Vénérable Pierre Toussaint (1766, 1776 ou 1781-1853)

Le vénérable Pierre Toussaint, né esclave à Saint-Domingue et devenu le coiffeur recherché de New York, employa sa fortune et sa messe quotidienne à secourir orphelins et pauvres, sans distinction de couleur. Déclaré Vénérable en 1996, il repose dans la crypte de Saint-Patrick.

Ignispedia

Le vénérable Pierre Toussaint (1766, 1776 ou 1781-1853) est l'une des figures les plus renversantes de la sainteté catholique américaine : un homme né esclave sur une plantation de Saint-Domingue, transporté à New York dans les bagages de ses maîtres en fuite, devenu le coiffeur le plus recherché de la haute société new-yorkaise — et qui employa toute sa fortune, sa liberté enfin conquise et soixante années de messe quotidienne à secourir orphelins, malades des épidémies et pauvres, noirs et blancs, dans une charité que rien, ni l'esclavage ni le mépris racial, ne parvint à entamer.[1][2]

Rien, dans sa condition de départ, ne préparait un tel destin. Enfant esclave d'une maison catholique, il aurait appris, selon plusieurs notices, à lire et à écrire — point sur lequel les sources divergent (voir plus bas) ; jeune homme, il est apprenti chez un coiffeur ; en âge de pouvoir racheter sa liberté, il choisit de rester esclave pour faire vivre la veuve de son maître ruiné.[3][4] Affranchi en 1807, il rachète la liberté des siens, dont celle de sa future épouse, adopte une nièce orpheline, et transforme sa réussite professionnelle en un vaste réseau de charité silencieuse.[5][6]

L'Église ne canonise jamais une réussite sociale ni une réputation de bonté : elle juge des vertus vécues de façon héroïque. Le 17 décembre 1996, le pape Jean-Paul II a reconnu l'héroïcité des vertus de Pierre Toussaint, le déclarant Vénérable.[7] Cet article appartient à la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu, aux côtés de la vénérable Antonietta Meo, du bienheureux Fulton Sheen et de la vénérable Marthe Robin.

Un enfant de Saint-Domingue

Naissance à l'Artibonite (année débattue)

Pierre naît sur la plantation de la famille Bérard, dans la plaine de l'Artibonite, non loin de Saint-Marc, dans la colonie française de Saint-Domingue — l'actuelle Haïti.[8][9] Trois années circulent : le 27 juin 1766 selon la tradition — date que donne le Memoir de 1854 (p. 5) ; 1781 selon des recherches plus récentes (Arthur Jones, Pierre Toussaint: A Biography, 2003), retenue notamment par le Good Newsroom de l'archidiocèse de New York (12 juin 2026) ; 1776 selon la Conférence des évêques des États-Unis.[10][11] Il naît esclave, comme sa mère Ursule, femme de chambre de la maîtresse de maison, et comme son arrière-grand-mère Tonette, née en Afrique et vendue à la traite ; sa grand-mère Zénobie Julien, nourrice des enfants Bérard, avait quant à elle été affranchie par la famille pour sa fidélité.[12][13] Il a une sœur, Rosalie, dont l'histoire restera étroitement liée à la sienne.

L'âge de Toussaint à chaque étape de sa vie dépend donc de l'année retenue : avec 1766 et une arrivée en 1797, il aurait eu trente et un ans à New York et quatre-vingt-sept ans à sa mort ; avec 1781 et cette même arrivée, seize puis soixante-douze ans ; avec 1766 et une arrivée en 1787, vingt et un ans. Le Memoir lui-même, qui retient 1766, le montre pourtant à peine sorti de l'enfance au moment de la ruine des Bérard (p. 18), indice qui plaide pour une naissance plus tardive.[14]

Saint-Domingue au XVIIIe siècle : carte ancienne de la colonie française où naquit Pierre Toussaint, près de Saint-Marc et de l'Artibonite. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Saint-Domingue est alors la colonie la plus riche du monde, mais aussi l'une des plus dures : l'économie sucrière y repose sur un esclavage d'une brutalité extrême. Pierre appartient pourtant à la catégorie relativement protégée des esclaves domestiques de la maison Bérard, et c'est là, dans cette proximité quotidienne avec une famille catholique cultivée, que va se former l'homme intérieur.

Une maison catholique, une éducation rare

Contre l'usage colonial, la famille Bérard aurait fait instruire le jeune Pierre : sa grand-mère lui aurait appris à lire, et la notice de Colonial Williamsburg raconte que Jacques Bérard laissait l'enfant curieux puiser dans la bibliothèque de la maison.[15][16][17] Le tableau doit pourtant être nuancé : Hannah Lee le décrit comme un homme sans instruction lettrée (p. 72), et l'anecdote du prêt de livres et de la bibliothèque, chez elle, ne concerne pas Pierre mais Toussaint Louverture et le comte de Noé (p. 7).[18] Il reçoit surtout la foi catholique, transmise dans cette maison où l'on prie — foi qui deviendra le centre absolu de toute son existence.

Cette formation, quelle qu'en soit la mesure exacte, explique la finesse et la piété profonde qui frapperont plus tard la société new-yorkaise. Mais elle explique aussi l'essentiel : Pierre a intériorisé très tôt une vérité qui le rendra libre à l'intérieur bien avant de l'être devant la loi — la conviction que sa dignité ne dépendait pas de son statut d'esclave, mais de Dieu.

L'exil à New York (1787 ou 1797)

La Révolution haïtienne et la fuite des Bérard

En 1791 éclate à Saint-Domingue la grande insurrection des esclaves qui deviendra la Révolution haïtienne, menée notamment par Toussaint Louverture. Devant la montée des violences, M. Bérard — Jean-Jacques selon Wikipédia, John selon le Memoir de 1854 — décide de mettre sa famille à l'abri. La plupart des notices datent le départ pour New York de 1797, avec cinq esclaves dont Pierre et Rosalie ; mais l'introduction de Wikipédia, le Black and Indian Mission Office et Colonial Williamsburg donnent 1787.[19][20][21] Ce qui devait être un séjour provisoire deviendra définitif : la colonie sombre, la fortune des Bérard avec elle.

