Serviteur de Dieu Pedro Arrupe (1907-1991)

Le serviteur de Dieu Pedro Arrupe (1907-1991), médecin basque devenu jésuite et missionnaire au Japon, survécut à la bombe d'Hiroshima où il soigna les blessés. Préposé général de la Compagnie de Jésus (1965-1983), apôtre des « hommes pour les autres », il acheva sa vie paralysé, abandonné entre les mains de Dieu. Cause de béatification ouverte à Rome en 2019.

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Le serviteur de Dieu Pedro Arrupe (1907-1991) est l'une des grandes figures spirituelles et missionnaires du catholicisme du XXᵉ siècle. Médecin de formation devenu jésuite, missionnaire au Japon, survivant de la bombe atomique d'Hiroshima où il soigna les blessés, il fut de 1965 à 1983 le 28ᵉ Préposé général de la Compagnie de Jésus, au point qu'on l'a surnommé le « second fondateur » de l'ordre de saint Ignace après le concile Vatican II.[1][2]

Homme d'une disponibilité totale à la volonté de Dieu, Arrupe a marqué la spiritualité contemporaine par une formule devenue célèbre, former « des hommes et des femmes pour les autres », et par une manière très ignatienne de chercher Dieu en tout. Sa vie s'achève dans une épreuve mystérieuse : frappé d'une thrombose cérébrale en 1981, réduit au silence et à l'immobilité pendant dix ans, il vécut jusqu'au bout un abandon qu'il résumait ainsi : « Plus que jamais, je me trouve dans les mains de Dieu. »[3][4]

Frise de vie du serviteur de Dieu Pedro Arrupe. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Église catholique a ouvert sa cause de béatification le 5 février 2019 : le cardinal Angelo De Donatis, vicaire du pape pour Rome, a rappelé qu'Arrupe jouissait déjà de son vivant d'une « réputation de sainteté ».[5][6] Cet article appartient à la série Ignispedia consacrée aux vénérables et serviteurs de Dieu, aux côtés du vénérable Jérôme Lejeune, du vénérable Fulton Sheen, de la vénérable Marthe Robin et du vénérable Robert Schuman.

Un Basque, médecin devenu jésuite

Enfance à Bilbao et vocation médicale

Pedro Arrupe y Gondra naît le 14 novembre 1907 à Bilbao, dans une famille basque profondément catholique ; son père dirige un journal et participe à la fondation d'un quotidien de la ville.[7][8] Dernier de cinq enfants et seul garçon, il perd sa mère à l'âge de dix ans, épreuve qui marque durablement sa sensibilité.[9] Brillant élève, il choisit d'abord la médecine et entre en 1923 à la faculté de Madrid, où il se distingue et obtient plusieurs prix.[10][11]

Lourdes : les guérisons qui bouleversent l'étudiant en médecine

L'événement décisif de sa jeunesse survient à Lourdes, lors d'un pèlerinage vers 1926. Étudiant en médecine, Arrupe assiste, dit-il, à des guérisons subites et inexplicables au regard de la science qu'il apprenait.[12][13] Ce contact avec le surnaturel opère en lui un renversement : la carrière médicale qui s'ouvrait brillamment lui apparaît soudain trop étroite. Il quitte l'université de Madrid pour répondre à un appel plus radical.

L'entrée dans la Compagnie de Jésus (1927)

Le 15 janvier 1927, Pedro Arrupe entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à Loyola, berceau même de saint Ignace.[14][15] Il abandonne la médecine, mais non le regard clinique ni la rigueur scientifique qui marqueront toute sa vie. Fils spirituel de saint Ignace de Loyola, il fait siens les Exercices spirituels et cette recherche du « magis », le « davantage » pour la plus grande gloire de Dieu, qui deviendra la clé de sa spiritualité.

L'exil : l'expulsion des jésuites d'Espagne et les études à l'étranger

La basilique du sanctuaire de Loyola, à Azpeitia, près de la maison natale de saint Ignace. Pedro Arrupe y entre au noviciat de la Compagnie de Jésus le 15 janvier 1927. Photo Jose Luis Filpo Cabana, Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

En 1932, la Seconde République espagnole dissout la Compagnie de Jésus et confisque ses biens ; les jésuites sont expulsés.[16][17] Arrupe, jeune scolastique, poursuit alors sa longue formation hors d'Espagne : philosophie et théologie en Belgique (Marneffe), aux Pays-Bas (Valkenburg) puis aux États-Unis.[18][19] Il est ordonné prêtre le 30 juillet 1936, l'année même où éclate la guerre civile espagnole.[20][21] Cet exil forcé fait de lui, très tôt, un homme sans frontières, à l'aise dans plusieurs langues et cultures, préparation providentielle à sa vocation missionnaire.

