William Booth (1829-1912) est un ancien prédicateur méthodiste anglais devenu le fondateur et le premier « Général » de l'Armée du Salut, mouvement évangélique protestant né en 1865 dans les taudis de l'East End londonien sous le nom de Christian Mission, avant de prendre en 1878 sa forme militaire définitive[1]. Issu d'une famille modeste ruinée par la faillite paternelle, apprenti chez un prêteur sur gages dès l'âge de treize ans, converti à quinze ans lors d'un réveil méthodiste à Nottingham, Booth consacre toute sa vie adulte à l'évangélisation des classes les plus pauvres de la société victorienne — ivrognes, prostituées, prisonniers, chômeurs — par la prédication de rue et par une action sociale d'une ampleur alors inédite dans le protestantisme britannique[2].
Son épouse Catherine Mumford (1829-1890), qu'il épouse en 1855, joue un rôle doctrinal et organisationnel de tout premier plan : c'est elle qui défend dès 1859, dans un traité resté célèbre, le droit des femmes à prêcher, principe que l'Armée du Salut inscrira dans sa pratique dès l'origine — les femmes y occupent, encore aujourd'hui, tous les grades de la hiérarchie, y compris celui de Général[3]. Le mouvement fondé par les Booth se distingue de la plupart des dénominations protestantes de son temps par une organisation calquée sur l'armée britannique — Général, officiers, soldats, uniforme, fanfares — et par le rejet volontaire et assumé des deux sacrements que gardait pourtant le méthodisme wesleyen, le baptême et la sainte cène[4].
Mort à Londres le 20 août 1912 à l'âge de quatre-vingt-trois ans, après avoir vu son mouvement s'implanter dans cinquante-huit pays et colonies de son vivant, Booth laisse une organisation qui revendique aujourd'hui environ un million six cent cinquante mille membres dans cent trente-trois pays, ainsi qu'un réseau caritatif mondial parmi les plus étendus du protestantisme contemporain[5]. Ses funérailles publiques à Londres, en présence de la reine consort Mary et de quarante mille personnes, marquent la reconnaissance nationale tardive d'un homme longtemps raillé et persécuté par la société victorienne qu'il avait entrepris d'évangéliser[6].
Cet article retrace loyalement la formation, la conversion et l'œuvre de William Booth, expose la doctrine et l'organisation de l'Armée du Salut, avant d'examiner ce qu'un regard catholique peut reconnaître dans cette œuvre de charité — et ce qu'il ne peut recevoir de son ecclésiologie sans succession apostolique ni sacrements.
Une jeunesse nottinghamoise marquée par la pauvreté
Naissance à Sneinton et ruine familiale
William Booth naît le 10 avril 1829 à Sneinton, faubourg de Nottingham, second fils de Samuel Booth, cloutier et petit entrepreneur en bâtiment originaire de Belper (Derbyshire), et de Mary Moss[7]. La famille compte cinq enfants survivants — William, son frère aîné Henry et trois sœurs, Ann, Emma et Mary[8]. Samuel Booth avait accumulé puis dilapidé une fortune modeste dans des spéculations immobilières manquées, si bien qu'en 1842, alors que William n'a que treize ans, la famille ne peut plus assumer les frais de sa scolarité[9]. William est alors placé en apprentissage chez Francis Eames, prêteur sur gages de Nottingham, où il passera six années à observer de près la misère et l'endettement chronique de la classe ouvrière anglaise — expérience qui marquera durablement sa sensibilité sociale future[10].
La mort du père et la « conversion in extremis » de Samuel Booth
Le 23 septembre 1842, quelques mois après le début de l'apprentissage de William, Samuel Booth meurt, non sans avoir connu, selon la tradition biographique salutiste, une conversion de dernière heure sur son lit de mort[11]. Cette ruine puis cette disparition paternelle laissent la famille Booth dans une précarité durable, que William partage directement en travaillant six jours sur sept dans la boutique du prêteur sur gages, confronté quotidiennement aux objets de misère que les pauvres de Nottingham viennent mettre en gage pour survivre.
La conversion de 1844 : « ce grand changement se produisit sur moi »
Deux années après le début de son apprentissage, à l'âge de quinze ans, William Booth traverse une expérience de conversion religieuse dont les biographes ne s'accordent pas sur les circonstances exactes : certains la situent lors d'un réveil méthodiste conduit par le prédicateur Isaac Marsden à la Broad Street Wesleyan Chapel de Nottingham, d'autres dans la rue même, au retour d'une réunion, d'autres encore lors d'une simple réunion de prière[12]. Booth lui-même, dans un souvenir rapporté par son premier biographe autorisé, situe l'événement décisif hors de tout édifice consacré :
« Ce fut dans la rue, en plein air, que ce grand changement se produisit sur moi. » — William Booth, souvenir rapporté par George S. Railton, The Authoritative Life of General William Booth, éd. révisée, Londres, Hodder & Stoughton, 1912, chap. II (« Salvation in Youth »)[13]
Ce flou biographique sur le lieu exact de sa conversion, loin d'être anecdotique, deviendra un trait constant de la spiritualité de Booth : contrairement à John Wesley, dont l'expérience d'Aldersgate Street du 24 mai 1738 reste précisément datée et localisée, Booth situera toujours l'essentiel de sa vie religieuse hors des édifices ecclésiaux, dans la rue, au contact direct des pauvres — logique qui inspirera vingt ans plus tard la prédication en plein air de la Christian Mission[14].
Premiers pas de prédicateur laïc (1846)
Dès 1846, influencé par le revivalisme importé d'Amérique par le prédicateur James Caughey et par un certain David Greenbury, le jeune Booth prononce son premier sermon dans Kid Street, à Nottingham, devant un auditoire populaire[15]. Il devient prédicateur laïc méthodiste, prêchant régulièrement aux pauvres et aux marginaux de sa ville natale aux côtés de son ami le plus proche, Will Sansom, mort de tuberculose en 1849, qui met fin prématurément à leur collaboration évangélique[16].
