Sainte Perpétue (morte en 203)

Sainte Perpétue, jeune matrone chrétienne de Carthage martyrisée en 203 avec sainte Félicité, a laissé le plus ancien journal féminin de l'Antiquité chrétienne : ses dialogues avec son père païen, ses quatre visions et son martyre. Nommée au Canon romain de la messe.

Ignispedia

Sainte Perpétue — de son nom romain Vibia Perpetua — est une jeune matrone chrétienne de Carthage, martyrisée le 7 mars 203 dans l'amphithéâtre de la ville, sous le règne de l'empereur Septime Sévère. Âgée d'environ vingt-deux ans, mariée et mère d'un nourrisson, elle appartient à une famille de rang honorable. Son nom est inséparable de celui de sainte Félicité, la jeune esclave enceinte arrêtée, emprisonnée et mise à mort avec elle.[1]

Perpétue occupe une place unique dans toute la littérature chrétienne ancienne : elle a laissé un journal de prison écrit de sa propre main, inséré dans la Passion de Perpétue et Félicité. Ce texte est l'un des rares écrits féminins qui nous soient parvenus de l'Antiquité, et sans doute le plus ancien document chrétien composé par une femme. On y entend une voix vive, concrète, souvent bouleversante : ses dialogues avec son père païen, l'angoisse pour son enfant, et surtout ses quatre grandes visions, parmi lesquelles la fameuse vision de l'échelle gardée par un dragon et les deux visions de son petit frère Dinocrate, l'un des plus anciens témoignages chrétiens sur la prière pour les défunts.[2]

Vénérée sans interruption depuis l'Antiquité, Perpétue est nommée avec Félicité dans le Canon romain de la messe, honneur réservé à une poignée de saints. Sa fête est célébrée le 7 mars. Cet article traite sa biographie, ses visions, sa spiritualité et son culte ; l'histoire propre de l'esclave Félicité, sa grossesse et son accouchement en prison, sont développées dans l'article sainte Félicité, qu'il ne s'agit pas de redoubler ici.

Qui est sainte Perpétue ?

Vibia Perpetua, jeune matrone de Carthage

La Passion décrit Perpétue en quelques mots précis : elle est « de naissance honorable, libéralement instruite, mariée selon les usages » (honeste nata, liberaliter instituta, matronaliter nupta).[3] Elle a un père encore vivant et païen, une mère vraisemblablement chrétienne, deux frères dont l'un est catéchumène comme elle, et un troisième frère mort en bas âge, Dinocrate, qui reviendra dans ses visions. Elle est mère d'un fils encore au sein. Son âge — environ vingt-deux ans — et son statut social en font tout le contraire d'une figure marginale : c'est une jeune femme éduquée, insérée dans la bonne société carthaginoise, qui choisit librement le Christ jusqu'à la mort.

L'Afrique romaine de Perpétue : Carthage, Thuburbo Minus et la province proconsulaire replacées dans le monde méditerranéen du début du IIIe siècle. Carte-synthèse — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le lieu exact de son arrestation est discuté. Une inscription et une partie de la tradition la rattachent à Thuburbo Minus, petite cité de la province, mais son procès et son martyre se déroulent à Carthage, deuxième ville de l'Occident romain, capitale de l'Afrique proconsulaire et grand foyer de la chrétienté latine naissante.[4]

Une catéchumène arrêtée avec ses compagnons

Perpétue n'a pas été arrêtée seule. La Passion nomme un petit groupe de catéchumènes — des convertis encore en préparation au baptême — saisis ensemble au début de 203 :[5]

  • Vibia Perpétue, jeune matrone d'environ vingt-deux ans, mère d'un nourrisson ;
  • Révocat et Félicité, esclaves d'un même maître (voir sainte Félicité) ;
  • Saturnin et Secundulus, deux jeunes hommes ;
  • Saturus, leur catéchiste, qui n'était pas présent à l'arrestation mais se livra volontairement pour ne pas abandonner ses disciples, et laissa lui aussi une vision consignée dans le texte.

Ces catéchumènes furent baptisés en prison, peu après leur arrestation. Perpétue rapporte que, dans l'instant du baptême, l'Esprit lui inspira de ne rien demander d'autre que la patience de la chair — la force de tout supporter.[6] Le fait qu'une patricienne, des esclaves et leur maître spirituel forment un seul corps devant la mort est l'une des grandes leçons du document.

Le contexte : la persécution de Septime Sévère

L'édit de 202 et l'interdiction des conversions

Le martyre de Perpétue s'inscrit dans la persécution associée à Septime Sévère (193-211). Selon une source ancienne, l'Histoire Auguste, l'empereur aurait interdit vers 202-203 les conversions au judaïsme et au christianisme.[7] L'historicité et la portée exacte de cet édit sont discutées par les historiens modernes : certains y voient une mesure générale, d'autres une intensification locale des poursuites déjà permises par la législation antérieure. Le fait brut demeure : en Afrique proconsulaire, au début du IIIe siècle, être catéchumène ou refuser de sacrifier aux dieux de l'Empire pouvait conduire à l'amphithéâtre.