Missionnaire au Japon

Le départ pour le Japon (1938)

Aux États-Unis, Arrupe demande et obtient d'être envoyé en mission au Japon, terre marquée par le sang des martyrs de saint François Xavier et de saint Paul Miki. Il y arrive en 1938.[22][23] Il s'immerge dans la langue, la culture et la spiritualité japonaises avec une exigence d'inculturation qui restera l'un de ses grands thèmes : annoncer le Christ non pas en surimposant l'Occident, mais en épousant le génie propre d'un peuple.

Maître des novices près d'Hiroshima

Nommé maître des novices, Arrupe s'installe au noviciat jésuite de Nagatsuka, sur les hauteurs à quelques kilomètres de l'épicentre d'Hiroshima.[24][25][26] Il y forme les jeunes jésuites japonais, dans la pauvreté et la ferveur, sans se douter que ce lieu deviendrait bientôt le théâtre de l'un des événements les plus marquants de sa vie, et un poste de secours improvisé au cœur de l'apocalypse atomique.

6 août 1945 : le prêtre-médecin sous la bombe atomique

Le 6 août 1945 à 8 h 15, la première bombe atomique de l'histoire explose sur Hiroshima. À Nagatsuka, Arrupe voit « une lumière aveuglante, comme un éclair de magnésium », suivie d'un souffle formidable.[27] En quelques heures, le noviciat se remplit de blessés. C'est alors que la formation médicale interrompue vingt ans plus tôt trouve son sens : Arrupe transforme la maison en hôpital de fortune, où environ cent cinquante victimes brûlées et irradiées sont soignées.[28][29]

« J'étais dans ma chambre avec un autre prêtre à huit heures et quart quand soudain nous vîmes une lumière aveuglante, comme un éclair de magnésium. [...] Nous entendîmes une explosion formidable, semblable au souffle d'un ouragan. » Pedro Arrupe, récit du bombardement d'Hiroshima[30]

Hiroshima, 6 août 1945 : le noviciat de Nagatsuka, situé à quelques kilomètres de l'épicentre, devient un hôpital de fortune. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette nuit de veille au milieu des mourants devint pour lui une expérience fondatrice. Arrupe y puisa une conviction qui irriguera toute son action : la foi ne peut se séparer de la compassion active envers les hommes broyés par l'histoire. Il aimait rappeler que ces heures d'Hiroshima lui avaient appris, mieux qu'aucun traité, ce que signifie servir le Christ dans les blessés.

De la mission à la charge de provincial

Après la guerre, Arrupe poursuit son œuvre missionnaire et devient vice-provincial puis premier provincial de la nouvelle province jésuite du Japon (1958-1965).[31][32] Sous sa direction, la Compagnie développe écoles, universités et œuvres caritatives dans un pays reconstruit. Son rayonnement dépasse bientôt l'archipel : les jésuites du monde entier commencent à repérer en ce Basque infatigable un homme de gouvernement autant que de prière.

Le « second fondateur » de la Compagnie de Jésus

L'élection comme Préposé général (1965)

Le 22 mai 1965, la 31ᵉ Congrégation générale réunie à Rome élit Pedro Arrupe 28ᵉ Préposé général de la Compagnie de Jésus, successeur de saint Ignace.[33][34] Il prend la tête du plus grand ordre religieux masculin de l'Église, quelque 36 000 jésuites à l'époque[35], au moment précis où s'achève le concile Vatican II. Sa mission : conduire la Compagnie dans l'immense travail de rénovation demandé par le concile, sans rompre avec la tradition ignatienne.

