Servais Pinckaers (1925-2008)

Servais Pinckaers (1925-2008) est le dominicain belge qui a renouvelé la théologie morale catholique au XXe siècle, en opposant la « liberté pour l'excellence » à la liberté d'indifférence héritée d'Ockham. Sa pensée a nourri l'encyclique Veritatis splendor de Jean-Paul II.

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Servais Pinckaers (1925-2008) est le théologien dominicain qui a le plus profondément renouvelé la théologie morale catholique au XXᵉ siècle. Professeur pendant plus de vingt ans à l'Université de Fribourg, en Suisse, il a consacré son œuvre à démontrer que la morale chrétienne authentique n'est pas d'abord un système d'obligations et d'interdits, mais une morale du bonheur : la recherche de la béatitude par l'exercice des vertus, à la suite du Christ des Béatitudes.

Sa thèse centrale, formulée dans son grand œuvre Les Sources de la morale chrétienne (1985), oppose deux conceptions rivales de la liberté : la liberté d'indifférence, héritée du nominalisme de Guillaume d'Ockham au XIVᵉ siècle, qui réduit la liberté à un pur pouvoir de choisir indifféremment le bien ou le mal ; et la liberté pour l'excellence, celle de saint Thomas d'Aquin, où la liberté grandit avec la vertu et s'épanouit dans le bien qu'elle apprend à aimer. Cette distinction, aujourd'hui classique dans la théologie morale contemporaine, a directement nourri la pensée de Jean-Paul II[1].

Discret et peu médiatique de son vivant, Pinckaers a pourtant exercé une influence reconnue sur le magistère de son temps : son œuvre a nourri l'encyclique Veritatis splendor (1993) et la partie morale du Catéchisme de l'Église catholique (1992), contribuant à réancrer l'enseignement moral de l'Église dans l'Écriture, les Pères et saint Thomas, contre la sécheresse des « manuels » de casuistique post-tridentins[2]. Les historiens de la théologie morale le comptent parmi les grands artisans contemporains du renouveau de la morale des vertus[3].

Auteur de 25 livres et de plus de 300 articles[4], traduit en de nombreuses langues, Pinckaers a formé à Fribourg toute une génération de théologiens moralistes — aujourd'hui désignée par les historiens comme l'« école de Fribourg » — qui continue de porter son héritage dans le monde anglophone comme francophone[5].

Un Liégeois chez les Prêcheurs

Rien, dans l'enfance de Servais-Théodore Pinckaers, ne laissait présager une œuvre théologique d'une telle portée. Né le 30 octobre 1925 à Liège, en Belgique, il grandit dans le village de Wonck, aujourd'hui rattaché à la commune de Bassenge, en Wallonie[6]. C'est après une première année passée au séminaire diocésain qu'il choisit, à l'âge de vingt ans, la vie religieuse dominicaine plutôt que le clergé séculier[7].

L'entrée chez les Prêcheurs et les années de La Sarte

En 1945, le jeune Pinckaers entre dans l'Ordre des Prêcheurs — l'ordre fondé par saint Dominique, celui-là même auquel appartenait, une génération plus tôt, Réginald Garrigou-Lagrange[8]. Il fait sa profession religieuse l'année suivante et poursuit, de 1946 à 1952, ses études de philosophie et de théologie au studium dominicain de La Sarte, à Huy, en Belgique[9].

Huy sur la Meuse, où se trouvait le studium dominicain de La Sarte. Photographie : Traumrune, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Il est ordonné prêtre le 26 mars 1951, un lundi de Pâques, à La Sarte même[10]. L'année suivante, en 1952, il obtient sa licence en théologie sous la direction du futur cardinal Jérôme Hamer, dominicain lui aussi et l'un des grands canonistes-théologiens de son temps. Le sujet choisi par le jeune religieux pour ce premier travail théologique est d'une actualité brûlante : une étude consacrée à Surnaturel, le livre que le jésuite Henri de Lubac venait de publier en 1946 et qui rouvrait, contre l'école thomiste dominante, le débat sur le rapport entre la nature et la grâce[11].

Le détail n'est pas anodin. Cette même année 1946, à Rome, Garrigou-Lagrange publiait son article-manifeste « La nouvelle théologie où va-t-elle ? », dirigé précisément contre Surnaturel et ses partisans[12]. Le jeune Pinckaers commence donc sa vie théologique au cœur exact de la controverse qui déchirait alors la théologie catholique — sans que l'on sache, faute de source publiée sur le contenu précis de ce travail de licence, quelle position il y défendait. Ce qui est certain, en revanche, c'est que toute son œuvre ultérieure portera la marque d'un même souci : retourner aux sources — Écriture, Pères, saint Thomas — plutôt que de s'enfermer dans les systèmes tardifs, qu'ils soient scolastiques ou modernes.

Rome et l'Angelicum : dans l'orbite de Garrigou-Lagrange

De 1952 à 1954, Pinckaers poursuit des études doctorales à l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin, l'Angelicum, sous la direction du dominicain Louis-Bertrand Gillon[13]. C'est là, dans les mêmes murs où Garrigou-Lagrange enseignait alors depuis plus de quarante ans, que le jeune Liégeois suit notamment les cours du célèbre « Monstre sacré du thomisme », ainsi que ceux de Paul Philippe et de Mario Luigi Ciappi, deux autres dominicains romains influents[14].