Vers Londres : évangéliste itinérant du Methodist New Connexion
L'apprentissage terminé, le départ pour Londres (1848-1849)
Son apprentissage chez le prêteur sur gages s'achève en 1848 ; Booth reste alors sans emploi stable durant près d'une année, avant de s'installer à Londres en 1849, où il retrouve un emploi de prêteur sur gages tout en poursuivant, sur son temps libre, l'évangélisation en plein air sur Kennington Common[17].
L'engagement dans le Methodist Reform et le Methodist New Connexion
En 1851, Booth rejoint une dénomination méthodiste dissidente, le Methodist Reform, au service duquel il entre dans le ministère à plein temps, avant de rejoindre en 1854 le Methodist New Connexion comme évangéliste itinérant — dénomination distincte de la Connexion wesleyenne originelle, née dès 1797 d'une première scission methodiste antérieure à la mort de John Wesley, revendiquant une plus grande participation laïque au gouvernement de l'Église[18]. Le 10 avril 1852, jour de son vingt-troisième anniversaire, Booth entre dans le ministère à plein temps à la Binfield Chapel de Clapham, modelant délibérément sa prédication sur celle du revivaliste américain James Caughey, déjà croisé à Nottingham[19].
Catherine Mumford : rencontre et fiançailles (1852)
Un peu plus d'un mois après le début de ce ministère à plein temps, le 15 mai 1852, Booth se fiance à Catherine Mumford, jeune femme pieuse et cultivée, fille d'un tonnelier méthodiste devenu marchand ambulant, dont l'intelligence théologique et le tempérament de réformatrice sociale marqueront profondément l'ensemble de son ministère futur[20]. Le couple se marie le 16 juin 1855 — le 17 selon la seule page anglophone « William Booth », contre la plupart des biographies — en l'église congrégationaliste de Stockwell Green, à Londres[21].
Les nominations successives et l'engagement social du couple (1853-1859)
Les années suivantes voient Booth affecté successivement à Spalding, dans le Lincolnshire, en 1853, encore au service des réformateurs méthodistes, puis, après son entrée au Methodist New Connexion en 1854, à Brighouse, dans le West Riding du Yorkshire, en 1857, où lui et Catherine mènent campagne contre le travail des enfants dans les filatures locales, et à Gateshead, en 1859[22].
La rupture de 1861 avec le Methodist New Connexion
Le refus de la conférence de Liverpool (1861)
Après trois années passées à Gateshead, Booth demande à la conférence du Methodist New Connexion, réunie à Liverpool en 1861, l'autorisation de se consacrer entièrement à l'évangélisation itinérante plutôt qu'à la charge d'une circonscription fixe[23]. La conférence refuse cette demande ; Booth démissionne alors du ministère du Methodist New Connexion et se trouve, de ce fait, écarté des chaires méthodistes qui lui étaient jusque-là ouvertes[24]. Il devient dès lors évangéliste indépendant, parcourant l'Angleterre en dehors de toute structure dénominationnelle établie — position institutionnellement fragile mais qui le prépare directement à l'aventure missionnaire de l'East End londonien quatre ans plus tard.
Catherine Mumford et la défense du ministère féminin (1859)
Avant même la rupture de 1861, Catherine Booth avait publié, en 1859, un traité resté célèbre dans l'histoire du féminisme chrétien anglais, Female Ministry: Or, Woman's Right to Preach the Gospel (« Le ministère féminin, ou le droit de la femme à prêcher l'Évangile »), composé pour défendre la légitimité de la prédication féminine contre ses détracteurs[25]. S'appuyant sur l'épître aux Galates, elle y avance un argument scripturaire qui deviendra un pilier doctrinal de l'Armée du Salut :
« Dans les privilèges, les devoirs et les responsabilités du Royaume du Christ, toute différence de nation, de caste et de sexe est abolie. » — Catherine Booth, Female Ministry: Or, Woman's Right to Preach the Gospel, Londres, 1859, commentant Galates 3, 28[26]
Cette conviction, exceptionnelle dans le paysage religieux victorien, sera pleinement institutionnalisée par l'Armée du Salut : dès sa fondation, les femmes peuvent y prêcher, y commander des postes et y accéder à tous les grades de la hiérarchie, jusqu'à celui de Général — l'une des filles de William et Catherine, Evangeline Booth, dirigera d'ailleurs le mouvement mondial de 1934 à 1939[27].
La Christian Mission et la tente de Mile End Waste (1865)
2 juillet 1865 : une tente sur un ancien cimetière quaker
En 1865, Booth se rend à Londres pour y prêcher lors d'une mission de tentes itinérante ; frappé par la misère extrême de l'East End, il décide de s'y établir de façon permanente plutôt que de retourner à son ministère précédent[28]. Le 2 juillet 1865, il prêche pour la première fois sous une tente dressée sur un ancien cimetière quaker de Mile End Waste, à Whitechapel — date que l'Armée du Salut retient encore aujourd'hui comme son véritable acte de naissance, célébrée chaque année sous le nom de « Founder's Day »[29]. Les premières réunions se tiennent ensuite le soir dans un vieil entrepôt, où des enfants des rues jettent des pierres et des pétards à travers les fenêtres pour perturber la prédication[30]. Catherine Booth racontera plus tard que son mari rentrait de cette prédication de rue quotidienne soir après soir épuisé, les vêtements souvent déchirés et la tête parfois bandée à l'endroit où une pierre l'avait frappé[31].
