Vénérable Marie d'Agreda (1602-1665)

La vénérable Marie d'Agreda (1602-1665), abbesse espagnole conceptionniste, rédigea sous obéissance La Cité mystique de Dieu et conseilla vingt-deux ans le roi Philippe IV par plus de 600 lettres. Déclarée vénérable en 1679, sa cause connut un double veto pontifical unique dans l'histoire de l'Église.

Ignispedia

La vénérable Marie d'Agreda (1602-1665), en religion sœur Marie de Jésus, est une religieuse espagnole de l'ordre conceptionniste demeurée l'une des figures mystiques les plus lues, les plus discutées et les plus singulières de l'histoire catholique moderne. Abbesse de son monastère d'Ágreda dès l'âge de vingt-cinq ans, elle rédigea, sous la contrainte répétée de l'obéissance, un immense ouvrage de théologie mariale — La Cité mystique de Dieu — qu'elle présente comme dicté par la Vierge Marie elle-même, révélant depuis la Conception immaculée jusqu'au Couronnement céleste toute la « vie divine » de la Mère de Dieu.[1][2] Pendant vingt-deux ans, de 1643 jusqu'à sa mort, elle fut également la correspondante et la conseillère spirituelle, morale et parfois politique du roi Philippe IV d'Espagne, avec lequel elle échangea plus de six cents lettres conservées jusqu'à aujourd'hui.[3][4]

Née le 2 avril 1602 dans une famille de petite noblesse castillane, elle entra en religion avec sa mère et sa sœur lorsque la maison familiale se transforma elle-même en monastère, tandis que son père et ses deux frères rejoignaient les Franciscains.[5][6] Sujette dès l'adolescence à des extases, des ravissements et des lévitations que ses contemporains jugèrent extraordinaires, elle reçut en 1627, dit-elle, l'ordre de la Vierge Marie d'écrire son histoire — commandement auquel elle résista plusieurs années par pure humilité avant de s'y soumettre, de voir son manuscrit brûlé sur ordre d'un confesseur méfiant, puis de le reconstituer entièrement sur l'ordre d'un directeur spirituel suivant.[7][8]

Peu d'œuvres mystiques catholiques ont connu une histoire aussi tourmentée que La Cité mystique de Dieu : condamnée par la Sorbonne en 1696, attaquée avec virulence par Bossuet, brièvement inscrite à l'Index par Innocent XI en 1681 puis retirée de la censure à la demande du roi d'Espagne, elle fut ensuite l'objet d'un double veto pontifical — celui de Benoît XIV au XVIIIᵉ siècle, puis celui de Léon XIII en 1887 — qui fait de Marie d'Agreda — selon la formule des historiens de sa cause — un cas unique dans l'histoire de l'Église : la seule femme dont la cause ait été frappée d'un veto papal à deux reprises.[9] Le récit de ses bilocations mystiques vers les tribus jumanos du Nouveau-Mexique espagnol, où des Indiens auraient reçu la visite d'une « Dame en bleu » avant même l'arrivée de tout missionnaire, ajouta à sa renommée une dimension quasi légendaire, aujourd'hui étudiée en détail dans l'article Ignispedia consacré aux bilocations mystiques.[10][11]

Morte le 24 mai 1665, vénérée par une foule immense dès sa dépouille exposée, Marie d'Agreda fut déclarée vénérable en 1679, à peine quatorze ans après sa mort — mais sa cause, jamais close, jamais condamnée dans sa personne, demeure aujourd'hui encore ouverte, portée depuis 1987 par un mouvement de réhabilitation international.[12] Cet article appartient à la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu, aux côtés du vénérable Fulton Sheen, du vénérable Henri Caffarel et du vénérable Jérôme Lejeune.

Biographie

En quelques dates

Repères biographiques d’après les sources citées dans cette section. Infographie originale Ignispedia créée par IA.
La vocation familiale à Ágreda, d’après les notices biographiques citées ci-dessous. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant d'entrer dans le détail, quelques repères situent la vie de Marie d'Agreda : née à Ágreda en 1602, entrée en religion avec sa mère et sa sœur en 1618-1619, professe le 2 février 1620, élue abbesse en 1627 à vingt-cinq ans, chargée par une apparition mariale d'écrire La Cité mystique de Dieu la même année, entamant la rédaction en 1637, entrant en correspondance avec le roi Philippe IV en 1643, achevant la version définitive de son œuvre entre 1655 et 1660, morte le 24 mai 1665, cause de béatification introduite dès 1671-1672, déclarée vénérable en 1679.[13][14][15]

Une famille qui devient un monastère (1602-1620)

Marie d'Agreda naît le 2 avril 1602 à Ágreda, petite ville de Vieille-Castille proche de la frontière aragonaise, dont elle portera toute sa vie le nom.[16][17] Ses parents, Francisco Coronel et Catalina de Arana, appartiennent à la petite noblesse locale ; le couple eut plusieurs enfants, dont quatre survécurent à l'âge adulte.[18][19] Dès l'éveil de sa raison, rapportent les biographes anciens, l'enfant entend une voix intérieure qui l'appelle, en substance, à revenir à Dieu et à quitter les choses terrestres ; à huit ans, elle a l'inspiration d'offrir à Dieu sa virginité ; à douze ans, elle fait connaître à ses parents sa vocation religieuse.[20]

