Charles Taze Russell (16 février 1852 - 31 octobre 1916) est un marchand de Pennsylvanie devenu, sans formation théologique ni ordination reconnue, le fondateur du mouvement des Étudiants de la Bible, matrice directe des futurs témoins de Jéhovah. Issu d'une famille presbytérienne écossaise-irlandaise, tourmenté adolescent par la doctrine calviniste de l'enfer, il élabore à partir de 1870 un système théologique complet qui rejette la Trinité, la divinité de Jésus-Christ, l'immortalité de l'âme et l'enfer éternel, au profit d'une lecture littérale et chronologique de la Bible annonçant le retour invisible du Christ dès 1874 et la fin des royaumes humains pour 1914.
Fondateur en 1881 de la société qui deviendra la Watch Tower Bible and Tract Society, Russell diffuse son système par une œuvre éditoriale d'une ampleur inédite pour l'époque : les six volumes de Studies in the Scriptures atteignent, selon les estimations avancées par le mouvement, une vingtaine de millions d'exemplaires, et son Photo-Drama of Creation touche, selon les chiffres avancés par la Watch Tower, plus de neuf millions de spectateurs en une seule année, 1914. Il meurt en 1916, quelques années après que l'échéance de 1914 eut démenti sa prophétie la plus célèbre, sans avoir vu la crise de succession qui allait fracturer son propre mouvement.
Sa vie personnelle est traversée par plusieurs controverses publiques et documentées : un mariage qui s'achève par une séparation judiciaire pour « cruauté mentale », une allégation d'inconduite avec une jeune femme de son foyer, un procès retentissant sur la vente d'un « blé miraculeux », et un contre-interrogatoire où il reconnaît sous serment n'avoir aucune formation en grec ni en hébreu malgré le titre de « Pasteur » qu'il s'attribuait. Sa mort ouvre une crise de succession qui scinde durablement son héritage : d'un côté les futurs témoins de Jéhovah sous Joseph F. Rutherford, de l'autre plusieurs groupes d'Étudiants de la Bible indépendants qui refusent les innovations doctrinales de Rutherford et se réclament aujourd'hui encore de l'enseignement original de Russell.
Cet article retrace la trajectoire de l'homme — son enfance, sa formation autodidacte, son œuvre, ses controverses, sa mort et son héritage disputé. L'examen doctrinal détaillé des enseignements qu'il a légués (grammaire de Jean 1,1, statut de l'Esprit Saint, doctrine des 144 000, réfutation point par point) fait l'objet d'un traitement complet dans l'article consacré aux témoins de Jéhovah, auquel le lecteur est renvoyé pour approfondir.
Une jeunesse presbytérienne minée par le doute du salut
Naissance à Allegheny dans une famille de marchands écossais-irlandais
Charles Taze Russell naît le 16 février 1852 à Allegheny, aujourd'hui intégrée au North Side de Pittsburgh (Pennsylvanie), second des cinq enfants de Joseph Lytel Russell et d'Ann Eliza Birney, tous deux issus de familles presbytériennes d'origine écossaise-irlandaise[1]. Sa mère, qui espérait le voir devenir pasteur, meurt alors qu'il n'a que neuf ans[2]. La famille séjourne un temps à Philadelphie avant de revenir à Pittsburgh, où le père tient plusieurs magasins de confection pour hommes[3].
L'enfant se révèle précoce en affaires : associé au commerce paternel dès l'âge de onze ans, il quitte l'école à quatorze ans pour travailler à plein temps et devient, avant sa majorité, l'agent d'achat puis un véritable associé de son père, en charge de plusieurs boutiques[4]. Cette réussite commerciale précoce — ses cinq magasins de confection, revendus en 1876 alors qu'il n'a que vingt-quatre ans, sont estimés à 300 000 dollars de l'époque[5] — explique en partie la liberté financière qu'il mettra plus tard au service de sa cause religieuse.
« Un tourment continuel » : le doute sur l'enfer et le passage au congrégationalisme
Élevé dans le calvinisme presbytérien le plus strict, l'adolescent Russell est bouleversé par la doctrine de l'enfer éternel et de la prédestination. Selon ses propres souvenirs publiés plus tard dans son journal, il se mit, dès son plus jeune âge, à inscrire des versets bibliques à la craie sur les palissades et les trottoirs de la ville pour tenter de convertir les incrédules — signe d'un zèle religieux précoce doublé d'une angoisse réelle devant le sort réservé aux non-évangélisés[6]. À treize ans, il quitte l'Église presbytérienne pour rejoindre l'Église congrégationaliste, plus libérale sur ce point[7].
Le doute grandit néanmoins jusqu'à ébranler sa foi dans l'inspiration même de la Bible : confronté aux « contradictions apparentes » entre les crédos chrétiens et à certaines traditions qu'il jugeait extra-bibliques, le jeune homme traverse, selon le récit qu'il en fera lui-même, une véritable crise religieuse à la fin des années 1860[8].
La formation d'un cercle d'étude biblique autodidacte (1870-1876)
Le choc de la prédication adventiste de Jonas Wendell (1870)
En 1870, à dix-huit ans, Russell assiste par hasard à une conférence du prédicateur adventiste Jonas Wendell, qui reprenait les calculs prophétiques de William Miller pour annoncer un retour du Christ entre 1873 et 1874. Bien que l'exposé ne l'ait pas pleinement convaincu sur le plan chronologique, Russell y trouve de quoi restaurer une foi biblique qu'il croyait perdue :
« Bien que son exposé scripturaire ne fût pas entièrement clair [...], il suffit, sous l'action de Dieu, à rétablir ma foi chancelante dans l'inspiration divine de la Bible [...]. » — Charles Taze Russell, Zion's Watch Tower, 15 juillet 1906[9]
Ragaillardi, Russell forme la même année, avec son père et plusieurs connaissances, un cercle d'étude biblique à Pittsburgh, destiné à reprendre à zéro l'examen des doctrines chrétiennes établies — la Trinité, l'enfer, l'immortalité de l'âme — à la seule lumière de ce que le groupe estimait être une lecture directe et rigoureuse du texte scripturaire[10].
