Le serviteur de Dieu Bartolomé de Las Casas (1484-1566) est un prêtre séville puis dominicain espagnol, ancien colon devenu évêque de Chiapas, dont l'existence entière bascule un jour de l'été 1514 : propriétaire d'Indiens réduits en servitude sur l'île de Cuba, il renonce publiquement à son encomienda et consacre les cinquante-deux années suivantes — plus des deux tiers de sa vie adulte — à la défense juridique, théologique et politique des peuples amérindiens[1].
Nommé dès 1516 procureur et protecteur universel des Indiens par le cardinal Cisneros, il traverse à dix reprises l'océan Atlantique pour plaider leur cause devant la cour d'Espagne[2], obtient en 1542 les Leyes Nuevas qui interdisent l'asservissement des populations indigènes, et affronte en 1550-1551, lors de la fameuse controverse de Valladolid, le théologien Juan Ginés de Sepúlveda sur une question radicale pour son siècle : les peuples d'Amérique possèdent-ils la même dignité rationnelle que les Européens[3] ? Son œuvre la plus célèbre, la Brevísima relación de la destrucción de las Indias (1552), demeure l'un des plus violents réquisitoires jamais écrits par un chrétien contre des crimes commis en son propre nom.
Depuis le 2 octobre 2002, l'Église catholique le reconnaît comme Serviteur de Dieu, première étape d'une cause de canonisation ouverte à Séville pour le cinquième centenaire de son premier voyage aux Indes, et relancée par l'Ordre dominicain en 2019 après des siècles de controverses et d'oubli partiel[4][5]. Cet article appartient à la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu ; il prolonge le dossier plus large sur l'évangélisation des Indiens d'Amérique, où sont développées la controverse de Valladolid et la bulle Sublimis Deus, ainsi que le dossier sur l'esclavage des Noirs et l'Église catholique, où est examinée sa responsabilité — et sa repentance — dans la traite africaine.
En quelques dates
- 11 novembre 1484Naissance à Séville
Bartolomé de Las Casas y Sosa naît à Séville, fils de Pedro de Las Casas, marchand[6].
- 1502Premier voyage aux Indes
Il débarque à Hispaniola avec son père, dans l'expédition du gouverneur Nicolás de Ovando, et devient colon puis encomendero[7].
- 1507Ordination sacerdotale
Ordonné prêtre à Rome ; il célèbre sa première messe aux Indes vers 1510, l'une des toutes premières du Nouveau Monde[8].
- 15 août 1514Renonciation à ses Indiens
Après avoir médité le Siracide 34 pour un sermon, il restitue publiquement ses Indiens au gouverneur de Cuba[9].
- 1516Protecteur universel des Indiens
Le cardinal Cisneros le nomme procurador y protector universal de los indios[10].
- 1522-1523Entrée chez les dominicains
Il prend l'habit au couvent Sainte-Croix de Saint-Domingue et prononce ses vœux[11].
- 1537Vera Paz et Sublimis Deus
Sa méthode de conversion pacifique porte fruit au Guatemala ; le pape Paul III proclame l'humanité rationnelle des Indiens[12].
- 20 novembre 1542Leyes Nuevas
Charles Quint promulgue à Barcelone les Nouvelles Lois interdisant l'esclavage indigène[13].
- 30 mars 1544Consécration épiscopale
- 1550-1551Controverse de Valladolid
Il affronte Juan Ginés de Sepúlveda devant une junte théologique convoquée par Charles Quint[15].
- 18 juillet 1566Mort à Madrid
Il meurt au couvent Notre-Dame d'Atocha, à 81 ans, laissant inachevée la publication de son Historia de las Indias[16].
- 2 octobre 2002Ouverture de la cause
- 2019Réactivation par l'Ordre dominicain
Le Chapitre général des Prêcheurs demande la relance de la cause ; un nouveau vice-postulateur est nommé[18].
Un fils de Séville face à un monde nouveau (1484-1514)
Naissance et formation à Séville
Bartolomé de Las Casas y Sosa naît le 11 novembre 1484 à Séville, fils de Pedro de Las Casas, marchand appartenant à une famille dont les origines converses ou simplement chrétiennes anciennes restent discutées par les historiens[19]. Longtemps datée de 1474 par une tradition historiographique erronée, sa naissance a été fixée à 1484 grâce à des archives découvertes dans les années 1970 — c'est cette date, aujourd'hui unanimement retenue, que confirme sa propre biographie de référence établie par les Dominicains d'Espagne[20]. Il étudie le droit canon à l'université de Salamanque, où il acquiert une solide formation juridique qui structurera, toute sa vie, sa manière d'argumenter contre les abus coloniaux[21].
Colon et encomendero à Hispaniola et Cuba (1502-1513)
En 1502, à dix-huit ans, Las Casas s'embarque pour Hispaniola avec son père, dans la flotte du nouveau gouverneur Nicolás de Ovando — l'une des plus importantes expéditions coloniales envoyées depuis la découverte de 1492[22]. Il y devient propriétaire terrien et détenteur d'une encomienda, ce système qui concède à un colon espagnol le travail forcé d'un groupe d'Indiens en échange, théoriquement, de leur instruction chrétienne et de leur protection[23]. En 1513, il participe comme aumônier à la conquête de Cuba menée par Diego Velázquez et Pánfilo de Narváez, assistant notamment au massacre du cacique Hatuey, brûlé vif pour avoir résisté à la colonisation[24]. En récompense de ses services, il reçoit avec son associé Pedro de la Rentería une encomienda prospère près de l'actuelle Cienfuegos, riche en or et en main-d'œuvre indigène[25].
Rien, dans cette trajectoire de jeune colon prospère, ne laissait présager la rupture qui allait suivre. Las Casas lui-même reviendra plus tard sur cette période avec une lucidité sans complaisance, s'accusant d'avoir participé, en toute bonne conscience apparente, à un système qu'il qualifiera ensuite de tyrannie[26].