Gouverner un ordre pendant l'après-concile

Les dix-huit années du généralat d'Arrupe furent parmi les plus mouvementées de l'histoire jésuite. Fidèle à Vatican II lu dans l'herméneutique de la continuité, il voulut réarticuler l'identité de l'ordre autour du service de la foi. Sa popularité auprès des jeunes jésuites et son autorité morale lui valurent d'être appelé, non sans raison, le « second fondateur » de la Compagnie.[36][37] Cette période fut aussi traversée de tensions, internes et romaines, que l'on examinera plus bas : l'ampleur du renouveau suscita des débordements que le Saint-Siège jugea préoccupants.

« Des hommes pour les autres » (Valence, 1973)

Fin juillet 1973, devant le congrès des anciens élèves des collèges jésuites d'Europe réuni à Valence (Espagne), Arrupe prononce l'un des discours les plus influents de la pédagogie catholique contemporaine.[38][39] Il y fixe le but de l'éducation jésuite : former non des individus repliés sur eux-mêmes, mais des hommes pour les autres.

« Notre objectif éducatif prioritaire doit être de former des hommes et des femmes pour les autres [...] des hommes et des femmes qui ne peuvent même pas concevoir un amour de Dieu qui n'inclue pas l'amour du plus petit de leurs prochains, des hommes et des femmes absolument convaincus qu'un amour de Dieu qui ne débouche pas sur la justice envers les hommes est une imposture. » Pedro Arrupe, discours de Valence, 1973[40]

La formule pédagogique d'Arrupe relie l'amour de Dieu, le service du prochain et la justice évangélique. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La formule, souvent élargie en « des hommes et des femmes pour les autres », devint la devise de milliers d'établissements jésuites à travers le monde. Elle résume une intuition profondément évangélique : il n'y a pas d'amour de Dieu authentique qui ne se traduise en service concret du prochain, selon la parole du Christ : « Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Mt 25, 40).

La foi qui fait la justice : la 32ᵉ Congrégation générale (1974-1975)

Sous l'impulsion d'Arrupe, la 32ᵉ Congrégation générale (1974-1975) adopte son célèbre Décret 4, qui définit la mission jésuite comme « le service de la foi, dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue ».[41][42] Ce lien intime entre foi et justice marqua durablement la Compagnie.

Arrupe sut néanmoins tenir la barre contre les dérives. Dans une lettre du 8 décembre 1980 aux provinciaux jésuites d'Amérique latine sur l'analyse marxiste, dont copie fut envoyée aux autres provinciaux, il mit fermement en garde les jésuites contre l'adoption non critique du marxisme : on ne peut, écrivait-il, emprunter les instruments d'analyse d'une idéologie athée sans en absorber les présupposés matérialistes contraires à la foi.[43] Cette vigilance dément la caricature d'un général naïvement engagé à gauche : Arrupe cherchait une justice évangélique, enracinée dans la charité du Christ, non une politisation de la foi.

Le Service jésuite des réfugiés (1980)

Le Service jésuite des réfugiés, fondé par Arrupe en 1980, résume sa mission en trois verbes : accompagner, servir, défendre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le 14 novembre 1980, jour de son 73ᵉ anniversaire, bouleversé par le drame des boat people fuyant le Vietnam après la guerre, Arrupe fonde le Service jésuite des réfugiés (Jesuit Refugee Service, JRS).[44][45] L'œuvre, aujourd'hui présente dans des dizaines de pays, accompagne, sert et défend les réfugiés et déplacés. Elle prolonge, à l'échelle du monde, la nuit d'Hiroshima : se pencher sur les blessés que l'histoire abandonne.

L'épreuve, l'obéissance et l'abandon

Les tensions avec le Saint-Siège

Le généralat d'Arrupe ne fut pas exempt de frictions avec Rome. Le pape Paul VI, puis surtout Jean-Paul II, s'inquiétèrent de certaines orientations prises par des jésuites : engagement politique de quelques membres, questions de discipline, débats autour de la théologie de la libération.[46][47] Ces tensions relèvent d'un discernement légitime du Saint-Siège sur la vie d'un grand ordre en pleine mutation. Il faut les rapporter avec exactitude, sans en faire ni un procès contre Arrupe ni un procès contre les papes : l'Église a le droit et le devoir de veiller sur ses ordres religieux, et Arrupe, quant à lui, ne cessa jamais de professer son obéissance filiale au successeur de Pierre.

