Le vénérable Matteo Ricci (1552-1610) est un prêtre jésuite italien, mathématicien et sinologue, considéré comme le fondateur de la mission catholique moderne en Chine. Né la même année où mourait, aux portes de l'empire chinois, saint François Xavier — dont il reprendra le rêve inachevé —, il passa près de trente-deux ans en Asie, dont vingt-huit en Chine[1], au service d'un projet d'une audace alors inédite : annoncer le Christ à la civilisation chinoise non par la force ni par l'imposition culturelle, mais par la science, l'amitié et une patience de plusieurs décennies[2].
Sa méthode, dite d'accommodation ou d'inculturation, le conduisit à apprendre le chinois classique, à revêtir l'habit du lettré confucéen et à dialoguer avec l'élite mandarinale plutôt qu'à la combattre. Elle lui ouvrit en 1601 les portes de Pékin, où l'empereur Wanli l'autorisa à demeurer jusqu'à sa mort, et donna à l'Église catholique une implantation durable au cœur de l'empire du Milieu. Mais cette méthode suscita aussi, après sa mort, la longue et douloureuse controverse des rites chinois (1610-1939), qui faillit anéantir son héritage avant d'être finalement clarifiée par le magistère.
Sa vie intérieure — prière, fidélité à ses vœux, patience dans l'échec et dans la persécution — a été reconnue par l'Église : ouverte à Macerata en 1984, sa cause de béatification a abouti le 17 décembre 2022 à la reconnaissance de ses vertus héroïques par le pape François, qui fait de lui un Vénérable. L'histoire d'ensemble de la mission qu'il a fondée est retracée dans Les missions jésuites en Chine (1582-1773).
Un lettré au service de l'Évangile : de Macerata à Macao (1552-1582)
Macerata et la vocation jésuite (1552-1571)
Matteo Ricci naît le 6 octobre 1552 à Macerata, petite ville des États pontificaux dans les Marches, fils aîné d'une famille nombreuse ; son père, apothicaire de petite noblesse, siège au conseil de la ville[3]. Éduqué d'abord par un précepteur ecclésiastique puis au collège que les jésuites viennent d'ouvrir dans sa ville natale, il est envoyé par son père à Rome, en 1568, pour y étudier le droit à la Sapienza[4]. Mais l'attrait spirituel l'emporte : le jeune homme entre à la congrégation mariale du Collège romain en 1569, puis sollicite son admission dans la Compagnie de Jésus, où il entre comme novice le 15 août 1571[5].
La science comme préparation apostolique : l'école de Christophorus Clavius
Au Collège romain, Ricci reçoit un enseignement d'une rigueur exceptionnelle sous la direction du grand mathématicien allemand Christophorus Clavius (1538-1612), architecte de la réforme du calendrier grégorien, qui lui transmet une formation approfondie en mathématiques, en cosmologie et en astronomie[6]. Cette culture scientifique, exceptionnelle pour un religieux de son temps, ne restera jamais chez Ricci une fin en soi : elle deviendra l'instrument d'une apologétique fondée sur l'admiration suscitée par la raison naturelle, préparant les esprits chinois à recevoir ensuite la Révélation. Ricci résumera lui-même cette conviction dans la préface de la troisième édition de sa mappemonde chinoise, que Benoît XVI citera en 2010 :
« Qui connaît le ciel et la terre [...] peut trouver que celui qui gouverne le ciel et la terre est absolument bon, absolument grand et absolument unique. Les ignorants rejettent le Ciel, mais la science qui ne remonte pas à l'Empereur du Ciel comme à sa cause première n'est en rien science. » — Matteo Ricci, préface à la troisième édition de la mappemonde, cité par Benoît XVI, discours du 29 mai 2010[7]
Vers l'Extrême-Orient : Lisbonne, Goa, Cochin (1577-1582)
En 1577, Ricci sollicite et obtient d'être envoyé en mission « aux Indes ». Il quitte Rome en mai, passe près d'un an au Portugal, notamment à Coimbra, puis s'embarque à Lisbonne le 24 mars 1578 avec d'autres jésuites destinés à l'Asie, parmi lesquels Michele Ruggieri, son futur compagnon en Chine[8]. Après une traversée de près de six mois, il atteint Goa, comptoir portugais de l'Inde, le 13 septembre 1578[9]. Il y poursuit sa théologie et enseigne le latin et le grec, avant d'être transféré pour raison de santé à Cochin, sur la côte du Malabar, où il est ordonné prêtre le 25 juillet 1580[10]. Il retourne ensuite à Goa achever sa troisième année de théologie, dans l'attente d'une affectation missionnaire précise.
Cette attente prend fin en avril 1582 : le visiteur des missions jésuites des Indes orientales, Alessandro Valignano S.J. (1539-1606), qui avait été son maître des novices à Rome, est convaincu depuis son passage à Macao que l'évangélisation de la Chine exige une stratégie radicalement nouvelle — apprentissage approfondi du chinois classique, adoption des mœurs locales, dialogue savant plutôt que confrontation. Il ordonne à Ricci de gagner Macao pour y rejoindre Michele Ruggieri, déjà attelé à l'étude du chinois[11]. Ricci y débarque le 7 août 1582[12]. Il ne reverra plus jamais l'Europe.
L'apprentissage missionnaire en Chine : l'école de la patience (1582-1600)
Zhaoqing : l'habit de bonze, une erreur reconnue
Le 10 septembre 1583, Ricci et son compagnon Michele Ruggieri S.J. obtiennent du mandarin Wang Pan l'autorisation de s'installer à Zhaoqing, dans le Guangdong — première résidence catholique permanente en Chine depuis deux siècles[13]. Ruggieri les ayant présentés comme des religieux venus de l'Inde, les deux jésuites adoptent d'abord, à la demande de Wang Pan, l'habit du moine bouddhiste (heshang). L'intuition initiale se révèle une erreur de méthode : le clergé bouddhiste jouit en Chine d'un statut social médiocre, associé à la superstition populaire plutôt qu'au savoir. Ricci finira par le reconnaître lui-même sans détour — trait d'humilité peu commun chez un fondateur d'œuvre, qui préfère corriger sa méthode plutôt que persévérer par orgueil dans une voie sans issue.