Sa mère, Catalina, reçut alors — selon la tradition biographique — l'inspiration que la maison familiale elle-même devînt un monastère plutôt que de voir sa fille partir au couvent des Carmélites déchaussées de Tarazona qu'elle avait d'abord envisagé.[21] Le père, après trois années de résistance à l'idée de quitter sa propre maison, entra chez les Franciscains avec ses deux fils en 1618, tandis que la mère fondait dans la demeure familiale un monastère de l'ordre de l'Immaculée Conception, placé sous la juridiction des Frères mineurs.[22][23] Marie et sa sœur y entrèrent avec leur mère à la charnière de 1618-1619 — les sources hésitent entre le 16 août 1618 et janvier 1619 selon qu'elles datent la fondation ou l'entrée formelle des trois femmes.[24][25] La profession religieuse eut lieu le 2 février 1620, jour de la Purification de Notre-Dame, devant le père de Marie devenu lui-même Frère du Très Saint-Sacrement.[26][27]

Abbesse à vingt-cinq ans (1627)

À peine âgée de vingt-cinq ans, Marie d'Agreda fut jugée, par son jugement et sa vertu, digne d'être élue abbesse de sa communauté — une élection qui nécessita une dispense pontificale, l'âge canonique ordinaire étant plus élevé.[28][29] Ses consœurs la réélurent à cette charge pendant près de trente-cinq ans, à l'exception d'un intervalle d'environ trois ans dans la première moitié des années 1650, avant qu'elle ne reprenne le gouvernement du monastère jusqu'à sa mort en 1665.[30][31] Cette continuité exceptionnelle dans une charge normalement soumise à rotation triennale témoigne, pour ses contemporaines comme pour les historiens qui ont étudié son gouvernement, d'une autorité morale et d'une prudence de gestion peu communes chez une religieuse de son âge lors de sa première élection.[32]

Une mystique aux phénomènes extraordinaires

Extases, ravissements et lévitations

Le monastère de la Conception, photographié le 27 août 2012. Diego Delso — Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0. Reproduction sans retouche.

Dès le début de sa vie religieuse, Marie d'Agreda fut favorisée, rapportent ses biographes, de grâces mystiques peu ordinaires : apparition de la Reine des anges tenant son Fils sous la forme d'un très bel enfant, vision d'une colombe rayonnante à la Pentecôte suivante, contemplation du Seigneur dans l'appareil de sa Passion.[33] À partir de dix-huit ans, les extases et les ravissements devinrent si fréquents qu'elle ne put plus les dissimuler : après la communion, elle tombait en extase, le corps insensible, soulevé de terre selon ces récits, et devenu si léger, disent-ils, qu'un simple souffle l'aurait remué de loin comme une plume, un état qui durait parfois deux ou trois heures.[34] L'opinion publique s'émouvant de ces phénomènes extérieurs, la religieuse obtint du Ciel, disent les mêmes sources, d'en être délivrée — mais Dieu continua, ajoute la tradition, à la visiter en secret.[35]

Les bilocations : la « Dame en bleu » chez les Indiens jumanos

L'épisode qui valut à Marie d'Agreda sa renommée la plus large hors d'Espagne concerne des voyages mystiques qu'elle affirma avoir accomplis, sans quitter son corps physique de Castille, vers les provinces amérindiennes du Nouveau-Mexique et du Texas actuels, entre environ 1620 et 1631. Des Indiens jumanos se présentèrent aux missionnaires franciscains de la région pour demander le baptême, expliquant qu'une jeune femme vêtue de bleu leur avait rendu visite à plusieurs reprises, leur avait enseigné le catéchisme et leur avait ordonné de rechercher des prêtres pour recevoir les sacrements.[36] Interrogée par ses supérieurs, María reconnut avoir « prêché l'Évangile à de nombreux peuples » lors de ces expériences, sans pouvoir toujours préciser si sa présence là-bas était corporelle ou d'une autre nature.[37] L'Inquisition espagnole l'examina deux fois, en 1635 et en 1650, sans jamais formuler de condamnation à son endroit.[38][39] Ce dossier fascinant — sources, enquêtes, débats théologiques sur la nature du phénomène — est traité en détail, avec l'ensemble des cas comparables de l'histoire chrétienne, dans l'article Ignispedia consacré aux bilocations ; le présent article s'en tient au rôle biographique de l'épisode dans la vie de Marie d'Agreda, abbesse d'Ágreda dont la réputation franchit alors, pour la première fois, les frontières de la Castille.

L'œuvre : la rédaction de La Cité mystique de Dieu

La commande de 1627 et la résistance de l'humilité

Les étapes de rédaction, d’après l’introduction de La Cité mystique de Dieu et les notices citées dans le texte. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1627, écrit Marie d'Agreda elle-même dans l'introduction de son ouvrage, la Vierge Marie lui apparut pour lui raconter sa propre vie et la charger de l'écrire.[40] Loin de se saisir aussitôt de la plume, la religieuse résista plusieurs années à ce commandement, par humilité et par crainte de présomption — un refus qu'elle raconte elle-même avec une insistance frappante :

« Je différai, ou pour mieux dire, je résistai plusieurs années à leur obéir […] sans avoir osé former le dessein de toucher à un sujet qui est si fort au-dessus de mes forces. » — Vénérable Marie d'Agreda, La Cité mystique de Dieu, Introduction, §12[41]

