Sur presque tout, les saints diffèrent : l'un fut roi, l'autre mendiant ; l'un docteur, l'autre illettré ; l'un ermite au désert, l'autre cuisinier au milieu du bruit des casseroles. Mais qu'on les interroge sur l'oraison — cette prière intérieure et silencieuse où l'âme se tient « seul à seul » avec Dieu — et l'on entend, d'un siècle à l'autre, une seule voix sur l'essentiel. Tous disent qu'elle est nécessaire ; tous l'appellent une amitié ; tous avertissent qu'on n'y entre que par la fidélité et qu'on ne la quitte jamais dans la sécheresse ; tous promettent qu'elle transforme une vie. Cet accord, par-delà les écoles et les tempéraments, est l'un des arguments les plus forts de la tradition catholique : sur l'essentiel de l'oraison, les maîtres qui l'ont pratiquée se contredisent rarement.
Cet article est un florilège — au sens propre, une « cueillette de fleurs » : on y a réuni les paroles les plus fortes des grands maîtres de la prière, en les rendant à leur visage. Car une sentence sur l'oraison ne pèse pas du même poids selon qu'elle sort d'un manuel ou de la bouche d'une Thérèse d'Avila qui passa dix-huit ans dans la sécheresse, d'un Jean de la Croix jeté en prison, d'un Curé d'Ars qui priait des nuits entières. On a donc préféré entrer par les saints eux-mêmes : un portrait bref, leur place dans l'histoire de l'oraison, puis leurs mots — pour que le lecteur ne lise pas seulement une doctrine, mais qu'il entende des témoins.
Il ne remplace pas les articles voisins, il les éclaire d'une autre lumière. Pour comment établir et faire grandir l'oraison — conditions, méthode, combat des distractions —, on renvoie à Comment grandir dans l'oraison. Pour la carte des hauts degrés — recueillement, quiétude, union, nuits de l'esprit —, au dossier Le chemin de l'oraison. Pour les malentendus qui arrêtent la croissance, à Les erreurs fréquentes concernant l'oraison. Ici, on tient le fil unique du chœur des saints.
Pourquoi écouter les saints sur l'oraison ?
Les saints, experts et témoins de la prière
Sur la prière, les saints ne sont pas des théoriciens : ils sont des praticiens. Ce qu'un astronome est aux étoiles, ils le sont au commerce avec Dieu — non des spectateurs, mais des hommes et des femmes qui ont passé leur vie dans l'oraison, jusqu'à plusieurs heures par jour, parfois des nuits entières, jusqu'à en faire l'air qu'ils respiraient. Leur autorité n'est pas d'abord livresque ; elle est expérimentale. Quand sainte Thérèse d'Avila décrit les états de l'oraison, elle ne spécule pas : elle décrit ce qu'elle a traversé. C'est ce que la tradition appelle la « science des saints » — une connaissance de Dieu acquise non par l'étude seule, mais par l'amour et la fréquentation.
C'est pourquoi l'Église, en proclamant certains d'entre eux docteurs, a reconnu officiellement la valeur doctrinale de leur enseignement spirituel. Quatre de ces grands maîtres comptent parmi les docteurs de l'Église : Thérèse d'Avila (proclamée en 1970), Jean de la Croix (1926), François de Sales (1877), Thérèse de Lisieux (1997). C'est leur doctrine d'ensemble — dont leur enseignement sur la prière — que l'Église garantit ainsi, non une proclamation décernée pour la seule oraison. Leur parole sur la prière n'est pas une opinion pieuse parmi d'autres : c'est un trésor garanti que l'Église propose à tous.
L'unanimité par-delà les siècles
L'argument le plus frappant n'est pourtant pas l'autorité de chacun, mais leur accord. Prenez un moine du désert du IVᵉ siècle, une mystique italienne du XIVᵉ, une carmélite du XVIᵉ, un évêque de la Renaissance, une petite religieuse normande du XIXᵉ : ils n'ont ni la même langue, ni la même culture, ni la même école spirituelle. Et pourtant, sur l'essentiel de l'oraison, ils convergent. Cette convergence n'est pas le fruit d'une copie : elle vient de ce qu'ils ont tous touché la même réalité. On ne décrit pas de la même façon un pays qu'on n'a pas vu ; on le décrit semblablement quand on y a marché.
Le présent florilège suit donc deux mouvements. D'abord, il fait entendre les grandes voix une à une — chaque maître avec son visage, son histoire, son accent propre. Ensuite, il rassemble ce sur quoi tous convergent, pour montrer que la doctrine de l'oraison n'est pas une affaire d'école mais le bien commun des saints.
Les grandes définitions : qu'est-ce que l'oraison ?
Avant les portraits, il faut écouter les définitions — ces formules ramassées où des siècles d'expérience tiennent en une phrase. Elles ne se contredisent pas : elles éclairent la même chose sous des angles différents. Le Catéchisme les a recueillies en tête de son traité de la prière.