Avec la chronologie traditionnelle (naissance en 1766, arrivée en 1797), Pierre aurait eu trente et un ans en arrivant — contre la vingtaine à peine commencée qu'indique Franciscan Media et un apprentissage de coiffeur vers vingt ans selon EWTN (2021) ; avec une arrivée en 1787, il en aurait eu vingt et un.[22][23]

La tradition résume son attitude intérieure en une parole célèbre : il ne se serait jamais senti « l'esclave d'un homme ou d'une femme », mais « le serviteur du Dieu tout-puissant ».[24] Aucune source primaire de cette parole n'a toutefois été retrouvée : Aleteia (2021) est la seule des sources citées à la rapporter ainsi, et le Memoir de 1854 ne prête à Toussaint que le récit de son auteur sur un homme que ni sa couleur ni sa servitude ne dégradaient à ses propres yeux (p. 56).[25]

Arraché à sa terre, réduit en servitude, il se tient devant Dieu comme un homme libre. C'est dans cette disposition intérieure qu'il aborde New York — une ville protestante, anglophone, où il ne connaît rien.

Apprenti coiffeur de la haute société

Dès leur arrivée, Bérard place Pierre en apprentissage chez l'un des meilleurs coiffeurs de New York.[26][27] Le jeune homme se révèle exceptionnellement doué. Les coiffures élaborées de la fin du XVIIIᵉ siècle — boucles savantes et rubans — importées des deux côtés de l'Atlantique, exigent art, patience et discrétion : Pierre devient bientôt le coiffeur préféré des grandes dames de la société new-yorkaise, réputé le meilleur de l'État, se rendant chaque jour à domicile, sur Broadway, chez une clientèle fortunée.[28][29][30]

Sa réputation ne tient pas qu'à son talent. On vient à lui pour la paix qu'il dégage : il écoute les confidences, console, remet doucement les âmes devant Dieu — mais ne colporte jamais rien. À une dame qui le pressait de lui raconter les affaires d'autrui, il répondit avec dignité, mais avec le plus grand respect :

Broadway au temps de Pierre Toussaint : gravure de Broadway et Trinity Church vers 1830, dans le New York où Toussaint exerçait comme coiffeur à domicile. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

« Madame, Toussaint coiffe les cheveux : il n'est pas un journal de nouvelles. » — Pierre Toussaint[31]

L'esclave qui fit vivre ses maîtres

La ruine et la mort de M. Bérard

Le sort des Bérard bascule. Reparti à Saint-Domingue pour tenter de sauver ses biens, M. Bérard y meurt de pleurésie, laissant sa veuve sans ressources à New York.[32] La plantation est perdue ; la fortune familiale, engloutie dans la Révolution. Madame Bérard, femme de son ancien maître, se retrouve démunie dans une ville étrangère.

C'est ici que se joue l'un des gestes les plus stupéfiants de cette vie. Pierre, encore juridiquement esclave, gagne désormais largement sa vie comme coiffeur : Bérard lui avait laissé garder une grande part de ses revenus.[33][34] Il pourrait acheter sa liberté. Il choisit au contraire de subvenir aux besoins de la veuve de son maître — travaillant, dit-on, jusqu'à seize heures par jour —, de la nourrir, de tenir la maison, de la protéger.[35] Un jour qu'un créancier présentait une traite de quarante dollars, Toussaint la paya lui-même par versements : sa maîtresse, d'abord alarmée, s'écria « O Toussaint, où as-tu bien pu trouver tout cet argent pour payer mes dettes ! » — et il lui expliqua d'où venait l'argent.[36]

« Le serviteur du Dieu tout-puissant »

Ce choix n'a de sens que spirituel. Aucune loi, aucun intérêt ne l'y obligeait ; tout, au contraire, l'invitait à saisir sa liberté. Mais Pierre vivait déjà à un autre niveau : celui d'un homme qui se savait libre en Dieu, et pour qui la charité passait avant le droit. Il faisait vivre celle qui le tenait esclave. On mesure ici la racine évangélique de toute sa vie — le renversement du Christ, où le plus grand se fait le serviteur de tous.[37]

La vie de Pierre Toussaint : frise chronologique de Saint-Domingue à New York, de sa naissance à sa reconnaissance comme Vénérable en 1996. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Madame Bérard finit par se remarier avec M. Nicolas, lui aussi émigré de Saint-Domingue ; puis, sur son lit de mort, elle fit promettre à son mari d'affranchir Pierre (p. 57).[38][39] En 1807, il devient enfin libre — à environ quarante ans selon la date traditionnelle de 1766, à vingt-six ans selon celle de 1781.[40][41] Plusieurs notices modernes estiment qu'il prit alors le nom de famille de Toussaint, en hommage à Toussaint Louverture, le libérateur de sa terre natale ; Hannah Lee écrivait pourtant dès 1854 que ce rapprochement ne tenait qu'à une ressemblance de nom accidentelle (p. 6) — et elle le nomme d'ailleurs Pierre Toussaint dès sa naissance.[42][43][44]

Juliette, Euphémie : une famille rachetée

Le mariage du 5 août 1811

Libre, prospère, Pierre Toussaint met sa liberté au service des siens. Il rachète la liberté de sa sœur Rosalie et celle d'une jeune femme, Juliette Noel, de vingt ans sa cadette.[45][46] Lee précise qu'il racheta Juliette alors qu'elle avait quinze ans et lui-même dans sa trente-septième année (p. 101) — soit, selon la chronologie traditionnelle de 1766, avant même son propre affranchissement de 1807 : l'ordre des deux rachats ne peut donc pas être affirmé.[47] Le 5 août 1811, il l'épouse à l'église Saint-Pierre de Barclay Street, sa paroisse.[48][49] Le couple ne connaîtra pas d'enfant, mais leur foyer deviendra l'un des lieux de charité les plus actifs de la ville.

Juliette n'est pas une simple épouse effacée : elle partage pleinement l'esprit de son mari, et l'histoire de l'Église les honore tous deux ensemble comme un couple de bienfaiteurs.[50] Ensemble, ils font de leur maison de Franklin Street une maison ouverte.

