Alice von Hildebrand (née Alice Jourdain le 11 mars 1923 à Bruxelles, morte le 14 janvier 2022 à New Rochelle, près de New York) est une philosophe et théologienne catholique américaine d'origine belge. Réfugiée fuyant l'Europe nazie à dix-sept ans, elle devint l'élève, la secrétaire, la disciple puis, en 1959, la seconde épouse du grand philosophe Dietrich von Hildebrand.[1][2]
Pendant trente-sept ans, elle enseigna la philosophie au Hunter College, université publique et largement sécularisée de New York, comme une catholique assumée en terrain hostile, défendant l'existence de la vérité objective contre le relativisme ambiant — au point que des étudiants marxistes et leurs professeurs la combattirent des décennies durant, sans jamais réussir à la faire plier.[3][4]
Devenue veuve en 1977, elle consacra le reste de sa vie à transmettre et prolonger l'œuvre de son mari — dont elle écrivit la biographie, The Soul of a Lion (2000), et pour laquelle elle contribua à fonder le Hildebrand Project.[5][6] En parallèle, elle devint l'une des grandes voix de la féminité catholique avec The Privilege of Being a Woman (Le privilège d'être une femme, 2002), et une communicatrice familière du grand public par ses plus de quatre-vingts passages sur la chaîne EWTN.[7][8]
Créée Dame Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 2013[9][10], Alice von Hildebrand demeure pour Ignispedia une personnalité marquante du catholicisme : témoin de la vérité contre le relativisme universitaire, chantre de la grandeur cachée de la femme, et gardienne fidèle d'un héritage philosophique majeur.
Pourquoi Alice von Hildebrand compte-t-elle ?
La philosophe de la vérité objective contre le relativisme
L'apport d'Alice von Hildebrand n'est pas d'avoir bâti un système neuf, mais d'avoir incarné, au cœur d'une université sécularisée, la conviction que la vérité existe, qu'elle est objective et qu'elle ne dépend pas de nos préférences. Formée à la méthode de son maître — décrire honnêtement les choses telles qu'elles sont, au lieu de tout ramener à nos impressions (ce que les philosophes appellent la « phénoménologie réaliste ») —, elle enseigna que certaines réalités — la vérité, le bien, la beauté, la dignité de la personne — s'imposent à l'esprit et méritent une réponse juste.[11][12] Dans un monde intellectuel où le seul dogme admis était, selon sa formule, « la relativité et la subjectivité universelles de toutes les valeurs », cette simple affirmation devint subversive.[13]
La théologienne de la féminité catholique
Contre le féminisme sécularisé de son époque, Alice von Hildebrand proposa une relecture chrétienne de la vocation féminine. Loin de la « faiblesse » que dénonçaient les militantes, elle voyait dans la femme une force spirituelle propre : capacité de don, de tendresse, d'accueil, de compassion, dont le sommet est la réceptivité de Marie à la Parole de Dieu.[14][15] The Privilege of Being a Woman (Le privilège d'être une femme, 2002) devint un petit classique, traduit notamment en espagnol[16], où la Vierge de l'Annonciation sert de modèle absolu.
La gardienne et continuatrice de l'œuvre de Dietrich
Enfin, Alice von Hildebrand est indissociable de son mari. Après la mort de Dietrich en 1977, elle devint la première interprète et la principale diffuseuse de sa pensée : elle traduisit, édita, présenta, défendit son œuvre pendant plus de quarante ans, et contribua à la naissance du Hildebrand Project qui, aujourd'hui encore, publie ses livres en anglais.[17][18] Sans elle, une grande part de l'héritage de l'un des plus grands philosophes catholiques du XXᵉ siècle serait restée dans l'ombre.
