Vénérable Catherine McAuley (1778-1841)

La vénérable Catherine McAuley (1778-1841), fidèle à sa foi catholique au milieu d'un entourage hostile, employa à quarante-quatre ans un héritage providentiel à fonder la Maison de la Miséricorde de Dublin, puis la congrégation des Sœurs de la Miséricorde. Déclarée vénérable par saint Jean-Paul II en 1990, elle attend la reconnaissance d'un miracle pour sa béatification.

Ignispedia

La vénérable Catherine McAuley (1778-1841) est une laïque puis religieuse irlandaise, fondatrice à Dublin, le 12 décembre 1831, de la congrégation des Sœurs de la Miséricorde (Sisters of Mercy), aujourd'hui présente sur tous les continents.[1] Orpheline très tôt, ballottée entre des foyers catholiques et des foyers hostiles à sa foi, elle passe deux décennies dans l'ombre d'une maison de campagne avant de recevoir, à quarante-quatre ans, un héritage considérable qu'elle emploie entièrement au service des pauvres, des malades et des jeunes filles sans instruction.[2]

Ce que Catherine McAuley invente alors n'est pas seulement une œuvre de charité parmi d'autres : c'est une forme nouvelle de vie religieuse féminine, active, non cloîtrée, mobile dans la ville, que ses contemporains désignèrent d'abord avec méfiance sous le nom de « religieuses piétonnes » (walking nuns).[3] Le pape saint Jean-Paul II a reconnu l'héroïcité de ses vertus le 9 avril 1990, faisant d'elle une vénérable ; l'Église attend aujourd'hui la reconnaissance d'un miracle pour sa béatification.[4] Cet article appartient à la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu.

Une enfance entre fidélité et division (1778-1801)

Naissance et perte des parents

Catherine Elizabeth McAuley naît le 29 septembre 1778 près de Dublin, de James McAuley, catholique pratiquant, et d'Elinor Conway.[5] Son père meurt le 18 juillet 1783, alors qu'elle n'a que cinq ans ; sa mère, restée seule avec Catherine, son frère cadet James et sa sœur Mary, meurt à son tour en 1798, quand Catherine a vingt ans.[6][7]

Cette double perte précoce ouvre une période de dispersion familiale. Sans ressources propres, les trois enfants McAuley sont recueillis par des branches différentes de la famille — avec des conséquences religieuses profondes pour chacun d'eux.

L'oncle Conway, puis les Armstrong

Catherine vit d'abord chez un oncle maternel, Owen Conway, avant de rejoindre en 1801 son frère et sa sœur au foyer d'un parent protestant de leur mère, William Armstrong.[8][9] Le contraste entre ces deux mondes marquera durablement sa vie : son frère James, resté chez les Armstrong, adopte le protestantisme, devient chirurgien militaire — il servira jusqu'à la bataille de Waterloo — et gardera avec Catherine une relation « plus formelle et distante » que celle qu'elle entretenait avec leur sœur.[10] Mary, elle, épouse en 1804 un certain William Armstrong Macauley, aura cinq enfants, contractera la tuberculose et sera reçue de nouveau dans l'Église catholique sur son lit de mort, secrètement, sans que son mari protestant ne le sache.[11]

Catherine, seule des trois, garde ouvertement sa foi catholique au milieu d'un environnement qui la lui rend difficile. C'est le premier trait d'une physionomie spirituelle qui ne changera pas : une fidélité tranquille, jamais polémique, au catholicisme reçu de son père.

Les années cachées de Coolock (1803-1822)

Au service des Callaghan

Infographie originale Ignispedia créée par IA

En 1803, à vingt-cinq ans, Catherine devient la gouvernante et la compagne de William Callaghan, apothicaire protestant de Dublin, et de son épouse Catherine Callaghan, quaker ; le couple est sans enfant.[12][13] En 1809, les Callaghan s'installent dans leur propriété de campagne de Coolock, au nord de Dublin, où Catherine McAuley les suit et demeure à leur service jusqu'en 1822.[14]

Ces années à Coolock sont ce que les biographes appellent les « années cachées » : rien, dans cette existence de gouvernante dévouée à un couple aisé, ne laisse deviner la fondatrice qu'elle deviendra. Et pourtant, c'est là que se forme, patiemment, toute sa spiritualité future.