George Storrs, George Stetson et la remise en cause de l'immortalité de l'âme
Le petit cercle s'adjoint la participation de deux pasteurs adventistes chevronnés, George Storrs (1796-1879), rédacteur du périodique Bible Examiner et principal théoricien américain de l'annihilationnisme — la thèse selon laquelle l'âme humaine n'est pas naturellement immortelle et que les damnés seront simplement anéantis plutôt que tourmentés éternellement —, et George Stetson, pasteur congrégationaliste d'Edinboro (Pennsylvanie)[11]. Leur influence oriente durablement le jeune Russell vers deux piliers qui resteront centraux dans son système : la négation de l'enfer éternel et la négation de l'âme immortelle.
L'alliance et la rupture avec Nelson Barbour (1876-1879)
Une fortune personnelle engagée pour l'année 1878
En janvier 1876, Russell reçoit par courrier un exemplaire du Herald of the Morning, périodique adventiste dirigé par Nelson H. Barbour. Barbour y défendait la thèse d'un retour du Christ déjà commencé de façon invisible en 1874, et annonçait que les chrétiens défunts seraient ressuscités en avril 1878[12]. Convaincu par cette lecture, Russell invite Barbour et son collaborateur John Henry Paton à Allegheny en mars 1876, finance leurs déplacements et leurs conférences, puis se lance financièrement dans l'entreprise : il vend ses cinq magasins de confection, estimés à 300 000 dollars de l'époque, afin de consacrer sa fortune et son temps à la diffusion de cette attente[13]. Il finance également la publication conjointe de l'ouvrage Three Worlds and the Harvest of This World (1877), qui expose la doctrine commune des deux hommes.
L'échec de la résurrection promise et la rupture doctrinale sur la rançon
Avril 1878 passe sans qu'aucune résurrection ne survienne. Barbour, embarrassé, rejette l'explication que propose Russell pour sauver le système ; les deux hommes se livrent alors, de janvier 1878 à l'été 1879, à un débat public dans les colonnes mêmes du Herald of the Morning, qui porte bientôt sur un point doctrinal plus fondamental : la nature de la rançon offerte par le Christ. Barbour en vient à nier que la mort de Jésus constitue un prix payé pour racheter l'humanité — position que Russell juge inacceptable[14]. La rupture, à la fois personnelle et théologique, est consommée à l'été 1879.
La naissance de Zion's Watch Tower (juillet 1879)
Russell retire son soutien financier à Barbour et lance sa propre publication : le premier numéro de Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence paraît en juillet 1879[15]. Le périodique, dont Russell restera l'unique rédacteur en chef jusqu'à sa mort, devient l'organe doctrinal central du mouvement naissant des « Étudiants de la Bible » (Bible Students). Le 13 mars 1879, quelques mois avant ce lancement, Russell avait épousé Maria Frances Ackley, rencontrée dans les milieux adventistes de Pennsylvanie[16] ; elle deviendra pendant près de vingt ans sa collaboratrice éditoriale la plus proche.
La construction d'un empire éditorial (1879-1916)
- 16 février 1852Naissance à AlleghenyPennsylvanie, famille presbytérienne écossaise-irlandaise
- 1870Rencontre de Jonas WendellFormation du cercle d'étude biblique de Pittsburgh
- 1876-1879Alliance puis rupture avec Nelson BarbourÉchec de la résurrection annoncée pour 1878
- Juillet 1879Lancement de Zion's Watch TowerMariage avec Maria Frances Ackley (13 mars 1879)
- 1881-1884Fondation de la Watch Tower Tract SocietyIncorporation légale en Pennsylvanie, décembre 1884
- 1886-1904Studies in the ScripturesSix volumes, une vingtaine de millions d'exemplaires (estimation du mouvement)
- 1897-1908Séparation de corps d'avec Maria RussellJugement pour cruauté mentale, allégation Rose Ball
- 1911-1913Scandale du « blé miracle » et procès Russell contre RossAveu sous serment de l'absence de formation en grec et en hébreu
- 1912-1914Photo-Drama of CreationPlus de neuf millions de spectateurs en une année (chiffre Watch Tower)
- 1914Échéance non accomplie de la fin des temps des GentilsRéinterprétation de la prophétie en « présence invisible »
- 31 octobre 1916Mort à bord d'un trainPrès de Pampa, Texas, lors d'une tournée de prédication
- Janvier 1917Élection contestée de Joseph F. RutherfordDébut de la crise de succession et du schisme
- 1917-1931Éclatement du mouvementÉtudiants de la Bible indépendants et futurs témoins de Jéhovah
De la société de tracts à la Watch Tower Bible and Tract Society (1881-1896)
En 1881, Russell fonde la Zion's Watch Tower Tract Society, avec l'industriel William Henry Conley comme premier président et lui-même comme secrétaire-trésorier, chargé de financer l'impression et la diffusion gratuite de tracts religieux[17]. La société est légalement incorporée en Pennsylvanie le 15 décembre 1884, par une charte accordée le 13 décembre par le juge F. H. Collier de la Cour des plaids communs du comté d'Allegheny ; Russell en devient alors le président[18]. Le 19 septembre 1896, la société est renommée Watch Tower Bible and Tract Society, nom qu'elle conservera pendant plusieurs décennies[19].
Studies in the Scriptures : une autorité qui prétend éclipser la lecture directe de la Bible
Entre 1886 et 1904, Russell publie six volumes sous le titre Millennial Dawn, rebaptisés à partir de 1904-1906 Studies in the Scriptures : The Divine Plan of the Ages (1886), The Time is at Hand (1889), Thy Kingdom Come (1891), The Day of Vengeance — rebaptisé The Battle of Armageddon (1897), The At-one-ment Between God and Man (1899) et The New Creation (1904)[20]. La série connaît une diffusion sans équivalent pour de la littérature religieuse non biblique de son temps : une vingtaine de millions d'exemplaires imprimés et distribués dans plusieurs langues, selon les chiffres avancés par la Watch Tower et couramment repris[21].