Repères biographiques
L'enfance bruxelloise d'Alice Jourdain
Alice Marie Jourdain naît le 11 mars 1923 à Bruxelles, troisième de cinq enfants d'Henri Jourdain et de Marthe van der Horst. Sa langue maternelle est le français, et elle grandit dans une famille catholique belge.[19][20] Surnommée « Lily » par les siens.[21]
1940 : la fuite d'Europe et l'illumination sur le SS Washington
En mai 1940, l'invasion allemande de la Belgique jette toute la famille Jourdain sur les routes jusqu'à Bordeaux. De là, à l'invitation d'un oncle et d'une tante établis aux États-Unis, Alice, dix-sept ans, et sa sœur aînée embarquent sur le paquebot SS Washington.[22] Au large, un sous-marin allemand intercepte le navire chargé de réfugiés et menace de le torpiller. Face à la mort imminente, la jeune fille traverse une expérience spirituelle bouleversante, qu'elle décrira des décennies plus tard :
« Avec une clarté et une précision qui approchaient du surnaturel, tout à coup, en un seul éclair, j'ai revécu tout ce que j'avais jamais fait, omis de faire, pensé, imaginé, ressenti. » — Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure[23]
De cet instant où elle se crut perdue, elle retint une certitude qui ne la quitta plus : la bonté de Dieu et la possibilité, jusqu'au dernier souffle, de sa miséricorde. Le navire échappe finalement à la torpille et atteint le port de New York le 21 juin 1940.[24] Elle racontera cette traversée fondatrice dans son autobiographie, au titre significatif : Memoirs of a Happy Failure (Mémoires d'un heureux échec).[25]
La rencontre décisive avec Dietrich von Hildebrand (1942)
Aux États-Unis, Alice s'inscrit au Manhattanville College. Le 27 novembre 1942, elle assiste à une conférence d'un philosophe allemand réfugié comme elle, Dietrich von Hildebrand, sur « la disponibilité au changement »[26] — le thème même de son grand livre spirituel, Transformation dans le Christ : Alice elle-même, dans l'avant-propos qu'elle donna à l'ouvrage, rapporte que les toutes premières paroles qu'elle entendit de lui portaient sur l'exigence inconditionnelle de se laisser changer par le Christ[27]. Le choc est immédiat :
« Dès le premier instant où il commença à parler, j'ai senti qu'il nourrissait mon âme d'un aliment que j'avais toujours désiré. » — Alice von Hildebrand, à propos de sa première rencontre avec Dietrich[28]
Fordham : l'élève, la secrétaire, la disciple
Dès 1943, elle suit l'enseignement de Dietrich à l'université Fordham, où il professe la philosophie depuis 1941.[29] Elle devient bientôt sa secrétaire : elle tape ses manuscrits, traduit ses essais, s'imprègne de sa méthode — regarder les réalités morales en face au lieu de les réduire à des sentiments — et de son idée centrale : face au bien et au beau, l'homme doit répondre par l'amour et le respect (la « réponse à la valeur »).[30] En 1949, elle obtient son doctorat de philosophie.[31] Une double vocation se dessine alors : celle de disciple d'une pensée, et celle d'enseignante.
Trente-sept ans à Hunter College : une catholique en terrain hostile
En décembre 1947, après avoir été refusée par les collèges catholiques — il n'était pas dans leur politique, lui expliqua-t-on, de nommer des femmes professeurs de philosophie —, Alice obtient un poste de suppléante au Hunter College, université publique de New York.[32][33] Elle y restera trente-sept ans. Ce qui aurait pu n'être qu'une carrière universitaire ordinaire devint un long combat pour la vérité.
« Pétrifiée » devant un amphithéâtre hostile
À vingt-quatre ans, cette jeune femme menue se retrouve seule devant un public d'étudiants plus âgés, entièrement masculin, issu pour l'essentiel de milieux pauvres et acquis aux idées matérialistes :
« Tout à coup, moi — une jeune femme de vingt-quatre ans — je devais affronter un corps étudiant plus âgé et entièrement masculin […]. J'étais reconnaissante de cette chance, mais aussi pétrifiée. » — Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure, cité d'après la recension de l'ouvrage[34]
Malgré sa peur, elle enseigne la grande philosophie classique occidentale, se heurtant d'emblée à la résistance d'étudiants formés à la propagande marxiste.[35]
Les marxistes qui la craignaient
Le Hunter College des années 1940-1970 comptait des professeurs ouvertement militants, acquis au matérialisme athée. Pendant des décennies, Alice von Hildebrand rapporte dans ses Mémoires avoir subi une hostilité organisée : protestations d'étudiants montées par des collègues, rumeurs, blocages de promotion et pressions à la démission — sans jamais parvenir à ses fins.[36] Elle comprit pourquoi elle inquiétait tant : en défendant la vérité objective, elle sapait le dogme fondateur de tout le système.