Saint Jean Damascène : « l'élévation de l'âme vers Dieu »
La définition la plus classique, celle que le Catéchisme place en exergue, vient d'un Père grec du VIIIᵉ siècle, dernier des grands docteurs de l'Orient :
« La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables. » — Saint Jean Damascène, La Foi orthodoxe, III, 24, cité au Catéchisme § 2559[1]
Tout est dit d'un mot : prier, c'est monter — sortir de soi, de ses soucis, de son orgueil, pour s'élever vers Celui qui est plus haut. Et le Catéchisme ajoute aussitôt la condition de cette montée : « C'est celui qui s'abaisse qui est élevé. L'humilité est le fondement de la prière. »[2]
Évagre le Pontique : « un commerce de l'esprit avec Dieu »
Au IVᵉ siècle déjà, dans les déserts d'Égypte, le moine Évagre le Pontique avait laissé un petit traité de la prière qui fixa pour des siècles le vocabulaire de l'oraison. Précision de rang : Évagre (v. 345-399) n'a jamais été canonisé par l'Église catholique, et certaines de ses thèses spéculatives d'inspiration origéniste ont été condamnées après sa mort. Le IIᵉ concile de Constantinople (553) anathématise Origène ; c'est par l'édit du patriarche Eutychius, donnant effet au concile, qu'Évagre est anathématisé avec Didyme l'Aveugle — condamnation confirmée ensuite, avec Origène, par les VIᵉ et VIIᵉ conciles[3]. Mais ses maximes sur la prière, transmises longtemps sous le nom de saint Nil, ont été reçues par toute la tradition : c'est à ce titre — ancien maître de l'oraison, non saint canonisé — qu'il figure ici. Sa définition annonce, mille ans à l'avance, celle de Thérèse d'Avila :
« La prière est un commerce de l'esprit avec Dieu. » — Évagre le Pontique, Traité de l'oraison, ch. 3[4]
Et il en tirait la conséquence la plus haute, devenue un axiome de toute la tradition contemplative : la vraie connaissance de Dieu ne s'acquiert pas dans les livres, mais dans la prière.
« Si tu es théologien, tu prieras vraiment ; et si tu pries vraiment, tu es théologien. » — Évagre le Pontique, Traité de l'oraison, ch. 60[5]
Sainte Thérèse d'Avila : « un commerce intime d'amitié »
C'est pourtant la définition d'une carmélite espagnole du XVIᵉ siècle qui est devenue la définition reçue de l'oraison dans l'Église : le Catéchisme la cite mot pour mot.
« L'oraison mentale n'est, à mon avis, qu'un commerce intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » — Sainte Thérèse d'Avila, Livre de la Vie, ch. 8, citée au Catéchisme § 2709[6]
Elle déplace le centre de gravité : de l'effort de l'homme (« l'élévation ») à la réciprocité de l'amitié. Prier, ce n'est plus seulement monter vers Dieu, c'est se savoir déjà aimé et répondre à cet amour.
Le paysan d'Ars : « Je l'avise et il m'avise »
La plus simple de toutes les définitions ne vient pas d'un docteur, mais d'un paysan illettré de la paroisse d'Ars, surpris par son saint curé à rester de longues heures immobile devant le tabernacle. Pressé de dire ce qu'il faisait, il répondit dans son patois :
« La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. "Je l'avise et il m'avise", disait, au temps de son saint curé, le paysan d'Ars en prière devant le tabernacle. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2715[7]
« Je le regarde et il me regarde » : en sept mots, ce paysan a dit ce que les docteurs mettent des chapitres à expliquer. Au sommet, l'oraison n'est plus un discours, ni même une pensée : c'est un regard d'amour échangé. Tous les maîtres y reviennent — l'oraison commence par des mots, et s'achève dans un regard.
Sainte Thérèse d'Avila, docteur de l'oraison
Une réformatrice qui a tout misé sur la prière
Aucune sainte n'est plus identifiée à l'oraison que Thérèse de Jésus (1515-1582), carmélite espagnole, réformatrice du Carmel, première femme proclamée docteur de l'Église (1970). Sa vie même est un plaidoyer : entrée au Carmel à vingt ans, elle traversa de longues années de médiocrité et de sécheresse — près de dix-huit ans, dit-elle, où elle peinait à l'oraison sans presque jamais de consolation — avant une conversion décisive vers la quarantaine. De cette expérience douloureuse, elle a tiré une conviction qu'elle a martelée toute sa vie : on ne se perd jamais en persévérant dans l'oraison ; on ne se sauve presque jamais en l'abandonnant.
« Une détermination déterminée »
Sa pédagogie tient d'abord en un mot d'ordre : la résolution ferme. Contre tous les prétextes — « je n'ai pas le temps », « je suis trop distrait », « je n'en tire rien » —, elle oppose ce qu'elle nomme une « détermination déterminée » de ne jamais reculer :
« Il faut une grande et très déterminée détermination de ne jamais s'arrêter avant d'arriver à la source d'eau vive, advienne que pourra, arrive ce qui pourra, coûte que coûte. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Chemin de la perfection, ch. 21[8]
L'amitié et le feu
Pour Thérèse, l'oraison n'a rien d'austère ni de glacé : c'est une histoire d'amour. Sa définition de l'oraison comme « commerce intime d'amitié » (voir plus haut) commande tout le reste. L'âme n'a pas à « réussir » sa prière comme un exercice ; elle a seulement à se tenir, pauvre et aimante, devant un Ami qui l'aime le premier. Et de cette amitié, elle décrit avec une précision inégalée les degrés — qu'elle compare aux quatre manières d'arroser un jardin, puis aux sept Demeures d'un château intérieur. Pour cette carte de l'ascension, on renvoie au dossier Le chemin de l'oraison : Thérèse y est le guide principal.