Les trois lieux structurants du parcours intellectuel de Servais Pinckaers : La Sarte, l'Angelicum et Fribourg. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Sa thèse de doctorat, soutenue en 1954, porte sur La Vertu d'espérance de Pierre Lombard à saint Thomas d'Aquin — une étude historique de théologie médiévale consacrée à l'évolution de la doctrine de l'espérance entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle[15]. Le choix du sujet dit déjà quelque chose de la méthode qui sera la sienne toute sa vie : comprendre une doctrine morale ou spirituelle en remontant à son histoire, plutôt qu'en la traitant comme un bloc intemporel de définitions.

En quelques dates

  1. 30 octobre 1925
    Naissance à Liège

    Servais-Théodore Pinckaers naît à Liège et grandit au village de Wonck, en Wallonie.

  2. 1945
    Entrée chez les dominicains

    Il rejoint l'Ordre des Prêcheurs après une année de séminaire diocésain.

  3. 26 mars 1951
    Ordination sacerdotale

    Il est ordonné prêtre à La Sarte (Huy), le lundi de Pâques.

  4. 1952-1954
    Doctorat à l'Angelicum

    Études romaines sous Louis-Bertrand Gillon ; il suit les cours de Garrigou-Lagrange.

  5. 1954-1965
    Professeur à La Sarte

    Il enseigne la théologie morale fondamentale au studium dominicain de Huy.

  6. 1965-1975
    Ministère pastoral à Liège

    Il quitte l'enseignement pour un ministère de prédication au couvent dominicain de Liège.

  7. 1975
    Chaire à l'Université de Fribourg

    Il est appelé à la chaire francophone de théologie morale fondamentale, qu'il occupera plus de vingt ans.

  8. 1985
    Les Sources de la morale chrétienne

    Publication de son œuvre maîtresse sur la liberté pour l'excellence.

  9. 1989-1991
    Doyen de la faculté de théologie

    Il dirige la faculté de théologie de l'Université de Fribourg.

  10. 1992-1993
    Catéchisme et Veritatis splendor

    Son œuvre nourrit la partie morale du Catéchisme et l'encyclique Veritatis splendor de Jean-Paul II.

  11. 7 avril 2008
    Mort à Fribourg

    Il s'éteint à 82 ans, laissant une œuvre de 25 livres et plus de 300 articles.

Vingt ans de formation, puis le silence pastoral de Liège

De 1954 à 1965, Pinckaers enseigne la théologie morale fondamentale au studium de La Sarte, où il a lui-même été formé — retour classique dans l'économie des ordres religieux, où le disciple devient à son tour le maître de la génération suivante[16]. Onze années de cours, de préparation de leçons et de contact direct avec de jeunes religieux en formation constituent le premier laboratoire de sa pensée morale.

Puis, en 1965, un tournant surprenant : Pinckaers quitte l'enseignement pour un ministère pastoral au couvent dominicain de Liège, où il devient prieur de 1966 à 1972[17]. Pendant près d'une décennie, celui qui deviendra l'un des grands théologiens moralistes du siècle se consacre à la prédication, à l'accompagnement spirituel et au gouvernement de sa communauté, loin des chaires universitaires. Ce n'est qu'en 1972-1973 qu'il est invité comme professeur extraordinaire à l'Université de Fribourg, avant un bref retour à Liège (1973-1975), qui précède son installation définitive[18].

Cette traversée du désert académique n'est pas un détail biographique secondaire. Elle éclaire un trait constant de sa théologie : Pinckaers n'écrira jamais en pur spéculatif coupé du terrain pastoral. Sa critique de la morale des manuels, on le verra, naît précisément de l'expérience du confessionnal et de la direction spirituelle — de ce contact quotidien avec des fidèles pour qui la morale catholique, réduite à des listes d'obligations, avait perdu tout lien vivant avec la joie de l'Évangile.

Fribourg : la chaire qui refonde la théologie morale

Le complexe de Miséricorde de l'Université de Fribourg, où Pinckaers occupa la chaire francophone de théologie morale fondamentale. Photographie : André Corboz, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

En 1975, Pinckaers est appelé à occuper la chaire francophone de théologie morale fondamentale de la faculté de théologie de l'Université de Fribourg, en Suisse[19]. Il y enseignera pendant plus de vingt ans, jusqu'à la fin des années 1990, formant plusieurs générations de prêtres, de religieux et de laïcs venus de toute l'Europe et d'outre-Atlantique[20].

Prieur de l'Albertinum et doyen de la faculté

Sa présence à Fribourg ne se limite pas à l'enseignement. Pinckaers assume la charge de prieur du couvent dominicain de l'Albertinum à deux reprises (1983-1990, puis 1996-1999) et devient, de 1989 à 1991, doyen de la faculté de théologie[21]. Cette double responsabilité — intellectuelle et communautaire — dit la place centrale qu'il occupe alors dans la vie théologique et religieuse de la ville universitaire.