Le passage à l'habit du lettré confucéen : une conversion de méthode
Vers 1594, sur le conseil de son ami le lettré Qu Rukui et avec l'accord de Valignano, Ricci prend une décision capitale : il abandonne définitivement l'habit bouddhiste, associé en Chine à une condition sociale inférieure, pour revêtir la robe de soie et le bonnet du lettré confucéen, seul costume conférant respectabilité morale et accès à l'élite mandarinale[14]. Il ne s'agit plus de passer pour un religieux exotique, mais de s'imposer comme un savant occidental digne d'être écouté. Publiant à Nanchang en 1595 son premier ouvrage en chinois, le Jiaoyou lun (« Traité de l'amitié »), recueil de soixante-seize maximes puisées chez les moralistes antiques et chrétiens, de Sénèque à saint Augustin, Ricci rencontre un succès littéraire immédiat auprès des princes et des mandarins[15].
Nankin, Nanchang : la patience dans l'échec apparent
Expulsé de Zhaoqing en 1589, Ricci se replie à Shaozhou, où des jeunes gens hostiles forcent une nuit la résidence des jésuites ; il y est grièvement blessé au pied[16]. Il tente ensuite, en 1595, de s'établir à Nankin — tentative qui échoue devant la méfiance des autorités, alors que la Chine des Ming est en guerre avec le Japon. Il se rabat sur Nanchang, capitale du Jiangxi, où il fréquente pendant trois ans princes et fonctionnaires impériaux[17]. Ce parcours d'expulsions, de replis et de tentatives avortées — dix-huit années et quatre villes séparent son installation à Zhaoqing de son entrée à Pékin — dessine le portrait d'un homme qui apprend, épreuve après épreuve, une vertu de patience que le pape François a saluée en 2023 :
« Avec persévérance et patience, animé d'une foi inébranlable, Matteo Ricci a pu surmonter les difficultés et les dangers, les méfiances et oppositions. » — Pape François, audience générale du 31 mai 2023[18]
L'épreuve de l'eunuque Ma Tang : la patience sous la persécution (1600)
L'épisode le plus rude de la vie de Ricci survient en 1600, alors qu'il tente enfin de rejoindre Pékin après une première tentative avortée en 1598. Intercepté près de Tianjin par le puissant eunuque de cour Ma Tang, chargé de collecter les tributs pour l'empereur, Ricci voit ses bagages fouillés et confisqués sous prétexte qu'il dissimulerait des pierres précieuses[19]. L'incident tourne au drame lorsque Ma Tang découvre parmi les objets liturgiques un crucifix représentant le Christ en croix : il y voit un instrument de magie destiné à ensorceler les hommes et à attenter par maléfice à la vie de l'empereur, et les jésuites sont retenus prisonniers[20]. Captif de juillet 1600 à janvier 1601, pour l'essentiel à Tianjin, sur la seule base d'une accusation née de l'ignorance du sens chrétien de l'image du Crucifié, Ricci n'obtient l'autorisation de poursuivre jusqu'à la capitale qu'en janvier 1601, lorsqu'un édit impérial le convoque enfin à la cour[21].
Cette épreuve, vécue dans l'incompréhension totale et sous l'accusation la plus absurde qui soit — être retenu prisonnier pour avoir porté une image du Christ crucifié —, n'entame en rien la détermination de Ricci : dès son arrivée à Pékin, il reprend le travail de dialogue patient qui avait toujours été le sien. Le profil officiel publié par le Dicastère pour les causes des saints résume ainsi la manière dont il traversa ces années d'épreuves :
« Il fut un homme de prière et d'obéissance. Il affronta avec force et espérance les moments difficiles au cours desquels, avec ses confrères, il fut durement éprouvé par des vols et des agressions violentes dans sa maison. Il sut prendre des décisions audacieuses, qui produisirent d'importants fruits apostoliques et préparèrent le chemin aux missionnaires à venir. » — Dicastère pour les causes des saints, profil officiel du vénérable Matteo Ricci[22]
Pékin, le service de l'empereur et l'apostolat de l'amitié (1601-1610)
L'entrée à Pékin (24 janvier 1601)
Convoqué par l'empereur Wanli (règne 1572-1620), Ricci entre à Pékin le 24 janvier 1601 et fait remettre à la cour ses présents — horloges mécaniques, clavecin, prismes, peintures, cartes du monde. Il ne rencontrera jamais l'empereur, reclus dans son palais, mais les jésuites obtiennent l'autorisation de demeurer dans la capitale et une allocation pour leur subsistance[23]. C'est par ses ouvrages, ses instruments et ses relations avec les grands mandarins qu'il exerce, jusqu'à sa mort, une influence discrète mais réelle.
Le Traité de l'amitié : la vertu comme langage commun
Augmenté de vingt-quatre maximes pour atteindre le nombre de cent, puis réédité en 1599 et en 1601, le Jiaoyou lun devient l'un des textes occidentaux les plus lus par les lettrés chinois du tournant du XVIIᵉ siècle[24]. Loin d'un simple exercice de rhétorique, Ricci y présente l'amitié vertueuse comme fondement d'une morale commune entre Orient et Occident, préparant ainsi le terrain à une annonce plus explicite de la charité chrétienne :
« Le Seigneur d'en haut a donné aux hommes deux yeux, deux oreilles, deux mains et deux pieds, afin que deux amis puissent s'entraider [...]. » — Matteo Ricci, Jiaoyou lun (« Traité de l'amitié »), maxime 56[25]
« Un homme honorable et digne de grandes actions, s'il n'a pas d'ennemis remarquables, doit nécessairement avoir d'excellents amis. » — Matteo Ricci, Jiaoyou lun, maxime 6[26]
Benoît XVI dira de lui qu'il « fit de l'amitié le style de son apostolat durant les vingt-huit années de son séjour en Chine »[27].
Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel : un traité qui est aussi une prière
Publié à Pékin en 1603, le Tianzhu shiyi (« Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel ») est le chef-d'œuvre apologétique de Ricci : un dialogue entre un lettré occidental et un lettré chinois qui démontre, par la seule raison naturelle, l'existence d'un Dieu personnel, créateur et juge, dont les classiques chinois antiques auraient conservé la trace sous les noms de Shangdi et Tian[28]. Mais ce traité savant n'est pas seulement une construction de l'intelligence : Ricci y confie, dans un passage que Benoît XVI a cité en 2010 pour rappeler qu'il était venu en Chine porter l'Évangile, l'intensité de sa propre supplication pour le peuple chinois :
« Pendant plus de vingt ans chaque matin et chaque soir, j'ai prié en larmes vers le Ciel. Je sais que le Seigneur du ciel a pitié des créatures vivantes et les pardonne [...]. La vérité sur le Seigneur du ciel est déjà dans les cœurs des hommes. » — Matteo Ricci, Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel, cité par Benoît XVI, discours du 29 mai 2010[29]
Cette confidence, rare chez un homme peu porté aux épanchements spirituels dans ses écrits publics, révèle l'ampleur d'une vie de prière cachée derrière l'activité scientifique et diplomatique la plus intense : vingt années de larmes offertes pour un peuple immense, dont il ne verra entrer dans l'Église qu'une petite part — à sa mort, la Chine compte seize jésuites et quelque trois mille catholiques[30].
Le témoignage des disciples : Li Zhizao et Xu Guangqi
La réputation de vertu de Ricci ne repose pas seulement sur ses propres écrits : elle est attestée par ceux qui l'ont côtoyé de près. Le mandarin Li Zhizao, qui l'aida à réaliser les dernières éditions de sa mappemonde et fut baptisé sous le nom de Léon en 1610, laisse de lui un témoignage que Benoît XVI a cité en 2010 :
« J'ai cru qu'il était un homme singulier parce qu'il vit dans le célibat, ne court pas après les charges, parle peu, a une conduite réglée et ce tous les jours, il cultive la vertu à l'abri des regards et sert Dieu continuellement. » — Li Zhizao, témoignage sur Matteo Ricci, cité par Benoît XVI, discours du 29 mai 2010[31]
L'autre grand disciple de Ricci, le mandarin Xu Guangqi (Paul, 1562-1633), futur Grand Secrétaire de l'Empire, baptisé en 1603, deviendra son collaborateur le plus proche : c'est lui, rappelle Benoît XVI, qui « convainc et aide le père Ricci à traduire en chinois les “Eléments” d'Euclide »[32]. Leur traduction des six premiers livres, publiée en 1607, est la première traduction chinoise des mathématiques grecques. Avec Li Zhizao, il compte parmi les quatre célèbres convertis que Benoît XVI appelle les « piliers de l'Eglise chinoise naissante »[33].
Une vie intérieure cachée
Les Exercices spirituels de saint Ignace, matrice de toute une vie
Formé comme tout jésuite de sa génération aux Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, Ricci méditait souvent le Christ en croix selon le premier exercice de la première semaine, qui s'achève par un colloque au pied du Crucifié[34] :
« Imaginant le Christ notre Seigneur devant moi et mis en croix, faire un colloque [...]. De même, me regardant moi-même : ce que j'ai fait pour le Christ, ce que je fais pour le Christ, ce que je dois faire pour le Christ. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 53[35]
Cette discipline intérieure, invisible dans ses traités savants destinés aux lettrés chinois, explique la constance d'un homme qui traversa deux décennies d'échecs apparents — expulsions, incompréhensions, emprisonnement injuste — sans jamais renoncer ni se départir de sa charité envers ceux-là mêmes qui le persécutaient.
Chasteté, pauvreté, obéissance en terre étrangère
Profès des vœux solennels de la Compagnie depuis 1596[36], Ricci vit le célibat au milieu d'une société où le mariage et la descendance constituent l'obligation sociale la plus impérieuse, la pauvreté d'un religieux qui ne possède rien en propre, et l'obéissance à des supérieurs que des mois de navigation séparent de lui. Le témoignage de Li Zhizao cité plus haut — « il vit dans le célibat, ne court pas après les charges » — montre que cette fidélité n'échappait pas à ses contemporains chinois, pourtant étrangers à la culture religieuse qui la fondait. Le profil officiel publié par le Dicastère pour les causes des saints en donne la synthèse :
« Il fut avant tout un prêtre zélé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il fut un religieux sage, chaste, obéissant, détaché des biens matériels et humble. Soutenu par la confiance dans l'aide divine, il affronta avec sérénité les difficultés et la maladie qui le conduisit à la mort. » — Dicastère pour les causes des saints, profil officiel du vénérable Matteo Ricci[37]
La mort et la sépulture impériale (1610-1611)
« Une porte ouverte à de grands mérites » : les derniers mots
Épuisé par près de dix années de service ininterrompu à Pékin, Ricci s'alite au début du mois de mai 1610 et sent sa fin proche. Le pape François a rappelé en 2023, d'après la relation de son confrère Sabatino de Ursis, les dispositions intérieures du mourant :
« Dans les derniers jours de sa vie, à ses proches qui lui demandaient comment il se sentait, “il répondit qu'il se demandait à ce moment-là si étaient plus grande la joie et l'allégresse qu'il ressentait intérieurement à l'idée de la proximité de son voyage pour aller savourer la présence de Dieu, ou la tristesse que pouvait lui causer le fait de quitter ses compagnons de toute la mission qu'il aimait tant, et le service qu'il pouvait encore rendre à Dieu Notre Seigneur dans cette mission”. » — Pape François, audience générale du 31 mai 2023, citant la relation de Sabatino de Ursis S.J. sur la mort de Ricci[38]
À ses compagnons jésuites réunis à son chevet, il laisse un dernier mot qui résume toute sa méthode et toute son espérance, transmis par Nicolas Trigault S.J. dans l'adaptation latine de ses mémoires publiée en 1615 :
« Je vous laisse devant une porte ouverte à de grands mérites, mais non sans de nombreux périls et labeurs. » — Matteo Ricci, paroles rapportées par Nicolas Trigault S.J., De Christiana expeditione apud Sinas, Augsbourg, 1615[39]
Il meurt à Pékin le 11 mai 1610, à cinquante-sept ans[40].