« Food for the Million » et les premières œuvres sociales
Le mouvement de Booth, d'abord appelé East London Christian Revival Society, se renomme rapidement Christian Mission, puis East London Christian Mission[32]. Dès ces premières années, Booth expérimente diverses formes d'assistance concrète aux pauvres de l'East End, notamment des soupes populaires baptisées « Food for the Million », alors que la Christian Mission ne constitue jusqu'ici qu'un groupe caritatif parmi près de cinq cents œuvres charitables actives dans l'East End londonien de l'époque[33].
1878 : la naissance de l'Armée du Salut
L'anecdote de « l'armée de volontaires » (mai 1878)
En mai 1878, alors que Booth dicte à son secrétaire George Scott Railton un texte présentant la Christian Mission comme « une armée de volontaires » (a volunteer army), son fils Bramwell Booth intervient en objectant : « Volontaire ! Je ne suis pas volontaire, je suis régulier ! »[34]. Railton reçoit alors l'instruction de substituer le mot « salut » au mot « volontaire » dans le texte en cours de rédaction, donnant naissance au nom qui s'imposera définitivement : The Salvation Army, l'Armée du Salut[35].
Une organisation calquée sur l'armée britannique
Cette anecdote fondatrice se double d'un choix organisationnel délibéré : l'ensemble du mouvement adopte désormais une terminologie et une hiérarchie militaires. Booth devient « Général », les prédicateurs deviennent « officiers » avec des grades (lieutenant, capitaine, major, colonel, commissaire), et les membres ordinaires deviennent des « soldats », astreints à un uniforme, à des fanfares et à un engagement écrit — d'abord appelé Articles de guerre, aujourd'hui Engagement du Soldat — qu'ils doivent signer avant leur enrôlement officiel[36]. Booth exerce la fonction de Général du 2 juillet 1865 — date rétrospectivement retenue comme celle de la fondation du mouvement — jusqu'à sa mort le 20 août 1912, la dénomination formelle de « Général » n'apparaissant toutefois qu'à partir de 1878[37].
Le drapeau et le cri de guerre « Sang et Feu »
Le drapeau de l'Armée du Salut, arboré dans le monde entier, associe le rouge (le sang du Christ), le jaune (le feu de l'Esprit Saint) et le bleu (la pureté) ; son cri de ralliement, « Sang et Feu » (Blood and Fire), condense cette symbolique[38]. Cette devise, largement incomprise par la presse victorienne, sera longtemps interprétée à tort comme faisant référence au sang des pécheurs et au feu de l'enfer, contribuant à l'image de charlatanisme que certains journaux attachaient alors à Booth et à son mouvement[39].
- 10 avril 1829Naissance à Sneinton
William Booth naît près de Nottingham, second fils de Samuel Booth et Mary Moss.
- 1842Apprentissage chez un prêteur sur gages
Après la ruine puis la mort de son père, William entre en apprentissage à treize ans.
- 1844Conversion à Nottingham
« Ce fut dans la rue, en plein air, que ce grand changement se produisit sur moi. »
- 1849Installation à Londres
Booth s'installe à Londres et prêche en plein air sur Kennington Common.
- 10 avril 1852Ministère à plein temps
Il entre dans le ministère du Methodist Reform à la Binfield Chapel de Clapham.
- 16 juin 1855Mariage avec Catherine Mumford
Le couple se marie à l'église congrégationaliste de Stockwell Green, Londres.
- 1861Rupture avec le Methodist New Connexion
La conférence de Liverpool refuse à Booth l'évangélisation à plein temps ; il démissionne.
- 2 juillet 1865La tente de Mile End Waste
Premier sermon sous tente à Whitechapel : naissance de la Christian Mission.
- Mai 1878L'Armée du Salut
La Christian Mission devient The Salvation Army, structurée militairement.
- 1890In Darkest England and the Way Out
Booth publie son programme social des trois colonies ; mort de Catherine Booth.
- 9 mai 1912Le dernier discours au Royal Albert Hall
« Tant que des femmes pleureront... je combattrai ! »
- 20 août 1912Mort de William Booth
Booth meurt à Hadley Wood, Londres, à l'âge de quatre-vingt-trois ans.
La doctrine de l'Armée du Salut : les onze articles de foi
Une confession protestante classique dans ses huit premiers articles
L'Armée du Salut professe, depuis son origine, onze doctrines officielles, aujourd'hui inscrites à l'annexe du Salvation Army Act voté par le Parlement britannique en 1980[40]. Les huit premiers articles reprennent, presque terme à terme, les grandes affirmations de la théologie protestante évangélique classique : l'inspiration exclusive de l'Écriture comme règle de foi, l'unité et la Trinité de Dieu, l'union des deux natures divine et humaine dans le Christ, la chute d'Adam et Ève et la dépravation totale qui en résulte pour tous les hommes, l'expiation universelle offerte par la mort du Christ pour le monde entier, la nécessité de la repentance, de la foi et de la régénération par l'Esprit Saint, et la justification par la grâce au moyen de la foi[41].
La sanctification entière et le jugement dernier
Les trois derniers articles portent la marque propre de l'héritage méthodiste-wesleyen dont Booth est issu par le canal du Methodist New Connexion : la persévérance dans le salut dépend d'une foi obéissante continuée, tous les croyants ont le privilège d'être « entièrement sanctifiés », corps, âme et esprit préservés sans reproche jusqu'au retour du Christ, et l'article final affirme l'immortalité de l'âme, la résurrection des corps, le jugement général, le bonheur éternel des justes et le châtiment sans fin des impies[42]. Cette doctrine de la sanctification entière, identique dans sa structure à la « perfection chrétienne » enseignée par John Wesley, atteste la filiation théologique directe entre le méthodisme wesleyen originel et l'Armée du Salut, en dépit de la rupture organisationnelle qui sépare le Methodist New Connexion de Booth de la Connexion wesleyenne fondée par Wesley lui-même.