Le sermon qui réveille les consciences : Antonio de Montesinos (1511)
Dès 1510, les premiers dominicains arrivés à Saint-Domingue refusent la confession aux colons détenteurs d'esclaves indiens, Las Casas compris[27]. Le point de bascule collectif survient le 21 décembre 1511, 4ᵉ dimanche de l'Avent : le frère Antonio de Montesinos monte en chaire devant les colons et leurs autorités pour dénoncer, au nom de toute sa petite communauté, la cruauté de l'encomienda[28]. Ce sermon — dont l'histoire complète et le maillage avec l'évangélisation espagnole d'Amérique sont développés dans l'article sur l'évangélisation des Indiens d'Amérique — atteint durablement la conscience du jeune clerc-colon qu'est encore Las Casas, sans provoquer chez lui de conversion immédiate : il continuera d'exploiter son encomienda pendant trois années encore[29].
La conversion du dimanche de Pentecôte (1514)
L'année 1514 est l'année décisive. Préparant un sermon pour la Pentecôte à l'intention des colons de Cuba, Las Casas médite un passage du Siracide (l'Ecclésiastique) qui le frappe de plein fouet :
« Offrir un sacrifice avec les biens du pauvre, c'est sacrifier le fils sous les yeux de son père. La vie des indigents tient à un peu de pain : qui le leur enlève est un assassin. C'est tuer son prochain que lui retirer la subsistance ; c'est verser le sang que priver l'ouvrier de son salaire. » — Siracide 34, 24-27, traduction liturgique française[30]
Il comprend, avec une clarté qui ne le quittera plus, que ce texte le vise personnellement : lui qui vit du travail forcé d'Indiens dépouillés de leurs biens et de leur liberté ne peut prétendre offrir à Dieu un culte agréable[31]. Le 15 août 1514, jour de l'Assomption, il annonce publiquement sa décision : il restitue ses Indiens au gouverneur et déclare qu'il ne peut plus, en conscience, exercer son ministère sacerdotal tout en détenant des hommes en servitude[32]. Il prêche le même renoncement aux autres colons de Cuba, sans grand succès immédiat, et décide de porter l'affaire devant le roi d'Espagne lui-même[33].
Cette conversion n'a rien d'un repli spirituel privé : elle inaugure un demi-siècle d'action publique. Comme l'écrira plus tard Las Casas en repensant à cette rupture, sa vocation nouvelle consiste à faire de la défense des Indiens le sens même de son sacerdoce[34].
Le procureur des Indiens : premières batailles (1515-1522)
Protecteur universel des Indiens (1516)
En septembre 1515, soutenu par les dominicains Pedro de Córdoba et Antonio de Montesinos, Las Casas s'embarque pour l'Espagne afin de plaider directement sa cause[35]. Il obtient une audience avec le roi Ferdinand le 24 décembre 1515, à Plasencia, mais le souverain meurt un mois plus tard, le 25 janvier 1516[36]. Le régent, le cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, prend alors la mesure de l'urgence : il envoie trois religieux hiéronymites gouverner Hispaniola et nomme Las Casas conseiller de la mission ainsi que procurador y protector universal de los indios — procureur et protecteur universel des Indiens[37]. C'est la première fonction institutionnelle de ce genre dans l'histoire de la colonisation espagnole : un homme mandaté officiellement pour représenter juridiquement les intérêts des colonisés face à leurs propres colonisateurs[38].
Le Memorial de Remedios et le projet de colonisation paysanne
En 1516, Las Casas rédige son Memorial de Remedios para las Indias, un plan de réforme radicale : abolir l'encomienda et la remplacer par une colonisation de paysans espagnols libres, formés à une agriculture durable et respectueuse des populations locales[39]. C'est également dans ce mémoire — fait qu'il faut regarder en face sans le minimiser ni l'exagérer — qu'il suggère, parmi d'autres mesures, d'autoriser l'importation d'esclaves africains pour soulager les Indiens du travail forcé le plus pénible[40]. Nous reviendrons plus loin sur cette proposition et sur la repentance explicite que Las Casas en fera lui-même, car elle est indissociable du jugement d'ensemble que l'histoire doit porter sur lui.
Le projet paysan de 1517, porté avec le chancelier flamand Jean de la Sauvage, se heurte à des difficultés de recrutement considérables et s'effondre à la mort de son protecteur[41].
L'échec de Cumaná (1520-1522)
Faute de paysans volontaires, Las Casas obtient en 1520 une concession réduite sur la côte de Cumaná (actuel Venezuela), qu'il rejoint en novembre avec un petit groupe financé par son beau-frère[42]. La tentative tourne au désastre : le couvent dominicain voisin de Chiribichi est détruit par des raids d'esclavagistes espagnols qui exaspèrent les populations locales, puis, au début de 1522, les Caribs massacrent la petite colonie de Las Casas, tuant quatre de ses hommes[43]. Cet échec cuisant, survenu après huit années d'efforts de réforme pacifique restés sans résultat durable, marque un tournant intérieur : Las Casas comprend que son combat exige un cadre institutionnel plus stable que celui d'un clerc séculier isolé.
Le frère prêcheur et la doctrine de l'évangélisation pacifique (1522-1540)
L'entrée chez les dominicains (1522-1523)
En 1522, Las Casas entre comme novice au couvent dominicain Sainte-Croix de Saint-Domingue ; il prononce ses vœux définitifs l'année suivante, à trente-huit ans[44]. Ce choix n'est pas un retrait du combat : c'est un changement d'arme. Membre de l'ordre même qui avait porté le sermon de Montesinos, il rejoint une famille religieuse structurellement engagée dans la défense juridique et théologique des Indiens, avec les moyens intellectuels de l'école dominicaine de Salamanque. Vers 1527, il commence la rédaction de sa monumentale Historia de las Indias, œuvre qu'il ne cessera de compléter jusqu'à ses derniers mois de vie[45].