Le procès des compagnons suit la procédure ordinaire : arrestation, interrogatoire par le procurateur — un certain Hilarianus, qui exerçait alors le pouvoir de mort à la place du proconsul défunt —, sommation de sacrifier « pour le salut des empereurs », refus, condamnation ad bestias, livraison aux bêtes lors des jeux publics.[8] Ces jeux furent donnés, précise la tradition, à l'occasion de l'anniversaire de Géta César, fils cadet de Septime Sévère.[9]

Carthage, capitale chrétienne d'Afrique

Carthage n'est pas une périphérie : c'est l'un des cœurs de la chrétienté latine naissante. C'est là qu'écrit Tertullien, premier grand théologien de langue latine, contemporain exact de Perpétue, dont la formule célèbre — « le sang des chrétiens est une semence » — trouve dans le martyre de 203 une illustration parfaite.[10] C'est là aussi que, une génération plus tard, saint Cyprien sera évêque et martyr. Le témoignage de Perpétue et de Félicité s'enracine donc dans une Église africaine ardente, où le martyre était pensé, prêché et attendu comme le sommet de la vie chrétienne.

La Passion de Perpétue et Félicité, source de son histoire

Un document unique de l'Antiquité chrétienne

Presque tout ce que nous savons de Perpétue vient de la Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis, texte rédigé peu après les faits, au début du IIIe siècle et transmis en latin comme en grec. Ce document est exceptionnel à plusieurs titres : il contient le journal de prison de Perpétue elle-même, la vision de Saturus, et le récit du martyre par un rédacteur témoin ou proche des témoins, qui a manifestement recueilli les faits de la communauté carthaginoise.[11]

Fac-similé de la Passio : folio latin de la Bibliothèque abbatiale de Saint-Gall, avec l'incipit de la Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis. Source : Wikimedia Commons / Stiftsbibliothek St. Gallen, domaine public.

La partie centrale, la plus longue, est écrite à la première personne par Perpétue. Le rédacteur le souligne explicitement : ce qui suit a été écrit de sa propre main, selon sa propre pensée (conscriptum manu sua et suo sensu).[12] C'est ce qui donne au texte sa valeur unique : nous n'avons pas ici une légende pieuse reconstituée après coup, mais la parole directe d'une martyre, saisie presque au moment des faits.

La question de l'éditeur

La Passion en quatre voix : prologue du rédacteur, journal de Perpétue, vision de Saturus et récit du martyre. Schéma explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

La tradition a souvent attribué la rédaction finale ou l'édition de la Passion à Tertullien, en raison de proximités de langue et de doctrine, notamment sur le prophétisme et la valeur des visions.[13] Cette attribution reste une hypothèse discutée : elle n'est pas certaine, et une partie des spécialistes préfèrent parler d'un rédacteur anonyme de sensibilité montaniste ou proche de Tertullien. Ce débat érudit ne touche pas le noyau des faits : la datation haute du texte, sa proximité avec l'événement et la sobriété du récit en font une source de premier ordre, très supérieure aux Acta légendaires de nombreux autres martyrs.

Le combat avec son père : la foi contre le sang

« Je ne peux me nommer autrement que ce que je suis »

Le drame le plus humain du journal est l'affrontement répété entre Perpétue et son père païen. Il l'aime, il la supplie, il la menace, il se jette à ses pieds : il ne peut supporter de voir sa fille marcher à la mort. Dès les premières lignes, Perpétue rapporte un échange devenu célèbre. Montrant un objet, elle demande à son père s'il peut l'appeler d'un autre nom que le sien :[14]

« — Père, vois-tu ce vase posé là, ce petit pichet, ou quel que soit son nom ? — Je le vois, dit-il. — Peut-on l'appeler d'un autre nom que ce qu'il est ? — Non. — Eh bien, moi non plus, je ne peux me nommer autrement que ce que je suis : chrétienne. » — Sainte Perpétue, Passion de Perpétue et Félicité, 3[15]

Cette scène condense tout : la foi n'est pas pour Perpétue une opinion négociable, mais son être même. Elle ne peut pas plus renier le Christ qu'un vase ne peut cesser d'être ce qu'il est. Furieux, son père se jette sur elle pour lui arracher les yeux, puis se retire, vaincu.