Une Église sans sacrements : pourquoi ni baptême ni eucharistie
Le trait le plus singulier de l'Armée du Salut, absent de la théologie de John Wesley qui conservait pour sa part le baptême et la sainte cène, est le rejet complet et délibéré des deux sacrements protestants habituels[43]. William et Catherine Booth justifient ce choix par plusieurs arguments convergents, exposés dans la documentation doctrinale officielle du mouvement : de nombreux chrétiens, estiment-ils, en étaient venus à se reposer sur les signes extérieurs de la grâce spirituelle plutôt que sur la grâce elle-même ; le Nouveau Testament ne comporterait, selon leur lecture, aucune indication que Jésus ait voulu instituer ces pratiques comme des rites fixes et obligatoires ; les sacrements avaient été, tout au long de l'histoire chrétienne, une source de division et de controverses amères entre confessions ; certaines Églises interdisant aux femmes d'administrer les sacrements, leur maintien aurait compromis l'égalité de ministère entre hommes et femmes que l'Armée revendique depuis Catherine Booth ; enfin, un grand nombre des premiers convertis de l'Armée étant d'anciens alcooliques, il paraissait imprudent de les exposer de nouveau au vin utilisé dans la sainte cène[44]. Les membres de l'Armée du Salut ne communient donc que lorsqu'ils assistent, à titre individuel, à des services d'autres dénominations chrétiennes qui pratiquent ces rites[45].
L'expansion internationale et la persécution du Skeleton Army
Cinquante-huit pays et colonies du vivant de Booth
Dès le début des années 1880, l'Armée du Salut essaime hors de Grande-Bretagne : États-Unis, France, Suisse, Suède, puis un grand nombre de territoires de l'Empire britannique — Australie, Canada, Inde, colonie du Cap, Nouvelle-Zélande, Jamaïque — et même l'Argentine, hors de toute sphère impériale britannique[46]. Du vivant même de Booth, le mouvement s'implante ainsi dans cinquante-huit pays et colonies, expansion exceptionnelle pour une organisation née quinze ans plus tôt dans une tente de l'East End londonien[47].
Le « Skeleton Army » : une violence de rue organisée
Cette expansion rencontre, en Angleterre même, une opposition organisée et parfois violente : le « Skeleton Army » (« Armée squelette »), particulièrement actif dans le sud de l'Angleterre du début des années 1880 jusque vers 1892, perturbe systématiquement les défilés salutistes contre l'alcoolisme, souvent avec la complicité tacite de brasseurs et de cabaretiers dont les intérêts commerciaux étaient directement menacés par la prédication de Booth[48]. La seule année 1882 voit six cent soixante-deux soldats de l'Armée du Salut agressés en Angleterre, dont deux cent cinquante et une femmes et vingt-trois enfants de moins de quinze ans[49]. L'opposition ne se limite pas à la rue : le comte de Shaftesbury, pourtant réformateur social reconnu, qualifie un temps Booth d'« Antéchrist », tandis que les évangélistes Rodney « Gipsy » Smith et Dwight L. Moody retirent leur soutien au mouvement, jugé trop dictatorial dans son gouvernement et trop favorable à l'« élévation des femmes au rang des hommes »[50].
In Darkest England and the Way Out (1890) : le programme social
La comparaison avec « l'Afrique la plus sombre »
En 1890, Booth publie, avec la collaboration du journaliste William Thomas Stead, un ouvrage au retentissement considérable, In Darkest England and the Way Out, qui compare l'Angleterre industrialisée à l'« Afrique la plus sombre » alors explorée par Henry Morton Stanley, affirmant que les taudis londoniens n'offraient pas une meilleure qualité de vie que les régions les plus reculées du continent africain[51]. Le livre se vend à cent quinze mille exemplaires dès le premier mois de sa publication[52].
Les trois colonies : ville, ferme, outre-mer
Booth y propose un programme social structuré en trois étapes progressives, conçu pour sortir durablement de la pauvreté ce qu'il appelle le « dixième submergé » (submerged tenth) de la population anglaise : la colonie de la ville (City Colony), constituée d'ateliers urbains offrant un premier pas hors de la misère ; la colonie de la ferme (Farm Colony), communauté agricole de type « retour à la terre » où les indigents apprennent des compétences de base avant l'étape finale ; et la colonie d'outre-mer (Overseas Colony), programme d'émigration assistée des chômeurs anglais vers les nouvelles colonies de peuplement du Canada et de l'Australasie[53]. Si les deux derniers volets du programme ne survivent, sous leur forme originelle, que jusque vers 1906, les ateliers urbains demeurent, aujourd'hui encore, l'un des piliers de l'action sociale mondiale de l'Armée du Salut[54]. La ferme de Hadleigh, dans l'Essex, reste le témoignage le plus visible de ce programme[55].
La mort de Catherine Booth (4 octobre 1890)
C'est dans l'année même de cette publication que meurt Catherine Booth, emportée par un cancer du sein diagnostiqué en 1888 qu'elle avait refusé de faire opérer ; elle s'éteint le 4 octobre 1890, à l'âge de soixante et un ans, dans une maison de repos de Clacton-on-Sea, entourée de sa famille et dans les bras de William[56]. Reconnue par l'ensemble du mouvement comme la « Mère de l'Armée » (Army Mother), elle avait, plus que quiconque après Booth lui-même, façonné la théologie, l'organisation et l'esprit missionnaire de l'Armée du Salut[57].
Une dynastie familiale contestée
Une organisation gouvernée par la famille
Booth confie plusieurs postes de responsabilité à ses propres enfants — sa fille Emma Booth devient, à dix-neuf ans, directrice de la Maison de formation des officiers — et impose à ses gendres d'accoler le nom « Booth » au leur, donnant naissance aux patronymes Booth-Tucker et Booth-Clibborn[58]. Il désigne dans son testament son fils aîné Bramwell Booth comme son successeur à la tête du mouvement, alors même qu'il avait pu affirmer publiquement à ses enfants : « L'Armée du Salut ne vous appartient pas, ni à moi ; elle appartient au monde »[59].