De unico vocationis modo : « un seul mode d'appeler tous les peuples »
Frère prêcheur, Las Casas développe une doctrine missionnaire d'une rigueur remarquable dans son traité De unico vocationis modo omnium gentium ad veram religionem (« De l'unique manière d'appeler tous les peuples à la vraie religion »), rédigé vers 1537[46]. Sa thèse centrale, riche de citations bibliques, patristiques et juridiques, tient en une formule :
« Il n'y a qu'une seule manière, établie par la providence divine pour tous les hommes du monde et pour tous les temps, d'enseigner aux hommes la vraie religion : celle qui persuade l'entendement par la raison et attire doucement, suavement, la volonté. » — Bartolomé de Las Casas, De unico vocationis modo, livre I, chap. 2, vers 1537[47]
Cette conviction — que la foi imposée par la force n'est pas la foi, et que seule la persuasion patiente respecte la liberté de l'âme humaine — rejette catégoriquement la guerre préventive comme méthode d'évangélisation. Elle place Las Casas, deux siècles avant les Lumières et quatre siècles avant Vatican II, à l'avant-garde d'une théologie catholique de la liberté religieuse fondée non sur l'indifférence doctrinale mais sur le respect de la conscience[48].
La Vera Paz : convertir sans épée au Guatemala (1537-1540)
En 1536, Las Casas est envoyé au Guatemala pour participer aux débats entre dominicains et franciscains sur la méthode de conversion des Indiens encore non soumis[49]. Il choisit d'appliquer sa doctrine à la lettre dans une région hostile aux Espagnols, appelée alors Tuzulutlán — « Terre de Guerre » —, après avoir appris la langue k'iche'[50]. Par la prédication, le chant et l'intermédiaire de marchands chrétiens mayas, il obtient sans recours à la force la conversion volontaire de plusieurs chefs locaux, notamment à Atitlán et Chichicastenango, transformant progressivement la région en ce qu'on appellera désormais la Verapaz — « la Vraie Paix »[51]. L'expérience, unique dans l'histoire de la conquête espagnole, démontre concrètement que la thèse du De unico vocationis modo n'est pas une utopie de cabinet mais une méthode opérante.
Sublimis Deus (1537) : Rome proclame l'humanité des Indiens
Au moment même où Las Casas travaille sa méthode pacifique au Guatemala, le pape Paul III promulgue le 2 juin 1537 la bulle Sublimis Deus, provoquée par les plaintes de religieux dénonçant les guerres injustes et l'asservissement des Indiens par les colons[52]. Le texte tranche sans ambiguïté :
« Les Indiens sont véritablement des hommes, capables non seulement de comprendre la foi catholique, mais, selon les informations qui nous sont parvenues, désireux de la recevoir avec ardeur. » — Pape Paul III, Sublimis Deus, 2 juin 1537[53]
Le document affirme que les Indiens, comme toute autre nation venant à la connaissance du Christ, ne doivent être privés ni de leur liberté ni de la possession de leurs biens, et ne peuvent en aucun cas être réduits en servitude[54]. Cette proclamation magistérielle, qui doctrinalement scelle la victoire des thèses de Las Casas et de ses frères dominicains sur celles des théoriciens de la « servitude naturelle » des Indiens, sera développée dans le dossier consacré à l'évangélisation des Indiens d'Amérique.
La bataille des Nouvelles Lois et la Brevísima relación (1540-1544)
Devant l'empereur Charles Quint
Rappelé du Guatemala par l'évêque Marroquín en 1538, Las Casas repart pour l'Espagne en 1540 via le Mexique, avec un objectif précis : obtenir de l'empereur Charles Quint une réforme légale qui mette fin, sur tout le territoire des Indes, au système de l'encomienda[55]. En 1542, il présente à la cour un récit accablant des atrocités commises depuis un demi-siècle — le texte qui deviendra en 1552 la Brevísima relación de la destrucción de las Indias[56].
Les Leyes Nuevas du 20 novembre 1542
Le 20 novembre 1542, à Barcelone, Charles Quint promulgue les Leyes Nuevas para la gobernación de las Indias y buen tratamiento y conservación de los Indios — les Nouvelles Lois pour le gouvernement des Indes et le bon traitement des Indiens[57]. Ce texte de quarante articles proclame la liberté naturelle des Amérindiens, interdit toute nouvelle réduction en esclavage, limite sévèrement l'encomienda et prévoit son extinction à la mort de son détenteur. Les modalités précises de cette réforme, sa réception violente au Pérou — où éclate la révolte armée de Gonzalo Pizarro (1544-1548) — et son ancrage dans l'ensemble de la théologie de l'école de Salamanque sont développés dans l'article sur l'évangélisation des Indiens d'Amérique. Il suffit ici de retenir l'essentiel : cette réforme impériale, largement inspirée par un demi-siècle de dénonciations de Las Casas, constitue l'un des rares exemples, dans l'histoire des empires coloniaux, d'une puissance légiférant contre les intérêts économiques immédiats de ses propres colons pour protéger les populations conquises[58].
