Les erreurs fréquentes concernant l'oraison

L'oraison est le sommet de la prière chrétienne : un commerce intime d'amitié avec Dieu, et non une récitation, un exercice de réflexion ou une émotion à ressentir. Cet article corrige les contresens les plus fréquents sur l'oraison et rappelle ce que l'Église enseigne vraiment.

Ignispedia

L'oraison est, au cœur de la vie spirituelle, le sommet de la prière chrétienne — et l'un des mots les plus mal compris. On en parle peu, et quand on en parle, presque personne ne l'entend de la même manière : pour les uns, c'est réciter beaucoup de prières ; pour d'autres, réfléchir longuement sur un texte ; pour d'autres encore, « ressentir » la présence de Dieu, ou bien atteindre un état de calme proche de ce que vend aujourd'hui le marché de la « méditation ». Beaucoup la croient réservée aux moines et aux mystiques, et renoncent avant d'avoir commencé.

Or l'oraison, au sens de la tradition catholique, n'est ni une récitation, ni un raisonnement, ni une émotion, ni une technique. La tradition chrétienne distingue « trois expressions majeures de la vie de prière : la prière vocale, la méditation et l'oraison »[1], et l'oraison en est la forme la plus simple et la plus haute. Sainte Thérèse d'Avila, docteur de l'Église et maîtresse de l'oraison, en a donné la définition que le Catéchisme a reçue :

« L'oraison mentale n'est, à mon avis, qu'un commerce intime d'amitié, où l'on s'entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » — Sainte Thérèse d'Avila, citée au Catéchisme de l'Église catholique, § 2709[2]

Tout est là : l'oraison n'est pas d'abord une chose qu'on fait, mais Quelqu'un qu'on fréquente. C'est une amitié — donc une relation gratuite, où l'on est avec l'Aimé pour lui-même, et non pour le rendement de l'exercice. Le Catéchisme la résume d'un mot : « un regard de foi fixé sur Jésus »[3]. Tout le reste — les fausses idées que cet article passe en revue — n'en sont que des contrefaçons ou des malentendus.

Cet article recense les contresens les plus fréquents sur l'oraison, regroupés selon qu'ils portent sur sa nature, son exercice ou sa source et sa fin. Pour chacun, il énonce l'erreur dans sa formulation courante, montre pourquoi elle séduit, pourquoi elle est fausse, puis rappelle ce que l'Église enseigne vraiment, citations à l'appui. Il ne s'agit ni d'un florilège ni d'un guide pratique : pour la voix propre des saints sur l'oraison, voir Que disent les saints sur l'oraison ; pour la nature de l'oraison, ses conditions, sa méthode et ses fruits, voir Comment grandir dans l'oraison ; et pour la dimension du silence qui lui est si proche, voir Les erreurs fréquentes concernant le silence intérieur. Ici, on déblaie le terrain : on apprend d'abord à reconnaître les fausses idées pour mieux recevoir le vrai trésor.

Pourquoi l'oraison est-elle si mal comprise ?

Un mot technique que chacun entend différemment

La première difficulté est dans le mot lui-même. « Oraison » est un terme ancien et technique, que la langue courante a presque oublié ou rabattu sur le sens vague de « prière ». Beaucoup l'emploient comme un synonyme de « réciter des prières », d'autres comme un équivalent de « méditation » — sans voir que le Catéchisme distingue soigneusement ces réalités. Il y a la prière vocale, qui « associe le corps à la prière intérieure du cœur, à l'exemple du Christ priant son Père et enseignant le "Notre Père" à ses disciples »[4] ; il y a la méditation, qui « est surtout une recherche » où « l'esprit cherche à comprendre le pourquoi et le comment de la vie chrétienne »[5] ; et il y a l'oraison, qui n'est ni l'une ni l'autre, mais « l'expression la plus simple du mystère de la prière », « un don, une grâce » qui « ne peut être accueillie que dans l'humilité et la pauvreté »[6].

Confondre ces trois formes, c'est s'interdire de comprendre l'oraison. On la cherche du côté des mots quand elle est du côté du silence ; on la cherche du côté de l'effort de pensée quand elle est du côté du regard d'amour. Le malentendu n'est donc pas un détail de vocabulaire : il fausse d'emblée tout ce qu'on attend de l'oraison, et donc tout ce qu'on y vit.

Une pratique recouverte par la « méditation » du bien-être

Seconde source de confusion, plus contemporaine : depuis vingt ans, le mot « méditation » a été massivement capté par le marché du bien-être. Applications de « pleine conscience », séances anti-stress, techniques de respiration et de relaxation : tout cela se présente comme de la « méditation », et le grand public ne distingue plus l'oraison chrétienne de ces pratiques importées, souvent d'inspiration orientale. On croit « méditer » ou « faire oraison » quand on cherche en réalité à se détendre, à se recentrer sur soi, à apaiser son mental.

Les trois expressions de la prière selon le Catéchisme — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC §§ 2705, 2709, 2721-2724).