Défections et scission : Ballington Booth et les Volunteers of America
Cette gouvernance familiale ne va pas sans fractures profondes : sa fille Kate Booth et ses fils Herbert Booth et Ballington Booth rejettent, à des degrés divers, l'autorité paternelle. Ballington Booth rompt avec son père pour fonder, aux États-Unis, une organisation concurrente, les Volunteers of America, dont il devient lui-même le « Général »[60] — ironie de l'histoire, puisque ce nom reprend précisément le terme de « volontaires » que Bramwell Booth avait fait rejeter par son père en 1878 au profit de « l'Armée du Salut ». Ces défections successives illustrent les tensions durables qu'engendre, au sein même du mouvement salutiste, une transmission héréditaire du pouvoir spirituel que Booth lui-même professait pourtant vouloir éviter.
Le crépuscule d'un général infatigable (1899-1912)
La cécité progressive
En 1899, Booth souffre d'un premier épisode de cécité temporaire dont il se remet après un repos prolongé[61]. En 1909, lors d'une tournée automobile de six mois à travers le Royaume-Uni, il découvre une cécité de l'œil droit accompagnée d'une cataracte à l'œil gauche ; la tournée est interrompue et, le 21 août 1909, un chirurgien de l'hôpital Guy's lui retire l'œil droit[62]. Malgré ce handicap, Booth reprend dès l'année suivante des campagnes de prédication aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, en Suisse et en Italie, avant d'entreprendre sa septième et dernière tournée automobile en Angleterre[63].
Les honneurs tardifs d'une société qui l'avait longtemps méprisé
La dernière décennie de la vie de Booth voit sa réputation publique se retourner spectaculairement : invité en 1902 au couronnement d'Édouard VII, fait citoyen d'honneur de la Cité de Londres et docteur honoris causa de l'université d'Oxford en 1906, il effectue en 1907 sa dernière visite en Amérique du Nord[64]. L'ancien prédicateur honni des chaires paroissiales et caillassé par le Skeleton Army devient ainsi, de son vivant même, l'une des figures religieuses les plus respectées d'Angleterre.
« Tant que des femmes pleureront... je combattrai ! » (9 mai 1912)
Le 9 mai 1912, devant sept mille Salutistes réunis au Royal Albert Hall de Londres, William Booth prononce ce qui restera son dernier grand discours public, trois mois avant sa mort[65]. Le texte, devenu depuis un classique de la rhétorique salutiste, énonce dans une anaphore martelée les catégories de misère auxquelles Booth avait consacré sa vie :
« Tant que des femmes pleureront comme elles pleurent aujourd'hui, je combattrai ; tant que des petits enfants auront faim comme ils ont faim aujourd'hui, je combattrai ; tant que des hommes entreront et sortiront de prison, entreront et sortiront, comme ils le font aujourd'hui, je combattrai ; tant qu'il restera un seul ivrogne, tant qu'il restera une seule pauvre fille perdue dans les rues, tant qu'il subsistera une seule âme obscure privée de la lumière de Dieu, je combattrai — je combattrai jusqu'au bout ! » — William Booth, discours au Royal Albert Hall, Londres, 9 mai 1912, rapporté dans J. Evan Smith, Booth the Beloved, Londres, 1949, p. 122-124[66]
La mort à Hadley Wood (20 août 1912)
William Booth meurt le 20 août 1912, à vingt-deux heures treize, dans sa maison de Hadley Wood, au nord de Londres[67]. Dans le vocabulaire salutiste, on dit de lui qu'il fut « promu à la Gloire »[68]. Son corps repose durant trois jours au Clapton Congress Hall, où cent cinquante mille personnes défilent devant son cercueil[69]. Le service funèbre public se tient le 27 août 1912 au palais d'Olympia, à Londres, devant quarante mille assistants, parmi lesquels la reine consort Mary, assise incognito au fond de la salle[70]. Dix mille Salutistes en uniforme et quarante fanfares de l'Armée du Salut escortent le cortège funèbre, jouant la Marche funèbre extraite du Saül de Haendel[71]. Booth est inhumé le 29 août 1912, au cimetière d'Abney Park, à Londres, aux côtés de Catherine, morte vingt-deux ans plus tôt[72]. Le roi George V écrit à Bramwell Booth que « la nation a perdu un grand organisateur, et les pauvres un ami sincère et dévoué de tout cœur » ; le président américain William Howard Taft salue de son côté une « longue vie et de grands talents dédiés à la noble tâche d'aider les pauvres et les faibles »[73].
L'héritage mondial de l'Armée du Salut
Statistiques contemporaines
L'Armée du Salut est aujourd'hui présente dans cent trente-trois pays, revendiquant environ un million six cent cinquante mille membres, vingt-six mille trois cent cinquante-neuf ministres et quinze mille quatre cent neuf congrégations locales à travers le monde[74]. Son réseau caritatif — refuges, banques alimentaires, aide aux sinistrés, lutte contre la traite des êtres humains — en fait l'une des organisations humanitaires chrétiennes les plus étendues de la planète, indépendamment de son statut ecclésial propre.
Une postérité culturelle durable
La mort de Booth inspire au poète américain Vachel Lindsay un poème resté célèbre, General William Booth Enters into Heaven, mis en musique par le compositeur Charles Ives[75]. Plusieurs statues du sculpteur George Edward Wade sont érigées en sa mémoire, notamment à Mile End Road, sur le site même de la tente fondatrice de 1865[76]. L'Église d'Angleterre elle-même commémore aujourd'hui William et Catherine Booth dans son calendrier liturgique, à la date du 20 août[77] — reconnaissance tardive et significative d'une institution qui les avait longtemps combattus.