La Brevísima relación de la destrucción de las Indias
Publiée à Séville en 1552 au sein d'un recueil de huit traités (les Ocho Tratados), la Brevísima relación de la destrucción de las Indias est le texte le plus lu, le plus traduit et le plus polémique de toute l'œuvre de Las Casas[59]. Rédigé sur le mode du réquisitoire pour émouvoir l'empereur et son entourage, il dresse un bilan effroyable de la conquête :
« Nous tiendrons pour un compte très certain et véritable que, en ces quarante années, sont morts par les tyrannies et les œuvres infernales des chrétiens, injustement et tyranniquement, plus de douze millions d'âmes — hommes, femmes et enfants ; et en vérité, je crois, sans chercher à me tromper, qu'il y en a plus de quinze millions. » — Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Séville, 1552[60]
Ce chiffre — comme l'ensemble des estimations démographiques du texte — est aujourd'hui considéré par les historiens comme largement exagéré et ne distinguant pas les morts par violence directe des morts par épidémie, un point analysé en détail dans le dossier sur l'évangélisation des Indiens d'Amérique[61]. Il faut néanmoins mesurer la portée singulière de ce texte : il s'agit d'une autocritique interne, écrite par un évêque catholique espagnol, adressée à son propre souverain, publiée avec l'autorisation des autorités royales, et dont le diagnostic moral de fond — exploitation systématique, cupidité coloniale, mépris de la dignité indigène — reste, lui, historiquement solide[62]. Détournée plus tard par la propagande protestante hostile à l'Espagne pour alimenter la légende noire, la Brevísima n'en demeure pas moins, dans son intention d'origine, un acte de charité envers les victimes et de fidélité envers la vérité, aussi rude soit-elle à entendre pour ses propres compatriotes.
Évêque de Chiapas : la crosse contre l'encomienda (1544-1550)
Consécration et traversée (1544)
Malgré son âge — il a soixante ans — et son peu de goût pour les honneurs, Las Casas accepte l'épiscopat pour disposer d'une autorité canonique suffisante afin de faire appliquer les Nouvelles Lois sur le terrain[63]. Il est consacré évêque de Chiapas le 30 mars 1544 en l'église Saint-Paul de Séville, puis embarque en juillet avec quarante-quatre dominicains pour prendre possession de son diocèse au Chiapas, dans le sud du Mexique actuel[64][65].
Le Confesionario : refuser l'absolution aux esclavagistes (1545)
Dès son arrivée en janvier 1545, Las Casas publie ses fameux Avisos y reglas para confesores — le Confesionario — dans lesquels il interdit à ses prêtres d'accorder l'absolution à tout colon détenant des Indiens en encomienda tant qu'il n'a pas libéré ses esclaves et restitué les biens dérobés, y compris à l'article de la mort[66]. Une lettre pastorale datée du 20 mars 1545 précise ces exigences. En 1546, plusieurs dominicains lui demandent des règles plus systématiques : il rédige alors les Doce reglas (Douze règles) qui codifient cette discipline sacramentelle rigoureuse[67].
Émeutes et isolement (1545-1546)
L'application stricte du Confesionario déclenche une opposition d'une violence rare pendant le carême de 1545 : des coups de feu sont même tirés contre l'évêque[68]. Le 20 octobre 1545, les Nouvelles Lois sont partiellement abrogées sous la pression des colons du Nouveau Monde, fragilisant l'autorité morale de Las Casas au moment même où il tente de les faire appliquer[69]. En janvier 1546, réuni avec les autres évêques de Nouvelle-Espagne à Mexico, il doit modérer sa position face à l'isolement croissant de sa cause parmi le clergé colonial lui-même[70].
La démission (1550)
En décembre 1546, Las Casas quitte définitivement son diocèse pour l'Espagne, où il arrive en novembre 1547[71]. Il ne reviendra jamais aux Indes. Sa démission de l'épiscopat, effective en 1550, ne marque en rien un retrait du combat : libéré des contraintes pastorales d'un diocèse hostile, il se consacre désormais entièrement à l'activisme juridique et théologique auprès de la cour, où l'attend son affrontement le plus retentissant.
La controverse de Valladolid (1550-1551)
En avril 1550, Charles Quint prend une décision sans précédent dans l'histoire coloniale : il suspend les conquêtes en cours en Amérique et convoque à Valladolid une junte de quatorze théologiens et juristes chargés de trancher une question de principe — les guerres menées contre les peuples indigènes sont-elles moralement justifiées[72] ? Aucun empire européen, protestant ou catholique, n'organisera jamais un débat comparable sur la légitimité morale de sa propre expansion.
Face à Las Casas se dresse Juan Ginés de Sepúlveda (1489-1573), humaniste, traducteur d'Aristote et chapelain impérial, auteur du traité Democrates alter sive de justis belli causis apud Indos[73]. Le tableau suivant résume l'affrontement des deux thèses :
| Question posée à la junte | Thèse de Sepúlveda | Réponse de Las Casas |
|---|---|---|
| Les Indiens sont-ils des « esclaves par nature » ? | Oui, selon la doctrine aristotélicienne du sujet inapte à se gouverner lui-même | Non : la servitude naturelle suppose l'absence de lois, d'arts et de gouvernement organisé, ce qui est faux pour les Mexicas et les Incas |
| Les sacrifices humains justifient-ils la guerre ? | Oui, comme protection légitime des innocents sacrifiés | Le remède (la guerre de conquête) tue infiniment plus d'innocents que le mal qu'il prétend corriger |
| La conquête prépare-t-elle l'Évangile ? | Oui, en pacifiant d'abord les peuples | Non : une foi imposée par la force n'est pas une foi, et la violence calomnie l'Évangile |
| Qui doit trancher du sort des Indiens ? | Le droit du plus civilisé sur le moins civilisé | Le droit naturel commun à tous les hommes, indépendamment de leur degré de civilisation |
Lecture du tableau : les quatre lignes correspondent aux quatre arguments principaux avancés par Sepúlveda dans son traité et à la réplique correspondante développée par Las Casas dans son Apologia*, lue en séance pendant cinq jours consécutifs par le greffier Domingo de Soto[74].*
Sur le fond du débat, Las Casas résume sa position dans une formule d'une netteté absolue :
« Tout ce qui a été fait jusqu'ici contre les Indiens dans le Nouveau Monde a été contraire à la justice, à la pureté chrétienne, à l'humanité, et à la loi naturelle et divine. » — Bartolomé de Las Casas, Apologia à Valladolid, 1550-1551[75]
Le débat se clôt sans verdict formel en mai 1551. Mais la junte ne tranche pas en faveur de Sepúlveda : son traité se voit refuser l'imprimatur et ne sera publié qu'en 1892, trois siècle et demi plus tard[76]. Les Leyes Nuevas sont maintenues dans leurs principes essentiels, et Las Casas conserve son titre de procureur et protecteur universel des Indiens. L'ensemble de cette controverse, ses prolongements doctrinaux chez Francisco de Vitoria et l'école de Salamanque, ainsi que l'influence de Las Casas sur la naissance du droit international moderne, sont traités de manière exhaustive dans l'article sur l'évangélisation des Indiens d'Amérique.