Or l'oraison chrétienne est exactement l'inverse d'un repli sur soi : elle est tournée vers un « Tu ». La Congrégation pour la doctrine de la foi a consacré une lettre entière à cette distinction, Orationis formas (1989), pour rappeler que la prière chrétienne « est toujours déterminée par la structure de la foi chrétienne » et qu'elle « fuit les techniques impersonnelles ou la concentration sur soi, qui peuvent créer une sorte d'ornière, emprisonnant l'orant dans un intimisme spirituel »[7]. La méditation du bien-être apaise les symptômes ; l'oraison ouvre l'âme à une Personne. Tant qu'on ne voit dans l'oraison qu'un confort intérieur, on en a manqué l'essentiel.

Les erreurs sur la nature de l'oraison

« Faire oraison, c'est réciter des prières »

C'est la confusion la plus répandue : faire oraison, ce serait « dire ses prières » — enchaîner des formules, réciter un chapelet, parcourir un livre de prières, multiplier les « Notre Père » et les « Je vous salue Marie ». On range alors l'oraison parmi les prières vocales, et l'on croit en avoir fait dès qu'on a beaucoup dit. L'erreur séduit parce que la prière vocale est bonne, nécessaire et accessible : c'est la prière de l'Église, celle que le Christ lui-même a enseignée.

Mais la prière vocale et l'oraison ne sont pas la même chose. La prière vocale donne des mots à la prière ; l'oraison, au sommet, s'en passe. « L'oraison est silence »[8], écrit le Catéchisme : non pas l'absence de prière, mais une prière devenue si simple qu'elle n'a plus besoin de paroles. On peut réciter mille formules sans jamais faire oraison, comme on peut parler beaucoup sans jamais aimer ; et l'on peut faire une oraison profonde sans dire un seul mot, comme deux amis qui se taisent ensemble. La récitation peut conduire à l'oraison — beaucoup de saints ont commencé ainsi —, mais elle n'est pas l'oraison. Confondre les deux, c'est confondre le porche et le sanctuaire. L'oraison commence précisément là où l'on cesse de réciter pour regarder : « un regard de foi fixé sur Jésus »[9].

« L'oraison, c'est réfléchir, méditer, faire un beau raisonnement »

Variante intellectuelle, fréquente chez les esprits cultivés : faire oraison, ce serait penser — analyser un passage de l'Évangile, dérouler un raisonnement édifiant, tirer des conclusions, produire de belles considérations. On juge alors son oraison à la richesse des idées qu'on y a trouvées, et l'on se décourage dès que l'esprit « n'a rien à dire ». L'erreur séduit parce qu'elle confond l'oraison avec la méditation, qui est, elle, un vrai travail de l'intelligence : le Catéchisme reconnaît que la méditation « met en œuvre la pensée, l'imagination, l'émotion et le désir »[10] pour approfondir les vérités de la foi.

Mais l'oraison n'est pas la méditation. La méditation est une « recherche »[11] ; l'oraison est un repos dans Celui qu'on a trouvé. La pensée y sert de point de départ, non de but : une fois le cœur tourné vers Dieu, le raisonnement doit céder la place au simple regard d'amour. Sainte Thérèse d'Avila l'a dit en une formule qui a délivré des générations d'orants angoissés de « ne rien penser » :

« L'important n'est pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer ; faites donc ce qui vous excite le plus à aimer. » — Sainte Thérèse d'Avila, Château intérieur, IVᵉ Demeures, ch. 1[12]

L'oraison ne se mesure donc pas à la quantité de pensées, mais à la qualité de l'amour. Une oraison toute simple, où l'on est resté à regarder Jésus sans rien « trouver » d'intelligent, vaut infiniment mieux qu'une brillante méditation où l'on s'est admiré penser. Le paysan d'Ars l'avait compris mieux que les savants : à son curé qui lui demandait ce qu'il faisait des heures durant devant le tabernacle, il répondit simplement : « Je l'avise et il m'avise » — « je le regarde et il me regarde »[13].

« L'oraison, c'est ressentir Dieu, vivre des émotions »

Erreur affective, et grande cause de fausses joies puis de découragements : on jugerait la réussite de l'oraison à ce qu'on ressent. Une oraison « réussie » serait celle où l'on a éprouvé la douceur, la paix sensible, l'émotion, la présence palpable de Dieu ; une oraison « ratée », celle où l'on n'a rien senti. On finit par mesurer sa vie de prière à la température de ses sentiments. L'erreur séduit parce qu'au début Dieu donne souvent des consolations sensibles, qui aident à prier et donnent le goût de l'oraison.