L'amour paternel et le déchirement

Le journal ne fait pas du père un simple persécuteur : il en montre la douleur déchirante. Lors du procès, le vieil homme surgit portant l'enfant de Perpétue dans ses bras, la tire par le bord de sa robe, la supplie : « Aie pitié de mes cheveux blancs, aie pitié de ton père... regarde ton fils qui ne pourra vivre après toi. »[16] Le procurateur Hilarianus lui-même joint sa voix à celle du père. Perpétue reste ferme et douce : elle souffre pour lui plus que pour elle, mais elle ne cède pas. Elle résume son état d'âme dans une formule d'une grande justesse : « J'étais peinée pour la vieillesse malheureuse de mon père. »[17]

Ce combat entre l'amour naturel et l'amour de Dieu fait de Perpétue une figure d'une modernité saisissante. Elle n'est pas insensible ; elle aime son père et son enfant. Mais elle a compris la parole du Christ : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. »[18]

L'enfant confié à la Providence

Perpétue nourrit d'abord son fils en prison, obtient de le garder auprès d'elle, et la prison lui devient « comme un palais ».[19] Puis, au moment où on lui retire définitivement l'enfant, elle rapporte un signe qu'elle interprète comme une grâce : l'enfant cesse de réclamer le sein, et ses propres seins n'en souffrent pas, contre toute attente naturelle.[20] Elle y voit la main de Dieu, qui la détache doucement de sa dernière attache terrestre pour la rendre toute au combat qui l'attend.

Les quatre visions de sainte Perpétue

Le cœur du journal, ce sont les visions que Perpétue reçoit en prison et qu'elle raconte elle-même. Elles ne sont pas des ornements littéraires : elles structurent son itinéraire spirituel et lui donnent, l'une après l'autre, la certitude de sa victoire.

La vision de l'échelle et du dragon

À la demande de son frère, Perpétue ose « demander une vision » pour savoir si leur épreuve mènera à la mort ou à la délivrance. La nuit suivante, elle voit une échelle d'airain d'une hauteur prodigieuse, montant jusqu'au ciel, si étroite qu'on ne peut y monter qu'un par un. Ses montants sont hérissés d'armes — épées, lances, crochets, poignards — qui déchirent quiconque monte sans précaution. Et au pied de l'échelle, un dragon énorme guette pour effrayer ceux qui veulent monter.[21]

« Je vis une échelle d'airain d'une hauteur merveilleuse, qui atteignait jusqu'au ciel, mais si étroite qu'on ne pouvait y monter qu'un seul à la fois... Et sous l'échelle même se tenait tapi un dragon d'une taille prodigieuse... Et je marchai sur sa tête, comme sur le premier degré, et je montai. » — Sainte Perpétue, Passion de Perpétue et Félicité, 4[22]

L'échelle et le dragon : l'échelle étroite, les armes, le dragon vaincu et le berger au sommet comme lecture spirituelle du martyre. Schéma explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Saturus monte le premier et l'appelle. Perpétue foule la tête du dragon comme on pose le pied sur la première marche, et gravit l'échelle. En haut, elle découvre un immense jardin et, au milieu, un homme à la chevelure blanche, en habit de berger, de grande taille, qui trait ses brebis. Il l'accueille — « Sois la bienvenue, mon enfant » — et lui donne à manger une bouchée du lait caillé qu'il vient de traire ; elle la reçoit les mains jointes et la mange, et toute l'assemblée des vêtus de blanc répond « Amen ».[23] À son réveil, elle comprend : ce n'est pas la libération qui les attend, mais la passion, et l'échelle gardée d'armes est le chemin étroit du martyre, dont on écarte d'abord le dragon — le démon — en lui posant le pied sur la tête.

Les deux visions de Dinocrate : la prière pour les morts

La vision la plus théologiquement dense concerne Dinocrate, le petit frère de Perpétue, mort à sept ans d'un mal qui lui rongeait le visage.[24] Un jour, en prière, Perpétue prononce spontanément son nom et comprend qu'elle doit prier pour lui. Elle le voit alors dans un lieu obscur, brûlant et assoiffé, le visage marqué par sa plaie, cherchant à boire à une vasque trop haute pour lui : il tend les lèvres, mais ne peut atteindre l'eau.[25]

« Je vis Dinocrate sortir d'un lieu ténébreux... il avait au visage la plaie dont il était mort. Il y avait là une vasque pleine d'eau, dont le bord dépassait la taille de l'enfant ; et Dinocrate se dressait comme pour boire... mais il ne pouvait atteindre l'eau. » — Sainte Perpétue, Passion de Perpétue et Félicité, 7[26]

Bouleversée, Perpétue prie et gémit jour et nuit pour son frère. Quelques jours plus tard, une seconde vision lui est donnée : le lieu autrefois ténébreux est devenu lumineux, Dinocrate est propre, bien vêtu, rafraîchi, sa plaie n'est plus qu'une cicatrice, et la vasque, désormais à sa portée, laisse couler une eau qu'il boit sans fin dans une coupe d'or.[27] Elle comprend alors qu'il a été délivré de sa peine.