On lui doit enfin, dans le célèbre signet trouvé dans son bréviaire après sa mort, le plus pur acte de confiance de toute la mystique — le climat même de son oraison :
« Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante. Tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, Poésies (« Le signet de sainte Thérèse »)[9]
Saint Jean de la Croix, le silence et la nuit
Le réformateur emprisonné
Compagnon de Thérèse dans la réforme du Carmel, Jean de la Croix (1542-1591) en fut le versant masculin et le plus grand poète mystique de la langue espagnole — lui aussi docteur de l'Église (1926). Sa doctrine de l'oraison s'est forgée dans l'épreuve : emprisonné par ses propres frères hostiles à la réforme, enfermé neuf mois dans un cachot de Tolède, c'est là, dans le dénuement total, qu'il composa une partie de son Cantique spirituel. Nul n'a parlé avec plus de profondeur de l'oraison dépouillée, celle qui demeure quand toute consolation a disparu.
Le Verbe se dit dans le silence
Pour Jean de la Croix, le grand langage de Dieu n'est pas le bruit, mais le silence. Sa maxime la plus célèbre condense toute sa doctrine de l'écoute intérieure :
« Le Père n'a dit qu'une parole : ce fut son Fils. Et dans un silence éternel il la dit toujours ; c'est dans le silence que l'âme doit l'écouter. » — Saint Jean de la Croix, Paroles de lumière et d'amour[10]
D'où sa pédagogie : faire taire en soi le tumulte des pensées, des images et des désirs propres, pour que la Parole unique puisse s'entendre. L'oraison avancée n'est plus un travail de l'esprit qui multiplie les considérations, mais un silence aimant où l'âme se laisse regarder.
Les nuits : quand Dieu sèvre pour unir
Jean de la Croix est surtout le maître des « nuits » — ces passages obscurs où Dieu retire les consolations sensibles (nuit des sens), puis les appuis mêmes de l'esprit (nuit de l'esprit), pour purifier l'amour et l'attacher à lui seul. Là où le débutant croit reculer, le maître voit Dieu travailler en profondeur. L'aridité n'est pas, pour lui, un échec de l'oraison : elle en est souvent le progrès le plus secret. Pour le détail de ces nuits, voir Le chemin de l'oraison. Sa boussole tient en une phrase, qu'il plaçait au terme de toute vie de prière :
« Au soir de cette vie, on t'examinera sur l'amour. » — Saint Jean de la Croix, Paroles de lumière et d'amour[11]
Saint François de Sales, l'oraison pour tous
Rendre la sainteté accessible au monde
Si Thérèse et Jean de la Croix sont les maîtres des contemplatifs, François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église (1877), est le maître des gens du monde. Sa grande intuition, révolutionnaire à son époque, est que l'oraison et la sainteté ne sont pas réservées aux cloîtres : un magistrat, une mère de famille, un artisan peuvent et doivent faire oraison, chacun selon son état. Son Introduction à la vie dévote (1609), écrite pour une jeune femme mariée, est devenue le manuel d'oraison du laïc.
Une méthode simple, un « bouquet spirituel »
Sa méthode de méditation — se mettre en présence de Dieu, considérer un mystère, laisser monter les affections et prendre une résolution, puis cueillir un « bouquet spirituel » à respirer tout le jour — est restée le b.a.-ba de l'oraison pour des générations. Pour la pratique détaillée, voir Comment grandir dans l'oraison. François de Sales y mettait toute sa douceur : pas de crispation, pas de performance, mais une fidélité paisible.
On résume souvent sa doctrine en une maxime traditionnellement attribuée au saint : une demi-heure d'oraison chaque jour — et une heure entière quand on est très occupé.[12]
Le paradoxe, voulu, réveille : ce ne sont pas les loisirs qui font place à Dieu, c'est la décision de lui faire place d'abord, surtout quand tout se ligue pour l'en chasser.
La patience avec soi-même
Nul mieux que lui n'a enseigné la douceur envers soi dans le combat des distractions — cet art de revenir cent fois à Dieu sans s'irriter de s'en être éloigné :
« Si le cœur s'égare ou se distrait, ramenez-le tout doucement à son point […]. Et quand vous ne feriez autre chose, durant l'heure de votre oraison, que de ramener votre cœur et le remettre auprès de Notre-Seigneur, quoiqu'il s'en allât toutes les fois que vous le rameneriez, votre heure serait fort bien employée. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIᵉ partie, ch. 7[13]
Sainte Thérèse de Lisieux, la prière du cœur
La grande sainte moderne de la confiance
Petite carmélite normande morte à vingt-quatre ans (1873-1897), Thérèse de l'Enfant-Jésus a été proclamée docteur de l'Église en 1997 — la plus jeune. Elle n'a écrit ni traité ni système : sa « petite voie » d'enfance spirituelle a rendu l'oraison accessible aux plus humbles, en la délivrant de l'idée qu'il faudrait de grandes méthodes ou de grandes lumières pour prier. À ceux que les degrés de Thérèse d'Avila intimident, elle apprend que l'amour suffit.