Mais le sentiment n'est pas la mesure de l'oraison — et Dieu, dans sa pédagogie, le retire volontairement pour purifier l'amour. Le Catéchisme range la sécheresse non parmi les échecs, mais parmi les épreuves normales de ceux qui prient sincèrement :

« Une autre difficulté, spécialement pour ceux qui veulent sincèrement prier, est la sécheresse. […] C'est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l'agonie et au tombeau. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2731[14]

L'oraison est un acte de foi et de volonté, non un état affectif. On peut faire une oraison excellente en pleine sécheresse, par simple fidélité, et une oraison médiocre dans la consolation, en se reposant sur ses propres sensations. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui s'endormait souvent pendant son oraison, n'en concevait aucune angoisse : « Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils veillent »[15]. Mesurer l'oraison au ressenti, c'est confondre le don avec le Donateur, et risquer d'abandonner dès que la consolation s'en va. La manière de traverser cette sécheresse est développée dans Comment grandir dans l'oraison.

« L'oraison est réservée aux moines et aux mystiques »

Erreur de réduction, et grand alibi : l'oraison serait l'affaire des contemplatifs — moines, carmélites, âmes d'élite appelées aux grâces extraordinaires. Pour le laïc ordinaire, le parent débordé, le travailleur pressé, elle serait hors de portée, voire présomptueuse. On admire de loin les saints qui « avaient ce don », et l'on se croit dispensé : « l'oraison, ce n'est pas pour moi ». L'erreur séduit parce qu'elle est commode : elle renvoie l'oraison à un état de vie qu'on n'embrassera jamais.

Or l'oraison est offerte à tous les baptisés. Sainte Thérèse d'Avila, qui décrit pourtant les plus hautes grâces, insiste : la porte de l'oraison est ouverte à quiconque le désire vraiment. Saint François de Sales a écrit toute son Introduction à la vie dévote pour démontrer que la dévotion — et l'oraison qui en est le cœur — convient à toutes les vocations : au soldat comme à la mère de famille, à l'artisan comme au prince[16]. Et Frère Laurent de la Résurrection, simple frère lai cuisinier, a vécu une union à Dieu ininterrompue au milieu des casseroles :

« Le temps de l'action ne diffère point pour moi du temps de l'oraison ; et dans le bruit et le tintamarre de ma cuisine […] je possède Dieu dans une aussi grande tranquillité que si j'étais à genoux. » — Frère Laurent de la Résurrection, La Pratique de la présence de Dieu[17]

L'oraison n'est ni récitation, ni raisonnement, ni émotion, ni privilège : elle est un commerce d'amitié offert à tous — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC §§ 2709, 2724).

L'oraison n'est donc pas une affaire d'état de vie, mais de désir et d'humilité. Sainte Catherine de Sienne, accablée d'œuvres, enseignait à porter en soi une « cellule intérieure » dont on ne sort jamais, même en pleine action[18]. Se croire dispensé de l'oraison parce qu'on n'est pas moine, c'est refuser un trésor qui appartient à tout chrétien.

Les erreurs sur l'exercice de l'oraison

« Je ferai oraison quand j'en aurai le temps »

Erreur très moderne, et la plus mortelle en pratique : l'oraison se ferait « quand on a le temps », dans les creux de la journée, si l'occasion se présente. On la met en bas de la liste des choses à faire, après le travail, les tâches et les loisirs — et comme la liste ne se vide jamais, l'oraison n'a jamais lieu. L'erreur séduit parce qu'elle paraît raisonnable : on prierait « quand on est disponible », en homme libre, sans se contraindre.

Mais une oraison sans temps fixe est une oraison qui meurt. Le Catéchisme est d'une netteté tranchante sur ce point :

« On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d'être pour le Seigneur, avec la ferme détermination de ne pas le lui reprendre en cours de route, quelles que soient les épreuves et la sécheresse de la rencontre. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2710[19]

On ne trouve pas le temps pour l'oraison : on le choisit, on le fixe et on le défend — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC § 2710).

L'oraison demande une décision : un temps choisi, fixé, défendu, comme on défend un rendez-vous avec quelqu'un qu'on aime. « Le choix du temps et de la durée de l'oraison relève d'une volonté déterminée »[20]. Sans cette résolution, le premier imprévu l'emporte toujours, et l'on s'aperçoit après des mois qu'on n'a plus prié du tout. La fidélité au temps fixe — même court, même aride — est la condition de toute oraison qui dure ; elle est traitée concrètement dans Comment grandir dans l'oraison.

« Si je suis sans cesse distrait, mon oraison est ratée »

Erreur du débutant généreux, et grande cause d'abandon : on jugerait son oraison à l'absence de distractions. Le cœur s'égare, l'esprit part vers mille soucis, on se surprend à penser à tout sauf à Dieu — et l'on conclut qu'on « n'y arrive pas », qu'on n'est « pas fait pour ça ». Beaucoup quittent l'oraison pour cette seule raison. L'erreur séduit parce que la distraction est réelle, agaçante, et qu'on aimerait un esprit parfaitement calme.

Mais la distraction n'est pas l'ennemie de l'oraison : elle en est la matière ordinaire. Le Catéchisme est d'un réalisme libérateur :

« La difficulté habituelle de notre prière est la distraction. […] Partir à la chasse des distractions serait tomber dans leurs pièges, alors qu'il suffit de revenir à notre cœur […] » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2729[21]

La distraction ne condamne pas l'oraison : elle invite à constater, découvrir et revenir au cœur — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC § 2729).