Ce diptyque est l'un des plus anciens et des plus clairs témoignages chrétiens sur la prière pour les défunts et sur un état intermédiaire de purification — ce que la théologie catholique nommera le purgatoire. Une âme souffrante, un vivant qui intercède, et une délivrance obtenue par la prière : la doctrine du purgatoire, souvent contestée par les protestants comme « non biblique » et « tardive », trouve ici, dès 203, un appui remarquable dans l'expérience d'une martyre. Nous y reviendrons dans la section spirituelle.

Le combat contre l'Égyptien

La quatrième vision est reçue la veille du martyre. Perpétue se voit conduite à l'amphithéâtre ; mais au lieu d'affronter des bêtes, elle doit lutter contre un Égyptien hideux, figure du démon. On la dévêt, ses aides la frottent d'huile comme un athlète, et — détail stupéfiant — elle devient un homme :[28]

« Je fus dépouillée de mes vêtements et je devins un homme. Mes soutiens se mirent à me frotter d'huile, comme on fait pour un combat ; et je vis en face l'Égyptien qui se roulait dans la poussière. » — Sainte Perpétue, Passion de Perpétue et Félicité, 10[29]

Paraît alors un homme d'une taille prodigieuse, dépassant le sommet de l'amphithéâtre, vêtu de pourpre, portant une baguette de maître d'armes (le lanista) et un rameau vert chargé de pommes d'or : c'est le Christ, arbitre et maître du combat. Perpétue lutte, soulève l'Égyptien, lui écrase la tête du talon, et le foule aux pieds. La foule crie ; le maître lui remet le rameau, l'embrasse et lui dit :[30]

« Ma fille, la paix soit avec toi. » — Le maître du combat (le Christ), Passion de Perpétue et Félicité, 10[31]

Le combat contre l'Égyptien : Perpétue comme athlète spirituelle, l'adversaire symbolique vaincu et le Christ maître du combat. Schéma explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

À son réveil, Perpétue tire elle-même la conclusion : « Je compris que je n'aurais pas à combattre les bêtes, mais le diable ; et je savais que la victoire serait à moi. »[32] La veille de mourir, elle a déjà vaincu.

Le martyre dans l'amphithéâtre (7 mars 203)

Le jour des jeux, Perpétue s'avance vers l'arène le visage rayonnant, « comme une épouse du Christ », dit le rédacteur, refusant même par son regard de fléchir devant la foule.[33] Pour les deux femmes, Perpétue et Félicité, on prépare une génisse furieuse ; le détail complet de cette scène — les filets, le lait de Félicité, la foule saisie d'effroi — est raconté dans l'article sainte Félicité. Ce qu'il faut retenir ici, c'est le geste de Perpétue : jetée à terre par la bête, elle se relève, rajuste sa tunique déchirée et ses cheveux dénoués — car une martyre ne doit pas paraître en deuil dans son heure de gloire — puis relève Félicité tombée et se tient debout près d'elle.[34]

L'amphithéâtre romain de Carthage : vestiges du lieu où la tradition situe le martyre de Perpétue, Félicité et leurs compagnons. Source : Wikimedia Commons, photo Noomen9, licence CC BY-SA 4.0.

Ayant survécu au premier assaut, les martyrs sont conduits au centre pour être achevés par le glaive. Ils échangent d'abord le baiser de paix. Vient le tour de Perpétue. Le gladiateur, un jeune homme inexpérimenté, la frappe maladroitement entre les côtes ; elle crie, puis, dans un dernier geste d'une force inouïe, elle saisit la main tremblante du jeune bourreau et la conduit elle-même à sa gorge :[35]

« Transpercée entre les côtes, elle poussa un grand cri, puis saisit elle-même la main hésitante du jeune gladiateur et la porta à sa gorge. Peut-être une telle femme ne pouvait-elle être tuée autrement que si elle l'avait voulu. » — Passion de Perpétue et Félicité, 21[36]

Le rédacteur ajoute cette phrase admirable : une femme d'une telle trempe « ne pouvait sans doute pas être immolée si elle ne l'avait voulu elle-même ». Perpétue ne subit pas sa mort : elle la reçoit, comme le don libre d'elle-même au Christ. Ainsi mourut Vibia Perpétue, jeune mère de Carthage, le 7 mars 203, au côté de l'esclave Félicité, dans le même sang et la même paix.

La spiritualité de sainte Perpétue

Une femme, une laïque, une voyante : la dignité du témoin

Le chemin spirituel de Perpétue : catéchuménat, baptême en prison, conflit familial, visions, martyre et mémoire liturgique. Frise spirituelle — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Le premier trait spirituel de Perpétue est le fait même de son journal. Voici une laïque, une femme, une jeune mère, dont la parole a été jugée si précieuse par l'Église ancienne qu'on l'a conservée telle quelle, à la première personne, à côté des Écritures. Le rédacteur ouvre d'ailleurs la Passion en affirmant que les manifestations récentes de l'Esprit — visions, force des martyrs — ne sont pas inférieures aux anciennes, et doivent être recueillies pour l'édification de l'Église.[37] Que l'autorité spirituelle d'une martyre ne dépende ni de son rang, ni de son sexe, ni d'un ministère, mais de la grâce de Dieu agissant en elle, est l'une des plus belles leçons du texte.