« Il existe un dogme absolu dans le monde libéral : la relativité et la subjectivité universelles de toutes les valeurs. » — Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure[37]
La vérité objective comme chemin vers la foi
Fait remarquable : Alice von Hildebrand ne fit jamais de prosélytisme en cours. Elle n'y parlait pas de religion.[38] Et pourtant, des étudiants se convertissaient. L'un d'eux lui écrivit un jour :
« Quand je suis entré dans votre classe, j'avais chassé la religion. Maintenant, je vais retourner à l'église. » — Un étudiant du Hunter College, mot rapporté par Alice von Hildebrand et cité d'après la recension de ses Mémoires[39]
Elle en tira une leçon qui résume toute sa pensée : « Je n'avais jamais mentionné la religion dans mes cours… le plus grand obstacle à la foi a toujours été quelque forme de relativisme. »[40] En rendant à ses élèves le sens de la vérité, elle leur rouvrait, sans le dire, le chemin de Dieu.
La reconnaissance tardive
Le mérite d'Alice von Hildebrand ne fut reconnu que lentement : elle n'obtint la titularisation qu'après quatorze ans d'enseignement.[41] À sa retraite, en 1984, lasse notamment de se voir imposer des horaires s'achevant à 22 heures, elle reçut néanmoins la meilleure évaluation par les étudiants du collège — devant 850 enseignants — et un Presidential Award pour l'excellence de son enseignement — hommage éclatant rendu, dans une université laïque, à celle qu'on avait tant combattue.[42][43]
Le mariage avec Dietrich (1959) et le veuvage
Une union dans l'amour de la vérité
Après des années de collaboration intellectuelle et la mort de la première épouse de Dietrich, Margarete, en 1957, Alice Jourdain épouse Dietrich von Hildebrand en juillet 1959.[44][45] Trente-trois ans les séparaient, mais leur union fut, selon les mots de l'obituaire, une « unité complète dans l'amour de la philosophie, de la musique, de la littérature, de l'art, et par-dessus tout de leur foi catholique ».[46] Elle ne fut pas seulement son épouse : elle demeura sa collaboratrice, sa traductrice, la gardienne vigilante de sa pensée.
1977 : la mort de Dietrich et la mission de continuité
Dietrich meurt le 26 janvier 1977. Alice a cinquante-trois ans. De ce deuil naît une mission : faire vivre l'œuvre de son mari, encore largement inaccessible au public anglophone. Elle-même veuve, elle écrit un livre de consolation pour les veuves, By Grief Refined (1994), fruit de sa propre traversée du deuil.[47]
Le Hildebrand Project et The Soul of a Lion
En 2000, elle publie The Soul of a Lion, biographie de Dietrich qui fait redécouvrir le philosophe et le résistant.[48] En 2004, elle rejoint John Henry Crosby et John F. Crosby pour fonder le Dietrich von Hildebrand Legacy Project — aujourd'hui Hildebrand Project — afin de traduire et diffuser son œuvre.[49] Grâce à ce travail commun, des livres majeurs comme The Nature of Love (La nature de l'amour) ou les mémoires My Battle Against Hitler (Mon combat contre Hitler) parurent enfin en anglais. Alice fut le pont vivant entre la pensée allemande de Dietrich et le monde catholique contemporain.