7 août 1981 : la thrombose et le silence

Monument à Pedro Arrupe à l'université de Deusto, à Bilbao, sa ville natale. Photo Zarateman, Wikimedia Commons, CC0.

Le 7 août 1981, de retour d'un voyage en Extrême-Orient, Pedro Arrupe est frappé d'une grave thrombose cérébrale à l'aéroport de Rome-Fiumicino.[48][49] L'homme d'action, le communicateur infatigable, se retrouve paralysé et privé de parole. Il ne gouvernera plus. Commence alors une décennie de silence et de dépendance totale, que ses proches décrivirent comme une longue passion vécue dans la paix.

L'intervention de Jean-Paul II et le délégué Dezza

En octobre 1981, dans une décision extraordinaire, Jean-Paul II suspend le gouvernement ordinaire de la Compagnie et nomme son délégué personnel, le jésuite Paolo Dezza (1901-1999), futur cardinal, pour administrer l'ordre jusqu'à une prochaine congrégation générale, au lieu du vicaire qu'Arrupe avait désigné.[50][51] Le geste, ressenti à l'époque comme une mise sous tutelle, fut accueilli par Arrupe et par la Compagnie dans l'obéissance. Loin d'entrer en révolte, Arrupe donna l'exemple d'une soumission paisible au jugement du pape, trait qui pèsera plus tard dans l'appréciation de ses vertus.

« Plus que jamais, je me trouve dans les mains de Dieu »

Le 3 septembre 1983, la 33ᵉ Congrégation générale accepte la démission d'Arrupe ; dix jours plus tard, le 13 septembre, elle élit son successeur, le P. Peter Hans Kolvenbach.[52][53][54] Incapable de parler, Arrupe fait lire devant l'assemblée un adieu demeuré célèbre, véritable testament spirituel d'un homme qui n'a plus que son abandon à offrir.

« Plus que jamais, je me trouve maintenant dans les mains de Dieu. C'est ce que j'ai désiré toute ma vie, depuis ma jeunesse. Mais il y a maintenant une différence : c'est Dieu qui a toute l'initiative. Je sais et je sens, dans une profonde expérience intérieure, que je suis tout entier entre ses mains. » Pedro Arrupe, adieu à la 33ᵉ Congrégation générale, septembre 1983[55]

La démission et la dernière décennie

La dernière décennie d'Arrupe manifeste une spiritualité d'abandon : après Lourdes, Hiroshima et le gouvernement de la Compagnie, le silence devient offrande. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Retiré à l'infirmerie de la Curie généralice à Rome, Arrupe passe ses dix dernières années dans le silence et la souffrance, entouré de la vénération croissante des jésuites et des fidèles. Il meurt le 5 février 1991, à 83 ans.[56][57] Ses funérailles rassemblent une foule immense ; beaucoup, déjà, le tiennent pour un saint.

Une spiritualité de la disponibilité

Toute la vie d'Arrupe peut se lire comme une disponibilité croissante à Dieu, le « qu'il soit fait de moi selon ta parole » de Marie, appliqué à un homme d'action réduit finalement au pur abandon. Sa spiritualité, foncièrement ignatienne, unit le zèle apostolique le plus ardent et la remise de soi la plus radicale.

« Tomber amoureux » : la prière de l'abandon

Une méditation célèbre, souvent attribuée à tort à Arrupe, a été largement diffusée sous son nom : rien n'est plus concret que de trouver Dieu, c'est-à-dire de tomber amoureux de lui de manière absolue et définitive. Son auteur est le P. Joseph Whelan, s.j., et elle n'est donc pas une parole d'Arrupe.[58]

« Rien n'est plus pratique que de trouver Dieu, c'est-à-dire de tomber amoureux d'une manière absolue et définitive. Ce dont vous tombez amoureux, ce qui saisit votre imagination, décidera de tout. » Méditation du P. Joseph Whelan, s.j.[59]

Cette méditation de Joseph Whelan ne peut pas servir de preuve de la pensée d'Arrupe, puisqu'elle n'est pas de lui. Ce qu'Arrupe a lui-même exprimé de son abandon se lit dans son adieu de 1983, cité plus haut : un amour qui prend possession de toute l'existence et l'oriente, celui qui l'avait arraché à la médecine à Lourdes, qui l'avait tenu debout dans les décombres d'Hiroshima, et qui le portait, paralysé, à se dire heureux d'être « entre les mains de Dieu ».