Le succès conduit Russell à une affirmation qui frappe par son ampleur : il présente ses propres volumes comme la Bible elle-même sous une forme classée, et va jusqu'à soutenir que leur lecture est plus sûre que celle de la Bible seule :
« Si les six volumes des Scripture Studies sont pratiquement la Bible, classée par thèmes avec les textes bibliques à l'appui, on pourrait sans impropriété les nommer "la Bible sous forme arrangée". C'est-à-dire qu'ils ne sont pas de simples commentaires sur la Bible, mais qu'ils sont pratiquement la Bible elle-même. [...] Si quelqu'un, après avoir lu les Scripture Studies pendant dix ans [...], les met de côté et se tourne vers la seule Bible, notre expérience montre qu'en deux ans il retombe dans les ténèbres. En revanche, s'il n'avait lu que les Scripture Studies avec leurs références, sans lire une seule page de la Bible en tant que telle, il resterait dans la lumière au bout de ces deux années, car il posséderait la lumière des Écritures. » — Charles Taze Russell, The Watch Tower, 15 septembre 1910, p. 298[22]
Cette affirmation — qu'une lecture correcte de la Bible dépend de la médiation obligée de ses propres commentaires — est un point de rupture décisif avec le principe protestant de la sola scriptura que le mouvement prétendait pourtant incarner. Elle installe de fait Russell lui-même, et non l'Écriture, comme clé d'interprétation ultime pour ses disciples.
Le Photo-Drama of Creation (1912-1914) : neuf millions de spectateurs
Entre 1912 et 1914, Russell dirige la production du Photo-Drama of Creation, spectacle de huit heures combinant projections cinématographiques, plaques de verre peintes à la main et disques synchronisés, retraçant l'histoire du monde depuis la création jusqu'au Millénium espéré[23]. Le coût de production est estimé à 300 000 dollars de l'époque[24]. La première new-yorkaise, en janvier 1914, rassemble 5 000 spectateurs au Temple de la 63e Rue, avec un public si nombreux que des centaines de personnes doivent être refusées ; les sept premiers jours totalisent déjà 24 192 entrées[25]. Sur l'ensemble de l'année 1914, plus de neuf millions de spectateurs assistent au spectacle en Amérique du Nord, en Europe et en Australie — dont plus d'1,2 million rien qu'au Royaume-Uni — selon les chiffres de la Watch Tower[26].
Un système théologique en rupture avec le christianisme historique
L'examen complet de ce système — grammaire de Jean 1,1, statut personnel de l'Esprit Saint, doctrine des 144 000, réponses point par point — est développé dans l'article consacré aux témoins de Jéhovah. On en résume ici les linéaments propres à Russell lui-même, tels qu'il les a formulés de son vivant.
Le rejet de la Trinité et la préexistence de Jésus comme l'archange Michel
Russell professe un monothéisme strict centré sur Jéhovah, seul Dieu véritable, et rejette la Trinité comme une importation étrangère à la Bible primitive. Dans son système, Jésus est la première créature de Jéhovah, identifiée à l'archange Michel avant son incarnation ; après sa résurrection, il redevient un être spirituel non corporel[27]. L'Esprit Saint n'est, pour Russell, ni une personne ni Dieu, mais la simple « force active » ou « influence » de Jéhovah — une position théologique très proche, dans sa structure, de l'ancienne hérésie arienne condamnée aux conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), à cette différence près que Russell y ajoute la négation explicite de la personnalité de l'Esprit Saint.
La négation de l'enfer éternel et l'âme mortelle
Fidèle à l'influence de George Storrs, Russell enseigne que l'âme humaine n'est pas immortelle par nature : la mort est une cessation complète d'existence, et les damnés impénitents seront définitivement anéantis plutôt que tourmentés pour l'éternité. L'enfer biblique (shéol, hadès) n'est, dans cette lecture, que la tombe commune de l'humanité, non un lieu de châtiment conscient[28].
La grande architecture chronologique : 1874, 1914 et le retour invisible
Le cœur du système russellite est cependant chronologique. En combinant des durées symboliques tirées du livre de Daniel et de l'Apocalypse, Russell calcule que le Christ est revenu de façon invisible dès 1874, et que l'année 1914 marquera la fin des « temps des Gentils » et l'établissement du Royaume de Dieu sur terre. Il publie ce calcul avec une assurance totale :
« Nous considérons comme une vérité établie que la fin finale des royaumes de ce monde [...] s'accomplira à la fin de l'an 1914 après Jésus-Christ. » — Charles Taze Russell, The Time is at Hand (Studies in the Scriptures, vol. 2), Watch Tower Bible and Tract Society, Allegheny (Pennsylvanie), 1889, p. 99[29]
Il renforce ce calcul biblique par un argument qu'il présente comme une confirmation scientifique indépendante : les mesures internes de la Grande Pyramide de Gizeh, qu'il interprète comme un « témoin de pierre » divin encodant les mêmes dates. Cette pyramidologie, empruntée aux courants ésotériques alors en vogue, sera discrètement abandonnée par ses successeurs après sa mort[30].