Le diagnostic né du terrain

C'est dans ce contexte fribourgeois, mûri par ses années d'enseignement à La Sarte et son expérience pastorale liégeoise, que Pinckaers élabore le diagnostic qui commandera toute son œuvre : la théologie morale catholique, telle qu'elle est enseignée dans la plupart des séminaires depuis le Concile de Trente, souffre d'un appauvrissement structurel. Réduite à des « manuels » organisés autour de la loi, du péché et de l'obligation, elle a perdu le lien vivant avec l'Écriture, les Pères de l'Église et la pensée intégrale de saint Thomas d'Aquin[22].

Le diagnostic : une morale sous hypothèque nominaliste

L'apport le plus original de Pinckaers est d'avoir fait l'histoire de cette dérive — de l'avoir datée, nommée, et attribuée à un tournant philosophique précis : la révolution nominaliste du XIVᵉ siècle.

Les grandes étapes de la théologie morale selon Pinckaers

Dans Les Sources de la morale chrétienne (1985), Pinckaers retrace l'histoire de la théologie morale catholique en cinq grandes périodes, montrant comment le lien entre morale, bonheur et vertu s'est progressivement distendu avant, selon lui, d'appeler un retour aux sources[23] :

PériodeCaractéristique dominanteRapport à la vertu et au bonheur
Pères de l'Église (jusqu'au XIIᵉ siècle)Morale enracinée dans l'Écriture et la vie spirituelleUnion étroite entre morale, contemplation et charité
Grande scolastique (XIIIᵉ siècle)Synthèse thomiste de la Somme théologiqueLa béatitude ouvre le traité de morale ; vertus, dons, Béatitudes au centre
Essor du nominalisme (à partir du XIVᵉ siècle)Guillaume d'Ockham et la liberté d'indifférenceRupture : la liberté se définit hors de la vertu et de l'inclination au bien
Période post-tridentineManuels de casuistique (XVIIᵉ siècle et suivants)Morale d'obligation, fragmentée en traités isolés du péché et de la loi
Époque contemporaineTentatives de renouveau (dont Pinckaers lui-même)Retour proposé à l'Écriture, aux Pères et à la Somme intégrale

Cette table de lecture, aujourd'hui largement reprise par les historiens de la théologie morale, permet à Pinckaers de montrer que la morale des manuels n'est pas la tradition catholique la plus ancienne ni la plus fidèle à saint Thomas, mais une construction tardive, née d'un déplacement philosophique précis[24].

Guillaume d'Ockham et la naissance de la liberté d'indifférence

Les deux conceptions de la liberté opposées par Pinckaers : une capacité qui grandit dans la vertu, ou un pouvoir neutre de choisir. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le point de bascule, selon Pinckaers, se situe au XIVᵉ siècle, avec le franciscain Guillaume d'Ockham (v. 1285-1347) et l'école nominaliste. Chez Ockham, la volonté divine est absolument libre : elle domine la loi morale elle-même et toutes les lois de la création. Ce que Dieu veut est nécessairement juste et bon, précisément parce qu'il le veut ; de cette volonté procèdent la loi et toute qualification morale[25]. Transposée à la liberté humaine, cette conception fait de celle-ci un pouvoir neutre de choisir indifféremment entre le bien et le mal, radicalement indépendant des inclinations naturelles de la raison et de la volonté vers le bien[26].

C'est cette conception qu'il baptise liberté d'indifférence. Elle deviendra, selon lui, le socle implicite de toute la philosophie morale moderne — de Descartes à Kant, du volontarisme au positivisme juridique — et, par contrecoup, de la théologie morale catholique post-tridentine elle-même, qui en hérite sans toujours en avoir conscience[27].

La casuistique post-tridentine et la morale des manuels

À partir des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles se développe, en réaction aux progrès de la casuistique et aux besoins pratiques de la confession, une littérature de « manuels » de théologie morale destinée aux séminaristes. Pinckaers en fait une critique précise et documentée : ces manuels réduisent la vie morale à un système d'obligations et d'interdits organisé autour de la loi, fragmentent l'enseignement moral en quatre traités isolés — actes humains, conscience, loi, péché — et ignorent presque totalement le bonheur, les vertus et la grâce, qui occupaient pourtant le cœur de la Secunda pars de saint Thomas[28].

Pinckaers résume cette dérive d'une formule : la casuistique nominaliste devient une morale gouvernée par l'obéissance, où la liberté doit à chaque instant assumer l'obligation qui lui est imposée[29].

Le résultat, pour Pinckaers, est une théologie morale coupée de la spiritualité, de la dogmatique et de l'Écriture — une discipline autonome, technique, presque juridique, qui a fini par présenter le christianisme comme une religion de l'obéissance à des règles plutôt que comme un chemin vers la joie et la sainteté[30].

La liberté pour l'excellence : le cœur de la doctrine

Face à ce diagnostic, Pinckaers propose de retourner à la conception thomiste de la liberté, qu'il nomme la liberté pour l'excellence (ou « liberté de qualité »).