La prière pour les morts et le purgatoire

Les deux visions de Dinocrate font de Perpétue un témoin privilégié de la doctrine du purgatoire. Longtemps avant que le mot n'existe et que la doctrine ne soit précisée par les conciles, une chrétienne de 203 vit et raconte l'essentiel :

  • un défunt peut se trouver dans un état de souffrance et de manque, ni damné ni encore pleinement heureux ;
  • la prière des vivants peut réellement le soulager et le délivrer ;
  • cette délivrance est visible, concrète, obtenue par une intercession persévérante.
Dinocrate : de la soif à la lumière : les deux visions de l'enfant assoiffé puis délivré, au cœur du témoignage ancien sur la prière pour les défunts. Diptyque explicatif — illustration originale Ignispedia créée par IA.

C'est exactement ce que l'Église confessera plus tard : « Ceux qui meurent dans la grâce et l'amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés... subissent après leur mort une purification, afin d'obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1030).[38] Face à l'objection protestante selon laquelle le purgatoire serait une invention médiévale, le journal de Perpétue oppose un fait : dès les premières générations chrétiennes, on priait pour les morts dans l'espérance de les secourir.

Le martyre comme combat, et la vraie virilité chrétienne

La vision de l'Égyptien enseigne que le martyre n'est pas d'abord une souffrance subie, mais un combat spirituel dont l'adversaire réel est le démon, non les bêtes ni le glaive. Perpétue « devient un homme » dans sa vision : les Pères ont lu ce trait non comme une abolition de sa féminité, mais comme le signe de la force virile de l'âme — la virtus, mot qui, en latin, unit vir (l'homme) et la vertu du courage. La faiblesse d'une jeune mère devient, par la grâce, la force d'un athlète invincible. C'est la logique paradoxale de saint Paul :

« Ma grâce te suffit ; car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » — Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens 12, 9[39]

L'égalité dans le Christ : la patricienne et l'esclave

Patricienne et esclave : une seule foi : Perpétue et Félicité manifestent, dans le martyre, l'égalité baptismale proclamée par saint Paul. Comparatif spirituel — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Comme le rappelle l'article sainte Félicité, la Passion met délibérément côte à côte la patricienne Perpétue et l'esclave Félicité. Devant Rome, tout les sépare ; devant le Christ, rien : elles prient ensemble, tombent et se relèvent l'une l'autre, meurent d'un même glaive. Perpétue, la femme de rang, ne se sauve pas seule : c'est elle qui relève l'esclave tombée dans l'arène. Le martyre réalise, dans le sable de l'amphithéâtre, la parole de saint Paul : « Il n'y a plus ni esclave ni homme libre... car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28).[40]

« Tenez ferme dans la foi »

Avant de mourir, les martyrs exhortent la foule et les chrétiens venus les voir. Le texte leur prête cette parole, adressée notamment par Saturus et reprise par tout le groupe, qui résume leur testament spirituel :

« Tenez ferme dans la foi, aimez-vous tous les uns les autres, et ne soyez pas scandalisés par nos souffrances. » — Passion de Perpétue et Félicité, 20[41]

Le testament des martyrs : tenir ferme dans la foi, s'aimer les uns les autres et ne pas se scandaliser des souffrances. Synthèse spirituelle — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Perpétue meurt en consolant les autres, non en cherchant à être consolée. Sa joie n'est pas insensibilité : c'est la certitude, gagnée vision après vision, que la victoire est déjà remportée.

Le culte de sainte Perpétue

Les noms au Canon romain de la messe

L'honneur le plus éclatant rendu à Perpétue est sa présence, avec Félicité, dans le Canon romain — la première Prière eucharistique de la messe latine. Dans la liste des martyrs du Nobis quoque peccatoribus, l'Église nomme sept saintes femmes, et Félicité et Perpétue y figurent les premières :[42]

« ... Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie... » — Canon romain, Nobis quoque peccatoribus[43]

Les sept saintes du Canon romain : Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile et Anastasie dans le Nobis quoque peccatoribus. Panorama liturgique — illustration originale Ignispedia créée par IA.

Cette liste est fixée depuis au moins le pontificat de saint Grégoire le Grand (590-604). Depuis plus de mille quatre cents ans, à chaque messe célébrée selon le Canon romain à travers le monde, le nom de la jeune matrone de Carthage est prononcé — au même rang que les grandes vierges Agnès, Cécile, et leurs compagnes.