« Un élan du cœur, un simple regard »
Sa définition de la prière, reprise par le Catéchisme en tête de tout son traité (§ 2558), est sans doute la plus aimée des chrétiens :
« Pour moi, la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour, au sein de l'épreuve comme au sein de la joie. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, citée au Catéchisme § 2558[14]
Elle avoue d'ailleurs, avec une humilité désarmante, ses propres sécheresses et ses distractions — jusqu'à s'endormir à l'oraison — sans jamais s'en troubler : « Je devrais m'en désoler. Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils veillent. »[15] Cette paix dans la pauvreté est, à elle seule, une leçon d'oraison.
Saint Alphonse de Liguori, la nécessité de prier
Le docteur du « grand moyen »
Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), évêque, fondateur des Rédemptoristes, docteur de l'Église (1871) et patron des théologiens moralistes, a consacré à la prière un traité entier, Du grand moyen de la prière (1759), qu'il tenait pour son écrit le plus utile. Sa thèse y est tranchée : la prière n'est pas un ornement de la vie dévote, elle est moralement nécessaire au salut de l'adulte, car Dieu donne ordinairement sa grâce à qui la lui demande.
« Celui qui prie se sauve certainement ; celui qui ne prie pas se damne certainement. » — Saint Alphonse de Liguori, Du grand moyen de la prière, Iʳᵉ partie, ch. I[16]
La formule est rude à dessein : elle ne dit pas que la prière mécanique sauve magiquement, mais que l'âme qui cesse de prier se coupe du canal par lequel la grâce vient. L'oraison, prière du cœur prolongée, est l'école où l'on apprend à demander sans se lasser. C'est pourquoi Alphonse exhortait à ne pas attendre d'en avoir le goût : « Celui qui prie obtient de Dieu tout ce qu'il veut. »[17]
Les Pères et les anciens : le désert et la cellule intérieure
Avant les grands carmes et les évêques modernes, l'oraison avait ses maîtres dans les déserts et les premiers siècles. Leur voix, plus rude, garde une fraîcheur de source.
Saint Augustin : le désir qui prie sans cesse
Le grand docteur d'Hippone (354-430) a fait de la prière la respiration du désir. Pour lui, prier sans cesse (1 Th 5, 17), ce n'est pas répéter des formules sans relâche, mais désirer continuellement : tant que dure le désir de Dieu, la prière ne cesse pas. Et ce désir vient de plus loin que nous — d'un cœur fait pour Dieu et qui ne tient pas en place tant qu'il ne l'a pas trouvé :
« Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi. » — Saint Augustin, Confessions, livre I, 1[18]
Évagre et Cassien : la prière continuelle et la formule
Les moines d'Orient et d'Occident ont cherché le secret de « prier toujours ». Évagre (voir plus haut) enseignait de tenir l'esprit en repos, dépouillé de toute image, pour qu'il s'unisse à Dieu. Jean Cassien (v. 360-435), qui transmit la sagesse des Pères du désert à l'Occident, recommandait dans ses Conférences une courte formule sans cesse répétée pour fixer le cœur dans la présence de Dieu — « Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à mon secours » (Ps 69) —, ancêtre de la prière monologique et de la prière du cœur. La leçon des anciens est constante : mieux vaut un mot redit du cœur qu'un torrent de paroles.
Saint Grégoire de Nysse : prier ou se séparer de Dieu
Le Père cappadocien (v. 335-395) a dit la nécessité de la prière avec une concision saisissante :
« Se sépare de Dieu celui qui ne s'attache pas à Dieu par la prière. » — Saint Grégoire de Nysse, Homélies sur le Notre Père[19]
Et il en déployait la richesse : « La prière est conversation avec Dieu, contemplation de l'invisible […], égalité d'honneur avec les anges, progrès dans le bien, détournement loin du mal. »[20] Bien avant les modernes, l'oraison est déjà nommée « conversation » et « contemplation ».
Sainte Catherine de Sienne : la cellule intérieure
La grande mystique dominicaine (1347-1380), docteur de l'Église (1970), a donné à l'oraison une image inoubliable : la « cellule intérieure de la connaissance de soi ». Plutôt que de fuir au désert, elle enseignait à se bâtir au-dedans de soi une cellule où l'on demeure avec Dieu, au milieu même de l'activité :
Dans sa lettre à sœur Alessia sur la perfection, elle lui ordonne de se faire, outre sa cellule de moniale, « une autre habitation spirituelle » à porter toujours avec soi : la cellule de la vraie connaissance de soi, unie à celle de la bonté de Dieu — et de ne jamais la quitter[21].
Dans son Dialogue, elle relie indissolublement la prière à l'humble vérité sur soi : « Rien ne fait mieux goûter cette vérité, rien ne procure tant de lumière à l'âme que l'humble et continuelle prière, fondée sur la connaissance de soi et de Dieu. »[22] L'oraison et l'humilité montent toujours ensemble.
Les maîtres de la présence de Dieu
Un dernier groupe de témoins a enseigné, plus que tout autre, à prolonger l'oraison hors du temps de prière, jusqu'à faire de toute la vie un cœur à cœur continuel.
Frère Laurent de la Résurrection : Dieu dans la cuisine
Humble carme déchaux du XVIIᵉ siècle (v. 1614-1691), employé aux cuisines de son couvent, Frère Laurent n'a laissé que quelques entretiens et lettres, recueillis sous le titre La Pratique de la présence de Dieu — un des plus grands petits livres de la spiritualité. Sa découverte tient en ceci : on peut faire de toute sa journée une oraison continuelle, en se tenant simplement, sans cesse, en présence de Dieu.