Deux libertés, deux morales

Le tableau suivant résume l'opposition centrale que Pinckaers développe tout au long de son œuvre, notamment dans Les Sources de la morale chrétienne et dans les articles repris après sa mort dans The Pinckaers Reader (2005)[31] :

Liberté d'indifférenceLiberté pour l'excellence
Origine philosophiqueGuillaume d'Ockham, nominalisme du XIVᵉ siècleSaint Thomas d'Aquin, synthèse du XIIIᵉ siècle
Nature de la libertéPouvoir neutre et autonome de choisir, indépendant de la raison et de la vertuUnion de la raison et de la volonté, orientée par nature vers le vrai et le bien
Effet de la vertuLa vertu limite ou contraint la libertéLa vertu accroît et perfectionne la liberté
Rapport à la loiLa loi est une contrainte extérieure imposée à une liberté neutreLa loi guide une liberté déjà orientée vers son bien propre
Fondement de la moraleL'obligation et l'obéissanceLe bonheur, les vertus, les dons du Saint-Esprit, les Béatitudes

Pour Pinckaers, la liberté pour l'excellence offre un bien meilleur fondement à l'accueil de la révélation et de la grâce, précisément parce qu'elle repose sur une ouverture naturelle de la liberté au vrai et au bien[32]. Une liberté déjà tournée vers le bien par nature peut être élevée par la grâce sans être niée par elle ; une liberté neutre, à l'inverse, ne rencontre la grâce que comme une contrainte supplémentaire venue de l'extérieur.

Le retour à la Somme théologique : bonheur, vertus, dons, Béatitudes

La morale thomiste comme mouvement vers la béatitude : actes, passions, habitus, loi et grâce, puis vie dans les vertus. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Concrètement, Pinckaers invite les théologiens à relire la Secunda pars de la Somme théologique dans son ordre véritable, celui que les manuels avaient inversé. Saint Thomas ouvre son traité de morale non par la loi, mais par la question du bonheur (beatitudo) : l'homme agit toujours en vue d'une fin, et cette fin ultime est la félicité en Dieu. Viennent ensuite les vertus, les dons du Saint-Esprit et les Béatitudes évangéliques — et ce n'est qu'après ce long développement que saint Thomas traite de la loi et de la grâce, comme principes extérieurs qui aident l'homme à atteindre sa fin[33].

« Puisque l'homme est fait à l'image de Dieu [...], il nous reste maintenant à considérer cette image, c'est-à-dire l'homme, en tant qu'il est lui aussi principe de ses actes, comme ayant le libre arbitre et la maîtrise de ses actions. » — saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prologue de la Prima Secundae[34]

C'est ce même prologue — l'homme comme « principe de ses actes » avant d'être sujet d'une loi — que Pinckaers place au fondement méthodologique de sa relecture de toute la théologie morale thomiste[35]. Cet ordre n'est pas un détail de plan : il révèle, selon Pinckaers, une théologie morale tout entière centrée sur la personne appelée au bonheur, et non sur un système de commandements à respecter. La loi n'est pas supprimée — Pinckaers insiste sur son rôle positif — mais elle est resituée : elle sert la liberté en l'orientant vers son vrai bien, elle ne la contraint pas de l'extérieur[36].

Une morale du bonheur, non des obligations

Cette conviction traverse toute l'œuvre de Pinckaers, des grands traités savants aux livres de piété les plus simples. Dans La morale catholique (1991), synthèse accessible de sa pensée, il présente la théologie morale non comme une liste d'obligations, mais comme une loi de liberté enracinée dans l'Évangile, laissant toute sa place au désir humain du bonheur[37]. Il popularisera cette même intuition dans La quête du bonheur (1979) et, en anglais, dans The Pursuit of Happiness: Living the Beatitudes (1998)[38].

Toute sa pensée pourrait se résumer en une formule qui lui est propre : la morale catholique est fondamentalement une morale du bonheur, et non une morale de l'obligation ou des interdits[39].

Les actes intrinsèquement mauvais contre le proportionnalisme

L'objet choisi demeure décisif dans l'évaluation morale : une bonne fin ne transforme pas un acte intrinsèquement mauvais en acte bon. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Dans les années 1970-1980, une partie de la théologie morale catholique, sous l'influence de moralistes comme le jésuite allemand Josef Fuchs ou l'Américain Richard McCormick, développe le proportionnalisme : une méthode selon laquelle la moralité d'un acte ne pourrait se juger qu'à la lumière de ses conséquences globales, mises en balance les unes avec les autres, niant de fait l'existence d'actes mauvais par leur objet même, indépendamment de toute circonstance ou intention[40].

Pinckaers s'oppose frontalement à cette thèse dans son ouvrage Ce qu'on ne peut jamais faire : la question des actes intrinsèquement mauvais (1986)[41]. Il y défend, en héritier direct de saint Thomas, l'existence d'actes dont la malice ne dépend d'aucun calcul de conséquences — le meurtre direct de l'innocent, l'adultère, le blasphème — parce que leur objet moral lui-même contredit l'ordre du bien humain, quelles que soient les circonstances ou les bonnes intentions qui les entourent[42]. Cette défense, technique et savante, préparera directement l'un des enseignements les plus discutés de l'encyclique Veritatis splendor sept ans plus tard.

L'architecte discret de Veritatis splendor

L'influence la plus visible de Pinckaers sur la vie de l'Église se manifeste au tournant des années 1990, lorsque le magistère de Jean-Paul II entreprend de refonder l'enseignement moral catholique.