La basilique Maiorum et l'inscription de Carthage

Le culte de Perpétue et de Félicité à Carthage est très ancien et archéologiquement attesté. Le lieu de leur sépulture, appelé areae Maiorum, semble avoir été à l'origine un enclos funéraire privé de la famille Vibii — la propre famille de Perpétue (Vibia Perpetua) — avant de devenir le site d'une basilique cémétériale élevée en leur honneur.[44] C'est là que l'archéologue dominicain Alfred-Louis Delattre, installé à Carthage depuis 1875 pour fouiller les nécropoles puniques et les basiliques chrétiennes, mit au jour le matin du 29 mars 1907 une plaque de marbre inscrite portant les noms des martyrs : « Saturus, Saturninus, Revocatus, Secundulus, Felicitas, Perpetua, qui ont souffert aux nones de mars ».[45] Cette inscription, datée du début du VIe siècle, fut gravée lors d'une restauration catholique de l'église sous le roi vandale Hildéric — preuve que le tombeau des martyrs de 203 était encore vénéré et entretenu trois siècles plus tard, y compris sous une domination arienne d'ordinaire hostile au culte catholique.[46] La lecture publique de leur Passion le jour de leur fête est attestée dès l'Antiquité.

Les sermons de saint Augustin

Un peu plus de deux siècles après le martyre, saint Augustin, évêque d'Hippone en Afrique, prêcha plusieurs sermons pour la fête de Perpétue et Félicité (Sermons 280, 281, 282). Il y atteste que la Passion était lue publiquement à Carthage le jour anniversaire, presque « comme on lit l'Évangile », et il médite sur le sens de leurs noms : Perpetua, Felicitas — la « félicité perpétuelle » promise aux martyrs.[47] Augustin insiste aussi, avec finesse, sur la prééminence spirituelle de ces deux femmes, dont le triomphe éclaire toute l'Église d'Afrique.

Perpétue, Félicité et leurs compagnons : miniature byzantine du Ménologe de Basile II (XIe siècle), témoin de leur réception liturgique en Orient. Source : Wikimedia Commons / Bibliothèque apostolique vaticane, domaine public.
  1. v. 181
    Naissance de Vibia Perpétue
    Famille de rang honorable, Afrique romaine

    Perpétue naît dans une famille aisée de la province proconsulaire, reçoit une éducation soignée, se marie et devient mère.

  2. v. 202-203
    Persécution de Septime Sévère
    Interdiction des conversions

    Un édit attribué à Septime Sévère aurait interdit les conversions au christianisme ; le groupe des catéchumènes de Carthage est arrêté.[48]

  3. 203
    Prison, baptême et journal
    « Chrétienne, je ne peux me nommer autrement »

    Perpétue est baptisée en prison, affronte son père païen, tient son fils auprès d'elle, et commence à écrire son journal.[49]

  4. 203
    Les quatre visions
    L'échelle, Dinocrate, l'Égyptien

    Elle reçoit l'échelle gardée d'un dragon, les deux visions de son frère Dinocrate, et le combat victorieux contre l'Égyptien.[50][51][52]

  5. 7 mars 203
    Le martyre dans l'amphithéâtre
    La génisse, le glaive, la main guidée

    Exposée à la génisse furieuse avec Félicité, Perpétue relève sa compagne puis guide elle-même le glaive du gladiateur à sa gorge.[53][54]

  6. Ve siècle
    Sermons d'Augustin, culte attesté
    Basilica Maiorum de Carthage

    Saint Augustin prêche pour leur fête ; la Passion est lue publiquement le jour anniversaire.[55]

  7. Depuis l'Antiquité
    Nommée au Canon romain
    Avec Félicité, parmi les sept saintes femmes

    Perpétue est nommée à chaque messe selon le Canon romain, honneur réservé à une poignée de saints.[56]

Fête liturgique et patronage

La fête de sainte Perpétue est célébrée le 7 mars, jour de sa mort, conjointement avec sainte Félicité ; de 1908 à 1969, elle était fixée au 6 mars (date conservée dans la forme extraordinaire), et les Églises d'Orient les commémorent le 1er février.[57] Perpétue est invoquée comme patronne des mères, et plus largement des femmes et de ceux qui, comme elle, doivent choisir Dieu contre la pression de leur propre famille. Là où un sanctuaire, une paroisse ou une communauté portent son nom, ils prolongent la mémoire de cette jeune mère devenue, par la grâce du martyre, l'une des toutes premières saintes de l'Occident latin.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis (Passion de Perpétue et Félicité), texte du début du IIIᵉ siècle, transmis en latin et en grec. Édition et traduction anglaise de référence : The Passion of the Holy Martyrs Perpetua and Felicitas (New Advent, Church Fathers) : https://www.newadvent.org/fathers/0324.htm. Le texte réunit un prologue du rédacteur, le journal de prison de Perpétue, la vision de Saturus et le récit du martyre.

    1 4 11
  2. Passio, prologue et transition : le rédacteur précise que ce qui suit a été « écrit de sa propre main et selon sa propre pensée » (conscriptum manu sua et suo sensu) par Perpétue. C'est ce qui fait de ce journal l'un des plus anciens écrits chrétiens connus composés par une femme. New Advent, Church Fathers, 0324.