Faire oraison ne consiste pas à n'avoir aucune pensée parasite, mais à revenir — doucement, indéfiniment — vers Celui qu'on regarde, chaque fois qu'on s'en est éloigné. Saint François de Sales l'a dit avec une douceur inoubliable : quand vous ne feriez, durant toute l'heure de votre oraison, « que de ramener votre cœur et le remettre auprès de Notre-Seigneur, quoiqu'il s'en allât toutes les fois que vous le rameneriez, votre heure serait fort bien employée »[22]. La distraction « nous révèle ce à quoi nous sommes attachés »[23], et ce retour humble est lui-même prière. L'oraison n'est pas l'absence de distractions : c'est la fidélité à revenir.

« Si c'est sec et ennuyeux, c'est que ça ne sert à rien »

Variante de l'erreur affective, mais appliquée à la persévérance : dès que l'oraison devient aride, ennuyeuse, sans goût, on conclut qu'elle est inutile — que Dieu n'écoute pas, qu'on perd son temps, qu'il vaut mieux arrêter. La sécheresse est vécue comme un signe d'abandon ou d'échec. L'erreur séduit parce que l'ennui est pénible et que notre époque fuit instinctivement tout ce qui ne « rapporte » rien d'immédiat.

Mais la sécheresse, loin d'être un signe d'inutilité, est souvent le moment le plus fécond de l'oraison. C'est l'heure où l'on prie non plus pour la consolation, mais pour Dieu seul. Le vénérable Henri-Marie Boudon en faisait une raison de persévérer, non d'abandonner :

« N'abandonnons jamais le pieux exercice de l'oraison, quand même nous n'y trouverions que sécheresses et souffrances […]. Que ceci au contraire nous engage à persévérer, car très souvent Dieu veut éprouver jusqu'où nous avons embrassé la Croix. » — Vénérable Henri-Marie Boudon, Les Saintes voies de la Croix[24]

Dans la sécheresse, ce que les sens éprouvent ne mesure pas ce que la foi accomplit — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC § 2731).

Sainte Marie de l'Incarnation conseillait de même : « quelque aridité ou tentation que vous ayez, ne quittez jamais l'oraison et n'en abrégez point le temps qui vous est prescrit »[25]. Le Christ lui-même reprochait avec tendresse à sainte Gemma Galgani de ne prier qu'avec ferveur sensible : « durant les jours où tu jouis de ma présence, tu es pleine de ferveur… maintenant, par contre, la prière t'ennuie »[26]. La sécheresse n'est pas la preuve que l'oraison ne sert à rien ; elle est « le moment de la foi pure »[27], où l'amour se prouve. Pourquoi Dieu sèvre ainsi l'âme de ses consolations est développé dans Les erreurs fréquentes concernant le silence intérieur.

« Pour bien prier, il faut beaucoup parler et beaucoup penser »

Erreur de l'orant zélé, et exact opposé de l'erreur précédente sur le ressenti : on croirait que la valeur de l'oraison tient à la quantité — beaucoup de paroles, beaucoup de pensées, beaucoup de demandes, comme si l'on devait « remplir » le temps de prière pour qu'il compte. On s'épuise alors à parler sans cesse à Dieu, à dérouler des considérations, et l'on se reproche tout moment de silence comme un vide. L'erreur séduit parce qu'elle est généreuse et active : elle donne l'impression de « faire » quelque chose.

Mais le Christ a condamné expressément cette logique de l'abondance :

« Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. » — Évangile selon saint Matthieu 6, 7[28]

L'oraison n'est pas affaire de quantité, mais de présence. Le saint Curé d'Ars, qui passait des heures devant le tabernacle, le résumait pour ses paroissiens :

« Il ne faut pas beaucoup parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se plaît en sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là. » — Saint Jean-Marie Vianney[29]

L'oraison la plus haute est souvent la plus dépouillée : un simple regard, un « me voici », un silence habité d'amour. À mesure qu'on avance, les mots et les pensées se font rares, et la présence se fait dense. Vouloir tout dire et tout penser, c'est encore couvrir de bruit la voix qu'on prétend écouter.

Les erreurs sur la source et la fin de l'oraison

« C'est moi qui réussis mon oraison, par ma méthode et mes efforts »

Erreur des natures volontaires : l'oraison serait une performance — assez de méthode, assez de concentration, assez de discipline, et l'on « réussirait » sa prière comme on réussit un exercice. On se crispe alors pour produire le recueillement, on lutte pour faire taire ses pensées, on s'épuise à « bien faire » — et l'on se juge sévèrement quand l'oraison « rate ». L'erreur séduit parce qu'elle contient une part de vrai : l'oraison demande bien une fidélité, une ascèse, une vraie résolution.

La prière n'est pas évaluée comme une performance : l'oraison est un don accueilli dans l'humilité — illustration originale Ignispedia créée par IA (CEC § 2713).