Contribution au Catéchisme de l'Église catholique

En 1992 paraît le Catéchisme de l'Église catholique, dont le travail de rédaction était centré à l'Albertinum de Fribourg sous la direction du cardinal Schönborn : l'œuvre de Pinckaers en a nourri la partie consacrée à la vie morale, où l'articulation entre loi, amour, précepte et vertu porte sensiblement la marque de sa pensée[43]. Le Catéchisme y définit la vertu dans des termes qui font directement écho à sa doctrine de la liberté pour l'excellence :

« La vertu est une disposition habituelle et ferme à faire le bien. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1803[44]

L'influence sur Veritatis splendor

L'année suivante, 1993, Jean-Paul II publie l'encyclique Veritatis splendor, consacrée aux fondements de la théologie morale. L'implication exacte des théologiens dans la préparation d'une encyclique reste enveloppée de discrétion, l'encyclique étant avant tout le projet propre du pape ; mais l'on reconnaît dans le texte pontifical plusieurs des intuitions majeures de Pinckaers[45] : une vision de la vie chrétienne centrée sur la béatitude, l'insistance sur la liberté comme capacité positive au bien plutôt que comme pur pouvoir de choix, et la défense explicite de l'existence d'actes intrinsèquement mauvais[46].

« Ne vous conformez pas au monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre intelligence pour discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » — saint Paul, Romains 12, 2 — verset placé en exergue par Jean-Paul II au seuil de Veritatis splendor, 6 août 1993[47]

Jean-Paul II à Denver en 1993, année de la promulgation de Veritatis splendor. Image de la Maison-Blanche, domaine public, via Wikimedia Commons.

Pinckaers publiera lui-même, en 1995, un commentaire théologique de l'encyclique, Pour une lecture de Veritatis splendor, où il en explicite les enjeux et en défend la cohérence avec l'ensemble de la tradition thomiste qu'il avait contribué à faire revivre[48].

Une œuvre spirituelle autant que doctrinale

Si Pinckaers est d'abord connu pour ses grands traités savants, il n'a jamais séparé la théologie morale de la vie spirituelle. Dès 1964, son premier livre marquant, Le Renouveau de la morale, préfacé par le dominicain Marie-Dominique Chenu, esquissait déjà le programme de toute son œuvre à venir[49]. Suivront des ouvrages de piété et de formation, destinés à un public plus large que celui des séminaires et des facultés : La faim de l'Évangile (1977), La quête du bonheur (1979), La prière chrétienne (1989), Un grand chant d'amour (1997)[50].

La vie selon l'Esprit : Paul et Thomas d'Aquin

Dans La vie selon l'Esprit (1996), Pinckaers propose une théologie spirituelle qui met en dialogue saint Paul et saint Thomas d'Aquin sur la transformation de l'âme par l'action de l'Esprit Saint — prolongement direct de sa doctrine des dons du Saint-Esprit exposée dans Les Sources de la morale chrétienne[51].

Plaidoyer pour la vertu et Passions et vertu

Ses derniers livres, écrits alors qu'il est déjà âgé, restent d'une remarquable clarté pédagogique. Plaidoyer pour la vertu (2007) obtient une mention spéciale du Grand Prix catholique de littérature cette même année[52]. Son tout dernier manuscrit, Passions et vertu, achevé peu avant sa mort, paraîtra à titre posthume en 2009 ; il y montre comment les passions humaines, loin d'être des ennemies à réprimer, s'intègrent normalement dans une vie chrétienne vertueuse lorsqu'elles sont éduquées par la raison et la grâce[53].

Honneurs et reconnaissance académique

Charges, distinctions et rayonnement de Servais Pinckaers, du priorat de l'Albertinum au doctorat honoris causa du Latran. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La reconnaissance institutionnelle vient couronner cette œuvre au fil des décennies. En 1990, Pinckaers est nommé Magister Sacrae Theologiae, la plus haute distinction académique que l'Ordre des Prêcheurs puisse décerner à l'un de ses membres — la même année, un volume d'hommage, Novitas et Veritas Vitae, lui est offert pour son 65ᵉ anniversaire[54]. En 2000, l'Université pontificale du Latran, à Rome, lui décerne un doctorat honoris causa en théologie du mariage et de la famille[55]. En 2005, pour son quatre-vingtième anniversaire, un colloque international réunit à Fribourg ses anciens élèves et collègues autour du thème « Making All Things New in Christ »[56] ; la même année paraît, sous la direction de John Berkman et Craig Steven Titus, The Pinckaers Reader: Renewing Thomistic Moral Theology, anthologie de ses articles les plus marquants[57].

Le cardinal Jérôme Hamer, son ancien directeur de licence devenu l'un des plus hauts responsables doctrinaux du Vatican, le qualifiera plus tard de « maître incontesté » en théologie morale[58]. Un jugement que confirme, côté anglophone, la réception de son œuvre comme l'un des ferments majeurs du renouveau contemporain de la morale des vertus[59].