Les dernières années et l'œuvre monumentale (1551-1566)
Le collège Saint-Grégoire de Valladolid
Après Valladolid, Las Casas s'installe au Collège Saint-Grégoire de Valladolid, où il vit avec son fidèle assistant, le frère Rodrigo de Ladrada[77]. Il y poursuit inlassablement la rédaction de son Historia de las Indias, qu'il achève en 1561, à soixante-dix-sept ans[78]. Conscient du caractère explosif du texte pour la réputation de la Couronne espagnole, il le remet au Collège avec une clause explicite interdisant sa publication pendant quarante années — clause qui, en réalité, retardera la parution effective jusqu'en 1875, trois cent quatorze ans après son achèvement[79]. En 1555, il reçoit une lettre hostile de son confrère franciscain Motolinía, qui le dépeint comme ignorant et querelleur — signe des divisions profondes que sa cause suscitait jusque dans le clergé missionnaire lui-même[80].
L'aveu sur l'esclavage africain
C'est précisément dans cette Historia de las Indias que Las Casas revient, avec une lucidité qui l'honore, sur sa propre suggestion de 1516 en faveur de l'importation d'esclaves africains. Traitant de lui-même à la troisième personne, il écrit :
« Ce conseil, de donner licence pour amener des esclaves noirs en ces terres, le Clerc [Las Casas] le donna en premier, ne remarquant pas l'injustice avec laquelle les Portugais les prenaient et les faisaient esclaves ; ce dont, par la suite, il ne fut pas content, jugeant qu'ils avaient été capturés injustement et tyranniquement, car la même raison vaut pour eux que pour les Indiens. » — Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias, livre II, chap. 129[81]
Cette repentance explicite, rédigée par l'auteur lui-même sans qu'aucune pression extérieure ne l'y contraigne, mérite d'être pesée avec justice. Elle ne défait ni la gravité de l'erreur initiale, ni le tort réel causé — l'esclavage africain aux Amériques précédait d'ailleurs sa suggestion et se serait poursuivi sans elle[82] — mais elle atteste d'une conscience morale qui continue de progresser jusqu'au bout d'une vie déjà consacrée, depuis quarante ans, à la défense des plus faibles. Le dossier consacré à l'esclavage des Noirs et l'Église catholique développe pleinement cet épisode et sa signification pour l'histoire de la conscience chrétienne.
Mort à Atocha (18 juillet 1566)
En 1565, Las Casas rédige son testament, léguant sa riche bibliothèque au Collège Saint-Grégoire[83]. Il meurt le 18 juillet 1566, à quatre-vingt-un ans, au couvent dominicain Notre-Dame d'Atocha, à Madrid, où il est inhumé[84]. Il s'éteint sans avoir vu la publication de son grand œuvre historique, sans certitude sur l'issue définitive de son combat, mais après avoir traversé dix fois l'Atlantique et passé plus d'un demi-siècle à plaider, sans relâche, une seule et même cause[85].
Une réception controversée : légende noire et réhabilitation
La légende noire et son détournement
À partir de la fin du XVIᵉ siècle, la Brevísima relación est traduite et diffusée massivement dans l'Europe protestante hostile à l'Espagne — notamment par le graveur flamand Theodor de Bry, dont les illustrations fantasmagoriques accompagnent le texte de Las Casas pour nourrir ce que l'historiographie appelle la légende noire anti-espagnole[86]. Ce détournement, paradoxal au possible, transforme un texte d'autocritique catholique interne en arme de propagande utilisée par des puissances coloniales — anglaise et néerlandaise — qui, elles, ne produiront jamais l'équivalent d'une controverse de Valladolid sur la légitimité de leur propre conquête[87]. Des historiens nationalistes espagnols du XIXᵉ et du XXᵉ siècle réagiront en sens inverse, dépeignant Las Casas comme un affabulateur paranoïaque et monomane[88] — un jugement que la démographie historique moderne, confirmant un effondrement démographique amérindien de l'ordre de 80 à 90 % (dû majoritairement aux épidémies, mais aussi aux violences), a largement corrigé sans pour autant valider les chiffres bruts avancés par Las Casas[89].
Le jugement de l'Église
La Catholic Encyclopedia, rédigée au tout début du XXᵉ siècle, résume ainsi le jugement porté alors sur Las Casas par une partie de l'historiographie catholique :
« Las Casas était un homme d'une grande pureté de vie et aux nobles aspirations, mais sa conviction que ses propres vues étaient sans faille le rendait intolérant envers celles des autres. » — Catholic Encyclopedia, article « Bartholomew de Las Casas », 1907 (traduction fidèle du texte anglais original)[90]
Le même article précise que Las Casas idéalisait ses protégés indiens sans les avoir vraiment étudiés, et que son œuvre volumineuse n'a guère laissé de contribution utile à l'ethnologie.