1914, l'année qui ne vint pas comme annoncé
La Première Guerre mondiale éclate bien en 1914, ce que Russell et ses lecteurs interprètent d'abord comme une confirmation éclatante de la prophétie. Mais les « royaumes de ce monde » ne s'effondrent pas, et le Royaume de Dieu attendu ne s'établit pas visiblement sur terre. Russell lui-même reconnaît, dans un article de The Watch Tower du 15 avril 1916 — six mois avant sa mort —, le caractère non littéral de son calcul :
« Le Seigneur n'a pas dit que l'Église serait toute glorifiée d'ici 1914. Nous l'avons simplement déduit, et nous nous sommes manifestement trompés. » — Charles Taze Russell, The Watch Tower, 15 avril 1916[31]
Plutôt que d'abandonner le système, il le réinterprète : 1914 ne marquerait plus la fin visible des royaumes humains, mais le commencement invisible d'une période de transition — une reformulation qui permettra au mouvement de survivre à l'échec patent de sa prophétie la plus retentissante, et qui deviendra, sous ses successeurs, la pierre angulaire de la doctrine de la « génération de 1914 »[32].
Pour atteindre 1914, Russell était parti de la chute de Jérusalem, qu'il datait de 607 avant Jésus-Christ, à laquelle il ajoutait les « sept temps » de 2 520 ans mentionnés en Daniel 4. Or les historiens et l'épigraphie babylonienne situent cette chute en 587-586 avant Jésus-Christ — un écart de vingt ans qui invalide, à la base, l'ensemble du calcul[33].
Les controverses qui minent l'autorité du « Pasteur » Russell
Un mariage brisé et l'affaire Rose Ball (1897-1908)
Russell épouse Maria Frances Ackley le 13 mars 1879 ; pendant près de deux décennies, elle collabore étroitement à la rédaction de Zion's Watch Tower et accompagne son mari dans ses tournées de prédication. Des désaccords sur le contrôle éditorial du journal et sur la place de son épouse dans la direction du mouvement conduisent à une séparation de fait en 1897[34]. En 1903, Maria Russell engage une procédure de séparation de corps devant la Cour des plaids communs du comté d'Allegheny ; au terme de la procédure, la cour lui accorde la séparation avec pension alimentaire, pour « cruauté mentale » de son mari — un comportement jugé autoritaire et dominateur, non une infidélité prouvée[35].
Durant cette procédure, les avocats de Maria Russell évoquent un épisode de 1894 impliquant Rose Ball, jeune femme accueillie au foyer Russell comme une fille adoptive — présentée comme orpheline — et devenue la secrétaire personnelle du « Pasteur » : ils allèguent une « intimité inconvenante » entre les deux[36]. Russell nie catégoriquement l'accusation sous serment, et le jugement de séparation est finalement prononcé pour cruauté mentale, non pour adultère — la justice de Pennsylvanie n'a donc pas retenu l'accusation d'inconduite comme fondement de sa décision[37]. Russell fait appel du jugement à plusieurs reprises sans succès[38]. Rose Ball s'installera ensuite en Australie, se mariera sous le nom de Rose Ball Henninges, et restera associée aux Étudiants de la Bible australiens jusqu'à sa mort en 1950[39].
Le scandale du « blé miracle » (1911-1913)
Dès mars 1911, le quotidien Brooklyn Daily Eagle mène campagne contre la vente, par l'intermédiaire des publications de Russell, d'un blé ordinaire présenté comme miraculeusement productif — le « Miracle Wheat » — au prix de soixante dollars le boisseau, très au-dessus du cours ordinaire[40].
Des tests du ministère américain de l'Agriculture confirmèrent que ce blé n'avait rien d'exceptionnel[41]. Russell attaqua le journal en diffamation et réclama 100 000 dollars de dommages et intérêts ; le procès, jugé en janvier 1913, lui donna tort, et l'appel confirma en mai 1915[42].
Le procès Russell contre Ross et l'aveu sous serment (1913)
En 1912, le pasteur baptiste canadien J. J. Ross publie un tract intitulé Some Facts about the Self-Styled "Pastor" Charles T. Russell, mettant en doute les qualifications théologiques et l'honnêteté commerciale de Russell. Ce dernier poursuit Ross en diffamation devant le tribunal de police de Hamilton (Ontario). Lors du contre-interrogatoire du 17 mars 1913, Russell reconnaît sous serment n'avoir suivi que sept années d'école, n'avoir aucune connaissance du grec ni de l'hébreu, n'avoir jamais été ordonné par un évêque ou un pasteur, et n'avoir jamais fréquenté de séminaire de théologie[43]. Le tribunal rend le 1er avril 1913 un non-lieu qui prive Russell de toute réparation[44].
Ce contraste entre le titre de « Pasteur » revendiqué publiquement pendant plus de trente ans et l'aveu, sous serment, d'une absence totale de formation théologique et de mandat ecclésial reconnu, constitue l'un des points les plus documentés de la biographie de Russell — et l'un des arguments les plus souvent avancés contre l'autorité qu'il s'attribuait sur l'interprétation des Écritures.
La mort loin de Brooklyn (31 octobre 1916)
Affaibli depuis plusieurs mois par la maladie, Russell entreprend au printemps 1916 une ultime tournée de prédication dans l'Ouest et le Sud-Ouest des États-Unis. Il meurt le 31 octobre 1916, à soixante-quatre ans, dans un wagon de chemin de fer près de Pampa, au Texas, alors qu'il rentrait vers Brooklyn[45]. Il est inhumé au United Cemetery de Ross Township, près de Pittsburgh. En 1921, la Watch Tower Bible and Tract Society fait ériger près de sa tombe un monument pyramidal de plus de deux mètres de haut, écho tardif de la pyramidologie qu'il avait lui-même défendue[46]. Le sort ultérieur de ce monument n'est pas établi par une source solide retrouvée[47].
Une succession disputée : Rutherford et l'éclatement du mouvement (1917-1931)
Le coup de force de janvier 1917
Deux mois seulement après la mort de Russell, en janvier 1917, l'avocat Joseph Franklin Rutherford est élu président de la Watch Tower Bible and Tract Society dans des conditions contestées : il évince rapidement plusieurs administrateurs historiques proches de Russell, provoquant une contestation immédiate de la légitimité de son élection au sein même du conseil d'administration[48].