« Le temps de l'action ne diffère point pour moi du temps de l'oraison ; et dans le bruit et le tintamarre de ma cuisine, pendant que plusieurs personnes demandent en même temps des choses différentes, je possède Dieu dans une aussi grande tranquillité que si j'étais à genoux. » — Frère Laurent de la Résurrection, La Pratique de la présence de Dieu[23]
Sainte Élisabeth de la Trinité : « une âme de silence »
Carmélite de Dijon morte à vingt-six ans (1880-1906), Élisabeth de la Trinité a poussé jusqu'au bout l'intuition de la présence de Dieu en l'âme : le Ciel commence ici-bas, dans le sanctuaire intérieur où habite la Trinité. Son idéal de l'oraison est de devenir si silencieuse au-dedans que Dieu puisse s'y imprimer sans obstacle :
« Une "louange de gloire", c'est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l'Esprit Saint, afin qu'il en tire des harmonies divines. » — Sainte Élisabeth de la Trinité, Le Ciel dans la foi[24]
Sa fameuse élévation — « Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité »[25] — est tout entière un programme d'oraison : s'oublier, s'établir en Dieu, se tenir tranquille sous son regard.
Le saint Curé d'Ars : l'amour qui n'a pas besoin de mots
Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, modèle des prêtres, n'était pas un savant — il avait peiné sur ses études —, mais il fut un immense priant, passant des nuits devant le tabernacle. Sa doctrine de l'oraison est celle de la simplicité de l'amour : il n'est pas besoin de beaucoup parler pour bien prier, il suffit d'aimer.
« Il ne faut pas beaucoup parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se plaît en sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là. » — Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars[26]
C'est lui encore qui rapporta le mot du paysan, « Je l'avise et il m'avise » (voir plus haut), dans lequel il voyait le sommet de l'oraison. Et il aimait à dire que la prière dilate l'âme et la rend capable de Dieu : « La prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu. »[27]
Ce sur quoi tous les saints s'accordent
Quand on relit ensemble toutes ces voix, quatre convictions reviennent chez tous, par-delà les siècles et les écoles. C'est le noyau de la doctrine catholique de l'oraison.
1. L'oraison est nécessaire
Aucun saint ne traite la prière comme un supplément facultatif. Alphonse en fait un moyen de salut ; Grégoire de Nysse dit qu'on se sépare de Dieu sans elle ; Thérèse d'Avila assure qu'on se perd presque toujours en l'abandonnant. La raison est simple : la vie spirituelle est une relation, et une relation qu'on ne nourrit pas meurt. « Tous ceux qui sont devenus saints ont élevé leur âme à Dieu par la prière », résume le Curé d'Ars[28].
2. Il faut un temps fidèle, tenu coûte que coûte
Tous insistent sur la fidélité à un temps déterminé, défendu contre les prétextes. C'est la « déterminée détermination » de Thérèse, la « demi-heure » de François de Sales, la règle absolue des anciens. Le Catéchisme l'a fixé en une phrase qui résume les saints : « On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps. »[29] La régularité humble vaut mieux que les élans irréguliers.
3. On ne quitte jamais l'oraison dans la sécheresse
C'est peut-être le point le plus unanime, et le plus contre-intuitif. Jean de la Croix y voit le travail le plus profond de la grâce ; Thérèse d'Avila a tenu dix-huit ans sans goût ; Thérèse de Lisieux dort à l'oraison sans se troubler. Tous convergent sur ce point : la sécheresse n'est pas un signe d'échec, mais souvent une purification ; et la fidélité dans la nuit vaut mille consolations. Quitter l'oraison parce qu'elle ne donne plus de goût, c'est confondre l'amour avec le plaisir qu'il procure.
| Maître | Siècle | Mot-clé de son enseignement | Signature |
|---|---|---|---|
| Évagre le Pontique | IVᵉ | Prière et connaissance de Dieu | « Si tu pries vraiment, tu es théologien » |
| Augustin | IVᵉ-Vᵉ | Le désir qui prie sans cesse | « Notre cœur est sans repos… » |
| Catherine de Sienne | XIVᵉ | La cellule intérieure | La cellule de la vraie connaissance de soi |
| Thérèse d'Avila | XVIᵉ | Amitié et persévérance | « Un commerce intime d'amitié » |
| Jean de la Croix | XVIᵉ | Le silence et les nuits | « Le Père n'a dit qu'une parole » |
| François de Sales | XVIIᵉ | L'oraison pour tous | « Ramenez votre cœur tout doucement » |
| Frère Laurent | XVIIᵉ | La présence de Dieu partout | « Dieu dans le tintamarre de ma cuisine » |
| Alphonse de Liguori | XVIIIᵉ | La nécessité de prier | « Qui prie se sauve » |
| Curé d'Ars | XIXᵉ | La simplicité de l'amour | « Je l'avise et il m'avise » |
| Thérèse de Lisieux | XIXᵉ | La prière du cœur d'enfant | « Un élan du cœur, un simple regard » |
| Élisabeth de la Trinité | XXᵉ | L'âme de silence | « Une louange de gloire » |
4. Le fruit n'est pas le sentiment, mais l'humilité et la charité
Enfin, tous jugent l'oraison non à ce qu'on y sent, mais à ce qu'elle produit. Le signe d'une oraison vraie n'est pas une émotion, c'est qu'on en sort plus humble, plus doux, plus charitable. L'oraison ne détourne pas de l'amour du prochain : elle en est la source.