Une pédagogie silencieuse de la miséricorde

Sans autorisation ouverte de pratiquer sa religion dans une maison majoritairement protestante, Catherine McAuley profite de sa position pour instruire discrètement dans la foi catholique les domestiques de la maison et les enfants pauvres du village voisin, pendant deux décennies.[15] Sa spiritualité, à cette époque, se nourrit avant tout de l'Écriture plutôt que de sentimentalité : elle découvre le Christ souffrant à travers le psautier, qui devient son soutien constant, et y puise, selon ses propres mots rapportés par les archives de sa congrégation, « secours et force, constance et miséricorde ».[16] C'est une spiritualité de la Croix bien plus que de la seule consolation — un trait qui restera central dans son enseignement aux futures Sœurs de la Miséricorde.

Les conversions au soir de la vie

Le patient témoignage de Catherine porte un fruit inattendu au terme de ces années de service. Catherine Callaghan, la maîtresse de maison quaker, se convertit au catholicisme peu avant sa mort, le 3 octobre 1819.[17] Son mari William Callaghan, dont l'hostilité initiale à la pratique catholique de Catherine s'était peu à peu adoucie, s'orienta lui aussi vers la foi catholique dans les dernières années de sa vie, sans toutefois pouvoir accomplir une conversion formelle avant sa mort, survenue en 1822.[18] Par un codicille daté du 27 janvier 1822, il désigne Catherine comme sa seule légataire universelle — un geste qui stupéfie sa propre famille et qui va tout changer.[19]

De l'héritage à la Maison de la Miséricorde (1822-1827)

Un héritage providentiel

Catherine McAuley se retrouve ainsi, à quarante-quatre ans, à la tête d'une fortune considérable, fruit de vingt années de service silencieux plutôt que d'un calcul. Elle ne conçoit cet héritage que d'une seule manière possible : le mettre tout entier au service des pauvres de Dublin. Le 22 juin 1824, elle prend à bail un terrain à l'angle de Lower Baggot Street et de Herbert Street ; la première pierre du bâtiment est posée en juillet 1824.[20]

Bâtir sur Baggot Street

L’ancienne Maison de la Miséricorde, devenue Mercy International Centre. Photographie de DubhEire, 11 février 2010 — Wikimedia Commons, CC0 1.0.

Le projet est simple et ambitieux à la fois : une grande maison capable d'accueillir des femmes sans abri, d'offrir l'instruction religieuse et scolaire aux filles pauvres, et de servir de base à des visites régulières auprès des malades. Les travaux avancent alors même que le deuil frappe de nouveau la famille de Catherine : sa sœur Mary meurt de tuberculose le 11 août 1827, quelques semaines avant l'ouverture de la maison qu'elle n'aura pas vue achevée.[21]

L'ouverture, jour de Notre-Dame de la Miséricorde

La Maison de la Miséricorde de Baggot Street ouvre ses portes le 24 septembre 1827, jour de la fête de Notre-Dame de la Miséricorde — une date que Catherine choisit elle-même et qui donnera son nom à toute l'œuvre à venir.[22][23] Catherine s'y installe avec deux compagnes, Anna Maria Doyle et Catherine Byrn, pour prendre en charge la gestion quotidienne de cette « institution pour femmes indigentes, orphelines et écoles pour les pauvres ».[24]

À l'origine, rien n'indique que cette œuvre doive devenir un ordre religieux : Catherine et ses compagnes forment une association laïque de femmes charitables, vivant en communauté mais sans vœux ni clôture — une forme d'engagement encore rare dans l'Église d'Irlande de l'époque.