Mais l'oraison n'est pas d'abord une conquête : c'est un don. Le Catéchisme le dit sans ambiguïté : « L'oraison est un don, une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l'humilité et la pauvreté »[30]. On peut et l'on doit faire sa part — choisir le temps, disposer le corps et l'âme, écarter le superflu — mais l'oraison elle-même, comme rencontre, est toujours reçue, jamais fabriquée. La vénérable Marthe Robin le disait dans son langage simple : « Pour l'oraison, le Seigneur veut des âmes bien dociles et bien fidèles et bien souples, ne se confiant nullement, aucunement en elles-mêmes »[31]. L'humilité est la condition de toute prière : « C'est celui qui s'humilie qui est élevé. L'humilité est le fondement de la prière »[32]. L'effort crispé produit l'inverse de ce qu'il cherche : plus on se tend pour réussir, plus on s'agite. Le secret n'est pas de forcer, mais de se laisser faire — au point que l'âme qui apprend à prier « dans » la volonté de Dieu entre dans la prière même du Christ et reçoit une fécondité qui dépasse ses propres forces[33]. Marthe Robin ajoutait que le vrai signe d'une bonne oraison est qu'on en sort plus humble : « L'âme doit avoir à cœur de sortir bien humble de l'oraison »[34].

« L'oraison sert à se sentir bien, à se relaxer, à obtenir des choses »

Erreur utilitariste, la plus accordée à l'esprit du temps : l'oraison serait un moyen au service d'autre chose — se détendre, gérer son stress, trouver la paix intérieure, ou obtenir de Dieu ce qu'on désire. On « fait » alors son oraison comme on prend un remède, pour le bénéfice qu'on en attend, et l'on cesse dès qu'elle ne « rapporte » plus. L'erreur séduit parce qu'elle rejoint à la fois la culture du bien-être et une certaine religion de la demande : prier pour recevoir.

L'oraison chrétienne n'est pas une technique pour produire un état : elle est une relation personnelle avec Dieu — illustration originale Ignispedia créée par IA (Orationis formas, nos 3 et 31).

Mais l'oraison n'est pas un outil, elle est une fin — ou plutôt elle a sa fin en Dieu seul. Sa fin n'est pas le bien-être qu'elle procure, ni même les grâces qu'on y obtient, mais l'union d'amour avec Dieu. La revenir à soi est précisément le piège que dénonce Orationis formas : « l'amour de Dieu, unique objet de la contemplation chrétienne, est une réalité dont on ne peut "prendre possession" par aucune méthode ni aucune technique »[35]. Réduire l'oraison à ses bénéfices, c'est traiter Dieu en distributeur de paix et de faveurs, au lieu de l'aimer pour lui-même. Une oraison faite « pour se sentir bien » se retourne sur soi et devient un raffinement de l'amour-propre. La vraie oraison est désintéressée : on y va pour Dieu, et la paix vient par surcroît, comme l'amitié donne la joie sans qu'on l'ait cherchée pour elle-même. « Au soir de cette vie, écrit saint Jean de la Croix, on t'examinera sur l'amour »[36] — non sur le confort qu'on aura tiré de la prière.

« Il faut y chercher des grâces extraordinaires, des expériences mystiques »

La voie sûre ne recherche ni visions ni goûts sensibles : elle marche dans la foi nue vers Dieu lui-même — illustration originale Ignispedia créée par IA d'après saint Jean de la Croix.

Erreur subtile, et la plus « spirituelle » en apparence : on chercherait dans l'oraison l'extraordinaire — des lumières, des visions, des révélations, des goûts mystiques, des phénomènes sensibles qui prouveraient qu'on « progresse ». On s'attache aux consolations comme à des signes, on s'inquiète de ne rien recevoir d'éclatant, on envie les grâces des grands mystiques. L'erreur séduit parce qu'elle se pare des couleurs de la ferveur : on croit désirer Dieu quand on désire en réalité les cadeaux de Dieu.

Or les maîtres de l'oraison sont unanimes : il ne faut ni désirer ni rechercher l'extraordinaire. Saint Jean de la Croix consacre une longue section de La Montée du Carmel à enseigner que l'âme ne doit ni rechercher ni s'attacher aux visions, révélations et goûts surnaturels, mais les laisser de côté pour marcher dans la foi nue, seul vrai moyen d'union à Dieu[37]. Le même saint a nommé d'un mot dur le travers de ceux qui s'attachent à la saveur sensible : la gourmandise spirituelle, ce défaut des commençants qui « mettent leur fin » dans le goût et la consolation plus que dans la pureté de l'amour[38]. La voie ordinaire et sûre n'est pas celle des prodiges, mais celle de la fidélité humble et obscure. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus a tracé la « petite voie » précisément contre cette fascination de l'extraordinaire : la prière est « un simple regard jeté vers le Ciel, un cri de reconnaissance et d'amour »[39], accessible au plus petit. Chercher l'extraordinaire dans l'oraison, c'est risquer de manquer Dieu lui-même, qui se donne le plus souvent dans la nuit de la foi et la grisaille des jours.