Réception critique et objections

L'œuvre de Pinckaers n'a pas échappé à la discussion. Certains théologiens ont craint qu'une éthique centrée sur les vertus ne glisse, faute d'un ancrage suffisant dans les préceptes et la loi naturelle, vers une forme de relativisme moral, moins capable de trancher clairement des cas concrets qu'une morale d'obligation classique[60]. Pinckaers a répondu à cette objection en soulignant que sa doctrine n'élimine jamais le rôle positif de la loi et des préceptes : elle les resitue à l'intérieur d'une liberté déjà orientée vers le bien, sans jamais nier leur fonction de guide objectif de l'action[61]. Le débat reste vivant dans la théologie morale contemporaine, mais l'ampleur de son influence — jusque dans les textes du magistère — n'est plus, elle, sérieusement contestée.

Mort et postérité : l'école de Fribourg

Servais Pinckaers s'éteint à Fribourg le 7 avril 2008, à l'âge de 82 ans, laissant une œuvre de 25 livres et de plus de 300 articles, traduits en de nombreuses langues[62]. Son manuscrit inachevé, Passions et vertu, sera publié l'année suivante par les mêmes éditions qui avaient accompagné toute sa production tardive[63].

Une postérité vivante

Son héritage se prolonge aujourd'hui dans ce que les historiens de la théologie morale appellent l'« école de Fribourg » : des théologiens comme Michael Sherwin, O.P., et Craig Steven Titus, tous deux formés ou proches de Fribourg, poursuivent et développent sa distinction entre liberté d'indifférence et liberté pour l'excellence, tandis que d'autres, comme John Berkman, ont contribué à faire connaître son œuvre dans le monde anglophone à travers la traduction et l'édition critique de ses textes[64]. Son ouvrage majeur, traduit en anglais dès 1995 sous le titre The Sources of Christian Ethics, continue d'être largement étudié dans les facultés de théologie morale du monde entier — signe que le retour aux sources qu'il appelait de ses vœux a bel et bien eu lieu, et qu'il continue de porter du fruit bien au-delà des frontières de la Suisse romande où il l'a formulé.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Sur le renouveau de la théologie morale catholique au XXᵉ siècle et la tradition des vertus, voir F. Kerr, O.P., Twentieth-Century Catholic Theologians: From Neoscholasticism to Nuptial Mysticism, Oxford, Blackwell, 2007 (panorama d'ensemble : Chenu, Congar, Schillebeeckx, de Lubac, Rahner, Lonergan, Balthasar, Küng, Wojtyla, Ratzinger) ; faute de page exacte vérifiable, aucune formule de cet ouvrage n'est citée entre guillemets dans le présent article. Sur les objections adressées à une éthique centrée sur la vertu (risque de relativisme, moindre rôle accordé aux préceptes et à la loi naturelle) et la réponse de Pinckaers (maintien du rôle positif de la loi et des préceptes à l'intérieur d'une liberté orientée vers le bien), voir The Pinckaers Reader (2005) et l'interview de C. S. Titus précitée.

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  2. Craig S. Titus, « Five Best Books of Servais Pinckaers », fivebooksforcatholics.com (interview publiée le 29 juillet 2024) : interrogé sur le rôle exact de Pinckaers dans la rédaction de la troisième partie du Catéchisme et de l'encyclique Veritatis splendor, Titus — ancien chercheur à Fribourg et vice-directeur des Archives Pinckaers — répond que le travail de rédaction du Catéchisme était centré à l'Albertinum de Fribourg sous la direction du cardinal Schönborn, que Pinckaers a « nourri » (nourished) ce renouveau et qu'il fut « intimement impliqué dans la formation » (intimately involved in shaping) des deux documents, dont les thèmes majeurs figurent dans ses livres bien avant leur publication ; sur Veritatis splendor, il précise qu'« il y a toujours plus de discrétion autour de l'implication d'un théologien dans une encyclique » (there is always more discretion about a theologian's involvement in an encyclical), que Pinckaers l'a soutenue « d'une manière ou d'une autre » (supported it in one way or the other), l'encyclique restant « véritablement le projet propre du pape » (truly the Pope's own project). Pinckaers publiera lui-même, en 1995, Pour une lecture de Veritatis splendor (Paris, Mame, coll. « Cahiers de l'École cathédrale »), commentaire théologique de l'encyclique.

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  3. Craig S. Titus, « Five Best Books of Servais Pinckaers », fivebooksforcatholics.com (consulté le 25 août 2026) : présentation de la carrière de Pinckaers (enseignement à La Sarte 1953-1965, ministère à Liège, chaire de théologie morale fondamentale à Fribourg à partir de 1973/1975), citation du jugement du cardinal Jérôme Hamer le qualifiant de « maître incontesté » en théologie morale, et présentation des cinq œuvres majeures (The Sources of Christian Ethics, The Pinckaers Reader, Morality: The Catholic View, Passions and Virtue, The Pursuit of Happiness) ainsi que de son influence sur l'« école de Fribourg » de théologie morale (Michael Sherwin, John Berkman, Craig Titus). Titus y présente Pinckaers comme « a leading Catholic moral theologian » et son œuvre comme « a forerunner of the virtue revival » puisé aux sources thomistes et dominicaines.