Le regard catholique sur William Booth et l'Armée du Salut
Ce que l'on peut reconnaître de juste dans l'œuvre de Booth
Une lecture catholique honnête de la vie de William Booth ne peut ignorer ce qu'elle porte d'authentiquement évangélique. Son zèle inlassable pour l'évangélisation des plus pauvres, son refus de toute forme de mépris social envers les ivrognes, les prostituées ou les prisonniers, son insistance sur la nécessité d'une conversion réelle du cœur plutôt que d'une religion seulement respectable, son programme social des trois colonies conçu pour sortir durablement les indigents de la misère : tout cela relève d'une exigence évangélique de charité que l'Église catholique reconnaît et honore chez de nombreux réformateurs non-catholiques, sans pour autant les canoniser doctrinalement[78]. Le Concile Vatican II saluera, un demi-siècle après la mort de Booth, les éléments authentiques de sanctification et de vérité que l'Esprit du Christ utilise comme moyens de salut chez les communautés chrétiennes séparées de la pleine communion catholique, tout en rappelant que la plénitude des moyens de salut ne subsiste que dans l'Église catholique[79]. Le combat de Catherine Booth pour la dignité et le ministère des femmes, pour légitime que fût son intuition scripturaire sur l'absence de discrimination fondamentale entre les sexes devant Dieu (Ga 3, 28), ne doit cependant pas être confondu avec la doctrine catholique du sacerdoce ministériel, réservé aux hommes en vertu de l'institution même du Christ et non d'une simple convention historique révisable.
Une Église sans les sept sacrements institués par le Christ
Le point où l'Armée du Salut s'écarte le plus radicalement de l'ecclésiologie catholique — plus radicalement encore que le méthodisme wesleyen dont elle est indirectement issue — concerne son rejet total et assumé des sacrements. L'Église catholique enseigne que les sacrements ne sont pas de simples signes extérieurs facultatifs, mais des réalités instituées par le Christ lui-même et confiées à son Église :
« Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l'Église, par lesquels nous est dispensée la vie divine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1131[80]
Le Concile de Trente avait défini solennellement, trois siècles avant la fondation de l'Armée du Salut, que ces sacrements sont au nombre précis de sept, ni plus ni moins, tous institués par le Christ lui-même :
« Si quelqu'un dit que les sacrements de la Loi nouvelle n'ont pas tous été institués par Notre Seigneur Jésus-Christ, ou qu'ils sont plus ou moins nombreux que sept, à savoir le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre et le mariage, ou même que l'un quelconque de ces sept n'est pas véritablement et proprement un sacrement, qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, VIIᵉ session (3 mars 1547), Décret sur les sacrements en général, canon 1, Denzinger-Hünermann, n° 1601[81]
Les sept sacrements « touchent toutes les étapes et tous les moments importants de la vie du chrétien : ils donnent naissance et croissance, guérison et mission à la vie de foi des chrétiens »[82]. Or les motifs invoqués par les Booth pour justifier leur suppression totale — crainte que les fidèles ne se reposent sur le signe extérieur plutôt que sur la grâce, absence supposée d'institution scripturaire contraignante, souci de ne pas exposer d'anciens alcooliques au vin de la cène, volonté de ne pas restreindre le ministère féminin — relèvent tous, d'un point de vue catholique, d'une confusion entre l'abus possible d'un sacrement et sa nature même. Un signe sacramentel authentique ne dispense jamais de la conversion intérieure qu'il signifie et produit ; il en est au contraire le moyen ordinaire voulu par le Christ, de sorte que sa suppression prive les fidèles, non d'un simple rite superflu, mais d'un canal de grâce institué par Dieu lui-même[83].
L'assurance du salut et la sanctification entière face à Trente
La doctrine salutiste de la sanctification entière, identique dans sa structure à la « perfection chrétienne » wesleyenne, ainsi que l'insistance de l'Armée sur le témoignage intérieur de la foi comme fondement de l'assurance du salut, rencontrent la même objection catholique classique déjà opposée à John Wesley : le Concile de Trente enseigne qu'à l'exception d'une révélation spéciale, nul ne peut savoir, d'une certitude de foi excluant toute erreur possible, qu'il se trouve actuellement en état de grâce[84]. Sur la question de la sanctification elle-même, l'écart doctrinal est en réalité moins tranché : la théologie catholique de la grâce sanctifiante admet elle aussi qu'un chrétien peut, par la coopération à la grâce, progresser jusqu'à un état de charité très élevé, appelé à tendre vers la perfection évangélique commandée par le Christ lui-même — « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48)[85]. La différence essentielle tient à ce que l'Église catholique n'assigne à cette perfection aucun instant précis et repérable où elle serait définitivement acquise et proclamable par le sujet lui-même ; elle insiste au contraire sur l'humilité et la vigilance perpétuelle qu'exige tout progrès spirituel véritable, jusqu'à la mort.
Une organisation sans succession apostolique ni ordination sacramentelle
Enfin, l'Armée du Salut, à la différence même du méthodisme de Wesley qui avait longtemps revendiqué son appartenance à l'Église d'Angleterre avant la rupture de 1784, ne s'est jamais réclamée de la succession apostolique ni d'aucune forme d'ordination sacramentelle : ses « officiers » reçoivent une commission fonctionnelle de commandement, non une ordination au sens où l'Église catholique l'entend, celle d'un pouvoir transmis par l'imposition des mains reçue en chaîne ininterrompue depuis les Apôtres[86]. Cette absence assumée de toute prétention sacramentelle et hiérarchique situe l'Armée du Salut, dans la typologie des communautés issues de la Réforme, parmi les mouvements les plus radicalement éloignés de l'ecclésiologie sacramentelle catholique — plus proche, sur ce point précis, des Quakers de George Fox, qui rejettent eux aussi baptême et eucharistie au nom d'une religion de l'expérience intérieure directe, que du méthodisme wesleyen dont elle est pourtant historiquement issue par le canal du Methodist New Connexion.