L'erreur et la vérité, en un coup d'œil

Le tableau ci-dessous récapitule les contresens parcourus : à gauche, l'erreur dans sa formulation courante ; au centre, ce qui la rend fausse ; à droite, ce que l'Église enseigne réellement, avec sa source. Il se lit ligne par ligne, comme un antidote rapide aux idées reçues.

L'erreur courantePourquoi c'est fauxCe que l'Église enseigne
Faire oraison, c'est réciter des prièresConfond la prière vocale (les mots) avec l'oraison (le regard)L'oraison est « silence », un « regard de foi fixé sur Jésus » (CEC § 2717 ; § 2724)[40]
L'oraison, c'est réfléchir et raisonnerConfond la méditation (recherche) avec l'oraison (repos en Dieu)« L'important n'est pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer » (Thérèse d'Avila)[41]
L'oraison, c'est ressentir DieuLe ressenti n'est pas la mesure ; la sécheresse est normaleLa sécheresse, « moment de la foi pure » (CEC § 2731)[42]
L'oraison est réservée aux moinesElle est offerte à tous les baptisés, en toute vieDieu possédé « dans le tintamarre de ma cuisine » (Frère Laurent)[43]
Je ferai oraison quand j'aurai le tempsSans temps fixe et résolu, l'oraison meurt« On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps » (CEC § 2710)[44]
Si je suis distrait, c'est ratéLa distraction est la matière ordinaire du combat« il suffit de revenir à notre cœur » (CEC § 2729)[45]
Si c'est sec, ça ne sert à rienLa sécheresse est souvent le moment le plus fécond« N'abandonnons jamais l'oraison… même dans les sécheresses » (Boudon)[46]
Il faut beaucoup parler et penserLa prière n'est pas affaire de quantité de mots« Ne rabâchez pas comme les païens » (Mt 6, 7)[47] ; « il ne faut pas beaucoup parler » (Curé d'Ars)[48]
C'est moi qui réussis mon oraisonL'oraison est un don reçu, non une performance« L'oraison est un don, une grâce… accueillie dans l'humilité » (CEC § 2713)[49]
L'oraison sert à se sentir bienLa fin de l'oraison est l'union d'amour, non l'utilitéL'amour de Dieu « ne peut être pris possession par aucune méthode » (CDF, n. 31)[50]
Il faut y chercher l'extraordinaireLa voie sûre est la foi nue, non les prodigesLaisser visions et goûts pour marcher dans la foi (Jean de la Croix)[51]

La vraie oraison, en un mot

Au terme de ce parcours, la vraie oraison se laisse définir par contraste avec tout ce qu'elle n'est pas. Elle n'est pas la récitation de prières, mais le regard qui commence où finissent les mots ; pas un raisonnement, mais un amour ; pas une émotion, mais un acte de foi qui tient dans la sécheresse ; pas un privilège de cloître, mais un bien de tout baptisé ; pas une activité qu'on glisse dans les creux du jour, mais un rendez-vous décidé et défendu ; pas l'absence de distractions, mais la fidélité à revenir ; pas une performance qu'on réussit, mais un don qu'on accueille ; pas un outil pour se sentir mieux, mais une amitié gratuite ; pas une chasse aux prodiges, mais la foi nue où Dieu se donne. En un mot de sainte Thérèse d'Avila : « un commerce intime d'amitié »[52] avec Celui dont on se sait aimé. Tout le reste — les fausses idées que cet article a passées en revue — n'en sont que les contrefaçons.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 2721 : « La tradition chrétienne comprend trois expressions majeures de la vie de prière : la prière vocale, la méditation et l'oraison. Elles ont en commun le recueillement du cœur. » Édition Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 2709, citant sainte Thérèse d'Avila, Livre de la Vie (autobiographie), ch. 8 : « L'oraison mentale n'est, à mon avis, qu'un commerce intime d'amitié, où l'on s'entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé. » Texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française).

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2724 : « L'oraison mentale est l'expression simple du mystère de la prière. Elle est un regard de foi fixé sur Jésus, une écoute de la Parole de Dieu, un amour silencieux. Elle réalise l'union au Christ […]. » Édition Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel.

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 2722 : « La prière vocale, fondée sur l'union du corps et de l'esprit dans la nature humaine, associe le corps à la prière intérieure du cœur, à l'exemple du Christ priant son Père et enseignant le "Notre Père" à ses disciples. » Édition Mame/Plon, 1992.

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  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 2705 : « La méditation est surtout une recherche. L'esprit cherche à comprendre le pourquoi et le comment de la vie chrétienne, afin d'adhérer et de répondre à ce que le Seigneur demande. » Édition Mame/Plon, 1992.

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  6. Catéchisme de l'Église catholique, § 2713 : « L'oraison est l'expression la plus simple du mystère de la prière. […] L'oraison est un don, une grâce ; elle ne peut être accueillie que dans l'humilité et la pauvreté. » Édition Mame/Plon, 1992.