Les « religieuses piétonnes » : une œuvre contestée (1827-1830)

Une communauté sans clôture

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Dès 1828, l'archevêque de Dublin, Daniel Murray, accompagne la jeune œuvre : il autorise le nom de « Maison de Notre-Dame de la Miséricorde » et, le 22 novembre 1828, permet aux femmes de la maison de visiter les malades à domicile et à l'hôpital.[25] La chapelle de la maison est dédiée et ouverte au public le 4 juin 1829.[26] Cette liberté de mouvement — des femmes non cloîtrées, en habit distinctif, circulant dans les rues de Dublin pour porter secours — est précisément ce qui vaut bientôt à la communauté le surnom, d'abord moqueur, de « religieuses piétonnes ».[27]

« Une entreprise d'upstart »

Cette liberté suscite en effet une opposition sérieuse d'une partie du clergé et des laïcs de Dublin, à la fin des années 1820. On reproche à ces femmes de dupliquer, sans en assumer les obligations canoniques, le travail des congrégations religieuses déjà constituées ; on met en doute la respectabilité d'un tel engagement pour des femmes non consacrées. Catherine elle-même sera qualifiée d'upstart — une arriviste — et son travail jugé indigne de « femmes comme il faut », sinon comme une intrusion du « sexe sans instruction » dans un domaine réservé au clergé.[28]

Loin de se laisser décourager, Catherine tient bon, portée par une conviction qu'elle exprimera plus tard avec une humilité désarmante à propos de sa propre œuvre :

« Si l'Ordre est mon œuvre, mieux vaut qu'il tombe au plus vite ; si c'est l'œuvre de Dieu, il n'a besoin de personne. » — Catherine McAuley[29]

La décision de fonder une congrégation

Face à la pression continue du clergé et de certains laïcs, Catherine et ses compagnes comprennent, entre 1829 et 1830, que la seule manière de stabiliser canoniquement leur œuvre est de se constituer en véritable congrégation religieuse, avec vœux et règle approuvée.[30] Ce n'était pas, à l'origine, le projet de Catherine : elle avait conçu la Maison de la Miséricorde comme une œuvre de laïques engagées, non comme l'ébauche d'un institut religieux. C'est la nécessité canonique, autant que la sagesse spirituelle, qui la conduit à ce pas.

La fondation des Sœurs de la Miséricorde (1830-1831)

Le noviciat à George's Hill

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Le 8 septembre 1830, Catherine McAuley entre, avec deux de ses compagnes, Anna Maria Doyle et Elizabeth Harley, au couvent des Sœurs de la Présentation de George's Hill, à Dublin, pour s'y former à la vie religieuse ; leur noviciat canonique commence le 9 décembre 1830.[31][32] À cinquante-deux ans, Catherine se soumet ainsi, avec une humilité remarquable pour une femme qui a déjà fondé et dirigé une œuvre de charité pendant trois ans, à l'ensemble du régime exigeant d'un noviciat, sous une formule de vœux spécialement approuvée par l'archevêque de Dublin.[33]

Les vœux du 12 décembre 1831

Le 12 décembre 1831, Catherine McAuley, Anna Maria Doyle et Elizabeth Harley prononcent leurs vœux religieux entre les mains de l'archevêque Daniel Murray, qui reçoit leur profession et nomme Catherine supérieure.[34][35] Cette date est retenue, jusqu'à aujourd'hui, comme celle de la fondation officielle des Sœurs de la Miséricorde.[36]

L'intuition propre de Catherine McAuley n'était pas d'organiser des groupes de charité — il en existait déjà — mais d'inventer une forme de vie religieuse apostolique, non cloîtrée, où la prière communautaire et les vœux classiques (pauvreté, chasteté, obéissance) se conjuguent avec une mobilité totale au service des pauvres, des malades et des ignorants. C'est cette intuition qui préfigure, plusieurs décennies avant leur multiplication au tournant du XXᵉ siècle, les grandes congrégations féminines actives que l'Église connaîtra ensuite.

Une expansion foudroyante au service des pauvres (1831-1841)

Neuf fondations en dix ans

Dès la fondation, la congrégation grandit à une vitesse remarquable. Entre 1831 et 1841, Catherine McAuley fonde ou supervise en personne, en traversant l'Irlande et l'Angleterre en diligence puis en chemin de fer, neuf nouvelles communautés, ainsi que plusieurs maisons annexes.[37] Le tableau suivant récapitule les principales fondations réalisées sous sa direction directe.