Euphémie, la nièce adoptée

Quand sa sœur Rosalie meurt de la tuberculose, Pierre et Juliette recueillent sa fille orpheline, Euphémie — née en 1815 (p. 36) — et l'élèvent comme la leur.[51][52][53] L'enfant est la joie du couple ; Pierre lui apprend le français, la musique, la foi. Mais la même maladie qui avait emporté sa mère la frappe à son tour : Euphémie meurt de tuberculose vers quatorze ans, en 1829 — la lettre de M. Nicolas datée de « July, 1829 » partage déjà le chagrin de cette perte (p. 33), et sa pierre tombale porte l'année 1829.[54][55][56]

Cette épreuve marque profondément Pierre Toussaint. Les témoins décrivent un deuil immense, porté dans la foi — ainsi la lettre que Mrs Cruger, alors en France, lui adresse aussitôt après la mort de sa nièce (p. 66).[57] La perte d'Euphémie n'aigrit pas son cœur : elle l'ouvre davantage encore aux orphelins qu'il ne cessera de recueillir.

Le foyer de Franklin Street

La maison des Toussaint, sur Franklin Street, devient un refuge. Pierre et Juliette y hébergent des orphelins, y accueillent des enfants noirs qu'ils éduquent et à qui ils font apprendre un métier, y logent des voyageurs et des immigrés sans ressources.[58] Pierre y organise même une sorte de bureau de placement et de crédit pour trouver du travail et dépanner ceux qui arrivent démunis à New York.[59]

Beaucoup de ces protégés sont des réfugiés de Saint-Domingue — noirs et blancs — que la Révolution a jetés sur les routes. Francophone, catholique fervent et homme respecté, Pierre Toussaint devient tout naturellement le point d'appui de cette communauté d'exilés.[60][61]

La messe de six heures : soixante ans de fidélité

Saint-Pierre de Barclay Street

Le secret de cette charité inépuisable a un lieu et une heure. Chaque matin, pendant des décennies — soixante ans selon le Catholic World Report et le Memoir de 1854 (p. 104-105), soixante-six selon les Sœurs de la Miséricorde — Pierre Toussaint se rend à la messe de six heures à l'église Saint-Pierre de Barclay Street.[62][63][64] Rien — ni le grand âge, ni le froid, ni la fatigue — ne l'en détourne. C'est là, dans l'Eucharistie quotidienne, qu'il puise la force de tout donner.

Old Saint Patrick's Cathedral en 1831 : l'ancienne cathédrale catholique de New York, à laquelle Pierre Toussaint contribua financièrement. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

Il s'engage dans les confréries de sa paroisse — Société du Saint-Sacrement, œuvres de bienfaisance — pour visiter les malades et les pauvres ; il ouvre même sa bourse pour un refuge de prêtres dans le besoin.[65][66] Sa vie spirituelle n'a rien d'ostentatoire : c'est une fidélité cachée, jour après jour, à l'autel puis auprès des pauvres. À sa mort, la presse new-yorkaise salua, selon le National Shrine, « un homme d'un caractère et d'une vertu remarquables ».[67]

Une âme eucharistique

L'Eucharistie est le cœur battant de Pierre Toussaint : c'est le Christ qu'il venait recevoir chaque matin, et cela seul comptait — jusque face au mépris subi jusque dans la maison de Dieu (voir plus bas).[68] Sur la centralité de ce mystère dans la vie chrétienne, voir le dossier Ignispedia L'Eucharistie, Présence réelle.

Sa spiritualité rejoint celle de tant de laïcs sanctifiés au milieu du monde : sans cloître ni habit religieux, il a fait de son travail et de sa charité une prière continue, greffée sur la messe du matin. C'est le chemin d'abandon et de service que médite le dossier Grandir dans l'abandon à Dieu.

Le bienfaiteur de New York

Face aux épidémies : la fièvre jaune

C'est dans les épidémies que le courage de Pierre Toussaint éclate au grand jour. Lorsque la fièvre jaune ravage New York — dès 1798 — les habitants qui le peuvent fuient la contagion. Pierre, lui, reste : il franchit les barricades du quartier mis en quarantaine pour entrer dans la maison désertée où gisait une malade et y remplir les humbles offices d'un garde-malade, s'exposant sans peur à la contagion (p. 86).[69][70][71]

Le réseau de charité de Pierre Toussaint : orphelins, malades, églises, école pour enfants noirs, Oblates de la Providence et réfugiés de Saint-Domingue. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Il travaille alors aux côtés de médecins comme le docteur Richard Bayley — le père de sainte Élisabeth Ann Seton —, rattaché par Wikipédia à l'épidémie de 1798.[72] Là où d'autres voyaient un danger mortel, Pierre voyait des frères à secourir. Les Sœurs de la Miséricorde rapportent aussi qu'il soigna des malades du choléra placés en quarantaine, sans en donner l'année.[73]

Orphelins, écoles, et une charité sans couleur

La charité de Pierre Toussaint ignore la frontière des races, dans un pays où l'esclavage sévit encore. Il soutient l'orphelinat catholique fondé par les Sœurs de la Charité de sainte Élisabeth Ann Seton — un orphelinat qui, à l'époque, n'accueillait que des enfants blancs.[74][75] Qu'un homme noir, ancien esclave, finance sans amertume une œuvre qui n'aurait pas reçu ses propres enfants dit assez la grandeur surnaturelle de sa charité.

Il devient aussi le bienfaiteur de la première école catholique de New York pour enfants noirs, à la paroisse Saint-Vincent-de-Paul, sur Canal Street.[76][77] Il porte des gâteaux aux enfants de l'orphelinat « de couleur », leur donne de l'argent, place les jeunes en apprentissage. Sa générosité est méthodique autant que tendre : il ne se contente pas de donner, il relève durablement les pauvres. Le Black and Indian Mission Office le présente comme l'un des fondateurs des œuvres de charité catholiques aux États-Unis.[78]

« Madame, j'ai assez pour moi ; mais si je cesse de travailler, je n'ai plus assez pour les autres. » — Pierre Toussaint, à qui lui conseillait de prendre sa retraite[79][80]

Cette phrase, devenue célèbre, est la clef de toute sa vie économique : il travaillait non pour amasser, mais pour avoir de quoi donner. La richesse n'était pour lui qu'un instrument de charité.