La pensée d'Alice von Hildebrand
La réceptivité sainte : le cœur de la féminité
Pour Alice von Hildebrand, la grandeur propre de la femme ne se mesure pas à sa capacité d'égaler l'homme sur son propre terrain — diplômes, carrière, pouvoir —, mais à son aptitude au don et à l'accueil. Le mot-clé de sa pensée est la réceptivité — non la passivité, mais l'ouverture active à ce qui la dépasse :
« La mission de la femme est de se laisser féconder par la grâce — une sainte réceptivité. » — Alice von Hildebrand[50]
« Donner, nourrir, prendre soin des autres, souffrir avec eux et pour eux… est infiniment plus précieux aux yeux de Dieu que de conquérir des nations. » — Alice von Hildebrand[51]
Marie, modèle et sommet de la vocation féminine
Le sommet de cette vocation est la Vierge Marie. Dans The Privilege of Being a Woman (Le privilège d'être une femme), Alice von Hildebrand montre que virginité et maternité se rejoignent en Marie, qui porte à leur plus haut degré les dons féminins de pureté, d'accueil de la Parole et de fécondité spirituelle.[52][53] Deux phrases mariales résument, selon elle, toute la féminité chrétienne : « Qu'il me soit fait selon ta parole » et « Faites tout ce qu'il vous dira. »[54] C'est en se tournant vers Marie, dit-elle en 2003, que les femmes retrouveront « la beauté et la dignité de leur mission ».[55]
Contre le féminisme sécularisé
Le féminisme sécularisé partait d'un grief réel — des siècles pendant lesquels les femmes furent tenues à l'écart des universités, des professions et du vote, et où l'éloge du foyer servit souvent de prétexte pour les y enfermer — c'est la thèse que Simone de Beauvoir porta en 1949 dans Le Deuxième Sexe.[56] Alice elle-même reconnaissait que la souffrance des épouses reléguées au second plan était « compréhensible » et même « légitime ».[57] Son désaccord portait sur le remède : fallait-il, pour émanciper la femme, lui faire imiter l'homme en tout, jusqu'à mépriser comme des faiblesses la patience, le don de soi et la tendresse ? Le drame du féminisme sécularisé, selon elle, est que les femmes « se sont laissé convaincre que la féminité signifiait la faiblesse », et qu'on les a détournées de « la beauté et de la dignité de leur rôle d'épouses et de mères » comme du « pouvoir spirituel qu'elles peuvent exercer ».[58] Le tableau suivant résume l'opposition qu'elle décrivait entre les deux visions.
| Question | Féminisme sécularisé | Vision chrétienne (A. von Hildebrand) |
|---|---|---|
| La féminité | Une faiblesse à corriger | Une force spirituelle propre, à assumer |
| Figure de référence | La femme « libérée » et autonome | La Vierge Marie, accueil parfait de Dieu |
| Mesure de la valeur | Les diplômes, la carrière, l'autonomie | Le don caché, la charité, la sainteté aux yeux de Dieu |
La souffrance, la confiance et la Providence
Enfin, la pensée d'Alice von Hildebrand est traversée par une spiritualité de l'abandon. Marquée par l'expérience du sous-marin, par le deuil et par des décennies d'adversité, elle enseignait que la vraie force chrétienne est « la conscience et l'acceptation de sa propre faiblesse, jointes à une confiance illimitée dans l'amour et la puissance de Dieu ».[59] Le chapitre « On the Providence of God » de ses Memoirs of a Happy Failure (Mémoires d'un heureux échec), repris par TAN Direction[60], prolonge cette conviction : rien n'échappe au regard aimant du Père, et l'échec même — le « heureux échec » de ses Mémoires — peut devenir chemin de sainteté.[61]
Une voix pour l'Église : EWTN, l'enseignement, les honneurs
La communicatrice
Bien après sa retraite universitaire, Alice von Hildebrand devint une figure familière du grand public catholique. Petite, vive, souvent maniant l'humour, elle fit plus de quatre-vingts apparitions sur la chaîne EWTN, où elle traitait de philosophie, de féminité, de vie spirituelle et de la pensée de son mari.[62] Après sa retraite de l'enseignement, en 1984, elle multiplia aussi les conférences — dans trente-cinq États américains, au Canada, au Mexique, en Amérique du Sud et en Europe — pour transmettre la philosophie de la valeur, de l'amour et de la personne.[63] Contributrice régulière de la presse catholique américaine, elle sut rendre la philosophie accessible sans jamais la trahir — dans la lignée de ces grandes voix, un laïc comme Chesterton ou un prêtre puis évêque comme Fulton Sheen, qui ont rendu la foi intellectuellement désirable.
Dame de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand (2013)
En octobre 2013, l'Église honora publiquement son service : elle fut créée Dame Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, l'une des plus hautes distinctions pontificales accordées à un laïc.[64][65] Reconnaissance officielle d'une vie entière donnée à la vérité, à la transmission et à la défense de la foi.