L'honneur exceptionnel accordé par l'empereur Wanli
Selon la coutume, la dépouille d'un étranger mort en Chine devait être inhumée à Macao. Le jésuite Diego de Pantoja, son compagnon depuis le voyage de 1600, adresse néanmoins à la cour une requête demandant pour lui une sépulture à Pékin[41]. Contre toute attente, Wanli accorde un terrain récemment confisqué à un eunuque disgracié, à Zhalan, hors de la porte occidentale de la ville — un privilège que Benoît XVI qualifiera d'« impensable pour un étranger »[42]. Une cérémonie funèbre solennelle a lieu le 22 avril 1611 ; le cercueil, déposé dans la chapelle du cimetière, est inhumé en novembre 1611[43]. Ricci devient ainsi le premier Européen non diplomate inhumé en Chine, et Zhalan le plus ancien cimetière chrétien de Pékin[44].
Une réputation de sainteté à l'épreuve de la controverse
Ce que la controverse ne remet pas en cause
Dès les années qui suivent sa mort, la méthode d'accommodation de Ricci est contestée, jusque dans la Compagnie de Jésus : c'est le début de la longue controverse des rites chinois, qui culmine un siècle plus tard avec les condamnations de 1704 et de 1715 et oppose jusqu'en 1939 les tenants de son approche à ceux qui y voient une dangereuse concession au paganisme[45]. Cette controverse porte sur la licéité des honneurs rendus à Confucius et aux ancêtres et sur les mots chinois employés pour désigner Dieu — non sur la sainteté personnelle de Ricci, dont le Dicastère pour les causes des saints relève que la réputation de sainteté « était présente de son vivant et à sa mort »[46]. Le débat complet, ses acteurs et ses décisions successives, parfois contradictoires, sont exposés dans l'article consacré à cette controverse.
L'instruction de 1939 et la réhabilitation doctrinale
L'instruction Plane compertum est de la Sacrée Congrégation de la Propagande, datée du 8 décembre 1939 et approuvée la veille par le pape Pie XII, met fin à près de trois siècles de condamnations en autorisant de nouveau les catholiques chinois à prendre part aux rites civils d'hommage aux ancêtres et à Confucius. Ses premiers mots donnent la clé de ce revirement :
« Il est bien établi que, dans les régions d'Orient, certaines cérémonies, bien qu'elles aient été autrefois liées à des rites païens, ne gardent plus aujourd'hui, les mœurs et les esprits ayant changé au cours des siècles, qu'une signification civile de piété envers les ancêtres, d'amour de la patrie ou de courtoisie envers le prochain. » — Sacrée Congrégation de la Propagande, instruction Plane compertum est, 8 décembre 1939[47]
Le principe même sur lequel Ricci avait fondé sa méthode — distinguer l'acte religieux de l'acte civil, chercher dans les civilisations non chrétiennes les semences du Verbe — n'avait, en réalité, jamais été condamné en lui-même par le magistère : c'est une application déterminée de ce principe, jugée ambiguë dans le contexte de 1715, qui avait été visée.
Le concile et le paradigme de l'inculturation (1962-1965)
Sans nommer Ricci, le concile Vatican II consacre le principe d'adaptation missionnaire qu'il avait mis en œuvre, dans la constitution Sacrosanctum Concilium (1963, n° 37-40) et dans le décret Ad gentes sur l'activité missionnaire de l'Église (7 décembre 1965, n° 22)[48]. C'est sur ce terreau doctrinal que put s'ouvrir, deux décennies plus tard, sa propre cause de béatification.
La cause de béatification : du Serviteur de Dieu au Vénérable
L'ouverture à Macerata (19 avril 1984)
C'est Mgr Francesco Tarcisio Carboni, évêque de Macerata, diocèse natal de Ricci, qui ouvre la cause de béatification le 19 avril 1984, conférant à Matteo Ricci le titre de Serviteur de Dieu[49]. La procédure, alourdie par l'ampleur d'une documentation vieille de près de quatre siècles, marque ensuite le pas.
Le quadricentenaire et la commission historique (2010)
L'élan reprend à l'approche du quatrième centenaire de la mort de Ricci. Dans un message adressé le 6 mai 2009 à l'évêque de Macerata, Benoît XVI salue en lui un jésuite « doté d'une foi profonde et d'un extraordinaire génie culturel et scientifique », qui « consacra de longues années de sa vie à tisser un dialogue fécond entre l'Occident et l'Orient »[50]. Le 24 janvier 2010, avec l'accord du Saint-Siège, le tribunal diocésain tient sa première session dans la cathédrale de Macerata ; une commission historique est instituée en même temps pour rassembler l'ensemble des écrits et documents de Ricci et les sources le concernant[51]. Le 29 mai 2010, Benoît XVI reçoit en audience un pèlerinage des diocèses des Marches et rappelle que « le père Ricci ne se rend pas en Chine pour y porter la science et la culture occidentale, mais pour y porter l'Evangile, pour faire connaître Dieu »[52].
La clôture diocésaine et la phase romaine (2013-2022)
Le 10 mai 2013, la phase diocésaine se clôt solennellement dans la cathédrale de Macerata, après trois ans de travaux[53] ; le 14 novembre 2014, un décret de la Congrégation pour les causes des saints en reconnaît la validité[54]. S'ouvre alors la phase romaine : la préparation de la positio, le volumineux dossier qui rassemble les preuves de la pratique héroïque des vertus théologales et cardinales, sous la responsabilité des postulateurs jésuites de la cause — le père Anton Witwer lors de sa réouverture en 2010, puis le père Federico Lombardi[55].
- 19 avril 1984Ouverture de la cause
Mgr Carboni, évêque de Macerata, ouvre la cause : Ricci devient Serviteur de Dieu.
- 24 janvier 2010Réouverture de la cause
Le tribunal diocésain reprend la cause ; une commission historique est instituée.
- 10 mai 2013Clôture de la phase diocésaine
L'enquête diocésaine s'achève ; Rome en reconnaît la validité le 14 novembre 2014.
- 17 décembre 2022Décret des vertus héroïques
Décret des vertus héroïques : Ricci devient Vénérable.