Les Étudiants de la Bible indépendants : l'autre héritage de Russell
La rupture s'aggrave avec la publication en 1917 du septième volume posthume de Studies in the Scriptures, The Finished Mystery, compilé par deux collaborateurs sans l'accord de tous les anciens dirigeants, et avec l'évolution rapide des positions de Rutherford, qui s'écarte sur plusieurs points de l'enseignement de Russell. Dès 1918, une partie des congrégations locales refuse de suivre la nouvelle direction et tient la première convention des Étudiants de la Bible indépendante de la Watch Tower Society[49]. Plusieurs groupes structurés naissent de cette scission dans les années suivantes : le Pastoral Bible Institute (1918, Brooklyn), le Laymen's Home Missionary Movement fondé par Paul S. L. Johnson, et la Dawn Bible Students Association (fin des années 1920, issue notamment de Norman Woodworth et de son émission radiophonique Frank and Ernest)[50]. Une part importante des congrégations d'Étudiants de la Bible de l'époque refusa de suivre la direction de Rutherford au début des années 1930[51].
Ces groupes, minoritaires mais toujours actifs aujourd'hui, conservent l'essentiel de la théologie non trinitaire, annihilationniste et chronologique de Russell, tout en rejetant plusieurs innovations propres à l'ère Rutherford — la doctrine de la « grande foule » terrestre distincte des 144 000 célestes (1935), l'interdiction des transfusions sanguines (1945), la structure très centralisée du Collège central, ou encore la pratique de l'exclusion avec rupture familiale obligatoire. Ce fait, souvent ignoré, signifie que l'héritage le plus fidèle de Russell lui-même ne se trouve pas nécessairement, sur tous les points, chez les témoins de Jéhovah actuels, mais aussi — et parfois davantage — chez ces petits groupes d'Étudiants de la Bible restés à l'écart de l'organisation devenue majoritaire.
1931 : la naissance du nom « témoins de Jéhovah »
La branche restée fidèle à Rutherford adopte en juillet 1931, lors d'une assemblée à Columbus (Ohio), le nom de « témoins de Jéhovah », en rupture explicite avec l'identité « russellite » du mouvement des origines. C'est cette branche, structurée et centralisée, qui deviendra l'organisation mondiale que l'on connaît aujourd'hui sous ce nom, forte de plus de neuf millions de proclamateurs actifs selon le rapport mondial annuel publié sur jw.org[52].
Le regard catholique sur Charles Taze Russell
Un système sans mandat, sans formation et sans garde-fou magistériel
Le cas de Russell illustre, de façon presque manuelle, ce que l'absence de tout mandat ecclésial et de toute formation théologique reconnue peut produire lorsqu'elle s'accompagne d'une assurance prophétique totale. Un marchand de tissus autodidacte, sans grec, sans hébreu, sans ordination, sans rattachement à aucune tradition d'interprétation biblique reçue, en vient à fixer seul des dates pour la fin du monde, à réinterpréter unilatéralement des pans entiers de la doctrine chrétienne reçue depuis les apôtres, et à présenter ses propres commentaires comme plus sûrs que la lecture directe de l'Écriture. L'Église catholique tient au contraire que l'interprétation authentique de la Parole de Dieu, écrite ou transmise, est confiée au seul Magistère vivant de l'Église, en communion avec l'Écriture et la Tradition — un garde-fou précisément absent du système russellite, où l'autorité interprétative repose sur la seule conviction personnelle d'un homme.
Une hérésie ancienne sous un habit nouveau
Sur le fond doctrinal, le système de Russell n'est pas une nouveauté absolue : la négation de la pleine divinité du Christ, ramené au rang de créature première parmi d'autres créatures, reprend la structure de l'hérésie que le prêtre alexandrin Arius avait défendue au IVe siècle et que les conciles de Nicée (325) puis de Constantinople (381) ont solennellement condamnée, non en inventant une nouveauté, mais en formulant ce que l'Église professait depuis les apôtres. La négation de la personnalité de l'Esprit Saint et de l'immortalité de l'âme y ajoute des éléments propres, empruntés en partie à l'annihilationnisme adventiste du XIXe siècle. En pratique, une personne venue de la communauté fondée par Russell et souhaitant entrer dans la pleine communion catholique est baptisée, non simplement reçue : sa communauté ne professant pas la foi trinitaire — le Fils n'y est pas vrai Dieu, l'Esprit Saint n'y est pas une personne divine —, le baptême antérieur n'est pas tenu pour un baptême chrétien valide (CEC §1256 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 1er février 2008, sur des baptêmes à formule non trinitaire — texte analogue, ne visant pas directement ce mouvement)[53][54]. L'exposé complet de cette discipline est donné dans l'article consacré aux témoins de Jéhovah.
Ce qu'il faut reconnaître, et ce qui ne peut pas être suivi
Il serait injuste de réduire Russell à un simple charlatan : les sources s'accordent à lui reconnaître un zèle biblique sincère, une énergie de propagande peu commune pour son époque, et une réelle capacité à toucher un public en quête de certitudes religieuses dans l'Amérique protestante fragmentée du tournant du XXe siècle. Mais le zèle ne remplace ni la formation, ni la fidélité à la Tradition reçue, ni la soumission à une autorité doctrinale légitime. L'histoire même du mouvement qu'il a fondé — une prophétie majeure démentie par les faits, une succession disputée dès sa mort, un éclatement en plusieurs branches rivales qui se disputent aujourd'hui encore le titre de véritables héritiers de son enseignement — porte en elle-même la preuve des limites d'un système bâti sans les garde-fous que le Christ a précisément voulus pour son Église : un Magistère un et continu, capable de transmettre fidèlement, de génération en génération, le dépôt de la foi reçu des apôtres.
Pour aller plus loin
- Les témoins de Jéhovah — l'analyse doctrinale complète du mouvement issu de Russell : grammaire de Jean 1,1, statut de l'Esprit Saint, doctrine des 144 000, huit objections et réponses catholiques.