Elle raconte comment le démon, profitant de ses craintes naturelles, s'efforça de la détourner entièrement de l'entreprise, et comment seule la persévérance de ses supérieurs la retint d'abandonner. Finalement soumise par la vertu d'obéissance, qu'elle compare à celle d'Abraham prêt à sacrifier Isaac, elle conclut sa longue résistance par une formule restée célèbre chez ses commentateurs :

« Je pourrais dire avec Isaïe : Malheur à moi, parce que je me suis tue ! » — Vénérable Marie d'Agreda, La Cité mystique de Dieu, Introduction, §13[42]

Elle précise enfin la posture d'obéissance et d'humilité dans laquelle elle entend écrire, refusant tout magistère personnel :

« Je n'écrirai point comme maîtresse, mais comme disciple ; ce ne sera pas pour enseigner, mais pour apprendre […] Je veux que mon supérieur, mon directeur et mon confesseur soient témoins, et censeurs de cette doctrine. » — Vénérable Marie d'Agreda, La Cité mystique de Dieu, Introduction, §14[43]

L'écriture, l'autodafé et la reconstruction (1637-1660)

Ce n'est qu'en 1637, sur l'ordre explicite de son confesseur franciscain, le P. André de la Torre, que Marie d'Agreda commença réellement la rédaction, composant en vingt jours les quatre cents premières pages de l'ouvrage.[44][45] Mais un confesseur suivant, n'y voyant que des artifices diaboliques, lui ordonna de jeter son manuscrit au feu — ordre auquel elle obéit sans hésiter.[46] Elle raconte elle-même que le Seigneur lui adressa alors des paroles de réconfort et une nouvelle injonction d'écrire :

« Ne te décourage point, ma fille et mon épouse […] Cesse donc d'irriter ma justice et d'être ingrate à ma miséricorde en brûlant ce que tu en écriras. » — Paroles rapportées par la Vénérable Marie d'Agreda, La Cité mystique de Dieu, Introduction, §16[47]

En 1650, un nouveau directeur spirituel, le P. André de Fuenmayor, franciscain, lui commanda de reconstituer entièrement l'ouvrage anéanti.[48] La rédaction définitive s'échelonna, selon les biographes modernes, du 8 décembre 1655 — jour de la fête de l'Immaculée Conception, dont Marie d'Agreda était dévote depuis l'enfance — au 6 mai 1660.[49] Une commission diocésaine rendit un jugement favorable dès 1667, et une commission de huit théologiens franciscains réviseurs servit de base à la première édition, imprimée à Madrid en 1670, munie de nombreuses approbations ecclésiastiques.[50][51]

Une théologie mariale d'inspiration scotiste

Page de titre de l’édition espagnole d’Anvers, Cornelio et la veuve de Henrico Verdussen, 1722. Wikimedia Commons, domaine public.
L’organisation de l’œuvre, d’après la notice bibliographique citée dans cette section. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La Cité mystique de Dieu — que Marie d'Agreda appelle elle-même « Histoire divine » — se présente en huit livres répartis en trois parties, retraçant la vie de la Vierge Marie depuis sa conception dans le plan divin jusqu'à son couronnement au Ciel, entrecoupée d'« instructions » que la Reine du Ciel est censée avoir directement adressées à la voyante.[52][53] L'ouvrage expose notamment, avec une précision doctrinale remarquable pour une religieuse sans formation théologique universitaire, la théorie scotiste de l'Incarnation, que l'on peut résumer ainsi : pour elle, l'union hypostatique fut le premier objet par lequel l'entendement et la volonté de Dieu se manifestèrent au dehors[54] Marie d'Agreda elle-même exprime, au détour d'un chapitre sur la conception de la Vierge, l'expérience d'ineffabilité propre à ce type d'écrit mystique :

« J'avoue d'être ravie et absorbée dans la connaissance et dans la lumière que je reçois de ce grand mystère, et que mon cœur […] se transforme tout en des affections d'admiration, afin d'imposer le silence à ma langue. » — Vénérable Marie d'Agreda, La Cité mystique de Dieu, Première partie, livre I, ch. XVI, § 221[55]

Le retentissement théologique de l'ouvrage dépasse d'ailleurs la seule mariologie descriptive : c'est à Marie d'Agreda que l'article Ignispedia consacré à la question « Luisa est-elle la Femme de Genèse 3, 15 ? » emprunte l'une de ses formules les plus fortes sur l'écrasement de la tête du Serpent par la Vierge, signe de l'ancienneté et de la solidité de cette lecture mariale du protévangile bien avant les débats contemporains sur la question.

Ni approuvée ni condamnée : la position de l'Église

L'histoire éditoriale et doctrinale de La Cité mystique de Dieu est marquée par une controverse d'une ampleur rare pour un ouvrage de spiritualité, opposant des voix hostiles très autorisées à des voix également autorisées qui la défendirent. Le tableau suivant résume les principales étapes de cette bataille théologique et la manière dont l'Église a fini par trancher :

ÉvénementDateTeneurContrepoids ou issue
Décret d'Innocent XI4 août 1681Le Saint-Office interdit la lecture du livreDécret suspendu trois mois plus tard à la demande du roi d'Espagne[56][57]
Critique de Bossuet1691-1697Bossuet juge en substance que l'ouvrage donne pour divines des légendes tirées des écrits les plus apocryphes[58]L'université de Louvain répond en 1715, jugeant en substance que l'ouvrage touche au plus sublime de la théologie[59]
Censure de la Sorbonne17 juillet 1696Condamnée par 102 voix sur 152[60]Les universités d'Alcalá et de Salamanque, entre autres, l'approuvent[61]
Déclaration de la Congrégation des Rites1729Sous l'approbation de Benoît XIIIIl est déclaré « permis de lire et de garder par-devers soi » l'ouvrage[62]