Chercher Dieu en toutes choses

Héritier de saint Ignace, Arrupe vivait de la conviction que Dieu se cherche et se trouve en toutes choses, dans la mission comme dans la maladie, dans l'activité débordante comme dans le silence forcé. Sa dernière décennie muette fut peut-être son plus grand enseignement : un homme qui avait parlé à des foules et gouverné des dizaines de milliers de religieux acheva sa course en n'ayant plus rien à offrir que sa pauvreté et sa confiance. En cela, il rejoint la longue lignée des mystiques de l'abandon, de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus au vénérable Jérôme Lejeune.

La cause de béatification

L'ouverture de la cause (2019)

Après avoir reçu le nihil obstat du Saint-Siège et l'accord des évêques de la région, le diocèse de Rome, celui où Arrupe est mort, a ouvert sa cause de béatification le 5 février 2019, en la basilique Saint-Jean-de-Latran.[60][61] Présidant la séance, le cardinal Angelo De Donatis, vicaire du pape pour Rome, a souligné qu'Arrupe était mort avec une solide réputation de sainteté. Pedro Arrupe porte désormais le titre de Serviteur de Dieu, premier échelon du chemin qui peut conduire à la béatification puis à la canonisation.

  1. Novembre 2018
    Annonce de la cause

    Le diocèse de Rome et la Compagnie de Jésus annoncent l'ouverture prochaine de la cause de béatification du P. Arrupe, mort à Rome en 1991.

  2. 5 février 2019
    Ouverture officielle

    En la basilique Saint-Jean-de-Latran, le cardinal Angelo De Donatis, vicaire de Rome, ouvre l'enquête diocésaine. Arrupe est déclaré Serviteur de Dieu.

  3. 2019-2024
    Enquête diocésaine

    Plus de soixante-dix témoins d'Espagne, de Rome et du Japon sont entendus par le tribunal du vicariat sur sa vie, ses vertus et sa réputation de sainteté.

  4. Novembre 2024
    Clôture de la phase diocésaine

    Après plus de cinq ans, la phase diocésaine est close ; le dossier est transmis au Dicastère pour les causes des saints, à Rome.

Le sens d'une cause

L'ouverture d'une cause de béatification ne tranche aucun des débats historiques sur le gouvernement de la Compagnie dans les années 1970-1980 : elle porte sur la sainteté personnelle d'un homme : la pratique héroïque des vertus théologales et morales. En reconnaissant à Arrupe une réputation de sainteté, l'Église distingue nettement les discussions légitimes sur telle ou telle orientation d'un ordre religieux, et la fidélité intérieure d'un serviteur de Dieu qui, jusque dans l'épreuve et l'obéissance, n'a cessé de chercher et d'aimer le Seigneur.

Le chemin ordinaire d'une cause : Serviteur de Dieu, Vénérable, Bienheureux, Saint. Pedro Arrupe en est au premier degré, après l'ouverture de sa cause en 2019. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En novembre 2024, la clôture de la phase diocésaine a marqué un pas important : il revient désormais au Dicastère pour les causes des saints d'examiner le dossier, avant l'éventuelle reconnaissance de l'héroïcité des vertus qui ferait d'Arrupe un vénérable.[62][63]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), « Pedro Arrupe » : en.wikipedia.org. Notice de référence : naissance le 14 novembre 1907 à Bilbao, études de médecine à Madrid (1923), pèlerinage de Lourdes et guérisons, entrée dans la Compagnie de Jésus le 15 janvier 1927, dissolution des jésuites en Espagne en 1932, études en Belgique/Pays-Bas/États-Unis, ordination le 30 juillet 1936, mission au Japon en 1938, maître des novices à Hiroshima, bombe atomique du 6 août 1945, provincial du Japon, élection comme Préposé général le 22 mai 1965 (31ᵉ CG), « men for others » (1973), fondation du JRS (1980), thrombose du 7 août 1981, délégué pontifical Paolo Dezza, démission acceptée par la 33ᵉ CG en 1983, successeur Peter Hans Kolvenbach, mort le 5 février 1991, cause de béatification ouverte en 2019. Note : le lieu exact de l'ordination du 30 juillet 1936 est rapporté différemment selon les sources (Marneffe, Belgique, selon plusieurs biographies ; Valkenburg, Pays-Bas, selon jesuitgeneral.org), l'article ne tranche pas ce point non consensuel.