Ce jugement, prudent et parfois sévère, illustre la difficulté qu'a longtemps eue une partie du monde catholique à se situer face à une figure qui dérangeait à la fois les tenants d'une lecture apologétique sans nuances de la colonisation espagnole et ceux qui, à l'inverse, instrumentalisaient Las Casas contre l'Église elle-même. L'ouverture de sa cause de canonisation, un siècle plus tard, marque un point de bascule décisif dans cette réception.
Vers les autels : la cause du Serviteur de Dieu (2002-)
L'ouverture à Séville (2002)
Le mercredi 2 octobre 2002, en l'église paroissiale de Santa María Magdalena à Séville — bâtie sur l'ancien couvent dominicain de San Pablo —, l'archevêque Carlos Amigo préside la liturgie inaugurant officiellement la cause de canonisation de Bartolomé de Las Casas[91]. Cette ouverture solennelle constitue l'apogée des commémorations du cinquième centenaire du premier voyage du dominicain aux Indes (13 février 1502)[92]. La Congrégation pour les causes des saints attribue à l'archidiocèse de Séville la compétence de mener la procédure ; le père Innocenzo Venchi, à Rome, en devient le postulateur, avec le père Fernando Aporta, à Séville, comme vice-postulateur[93]. Depuis cette date, le titre de « Serviteur de Dieu » doit précéder son nom dans tout document officiel de l'Église[94].
La réactivation par l'Ordre des Prêcheurs (2019)
Après des années de recherches documentaires difficiles — beaucoup de matériaux réunis ne satisfaisant pas aux conditions canoniques fixées par l'instruction Sanctorum Mater (2007) —, la cause connaît un nouvel élan lors du Chapitre général des dominicains, réuni au Vietnam à l'été 2019 : les délégués demandent formellement au postulateur de l'Ordre et au provincial d'Hispanie de réactiver et soutenir la cause de béatification de leur frère[95]. Le 1er octobre 2019, le frère Alfonso Esponera Cerdán est nommé vice-postulateur ; une réunion de coordination se tient à Séville le 20 octobre suivant[96]. D'importants documents ont depuis été retrouvés, mais d'autres matériaux demeurent à localiser pour compléter le dossier[97].
Voici les principales étapes officielles de la cause :
| Étape | Date | Acteur |
|---|---|---|
| Naissance de Bartolomé de Las Casas | 11 novembre 1484 | — |
| Mort à Madrid | 18 juillet 1566 | — |
| Cinquième centenaire du premier voyage aux Indes | 13 février 2002 | Ordre des Prêcheurs, Séville |
| Ouverture de la cause — titre de Serviteur de Dieu | 2 octobre 2002 | Mgr Carlos Amigo, archevêque de Séville |
| Nomination du postulateur (Rome) et du vice-postulateur (Séville) | 2002 | P. Innocenzo Venchi · P. Fernando Aporta |
| Demande de réactivation de la cause | Été 2019 | Chapitre général de l'Ordre des Prêcheurs, Vietnam |
| Nomination du nouveau vice-postulateur | 1er octobre 2019 | Fr. Alfonso Esponera Cerdán |
| Réunion de coordination du dossier | 20 octobre 2019 | Archidiocèse de Séville / Ordre dominicain |
Lecture du tableau : aucune cause ne fut ouverte après la mort de Las Casas en 1566 — la première ouverture date du 2 octobre 2002, quatre siècles et demi plus tard, à l'occasion du cinquième centenaire de son premier voyage aux Indes ; la réactivation demandée en 2019 porte sur cette cause de 2002, dont le dossier documentaire est toujours en cours d'instruction[98][99].
Pourquoi une telle cause, et pourquoi si tard ?
La question mérite d'être posée honnêtement : pourquoi l'Église a-t-elle attendu 436 ans après la mort de Las Casas pour ouvrir sa cause ? La réponse tient en plusieurs facteurs convergents. D'abord, la controverse historiographique elle-même : Las Casas, instrumentalisé par la légende noire protestante puis contesté par une partie de l'historiographie nationaliste espagnole, est longtemps resté une figure trop clivante pour qu'une cause de canonisation soit sereinement envisagée[100]. Ensuite, la difficulté documentaire propre à une vie aussi ancienne et aussi dispersée entre l'Espagne, les Antilles, le Mexique et le Guatemala, qui rend l'enquête historique exceptionnellement lourde pour les postulateurs modernes[101]. Enfin, il fallut attendre que le cinquième centenaire de son premier voyage offre, en 2002, une occasion symbolique suffisamment forte pour porter le dossier devant l'autorité compétente.
Ce que la cause examine n'est pas la pertinence de ses combats politiques et juridiques — question déjà largement tranchée par l'histoire, qui a donné raison à Las Casas contre Sepúlveda —, mais la sainteté de sa vie, c'est-à-dire l'exercice héroïque des vertus chrétiennes : sa fidélité à une conversion radicale maintenue durant cinquante-deux ans sans jamais faiblir, son renoncement volontaire à la fortune et au confort d'un colon prospère, son courage face aux menaces de mort et aux émeutes, sa capacité à reconnaître publiquement ses propres erreurs, et sa charité concrète envers des populations que la plupart de ses contemporains considéraient comme sans dignité.
Héritage : une conscience catholique qui s'auto-critique
L'importance historique de Bartolomé de Las Casas dépasse largement sa personne. Il incarne, avec Antonio de Montesinos et Francisco de Vitoria, une tradition catholique de l'autocritique morale interne que peu d'empires, avant ou après l'Espagne du XVIᵉ siècle, ont produite face à leur propre expansion[102]. La doctrine vitorienne du droit naturel des peuples, la reconnaissance magistérielle de l'humanité rationnelle des Indiens par Sublimis Deus, et le précédent unique de la controverse de Valladolid constituent ensemble l'un des jalons les plus solides de ce qui deviendra, des siècles plus tard, le langage universel des droits de la personne humaine[103]. L'École de Salamanque tout entière — Vitoria, Domingo de Soto, Melchor Cano — prolongera ce travail théologique et juridique dont Las Casas fut, sur le terrain comme à la cour, l'aiguillon le plus tenace.