LieuPaysPériode
TullamoreIrlande1836
CharlevilleIrlande1836-1837
CorkIrlande1837
CarlowIrlande1837
GalwayIrlande1840
LimerickIrlande1838
BirrIrlande1840
Bermondsey (Londres)Angleterre1839
BirminghamAngleterre1841

Lecture du tableau : liste des neuf fondations de communautés des Sœurs de la Miséricorde établies personnellement par Catherine McAuley entre 1836 et 1841, en Irlande puis en Angleterre — sans compter les maisons annexes de Kingstown et Booterstown, près de Dublin.[38][39]

L'épreuve du choléra de 1832

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L'année qui suit la fondation met immédiatement à l'épreuve le charisme de la jeune congrégation. Lorsque le choléra frappe Dublin en 1832, les Sœurs de la Miséricorde se portent au service des malades les plus démunis, au risque de leur propre vie, prolongeant concrètement l'intuition fondatrice : la miséricorde n'est pas un discours, mais un service corporel et immédiat rendu aux plus pauvres, sans distinction.[40]

L'approbation pontificale de la Règle (1841)

Au terme d'un travail rédigé et retravaillé par Catherine elle-même, la Règle et les Constitutions des Sœurs de la Miséricorde reçoivent l'approbation du pape Grégoire XVI, le 6 juin 1841 — quelques mois seulement avant la mort de la fondatrice.[41] Cette confirmation romaine scelle canoniquement ce que dix années de labeur et de controverse avaient patiemment construit.

La spiritualité de Catherine McAuley

La Miséricorde, « voie tracée par le Christ »

Pour Catherine McAuley, la miséricorde n'est pas un sentiment de compassion vague : c'est, selon ses propres termes repris dans la Règle de sa congrégation, « le principal chemin tracé par Jésus-Christ pour ceux qui désirent suivre son exemple ».[42] Elle la définit concrètement comme la vertu qui « a conduit, d'une manière particulière, à aider et à consoler les pauvres malades et mourants ».[43] Ce n'est donc pas une philanthropie généreuse mais anonyme : c'est une réponse compatissante dirigée vers les plus faibles, à l'imitation directe du Christ.

Cette théologie a une conséquence concrète et décisive dans la manière dont Catherine conçoit l'aide aux pauvres : non comme une aumône ponctuelle, mais comme une offre réelle d'instruction et d'autonomie. Elle refuse par ailleurs toute distinction confessionnelle dans l'accueil : les portes de la Maison de la Miséricorde s'ouvrent à tous les indigents, sans considération de leur appartenance religieuse, tout en résistant fermement aux tentatives de prosélytisme protestant qui visaient alors les pauvres catholiques de Dublin.[44] Cette théologie de la miséricorde comme service concret rejoint ce que l'encyclopédie développe par ailleurs sur la justice et la miséricorde de Dieu et sur la manière de grandir dans la charité.

Le Suscipe : l'abandon total à la Providence

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La prière la plus célèbre laissée par Catherine McAuley, connue sous le nom de Suscipe ou Acte de résignation, résume à elle seule sa spiritualité de l'abandon confiant :

« Mon Dieu, je suis vôtre pour l'éternité. Apprenez-moi à me jeter tout entière dans les bras de votre Providence, avec la confiance la plus vive et la plus illimitée en votre pitié compatissante et tendre. Accordez, ô Rédempteur très miséricordieux, que tout ce que vous ordonnez ou permettez me soit toujours agréable. Enlevez de mon cœur toute inquiétude douloureuse ; ne souffrez rien qui m'afflige, sinon le péché, rien qui me délecte, sinon l'espérance de venir à votre possession, mon Dieu, dans votre royaume éternel. Amen. » — Catherine McAuley, Suscipe (manuscrit de Limerick)[45]

La prière de l'Écriture et l'esprit de la Croix

Fidèle à ce qu'elle avait appris seule pendant les années de Coolock, Catherine McAuley centre sa vie de prière sur l'Écriture plutôt que sur la sentimentalité religieuse. Elle affectionne particulièrement le psautier de Jésus — l'invocation répétée du saint Nom cent cinquante fois — et les sept psaumes de la pénitence, l'un et l'autre tournés vers la confiance et le repentir.[46] Elle enseigne que la méditation sur les paroles et les actes du Christ dans l'Évangile est « le moyen le plus efficace d'imprimer profondément dans l'esprit les vérités sublimes de la religion », transformant l'âme en un véritable sanctuaire de la présence de Dieu.[47] Et elle résume tout son enseignement sur la prière d'une phrase qui vaut pour toute vie chrétienne, laïque ou religieuse :

« Toute votre vie devrait être un acte continuel de louange et de prière. » — Catherine McAuley[48]

Cet enracinement scripturaire et cette insistance sur une prière qui traverse toute l'existence rejoignent la grande tradition contemplative que l'encyclopédie explore par ailleurs dans les articles sur la façon de grandir dans l'oraison et sur ce que les saints en disent.