    1 7 10 12 14 16 18 20 22 26 31 33 44 46 48 50 52 56
  2. Encyclopædia Britannica, « Pedro Arrupe » : britannica.com. Notice biographique : dates de naissance et de mort, études de médecine, entrée chez les jésuites, mission au Japon, provincialat (1958-1965), élection comme Supérieur général (1965), généralat, fondation du JRS, démission (1983) et succession de Kolvenbach. Source secondaire de recoupement.

    2 11 15 21 23 32 34 45 53 57
  3. Pedro Arrupe, adieu à la 33ᵉ Congrégation générale, Rome, 3 septembre 1983, lu en son nom par le P. Ignacio Iglesias devant l'assemblée. Texte original anglais : « More than ever I find myself in the hands of God. This is what I wanted all my life, from my youth. And this is still the one thing I want. But now there is a difference. The initiative is entirely with God. It is indeed a profound spiritual experience to know and feel myself so entirely in his hands. » Texte largement diffusé par la Compagnie de Jésus, notamment via ignatiansolidarity.net.

    3 55
  4. jesuitgeneral.org, « Pedro Arrupe » : jesuitgeneral.org/arrupe. Notice officielle jésuite sur le 28ᵉ Préposé général : expérience spirituelle décisive à Lourdes, parcours de formation, généralat, thrombose de 1981, dernières années.

    4 13 19 36 49
  5. ZENIT (FR), « Jésuites : ouverture de la cause de béatification du père Pedro Arrupe », 5 février 2019 : fr.zenit.org. Compte rendu de l'ouverture de la cause en la basilique Saint-Jean-de-Latran, présidée par le cardinal Angelo De Donatis, vicaire de Rome, d'après L'Osservatore Romano du 6 février 2019 ; lieu confirmé par La Civiltà Cattolica, « Pedro Arrupe: The Cause for Beatification is Open », 4 avril 2019 (« in the Basilica of St. John Lateran, the session to open the cause of his beatification was held ») ; mention du nihil obstat du Saint-Siège et de la réputation de sainteté.

    5 60
  6. Vatican News (FR), « Vers la béatification du père Pedro Arrupe », novembre 2018 : vaticannews.va. Annonce de l'ouverture de la cause par le diocèse de Rome ; contexte de la mort d'Arrupe à Rome en 1991 et de sa réputation de sainteté. Source pour la date et le cadre romain.

    6 61
  7. Wikipédia (FR), « Pedro Arrupe » : fr.wikipedia.org. Notice francophone : famille basque catholique de Bilbao, mort de la mère durant l'enfance, contexte de la vocation et de l'exil de 1932. Utilisé pour les éléments biographiques francophones.

    8 9 17
  8. La distance exacte varie selon les récits : Arrupe lui-même, dans ses Recollections and Reflections (extraits : arrupe.org.au), situe le noviciat à six kilomètres du centre de l'explosion (« six kilometers from the center of the atomic explosion ») ; un dossier jésuite (FBK Magazine) parle de « a few kilometers from the epicenter » : magazine.fbk.eu. Le récit repris par jesuits.org (cf. [^jesuits-hiroshima]) ne précise pas la distance.

    24
  9. Jesuits.org, « Fr. Pedro Arrupe, SJ's Account of Ministering to Victims of the Hiroshima Atomic Bomb » : jesuits.org. Récit d'Arrupe sur le 6 août 1945 : noviciat de Nagatsuka transformé en hôpital de fortune, 150 blessés soignés grâce à sa formation médicale (« We had in the house 150 people… »). Le récit ne précise pas la distance à l'épicentre (cf. [^nagatsuka-distance]). Texte original anglais : « I was in my room with another priest at 8:15 when suddenly we saw a blinding light, like a flash of magnesium. […] We heard a formidable explosion, like the blast of a hurricane. »

    25 27 28 30
  10. Aleteia, « What a priest on the way to sainthood remembered from Hiroshima », 20 avril 2026 : aleteia.org. Article sur le témoignage d'Arrupe à Hiroshima et sa cause de canonisation. Relais journalistique ; source primaire = récit d'Arrupe sur jesuits.org.

