.

    20
  16. YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe, article « Mizraḥi » — opposition rabbinique ayant contraint le déplacement du premier congrès sioniste, initialement prévu à Munich ; fondation du Mizrahi à Vilna en 1902 à l'initiative du rabbin Yitsḥak Ya'akov Reines à la suite de la décision du cinquième Congrès sioniste d'inclure des activités culturelles ; publication par Reines d'Or Chadash al Tzion (1902) réfutant les objections rabbiniques au sionisme ; mention du mouvement Agudath Israël comme cadre ultérieur de l'opposition orthodoxe majoritaire au sionisme jusqu'au milieu du XXe siècle. encyclopedia.yivo.org/article/1694.

    21 45 46 47 48 49 50
  17. Premier Congrès sioniste, Bâle, 29-31 août 1897 ; fondation de l'Organisation sioniste mondiale ; présidence de Herzl jusqu'en 1904 — corroborés par le Journal de Herzl (entrée du 3 septembre 1897 : « At Basel, I founded the Jewish State », Complete Diaries, trad. Zohn, éd. Patai). Présentation du « programme ougandais » au VIe Congrès sioniste (Bâle, août 1903). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    22 33
  18. Theodor Herzl, Journal, entrée datée du 3 septembre 1897 (rédigée à Vienne au retour de Bâle), in The Complete Diaries of Theodor Herzl, trad. Harry Zohn, éd. Raphael Patai, New York/Londres, Herzl Press/Thomas Yoseloff, 1960 : « Were I to sum up the Basel Congress in a word — which I shall guard against pronouncing publicly — it would be this: At Basel, I founded the Jewish State. If I said this out loud today, I would be answered by universal laughter. Perhaps in five years, certainly in fifty, everyone will know it. » (texte contrôlé sur la numérisation des Complete Diaries, archive.org). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    23
  19. Article « Basel Program », Wikipédia anglophone, et Jewish Encyclopedia, article « Basel Program » (vérifiés par lecture directe) — texte adopté à l'unanimité le 30 août 1897, rédigé par une commission présidée par Max Nordau : « Zionism seeks to establish a home in Palestine for the Jewish people, secured under public law. » en.wikipedia.org/wiki/Basel_Program ; jewishencyclopedia.com/articles/2612-basel-program.

    24 25 26
  20. Fondation par Herzl, à ses frais, de l'hebdomadaire Die Welt à Vienne en 1897, organe officieux du mouvement sioniste naissant. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    27
  21. Démarches auprès de la Sublime Porte : voyage à Constantinople le 15 juin 1896, rencontre avec le grand vizir, ordre du Medjidié le 29 juin 1896, audience avec le sultan Abdülhamid II le 17 mai 1901. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    28 29
  22. Audiences avec le Kaiser Guillaume II le 29 octobre 1898 à Mikveh Israël et le 2 novembre 1898 à Jérusalem ; voyage de Herzl en Palestine à l'automne 1898 avec David Wolffsohn et Max Bodenheimer. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    30 31
  23. Témoignage de Herzl devant la Royal Commission on Alien Immigration (1902-1903) et négociations avec le secrétaire d'État aux Colonies Joseph Chamberlain. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    32
  24. Scrutin du VIe Congrès sioniste (Bâle, août 1903) sur l'envoi d'une commission d'étude en Afrique de l'Est — 295 voix pour, 178 contre, 98 abstentions — et rejet définitif du programme ougandais par le VIIe Congrès (1905) : chiffres des comptes rendus du congrès. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    34 35
  25. Theodor Herzl, The Complete Diaries of Theodor Herzl, trad. Harry Zohn, éd. Raphael Patai, 5 vol., New York/Londres, Herzl Press/Thomas Yoseloff, 1960, vol. V — entretien du 22 janvier 1904 avec le cardinal Rafael Merry del Val (relaté dans l'entrée du 23 janvier, pp. 1591-1595 ; citations : « I do not quite see how we can take any initiative in this matter. As long as the Jews deny the divinity of Christ, we certainly cannot make a declaration in their favor. (...) To us they are the indispensable witnesses to the phenomenon of God's term on earth. (...) How then can we, without abandoning our own highest principles, agree to their being given possession of the Holy Land again? ») et audience du 26 janvier 1904 avec le pape Pie X (entrée du 26 janvier, pp. 1601-1605 ; citations : « We cannot give approval to this movement. We cannot prevent the Jews from going to Jerusalem—but we could never sanction it. The soil of Jerusalem, if it was not always sacred, has been sanctified by the life of Jesus Christ. As the head of the Church I cannot tell you anything different. The Jews have not recognized our Lord, therefore we cannot recognize the Jewish people. » ; « if you come to Palestine and settle your people there, we shall have churches and priests ready to baptize all of you. »), refus de Herzl de baiser l'anneau pontifical, durée d'environ 25 minutes. Texte anglais contrôlé mot à mot sur la numérisation des Complete Diaries (archive.org) : la formule obscure « God's term on earth » (p. 1594) est bien l'imprimé de Zohn, que la version française de l'article rend par « présence de Dieu sur terre ». Reproduction en ligne du seul entretien du 26 janvier : Council of Centers on Jewish-Christian Relations (CCJR), « Herzl's Audience with Pope Pius X, 1904 ». ccjr.us/dialogika-resources/primary-texts-from-the-history-of-the-relationship/herzl1904.