Old Saint Patrick, les Oblates de la Providence, Saint-Vincent-de-Paul

Pierre Toussaint fut aussi l'un des grands donateurs des édifices catholiques de New York. Il contribua à la construction de l'ancienne cathédrale Saint-Patrick (Old St. Patrick's, sur Mulberry Street — seul son cimetière borde Mott Street), participa à la reconstruction de son église Saint-Pierre, et soutint la paroisse Saint-Vincent-de-Paul.[81][82] Il apporta enfin une aide généreuse aux Sœurs Oblates de la Providence de Baltimore — la première congrégation religieuse de femmes noires des États-Unis — et à leur œuvre d'éducation.[83][84][85]

Œuvre soutenueLieuNature du soutien
Orphelinat des Sœurs de la Charité (Élisabeth Ann Seton)New YorkFinancement, dons réguliers
Ancienne cathédrale Saint-Patrick (Old St. Patrick)Mulberry Street, New YorkContribution à la construction
Église Saint-Pierre (sa paroisse)Barclay Street, New YorkAide à la reconstruction
École pour enfants noirs, paroisse Saint-Vincent-de-PaulCanal Street, New YorkBienfaiteur principal
Sœurs Oblates de la ProvidenceBaltimoreDons pour l'éducation des enfants noirs
Malades des épidémies (fièvre jaune dès 1798 ; choléra, année non établie)New YorkSoins personnels, au péril de sa vie
Orphelins et réfugiés de Saint-DomingueFranklin Street (son foyer)Hébergement, éducation, apprentissage

L'épreuve du mépris : un vénérable devant le racisme

Refusé à la porte de la cathédrale

L'un des épisodes les plus révélateurs de sa sainteté est aussi l'un des plus douloureux. Pierre Toussaint, qui avait contribué de sa bourse à l'édification de l'ancienne cathédrale Saint-Patrick, s'y vit un jour refuser l'entrée ou l'accès aux bancs, à cause de la couleur de sa peau.[86][87] L'homme qui avait payé une partie des murs était jugé indigne d'y prendre place.

Ce genre d'humiliation aurait pu nourrir en lui une rancœur légitime. Il n'en fut rien. Selon le Catholic World Report (2022) — qui ne nomme ni témoin ni source primaire pour cet épisode, absent du Memoir de 1854 —, Toussaint aurait dit en substance qu'il était catholique et recevait le divin Seigneur, que le traitement subi ne suffisait pas à le rendre amer, pas plus que le Christ ne l'avait été sur la croix, et qu'il ne gardait d'amertume contre personne.[88]

La liberté intérieure d'un ancien esclave

Ici se dévoile le secret de toute sa vie. Cet homme né esclave, humilié jusque dans la maison de Dieu, était pourtant l'homme le plus libre de son entourage — libre de la seule liberté qui compte, celle du cœur uni à Dieu. La notice de dévotion de Franciscan Media y voit un homme demeuré intérieurement libre malgré l'esclavage légal, refusant l'amertume, coopérant avec la grâce, devenu un puissant témoin de la générosité divine.[89]

Sa charité vers ceux-là mêmes qui le méprisaient — financer un orphelinat qui n'aurait pas reçu ses enfants, prier pour ceux qui le chassaient — n'est pas une faiblesse : c'est la traduction exacte de l'Évangile qu'il communiait chaque matin. Sur le sens chrétien de l'épreuve injuste offerte par amour, voir aussi le dossier Les âmes victimes.

Les dernières années et la mort (1851-1853)

La mort de Juliette (1851)

Le 14 mai 1851, Juliette Toussaint meurt, après quarante ans de mariage et de charité partagée.[90] Pierre, désormais très âgé, reste seul. Il continue pourtant sa vie de messe quotidienne et de service, entouré de l'affection et du respect de toute une ville qui savait ce qu'elle lui devait.

30 juin 1853

Pierre Toussaint meurt à New York le 30 juin 1853 — à quatre-vingt-sept ans selon la date traditionnelle de 1766, trois jours après le 27 juin ; à soixante-douze ans s'il naquit en 1781.[91][92] Sa notoriété était telle qu'une biographie parut dès l'année suivante : le Memoir of Pierre Toussaint, born a slave in St. Domingo, de Hannah Farnham Sawyer Lee (Boston, Crosby, Nichols & Co., 1854 — ouvrage enregistré en 1853), premier monument littéraire consacré à sa mémoire.[93][94]

Première biographie : page de titre du Memoir of Pierre Toussaint, born a slave in St. Domingo de Hannah Farnham Sawyer Lee, publié en 1854. Source : Wikimedia Commons, domaine public.
Étape de la vieDate
Naissance, plantation Bérard (Saint-Domingue)année débattue : 1766 (27 juin, tradition), 1781 ou 1776
Arrivée à New York1787 (départ antérieur aux troubles, selon certaines notices) ou 1797 (fuite devant la Révolution, selon la plupart des notices)
Soin des malades des épidémies (fièvre jaune dès 1798 ; choléra, année non établie)dès 1798
Affranchissement1807
Mariage avec Juliette Noel (Saint-Pierre)5 août 1811
Mort d'Euphémie, la nièce adoptée (née en 1815)1829
Mort de Juliette14 mai 1851
Mort de Pierre Toussaint, New York30 juin 1853

Sa messe de funérailles, en l'église Saint-Pierre de Barclay Street, rassembla une foule où se mêlaient toutes les conditions.[95] Le Memoir de 1854 (p. 113-114) en rapporte le récit d'après la note d'un ami qui le voyait chaque jour : grand-messe, encens, cierges, et l'allocution de M. Quin, qui ne fit allusion ni à sa couleur ni, à peine, à sa condition. Wikipédia attribue ce récit à Eliza Hamilton Schuyler, belle-fille de Mary Anna Schuyler, d'après la revue Archways de l'archidiocèse de New York (printemps 2021) :

« Le corps de l'église était bien rempli d'hommes, de femmes, d'enfants, de religieuses et de sœurs de charité, ainsi que d'une très respectable assemblée de gens de sa propre couleur, tous en deuil. Tout autour se tenaient beaucoup de Blancs, les yeux brillants d'émotion. » — Récit des funérailles de Pierre Toussaint[96]