    29
  11. La Civiltà Cattolica (revue jésuite), « The Question of Vocations: Old and New Issues » : laciviltacattolica.com. 36 038 jésuites en 1965, plus haut effectif de l'histoire de l'ordre ; Crisis Magazine, « The Pope and the Jesuits » : 36 000 membres dans le monde en 1965, année du pic, contre environ 26 000 en 1983.

    35
  12. America Magazine, « Canonization cause of Pedro Arrupe—Jesuit who tended to victims of Hiroshima—takes an important step forward », 14 novembre 2024 : americamagazine.org. Synthèse sur le généralat (Décret 4, foi et justice), les tensions avec le Saint-Siège, l'intervention de Jean-Paul II et le délégué Dezza, et l'avancée de la cause en 2024. Source secondaire de recoupement.

    37 42 47 51 63
  13. Pedro Arrupe, « The Promotion of Justice and Education for Justice » (dit « Men for Others »), discours au Xᵉ congrès de la Confédération européenne des associations d'anciens élèves des jésuites, Valence, Espagne, 31 juillet 1973 : texte conservé par le Portal to Jesuit Studies (Boston College) : jesuitportal.bc.edu et par le Secrétariat pour l'éducation de la Compagnie de Jésus : sjweb.info. Texte original anglais : « … men and women who cannot even conceive of love of God which does not include love for the least of their neighbors, men and women completely convinced that love of God which does not issue in justice for men is a farce. »

    38 40
  14. Educate Magis, dossier du 50ᵉ anniversaire du discours « Personas para los demás » de Pedro Arrupe (Valence, 1973) : educatemagis.org. Contexte du congrès de Valence (29 juillet au 1er août 1973) et postérité pédagogique du discours. Relais vers le texte primaire du discours.

    39
  15. 32ᵉ Congrégation générale de la Compagnie de Jésus (1974-1975), Décret 4, « Our Mission Today: The Service of Faith and the Promotion of Justice », dans John W. Padberg (dir.), Jesuit Life & Mission Today: The Decrees & Accompanying Documents of the 31st-35th General Congregations of the Society of Jesus, Institute of Jesuit Sources, Saint-Louis, 2009. Document officiel de la Compagnie définissant le service de la foi et la promotion de la justice comme mission.

    41
  16. Pedro Arrupe, lettre du 8 décembre 1980 aux provinciaux jésuites d'Amérique latine sur l'analyse marxiste (« On the Marxist Analysis »), dont copie fut envoyée aux autres provinciaux, publiée in extenso dans Origins (Catholic News Service), vol. 10, 16 avril 1981. Mise en garde contre l'adoption non critique des instruments d'analyse marxistes, jugés inséparables de présupposés matérialistes contraires à la foi.

    43
  17. Portal to Jesuit Studies (Boston College), « General Congregation 33 » : jesuitportal.bc.edu. « On September 3, they voted to accept Arrupe's resignation, and, ten days later, they elected Peter-Hans Kolvenbach as his successor. » L'élection de Kolvenbach le 13 septembre 1983 est confirmée par plusieurs notices biographiques.

    54
  18. Joseph Whelan, s.j., méditation « Fall in Love / Nothing is more practical than finding God », souvent attribuée à tort à Pedro Arrupe. Texte original anglais : « Nothing is more practical than finding God, than falling in Love in a quite absolute, final way. What you are in love with, what seizes your imagination, will affect everything. […] Fall in Love, stay in love, and it will decide everything. » Attribution vérifiée : IgnatianSpirituality.com (Loyola Press), page « Fall in Love » : « Often attributed to Fr. Pedro Arrupe, SJ (1907-1991), but by Joseph Whelan, SJ » ; Jesuits.org, « Falling in Love » : méditation communément attribuée au P. Pedro Arrupe, mais en réalité du P. Joseph P. Whelan, s.j. Présentée ici sous le seul nom de Joseph Whelan, sans servir de preuve de la pensée d'Arrupe.

    58 59
  19. Catholic News Agency, « Diocesan phase completed for canonization of Father Pedro Arrupe » : catholicnewsagency.com. Clôture de la phase diocésaine en 2024 après audition de plus de soixante-dix témoins d'Espagne, de Rome et du Japon ; transmission au Dicastère pour les causes des saints.

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