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  4. Article « Servais-Théodore Pinckaers », Wikipédia (version anglaise consultée le 25 août 2026) : chronologie détaillée de la carrière (entrée dans l'ordre en 1945, études à La Sarte 1946-1952, licence sous Jérôme Hamer avec mémoire sur Surnaturel d'Henri de Lubac, ordination le 26 mars 1951, doctorat romain 1952-1954, enseignement à La Sarte 1954-1965, ministère pastoral et priorat à Liège 1965-1972, professeur invité à Fribourg 1972-1973, retour à Liège 1973-1975, chaire de Fribourg 1975-1997, priorats de l'Albertinum, doyenné 1989-1991) ; liste des distinctions (Magister Sacrae Theologiae 1990, doctorat honoris causa du Latran 2000, colloque du 80e anniversaire 2005) ; bibliographie complète des œuvres françaises et anglaises ; mort le 7 avril 2008. L'article chiffre l'œuvre à « 25 books and over 300 articles » (« his 25 books and over 300 articles aim either at academic or popular audiences »).

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  5. Université de Fribourg, Institut d'études dominicaines, page « Biographie » de Servais Pinckaers (unifr.ch/ied/fr/recherche/pinckaers/bio.html) : naissance le 30 octobre 1925 à Liège, enfance à Wonck ; entrée chez les dominicains en 1945 ; études à La Sarte ; doctorat sous Louis-Bertrand Gillon à l'Angelicum en 1954, après avoir suivi les cours de Garrigou-Lagrange, Paul Philippe et Mario Luigi Ciappi ; carrière d'enseignement à La Sarte (1954-1965), ministère pastoral à Liège, chaire de Fribourg à partir de 1975 ; charges de prieur de l'Albertinum et de doyen de la faculté de théologie (1989-1991) ; mort le 7 avril 2008.

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  6. Sur la publication par R. Garrigou-Lagrange de l'article « La nouvelle théologie où va-t-elle ? » (Angelicum, 1946), dirigé notamment contre Surnaturel d'Henri de Lubac paru la même année — voir l'article Réginald Garrigou-Lagrange d'Ignispedia et sa note afférente.

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  7. Université de Fribourg, Chaire de théologie morale fondamentale, notice « Servais Theodore Pinckaers, o.p. » (unifr.ch/tmf/en/chair/predecessors/pinckaers-en.html) : titulaire de la chaire francophone de théologie morale fondamentale de 1975 jusqu'à la fin des années 1990, soit environ vingt-cinq années d'enseignement continu à Fribourg.

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  8. Université de Fribourg, Institut d'études dominicaines, page « Archives Pinckaers » (unifr.ch/ied/fr/recherche/pinckaers/) : présentation de l'orientation doctrinale de Pinckaers, de sa critique des manuels casuistiques du XVIIe siècle jugés trop réducteurs (morale réduite à des obligations légales, enseignement fragmenté en quatre traités isolés, oubli du bonheur, des vertus et de la grâce), et de son projet de retour à saint Thomas d'Aquin comme voie de renouvellement.

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  9. S. Pinckaers, Les Sources de la morale chrétienne : sa méthode, son contenu, son histoire, Fribourg (Suisse) / Paris, Éditions Universitaires de Fribourg / Éditions du Cerf, 1985 (trad. anglaise The Sources of Christian Ethics, trad. Mary Thomas Noble, Washington D.C., Catholic University of America Press, 1995, 3e éd.) : ouvrage organisé en trois parties — la dimension humaine de la morale chrétienne (morale chez saint Paul, saint Matthieu, saint Thomas), l'histoire de la théologie morale (des Pères à l'époque contemporaine, en passant par la Réforme et l'essor du nominalisme), et le rapport entre morale et liberté (dont un chapitre sur les « inclinations »). L'ouvrage développe la distinction entre liberté d'indifférence et liberté pour l'excellence comme clé de lecture de toute l'histoire de la théologie morale.

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  10. Sur la doctrine de Guillaume d'Ockham (v. 1285-1347) telle qu'analysée par Pinckaers dans Les Sources de la morale chrétienne : chez Ockham, la volonté divine est absolument libre et domine la loi morale elle-même ; ce que Dieu veut est nécessairement juste et bon précisément parce qu'il le veut, et de cette volonté procèdent la loi et toute qualification morale — position typique du volontarisme nominaliste du XIVe siècle, à l'origine, selon Pinckaers, de la liberté d'indifférence moderne.

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  11. S. Pinckaers, The Sources of Christian Ethics, Washington D.C., Catholic University of America Press, 3e éd., 1995 : définition de la « liberté pour l'excellence » (freedom for excellence) comme capacité d'accomplir des actes excellents de vertu, en union de la raison et de la volonté, par contraste avec la « liberté d'indifférence » (freedom of indifference), qui réduit la liberté à un pouvoir radical de faire indifféremment le bien ou le mal, indépendamment des inclinations naturelles au bien. Pinckaers y soutient que la liberté pour l'excellence offre un fondement bien meilleur à l'accueil de la révélation et de la grâce.

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  12. S. Pinckaers, Les Sources de la morale chrétienne : sa méthode, son contenu, son histoire, Fribourg (Suisse) / Paris, Éditions Universitaires de Fribourg / Éditions du Cerf, 1985 : analyse de la casuistique nominaliste comme morale d'obéissance, où la liberté doit à chaque instant assumer l'obligation qui lui est imposée — thèse centrale de l'ouvrage, reprise dans plusieurs commentaires universitaires ultérieurs.