Il fut inhumé auprès de Juliette et d'Euphémie au cimetière de l'ancienne cathédrale Saint-Patrick, sur Mott Street — là même où, de son vivant, on avait un jour voulu lui refuser une place.[97]

La cause : de Serviteur de Dieu à Vénérable

Le réveil de la mémoire

La mémoire de Pierre Toussaint ne s'éteignit pas. La biographie de 1854, les portraits, les archives de sa correspondance conservée, entretinrent le souvenir d'un homme hors du commun.[98][99] Au XXᵉ siècle, la cause de la communauté catholique noire américaine, cherchant des figures de sainteté à mettre en avant, redonna à Toussaint toute sa place : le cardinal Cooke, archevêque de New York, autorisa un comité d'étude sur sa vie, puis son successeur le cardinal O'Connor soutint l'ouverture formelle du procès — datée de 1968 par le Black and Indian Mission Office pour le comité, et de 1991 par EWTN pour le début du processus.[100][101]

Le transfert dans la crypte de Saint-Patrick (1989-1991 selon les notices)

Cathédrale Saint-Patrick de New York : Pierre Toussaint repose dans la crypte, sous le maître-autel, honneur exceptionnel pour un laïc. Source : Wikimedia Commons, licence libre.

L'étape décisive vint du cardinal John O'Connor, archevêque de New York, qui porta activement la cause à la fin du XXᵉ siècle.[102] Les restes de Pierre Toussaint furent exhumés du vieux cimetière puis transférés dans la crypte, sous le maître-autel de la cathédrale Saint-Patrick de la Fifth Avenue — un lieu normalement réservé aux évêques, archevêques et cardinaux de l'archidiocèse : le Catholic World Report date l'opération de 1989, CatholicSaints.Info et le Black and Indian Mission Office de 1990 — une dépêche UPI du 2 novembre 1990 la signale alors comme imminente —, tandis qu'EWTN (2021) et Aleteia (2026) datent la réinhumation de 1991.[103][104][105][106] Pierre Toussaint est le seul laïc à y reposer : l'homme qu'on avait refusé à la porte d'une cathédrale dort désormais sous l'autel de la plus célèbre église catholique d'Amérique.

Vénérable (17 décembre 1996)

Au terme de l'instruction romaine, l'examen de sa vie et de ses vertus aboutit à la reconnaissance décisive : le 17 décembre 1996, le pape Jean-Paul II approuva le décret reconnaissant l'héroïcité des vertus de Pierre Toussaint, le déclarant Vénérable.[107] Il devenait ainsi l'une des premières personnalités catholiques noires des États-Unis reconnues par l'Église pour l'héroïcité de ses vertus — figure majeure de l'histoire catholique noire américaine.[108] En 2008, le pape Benoît XVI le compta parmi six grandes figures spirituelles de New York qui avaient « répondu à l'appel du Seigneur à une vie de charité ».[109]

Étape de la causeDateActeur
Publication du Memoir (première biographie)1854Hannah F. S. Lee
Comité d'étude autorisé par le cardinal Cooke1968 selon le Black and Indian Mission OfficeArchidiocèse de New York
Ouverture formelle et promotion active de la cause (Serviteur de Dieu)sous le cardinal O'Connor ; 1991 selon EWTNCardinal John O'Connor
Transfert des restes dans la crypte de Saint-Patrick1989 à 1991 selon les noticesArchidiocèse de New York
Décret d'héroïcité des vertus (Vénérable)17 décembre 1996Pape Jean-Paul II
BéatificationÀ venir (cause en cours)—

Ce que dit sa cause : lectures et objections

« Un esclave trop docile » ? L'objection et les pièces du dossier

L'objection la plus forte ne vient pas de commentateurs anonymes : en 1918, Henry L. Binsse intitula sa monographie « Pierre Toussaint: A Catholic Uncle Tom » (Historical Records and Studies, t. 12) — relevé par Arthur Jones (National Catholic Reporter, 25 août 2000), qui note que Binsse, « comme seul un Blanc le pouvait », l'entendait comme un compliment.[110] Comme si l'Église canonisait la résignation d'un esclave modèle. L'objection mérite une réponse, non un rejet dédaigneux — et le dossier fournit les pièces.

Hannah Lee elle-même anticipait le reproche : beaucoup, écrivait-elle, jugeraient cet état d'esprit dégradant (p. 58).[111] Et Toussaint refusa de se dire abolitionniste : à une dame qui lui demandait s'il l'était, il frissonna et répondit : « Madame ils n'ont jamais vu couler le sang comme moi » ; aux Noirs libres et aux quakers qui le pressaient de quitter sa maîtresse : « la mienne appartient à ma maîtresse » ; invité à défiler avec les affranchis le 5 juillet 1800, il déclina : « je ne dois pas ma liberté à l'État, mais à ma maîtresse » (p. 84-86).[112]

Que répondre ? D'abord les faits : Pierre Toussaint fut, de fait, un émancipateur. Une fois libre, il racheta la liberté de sa sœur et de sa future épouse, recueillit, éleva et plaça en apprentissage des enfants noirs, finança l'éducation des plus pauvres et la première congrégation de religieuses noires du pays.[113][114] Sa vie ne fut pas une acceptation passive de l'esclavage, mais un combat de charité contre ses effets. Ensuite, le discernement de l'Église : elle ne l'a pas déclaré vénérable pour sa condition servile, mais pour l'héroïcité de ses vertus — foi, charité, patience, pardon des offenses. La liberté intérieure manifestée au cœur même de l'oppression n'est pas de la lâcheté : c'est la victoire de l'Évangile sur un système injuste, la même que celle des premiers chrétiens esclaves loués par saint Paul. Réduire sa sainteté à de la docilité, c'est confondre la douceur avec la faiblesse.

La date de naissance et la fiabilité du Memoir de 1854

Comme exposé plus haut, trois années circulent pour la naissance — 1766 (Lee 1854), 1781 (Jones 2003) et 1776 (Conférence des évêques des États-Unis) — sans qu'aucune explication sourcée de cette divergence ait été retrouvée.[115][116] Cette incertitude ne porte ni sur l'existence ni sur la vie de l'homme, abondamment documentées par sa correspondance conservée et par des témoins directs.