L'hospitalité sans distinction

Catherine McAuley voit dans chaque personne en détresse une occasion concrète de servir le Christ lui-même. Sa conception de la charité n'a rien d'abstrait, comme le montrent ces mots adressés à ses sœurs à propos des pauvres qu'elles servent :

« Il y a des choses que les pauvres estiment plus que l'or, bien qu'elles ne coûtent rien à celui qui les donne : la parole bienveillante, le regard doux et compatissant, l'écoute patiente de leurs peines. » — Catherine McAuley[49]

Et lorsqu'il s'agit de choisir entre son propre confort et celui des personnes qu'elle sert, sa réponse ne laisse place à aucune ambiguïté :

« Je préférerais être dans le froid et la faim plutôt que les pauvres [...] soient privés d'une consolation qu'il est en notre pouvoir de leur offrir. » — Catherine McAuley[50]

Une humilité concrète

La sainteté de Catherine McAuley, telle que la retiennent les témoins de son temps, ne s'exprime pas seulement dans de grands actes fondateurs, mais dans des gestes d'humilité très concrets. On rapporte qu'après avoir publiquement corrigé une jeune religieuse, sœur Clare Augustine Moore, pour une faute de discipline, Catherine se mit ensuite à genoux devant elle pour lui demander pardon de la vivacité de sa remontrance.[51] De même, en butte à une lettre pleine d'aigreur d'un prêtre de son entourage, le docteur Walter Meyler, elle en brûla une partie plutôt que d'y répondre avec dureté, et se réconcilia pleinement avec lui avant sa propre mort.[52] Cette manière de vivre la miséricorde jusque dans les relations les plus proches est cohérente avec sa conviction que la sainteté ne réclame « rien de plus que d'accomplir nos actions quotidiennes avec persévérance et régularité — car c'est cela qui fait un saint ».[53]

Une mort dans la paix de la Miséricorde (novembre 1841)

Le renoncement aux instruments de pénitence

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À l'automne 1841, Catherine McAuley est emportée par une tuberculose pulmonaire, aggravée d'un abcès interne et d'une plaie au dos laissée par des années de pratiques pénitentielles discrètes.[54] Sur son lit de mort, elle demande que son cilice, sa discipline et ses chaussures garnies de clous soient brûlés sans être ouverts ni montrés à personne — dernier geste de discrétion sur une ascèse qu'elle n'avait jamais exhibée.[55]

Les derniers mots et le legs de la Charité

Autour de son lit se succèdent son médecin, plusieurs sœurs et son frère James — resté protestant mais présent jusqu'au bout auprès d'elle.[56][57] À son médecin, elle confie avec sérénité : « Eh bien, docteur, la scène tire à sa fin. »[58] À une sœur qui pleure à son chevet, elle demande simplement : « Embrasse-moi, mon cœur, puis va, mais ne pleure pas. »[59] Et à une autre religieuse inquiète devant la mort, elle offre cette parole de paix :

« N'aie pas peur de mourir. Je n'aurais jamais cru que ce serait si doux [...] Oh, si c'est cela la mort, c'est vraiment facile. » — Catherine McAuley, quelques heures avant sa mort[60]

Sa dernière parole pour l'avenir de son œuvre tient en une phrase, devenue depuis la devise même des Sœurs de la Miséricorde à travers le monde :

« Mon legs à la Congrégation, c'est la Charité. » — Catherine McAuley, 11 novembre 1841[61]

Elle meurt le 11 novembre 1841, à soixante-trois ans, tenant son crucifix et son chapelet.[62] Elle laisse derrière elle une centaine de Sœurs de la Miséricorde, réparties dans dix fondations en Irlande et en Angleterre.[63] Dans ses derniers instants, elle avait aussi demandé qu'on prépare pour ses sœurs, après sa mort, « une bonne tasse de thé bien réconfortante »[64] — un geste resté depuis, dans toute la famille de la Miséricorde, le symbole concret de la chaleur fraternelle qu'elle avait voulu inscrire au cœur de sa congrégation.