- Arius (v. 256-336) — le prêtre alexandrin dont l'hérésie christologique antique présente une structure comparable à celle défendue par Russell.
- Concile de Nicée I (325) — le concile qui formule solennellement la divinité du Christ face à l'arianisme, quinze siècles avant Russell.
- William Booth (1829-1912) — un autre fondateur de mouvement religieux du XIXe siècle anglo-saxon, dont la trajectoire et les limites théologiques offrent un contraste instructif.
- John Wesley (1703-1791) et George Fox (1624-1691) — d'autres figures fondatrices de mouvements protestants nés d'une conviction personnelle forte, à comparer avec le cas de Russell.
Notes et références
Watch Tower Bible and Tract Society, « Part 1 — Early Voices (1870-1878) », The Watchtower, 1er janvier 1955, p. 7. Voir aussi Pennsylvania Center for the Book, Pennsylvania State University Libraries, notice biographique « Charles Taze Russell », qui confirme la lignée presbytérienne écossaise-irlandaise du père Joseph Lytel Russell et de la mère Ann Eliza Birney, et la mort de cette dernière alors que Russell avait neuf ans.
1 2Pennsylvania Center for the Book, Pennsylvania State University Libraries, notice biographique « Charles Taze Russell » (pabook.libraries.psu.edu) : association au commerce paternel dès onze ans, départ de l'école à quatorze ans, doutes précoces sur l'enfer et l'autorité biblique, passage du presbytérianisme au congrégationalisme à treize ans, participation au cercle d'étude biblique de Pittsburgh en 1870 aux côtés des pasteurs adventistes George Storrs et George Stetson.
3 4 6 7 11Pennsylvania Center for the Book, Pennsylvania State University Libraries, notice biographique « Charles Taze Russell » (pabook.libraries.psu.edu) : « He immediately sold his five clothing stores worth $300,000 in order to devote the next two years preparing for the return of Jesus Christ » — vente intervenue en 1876 après sa rencontre avec Nelson H. Barbour, Russell étant alors âgé de vingt-quatre ans (né le 16 février 1852).
5 13The Bible Student Movement in the Days of C. T. Russell, Watch Tower Bible and Tract Society, 1975, p. A-1, sur la crise de foi de l'adolescent Russell confronté aux contradictions perçues entre les crédos chrétiens établis.
8Charles Taze Russell, « Harvest Gatherings and Siftings », Zion's Watch Tower, 15 juillet 1906 (Watch Tower Reprints, R3820, p. 3820-3821). Texte original anglais complet : « Though his Scripture exposition was not entirely clear, and though it was very far from what we now rejoice in, it was sufficient, under God, to reestablish my wavering faith in the divine inspiration of the Bible, and to show that the records of the apostles and prophets are indissolubly linked. » — les deux coupes de la traduction française sont signalées par [...] ; texte collationné aux réimpressions en ligne (reprise identique en 1916, R5909, p. 170).
9M. James Penton, Apocalypse Delayed: The Story of Jehovah's Witnesses, 2e éd., University of Toronto Press, Toronto, 1997, p. 14-17, sur la formation en 1870 du cercle d'étude biblique de Pittsburgh-Allegheny réuni par Russell et son père.
10Sur la fortune personnelle de Russell (environ 300 000 dollars de l'époque) engagée après sa rencontre avec Nelson Barbour en 1876 et la publication commune de Three Worlds and the Harvest of This World (1877) : voir Herald of the Morning, années 1876-1878, et la reconstruction historique qu'en donne M. James Penton, Apocalypse Delayed, op. cit.
12Herald of the Morning, juillet 1878, p. 5, sur la rupture entre Nelson Barbour et Charles Taze Russell consécutive à l'échec de la résurrection annoncée pour avril 1878 et au désaccord sur la doctrine de la rançon.
14Zion's Watch Tower and Herald of Christ's Presence, n° 1, juillet 1879 (Allegheny, Pennsylvanie), premier numéro de la publication fondée par Charles Taze Russell après sa rupture avec Nelson Barbour.
15Pittsburgh Gazette, 14 mars 1879, annonce du mariage de Charles Taze Russell et Maria Frances Ackley, célébré la veille.
16Sur la fondation de la Zion's Watch Tower Tract Society en 1881, avec William Henry Conley comme premier président et Charles Taze Russell comme secrétaire-trésorier : voir M. James Penton, Apocalypse Delayed, op. cit., et les actes de la société conservés dans les archives du comté d'Allegheny.
17Cour des plaids communs du comté d'Allegheny (Pennsylvanie), charte de constitution de la Zion's Watch Tower Tract Society, accordée par le juge F. H. Collier le 13 décembre 1884, enregistrée le 15 décembre 1884.
18Cour des plaids communs du comté d'Allegheny (Pennsylvanie), amendement de charte du 19 septembre 1896, changeant la dénomination de la société en Watch Tower Bible and Tract Society.
19Charles Taze Russell, Studies in the Scriptures (à l'origine Millennial Dawn), Watch Tower Bible and Tract Society, Allegheny puis Brooklyn : vol. 1, The Divine Plan of the Ages (1886) ; vol. 2, The Time is at Hand (1889) ; vol. 3, Thy Kingdom Come (1891) ; vol. 4, The Day of Vengeance, rebaptisé The Battle of Armageddon (1897) ; vol. 5, The At-one-ment Between God and Man (1899) ; vol. 6, The New Creation (1904). Le septième volume, The Finished Mystery (1917), est publié après la mort de Russell.