Le décret des vertus héroïques (17 décembre 2022)
Le 17 décembre 2022, jour de son quatre-vingt-sixième anniversaire, le pape François, recevant en audience le cardinal Marcello Semeraro, préfet du Dicastère pour les causes des saints, autorise celui-ci à promulguer le décret reconnaissant « les vertus héroïques du Serviteur de Dieu Matteo Ricci, prêtre profès de la Compagnie de Jésus, né le 6 octobre 1552 à Macerata (Italie) et mort le 11 mai 1610 à Pékin (Chine) »[56]. Neuf théologiens consulteurs avaient préalablement examiné la positio et voté favorablement, avant que les cardinaux et évêques membres du dicastère ne se prononcent à leur tour en faveur de la cause[57]. Quelques mois plus tôt, le 9 mai 2022, recevant l'université de Macerata, François avait décrit Ricci comme « un homme de rencontres, un homme de la culture de la rencontre, un homme qui est allé au-delà de sa condition d'étranger », devenu « citoyen du monde parce que “citoyen des personnes” »[58].
| Degré de la cause | Titre porté | Ce que l'Église reconnaît | Étape franchie par Matteo Ricci |
|---|---|---|---|
| 1 | Serviteur de Dieu | La cause est officiellement ouverte par l'évêque compétent | 19 avril 1984, diocèse de Macerata |
| 2 | Vénérable | Les vertus théologales et cardinales ont été vécues de façon héroïque | 17 décembre 2022, décret du pape François |
| 3 | Bienheureux | Un miracle obtenu par son intercession a été authentifié | Étape non encore atteinte |
| 4 | Saint | Un second miracle post-béatification a été authentifié | Étape non encore atteinte |
Vers la béatification : le miracle attendu
Pour que le pape puisse déclarer Matteo Ricci bienheureux, le postulateur de la cause devra désormais présenter au dicastère la preuve d'un miracle obtenu par son intercession, dûment authentifié par une commission médicale puis théologique ; un second miracle, survenu après la béatification, sera requis pour la canonisation[59]. Aucun miracle attribué à son intercession n'a, à ce jour, été reconnu. Le profil officiel du Dicastère note toutefois que sa réputation de sainteté, aujourd'hui répandue spontanément, « apparaît liée à une certaine réputation de signes »[60].
Un modèle spirituel pour l'Église en Chine d'aujourd'hui
La reconnaissance des vertus héroïques de Ricci en 2022 intervient alors que l'Église catholique cherche à retisser, avec prudence et patience, des liens avec la Chine contemporaine — que l'on pense au sanctuaire marial de Sheshan, près de Shanghai, ou à la situation de l'Église en Chine contemporaine. Le pape François, qui lui consacra une catéchèse entière en 2023, désigne ce qui fait de lui un modèle pour aujourd'hui :
« L'esprit missionnaire de Matteo Ricci est un modèle à suivre aujourd'hui. Son amour pour le peuple chinois est un modèle, mais ce qui représente un itinéraire actuel, c'est sa cohérence de vie, le témoignage de sa vie de chrétien. » — Pape François, audience générale du 31 mai 2023[61]
La figure de Ricci demeure ainsi un repère : celui d'un missionnaire qui sut allier fidélité totale à l'annonce du Christ et respect profond d'une civilisation étrangère, sans céder ni au relativisme doctrinal ni au mépris culturel. C'est cet équilibre, vécu jusqu'à l'héroïsme dans l'échec, la persécution et l'obéissance silencieuse, que l'Église reconnaît aujourd'hui comme une sainteté véritable.
Pour aller plus loin
- Lire l'histoire complète de la mission qu'il a fondée dans Les missions jésuites en Chine (1582-1773), et le débat doctrinal qui suivit sa mort dans La controverse des rites chinois (1610-1939).
- Découvrir d'autres vénérables et serviteurs de Dieu : le serviteur de Dieu Pedro Arrupe, le vénérable Jérôme Lejeune, le vénérable Fulton Sheen et le serviteur de Dieu Luigi Giussani.
- Lire la vie de saint François Xavier, dont Ricci reprit le rêve missionnaire inachevé.
Notes et références
Benoît XVI, message à Mgr Claudio Giuliodori, évêque de Macerata, Tolentino, Recanati, Cingoli et Treia, pour le IVᵉ centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, 6 mai 2009, texte officiel italien : vatican.va. Texte original : « dotato di profonda fede e di straordinario ingegno culturale e scientifico, dedicò lunghi anni della sua esistenza a tessere un proficuo dialogo tra l’Occidente e l’Oriente » ; « fece dell’amicizia lo stile del suo apostolato durante i 28 anni di permanenza in Cina ».
1 27 50Jonathan D. Spence, The Memory Palace of Matteo Ricci, Viking, New York, 1984 : biographie de référence sur la formation intellectuelle et la méthode missionnaire de Ricci.
2Biographical Dictionary of Chinese Christianity, notice « Ricci, Matteo » : bdcconline.net — père apothicaire de petite noblesse et membre du conseil de la ville. Ronnie Po-chia Hsia, « Ricci, Matteo », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 87, Istituto della Enciclopedia Italiana, Rome, 2016 : treccani.it — fils de Giovanni Battista Ricci, apothicaire, et de Giovanna Angiolelli, « primogenito di numerosi figli ».
3Biographical Dictionary of Chinese Christianity, notice « Ricci, Matteo », art. cit. : précepteur ecclésiastique, puis nouveau collège des jésuites de Macerata ; départ pour Rome en 1568 pour y étudier le droit ; entrée à la congrégation mariale du Collège romain en 1569.
4The Catholic Encyclopedia, vol. XIII, art. « Matteo Ricci », Robert Appleton Company, New York, 1912 : newadvent.org — entrée dans la Compagnie de Jésus au Collège romain, où il fait son noviciat, le 15 août 1571 ; voir aussi la notice officielle du Dicastère pour les causes des saints : causesanti.va (« entrò nel noviziato della Compagnia di Gesù »).
5The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : études de mathématiques, de cosmologie et d'astronomie sous la direction de Christophorus Clavius au Collège romain ; R. Po-chia Hsia, « Ricci, Matteo », art. cit. : Clavius, professeur de mathématiques au Collège romain, auquel Ricci resta lié toute sa vie.