Héritage et mort (2022)
Alice von Hildebrand s'éteignit paisiblement à son domicile de New Rochelle, dans l'État de New York, le 14 janvier 2022, à l'âge de 98 ans.[66][67] De nombreux hommages saluèrent alors une intelligence rigoureuse doublée d'une foi ardente, une femme minuscule par la taille et immense par la conviction.
Son héritage est double. D'une part, elle a sauvé de l'oubli une part majeure de l'œuvre de Dietrich von Hildebrand, qu'elle a traduite, éditée et incarnée pendant plus de quarante ans. D'autre part, elle laisse une pensée propre de la féminité chrétienne, méditation sur la grandeur cachée de la femme à l'école de Marie, qui continue de nourrir des lectrices dans le monde entier. Témoin de la vérité objective contre le relativisme, gardienne fidèle d'un grand héritage philosophique, chantre de la vocation féminine : telle demeure, pour Ignispedia, cette personnalité marquante du catholicisme du XXᵉ siècle.
Pour aller plus loin
- Dietrich von Hildebrand (1889-1977) — son maître et époux, philosophe qui demandait de répondre au bien par l'amour et le respect (la « réponse à la valeur ») et héros de la résistance catholique à Hitler, dont elle fut la gardienne de l'œuvre.
- Jacques Maritain (1882-1973) et Étienne Gilson (1884-1978) — les maîtres du renouveau thomiste, autres grandes figures laïques de la philosophie catholique du XXᵉ siècle.
- Josef Pieper (1904-1997) — le philosophe catholique allemand de la vertu et du loisir, contemporain des Hildebrand.
- Benoît XVI (1927-2022) — le cardinal Joseph Ratzinger écrivit en 2000 que, « quand on écrira l'histoire intellectuelle de l'Église catholique au XXᵉ siècle, le nom de Dietrich von Hildebrand y figurera au tout premier rang ».[68]
- Fulton Sheen (1895-1979) et Peter Kreeft (né en 1937) — d'autres grands communicateurs de la foi auprès du public américain.
- G. K. Chesterton (1874-1936) — la même famille d'esprit : des laïcs qui rendent la foi désirable par l'intelligence et la joie.
Notes et références
« Alice von Hildebrand », encyclopédie en ligne : nom complet Alice Marie von Hildebrand (née Jourdain), naissance le 11 mars 1923 à Bruxelles (parents Henri et Marthe van der Horst Jourdain), mort le 14 janvier 2022 à New Rochelle (New York) ; langue maternelle le français ; fuite de Belgique en 1940 ; études à Manhattanville College puis Fordham, doctorat en 1949 ; enseignement au Hunter College de 1947 à 1984 (37 ans), refus des collèges catholiques (« n'employaient pas de femmes pour enseigner la philosophie »), titularisation après 14 ans, Presidential Award ; mariage avec Dietrich von Hildebrand en 1959 (rencontré comme étudiante), veuvage en 1977 ; plus de 80 apparitions à EWTN ; Dame Grand-Croix de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en octobre 2013 ; ouvrages : By Love Refined (1989), By Grief Refined (1994), The Soul of a Lion (2000), The Privilege of Being a Woman (2002), Man and Woman: A Divine Invention (2010), Memoirs of a Happy Failure (2014). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Alice_von_Hildebrand