L'oraison dans la Divine Volonté
Au terme de ce chœur, une note propre à la spiritualité de la Divine Volonté prolonge et couronne l'enseignement des saints. Dans le Livre du Ciel, Jésus le dit à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) — parole reçue dans une révélation privée, non un enseignement du magistère : l'âme qui prie « dans » sa Volonté ne prie plus de ses seules forces, car sa prière rejoint celle, universelle, du Christ et de tous les saints. Vivre « dans » la Divine Volonté — pour le dire en mots d'enfant — ce n'est pas seulement faire ce que Dieu demande (alors il y a deux volontés : la mienne qui obéit, et celle de Dieu que je suis), c'est laisser la Volonté de Dieu agir en nous comme si elle était la nôtre : une seule volonté, et l'acte devient divin. Voir Quelle différence entre faire la volonté de Dieu et vivre dans la Divine Volonté.
« Ma fille, quand, dans ma Volonté, une âme Me prie, M'aime, répare, M'embrasse et M'adore, Je sens que toutes les créatures Me prient, M'aiment, réparent, M'embrassent et M'adorent. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 2 avril 1921[30]
C'est l'aboutissement secret de tout ce que les saints ont dit : l'oraison qui commence comme « je prie Dieu » s'achève comme « que ta volonté se fasse en moi », jusqu'à ne plus faire qu'un avec elle. On rejoint ici l'esprit de l'abandon : la prière la plus haute est celle où l'on ne se réserve plus rien. Le « Fiat » de Gethsémani — « non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22, 42) — est le modèle de toute oraison achevée.
Marie, Jésus et le chœur des saints
Si les saints sont les maîtres de l'oraison, c'est qu'ils ont d'abord été des disciples — du Christ et de sa Mère. Jésus est le priant absolu : l'Évangile le montre sans cesse se retirant pour prier, passant des nuits entières dans la prière (Lc 6, 12), priant avant chaque grande décision, jusqu'au « Fiat » de Gethsémani. Toute oraison chrétienne n'est qu'une participation à cette prière du Fils au Père ; apprendre à faire oraison, c'est laisser le Christ prier en nous.
Marie en est le reflet parfait. L'Évangile ne lui prête presque pas de mots, mais il la montre dans l'attitude même de l'oraison : elle « conservait toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Garder et ruminer la Parole dans le silence du cœur : c'est la définition même de l'oraison contemplative. C'est pourquoi tous les saints de ce florilège l'ont invoquée comme Mère de la vie intérieure — celle qui apprend à prier et obtient la fidélité à l'oraison. Le chœur des saints n'est, au fond, qu'un long écho de la prière du Christ, recueillie par sa Mère et transmise, de siècle en siècle, à ceux qui veulent apprendre à « demeurer » avec Dieu.
Pour aller plus loin
- Comment grandir dans l'oraison — l'angle pratique : la nature de l'oraison, les conditions d'une oraison qui croît, une méthode simple pour commencer et durer, le combat des distractions et de la sécheresse.
- Le chemin de l'oraison : aller en profondeur à la rencontre du Dieu Trinité — la carte complète de l'ascension : les quatre eaux, les sept demeures, la contemplation infuse et les nuits, selon sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix.
- Les erreurs fréquentes concernant l'oraison — les malentendus qui arrêtent la croissance : chercher les sensations, fuir la sécheresse, confondre méthode et but.
- Comment grandir dans le silence intérieur — faire taire le bruit du dedans, condition de l'écoute de Dieu, chère à Jean de la Croix et à Élisabeth de la Trinité.
- Comment grandir dans la lectio divina — la lecture priante de l'Écriture qui nourrit l'oraison.
- Comment grandir dans la persévérance — la « déterminée détermination » de sainte Thérèse d'Avila, arme décisive contre la tentation d'abandonner.
- Comment grandir dans l'abandon à Dieu et Comment grandir dans la confiance — l'attitude filiale qui soutient l'oraison.
Notes et références
Saint Jean Damascène (✝ v. 749), Exposé exact de la foi orthodoxe (De fide orthodoxa), III, 24, cité au Catéchisme de l'Église catholique, § 2559 : « La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables. » Le § 2559 ajoute : « C'est celui qui s'abaisse qui est élevé. L'humilité est le fondement de la prière. » Texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française) ; l'original grec (De fide orthodoxa, III, 24) s'ouvre sur la même définition (« Prayer is an uprising of the mind to God or a petitioning of God for what is fitting », trad. Schaff, newadvent.org).