Sa figure demeure exigeante précisément parce qu'elle refuse toute simplification : ni le saint sans faille d'une hagiographie complaisante, ni le fanatique dénoncé par ses détracteurs, ni l'homme instrumentalisé par une propagande anti-espagnole qui n'a jamais partagé son projet réel. Il fut un chrétien réellement converti, capable de reconnaître ses propres erreurs jusqu'à la fin de sa vie, et dont l'obstination — cinquante-deux années, dix traversées de l'Atlantique, une controverse théologique majeure gagnée face à l'appareil impérial — reste, quel que soit le terme canonique de sa cause, l'un des témoignages les plus documentés de ce que peut produire une conscience chrétienne réellement travaillée par l'Évangile.
Pour aller plus loin
- Approfondir L'évangélisation des Indiens d'Amérique (XVIᵉ siècle) : le dossier complet sur Antonio de Montesinos, Francisco de Vitoria, la controverse de Valladolid et la bulle Sublimis Deus.
- Approfondir L'esclavage des Noirs et l'Église catholique : l'histoire de la traite africaine, la repentance de Las Casas et les combats catholiques ultérieurs contre l'esclavage.
- Découvrir Histoire des missions catholiques en Amérique : le tableau d'ensemble de l'évangélisation du Nouveau Monde, de Guadalupe aux réductions du Paraguay.
- Découvrir Vénérable Pierre Toussaint (1766-1853) : un autre visage de la dignité chrétienne opposée à la déshumanisation coloniale, dans l'Amérique du Nord du siècle suivant.
- Retenir l'essentiel : le serviteur de Dieu Bartolomé de Las Casas, ancien colon converti en 1514, consacra cinquante-deux ans et dix traversées de l'Atlantique à la défense juridique et théologique des Indiens d'Amérique, jusqu'à affronter en personne, à Valladolid, la thèse de leur infériorité naturelle. Reconnu Serviteur de Dieu depuis 2002, sa cause de canonisation, relancée par l'Ordre dominicain en 2019, reste aujourd'hui à l'étude.
Notes et références
Henry Raup Wagner et Helen Rand Parish, The Life and Writings of Bartolomé de Las Casas, University of New Mexico Press, Albuquerque, 1967. Biographie académique de référence sur la conversion de 1514 et le contexte du sermon de Montesinos.
1 9 29 31Eduardo Frades, « Bartolomé de las Casas llega a América: 500 años », Servicios Koinonía, n° 289 : servicioskoinonia.org/relat/289.htm. Synthèse commémorative du centenaire de 2002 mentionnant les dix traversées transatlantiques de Las Casas au service de sa cause.
2 85Lewis Hanke, All Mankind Is One: A Study of the Disputation Between Bartolomé de Las Casas and Juan Ginés de Sepúlveda in 1550 on the Intellectual and Religious Capacity of the American Indians, Northern Illinois University Press, DeKalb, 1974 ; voir aussi Marcel Bataillon et André Saint-Lu, Las Casas et la défense des Indiens, Julliard, Paris, 1971. Étude de référence sur la controverse de Valladolid, ses quatorze juges théologiens et juristes, et son issue sans verdict formel.
3 15 72 74 76 103ZENIT (Espagnol), « Fray Bartolomé de las Casas, hacia los altares » (2 octobre 2002) : es.zenit.org/2002/10/02/fray-bartolome-de-las-casas-hacia-los-altares. Source pour l'ouverture officielle de la cause de canonisation le 2 octobre 2002 à Séville, l'identité de l'archevêque Carlos Amigo et des postulateur/vice-postulateur nommés.
4 17 91 92 93 94 98Ordre des Prêcheurs (Province dominicaine d'Espagne), « Se reactiva la causa de canonización del dominico Bartolomé de las Casas », dominicos.org : dominicos.org/noticia/reactiva-causa-canonizacion-bartolome-casas. Source officielle pour la réactivation de la cause au Chapitre général de 2019, la nomination du vice-postulateur Alfonso Esponera Cerdán et l'état documentaire du dossier.
5 18 95 96 97 99 100 101Ordre des Prêcheurs (Province dominicaine d'Espagne), « Biografía de Fray Bartolomé de las Casas », dominicos.org : dominicos.org/quienes-somos/grandes-figuras/bartolome-de-las-casas/bartolome-de-las-casas-biografia. Notice biographique officielle de l'Ordre dominicain — date de naissance (1484, corrigée de l'ancienne erreur de 1474) ; ordination sacerdotale en 1507 : « al ordenarse de sacerdote en 1507 tenía veintitrés años » ; première messe chantée aux Indes en 1510, d'après l'Historia de las Indias de Las Casas lui-même : « En este mismo año [1510] […] había cantado misa nueva un clérigo llamado Bartolomé de las Casas […] la cual fue la primera que se cantó nueva en todas estas Indias » ; « su ordenación episcopal en la iglesia conventual de San Pablo el 30 de marzo de 1544 » — l'église conventuelle Saint-Paul de sa ville natale de Séville (la notice, placée sous le titre « Sevillano de pura cepa », rappelle son lien constant « especialmente con el convento de San Pablo » de Séville) ; œuvres principales, statut de Serviteur de Dieu. Le voyage à Rome et l'ordination sacerdotale romaine de 1507 (après le diaconat reçu en Espagne en 1506) sont confirmés par les synthèses encyclopédiques : « he was ordained a deacon and then traveled to Rome, where he was ordained a secular priest in 1507 » (EN Wikipedia) ; « En 1507 viajó a Roma y fue ordenado como sacerdote, pero esperó hasta 1510 para cantar su primera misa en Concepción de la Vega » et « Fue consagrado obispo de Chiapas en el antiguo convento dominico de San Pablo, en Sevilla […] el 30 de marzo […] de 1544 » (ES Wikipedia, qui cite Pando Miranda).