La conclusion la plus stable, formulée en 1729 par la Congrégation des Rites, mérite d'être citée pour sa précision doctrinale : l'Église, en autorisant la lecture du livre, ne garantit pas l'authenticité des révélations rapportées par Marie d'Agreda, mais elle certifie que rien n'y est contraire à la foi ou aux mœurs.[63] C'est très exactement le statut ordinaire d'une révélation privée non approuvée mais non condamnée : un catholique demeure libre d'y adhérer avec prudence ou de s'en abstenir, sans que l'un ou l'autre choix n'engage sa foi. Aujourd'hui largement reçue dans la piété mariale catholique et traduite dans toutes les langues, l'œuvre de Marie d'Agreda se range, par son volume et son statut de corpus mystique majeur jamais officiellement condamné, aux côtés d'autres grands corpus visionnaires étudiés par Ignispedia, comme La Douloureuse Passion de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich ou L'Évangile tel qu'il m'a été révélé de Maria Valtorta.

La conseillère du roi Philippe IV d'Espagne

La rencontre de 1643

Philippe IV, vers 1653, par Diego Vélasquez, musée du Prado. Wikimedia Commons, domaine public.

En 1643, le roi Philippe IV d'Espagne, alors en déplacement vers le front d'Aragon dans le contexte des révoltes de Catalogne et du Portugal, s'arrêta à Ágreda et rencontra l'abbesse dont la réputation de sainteté s'était répandue jusqu'à la cour de Madrid.[64][65] De cette rencontre naquit une correspondance suivie, maintenue sans interruption jusqu'à la mort de Marie d'Agreda vingt-deux ans plus tard.[66][67]

Une correspondance de vingt-deux ans, plus de six cents lettres

Les historiens estiment à plus de six cents lettres l'ensemble de cette correspondance conservée, dont une partie — quarante-sept lettres accompagnées de documents annexes — est aujourd'hui conservée à la Kenneth Spencer Research Library de l'université du Kansas.[68][69] Contrairement à ce que l'on pourrait attendre d'un échange purement dévotionnel, les lettres du roi et de la religieuse abordent aussi bien les vertus du prince, la conception du gouvernement dans ses rapports avec les ministres, les conseils et le favori, la connaissance et le traitement des sujets, le comportement à tenir envers les puissances européennes en temps de paix comme de guerre, que la confiance en la Providence divine soutenant la monarchie hispanique selon un providentialisme marqué.[70] Une étude universitaire consacrée à cette correspondance souligne qu'elle ne se limite jamais au registre spirituel, mais traite aussi de questions de gouvernance que la religieuse résolvait toujours « à partir de la morale et du bon sens ».[71]

Vingt-deux ans d’échanges spirituels et politiques, d’après l’exposition de l’université Complutense de Madrid citée ci-dessus. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette situation demeure exceptionnelle pour l'époque : une femme étrangère à la dynastie régnante, cloîtrée dans un couvent de province, en vint à exercer sur le souverain une influence comparable, selon certains historiens, à celle des confesseurs royaux qui disposaient traditionnellement d'un accès privilégié au pouvoir.[72] Philippe IV, traversant les épreuves de la défaite de Rocroi (1643), des révoltes séparatistes et du déclin progressif de l'hégémonie espagnole en Europe, trouva dans cette correspondance un espace de confidence morale et spirituelle qu'il ne trouvait apparemment pas ailleurs à la cour.[73][74]

La fin d'une amitié spirituelle (1665)

La correspondance s'acheva avec la mort de Marie d'Agreda, le 24 mai 1665. Philippe IV lui survécut à peine quatre mois : il mourut à Madrid le 17 septembre 1665, la même année que sa correspondante et conseillère de vingt-deux ans — coïncidence funèbre qui clôt, presque symboliquement, l'un des dialogues épistolaires les plus singuliers entre un monarque et une religieuse cloîtrée dans toute l'histoire de la monarchie espagnole.

Mort et vénération immédiate (24 mai 1665)

Marie d'Agreda mourut le 24 mai 1665, jour de la Pentecôte cette année-là, à l'âge de soixante-trois ans.[75][76] Une foule immense entoura aussitôt le monastère pour vénérer sa dépouille, au point que le gouverneur de la ville dut employer la force pour la dégager.[77] Sa fête liturgique, dans les calendriers propres qui la commémorent, est fixée au 24 mai.[78]

Une cause de béatification unique dans l'histoire de l'Église

L'ouverture de la cause et le titre de Vénérable (1671-1679)

Repères sélectionnés d’après les notices et le site de la cause cités dans cette section ; le détail des étapes figure dans la chronologie ci-dessous. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Devant les prodiges attribués à son intercession, la cause de Marie d'Agreda fut introduite en cour de Rome dès 1671-1672, à la demande de la couronne d'Espagne.[79][80] Le procès apostolique eut lieu en 1679, année où la servante de Dieu fut déclarée « vénérable » — reconnaissance obtenue à peine quatorze ans après sa mort, un délai remarquablement court pour l'époque.[81][82] (Certaines notices attribuent cette déclaration au pape Clément X ; mais Clément X étant mort en 1676, un acte de 1679 relève du pontificat d'Innocent XI, engagé en 1676.)[83][84]

La tempête doctrinale (1681-1729)

À peine le titre de vénérable acquis, l'ouvrage qui avait fait sa renommée déclencha une tempête théologique de grande ampleur, résumée dans le tableau ci-dessus : interdiction provisoire par Innocent XI en 1681, condamnation de la Sorbonne en 1696, attaques répétées de Bossuet, mais aussi soutiens fermes de l'université de Louvain en 1715 et, finalement, la déclaration de 1729 autorisant la lecture de l'ouvrage sans en garantir l'authenticité surnaturelle.[85] Cette controverse, aussi vive fût-elle, ne remit jamais en cause la personne de Marie d'Agreda ni son titre de vénérable : elle porta exclusivement sur le statut théologique d'un texte de révélation privée, distinction que l'Église a toujours maintenue avec soin dans ce type de dossier.