    2 12
  3. Passio, ch. 2 : Perpétue est décrite comme honeste nata, liberaliter instituta, matronaliter nupta — « de naissance honorable, libéralement instruite, mariée selon les usages », âgée d'environ vingt-deux ans, avec père, mère, deux frères (dont un catéchumène) et un fils au sein. New Advent, Church Fathers, 0324.

    3
  4. Passio, ch. 2 : le groupe comprend « Révocat et sa compagne d'esclavage Félicité, Saturnin et Secundulus », auxquels s'ajoutent Vibia Perpétue et, plus tard, le catéchiste Saturus, qui se livra volontairement. New Advent, Church Fathers, 0324.

    5
  5. Passio, ch. 3 : peu après l'arrestation, les catéchumènes sont baptisés ; Perpétue rapporte que l'Esprit lui inspira de ne demander, dans l'eau du baptême, rien d'autre que « la patience de la chair » (sufferentiam carnis). New Advent, Church Fathers, 0324.

    6
  6. « Septimius Severus » et « Persecution of Christians under Septimius Severus » : selon l'Histoire Auguste (Vie de Sévère, 17), l'empereur aurait interdit vers 202 les conversions au judaïsme et au christianisme. L'historicité et la portée de cet édit sont débattues par les historiens modernes. Cf. Wikipédia (en), « Perpetua and Felicity » : https://en.wikipedia.org/wiki/Perpetua_and_Felicity.

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  7. Passio, ch. 6 : les catéchumènes sont interrogés par le procurateur Hilarianus, qui exerçait le droit de glaive à la place du proconsul défunt Minucius Timinianus ; sommés de sacrifier « pour le salut des empereurs », ils refusent et sont condamnés aux bêtes. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  8. « Perpetua and Felicity », Wikipédia (en) : https://en.wikipedia.org/wiki/Perpetua_and_Felicity. Vibia Perpétue, matrone d'environ 22 ans, martyre à Carthage en 203 lors de jeux donnés pour l'anniversaire de Géta César ; fête le 7 mars (6 mars dans la forme extraordinaire, 1ᵉʳ février en Orient) ; noms de Perpétue et Félicité au Canon romain ; Basilica Maiorum de Carthage et inscription antique portant leurs noms.

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  9. Tertullien, Apologétique, 50, 13 : « Semen est sanguis christianorum » — « le sang des chrétiens est une semence ». Tertullien est contemporain et concitoyen de Perpétue à Carthage ; sa formule éclaire la fécondité du martyre africain de 203.

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  10. L'attribution de la rédaction ou de l'édition finale de la Passion à Tertullien est une hypothèse traditionnelle, fondée sur des parentés de langue et de doctrine (place des visions, prophétisme). Elle reste discutée : de nombreux spécialistes préfèrent parler d'un rédacteur anonyme de sensibilité montaniste. Cf. « Passion of Saints Perpetua and Felicity », Wikipédia (en) : https://en.wikipedia.org/wiki/Passion_of_Saints_Perpetua_and_Felicity.

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  11. Passio, ch. 3 : dialogue de Perpétue et de son père. Elle lui demande si un vase peut être appelé d'un autre nom que le sien ; à sa réponse négative, elle conclut : « Nec ego aliud me dicere possum quam quod sum, Christiana » (« Moi non plus, je ne peux me nommer autrement que ce que je suis : chrétienne »). New Advent, Church Fathers, 0324.

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  12. Passio, ch. 5 et 6 : le père supplie Perpétue en invoquant ses cheveux blancs et son enfant ; au procès, il surgit portant le nourrisson et la tire par sa robe. Perpétue reste ferme mais souffre pour lui : « Je fus peinée pour la vieillesse malheureuse de mon père. » New Advent, Church Fathers, 0324.

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  13. Évangile selon saint Matthieu 10, 37 : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. » Traduction liturgique officielle (AELF), aelf.org.

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  14. Passio, ch. 3 et 6 : Perpétue allaite son fils en prison et obtient de le garder, si bien que « la prison devint pour elle comme un palais » ; puis, quand l'enfant lui est retiré, il ne réclame plus le sein et ses seins ne s'enflamment pas, ce qu'elle interprète comme une grâce de détachement. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  15. Passio, ch. 4 : première vision de Perpétue. Une échelle d'airain d'une hauteur merveilleuse monte au ciel, hérissée d'armes, avec un dragon énorme tapi à son pied ; Perpétue foule la tête du dragon (calcavi illi caput) et monte ; en haut, un jardin immense et un berger aux cheveux blancs qui trait ses brebis lui donne une bouchée de lait caillé. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  16. Passio, ch. 7 : première vision de Dinocrate, frère de Perpétue mort à sept ans d'un cancer du visage (de cancro faciei). Elle le voit dans un lieu ténébreux, assoiffé, la plaie au visage, incapable d'atteindre l'eau d'une vasque trop haute. Elle comprend qu'elle doit prier pour lui. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  17. Passio, ch. 8 : seconde vision de Dinocrate. Après la prière persévérante de Perpétue, le lieu ténébreux devient lumineux, l'enfant est propre et rafraîchi, sa plaie n'est plus qu'une cicatrice, et il boit sans fin à une coupe d'or l'eau d'une vasque désormais à sa portée. Perpétue comprend qu'il est « délivré de sa peine » (translatum esse de poena). New Advent, Church Fathers, 0324.