6 8 14 19 20 23 63 64Wikipédia (EN), « Bartolomé de las Casas » : en.wikipedia.org/wiki/Bartolomé_de_las_Casas. Article encyclopédique de synthèse, croisé avec les sources primaires et académiques citées séparément (Wagner & Parish, Hanke) — utilisé pour les dates détaillées du parcours colonial, dominicain, épiscopal et pour la réception historiographique (légende noire).
7 11 16 22 24 25 27 32 35 36 39 41 42 43 44 45 49 50 51 55 56 61 65 66 67 68 69 70 71 77 78 79 80 83 84 86 87 88 89Casa de América, « El cardenal Cisneros, Bartolomé de las Casas y la figura del Protector de Indios » : casamerica.es/sociedad/el-cardenal-cisneros-bartolome-de-las-casas-y-la-figura-del-protector-de-indios. Source pour la nomination de 1516 par le cardinal Cisneros au titre de procurador y protector universal de los indios.
10 37 38Pape Paul III, Sublimis Deus, bulle pontificale du 2 juin 1537, texte latin et traduction anglaise : newadvent.org/library/docs_pa03sd.htm. Traduction française de l'auteur de cet article. Texte original anglais de référence : « the Indians are truly men and […] are not only capable of understanding the Catholic Faith but, according to our information, they desire exceedingly to receive it ».
12 52 53 54Wikipédia (EN), « Bartolomé de las Casas » et « New Laws » — synthèse croisée pour la promulgation des Leyes Nuevas à Barcelone le 20 novembre 1542 et leurs quarante articles.
13 57 58Catholic Encyclopedia (1907-1912), art. « Bartholomew de Las Casas » : newadvent.org/cathen/03397a.htm. Jugement catholique historique de référence sur la vie, l'œuvre et les limites reconnues de Las Casas ; source du jugement cité sur sa « grande pureté de vie ». Texte original anglais : « Las Casas was a man of great purity of life and of noble aspirations, but his conviction that his own views were flawless made him intolerant of those of others. »
21 26 34 62 82 90 102Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias, livre III, chap. 3-4 ; éd. Agustín Millares Carlo, Fondo de Cultura Económica, México, 1951, t. III, pp. 6-9. Récit du sermon d'Antonio de Montesinos du 21 décembre 1511 (4ᵉ dimanche de l'Avent), développé intégralement dans l'article L'évangélisation des Indiens d'Amérique.
28Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones (AELF), Siracide (Ecclésiastique), chapitre 34, versets 24-27, traduction liturgique officielle : aelf.org/bible/Si/34. Texte biblique médité par Las Casas en 1514, à l'origine de sa conversion.
30Lewis Hanke, Bartolomé de Las Casas: An Interpretation of His Life and Writings, Martinus Nijhoff, La Haye, 1951. Étude de référence sur la trajectoire intellectuelle et spirituelle de Las Casas.
33Bartolomé de Las Casas, Historia de las Indias, livre II, chap. 129 ; éd. Agustín Millares Carlo, Fondo de Cultura Económica, México, 1951, t. II, p. 501. Traduction française déjà établie sur Ignispedia dans l'article L'esclavage des Noirs et l'Église catholique. Texte espagnol original : « Este aviso de que se diese licencia para traer de España una docena, más o menos, de esclavos negros a estas tierras dio primero el clérigo Casas, no advirtiendo la injusticia con que los portugueses los toman y hacen esclavos; el cual, después de que cayó en ello, no lo diera por cuanto había en el mundo, porque siempre los tuvo por injusta y tiránicamente hechos esclavos, porque la misma razón es dellos que de los indios. »
40 81Bartolomé de Las Casas, De unico vocationis modo omnium gentium ad veram religionem, vers 1537 ; éd. Agustín Millares Carlo et Lewis Hanke, trad. Atenógenes Santamaría, Del único modo de atraer a todos los pueblos a la verdadera religión, Fondo de Cultura Económica, México, 1942, livre I, chap. 2. Traduction française d'après le texte latin et l'édition espagnole.
46 47 48Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Séville, Sebastián Trujillo, 1552 ; éd. critique André Saint-Lu, trad. fr. Fanchita Gonzalez Batlle, Très brève relation de la destruction des Indes, Maspero, Paris, 1979. Traduction légèrement adaptée par l'auteur de cet article. Texte espagnol original du passage cité : « Daremos por cuenta muy cierta y verdadera que son muertas en los dichos cuarenta años, por las dichas tiranías e infernales obras de los cristianos, injusta y tiránicamente, más de doce cuentos de ánimas, hombres y mujeres y niños; y en verdad que creo, sin pensar engañarme, que son más de quince cuentos. »
59 60Juan Ginés de Sepúlveda, Democrates alter sive de justis belli causis apud Indos, rédigé v. 1545, publié partiellement 1550, édition définitive 1554. Traité défendant la thèse de la « servitude naturelle » aristotélicienne appliquée aux Indiens, réfuté par Las Casas à Valladolid.
73Bartolomé de Las Casas, Apologia à Valladolid (avril 1551), manuscrit retrouvé à la Bibliothèque nationale de France (ms. lat. 12926), éd. Ángel Losada, Apología, Editora Nacional, Madrid, 1975 ; trad. anglaise Stafford Poole, In Defense of the Indians, Northern Illinois University Press, DeKalb, 1974 ; citée dans Lewis Hanke, All Mankind Is One, op. cit., p. 117.
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