6Benoît XVI, discours aux participants au pèlerinage des diocèses des Marches pour le IVᵉ centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, salle Paul VI, 29 mai 2010, texte officiel français : vatican.va. Texte original italien du discours : « Chi conosce il cielo e la terra [...] può provare che Colui che governa il cielo e la terra è assolutamente buono, assolutamente grande e assolutamente uno. Gli ignoranti rigettano il Cielo, ma la scienza che non risale all’Imperatore del Cielo come alla prima causa, non è per niente scienza ».
7The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : embarquement à Lisbonne le 24 mars 1578. R. Po-chia Hsia, art. cit. : départ pour le Portugal en mai 1577, dix mois de préparation, traversée de six mois avec d'autres missionnaires, dont Michele Ruggieri. Séjour à Coimbra selon la notice du Dicastère pour les causes des saints, art. cit.
8The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : arrivée à Goa le 13 septembre 1578, même date dans la notice du Dicastère pour les causes des saints, art. cit. ; enseignement du latin et du grec selon le Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit.
9Dicastère pour les causes des saints, notice « Matteo Ricci », art. cit. : « Fu ordinato sacerdote a Cochin, in Kerala, il 25 luglio 1580 » ; le Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit., précise qu'il avait été envoyé à Cochin pour raisons de santé.
10The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : Alessandro Valignano, ancien maître des novices de Ricci à Rome et responsable depuis août 1573 de toutes les missions jésuites des Indes orientales, l'appelle à Macao pour se préparer à entrer en Chine. R. Po-chia Hsia, art. cit. : lettre de Valignano ordonnant à Ricci de rejoindre à Macao Michele Ruggieri, parti de l'Inde en 1579.
11The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : arrivée de Matteo Ricci à Macao le 7 août 1582.
12The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : autorisation de s'établir à Zhaoqing (« Chao-k'ing »), le 10 septembre 1583. R. Po-chia Hsia, art. cit. : protection du mandarin Wang Pan, qui demande aux deux jésuites de porter l'habit des moines bouddhistes.
13R. Po-chia Hsia, art. cit. : sur le conseil de Qu Rukui, qui lui fait comprendre que le clergé bouddhiste appartient à un rang social inférieur, Ricci adopte l'habit de soie noire des lettrés, avec l'accord de Valignano ; Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit. : permission de Valignano de quitter l'habit de moine pour les vêtements de soie et les cheveux longs des lettrés.
14Timothy Billings (trad.), On Friendship: One Hundred Maxims for a Chinese Prince, Columbia University Press, New York, 2009, ISBN 978-0-231-14924-2 : première rédaction de soixante-seize maximes, présentée au prince de Jian'an ; ajout de vingt-quatre maximes entre 1596 et les rééditions de 1599 (perdue) et de 1601 (la plus ancienne conservée). Publication à Nanchang en 1595 selon la notice du Dicastère pour les causes des saints, art. cit. ; « premier ouvrage en chinois » selon le pape François, audience générale du 31 mai 2023.
15 24R. Po-chia Hsia, art. cit. : irruption nocturne de jeunes gens hostiles dans la résidence de Shaozhou, au cours de laquelle Ricci se blesse gravement au pied.
16R. Po-chia Hsia, art. cit. : éconduit à Nankin à la fin de mai 1595, alors que la Chine des Ming est en guerre avec le Japon, Ricci regagne Nanchang, d'où il repart pour Pékin en juin 1598 ; Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit. : expulsion de Zhaoqing en 1589 et repli à Shaozhou.
17Pape François, audience générale du 31 mai 2023, catéchèse « La passion pour l'évangélisation : le zèle apostolique du croyant — 15. Les témoins : le Vénérable Matteo Ricci », texte officiel français : vatican.va. Texte original italien : « Con costanza e pazienza, animato da una fede incrollabile, Matteo Ricci poté superare difficoltà, pericoli, diffidenze e opposizioni » ; « Lo spirito missionario di Matteo Ricci costituisce un modello vivo attuale. Il suo amore per il popolo cinese è un modello; ma ciò che rappresenta una strada attuale è la sua coerenza di vita, la testimonianza della sua vita come cristiano ».
18 61R. Po-chia Hsia, art. cit. : interception par l'eunuque Ma Tang, qui espérait en tirer un tribut ; Nicolas Trigault, China in the Sixteenth Century: The Journals of Matthew Ricci, 1583-1610, trad. Louis J. Gallagher, Random House, New York, 1953, p. 365, cité par « Matteo Ricci, S.J. », Catholic Answers Magazine : catholic.com — fouille des bagages sous prétexte de pierres précieuses dissimulées.
19R. Po-chia Hsia, art. cit. : Ma Tang interroge Ricci sur le crucifix trouvé dans ses bagages, qu'il prend pour un instrument de magie ; Trigault, China in the Sixteenth Century, trad. Gallagher, op. cit., p. 365, cité par Catholic Answers Magazine, art. cit. : accusation d'ensorceler les hommes et d'attenter par enchantement à la vie de l'empereur.
20R. Po-chia Hsia, art. cit. : les jésuites restent, contre leur gré, les « hôtes » de l'eunuque de juillet 1600 à janvier 1601, jusqu'à l'édit qui les convoque à la cour ; Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit. : six mois de captivité à Tianjin.
21Dicastère pour les causes des saints, notice « Matteo Ricci (1552-1610) », vénérable : causesanti.va. Textes originaux italiens : « Fu uomo di preghiera e obbedienza. Affrontò con fortezza e speranza i momenti difficili durante i quali, insieme ai confratelli, fu messo a dura prova con furti e assalti violenti in casa. Fu capace di decisioni audaci che produssero frutti apostolici importanti e prepararono il cammino a futuri missionari » ; « Fu soprattutto un sacerdote zelante per la gloria di Dio e la salvezza delle anime. Fu un religioso saggio, casto, obbediente, distaccato dai beni materiali e umile. Sostenuto dalla fiducia nell’aiuto divino, affrontò con serenità le difficoltà e la malattia che lo condusse alla morte » ; « Nel 1596, emise la professione religiosa solenne nella Compagnia di Gesù » ; « La fama di santità era presente in vita e in morte » ; « Oggi tale fama si è diffusa spontaneamente ed appare unita ad una certa fama di segni » ; Ricci y est dit « primo straniero europeo non diplomatico ad essere seppellito in Cina ».