Le double veto pontifical (1748-1887)

C'est au siècle suivant que la cause connut ses épisodes les plus extraordinaires. Le pape Clément XI retira La Cité mystique de Dieu de l'Index, mais la commission chargée de l'examiner n'aboutit à aucune conclusion positive ; Benoît XIII ordonna que la cause se poursuive sans nouvel examen, mais cette disposition fut invalidée après sa mort.[86] Dans les années 1730-1740, Benoît XIV confia l'examen des écrits à une commission spéciale : un rapport d'expert authentifia le manuscrit original, mais le pape rendit néanmoins un document sévère, classé au château Saint-Ange, mettant en garde tout futur pape contre les inconvénients d'une approbation de l'ouvrage.[87] Clément XIII approuva ensuite l'ensemble des écrits de Marie d'Agreda, à l'exception explicite de La Cité mystique de Dieu.[88]

Clément XIV tenta de rouvrir le dossier, soutenu par le roi d'Espagne Charles III, mais une séance de la Congrégation des Rites en 1773, où fut relu le document secret de Benoît XIV, produisit un effet négatif sur les participants et enterra à nouveau la tentative.[89] Enfin, le 19 décembre 1887, le pape Léon XIII décréta un « silence absolu » renouvelé sur l'ensemble du dossier — faisant de Marie d'Agreda, selon la formule des historiens de sa cause, « la seule femme touchée par un double veto pontifical ».[90]

  1. 24 mai 1665
    Mort de Marie d'Agreda
    Ágreda, jour de la Pentecôte

    Foule immense autour du monastère ; le gouverneur doit employer la force pour la disperser.[91]

  2. 1671-1672
    Ouverture de la cause
    À la demande de la couronne d'Espagne

    Introduction du procès en cour de Rome par la Congrégation des Rites.[92][93]

  3. 1679
    Déclaration de Vénérable
    Procès apostolique

    Marie d'Agreda est déclarée « vénérable », quatorze ans après sa mort.[94][95]

  4. 4 août 1681
    Décret d'Innocent XI
    Interdiction provisoire

    La Cité mystique de Dieu est interdite de lecture, puis le décret est suspendu trois mois plus tard à la demande du roi d'Espagne.[96]

  5. 17 juillet 1696
    Condamnation de la Sorbonne
    102 voix sur 152

    La faculté de théologie de Paris censure l'ouvrage ; Bossuet mène la charge.[97][98]

  6. 1715
    Approbation de Louvain
    Contrepoids théologique

    L'université juge en substance que l'ouvrage touche au plus sublime de la théologie.[99]

  7. 1729
    Déclaration de la Congrégation des Rites
    Sous Benoît XIII

    Lecture autorisée, sans garantie d'authenticité mais sans rien de contraire à la foi ou aux mœurs.[100]

  8. Années 1740
    Document secret de Benoît XIV
    Classé au château Saint-Ange

    Malgré un rapport d'expert authentifiant le manuscrit, mise en garde des futurs papes.[101]

  9. 19 décembre 1887
    « Silence absolu » de Léon XIII
    Double veto pontifical

    Marie d'Agreda devient la seule femme dont la cause fut frappée d'un double veto papal.[102]

  10. 1987-1993
    Renouveau de la cause
    Année mariale et béatification de Duns Scot

    Nouvelle dynamique après un siècle de silence — cf. section suivante.[103]

Le renouveau depuis 1987

Après plus d'un siècle d'inactivité consécutif au décret de Léon XIII, l'année mariale de 1987-1988 relança l'espoir d'une reprise du dossier.[104] En 1988, le feuillet informatif de la cause reçut l'approbation nécessaire à sa publication, marquant la reprise officielle des démarches.[105] En 1989, deux développements majeurs survinrent : les reliques de la vénérable furent transférées du musée du monastère à l'église conventuelle le 20 mai, et l'évêque d'Osma-Soria adressa au Saint-Siège une pétition demandant des investigations pour clarifier les accusations historiques pesant sur l'ouvrage.[106] En 1991, la relance de la cause du théologien franciscain Jean Duns Scot — dont Marie d'Agreda avait précisément défendu la théologie scotiste de l'Incarnation dans son œuvre —, couronnée par sa béatification par Jean-Paul II le 20 mars 1993[107], redonna un nouvel élan à sa propre cause de réhabilitation.[108] Un dossier fut alors préparé pour la Congrégation pour les causes des saints, et un théologien désigné par cette dernière entreprit une étude approfondie du dossier.[109] La cause demeure, à ce jour, au statut de vénérable, sans nouvelle étape officiellement franchie depuis, mais activement portée par des associations mariales en Espagne et à l'étranger.