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  18. Passio, ch. 10 : quatrième vision, la veille du martyre. Perpétue est conduite à l'amphithéâtre, devient un homme, est frottée d'huile comme un athlète, et affronte un Égyptien hideux (le démon). Un géant en pourpre, portant la baguette du maître d'armes (lanista) et un rameau vert chargé de pommes d'or, préside le combat. Perpétue terrasse l'Égyptien, lui foule la tête, reçoit le rameau et le baiser du maître qui lui dit : « Filia, pax tecum » (« Ma fille, la paix soit avec toi »). Elle conclut : « Je compris que je n'aurais pas à combattre les bêtes, mais le diable ; et je savais que la victoire serait à moi. » New Advent, Church Fathers, 0324.

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  19. Passio, ch. 18 et 20 : Perpétue s'avance vers l'arène le visage rayonnant, « comme une épouse du Christ » ; pour les deux femmes on prépare une génisse furieuse ; jetée à terre, Perpétue rajuste sa tunique et ses cheveux, puis relève Félicité tombée. Le détail complet du supplice figure dans l'article sainte Félicité. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  20. Passio, ch. 21 : après le baiser de paix, les martyrs sont achevés par le glaive ; le jeune gladiateur frappe Perpétue maladroitement entre les côtes ; elle crie, puis « saisit elle-même la main hésitante du jeune gladiateur et la porta à sa gorge » (ipsa... dexteram dubitantis tirunculi ad iugulum suum transtulit). Le rédacteur note qu'une telle femme « ne pouvait sans doute être immolée si elle ne l'avait voulu elle-même ». New Advent, Church Fathers, 0324.

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  21. Passio, ch. 1 (prologue du rédacteur) : les manifestations récentes de l'Esprit — visions, force des martyrs — ne sont pas inférieures aux anciennes et doivent être recueillies et lues pour la gloire de Dieu et l'édification de l'Église. New Advent, Church Fathers, 0324.

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  22. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1030 : « Ceux qui meurent dans la grâce et l'amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu'assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d'obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. » Vatican.va. Les visions de Dinocrate (203) en sont un témoignage ancien.

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  23. Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens 12, 9 : « Ma grâce te suffit ; car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Traduction liturgique officielle (AELF), aelf.org.

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  24. Saint Paul, Épître aux Galates 3, 28 : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ; car tous, vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus. » Traduction liturgique officielle (AELF), aelf.org.

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  25. Passio, ch. 17 et 20 : la veille et le jour du martyre, les martyrs exhortent la foule ; Saturus et le groupe adressent aux chrétiens présents cette parole : « State in fide et omnes vos invicem diligite, et non scandalizemini passionibus nostris » (« Tenez ferme dans la foi, aimez-vous tous les uns les autres, et ne soyez pas scandalisés par nos souffrances »). New Advent, Church Fathers, 0324.

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  26. Canon romain (Prière eucharistique I), prière Nobis quoque peccatoribus : l'Église y nomme sept saintes femmes — Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anastasie. Liste attestée depuis au moins saint Grégoire le Grand (590-604). Texte du Missel romain.

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  27. Fouilles du Père Alfred-Louis Delattre (archéologue à Carthage depuis 1875) sur le site de l'areae Maiorum : découverte, le 29 mars 1907, d'une plaque de marbre inscrite du début du VIe siècle, nommant Saturus, Saturninus, Révocat, Secundulus, Félicité et Perpétue, « qui ont souffert aux nones de mars » ; gravée lors d'une restauration catholique de l'église sous le roi vandale Hildéric. Le site portait aussi des épitaphes païennes de la famille Vibii, celle de Perpétue. Cf. « Inscription in Basilica Maiorum », Christ, St Perpetua, St Felicity Resources (analyse épigraphique) ; « Archaeological site of Carthage », Wikipédia (en) : https://en.wikipedia.org/wiki/Archaeological_site_of_Carthage.

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  28. Saint Augustin d'Hippone, Sermons 280-282 pour la fête de Perpétue et Félicité (Patrologie latine, PL 38) : Augustin atteste qu'à Carthage la Passion était lue publiquement le jour de leur fête et médite sur le sens de leurs noms (Perpetua, Felicitas = « félicité perpétuelle »). Cf. saint Augustin d'Hippone.

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