1 2Évagre le Pontique (v. 345-399 — né vers 345, mort en 399), moine du désert d'Égypte, n'a jamais été canonisé par l'Église catholique. Mécanisme exact de la condamnation de ses thèses spéculatives d'inspiration origéniste (préexistence des âmes, restauration universelle) : le IIᵉ concile de Constantinople (553) anathématise Origène sans nommer Didyme ni Évagre ; c'est par l'édit du patriarche Eutychius de Constantinople, donnant effet au décret du concile, qu'Évagre est anathématisé avec Didyme l'Aveugle ; les VIᵉ et VIIᵉ (puis VIIIᵉ) conciles confirment sa condamnation avec Origène. En revanche, ses maximes ascétiques et ses chapitres sur la prière (De oratione), transmis longtemps sous le nom de saint Nil du Sinaï, ont été reçus par toute la tradition, en Orient comme en Occident (notamment via Jean Cassien). Sources : A. Maas, « Evagrius Ponticus », Catholic Encyclopedia, vol. 5, New York, Robert Appleton Company, 1909 (dates ; condamnation avec Origène) ; art. « Didymus the Blind » (édit d'Eutychius ; VIᵉ et VIIᵉ conciles) — newadvent.org.
3Évagre le Pontique (v. 345-399), Traité de l'oraison (aussi appelé Traité de la prière ou De oratione ; longtemps attribué à saint Nil), ch. 3 : « La prière est un commerce de l'esprit avec Dieu. » Texte vérifié sur Wikisource (Traité de la prière). Édition de référence : I. Hausherr, Les Leçons d'un contemplatif. Le Traité de l'oraison d'Évagre le Pontique, Beauchesne, 1960.
4Évagre le Pontique, Traité de l'oraison, ch. 60 : « Si tu es théologien, tu prieras vraiment ; et si tu pries vraiment, tu es théologien. » Texte vérifié sur Wikisource (Traité de la prière). Axiome fondateur de la tradition contemplative : la vraie connaissance de Dieu naît de la prière.
5Catéchisme de l'Église catholique, § 2709, citant sainte Thérèse d'Avila, Livre de la Vie (autobiographie), ch. 8 : « L'oraison mentale n'est, à mon avis, qu'un commerce intime d'amitié où l'on s'entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » Texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française).
6Catéchisme de l'Église catholique, § 2715 : « La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. "Je l'avise et il m'avise", disait, au temps de son saint curé, le paysan d'Ars en prière devant le tabernacle. […] Ce regard sur Jésus est renoncement au moi. Son regard purifie le cœur. » L'anecdote du paysan est rapportée par l'abbé F. Trochu, Le Curé d'Ars saint Jean-Marie Vianney.
7Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Le Chemin de la perfection, ch. 21 : « une grande et très déterminée détermination de ne jamais s'arrêter avant d'arriver à la source d'eau vive, advienne que pourra, arrive ce qui pourra, coûte que coûte. » (La numérotation des chapitres varie selon les manuscrits — Escorial / Valladolid — et les éditions ; le thème de la « déterminée détermination » se trouve dans la grande exhortation à la persévérance.) Éd. de référence : Œuvres complètes, trad. du Carmel.
8Sainte Thérèse d'Avila, Poésies — célèbre « signet » (« Nada te turbe ») trouvé dans son bréviaire après sa mort : « Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante. Tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit » (Nada te turbe / nada te espante… Solo Dios basta).
9Saint Jean de la Croix (1542-1591), Paroles de lumière et d'amour (Dichos de luz y amor), n. 99 (numérotée n. 147 dans certaines éditions d'Avis et sentences spirituels) : « Le Père n'a dit qu'une parole : ce fut son Fils. Et il la dit toujours dans un silence éternel ; c'est dans le silence que l'âme doit l'entendre. » Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf / Éditions du Carmel.
10Saint Jean de la Croix, Paroles de lumière et d'amour (Dichos de luz y amor) : « Au soir de cette vie, on t'examinera sur l'amour » (A la tarde te examinarán en el amor — le verbe est au pluriel, le pronom au singulier : c'est bien « on t'examinera », non « on nous examinera »). Numérotation variable selon les éditions (n. 59 ou 60). Sentence parmi les plus citées du saint.
11Maxime traditionnellement attribuée à saint François de Sales (1567-1622), très répandue dans la tradition salésienne : une demi-heure d'oraison chaque jour, une heure quand on est très occupé. Sa formulation exacte ne se trouve pas telle quelle dans une œuvre datée ; elle résume sa doctrine de la priorité absolue de l'oraison (cf. Introduction à la vie dévote, IIᵉ partie). Restituée ici en paraphrase, sans guillemets de verbatim.
12Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IIᵉ partie, ch. 7 (« remèdes contre les distractions ») : « Si votre cœur s'égare ou se distrait, ramenez-le tout doucement à son point […] ; et quand vous ne feriez autre chose, durant l'heure de votre oraison, que de ramener votre cœur et le remettre auprès de Notre-Seigneur, quoiqu'il s'en allât toutes les fois que vous le rameneriez, votre heure serait fort bien employée. »
13Catéchisme de l'Église catholique, § 2558, citant sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, C 25r : « Pour moi, la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour, au sein de l'épreuve comme au sein de la joie. »
14Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrits autobiographiques, Ms A : sur ses sécheresses et son sommeil à l'oraison — « Je devrais m'en désoler. […] Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils veillent. » Édition de référence : Œuvres complètes, Cerf / DDB.
15Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Du grand moyen de la prière (Del gran mezzo della preghiera, 1759), Iʳᵉ partie, ch. I (« Nécessité de la prière »), conclusion : « celui qui prie se sauve certainement ; celui qui ne prie pas se damne certainement. » Texte vérifié dans le texte intégral français (livres-mystiques.com, Le grand moyen de la Prière). Thèse centrale du traité : la prière est moralement nécessaire au salut de l'adulte, car Dieu donne ordinairement sa grâce à qui la lui demande. Rééditions françaises : Téqui, Saint-Paul.
16Saint Alphonse de Liguori, Du grand moyen de la prière : « Celui qui prie obtient de Dieu tout ce qu'il veut » — l'auteur fonde cette assurance sur les promesses évangéliques (« Demandez et vous recevrez », Jn 16, 24).
17Saint Augustin (354-430), Les Confessions, livre I, ch. 1 : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi » (fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te). Cité au Catéchisme de l'Église catholique, § 30. Sur la prière comme désir continuel, voir aussi sa Lettre 130 à Proba.
18Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), Homélies sur le Notre Père, homélie I : « Se sépare de Dieu celui qui ne s'attache pas à Dieu par la prière. » Éd. de référence : C. Boudignon et M. Cassin, coll. Sources Chrétiennes n° 596, Cerf, 2018. Texte vérifié dans l'édition critique (homélie I : « The one who does not join himself to God through prayer separates himself from God »).
19Saint Grégoire de Nysse, Homélies sur le Notre Père, homélie I : « La prière est conversation avec Dieu, contemplation de l'invisible, [...], égalité d'honneur avec les anges, progrès dans le bien, détournement loin du mal. » Même édition (SC 596, Cerf, 2018). Texte vérifié dans l'édition critique (homélie I : « Prayer is conversation with God, contemplation of things unseen... »). Les numéros de page n'ayant pu être revérifiés dans l'édition papier, seule l'homélie est citée.
20Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, lettre CCXXIII (177) à sœur Alessia, « De la manière d'arriver à la perfection », § 3 : « Fais-toi [...] une autre habitation spirituelle que tu porteras toujours avec toi : c'est la cellule de la vraie connaissance de toi-même », unie à la connaissance de la bonté de Dieu. Le mot d'ordre de ne jamais quitter cette cellule intérieure revient dans plusieurs lettres, dont la lettre CXXXIII (74) au bienheureux Raymond de Capoue : « Cachez-vous dans la connaissance de vous-mêmes, et n'en sortez jamais. » Textes vérifiés dans Les Lettres (trad. E. Cartier). La formule condensée « cellule intérieure » est donc ici une paraphrase fidèle, non un verbatim unique.
21Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue de la divine Providence : « Rien ne fait mieux goûter cette vérité, rien ne procure tant de lumière à l'âme que l'humble et continuelle prière, fondée sur la connaissance de soi et de Dieu. » L'oraison y est constamment liée à la « connaissance de soi ».
22Frère Laurent de la Résurrection (Nicolas Herman, v. 1614-1691), La Pratique de la présence de Dieu (maximes, lettres et entretiens recueillis par Joseph de Beaufort) : « Le temps de l'action ne diffère point pour moi du temps de l'oraison ; et dans le bruit et le tintamarre de ma cuisine […] je possède Dieu dans une aussi grande tranquillité que si j'étais à genoux. » Nombreuses rééditions (Seuil, Points Sagesses).
23Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906), Le Ciel dans la foi (« Dernière retraite »), 43 (CF 43) : « Une "louange de gloire", c'est une âme de silence qui se tient comme une lyre sous la touche mystérieuse de l'Esprit Saint, afin qu'il en tire des harmonies divines. » Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf.
24Sainte Élisabeth de la Trinité, élévation « Ô mon Dieu, Trinité que j'adore » (21 novembre 1904) : « Ô mon Dieu, Trinité que j'adore, aidez-moi à m'oublier entièrement pour m'établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l'éternité. » Prière vérifiée dans ses Œuvres complètes (Cerf).
25Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (1786-1859) : « Il ne faut pas beaucoup parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se plaît en sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là. » Catéchisme sur la prière, rapporté par l'abbé A. Monnin, Esprit du Curé d'Ars.
26Saint Jean-Marie Vianney, Pensées (Artège) : « La prière n'est autre chose qu'une union avec Dieu. » Voir aussi : « Lorsqu'on a le cœur pur […] on est tout étonné de pouvoir aimer le bon Dieu de cette manière. »
27Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars, Pensées (Artège, 2015, p. 13) : « Il y a deux choses pour s'unir avec Notre-Seigneur et pour faire son salut : la prière et les sacrements. Tous ceux qui sont devenus saints ont fréquenté les sacrements et ont élevé leur âme à Dieu par la prière. »
28Catéchisme de l'Église catholique, § 2710 : « On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d'être pour le Seigneur, avec la ferme résolution de ne pas le lui reprendre en cours de route, quelles que soient les épreuves et la sécheresse de la rencontre. »
29Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 12, 2 avril 1921 (dictée 12-159, « L'âme qui agit dans la Divine Volonté reçoit pour tous et donne à tous ») : « Ma fille, quand, dans ma Volonté, une âme Me prie, M'aime, répare, M'embrasse et M'adore, Je sens que toutes les créatures Me prient, M'aiment, réparent, M'embrassent et M'adorent. » Texte vérifié dans le tome 12 — parole reçue dans une révélation privée, non un enseignement du magistère.
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