Postérité et réception

Une œuvre « aujourd'hui largement reçue »

Édition espagnole et traduction française de Thomas Crozet, d’après la notice éditoriale citée dans le texte. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Malgré deux siècles de controverse institutionnelle, La Cité mystique de Dieu a été traduite dans de nombreuses langues européennes et rééditée sous de nombreuses formes abrégées, devenant un classique de la piété mariale catholique bien au-delà de l'Espagne.[110] La meilleure traduction française reste celle du P. Thomas Crozet, récollet, entreprise sur ordre du ministre général des Franciscains et publiée à Bruxelles en 1715 — l'édition à partir de laquelle sont tirées les citations directes du présent article.[111] Par son volume — environ trois mille pages dans l'édition française —, l'œuvre de Marie d'Agreda se range aux côtés des plus grands corpus mystiques dictés de l'histoire chrétienne, comparable à La Douloureuse Passion de la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich (environ 1 500 pages) ou, dans un tout autre siècle, à l'œuvre de Maria Valtorta (environ 15 000 pages manuscrites) — en distinguant les statuts : la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich est béatifiée, l'ouvrage de la vénérable Marie d'Agreda est en lecture autorisée depuis 1729, tandis que le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a déclaré le 22 février 2025 (communiqué publié le 4 mars) que les « visions », « révélations » et « communications » contenues dans les écrits de Maria Valtorta « ne peuvent être considérées comme d'origine surnaturelle ».[112]

Une influence mariale durable

Au-delà de la controverse sur son authenticité surnaturelle, l'ouvrage de Marie d'Agreda a laissé une empreinte durable sur la mariologie catholique, notamment par sa lecture de Genèse 3, 15 appliquant à la Vierge le combat contre le Serpent — lecture aujourd'hui encore discutée dans l'article Ignispedia « Luisa est-elle la Femme de Genèse 3, 15 ? », qui la cite comme témoin ancien d'une tradition mariale bien antérieure aux débats contemporains sur la Femme de l'Apocalypse.[113] Cette continuité entre une mystique du Siècle d'or espagnol et des débats mariologiques du XXᵉ siècle illustre la manière dont un texte jamais officiellement approuvé peut néanmoins irriguer durablement la piété et la réflexion catholiques, pourvu qu'il ne contredise aucun dogme — exactement le statut que l'Église lui reconnaît depuis 1729.

Une figure toujours vénérée

Le monastère de l'Immaculée Conception d'Ágreda demeure aujourd'hui un lieu de pèlerinage, et un site officiel dédié à la cause de la vénérable, mis en place à l'occasion du quatrième centenaire de sa naissance en 2002, continue de documenter en plusieurs langues l'histoire de sa vie, de son œuvre et de sa cause.[114] Reine sans couronne d'un dialogue épistolaire avec un monarque, mystique dont le corpus visionnaire reste le plus discuté de l'histoire catholique moderne, et sujette d'une cause unique en son genre par ses deux vetos pontificaux successifs, Marie d'Agreda demeure une figure irréductible aux catégories ordinaires de la sainteté reconnue : ni condamnée, ni béatifiée, elle continue d'attendre, près de quatre siècles après sa mort, l'issue d'un procès que son humilité même — celle qui la fit résister des années à l'ordre de prendre la plume — semble avoir anticipée comme la juste part d'une âme qui ne prétendait jamais « écrire comme maîtresse, mais comme disciple ».

Pour aller plus loin

  • Approfondir Les bilocations : l'ensemble du dossier sur le phénomène mystique de la bilocation, avec l'analyse détaillée du cas jumano attribué à Marie d'Agreda.
  • Lire Luisa est-elle la Femme de Genèse 3, 15 ? : où l'autorité mariale de La Cité mystique de Dieu est directement citée et discutée.
  • Découvrir la bienheureuse Anne-Catherine Emmerich : une autre grande mystique dictée, dont l'œuvre partage avec celle de Marie d'Agreda un statut de révélation privée jamais dogmatiquement tranchée.
  • Découvrir Maria Valtorta : le plus volumineux corpus mystique dicté de l'histoire chrétienne, souvent comparé à celui de Marie d'Agreda.
  • Lire Sainte Brigitte de Suède : une autre grande visionnaire médiévale ayant, elle aussi, conseillé rois et papes de son temps.
  • Lire le bienheureux Jean Duns Scot : le théologien franciscain dont Marie d'Agreda défendit la théorie de l'Incarnation, et dont la béatification de 1993 redonna un nouvel élan à sa propre cause.
  • Lire le vénérable Fulton Sheen et le vénérable Jérôme Lejeune : deux autres causes de la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu.
  • Retenir l'essentiel : la vénérable Marie d'Agreda (1602-1665), abbesse conceptionniste d'Ágreda dès vingt-cinq ans, rédigea sous obéissance La Cité mystique de Dieu, immense « histoire divine » de la Vierge Marie, et conseilla vingt-deux durant le roi Philippe IV d'Espagne par plus de six cents lettres. Déclarée vénérable en 1679, sa cause traversa la controverse théologique la plus violente qu'ait connue un texte mystique catholique moderne — jusqu'à un double veto pontifical unique dans l'histoire de l'Église — sans jamais que sa personne ne fût mise en cause. Le renouveau de sa cause depuis 1987 maintient vivante, près de quatre siècles après sa mort, l'attente d'une reconnaissance que son humilité proverbiale semblait elle-même avoir remise tout entière entre les mains de Dieu.