La cause de béatification

De Servante de Dieu à Vénérable (1978-1990)

La réputation de sainteté de Catherine McAuley conduit le Saint-Siège à ouvrir formellement sa cause de canonisation en 1978, sous le pontificat de Paul VI : elle reçoit alors le titre de Servante de Dieu.[65] Après l'examen romain de sa Positio super virtutibus, le pape saint Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité de ses vertus le 9 avril 1990 et la déclare Vénérable.[66][67]

Le tableau ci-dessous situe cette étape dans l'ensemble du processus de canonisation, tel qu'il s'applique à la cause de Catherine McAuley.

ÉtapeTitre obtenuCe qui est requis
1Servante de DieuOuverture officielle de la cause (1978)
2VénérableReconnaissance de l'héroïcité des vertus (obtenue le 9 avril 1990)
3BienheureuseUn miracle attribué à son intercession, vérifié scientifiquement et théologiquement
4SainteUn second miracle, après la béatification

Lecture du tableau : Catherine McAuley a franchi les deux premières étapes du processus de canonisation ; sa cause se trouve aujourd'hui au milieu de la troisième étape, dans l'attente de la reconnaissance d'un miracle.[68]

Le miracle actuellement à l'étude

La postulatrice de la cause, sœur Brenda Dolphin, a examiné au fil des années plusieurs dizaines de guérisons rapportées à l'intercession de Catherine McAuley, sans qu'aucune ne remplisse, jusqu'ici, les critères d'inexplicabilité scientifique exigés par l'Église.[69] Un cas plus récent, la guérison en 2016 d'un nourrisson gravement atteint, a cependant été retenu, examiné de manière rigoureuse par un tribunal diocésain, et se trouve désormais à l'étude au niveau du Saint-Siège.[70] L'issue de cet examen romain déterminera si Catherine McAuley peut accéder à la béatification.

L'héritage aujourd'hui

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Deux siècles après la fondation de Baggot Street, les Sœurs de la Miséricorde comptent des milliers de religieuses réparties en communautés autonomes sur tous les continents, unies par la même intuition fondatrice : la miséricorde vécue concrètement, au contact direct des pauvres, des malades et des ignorants, sans clôture ni distance.[71] L'ancienne Maison de la Miséricorde de Baggot Street, restaurée à partir de 1994 et ouverte par la présidente d'Irlande Mary Robinson, est aujourd'hui le Mercy International Centre, lieu de mémoire et de pèlerinage pour la grande famille des Sœurs de la Miséricorde à travers le monde.

La figure de Catherine McAuley rejoint, dans la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu, celle d'autres fondateurs et fondatrices reconnus par l'Église pour l'héroïcité de leurs vertus, comme la vénérable Marthe Robin, fondatrice des Foyers de Charité, ou le vénérable Henri Caffarel, fondateur des Équipes Notre-Dame. Comme eux, elle rappelle qu'une œuvre née d'une fidélité silencieuse et d'un héritage providentiel peut, en un peu plus d'une décennie, se répandre sur plusieurs continents dès lors qu'elle demeure fondée sur la Croix et sur la confiance en la Providence.

  1. 29 septembre 1778
    Naissance près de Dublin

    Catherine McAuley naît de James McAuley, catholique, et d'Elinor Conway.

  2. 1798
    Mort de sa mère

    Orpheline de père depuis 1783, elle perd aussi sa mère à vingt ans ; la famille se disperse.

  3. 1803-1822
    Les années de Coolock

    Gouvernante du couple Callaghan, elle instruit en secret domestiques et enfants pauvres dans la foi catholique.

  4. 1822
    Légataire universelle

    À la mort de William Callaghan, elle hérite d'une fortune considérable qu'elle destine aux pauvres de Dublin.

  5. 24 septembre 1827
    Ouverture de la Maison de la Miséricorde

    La Maison de Baggot Street ouvre ses portes, jour de la fête de Notre-Dame de la Miséricorde.

  6. 1827-1830
    La controverse des « religieuses piétonnes »

    Une partie du clergé et des laïcs de Dublin conteste cette œuvre de laïques non cloîtrées.