20 27 28Ordre de grandeur couramment avancé pour la diffusion des six volumes de Studies in the Scriptures : rapports annuels de diffusion de la Watch Tower Bible and Tract Society cités dans The Watch Tower, années 1900-1916 ; voir aussi George D. Chryssides, Historical Dictionary of Jehovah's Witnesses, Scarecrow Press, Lanham (Maryland), 2008 ; et, dans la littérature académique, le World Religions and Spirituality Project (WRSP, wrldrels.org, notice « Jehovah's Witnesses »), selon lequel les six volumes auraient été « read by twenty million people ». Aucun décompte d'archives page à page publiquement accessible ne venant étayer ce chiffre, seule une estimation du mouvement est retenue ici.
21Charles Taze Russell, The Watch Tower, 15 septembre 1910, p. 298 (Watch Tower Reprints, p. 4685). Texte original anglais : « If the six volumes of Scripture Studies are practically the Bible, topically arranged, with Bible proof texts given, we might not improperly name the volumes "The Bible in an Arranged Form." That is to say, they are not merely comments on the Bible, but they are practically the Bible itself. [...] If anyone lays the Scripture Studies aside, even after he has used them, after he has become familiar with them, after he has read them for ten years — if he then lays them aside and ignores them and goes to the Bible alone, though he has understood his Bible for ten years, our experience shows that within two years he goes into darkness. On the other hand, if he had merely read the Scripture Studies with their references, and had not read a page of the Bible, as such, he would be in the light at the end of the two years, because he would have the light of the Scriptures. »
22Watch Tower Bible and Tract Society, « Photo-Drama: A 100-Year-Old Epic of Faith », The Watchtower, 15 février 2014 (jw.org) : production du Photo-Drama of Creation entre 1912 et 1914, coût estimé à 300 000 dollars ; première new-yorkaise au Temple de la 63e Rue en janvier 1914 (5 000 spectateurs, sept premiers jours à 24 192 entrées) ; plus de neuf millions de spectateurs au total en Amérique du Nord, en Europe et en Australie pour l'année 1914, dont plus d'1,2 million au Royaume-Uni en six mois de projection dans quatre-vingt-dix-sept villes. Source auto-publiée par l'organisation héritière de la Watch Tower Society, utilisée ici pour des données factuelles de diffusion non contestées par les historiens du mouvement (M. James Penton, Apocalypse Delayed, op. cit.).
23 24 25 26Charles Taze Russell, The Time is at Hand (Studies in the Scriptures, vol. 2), Watch Tower Bible and Tract Society, Allegheny (Pennsylvanie), 1889, p. 99. Texte original anglais : « In view of this strong Bible evidence concerning the Times of the Gentiles, we consider it an established truth that the final end of the kingdoms of this world, and the full establishment of the Kingdom of God, will be accomplished at the end of A. D. 1914. » (« à la fin de l'an 1914 » — traduction unique retenue dans le corps). Formule répétée dans les éditions successives jusqu'en 1915.
29Russell présente les mesures de la Grande Pyramide de Gizeh comme un « Témoin de pierre de Jéhovah » dans Studies in the Scriptures, vol. 3 (Thy Kingdom Come), 1891, p. 313-376. Voir Duane Magnani, The Faithful and Discreet Slave?, Witness Inc., Clayton (Californie), 1979, p. 23, sur l'abandon discret de la pyramidologie par les successeurs de Russell.
30Charles Taze Russell, The Watch Tower, 15 avril 1916 (Watch Tower Reprints, p. 5888). Texte original anglais : « The Lord did not say that the Church would all be glorified by 1914. We merely inferred it and, evidently, erred. »
31Cathleen A. Koenig, « Charles Taze Russell », This Rock, avril 1992, republié par EWTN Catholicism Library : citation de Russell qualifiant ses propres volumes de « practically the Bible topically arranged » (« pratiquement la Bible classée par thèmes ») ; analyse de la réinterprétation de l'échéance de 1914 comme commencement plutôt que fin.
32Carl Olof Jonsson, The Gentile Times Reconsidered: Chronology and Christ's Return, 4e éd., Commentary Press, Atlanta, 2004, analyse exhaustive démontrant, à partir des sources babyloniennes, assyriennes et judéennes, que la chute de Jérusalem se situe en 587-586 avant Jésus-Christ et non en 607 comme le supposait le calcul de Russell.
33Pennsylvania Center for the Book, Pennsylvania State University Libraries, notice biographique « Charles Taze Russell » : séparation du couple Russell en 1897 sur fond de désaccords éditoriaux et de gestion du mouvement ; appels multiples de Russell contre le jugement de séparation, tous rejetés.
34 38Cour des plaids communs du comté d'Allegheny (Pennsylvanie), terme de juin 1903, juge F. H. Collier : Maria Russell contre Charles T. Russell. La cour accorde la séparation de corps avec pension alimentaire pour « cruauté mentale », jugement confirmé en appel ; la cour qualifie la conduite de Russell d'« insulting, domineering and overbearing » (insultante et dominatrice). Voir J. J. Ross, Some Facts and More Facts about Charles Taze Russell, 1913 (texte intégral archivé sur archive.org, identifiant SomeFactsAndMoreFactsAboutCharlesTazeRussell), citant le procès-verbal certifié par le greffier Alexander Callow ; et Raymond Franz, Crisis of Conscience, Commentary Press, Atlanta, 1983 (4e éd. 2007), p. 3-4.
35J. J. Ross, Some Facts and More Facts about Charles Taze Russell, 1913 (texte intégral archivé sur archive.org, identifiant SomeFactsAndMoreFactsAboutCharlesTazeRussell), reproduisant des minutes du procès en séparation Russell contre Russell : allégation, portée par les avocats de Maria Russell, d'une « intimité inconvenante » avec Rose Ball en 1894 ; Charles Taze Russell nie catégoriquement l'accusation sous serment ; le jugement de 1906 retient la seule cruauté mentale, non l'adultère. Sur l'accueil de Rose Ball au foyer Russell comme fille adoptive présentée comme orpheline, voir aussi A Great Battle in the Ecclesiastical Heavens, 1915, p. 18 (« Miss Ball came to them [...] She was an orphan ») et la notice « Charles Taze Russell » de Wikipédia anglophone (« The Russells had cared for her as a foster daughter said to be an orphan », précisant qu'elle avait 25 ans en 1894) ; la formule « dès l'enfance », invérifiable en source primaire accessible, est volontairement écartée.