Notes et références

  1. « Note de l'éditeur sur Marie d'Agréda », préface à La Cité Mystique de Dieu, miracle de toute puissance, abyme de la grâce. Histoire divine et vie de la très sainte Vierge Marie, trad. P. Thomas Crozet, éd. authentique, Bruxelles, 1715 (3 vol. in-4°) — exemplaire numérisé conservé dans la bibliothèque personnelle de Benoît Plaut, dossier « 1665 - Marie d'Agréda ». Source des dates de naissance (2 avril 1602) et de mort (24 mai 1665), des noms des parents (François Coronel et Catherine d'Arena), de l'entrée en religion (16 août 1618), de la profession (2 février 1620), de l'élection comme abbesse à vingt-cinq ans et de sa durée (trente-cinq ans), de l'apparition de 1627, de sa longue résistance, de l'ordre d'écrire de 1637 donné par le P. André de la Torre, de l'autodafé du manuscrit, de l'ordre de reconstruction de 1650 donné par le P. André de Fuenmayor, de la publication à Madrid en 1670, de la foule lors de ses funérailles, de l'introduction de la cause le 21 novembre 1671 et du procès apostolique de 1679.

    1 5 7 13 17 18 22 24 28 35 40 44 46 48 50 77 79 81 91 92 94 110 111
  2. Catholic Encyclopedia (New Advent), « Marie de Agreda » : newadvent.org/cathen/01229a.htm. Source de l'entrée au couvent en janvier 1619, de l'élection comme abbesse par dispense pontificale à vingt-cinq ans, de la rédaction commencée en 1637 (quatre cents pages en vingt jours), de la reconstruction ordonnée une troisième fois en 1655 et achevée en 1660, de la publication à Madrid en 1670, du vote de condamnation de la Sorbonne (102 voix sur 152) le 17 juillet 1696, du jugement de Bossuet, de la mort le 24 mai 1665 et de l'introduction de la cause de canonisation le 21 juin 1672 à la demande de la cour d'Espagne.

    2 25 29 32 45 60 80 93 97
  3. Wikipédia (FR), « Marie d'Agréda » : fr.wikipedia.org/wiki/Marie_d'Agréda. Source de l'entrée en religion le 13 janvier 1619, de l'élection comme abbesse en 1627 avec l'intervalle de 1652 à 1655, de la rédaction reprise du 8 décembre 1655 au 6 mai 1660, du jugement favorable de la commission diocésaine en 1667 et de la commission de huit théologiens franciscains ayant préparé l'édition de 1670, du chiffre de 614 lettres échangées avec Philippe IV, des approbations des universités d'Alcalá et de Salamanque, et de la déclaration de vénérable en 1679.

    3 15 31 49 51 61 68 82 84 95
  4. Universidad Complutense de Madrid, exposition virtuelle Religiosa itinera. El mundo de los religiosos en la Monarquía de los Austrias (1500-1700), page « Una consejera del rey. El caso de sor María de Ágreda » : ucm.es/religiosaitinera/una-consejera-del-rey. Source du contenu politique, diplomatique et militaire de la correspondance avec Philippe IV, de la formule sur le conseil donné « à partir de la morale et du bon sens », et du caractère exceptionnel de l'influence exercée par une femme étrangère à la dynastie régnante.

    4 67 70 71 72 73
  5. Wikipedia (EN), « Mary of Jesus of Ágreda » : en.wikipedia.org/wiki/Mary_of_Jesus_of_Ágreda. Source des noms complets des parents (Francisco Coronel et Catalina de Arana), du nombre d'enfants survivants, de la vision de la mère sur la transformation de la maison familiale en monastère, de l'entrée du père chez les Franciscains en 1618, de l'élection comme abbesse à vingt-cinq ans avec l'intervalle d'environ trois ans dans les années 1650, des bilocations vers les Jumanos (1620-1623), de la rencontre avec Philippe IV en 1643 et de la correspondance de plus de six cents lettres, de la mort le 24 mai 1665, de l'ouverture de la cause le 28 janvier 1673, du décret du Saint-Office du 4 août 1681 et de la condamnation de la Sorbonne en juillet 1696.

    6 14 19 21 23 27 30 52 57 64 66 76
  6. « Notice introductive », article tiré du Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, Paris, 1926, reproduit en tête de l'édition numérisée de La Cité Mystique de Dieu conservée dans la bibliothèque personnelle de Benoît Plaut. Source des citations de Bossuet (Remarques sur le livre intitulé La Mystique Cité de Dieu), du jugement de l'université de Louvain (1715), de la déclaration de la Congrégation des Rites de 1729 sous Benoît XIII, du décret d'interdiction d'Innocent XI du 4 août 1681 et de sa suspension trois mois plus tard, ainsi que des visions rapportées de l'enfance et de la jeunesse religieuse (voix intérieure, offrande de la virginité à huit ans, extases à partir de dix-huit ans).

    8 16 20 26 33 34 53 54 56 58 59 62 63 85 96 98 99 100
  7. Site officiel de la cause de béatification, mariadeagreda.org, section « Beatification process » — pages « Second difficulty » : mariadeagreda.org/en/beatification-process/second-difficulty. Source du retrait de l'Index par Clément XI, de l'ordre de Benoît XIII invalidé après sa mort, de la commission spéciale et du document secret de Benoît XIV classé au château Saint-Ange, de l'approbation partielle de Clément XIII, de la tentative de Clément XIV soutenue par Charles III et de la séance négative de 1773, et du décret de « silence absolu » de Léon XIII du 19 décembre 1887 faisant de Marie d'Agreda « la seule femme touchée par un double veto pontifical ».