1 9 19 31 32 41 43 44 47 64Hildebrand Project, « Obituary for Alice von Hildebrand (1923-2022) » (John Crosby, 19 janvier 2022) : née « Lily » Jourdain, troisième de cinq enfants ; en mai 1940, fuite vers Bordeaux avec ses parents, ses frères et sœurs, puis embarquement d'Alice et de sa sœur aînée sur le SS Washington à l'invitation d'un oncle et d'une tante, interception par un sous-marin allemand, expérience spirituelle intense, arrivée à New York le 21 juin 1940 ; conférence de Dietrich von Hildebrand le 27 novembre 1942 (« la disponibilité au changement »), études à Fordham dès 1943, rôle de secrétaire (frappe de manuscrits, traductions) ; refus répété des collèges catholiques (« It is not the policy of Catholic colleges to appoint women to teach philosophy ») ; poste de suppléante à Hunter en décembre 1947, 37 ans d'enseignement, retraite au printemps 1984 avec la meilleure évaluation étudiante du collège (devant 850 enseignants) ; mariage en juillet 1959 ; après sa retraite de l'enseignement, conférences dans 35 États américains, au Canada, au Mexique, en Amérique du Sud et en Europe ; elle rejoint John Henry Crosby et John F. Crosby pour fonder le Hildebrand Project en 2004 ; Dame Grand-Croix de l'ordre de Saint-Grégoire en 2013 ; mort paisible à New Rochelle le 14 janvier 2022. La nécrologie donne le nom de jeune fille de la mère sous la forme « Marthe (née van der Vorst) Jourdain (1899-1976) », là où l'encyclopédie en ligne retient « van der Horst » ; le corps suit cette dernière, qui est la source citée pour ce fait. URL : https://hildebrandproject.org/obituary-for-alice-von-hildebrand-1923-2022/
2 5 17 20 21 22 24 26 30 33 42 45 46 49 63 66Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure, Saint Benedict Press / TAN Books, Charlotte (Caroline du Nord), 2014 : autobiographie retraçant la fuite d'Europe, la traversée du SS Washington, la rencontre de Dietrich von Hildebrand et les 37 années d'enseignement au Hunter College ; thèse centrale que l'« échec » aux yeux du monde peut être un « heureux échec » sous le regard de la Providence.
3 11 25 38 61T. S. Flanders, « The Marxists Feared Her », recension de Memoirs of a Happy Failure parue sur OnePeterFive (27 septembre 2023, texte contrôlé sur le miroir Immaculata) : le département de philosophie de Hunter décrit comme infiltré par le marxisme dès 1950 ; décennies d'hostilité contre Alice von Hildebrand — protestations d'étudiants, rumeurs et pressions organisées ; sa défense de la vérité objective comme menace pour le « dogme absolu » du relativisme (p. 67). Les noms de collègues et la thèse d'un financement par un parti, rapportés de seconde main dans cette recension, ne sont pas repris ici faute de source primaire contrôlée. URL : https://onepeterfive.com/marxists-feared-her/
4 12 13 35 36Alice von Hildebrand, The Soul of a Lion: Dietrich von Hildebrand: A Biography, Ignatius Press, San Francisco, 2000 (présenté aussi sous le sous-titre The Life of Dietrich von Hildebrand) : biographie de Dietrich von Hildebrand par son épouse, retraçant sa phénoménologie, sa conversion, sa résistance au nazisme et sa vie intérieure. Ouvrage à la source de la redécouverte du philosophe dans le monde anglophone.
6 18 48Alice von Hildebrand, The Privilege of Being a Woman, Veritas Press / Sapientia Press of Ave Maria University, 2002 : méditation sur la grandeur de la vocation féminine à la lumière de la Vierge Marie. L'ouvrage n'ayant pas pu être repaginé ici, les thèses résumées dans le corps (virginité et maternité réunies en Marie, dons féminins portés à leur sommet) sont données d'après l'entretien que l'auteur consacra à son livre à ZENIT le 26 novembre 2003 (note EWTN).