De même, le premier Memoir de Hannah Sawyer Lee (1854), écrit peu après sa mort, porte la sensibilité de son temps : il tend parfois à idéaliser le « fidèle serviteur », et se lit donc avec le discernement dû à une hagiographie du XIXᵉ siècle. Mais on aurait tort d'en conclure que la sainteté de Toussaint serait une construction littéraire : le dossier repose sur des faits vérifiables — le rachat de proches, les dons datés, le soin des malades des épidémies — et sur la mémoire d'une ville entière. Là où une exégèse purement soupçonneuse ne verrait qu'un mythe édifiant, l'examen des documents confirme au contraire un homme réel, dont la générosité et la foi sont attestées bien au-delà d'une seule biographie complaisante.

Pour aller plus loin

  • Lire La vénérable Antonietta Meo, Le bienheureux Fulton Sheen, Le vénérable Jérôme Lejeune et La vénérable Marthe Robin : d'autres figures de la même série Ignispedia des vénérables et serviteurs de Dieu.
  • Lire L'Eucharistie, Présence réelle : le mystère qui fut, chaque matin de sa vie, la source de la charité de Pierre Toussaint.
  • Lire Grandir dans l'abandon à Dieu : le chemin de liberté intérieure qui rendit cet ancien esclave plus libre que ses maîtres.
  • Lire Les âmes victimes : le sens chrétien de l'épreuve injuste offerte par amour.
  • Retenir l'essentiel : le vénérable Pierre Toussaint (1766, 1776 ou 1781-1853), né esclave à Saint-Domingue et transporté à New York, devint le coiffeur le plus recherché de la haute société — et employa sa liberté enfin conquise, sa fortune et près de soixante ans de messe quotidienne à secourir orphelins, malades des épidémies et pauvres, sans distinction de couleur, jusqu'à financer une cathédrale qui lui refusa un jour l'entrée. Déclaré Vénérable par Jean-Paul II le 17 décembre 1996, il repose, seul laïc, dans la crypte de la cathédrale Saint-Patrick de New York.

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), « Pierre Toussaint » : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique de référence — naissance le 27 juin 1766 sur la plantation Bérard de l'Artibonite, près de Saint-Marc (Saint-Domingue) ; mère Ursule, grand-mère Zénobie Julien, arrière-grand-mère Tonette née en Afrique ; sœur Rosalie ; éducation (lecture, écriture, accès à la bibliothèque) ; départ des Bérard pour New York en 1797 avec cinq esclaves ; apprentissage chez un grand coiffeur ; mort de Jean-Jacques Bérard de pleurésie à Saint-Domingue ; soutien de la veuve Bérard ; affranchissement en 1807 ; nom pris en hommage à Toussaint Louverture ; mariage avec Juliette Noel le 5 août 1811 ; nièce adoptée Euphémie morte de tuberculose ; messe quotidienne à Saint-Pierre ; soins durant les épidémies de fièvre jaune (dès 1798) aux côtés du Dr Richard Bayley ; dons à l'orphelinat des Sœurs de la Charité, à Old St. Patrick, à l'école Saint-Vincent-de-Paul pour enfants noirs ; mort de Juliette le 14 mai 1851 ; mort de Pierre le 30 juin 1853 ; description des funérailles par Eliza Hamilton Schuyler ; transfert des restes dans la crypte de la cathédrale Saint-Patrick (seul laïc) ; déclaration de vénérabilité par Jean-Paul II. Utilisée pour le recoupement des dates et des faits biographiques.

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  2. Catholic World Report, P. Seán Connolly, « Pierre Toussaint: Hairdresser, philanthropist, and former slave » (30 juin 2022) : catholicworldreport.com. Article biographique — origine à Saint-Domingue, naissance en 1766 avec la mention « Later research has shown however, that the year of his birth is more likely to be 1781 » (Arthur Jones, Pierre Toussaint: A Biography, 2003), maison catholique, apprentissage de coiffeur, soutien de la veuve Bérard, charité durant la fièvre jaune, soin des malades au péril de sa vie, messe de six heures pendant soixante ans, phrase « I have enough for myself, but if I stop work I have not enough for others », messe de funérailles à Saint-Pierre (« The funeral at his beloved St. Peter's »), épisode du refus d'entrée à la cathédrale, dons à Old St. Patrick et à Saint-Vincent-de-Paul, soutien aux Sœurs Oblates de la Providence, rôle du cardinal O'Connor et transfert des restes (1989) à la crypte de Saint-Patrick.

    2 4 9 10 28 37 54 60 62 68 69 79 82 84 86 92 95 102 104 115
  3. Franciscan Media, « Venerable Pierre Toussaint » (Saint of the Day) : franciscanmedia.org. Notice hagiographique — naissance à Haïti et esclavage dans une maison catholique, grand-mère lui apprenant à lire et écrire, arrivée à New York dans la vingtaine commençante (« in his early 20s »), apprentissage de coiffeur, soutien de la veuve du maître, affranchissement vers 1807, mariage avec Marie Rose Juliette (liberté rachetée), adoption d'Euphémie, messe quotidienne à Saint-Pierre de Barclay Street, soin des malades de la fièvre jaune, phrase « I have enough for myself… », inhumation d'abord hors de l'ancienne Saint-Patrick où on lui avait refusé l'entrée, puis transfert à la cathédrale Saint-Patrick, reconnu Vénérable en 1996 (la page ne nomme ni le jour ni le pape), patron des coiffeurs. La page ne donne ni durée de la messe quotidienne ni heure de celle-ci.