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  8. Clark Colahan, The Visions of Sor María de Agreda, University of Arizona Press, Tucson, 1994. Cité et détaillé dans l'article Ignispedia « Les bilocations » pour la documentation des témoignages franciscains sur les Indiens jumanos et le nombre approximatif de cinq cents voyages mystiques.

    10 36 38
  9. Thomas D. Kendrick, Mary of Agreda — The Life and Legend of a Spanish Nun, Routledge, Londres, 1967. Cité et détaillé dans l'article Ignispedia « Les bilocations » pour les dépositions de Marie d'Agreda devant l'enquête inquisitoriale de 1635 et le récit de sa reconnaissance d'avoir « prêché l'Évangile » à des peuples lointains.

    11 37 39
  10. Site officiel de la cause de béatification, mariadeagreda.org, section « Beatification process » — page « A new hope » : mariadeagreda.org/en/beatification-process/a-new-hope. Source du renouveau amorcé lors de l'année mariale 1987-1988, de l'approbation du feuillet informatif en 1988, du transfert des reliques le 20 mai 1989, de la pétition de l'évêque d'Osma-Soria au Saint-Siège la même année, de l'élan donné par la relance de la cause de Jean Duns Scot à partir de 1991, béatifié en 1993, et de la préparation d'un dossier pour la Congrégation pour les causes des saints. Site mis en place à l'occasion du quatrième centenaire de la naissance de Marie d'Agreda (2002).

    12 103 104 105 106 108 109 114
  11. Vénérable Marie d'Agreda, La Cité Mystique de Dieu, Introduction « Des raisons qu'on a eues de l'écrire », § 12-13, p. 25 de l'édition numérisée consultée (trad. P. Thomas Crozet, Bruxelles, 1715) — bibliothèque personnelle de Benoît Plaut. Passage où l'auteure raconte sa résistance de plusieurs années à l'ordre reçu d'écrire, et cite Isaïe 6, 5.

    41 42
  12. Vénérable Marie d'Agreda, La Cité Mystique de Dieu, Introduction « Des raisons qu'on a eues de l'écrire », § 14 et § 16, p. 26 de l'édition numérisée consultée (trad. P. Thomas Crozet, Bruxelles, 1715) — bibliothèque personnelle de Benoît Plaut. Passage sur la posture de disciple revendiquée par l'auteure, et sur les paroles rapportées du Seigneur après l'autodafé du premier manuscrit.

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  13. Vénérable Marie d'Agreda, La Cité Mystique de Dieu, Première partie, Livre I, ch. XVI, § 221, p. 96 de l'édition numérisée consultée (trad. P. Thomas Crozet, Bruxelles, 1715) — bibliothèque personnelle de Benoît Plaut. Passage sur l'ineffabilité du mystère contemplé, à l'instant de l'infusion de l'âme de Marie dans le sein de sainte Anne.

    55
  14. Libertad Digital, Almanaque de la Historia de España, « 1645 : Sor María de Jesús de Ágreda, confidente y consejera de Felipe IV » : libertaddigital.com/cultura/historia/almanaque-de-la-historia-de-espana. Source du contexte de la rencontre de 1643 lors du déplacement du roi vers le front d'Aragon et de la relation de confidente maintenue jusqu'à la fin du règne.

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  15. Kenneth Spencer Research Library, université du Kansas, « Letters between Philip IV, King of Spain, and Sor María de Jesús, abbess of Agreda » : archives.lib.ku.edu/repositories/3/resources/4646. Source de la description du fonds de quarante-sept lettres conservées avec leurs documents annexes, les réponses de la religieuse étant écrites sur les mêmes feuillets que les lettres du roi.

    69
  16. Nominis (Conférence des évêques de France), « Vénérable María de Jesús de Ágreda » : nominis.cef.fr. Source de la fête liturgique fixée au 24 mai et de la mention du pape Clément X associée à la déclaration de vénérable — attribution intenable pour un acte de 1679, Clément X étant mort en 1676 ; voir le corps du texte.

    75 78 83
  17. Wikipedia (EN), « Duns Scotus » : en.wikipedia.org/wiki/Duns_Scotus. Source de la béatification de Jean Duns Scot par Jean-Paul II le 20 mars 1993, et de la reconnaissance de son culte immémorial par la Congrégation pour les causes des saints le 6 juillet 1991.

    107
  18. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, communiqué du 22 février 2025 (rendu public le 4 mars 2025) sur les écrits de Maria Valtorta : les « visions », « révélations » et « communications » présumées qu'ils contiennent « ne peuvent être considérées comme d'origine surnaturelle », mais doivent être tenues pour de simples formes littéraires de l'auteure. Voir FSSPX.News — Rome Renders Its Verdict on Maria Valtorta et Catholic World Report. Maria Valtorta (1897-1961), membre du Tiers-Ordre des Servites de Marie, ne porte aucun titre canonique : aucune cause de béatification n'a été introduite à son sujet.

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  19. Voir l'article Ignispedia « Luisa est-elle la Femme de Genèse 3, 15 ? », qui cite La Cité mystique de Dieu de Marie d'Agreda (1665) sur la sentence divine contre le Serpent : « Ipsa conteret caput tuum. »

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