7 14 52Catholic News Agency, « Alice von Hildebrand, Catholic Philosopher and Author, Dies at 98 » (14 janvier 2022) : mort à 98 ans à New Rochelle après une brève maladie ; plus de 80 apparitions à EWTN ; contributrice régulière de la presse catholique ; défense de la vérité objective contre le relativisme ; National Catholic Register, « Alice von Hildebrand: Humble Giant of 'Authentic Femininity' » (21 janvier 2022) : hommages saluant une « humble géante de la féminité authentique », « ardente promotrice de la messe latine traditionnelle » (« She was an ardent promoter of the traditional Latin Mass… »). URLs : https://www.ncregister.com/cna/alice-von-hildebrand-catholic-philosopher-and-author-dies-at-98 et https://www.ncregister.com/news/alice-von-hildebrand-humble-giant-of-authentic-femininity
8 62 67Catholic News Agency / National Catholic Register, « Pope Names Alice von Hildebrand to Prestigious Order » (8 novembre 2013) : le pape François la fait Dame Grand-Croix de l'ordre équestre de Saint-Grégoire en reconnaissance de son œuvre, de son témoignage et de son service envers l'Église ; « l'appartenance à l'ordre équestre de Saint-Grégoire est le plus grand honneur qu'un pape puisse accorder à un laïc » (« Membership in the Equestrian Order of St. Gregory is the highest honor a pope can bestow on a layman. »). URL : https://www.ncregister.com/news/pope-names-alice-von-hildebrand-to-prestigious-order
10 65« Alice von Hildebrand on Feminism and Femininity », EWTN Library (dépêche ZENIT, New Rochelle, 26 novembre 2003, réf. ZE03112620 — entretien à l'occasion de la parution de The Privilege of Being a Woman) : Alice von Hildebrand reconnaît que la souffrance des épouses reléguées au second plan était « compréhensible » et « légitime » (« That wives suffered was not only understandable, but also legitimate. »), puis critique le féminisme sécularisé qui, au lieu de rendre les femmes sensibles à « the beauty and dignity of their role as wives as mothers, and of the spiritual power that they can exercise over their husbands » (libellé repris tel quel de la page EWTN), a vu les femmes « se laisser convaincre que la féminité signifiait la faiblesse » (« They let themselves become convinced that femininity meant weakness. », avec mépris des vertus « patience, selflessness, self-giving, tenderness ») ; « la mission de la femme est de se laisser féconder par la grâce — une sainte réceptivité » (« the woman's mission is to let herself be fecundated by grace — holy receptivity », à la suite de « I am the handmaid of the Lord. Be it done to me according to thy word. » et « Do whatever he tells you. ») ; « c'est en se tournant vers Marie, en la priant et en contemplant ses vertus, que les femmes retrouveront la beauté et la dignité de leur mission » (« It is by turning to her, praying to her and contemplating her virtues that women will find their way back to the beauty and dignity of their mission. ») ; « donner, nourrir, prendre soin des autres, souffrir avec eux et pour eux… est infiniment plus précieux aux yeux de Dieu que de conquérir des nations » (« to give, to nurture, to care for others, to suffer with and for them — for maternity implies suffering — is infinitely more valuable in God's sight than to conquer nations and fly to the moon ») ; la vraie force chrétienne comme « conscience et acceptation de sa propre faiblesse, jointes à une confiance illimitée dans l'amour et la puissance de Dieu » (« an awareness and acceptance of one's weakness, coupled with a boundless confidence in God's love and power »). Traductions françaises de la rédaction dans le corps. URL : https://www.ewtn.com/catholicism/library/alice-von-hildebrandt-on-feminism-and-femininity-2764
15 50 51 53 54 55 57 58 59Édition espagnole attestée : El privilegio de ser mujer (Pamplona: EUNSA, 2019), citée en bibliographie universitaire (p. ex. revue Familia, UPSA). Seule cette traduction a pu être vérifiée sur source accessible en correction éditoriale — d'où la formulation prudente du corps (« traduit notamment en espagnol »).
16Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure (op. cit., 2014), récit de l'interception du SS Washington par un sous-marin allemand en juin 1940 : « With a clarity and precision that approached the supernatural, all of a sudden, in a single flash, I relived everything I had ever done, failed to do, thought, imagined, and felt. » Traduction française dans le corps. Libellé anglais repris du livre, confirmé par l'article « Perseverance in Truth » de First Things (William Doino Jr., 22 février 2015) et l'extrait repris par TAN ; la nécrologie du Hildebrand Project omet « and » (« imagined, felt »).
23Alice von Hildebrand, avant-propos à Dietrich von Hildebrand, Transformation in Christ (p. vii) : « "WE MUST have an unconditional readiness to change in order to be transformed in Christ." These are the very first words I heard from Dietrich von Hildebrand, the man who was later to become my husband. » Le sujet de la conférence du 27 novembre 1942 (« la disponibilité au changement ») est donc aussi l'ouverture du livre, dont la présentation par le Hildebrand Project rappelle que « the first requisite is the person's desire for change ». Édition : Ignatius Press, 2001, 538 p. URLs : https://verbum.com/product/29602/transformation-in-christ et https://hildebrandproject.org/event/transformation-in-christ-reading-group/
27Hildebrand Project, « Obituary for Alice von Hildebrand (1923-2022) » (John Crosby, 19 janvier 2022), sur la conférence du 27 novembre 1942 : « From the first moment he began to speak, I felt that he was feeding my soul with a food that I had always longed for. He spoke out of a deep recollection, and I drank in every word…. » Traduction française dans le corps.
