Saint Josaphat Kountsevitch (vers 1580-1623)

Saint Josaphat Kountsevitch, archevêque gréco-catholique de Polotsk, est assassiné le 12 novembre 1623 à Vitebsk par une foule hostile à l'union avec Rome. Prêtre basilien, artisan de l'Union de Brest, il est béatifié en 1643 et canonisé en 1867 par Pie IX. Premier saint gréco-catholique canonisé par le Saint-Siège.

Ignispedia

Saint Josaphat Kountsevitch (vers 1580-1623) est un archevêque gréco-catholique de Polotsk, assassiné le 12 novembre 1623 à Vitebsk par une foule hostile à l'union avec Rome. Prêtre de l'ordre de Saint Basile, il est l'une des grandes figures de l'Église gréco-catholique ruthène née de l'Union de Brest (1595). Béatifié en 1643 par Urbain VIII, il est canonisé en 1867 par Pie IX : il est le premier saint gréco-catholique canonisé par le Saint-Siège.[1]

Sa vie se joue dans la république des Deux Nations, à un moment où les Églises de rite byzantin cherchent leur place entre Rome, Constantinople et Moscou. Son zèle pour l'union, ses réformes monastiques et sa mort violente font de lui une figure de martyre ecclésial, honorée le 12 novembre dans le calendrier latin et le 25 novembre dans le calendrier gréco-catholique.[2]

Un enfant de la Volhynie dans l'Église unie

Naissance et formation

Josaphat naît vers 1580 (certaines sources disent 1584) à Volodymyr-Volynsky, en Volhynie, dans une famille de la noblesse ruthène. Il grandit dans un monde où coexistent rites byzantin et latin, et où l'Union de Brest (1595) vient de faire entrer une partie de la hiérarchie ruthène dans la communion avec le Saint-Siège.[3]

Il entre dans l'ordre de Saint Basile (basiliens), qui joue un rôle central dans la vie religieuse de l'Église unie. Il est ordonné prêtre en 1609, au monastère de Vilnius, où il se distingue par la prédication, la confession et le soin des pauvres.[4]

L'Union de Brest (1595)

L'Union de Brest est l'acte fondateur du milieu où évolue Josaphat. En 1595, des évêques de la métropole de Kiev (Kiev, Polotsk, Loutsk, etc.) acceptent la communion avec Rome tout en conservant le rite byzantin, la liturgie slave, le clergé marié (selon les usages locaux) et les structures orientales.[5]

Cette union reste controversée : une partie du clergé et du peuple orthodoxe la refuse, et les tensions entre « unis » et « non unis » marquent toute la période. Josaphat s'inscrit résolument dans le camp des unis, convaincu que l'unité avec Rome est la voie du salut de l'Église ruthène.

L'archevêque de Polotsk

Une charge épiscopale (1617-1618)

Après avoir été archimandrite du monastère de Vilnius, Josaphat est consacré évêque le 12 novembre 1617, puis devient archevêque de Polotsk le 31 mars 1618. Sa juridiction s'étend sur Polotsk, Vitebsk et Smolensk, territoire clé de la frontière orientale de la république des Deux Nations.[6]

Il entreprend une œuvre de réforme : restauration de la discipline monastique, formation du clergé, lutte contre l'ignorance religieuse, œuvres de charité. Il fait imprimer des livres liturgiques et catéchétiques pour affermir la foi du peuple.[7]

Le zèle pour l'union

Le zèle de Josaphat pour l'union avec Rome est entier et parfois rigide. Dans un climat de tensions confessionnelles, il cherche à ramener les communautés orthodoxes à la communion avec le Saint-Siège, ce qui lui vaut l'hostilité d'une partie du clergé et des habitants de Vitebsk et de Polotsk.[8]

En 1622, il fait fermer des églises orthodoxes à Vitebsk, décision qui ravive les colères. L'année suivante, la tension devient extrême. Il faut noter que les sources modernes signalent ces mesures sans les justifier ni les absoudre : elles s'inscrivent dans un contexte de guerres de religion où chaque camp cherche à asseoir son autorité.[9]

Un contexte de rivalités

Pour comprendre la crise, il faut se rappeler que la métropole de Kiev est alors disputée entre plusieurs obédiences : les unis (gréco-catholiques), rattachés à Rome depuis Brest ; les orthodoxes, liés au patriarcat de Constantinople ou à Moscou ; et les protestants (calvinistes, luthériens, antitrinitaires), présents dans la noblesse polono-lituanienne. Dans ce paysage, l'archevêque de Polotsk est un acteur politique autant qu'un pasteur.[10]

Les basiliens de Vilnius, dont Josaphat est issu, forment alors l'élite intellectuelle de l'Église unie : ils publient des catéchismes, des livres liturgiques et des défenses de l'union. Le monastère de Vilnius est un foyer de prédication et de formation, et c'est de là que Josaphat tire sa vision d'une Église ruthène unie à Rome et fidèle à son rite.[11]

Les derniers mois (1623)

En 1623, la situation à Vitebsk est explosive. Les sources rapportent des tumultes, des insultes et des menaces contre l'archevêque et ses partisans. Josaphat est averti du danger, mais il refuse de fuir, par devoir pastoral ou par acceptation du martyre, selon les interprétations.[12]