22 36 37 46 60The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : parti de Nankin le 18 mai 1600, Ricci entre à Pékin le 24 janvier 1601, appelé par l'empereur Wanli. R. Po-chia Hsia, art. cit. : les présents — clavecin, horloges, tableaux, livres, prismes — ne leur valent pas d'être reçus par l'empereur, mais les jésuites sont autorisés à rester et reçoivent une allocation pour leur subsistance ; le Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit., parle de « l'empereur, que Ricci n'avait jamais rencontré ».
23Matteo Ricci, Jiaoyou lun, maxime 56, dans Timothy Billings (trad.), On Friendship, op. cit. Texte de la traduction anglaise : « The Lord on High gave people two eyes, two ears, two hands, and two feet so that two friends could help each other. Only in this way can deeds be brought successfully to completion. »
25Matteo Ricci, Jiaoyou lun, maxime 6, dans Timothy Billings (trad.), On Friendship, op. cit. Texte de la traduction anglaise : « If an honorable man with great accomplishments has no exceptional enemies, then he must have excellent friends. »
26Matteo Ricci S.J., Tianzhu shiyi (天主實義, Le Vrai Sens du Seigneur du Ciel), Pékin, 1603. Édition italienne citée par Benoît XVI : Il vero significato del « Signore del Cielo », Rome, 2006. Traduction française : Thierry Meynard S.J. (éd. et trad.), Le Sens réel de « Seigneur du Ciel », coll. « Bibliothèque chinoise », Les Belles Lettres, Paris, 2013, 626 p., ISBN 978-2-251-10013-5.
28Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit., traduction française officielle ; le pape renvoie à Il vero significato del « Signore del Cielo », Rome, 2006, p. 69-70. Texte original italien du discours : « Per più di vent’anni ogni mattina e ogni sera ho pregato in lacrime verso il Cielo. So che il Signore del Cielo ha pietà delle creature viventi e le perdona (…) La verità sul Signore del Cielo è già nei cuori degli uomini ».
29Gerard O'Connell, « Rediscovering the great Jesuit missionary to China: Matteo Ricci », America Magazine, 19 novembre 2024 : americamagazine.org — à la mort de Ricci, seize jésuites et quelque trois mille catholiques en Chine, « une réalité très modeste » selon le P. Gianni Criveller, président de la commission historique de la cause. Texte original : « At the time of Ricci’s death, there were 16 Jesuit missionaries in China, and some 3,000 Catholics ».
30Li Zhizao, témoignage sur Matteo Ricci, cité par Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit., traduction française officielle. Texte original italien du discours : « Io l’ho creduto un uomo singolare perché vive nel celibato, non briga le cariche, parla poco, ha una condotta regolata e questo tutti i giorni, coltiva la virtù di nascosto e serve Dio continuamente ».
31Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit., traduction française officielle ; texte original italien : « E’ lui, ad esempio, a convincere e aiutare P. Ricci a tradurre in cinese gli “Elementi” di Euclide ». Sur la traduction des livres I à VI publiée à Pékin en 1607 : Peter M. Engelfriet, Euclid in China: The Genesis of the First Chinese Translation of Euclid's Elements, Books I-VI (Jihe yuanben, Beijing, 1607) and Its Reception up to 1723, Brill, Leyde, 1998, ISBN 90-04-10944-7.
32Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit. : les « quatre célèbres convertis », « piliers de l'Eglise chinoise naissante », dont Xu Guangqi est « le premier et le plus connu », Li Zhizao étant « un autre des érudits chinois convertis au christianisme ».
33« Matteo Ricci, S.J. », Catholic Answers Magazine, art. cit. Texte original : « Ricci, the father of the Jesuit mission in China, often meditated on the crucified Lord while practicing St. Ignatius of Loyola’s (1491-1556) first spiritual exercise ».
34Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 53, colloque du premier exercice de la première semaine, traduit de l'autographe espagnol. Texte original : « Imaginando a Cristo nuestro Señor delante y puesto en cruz, hacer un coloquio; cómo de Criador es venido a hacerse hombre, y de vida eterna a muerte temporal, y así a morir por mis pecados. Otro tanto, mirando a mí mismo, lo que he hecho por Cristo, lo que hago por Cristo, lo que debo hacer por Cristo ».
35Sabatino de Ursis S.J., Relazione su M. Ricci, Archivio Storico Romano S.I., cité par le pape François, audience générale du 31 mai 2023, art. cit., traduction française officielle. Texte original italien de l'audience : « rispose che stava pensando in quel momento se era più grande la gioia e l’allegria che provava interiormente all’idea che stava vicino al suo viaggio per andare a gustare Dio, o la tristezza che gli poteva causare il lasciare i compagni di tutta la missione che amava grandemente, e il servizio che poteva ancora fare a Dio Nostro Signore in questa missione ».
38Nicolas Trigault S.J. (éd.), De Christiana expeditione apud Sinas suscepta ab Societate Iesu, ex P. Matthaei Ricii eiusdem Societatis commentariis, libri V, Augsbourg, 1615 — adaptation latine des mémoires italiens inachevés de Ricci, que Trigault, arrivé à Pékin en 1611, rapporte en Europe (R. Po-chia Hsia, art. cit.). Parole citée en anglais dans « Matteo Ricci’s legacy: a loving patience », Thinking Faith (revue des jésuites de Grande-Bretagne), 11 mai 2010 : thinkingfaith.org. Texte : « I leave you […] at a door open to great merits, yet not without many perils and labours ».
39Dicastère pour les causes des saints, notice « Matteo Ricci », art. cit. : « Morì a Pechino (Cina) l’11 maggio 1610, a 57 anni » ; The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit.