28Sur les années Fordham de Dietrich (1941-1960) : arrivé à New York le 23 décembre 1940 (National Catholic Register, « Lost Treasure »), il y enseigna la philosophie pendant 19 ans, jusqu'à sa retraite en 1960 — soit une prise de poste en 1941. URLs : https://www.ncregister.com/features/lost-treasure et https://www.catholicculture.org/culture/library/view.cfm?recnum=2829
29Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure (op. cit., 2014), p. 35 (pagination indiquée par la recension), sur ses débuts au Hunter College — passage cité d'après la recension de T. S. Flanders sur OnePeterFive (« The Marxists Feared Her », 27 septembre 2023) : « All of a sudden, I – a young woman, aged twenty-four – was to face an older, all-male student body, mostly from poor or disadvantaged backgrounds. I had the feeling that these men were not exactly raised to be perfect gentlemen. I was grateful for the opportunity but also petrified (35). » Traduction française dans le corps (avec ellipse). L'exemplaire physique de l'ouvrage n'ayant pas pu être collationné directement, la pagination reprise est celle qu'indique la recension.
34Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure (op. cit., 2014), p. 67 (pagination indiquée par la recension) : « There is one absolute dogma in the liberal world, namely the universal relativity and subjectivity of all values. » Traduction française dans le corps. Libellé contrôlé mot à mot contre trois sources indépendantes : la recension de T. S. Flanders sur OnePeterFive (« (Memoirs, 67) », texte contrôlé sur le miroir Immaculata en correction éditoriale), l'article « Alice von Hildebrand, Woman of Valor » de First Things et l'entretien accordé par Alice von Hildebrand à CatholicMom (2 septembre 2015). L'exemplaire physique de l'ouvrage n'ayant pas pu être collationné directement, la pagination reprise est celle qu'indique la recension et n'est pas validée par défaut.
37Alice von Hildebrand, Memoirs of a Happy Failure (op. cit., 2014), pp. 36-37 (pagination indiquée par la recension), mot d'un étudiant du Hunter College et réflexion qui suit — cités d'après la recension de T. S. Flanders sur OnePeterFive (« The Marxists Feared Her ») : « When I entered your classroom, I had kicked out religion. Now I shall go back to Church. » — « I was amazed, for I had never mentioned religion in my courses. But I should not have been surprised. Throughout my career, I found that the greatest obstacle to faith was always some form of relativism. Once removed, those who "have good will" always find their way to God. » (36-37) Traductions françaises dans le corps (avec ellipses). Le mot de l'étudiant est confirmé indépendamment par l'article « Perseverance in Truth » de First Things (William Doino Jr., 22 février 2015 : « When I entered your classroom, I had kicked out religion. Now, I shall go back to Church. », avec virgule après « Now »). L'exemplaire physique de l'ouvrage n'ayant pas pu être collationné directement, la pagination reprise est celle qu'indique la recension.
39 40Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, tomes I-II, Gallimard, Paris, 1949 : l'ouvrage qui fit de l'émancipation des femmes par l'égale participation au monde du travail et de la culture son programme.
56TAN Direction, « On the Providence of God by Alice von Hildebrand » : « This article is taken from a chapter in Memoirs of a Happy Failure by Alice von Hildebrand which is available from TAN Books. » URL : https://tandirection.com/pursuit-of-perfection/the-providence-of-god-by-alice-von-hildebrand/
60Cardinal Joseph Ratzinger (futur Benoît XVI), propos écrits en l'an 2000 : « I am firmly convinced that, when at some time in the future, the intellectual history of the Catholic Church in the 20th century is written, the name of Dietrich von Hildebrand will be most prominent among the figures of our time. » Traduction française dans le corps. Cité notamment par EWTN, « Von Hildebrand's Voice of Reason ». URL : https://www.ewtn.com/catholicism/library/von-hildebrands-voice-of-reason-10254
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