Le 12 novembre, la foule se porte à son domicile. Les détails exacts de l'attaque varient selon les versions (coups, pierres, armes), mais le résultat est constant : l'archevêque est tué, et son corps est jeté dans la Dvina pour effacer jusqu'à la trace de son sépulcre.[13]

Le martyre de Vitebsk (12 novembre 1623)

L'attaque

Le 12 novembre 1623, une foule en colère envahit la résidence de l'archevêque à Vitebsk. Josaphat est assassiné ; son corps est jeté dans la Dvina. Plusieurs de ses compagnons sont tués avec lui.[14][15]

Le récit du martyre, rapporté par les sources gréco-catholiques et repris par le tableau de Józef Simmler conservé au musée national de Varsovie, montre l'archevêque qui ne fuit pas et qui offre sa vie pour l'unité de l'Église. Le corps, retiré de la rivière, est retrouvé intact selon la tradition, et les reliques sont dispersées puis progressivement rassemblées.[16]

Un martyre ecclésial

La mort de Josaphat n'est pas un martyre au sens des persécutions antiques : elle naît de tensions intra-chrétiennes, dans un conflit entre unionistes et orthodoxes. Le Saint-Siège l'a reconnu comme martyr de l'unité de l'Église, ce qui lui a valu sa béatification rapide (1643) puis sa canonisation (1867).[17]

« Premier saint gréco-catholique canonisé par le Saint-Siège. » Wikipédia FR, notice « Josaphat Kountsevitch »[18]

La reconnaissance comme martyr signifie que l'Église juge que Josaphat a été tué en haine de la foi (ou de l'unité de l'Église), et non dans un simple règlement de comptes politique. C'est cette qualification qui a ouvert la voie à la béatification, puis à la canonisation.

L'iconographie du martyre

Le tableau de Józef Simmler (musée national de Varsovie) est l'une des représentations les plus connues de la mort de Josaphat. Il montre l'archevêque, calme, entouré de ses assassins, dans une composition qui rappelle les scènes de martyr des premiers siècles.[19]

D'autres images, portraits ou icônes, le représentent en évêque de rite byzantin (phelonion, omophorion, crosse), parfois avec les attributs du martyr (palme, croix). La figure de Josaphat est celle d'un pasteur immolé pour l'unité, à la fois dans la tradition latine et dans la tradition orientale.

Béatification, canonisation et reliques

Béatification (1643) et canonisation (1867)

Josaphat est béatifié le 16 mai 1643 par le pape Urbain VIII, vingt ans après sa mort. Il est canonisé en 1867 par le pape Pie IX, en même temps que d'autres martyrs de l'union ecclésiale.[20]

Correction de chronologie : certaines sources populaires avancent une béatification en 1643 et une canonisation en 1967 par Paul VI. Cette seconde date est inexacte : la canonisation a eu lieu en 1867, sous Pie IX. Josaphat est le premier saint de l'Église gréco-catholique canonisé par le Saint-Siège.[21]

Les reliques

Après l'assassinat, le corps de Josaphat est jeté dans la Dvina. Les reliques sont ensuite recueillies et dispersées en plusieurs lieux. Une partie se trouve aujourd'hui à la basilique Saint-Pierre de Rome, sur l'autel de saint Basile.[22]

La présence de reliques à Rome témoigne de la reconnaissance universelle du martyr et de son rôle dans l'histoire de l'Église unie.

Fête et mémoire

Saint Josaphat est fêté le 12 novembre dans le calendrier latin, date anniversaire de son martyre. Le calendrier gréco-catholique le célèbre le 25 novembre.[23]

Il est invoqué pour l'unité des chrétiens, en particulier entre Rome et les Églises d'Orient, et pour les martyrs de la foi.

Note sur les sources

Les faits présentés ici s'appuient sur la notice Wikipédia FR « Josaphat Kountsevitch », sur les données Wikidata et sur les fichiers Wikimedia Commons (tableau de Józef Simmler, portrait). Les actes du procès de béatification et les sources ruthènes de l'époque n'ont pas été lus dans leur intégralité ; les éléments qui en proviennent sont signalés comme relevant de la tradition.

La date de naissance reste incertaine (vers 1580 ou 1584) : aucune source contemporaine n'a été consultée pour la trancher. La chronologie de la béatification (1643) et de la canonisation (1867) est, elle, solide et vérifiée.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), « Josaphat Kountsevitch » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique consultée le 11 octobre 2026 : naissance vers 1580 (ou 1584) à Volodymyr-Volynsky ; ordre de Saint Basile ; prêtre en 1609 à Vilnius ; archimandrite ; consacré évêque le 12 novembre 1617 ; archevêque de Polotsk le 31 mars 1618 ; juridiction sur Polotsk, Vitebsk et Smolensk ; Union de Brest (1595) ; fermeture d'églises orthodoxes à Vitebsk (1622) ; assassiné le 12 novembre 1623 à Vitebsk, corps jeté dans la Dvina ; béatifié le 16 mai 1643 par Urbain VIII ; canonisé en 1867 par Pie IX ; premier saint gréco-catholique canonisé par le Saint-Siège ; reliques à la basilique Saint-Pierre de Rome (autel saint Basile) ; fête le 12 novembre (latin) et le 25 novembre (gréco-catholique).

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  2. Wikidata, fiche de Josaphat Kuntsevych : www.wikidata.org. Données structurées : date de décès 12 novembre 1623 ; lieu de décès Vitebsk ; cause de la mort assassinat (martyre).

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