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  13. S. Pinckaers, The Pinckaers Reader: Renewing Thomistic Moral Theology, éd. John Berkman et Craig Steven Titus, Washington D.C., Catholic University of America Press, 2005 : anthologie d'articles de Pinckaers publiés entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, réunis et traduits pour le public anglophone, développant notamment la distinction entre liberté d'indifférence et liberté pour l'excellence et son application aux grandes questions de théologie morale contemporaine.

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  14. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prologue de la Prima Secundae (texte latin et traductions multiples, notamment éd. du Cerf, coll. « Bibliothèque des Textes Philosophiques ») : ouverture de la partie morale de la Somme, présentant l'homme comme « image de Dieu » en tant que « principe de ses actes », doué de libre arbitre et maître de ses actions — texte que Pinckaers cite comme clé de voûte méthodologique de sa relecture de la théologie morale thomiste dans Les Sources de la morale chrétienne.

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  15. S. Pinckaers, La Morale catholique, Paris, Éditions du Cerf, coll. « Bref », 1991 : synthèse accessible présentant la morale catholique non comme une liste d'obligations mais comme une loi de liberté enracinée dans l'Évangile, laissant place au désir humain de bonheur — thèse centrale résumant l'ensemble de l'œuvre de l'auteur sur ce point.

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  16. S. Pinckaers, The Pursuit of Happiness — God's Way: Living the Beatitudes, New York, Alba House / New Hope Publications, 1998 (trad. de La Quête du bonheur, Paris, Téqui, 1979) : présentation grand public de la doctrine des Béatitudes comme chemin concret vers le bonheur chrétien authentique, prolongeant pour un lectorat non spécialiste la thèse développée dans Les Sources de la morale chrétienne.

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  17. Sur le proportionnalisme en théologie morale (Josef Fuchs, Richard McCormick, entre autres, à partir des années 1960-1970) : méthode selon laquelle la moralité d'un acte se jugerait à la lumière de la proportion entre ses biens et ses maux prévisibles, niant l'existence d'actes moralement mauvais par leur seul objet, indépendamment des circonstances et de l'intention. C'est cette thèse que Pinckaers combat frontalement dans Ce qu'on ne peut jamais faire (1986).

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  18. S. Pinckaers, Ce qu'on ne peut jamais faire : la question des actes intrinsèquement mauvais, histoire et discussion, Fribourg (Suisse) / Paris, Éditions Universitaires de Fribourg / Éditions du Cerf, 1986 : défense, contre le proportionnalisme, de l'existence d'actes dont la malice morale tient à leur objet même (meurtre direct de l'innocent, adultère, blasphème), indépendamment des circonstances et des conséquences ; travail préparatoire, du point de vue doctrinal, à l'enseignement de Veritatis splendor (1993) sur le même sujet.

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  19. Catéchisme de l'Église catholique, promulgué le 11 octobre 1992 par Jean-Paul II, § 1803 (texte sur vatican.va) : définition de la vertu comme « disposition habituelle et ferme à faire le bien », ouvrant la section consacrée aux vertus humaines et théologales dans la troisième partie du Catéchisme, « La vie dans le Christ ».

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  20. Jean-Paul II, encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, incipit citant Romains 12, 2 (texte intégral sur vatican.va) : exhortation à ne pas se conformer au monde présent mais à se transformer par le renouvellement de l'intelligence, placée en exergue de l'encyclique consacrée aux fondements de la théologie morale.

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  21. S. Pinckaers, Le Renouveau de la morale : études pour une morale fidèle à ses sources et à sa mission présente, préface de Marie-Dominique Chenu, Tournai, Casterman, 1964 : premier ouvrage marquant de Pinckaers, esquissant déjà le programme de retour aux sources bibliques et patristiques de la théologie morale qui structurera toute son œuvre ultérieure.

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  22. S. Pinckaers, La Faim de l'Évangile, Paris, Téqui, 1977 ; La Quête du bonheur, Paris, Téqui, 1979 ; La Prière chrétienne, Fribourg, Éditions Universitaires, 1989 ; Un grand chant d'amour, Paris, Parole et Silence, 1997 : série d'ouvrages de spiritualité et de formation destinés à un public plus large que celui des séminaires et facultés de théologie, prolongeant pour la vie spirituelle concrète les intuitions doctrinales développées dans les grands traités.

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  23. S. Pinckaers, La Vie selon l'Esprit : essai de théologie spirituelle selon saint Paul et saint Thomas d'Aquin, Paris, Éditions Saint-Paul, 1996 : théologie spirituelle mettant en dialogue saint Paul et saint Thomas sur l'action de l'Esprit Saint dans l'âme, prolongement de la doctrine des dons du Saint-Esprit exposée dans Les Sources de la morale chrétienne.

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  24. S. Pinckaers, Plaidoyer pour la vertu, Paris, Parole et Silence, 2007 : dernier grand ouvrage publié du vivant de l'auteur, ayant obtenu une mention spéciale du Grand Prix catholique de littérature en 2007.

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  25. S. Pinckaers, Passions et vertu, Paris, Parole et Silence, 2009 (publication posthume) : dernier manuscrit de l'auteur, achevé peu avant sa mort en 2008, consacré à l'intégration des passions humaines dans la vie chrétienne vertueuse sous la conduite de la raison et de la grâce.

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