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  7. Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre aux évêques de l'Église catholique sur quelques aspects de la méditation chrétienne (Orationis formas), 15 octobre 1989, n. 3 : la prière chrétienne « est toujours déterminée par la structure de la foi chrétienne » ; elle est « un dialogue personnel, intime et profond entre l'homme et Dieu » et « fuit les techniques impersonnelles ou la concentration sur soi, qui peuvent créer une sorte d'ornière, emprisonnant l'orant dans un intimisme spirituel » (texte sur vatican.va).

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  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 2717 : « L'oraison est silence, ce "symbole du monde qui vient" […]. Dans ce silence, insupportable à l'homme "extérieur", le Père nous dit son Verbe incarné, souffrant, mort et ressuscité, et l'Esprit de filiation nous fait participer à la prière de Jésus. » Édition Mame/Plon, 1992.

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 2708 : « La méditation met en œuvre la pensée, l'imagination, l'émotion et le désir. Cette mobilisation est nécessaire pour approfondir les convictions de foi, susciter la conversion du cœur et fortifier la volonté de suivre le Christ. » Édition Mame/Plon, 1992.

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  10. Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Le Château intérieur (Les Demeures), IVᵉ Demeures, ch. 1 : « L'important n'est pas de beaucoup penser, mais de beaucoup aimer ; faites donc ce qui vous excite le plus à aimer » (espagnol : « no está la cosa en pensar mucho, sino en amar mucho »). La même idée revient dans le Livre des Fondations, ch. 5. Éd. de référence : Œuvres complètes, trad. du Carmel, Cerf.

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  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 2715 : « La contemplation est regard de foi, fixé sur Jésus. "Je l'avise et il m'avise", disait, au temps de son saint curé, le paysan d'Ars en prière devant le tabernacle. […] Ce regard sur Jésus est renoncement au moi. Son regard purifie le cœur. » L'anecdote du paysan est rapportée par l'abbé F. Trochu, Le Curé d'Ars saint Jean-Marie Vianney. Édition Mame/Plon, 1992.

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  12. Catéchisme de l'Église catholique, § 2731 : « Une autre difficulté, spécialement pour ceux qui veulent sincèrement prier, est la sécheresse. […] C'est le moment de la foi pure qui se tient fidèlement avec Jésus dans l'agonie et au tombeau. » Édition Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française).

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  13. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrits autobiographiques, Ms A, sur ses sécheresses et son sommeil à l'oraison : « Je devrais m'en désoler. […] Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu'ils dorment que lorsqu'ils veillent. » Édition de référence : Œuvres complètes, Cerf / DDB.

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  14. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), Iʳᵉ partie, ch. 3 (« Que la dévotion est convenable à toutes sortes de vocations et professions ») : la vraie dévotion — dont l'oraison est le cœur — n'est pas réservée aux religieux, mais convient au soldat, à l'artisan, au prince, à la femme mariée, à chacun selon son état. Tout l'ouvrage est écrit pour « Philothée », une laïque engagée dans le monde. Éd. de référence : Œuvres, Annecy ; rééd. Seuil, Médiaspaul.

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  15. Frère Laurent de la Résurrection (Nicolas Herman, v. 1614-1691), La Pratique de la présence de Dieu (maximes, lettres et entretiens recueillis par Joseph de Beaufort) : « Le temps de l'action ne diffère point pour moi du temps de l'oraison ; et dans le bruit et le tintamarre de ma cuisine […] je possède Dieu dans une aussi grande tranquillité que si j'étais à genoux. » Nombreuses rééditions (Seuil, Points Sagesses).

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  16. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, image récurrente de la « cellule intérieure » dans ses Lettres et son Dialogue : se bâtir au-dedans de soi une cellule de connaissance de soi et de Dieu dont on ne sorte jamais, afin de demeurer uni à Dieu au milieu de l'activité. Éd. de référence : Le Dialogue et Les Lettres, trad. E. Cartier.

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  17. Catéchisme de l'Église catholique, § 2710 : « Le choix du temps et de la durée de l'oraison relève d'une volonté déterminée […]. On ne fait pas oraison quand on a le temps : on prend le temps d'être pour le Seigneur, avec la ferme détermination de ne pas le lui reprendre en cours de route, quelles que soient les épreuves et la sécheresse de la rencontre. » Édition Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française).

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 2729 : « La difficulté habituelle de notre prière est la distraction. […] Partir à la chasse des distractions serait tomber dans leurs pièges, alors qu'il suffit de revenir à notre cœur : une distraction nous révèle ce à quoi nous sommes attachés et cette prise de conscience humble devant le Seigneur doit réveiller notre amour de préférence pour lui […] » Édition Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va, version française).