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  26. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 4 : « les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l'appel sont sans repentance. » Texte officiel en français : vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html.

    43
  27. Aleteia, « Understanding diplomatic relations between the Holy See and Israel: a history », 14 octobre 2023 — signature de l'Accord fondamental (Fundamental Agreement) entre le Saint-Siège et l'État d'Israël le 30 décembre 1993, établissant des relations diplomatiques officielles. aleteia.org/2023/10/14/understanding-diplomatic-relations-between-the-holy-see-and-israel-a-history/.

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  28. Theodor Herzl, Altneuland, Leipzig, Hermann Seemann Nachfolger, 1902 (note de l'éditeur anglophone : original allemand paru en 1902 ; trad. intégrale Lotta Levensohn, Old-New Land, New York, Bloch, 1941 — roman d'anticipation dont l'action se situe en 1923, « Haifa, 1923 »). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    51
  29. Theodor Herzl, Altneuland, Leipzig, Hermann Seemann Nachfolger, 1902, épigraphe : « Wenn ihr wollt, ist es kein Märchen », soit littéralement « Si vous le voulez, ce n'est pas un conte » (condition positive ; la traduction anglaise intégrale de Lotta Levensohn, Old-New Land, New York, Bloch, 1941, rend de même : « If you will it, it is no fable ») ; traduction hébraïque de Nahum Sokolow, 1903, « Im tirtzou, ein zo aggadah », rendue en français par « Si vous le voulez, ce n'est pas un rêve ». Index de lecture : article « Im Tirtzu », Wikipédia anglophone, et Rabbi Pini Dunner, « If You Will It, It Is No Dream ». en.wikipedia.org/wiki/Im_Tirtzu ; rabbidunner.com/if-you-will-it-it-is-no-dream/.

    52
  30. Theodor Herzl, Altneuland, Leipzig, 1902, épilogue : « Dreams are not so different from Deeds as some may think. All the Deeds of men are only Dreams at first. And in the end, their Deeds dissolve into Dreams. » (trad. Lotta Levensohn, Old-New Land, New York, Bloch, 1941 — texte contrôlé sur archive.org ; la version française de l'article en est une traduction fidèle). Index de lecture : Wikiquote anglophone. en.wikiquote.org/wiki/Theodor_Herzl.

    53
  31. Mariage avec Julie Naschauer le 25 juin 1889 ; trois enfants : Pauline (1890), Hans (1891) et Margarethe, dite Trude (1893). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (biographie de référence : Elon, Herzl, 1975). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

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  32. Destin de la descendance : Pauline (overdose, 1930) ; Hans, suicidé par balle le jour des funérailles de sa sœur — cf. Jewish Telegraphic Agency, « Hans Herzl, Son of Theodor Herzl, Commits Suicide After Funeral of Sister Paulina », 18 septembre 1930 ; Trude, morte à Theresienstadt en 1943 ; Julie Herzl, morte en 1907 ; petit-fils Stephen Theodor Neumann, suicidé à Washington en novembre 1946. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

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  33. The Times, nécrologie du 7 juillet 1904, p. 10 — mort de Theodor Herzl le 3 juillet 1904 à Edlach (Reichenau an der Rax, Basse-Autriche), d'une sclérose cardiaque ; dernières paroles rapportées par le pasteur anglican William H. Hechler, dernier visiteur la veille de la mort : « Greet Palestine for me. I gave my heart's blood for my people. » (cf. Jewish Journal, « Theodor Herzl: The New Prophet Dies, but His Old-New Message Survives » ; Center for Israel Education, « Theodor Herzl Dies »). Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (heure précise du décès — 17 h — et cure de repos à Edlach). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

    59 60 61
  34. The Times, nécrologie du 7 juillet 1904, p. 10 — testament de Herzl : obsèques de la classe la plus pauvre, sans discours ni fleurs, inhumation provisoire dans le caveau auprès de son père en attendant le transfert en Israël ; quelque six mille personnes suivent néanmoins le corbillard à Vienne. Amos Elon, Herzl, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1975, p. 402 — bref éloge prononcé par David Wolffsohn malgré la consigne, kaddish récité par le fils Hans, treize ans. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

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  35. Archives d'État d'Israël, dossier « Theodore Herzl » — loi votée par la première Knesset le 10 août 1949, puis cérémonie d'État le 17 août 1949 : le cercueil de Herzl, avec ceux de sa femme et de ses parents, est inhumé sur la colline de Jérusalem qui prend son nom, le mont Herzl. Jerusalem Post, « Mystery solved: Missing Herzl Parochet found in the KKL-JNF House in Tel Aviv » — drap funéraire bleu et blanc orné d'une étoile de David entourant le lion de Juda et de sept étoiles d'or, d'après le modèle de drapeau imaginé par Herzl. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone (première inhumation au cimetière de Döbling, Vienne, 1904-1949). en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

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  36. Nom hébreu Binyamin Ze'ev ; surnom Chozeh HaMedinah (חוֹזֵה הַמְדִינָה, « Visionnaire de l'État ») ; Yom Herzl (Herzl Day) célébré le 10 Iyar — loi Herzl votée par la Knesset en juin 2004 ; mont Herzl nommé en son honneur. Index de lecture : article « Theodor Herzl », Wikipédia anglophone. en.wikipedia.org/wiki/Theodor_Herzl.

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