    3 16 22 27 34 41 49 75 80 87 89
  4. Aleteia (FR), « Pierre et Juliette Toussaint, l'épopée d'esclaves haïtiens devenus de vénérables bienfaiteurs new-yorkais » (30 janvier 2021) : fr.aleteia.org. Article francophone de référence — origine à Saint-Domingue, arrivée à New York en 1797, métier de coiffeur à domicile pour la clientèle aisée de Broadway, rachat de la liberté de Rosalie et de Juliette Noel, mariage le 5 août 1811, nièce Euphémie morte à quatorze ans de tuberculose, accueil des orphelins et des réfugiés, collaboration avec sainte Élisabeth Seton, soutien à la première école catholique pour enfants noirs et aux Sœurs Oblates de la Providence, contribution à Old St. Patrick, phrase « …que je suis l'esclave d'un homme ou d'une femme, mais je suis un serviteur du Dieu Tout-Puissant » — seule des sources citées à rapporter cette parole, sans source primaire indiquée —, reconnaissance comme Vénérable en 1996. Utilisé pour l'histoire du couple ; la parole est présentée dans le corps comme une tradition non vérifiée.

    6 24 29 45 50 52 55 61 77
  5. CatholicSaints.Info, « Venerable Pierre Toussaint » : catholicsaints.info. Fiche biographique — naissance le 27 juin 1766 à Saint-Marc (Artibonite), mort le 30 juin 1853 à New York, inhumation au cimetière d'Old Saint Patrick (Mott Street), exhumation et réinhumation dans la crypte de la cathédrale Saint-Patrick en 1990, « Venerated 17 December 1996 by Pope John Paul II » (vérifié le 4 octobre 2026). Seule source citée portant le jour exact du décret.

    7 105 107
  6. Conférence des évêques des États-Unis, « On the Road to Sainthood: Leaders of African Descent » : usccb.org. « Venerable Pierre Toussaint (1776-1853) ». Le Good Newsroom de l'archidiocèse de New York (12 juin 2026) retient quant à lui 1781.

    11 116
  7. Hannah Farnham Sawyer Lee, Memoir of Pierre Toussaint, born a slave in St. Domingo, 3ᵉ édition, Boston, Crosby, Nichols & Co., 1854 (ouvrage enregistré en 1853). Première biographie publiée, parue l'année suivant la mort de Pierre Toussaint, fondée en partie sur sa correspondance et sur des témoignages directs (texte intégral : archive.org, cote memoirofpierreto00leehiala). Passages cités dans cet article, avec l'original : p. 3-4, la grand-mère Zenobe Julien, esclave nourrice des enfants Bérard, à qui la famille « gave her her freedom » ; p. 5, « About the time of Pierre Toussaint's birth, 1766 » ; p. 6, Toussaint Louverture « bearing no other connection with the subject of our memoir than accidentally arises from similarity of name, color, country » ; p. 7, l'instruction et les livres du comte de Noé accordés à Toussaint Louverture, non à Pierre ; p. 18, « though he had scarcely passed boyhood, he began a series of devoted services » ; p. 19-20, « O Toussaint, where can you have got all this money to pay my debts ! » ; p. 33, lettre de M. Nicolas (« July, 1829 ») partageant le chagrin de la perte de la nièce ; p. 35, « Madam, […] Toussaint dresses hair, he no news journal » (« with dignity, though with the utmost respect ») ; p. 36, « In 1815 Rosalie had a daughter born » (Euphemia) ; p. 56, « He never felt degraded by being a black man, or even a slave » ; p. 57, « When his mistress on her death-bed presented him his liberty » ; p. 58, « There are many in the present day who will view this state of mind as degrading » ; p. 66, lettre de Mrs Cruger (« 1829. I need not say, my dear Toussaint, how much I sympathize with you ») ; p. 72, « Because Pierre Toussaint was an unlettered man » ; p. 84-86, « Madame ils n'ont jamais vu couler le sang comme moi » (« They have never seen blood flow as I have »), « Mine belongs to my mistress », « I do not owe my freedom to the State, but to my mistress » ; p. 86, « crossed the barricades, entered the deserted house where she lay, and performed the nameless offices of a nurse, fearlessly exposing himself to the contagion » (fièvre jaune) ; p. 101, « He had ransomed her when she was fifteen, and when he was himself in his thirty-seventh year » ; p. 104-105, la messe « which he never once failed to attend for sixty years » ; p. 113-114, récit des funérailles d'après la note d'un ami et allocution de Mr. Quin. À lire avec le discernement dû à une hagiographie du XIXᵉ siècle (cf. section « Ce que dit sa cause »).

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  8. Slavery and Remembrance (Colonial Williamsburg Foundation), « Pierre Toussaint » : slaveryandremembrance.org. Notice historique — naissance en 1766 à Saint-Domingue, statut d'esclave domestique dans la maison Bérard, accès inhabituel à la bibliothèque de Jacques Bérard et apprentissage de la lecture et de l'écriture, fuite de la famille vers New York pendant la Révolution haïtienne avec cinq esclaves dont Pierre et Rosalie (1787 selon cette notice), mort de Jacques Bérard à Saint-Domingue laissant la veuve Marie à New York, carrière de coiffeur et revenus substantiels, soutien de la maîtresse jusqu'à sa mort en 1807, affranchissement, nom pris vraisemblablement (« likely ») en hommage à Toussaint Louverture, mariage avec Juliette Noel (1811), adoption d'Euphémie morte de tuberculose à quatorze ans, foyer transformé en refuge d'orphelins, bureau de crédit et de placement, aide aux immigrés haïtiens francophones, mort en 1853, reconnaissance comme Vénérable en 1996. Utilisé pour le cadre historique et l'accès à la bibliothèque.

    17 21 44
  9. Black and Indian Mission Office, « Venerable Pierre Toussaint » : blackandindianmission.org. Notice consacrée aux catholiques noirs américains — esclavage à Saint-Domingue, installation à New York avec Jean Bérard (1787 selon cette notice), métier de coiffeur, affranchissement à quarante-et-un ans par la veuve du maître, rachat de la liberté de Juliette et de sa sœur Rosalie, aide aux réfugiés haïtiens, soin des orphelins et école d'apprentissage pour enfants noirs, soin des malades des épidémies, adoption d'Euphémie, ouverture du procès de canonisation dès 1968, transfert des restes dans la crypte de Saint-Patrick en 1990, place de « fondateur des œuvres de charité catholiques aux États-Unis », importance pour l'histoire catholique noire d'Amérique. Utilisé pour la datation de la cause (1968) et le rôle de fondateur de la charité catholique américaine.