  7. 12 décembre 1831
    Fondation des Sœurs de la Miséricorde

    Catherine et deux compagnes prononcent leurs vœux devant l'archevêque Daniel Murray.

  8. 1831-1841
    Neuf fondations en dix ans

    La congrégation s'étend en Irlande puis en Angleterre (Bermondsey, Birmingham).

  9. 6 juin 1841
    Approbation pontificale de la Règle

    Le pape Grégoire XVI confirme la Règle et les Constitutions des Sœurs de la Miséricorde.

  10. 11 novembre 1841
    Mort à Dublin

    Catherine meurt à Baggot Street ; ses derniers mots : « Mon legs à la Congrégation, c'est la Charité. »

  11. 9 avril 1990
    Déclarée vénérable

    Le pape saint Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité de ses vertus.

Pour aller plus loin

  • Découvrir la vénérable Marthe Robin et le vénérable Henri Caffarel : d'autres fondateurs du XIXᵉ et du XXᵉ siècle en chemin vers les autels.
  • Approfondir la justice et la miséricorde de Dieu : le fondement théologique de toute l'œuvre de Catherine McAuley.
  • Lire Comment grandir dans la charité et Que disent les saints sur la charité ? : deux portes d'entrée dans l'esprit de miséricorde qu'elle a incarné.
  • Lire Comment grandir dans l'oraison : la prière de l'Écriture qui a nourri toute sa vie intérieure, des années cachées de Coolock jusqu'à sa mort.
  • Retenir l'essentiel : la vénérable Catherine McAuley (1778-1841), fidèle à sa foi catholique au milieu d'un entourage hostile, a consacré à quarante-quatre ans un héritage providentiel à la fondation de la Maison de la Miséricorde de Dublin, puis des Sœurs de la Miséricorde, congrégation active et non cloîtrée aujourd'hui répandue sur tous les continents. Déclarée vénérable par saint Jean-Paul II le 9 avril 1990, elle attend la reconnaissance d'un miracle pour sa béatification.

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), « Catherine McAuley » : en.wikipedia.org/wiki/Catherine_McAuley. Notice de référence — naissance le 29 septembre 1778, mort le 11 novembre 1841 à Baggot Street, service chez les Callaghan à partir de 1803, héritage en 1822, ouverture de la Maison de la Miséricorde le 24 septembre 1827, fondation des Sœurs de la Miséricorde le 12 décembre 1831 sous l'archevêque Daniel Murray, expansion à Tullamore, Charleville, Cork, Carlow, Galway, Limerick, Birr, Bermondsey et Birmingham, approbation de la Règle par Grégoire XVI le 6 juin 1841, cent religieuses et dix fondations à la mort de la fondatrice, ouverture du procès de béatification en 1978 par Paul VI, déclaration de vénérabilité en 1990 par Jean-Paul II. Sert de recoupement pour l'ensemble des dates.

    1 7 8 22 24 30 34 38 41 63
  2. Mercy International Association, « Venerable Catherine McAuley: Aspects of her Life and Spirituality » : mercyworld.org/library/venerable-catherine-mcauley213. Étude officielle de spiritualité — définition de la miséricorde comme « voie tracée par le Christ », spiritualité de la Croix et du psautier durant les années de Coolock, humilité envers sœur Clare Augustine Moore et le docteur Walter Meyler, noviciat à cinquante-deux ans, citation « si l'Ordre est mon œuvre... ».

    2 15 16 29 32 33 42 43 44 51 52
  3. Wikipédia (FR), « Sœurs de la Miséricorde » : fr.wikipedia.org/wiki/Sœurs_de_la_Miséricorde. Notice sur la congrégation — fondation le 12 décembre 1831 par Catherine McAuley, Mary Ann Doyle et Elizabeth Harley, reconnaissance par l'archidiocèse de Dublin, surnom de « religieuses piétonnes », expansion en Angleterre, aux États-Unis (1843), en Australie (1846), puis dans le monde entier.