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  19. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IIᵉ partie, ch. 7 (« remèdes contre les distractions ») : « Si votre cœur s'égare ou se distrait, ramenez-le tout doucement à son point […] ; et quand vous ne feriez autre chose, durant l'heure de votre oraison, que de ramener votre cœur et le remettre auprès de Notre-Seigneur, quoiqu'il s'en allât toutes les fois que vous le rameneriez, votre heure serait fort bien employée. »

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  20. Vénérable Henri-Marie Boudon (1624-1702), Les Saintes voies de la Croix, livre I, ch. V : « N'abandonnons jamais le pieux exercice de l'oraison, quand même nous n'y trouverions que sécheresses et souffrances, quand même notre esprit y serait en proie à de terribles et pénibles distractions. Que ceci au contraire nous engage à persévérer, car très souvent Dieu veut éprouver jusqu'où nous avons embrassé la Croix. » Cité dans le recueil thématique de la Bibliothèque.

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  21. Sainte Marie de l'Incarnation (Marie Guyart, 1599-1672), Lettre 99, citée dans le recueil thématique de citations spirituelles de la Bibliothèque (renvoi à la Correspondance, éd. Dom Guy Oury, Solesmes) : « Surtout, quelque aridité ou tentation que vous ayez, ne quittez jamais l'oraison et n'en abrégez point le temps qui vous est prescrit. »

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  22. Jésus à sainte Gemma Galgani (1878-1903), Journal intime, 24 juillet 1900 (cité dans le recueil thématique de la Bibliothèque) : reproche affectueux à l'âme dont la ferveur retombe — « Durant les jours où tu jouis de ma présence, tu es pleine de ferveur et il te coûte peu de fatigue de prier. Maintenant, par contre, la prière t'ennuie […]. »

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  23. Évangile selon saint Matthieu 6, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s'imaginent qu'à force de paroles ils seront exaucés. » Texte vérifié sur aelf.org.

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  24. Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (1786-1859) : « Il ne faut pas beaucoup parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se plaît en sa présence. C'est la meilleure prière, celle-là. » Catéchisme sur la prière, rapporté par l'abbé A. Monnin, Esprit du Curé d'Ars.

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  25. Vénérable Marthe Robin (1902-1981), Journal : décembre 1929 - novembre 1932, Éditions Foyer de Charité, 2012, p. 36 : « Pour l'oraison, le Seigneur veut des âmes bien dociles et bien fidèles et bien souples, ne se confiant nullement, aucunement en elles-mêmes. »

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 2559, citant saint Jean Damascène (De fide orthodoxa, III, 24) : « La prière est l'élévation de l'âme vers Dieu ou la demande à Dieu des biens convenables. » Le paragraphe ajoute : « C'est celui qui s'humilie qui est élevé. L'humilité est le fondement de la prière. » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992 ; texte vérifié sur le Catéchisme officiel (Vatican.va).

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  27. Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 14, 21 avril 1922 (« Effets de la prière faite dans la Divine Volonté ») : Luisa passe la matinée à « prier avec Jésus dans sa Volonté » — « Qui peut dire ce qu'est prier avec Jésus et les effets qui s'ensuivent ? » Le 25 avril 1922, Jésus s'émerveille de la portée des actes accomplis dans sa Volonté : « Oh ! La fécondité de ces actes ! »

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  28. Vénérable Marthe Robin, Journal : décembre 1929 - novembre 1932, Éditions Foyer de Charité, 2012, p. 36 : « L'âme doit avoir à cœur de sortir bien humble de l'oraison ; c'est alors que le démon, comprenant qu'il ne gagne rien, ne renouvellera que très rarement ses artifices. »

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  29. CDF, Orationis formas, n. 31 : « L'amour de Dieu, unique objet de la contemplation chrétienne, est une réalité dont on ne peut "prendre possession" par aucune méthode ni aucune technique. » (vatican.va).

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  30. Saint Jean de la Croix (1542-1591), Paroles de lumière et d'amour (Dichos de luz y amor), n. 60 : « Au soir de cette vie, on t'examinera sur l'amour » (A la tarde te examinarán en el amor). Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf / Éditions du Carmel.

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  31. Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre II, ch. 11 et suivants : l'âme ne doit ni désirer ni s'attacher aux visions, révélations, locutions et goûts surnaturels, fût-ce de Dieu ; elle doit les laisser de côté et marcher dans la « foi nue », seul moyen prochain et proportionné de l'union à Dieu. S'y arrêter expose à l'illusion et retarde la pure union. Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf / Éditions du Carmel.

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  32. Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure, livre I, ch. 6 (De la gourmandise spirituelle) : les commençants, à cause de la saveur qu'ils trouvent dans leurs exercices spirituels, « mettent leur fin » dans ce goût et cette consolation sensible plus que dans la pureté de l'amour. Éd. de référence : Œuvres complètes, trad. du Carmel, Cerf.

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  33. Catéchisme de l'Église catholique, § 2558, citant sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, C 25r : « Pour moi, la prière, c'est un élan du cœur, c'est un simple regard jeté vers le Ciel, c'est un cri de reconnaissance et d'amour, au sein de l'épreuve comme au sein de la joie. »

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