40Pasquale M. D'Elia S.J. (éd.), Fonti Ricciane : documenti originali concernenti Matteo Ricci e la storia delle prime relazioni tra l'Europa e la Cina (1579-1615), Libreria dello Stato, Rome, 1942-1949, vol. II, récit de la mort et de la sépulture de Ricci ; Edward J. Malatesta S.J. et Gao Zhiyu (dir.), Departed, yet Present: Zhalan, the Oldest Christian Cemetery in Beijing, Instituto Cultural de Macau et Ricci Institute (University of San Francisco), 1995. Diego de Pantoja avait accompagné Ricci de Nankin à Pékin en 1600-1601 (R. Po-chia Hsia, art. cit.).
41Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit. : « le privilège extraordinaire qui lui fut accordé, impensable pour un étranger, d'être enterré en terre chinoise » ; Biographical Dictionary of Chinese Christianity, art. cit. : sépulture accordée par l'empereur à Zhalan, juste hors de l'ancienne porte occidentale ; Beijing Administration Institute, « History of Zhalan », 24 mars 2006 : bai.gov.cn — biens de l'eunuque Yang, condamné à mort, confisqués en 1610 et donnés aux jésuites.
42Malatesta et Gao (dir.), Departed, yet Present, op. cit. : cérémonie funèbre du 22 avril 1611, le cercueil demeurant plusieurs mois dans la chapelle du cimetière avant l'inhumation de novembre 1611.
43Dicastère pour les causes des saints, notice « Matteo Ricci », art. cit. : « primo straniero europeo non diplomatico ad essere seppellito in Cina » ; Malatesta et Gao (dir.), Departed, yet Present: Zhalan, the Oldest Christian Cemetery in Beijing, op. cit.
44The Catholic Encyclopedia, art. « Matteo Ricci », art. cit. : objections soulevées jusque parmi les jésuites « peu après la mort du Père Ricci », puis dénonciation des pratiques des jésuites par les dominicains et les franciscains arrivés au Fujian dans les années 1630. Texte original : « there were objections to this practice even among the Jesuits, the earliest rising shortly after the death of Father Ricci ».
45Sacrée Congrégation de la Propagande, instruction Plane compertum est « circa quasdam caeremonias et iuramentum super ritibus sinensibus », Rome, 8 décembre 1939, approuvée par Pie XII en audience le 7 décembre 1939, Acta Apostolicae Sedis 32 (1940), p. 24-26 : vatican.va. Texte original latin : « Plane compertum est in Orientalium Regionibus nonnullas caeremonias, licet antiquitus cum ethnicis ritibus connexae essent, in praesentiarum, mutatis saeculorum fluxu moribus et animis, civilem tantum servare significationem pietatis in antenatos vel amoris in patriam vel urbanitatis in proximos. »
47Concile Vatican II, décret Ad gentes sur l'activité missionnaire de l'Église, 7 décembre 1965, n° 22. Texte intégral dans Acta Apostolicae Sedis 58 (1966), p. 947-990. Voir aussi la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, 4 décembre 1963, n° 37-40.
48Cathopedia, art. « Matteo Ricci » : it.cathopedia.org — « Il 19 aprile 1984 il vescovo di Macerata Francesco Tarcisio Carboni ha aperto la sua causa di beatificazione » ; « La causa di padre Matteo Ricci affidata al Pontefice gesuita », Cronache Maceratesi, 10 mai 2013 : cronachemaceratesi.it — Ricci « già dichiarato “Servo di Dio” nell’aprile del 1984 ».
49« Padre Ricci, riparte la causa di beatificazione », il Resto del Carlino, 22 janvier 2010 : ilrestodelcarlino.it — reprise de la cause « con il benestare della Santa Sede », première session du tribunal diocésain le 24 janvier 2010 dans la cathédrale San Giuliano de Macerata et institution simultanée d'une commission historique chargée de rassembler les écrits et documents de Ricci.
51Benoît XVI, discours du 29 mai 2010, art. cit., traduction française officielle. Texte original italien : « P. Ricci non si reca in Cina per portarvi la scienza e la cultura dell’Occidente, ma per portarvi il Vangelo, per far conoscere Dio ».
52« La causa di padre Matteo Ricci affidata al Pontefice gesuita », Cronache Maceratesi, 10 mai 2013, art. cit. : clôture de la phase diocésaine le 10 mai 2013 dans la cathédrale San Giuliano de Macerata, après trois ans de travaux.
53« Procede l'iter della causa di beatificazione di padre Matteo Ricci », Cronache Maceratesi, 19 décembre 2014 : cronachemaceratesi.it — décret de la Congrégation pour les causes des saints du 14 novembre 2014 constatant la validité du procès diocésain.
54Cronache Maceratesi, 10 mai 2013, art. cit. : serment du postulateur, le jésuite « Tony » Witwer, lors de la réouverture de la cause le 24 janvier 2010 ; Gerard O'Connell, America Magazine, 19 novembre 2024, art. cit. : le P. Federico Lombardi S.J., « postulator of Ricci’s canonization cause ».
55Bulletin de la Salle de presse du Saint-Siège, « Promulgazione di Decreti del Dicastero delle Cause dei Santi », 17 décembre 2022 : press.vatican.va. Texte original : « le virtù eroiche del Servo di Dio Matteo Ricci, Sacerdote professo della Compagnia di Gesù; nato il 6 ottobre 1552 a Macerata (Italia) e morto l’11 maggio 1610 a Pechino (Cina) ». Sur la coïncidence avec l'anniversaire du pape : Gerard O'Connell, « Pope Francis puts Matteo Ricci on path to sainthood », America Magazine, 17 décembre 2022 : americamagazine.org.
56Gerard O'Connell, America Magazine, 17 décembre 2022, art. cit. : examen de la positio par un collège de neuf théologiens, vote favorable, puis vote des cardinaux et évêques membres du dicastère avant l'autorisation pontificale du décret.
57Pape François, discours aux enseignants et étudiants de l'université de Macerata, 9 mai 2022, texte officiel italien : vatican.va. Texte original : « è grande perché è stato un uomo di incontri, un uomo della cultura dell’incontro, un uomo che è andato oltre all’essere straniero; è diventato cittadino del mondo perché “cittadino delle persone” ».
58Gerard O'Connell, America Magazine, 17 décembre 2022, art. cit. : nécessité, pour la béatification, d'un miracle attribué à l'intercession de Matteo Ricci et authentifié par le dicastère, puis d'un second miracle pour la canonisation.
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