    3 27 35 36 71
  4. Congregation of the Sisters of Mercy (Irlande), « The Cause For The Canonisation Of Catherine McAuley » : sistersofmercy.ie/2009/05/cause-for-the-canonisation-of-catherine-mcauley. Source officielle de la congrégation en Irlande — rôle de la postulatrice sœur Brenda Dolphin, dix-sept guérisons examinées sans conclusion probante à la date de l'article, dossiers en cours aux États-Unis et aux Philippines, exigence d'un miracle pour la béatification puis d'un second pour la canonisation.

    4
  5. Mercy International Association, « The Beginning » (chronologie générale) : mercyworld.org/catherine/chronology. Chronologie officielle — dates de naissance, de mort des parents, du service chez les Callaghan à partir de 1803, de l'installation à Coolock en 1809, de la mort de Catherine Callaghan le 3 octobre 1819, du codicille de William Callaghan le 27 janvier 1822 et de sa mort le 10 novembre 1822, du bail de Baggot Street le 22 juin 1824, de la mort de Mary McAuley le 11 août 1827.

    5 6 9 12 14 19 20 21 23
  6. Mercy International Association, « The Family and Catherine McAuley » : mercyworld.org/spirituality/the-family-and-catherine-mcauley. Étude officielle sur la famille McAuley — frère James (né 1783, protestant, chirurgien militaire, présent à la mort de Catherine), sœur Mary (mariée en 1804, morte de tuberculose en 1827, réconciliée secrètement avec l'Église catholique), couple Callaghan (conversion de Catherine Callaghan en 1819, rapprochement inachevé de William Callaghan avant sa mort en 1822).

    10 11 13 17 18 57
  7. Mercy International Association, « Foundation » (chronologie) : mercyworld.org/catherine/chronology/foundation. Chronologie officielle détaillée — permissions de l'archevêque Daniel Murray en 1828-1829, entrée au noviciat de George's Hill le 8 septembre 1830, début du noviciat canonique le 9 décembre 1830.

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  8. Mercy International Association, « Introducing Catherine » : mercyworld.org/catherine/introducing-catherine. Présentation officielle — accusation d'« upstart » et opposition à son œuvre, fondation personnelle de neuf communautés en Irlande et en Angleterre entre 1836 et 1841 par diligence puis chemin de fer, demande d'une tasse de thé réconfortante sur son lit de mort, citation sur la petitesse du monde et la grandeur du ciel.

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  9. Sisters of Mercy of the Americas, « Meet Catherine, part 1: Hospitality » : sistersofmercy.org/meet-catherine-hospitality. Citations sur l'hospitalité et la charité envers les pauvres, épidémie de choléra de 1832, demande de la tasse de thé pour les sœurs.

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  10. Mercy International Association, « The Suscipe of Catherine McAuley » : mercyworld.org/library/the-suscipe-of-catherine-mcauley. Texte intégral du Suscipe d'après le manuscrit de Limerick, en anglais, avec sa traduction française reprise dans le corps de l'article. Début du texte original : « My God, I am Thine for all eternity. Teach me to cast myself entirely into the arms of Thy loving Providence with the most lively, unlimited confidence in Thy compassionate, tender pity. »

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  11. Sisters of Mercy of the Americas, « Meet Catherine, part 3: Prayer » : sistersofmercy.org/meet-catherine-part-3-prayer. Spiritualité de la prière — psautier de Jésus, sept psaumes de la pénitence, méditation sur l'Évangile, citation sur la vie comme acte continuel de louange, mention de la déclaration de vénérabilité en 1990.

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  12. Mercy International Association, « Canonisation Cause » : mercyworld.org/catherine/canonisation-cause. Site officiel international de la famille des Sœurs de la Miséricorde — ouverture de la cause en 1978, déclaration de vénérabilité le 9 avril 1990, étapes du procès de canonisation, guérisons examinées sans succès par la postulatrice sœur Brenda Dolphin, guérison d'un nourrisson en 2016 étudiée par un tribunal diocésain puis transmise à Rome, citation sur la sainteté comme fidélité aux actions quotidiennes.

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  13. Sisters of Mercy of the Americas, « Remembrance of the Death of Catherine McAuley » : sistersofmercy.org/catherine-death-remembrance. Récit officiel de la mort de Catherine McAuley le 11 novembre 1841 — maladie, paroles à son médecin et à ses sœurs, destruction des instruments de pénitence, mort tenant crucifix et chapelet.

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