Pour aller plus loin
- John Wesley (1703-1791) — le fondateur du méthodisme dont le Methodist New Connexion, formation d'origine de William Booth, est une dissidence.
- Charles Wesley (1707-1788) — le frère hymnographe de John Wesley et cofondateur du premier méthodisme.
- George Fox (1624-1691) — fondateur du mouvement quaker, autre exemple protestant de rejet radical des sacrements au nom de l'expérience intérieure.
- Réponses au protestantisme — synthèse catholique des grandes objections issues de la Réforme.
Notes et références
« William Booth », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — chronologie détaillée sourcée notamment à l'Oxford Dictionary of National Biography : naissance le 10 avril 1829 à Sneinton, apprentissage chez le prêteur sur gages Francis Eames dès 1842, conversion en 1844, installation à Londres en 1849, ministère du Methodist Reform à partir du 10 avril 1852, fiançailles à Catherine Mumford le 15 mai 1852, mariage le 16 juin 1855 (la page anglophone « William Booth » donne isolément le 17 juin, contre la page « Catherine Booth », les biographies et la plupart des sources, qui donnent le 16), affectations à Spalding (1853), Brighouse (1857) et Gateshead (1859), rupture avec le Methodist New Connexion à la conférence de Liverpool en 1861, fondation de la Christian Mission en 1865, anecdote de l'« armée de volontaires » en mai 1878, expansion internationale dans 58 pays et colonies, opposition du Skeleton Army (662 agressions en 1882), cécité de 1899 et opération de 1909, honneurs de 1902-1907, mort le 20 août 1912, funérailles à Olympia le 27 août 1912, inhumation à Abney Park, postérité (Vachel Lindsay, Charles Ives, statues de George Edward Wade, commémoration anglicane du 20 août). URL : en.wikipedia.org/wiki/William_Booth.
1 7 9 12 14 15 16 17 19 20 22 23 24 30 31 32 33 34 35 37 39 46 47 48 49 50 55 58 59 60 61 62 63 64 68 69 70 71 75 76 77« William Booth », The Salvation Army UK — International Heritage Centre, consulté en juillet 2026 — biographie officielle : naissance à Nottingham le 10 avril 1829, famille (parents Samuel Booth et Mary Moss, frère aîné Henry, sœurs Ann, Emma, Mary), apprentissage chez le prêteur sur gages Francis Eames dès 1842, mort de Samuel Booth le 23 septembre 1842 après une conversion sur son lit de mort, mariage à Catherine Mumford, fondation de la Christian Mission renommée Armée du Salut en 1878, mort le 20 août 1912 à 22h13, funérailles à Abney Park Cemetery le 29 août 1912, 15 875 officiers et cadets actifs dans 58 pays à la mort de Booth. URL : salvationarmy.org.uk/about-us/international-heritage-centre/virtual-heritage-centre/people/william-booth.
2 6 8 10 11 18 67 72Catherine Booth (née Mumford), Female Ministry: Or, Woman's Right to Preach the Gospel, Londres, 1859 (révisé en 1879 dans Papers on Practical Religion), texte intégral numérisé sur Internet Archive — traité de trente-deux pages défendant le droit des femmes à la prédication publique, fondé notamment sur Galates 3, 28 : « that in the privileges, duties, and responsibilities of Christ's Kingdom, all differences of nation, caste, and sex are abolished » (« que dans les privilèges, les devoirs et les responsabilités du Royaume du Christ, toute différence de nation, de caste et de sexe est abolie »). URL : archive.org/details/femaleministryor0000boot.
3 25 26« The Salvation Army », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — structure militaire (grades d'officiers, Engagement du Soldat, ex-Articles de guerre), rejet des sacrements (baptême et sainte cène) au motif que « many Christians had come to rely on the outward signs of spiritual grace rather than on grace itself », symbolique du drapeau et du cri « Blood and Fire », statistiques mondiales actuelles : 133 pays, environ 1,65 million de membres, 26 359 ministres, 15 409 congrégations. URL : en.wikipedia.org/wiki/The_Salvation_Army.
4 5 36 38 43 45 74George S. Railton, The Authoritative Life of General William Booth, Founder of The Salvation Army, éd. révisée, Londres, Hodder & Stoughton, 1912 — récit de la conversion de 1844 rapporté de la bouche de Booth lui-même au chap. II (« Salvation in Youth ») : « It was in the open street that this great change passed over me, and if I could only have possessed the flagstone on which I stood at that happy moment... » (« Ce fut dans la rue, en plein air, que ce grand changement se produisit sur moi... ») ; messages de condoléances du roi George V et du président William H. Taft reproduits in extenso au chap. XXIV (« The End »). Texte intégral : gutenberg.org/ebooks/13958.
13 73« Catherine Booth », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — biographie de Catherine Mumford Booth (17 janvier 1829 - 4 octobre 1890) : mariage à Stockwell Green le 16 juin 1855, rôle de « Mère de l'Armée », défense du ministère féminin, huit enfants dont Evangeline Booth (Général de l'Armée du Salut, 1934-1939). URL : en.wikipedia.org/wiki/Catherine_Booth.
21 27 57« Salvation Army founded », HISTORY (history.com), rubrique « This Day in History », 2 juillet, consulté en juillet 2026 — récit de la première prédication de William Booth sous tente à Mile End Waste, sur un ancien cimetière quaker de Whitechapel, le 2 juillet 1865, date retenue comme jour de fondation de l'Armée du Salut et célébrée annuellement comme « Founder's Day » par les Salutistes du monde entier. URL : history.com/this-day-in-history/july-2/salvation-army-founded.