36 37Sur le devenir de Rose Ball, devenue Rose Ball Henninges par mariage, installée en Australie et associée aux Étudiants de la Bible australiens jusqu'à sa mort en 1950 : Hymnary.org, notice « R. B. Henninges » (« Henninges, Rose Ball, 1869–1950 » — née le 19 mars 1869 à Buffalo, New York ; inhumée au cimetière de Burwood, Melbourne, Australie) ; mémorial Find a Grave « Rose J Ball Henninges (1869-1950) » ; acte de décès australien de 1950 (Preston, Victoria, 81 ans) cité par les associations Bible Student historiques. Le jour exact avancé dans certaines reprises n'étant pas vérifiable en source primaire accessible, seule l'année 1950 est retenue ici.
39Brooklyn Daily Eagle, campagne d'articles ouverte le 22 mars 1911 (« Church A Salesroom For 'Miracle' Wheat At $60 Per Bushel ») et poursuivie en 1912-1913, sur la vente du « Miracle Wheat » à 60 dollars le boisseau et les tests du ministère américain de l'Agriculture démontrant l'absence de qualité exceptionnelle du blé (recueil « 1909-1916 Brooklyn Eagle News On Russell », texte intégral archivé sur archive.org ; formulation exacte des manchettes non recollationnée à l'original en séance, d'où une paraphrase dans le corps). Procès en diffamation intenté par Russell contre le journal (réclamation de 100 000 dollars), jugé en janvier 1913 en faveur du journal ; arrêt confirmatif en appel : Russell v. Brooklyn Daily Eagle, 168 App. Div. 121 ; 153 N.Y. Supp. 450 (Appellate Division, Second Department, 7 mai 1915). Documents archivés aux archives du comté de Kings, New York.
40 41 42Transcript of Proceedings, Russell v. Ross, tribunal de police de Hamilton (Ontario), 17 mars 1913, où Russell reconnaît sous serment sept années de scolarité seulement, l'absence de connaissance du grec et de l'hébreu, l'absence d'ordination et l'absence de formation en séminaire. Verdict de non-lieu rendu le 1er avril 1913. Cité dans Edmund C. Gruss, Apostles of Denial, Baker Book House, Grand Rapids (Michigan), 1970, p. 31-35.
43 44Tony Wills, A People For His Name: A History of Jehovah's Witnesses and an Evaluation, 2e éd., 2006, sur les circonstances de la mort de Charles Taze Russell le 31 octobre 1916 dans un train près de Pampa (Texas), lors de sa dernière tournée de prédication, et sur l'érection en 1921 du monument pyramidal au United Cemetery de Ross Township (Pennsylvanie).
45 46Sur le sort ultérieur du monument pyramidal de la tombe de Russell (United Cemetery, Ross Township) : seule l'érection en 1921 est retenue ici. Un site critique (AvoidJW.org, « The Buried Pyramid: Watch Tower's Forgotten Past ») affirme un démontage en 2021 après vandalisme, avec des vidéos de visiteurs datées de 2021, mais aucune source primaire ou secondaire solide datée (presse locale de Pennsylvanie, communiqué de l'organisation) n'a pu être retrouvée pour l'établir ; l'année 2021 est donc retirée du corps de l'article.
47David Montague, Rutherford's Coup: How J. F. Rutherford Seized Control of the Watch Tower Society, Sunbury Press, 2017, p. 44-61, sur les conditions contestées de l'élection de Joseph Franklin Rutherford à la présidence de la Watch Tower Bible and Tract Society en janvier 1917 et l'éviction rapide de plusieurs administrateurs proches de Russell.
48Sur la scission du mouvement des Étudiants de la Bible entre 1917 et 1931 : première convention indépendante de 1918, fondation du Pastoral Bible Institute (1918), du Laymen's Home Missionary Movement par Paul S. L. Johnson, et de la Dawn Bible Students Association (fin des années 1920, autour de Norman Woodworth et de l'émission Frank and Ernest). Aucun chiffrage précis de l'ampleur des départs n'est retenu ici, faute d'estimation attribuable à un auteur et à un lieu de publication précis. Voir M. James Penton, Apocalypse Delayed, op. cit., et les archives historiques des associations Bible Student (Pastoral Bible Institute, Dawn Bible Students Association).
49 50 51Assemblée de Columbus (Ohio), 26 juillet 1931, résolution adoptant le nom « témoins de Jéhovah », fondée sur Isaïe 43,10. Les chiffres précis de proclamateurs (pic, moyenne, nombre de pays) ne sont pas repris ici : ils relèvent du rapport mondial annuel en cours (Service Year Report of Jehovah's Witnesses Worldwide), à consulter sur jw.org, page « Jehovah's Witnesses Around the World ».
52Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1213-1284 (sacrement du baptême) ; §1236 : le Baptême est « le sacrement de la foi » ; §1256 : « L'intention requise, c'est de vouloir faire ce que fait l'Église en baptisant », en appliquant « la formule baptismale trinitaire ».
53Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Réponses à des questions proposées concernant certains aspects de la doctrine sur le baptême, signées le 1er février 2008 par le cardinal William Levada, approuvées par Benoît XVI et publiées le 29 février 2008. Déclaration : les baptêmes conférés « au nom du Créateur, du Rédempteur et du Sanctificateur » sont invalides pour défaut de forme trinitaire. Ce texte ne vise pas directement la communauté fondée par Russell — analogie expressément signalée comme telle — mais il illustre le principe appliqué par la pratique pastorale : un candidat issu de ce mouvement est baptisé, non simplement reçu. Voir l'exposé complet dans l'article témoins de Jéhovah.
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