    20 78 100 108
  10. Catholic News Agency / EWTN News, « 10 fascinating facts about Venerable Pierre Toussaint, a former slave on the road to sainthood » : ewtnnews.com. Dossier de faits — origine haïtienne et esclavage chez les Bérard, soutien financier discret de Madame Bérard, métier de coiffeur appris vers vingt ans (« at about the age of 20 ») et clientèle de la haute société new-yorkaise, discrétion (« The man is a hairdresser. He is no news journal. »), engagement dans les confréries de Saint-Pierre (Société du Saint-Sacrement, œuvres de bienfaisance) et visite des malades et des pauvres, dons aux orphelinats catholiques dont celui de sainte Élisabeth Ann Seton, soutien généreux aux Sœurs Oblates de la Providence, promotion de la cause et titre de Vénérable par Jean-Paul II. Utilisé pour la discrétion professionnelle, les confréries et le soutien aux Oblates.

    23 65 83 114
  11. National Shrine of the Immaculate Conception, « A hairdresser for Christ: the extraordinary life of Pierre Toussaint » : nationalshrine.org. Notice biographique — naissance en 1766 à Haïti, éducation (lecture et écriture) dès l'enfance, formation de coiffeur et réputation de « meilleur coiffeur de l'État », coiffures élaborées (boucles et rubans), confiance des clientes gagnée par sa discrétion et son écoute, journées de seize heures pour soutenir la maison Bérard après la mort du maître, affranchissement par Madame Bérard à sa mort en 1807, rachat de la liberté de Juliette et mariage en 1811, dons à l'orphelinat de sainte Élisabeth Ann Seton (1817) réservé aux enfants blancs, première école catholique pour enfants noirs, soutien aux Sœurs Oblates de la Providence, adoption d'Euphémie, messe quotidienne à Saint-Pierre, éloge de la presse à sa mort en 1853 (« a man of outstanding character and virtue »), procès de béatification et vénérabilité (1996), premier laïc inhumé sous le maître-autel de Saint-Patrick. Utilisé pour le talent professionnel, les seize heures de travail et l'éloge posthume.

    30 35 67
  12. Sisters of Mercy, « Pierre Toussaint » : sistersofmercy.org. Notice de dévotion — naissance en 1766 à Haïti, mort le 30 juin 1853 à quatre-vingt-sept ans, affranchissement en 1807, mariage avec Juliette Noel le 5 août 1811, messe quotidienne pendant soixante-six ans à l'église Saint-Pierre, distribution de pâtisseries et de dons aux orphelins, hébergement d'orphelins et de garçons à Franklin Street, création d'un bureau de crédit, d'une agence de placement et d'un refuge pour prêtres, aide aux immigrés haïtiens, soin des malades du choléra, premier et seul laïc inhumé dans la crypte sous le maître-autel de Saint-Patrick, patron des coiffeurs, reconnaissance comme Vénérable en 1996. Utilisé pour la durée de la messe quotidienne (soixante-six ans) et le refuge pour prêtres.

    48 64 66 73
  13. Ambassade d'Haïti (Embassy of Haiti, Washington), « Pierre Toussaint » : haiti.org. Notice officielle haïtienne — naissance vers 1766 à Haïti sous la colonisation française, éducation et foi catholique données par Monsieur Bérard, fuite de la famille vers New York pendant la Révolution haïtienne, succès comme coiffeur « des riches et des puissants », affranchissement par Madame Bérard à sa mort, mariage avec Juliette, soin des malades durant une épidémie, contribution à la construction de la première cathédrale Saint-Patrick, soutien à la première école catholique de New York pour enfants noirs et au premier ordre religieux catholique de femmes noires des États-Unis, mort en 1853 dans un deuil général, déclaration comme Vénérable par Jean-Paul II en 1996 (« deuxième étape vers la sainteté »). Utilisé pour le soutien aux institutions de justice raciale et le recoupement des faits.

    85
  14. Même article du Catholic World Report (2022) : la réponse de Toussaint au refus d'entrée à la cathédrale y est rapportée sans qu'aucun témoin ni aucune source primaire ne soit nommé, et l'épisode est absent du Memoir de 1854. Extraits originaux : « I receive the Divine Lord » ; « I recognize what has been done to me. I recognize how I am treated here. But that is not enough to make me bitter any more than Christ was bitter on the cross ». Coupures marquées par […] dans la traduction française du corps.

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  15. Archways magazine (archidiocèse de New York, printemps 2021), « Venerable Pierre Toussaint », cité par Wikipédia : le récit des funérailles y est attribué à Eliza Hamilton Schuyler, belle-fille de Mary Anna Schuyler. Texte original : « The body of the church was well filled with men, women, children, nuns, and charity sisters; likewise a most respectable collection of people of his own color, all in mourning. Around stood many of the white race, with their eyes glistening with emotion. » — repris du Memoir de Lee (p. 114), note d'un ami.

    96
  16. Datations croisées de l'ouverture de la cause : le Black and Indian Mission Office date de 1968 le comité d'étude ; EWTN (27 juin 2021) fait commencer le processus en 1991.

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  17. Datations croisées du transfert des restes : Catholic World Report (1989) ; CatholicSaints.Info et Black and Indian Mission Office (1990) ; dépêche UPI du 2 novembre 1990 (exhumation imminente, restes gardés provisoirement à l'ancienne cathédrale) ; EWTN (27 juin 2021) et Aleteia (2 juillet 2026) : réinhumation en 1991.

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  18. Vatican.va, rencontre de Benoît XVI avec les jeunes et les séminaristes, séminaire Saint-Joseph de Yonkers, 19 avril 2008 : six grandes figures spirituelles de New York, dont Pierre Toussaint, qui « each responded to the Lord's call to a life of charity ».

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  19. Arthur Jones, « Cover story: Pierre Toussaint », National Catholic Reporter, 25 août 2000 : Henry L. Binsse et sa monographie de 1918 « Pierre Toussaint: A Catholic Uncle Tom » (Historical Records and Studies, t. 12) ; le cortège de Juliette, de l'église Saint-Pierre vers le cimetière Saint-Patrick, auquel les amis blancs firent de même à la mort de Pierre.

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