28 29The Salvation Army Act 1980 (Royaume-Uni), Schedule 1, « The Doctrines of The Salvation Army » — texte officiel des onze articles de foi, également reproduit dans The Salvation Army Handbook of Doctrine, Londres, Salvation Army International Headquarters : inspiration exclusive de l'Écriture (art. 1), unité et Trinité de Dieu (art. 2-3), union des deux natures dans le Christ (art. 4), chute et dépravation totale (art. 5), expiation universelle (art. 6), repentance et régénération nécessaires (art. 7), justification par grâce et par la foi (art. 8), persévérance dans le salut (art. 9), sanctification entière (art. 10), immortalité de l'âme et jugement dernier (art. 11). Texte consultable sur bible.ca/cr-Salv-Army.htm et salvationist.org.uk/faith/our-beliefs.
40 41 42« Deeper Doctrine: Sacraments », Salvation Army Connects (saconnects.org), 15 février 2023, consulté en juillet 2026 — exposé des cinq motifs doctrinaux avancés par les fondateurs pour justifier l'absence de sacrements dans l'Armée du Salut : primat de la grâce intérieure sur le signe extérieur, absence jugée non contraignante d'institution scripturaire fixe, caractère historiquement divisif des sacrements entre confessions chrétiennes, souci de préserver l'égalité de ministère entre hommes et femmes, prudence pastorale envers d'anciens alcooliques convertis face au vin de la sainte cène. URL : saconnects.org/2023/02/15/deeper-doctrine-sacraments/.
44William Booth, avec la collaboration de William Thomas Stead, In Darkest England and the Way Out, Londres, International Headquarters of the Salvation Army, 1890 — programme social des trois colonies (colonie de la ville, colonie de la ferme, colonie d'outre-mer) destiné au « dixième submergé » de la population anglaise, comparaison avec « l'Afrique la plus sombre » de Henry Morton Stanley, 115 000 exemplaires vendus dès le premier mois ; cf. également l'article de synthèse « In Darkest England and the Way Out », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026, URL : en.wikipedia.org/wiki/In_Darkest_England_and_the_Way_Out.
51 52 53 54James K. Walker, « The Nottingham Essay: Catherine Booth (17 January 1829 – 4 October 1890) », jameskwalker.co.uk, 23 août 2016, consulté en juillet 2026 — date exacte de la mort de Catherine Booth (4 octobre 1890), cancer du sein diagnostiqué en 1888 et refus d'opération chirurgicale, derniers mois passés dans une maison de repos à Clacton-on-Sea (Essex), mort entourée de sa famille dans les bras de William Booth. URL : jameskwalker.co.uk/blog/2016/08/23/the-nottingham-essay-catherine-booth-17-january-1829-4-october-1890/.
56J. Evan Smith, Booth the Beloved: Personal Recollections of William Booth, Founder of The Salvation Army, Londres, 1949, p. 122-124 — récit du dernier grand discours public de William Booth, prononcé le 9 mai 1912 au Royal Albert Hall de Londres devant environ 7 000 Salutistes, trois mois avant sa mort : « While women weep, as they do now, I'll fight; while little children go hungry, as they do now, I'll fight; while men go to prison, in and out, in and out, as they do now, I'll fight; while there is a drunkard left, while there is a poor lost girl upon the streets, while there remains one dark soul without the light of God, I'll fight — I'll fight to the very end! ». Texte également répertorié dans en.wikiquote.org/wiki/William_Booth.
65 66Catéchisme de l'Église catholique, § 819 — sur les éléments de sanctification et de vérité présents chez les frères chrétiens séparés de la pleine communion catholique, appartenant par droit à l'unique Église du Christ et poussant vers l'unité catholique.
78Concile Vatican II, Décret Unitatis Redintegratio sur l'œcuménisme, 21 novembre 1964, n° 3 — reconnaissance des éléments ecclésiaux authentiques (Écriture, vie de grâce, foi, espérance, charité) présents chez les communautés issues de la Réforme, tout en maintenant que la plénitude des moyens de salut ne subsiste que dans l'Église catholique.
79Catéchisme de l'Église catholique, § 1131 — « Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l'Église, par lesquels nous est dispensée la vie divine. Les rites visibles sous lesquels les sacrements sont célébrés signifient et réalisent les grâces propres de chaque sacrement. »
80 83Concile de Trente, VIIᵉ session (3 mars 1547), Décret sur les sacrements en général, canon 1 — Denzinger-Hünermann, n° 1601 : condamne quiconque nie que les sept sacrements de la Loi nouvelle (baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, extrême-onction, ordre, mariage) aient tous été institués par le Christ, ou en conteste le nombre exact. Texte : Symboles et définitions de la foi catholique (Denzinger), Paris, Cerf.
81Catéchisme de l'Église catholique, § 1210 — les sept sacrements de la Loi nouvelle, institués par le Christ, touchent toutes les étapes et tous les moments importants de la vie du chrétien : ils donnent naissance et croissance, guérison et mission à la vie de foi.
82Catéchisme de l'Église catholique, § 2005 — la grâce, appartenant à l'ordre surnaturel, échappe à notre expérience directe et ne peut être connue par la foi seule ; nul ne peut donc savoir, de la certitude de foi qui n'admet aucune erreur, qu'il est en état de grâce, hormis le cas d'une révélation spéciale.
84Catéchisme de l'Église catholique, § 2013, citant Matthieu 5, 48 — « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » : tous les fidèles sont appelés à la perfection de la charité par un progrès continuel de la grâce sanctifiante, chacun selon ses propres forces et sa condition de vie.
85Catéchisme de l'Église catholique, § 1576 — seul un évêque validement ordonné peut conférer validement les trois degrés du sacrement de l'Ordre (épiscopat, presbytérat, diaconat), par transmission ininterrompue depuis les Apôtres.
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