Jean-Luc Marion (né en 1946)

Historien de Descartes devenu chef de file mondial de la phénoménologie de la donation, Jean-Luc Marion est l'auteur de Dieu sans l'être (1982) et de la grande trilogie Réduction et donation / Étant donné / De surcroît. Académicien au fauteuil du cardinal Lustiger et lauréat du Prix Ratzinger 2020, il incarne une pensée catholique de tout premier plan international.

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Jean-Luc Marion, né le 3 juillet 1946 à Meudon, est l'un des plus grands philosophes catholiques français vivants, et sans doute le plus influent phénoménologue de sa génération dans le monde entier. Historien de Descartes de formation, il est devenu le chef de file d'une phénoménologie de la donation qui a renouvelé, en France comme dans le monde anglophone, la question de Dieu, de l'amour et du don au sein même de la philosophie contemporaine[1].

Son œuvre se déploie sur trois fronts qui ne cessent de se répondre : l'histoire de la métaphysique cartésienne, dont il a exploré patiemment la théologie sous-jacente ; la théologie philosophique, avec Dieu sans l'être (1982), qui a suscité l'une des controverses catholiques les plus vives de la fin du XXᵉ siècle ; et la phénoménologie proprement dite, avec la grande trilogie Réduction et donation (1989), Étant donné (1997) et De surcroît (2001), qui propose de penser tout phénomène — jusqu'à la Révélation elle-même — comme un pur donné[2].

Élu à l'Académie française le 6 novembre 2008 au fauteuil du cardinal Jean-Marie Lustiger, professeur à la Sorbonne puis titulaire à l'université de Chicago de la chaire longtemps occupée par Paul Ricœur, lauréat en 2020 du Prix Ratzinger, Jean-Luc Marion incarne, comme Rémi Brague ou Étienne Gilson avant lui, la possibilité d'une pensée pleinement catholique reconnue au plus haut niveau de l'Université internationale.

Formation : de la rue d'Ulm à la théologie

Jean-Luc Marion en dix dates : une trajectoire entre philosophie, théologie, Sorbonne, Chicago, Académie française et Prix Ratzinger. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Issu d'une famille franc-comtoise de « catholiques républicains » plutôt tournée vers les sciences et l'ingénierie, Jean-Luc Marion grandit à Meudon, où il suit l'école communale puis le lycée international de Sèvres[3]. Il prépare ensuite les classes préparatoires au lycée Condorcet, « sous la férule de Daniel Gallois et Jean Beaufret » — le traducteur français de Heidegger[4].

La rue d'Ulm, Derrida et Althusser

Entré à l'École normale supérieure en 1967, Marion y suit l'enseignement de Jacques Derrida et de Louis Althusser jusqu'en 1971[5]. C'est une génération normalienne exceptionnelle, marquée par la déconstruction naissante et le marxisme structuraliste — un climat philosophique dont Marion se dégagera pour prendre un chemin très différent, celui d'une phénoménologie ouverte à la théologie. Il obtient une licence de lettres à Paris-Nanterre (1967) puis une licence de philosophie à la Sorbonne (1968), avant d'être reçu à l'agrégation de philosophie en 1971[6].

Résurrection : une formation aussi théologique

Fait moins connu mais décisif : parallèlement à sa formation philosophique, le jeune Marion reçoit une véritable initiation théologique, par Mgr Maxime Charles puis par Louis Bouyer et Jean Daniélou — deux des plus grands théologiens catholiques français du XXᵉ siècle, tous deux proches du renouveau patristique de la revue Communio[7]. De 1967 à 1973, il dirige la revue Résurrection, un engagement qui montre qu'avant même d'être reconnu comme philosophe, Marion se pensait déjà comme un intellectuel catholique à part entière — un trait qui distingue son parcours de celui de bien des phénoménologues purement académiques.

Le doctorat sur Descartes et Ferdinand Alquié

Marion soutient un doctorat de troisième cycle en 1974, puis un doctorat d'État en 1980, intitulé Le fondement du savoir dans la pensée de Descartes, sous la direction de Ferdinand Alquié, le grand spécialiste français de Descartes, puis de Geneviève Rodis-Lewis[8]. Dès 1973, il est le premier secrétaire scientifique du Centre d'études cartésiennes. Cette double formation — cartésienne et théologique — dessine déjà les deux pôles entre lesquels toute son œuvre va se déployer.

Une carrière entre Poitiers, la Sorbonne et Chicago

Poitiers, puis Nanterre (1981-1995)

La Sorbonne, où Jean-Luc Marion occupe de 1995 à 2012 la chaire de métaphysique. Photo Wikimedia Commons, Carcharoth, CC BY-SA 3.0.

Marion commence sa carrière de professeur à l'université de Poitiers en 1981, où il enseigne jusqu'en 1988, avant de rejoindre l'université Paris X-Nanterre de 1988 à 1995[9].

La chaire de métaphysique à Paris-Sorbonne (1995-2012)

En 1995, Marion revient à Paris pour occuper à l'université Paris IV-Sorbonne la chaire de métaphysique, autrefois tenue par Claude Bruaire et par Emmanuel Levinas — une filiation prestigieuse qui dit assez la place que la Sorbonne lui reconnaissait déjà[10]. Il y enseigne jusqu'à son éméritat en 2012, et dirige de novembre 2001 à septembre 2004 l'École doctorale « Concepts et langages ». Il occupe en outre, à partir de décembre 2004, la chaire Étienne Gilson à l'Institut catholique de Paris, puis la chaire de recherche Dominique Dubarle (2011-2016)[11].

Chicago : la chaire de Paul Ricœur

À partir de 1994, Marion enseigne régulièrement à l'University of Chicago, entre le département de philosophie, le Committee on Social Thought et la Divinity School. En 2004, il devient titulaire de la chaire John Nuveen Professor of Philosophy of Religion and Theology, longtemps occupée par Paul Ricœur[12] — une succession que Mgr Claude Dagens soulignera explicitement le jour de sa réception à l'Académie française : « à Chicago, vous prenez la suite de Paul Ricœur »[13]. Il tient ensuite la chaire Andrew Thomas and Grace McNichols Greeley, succédant à David Tracy, jusqu'à sa retraite en 2022[14].

Les Gifford Lectures de Glasgow (2014)

Consécration internationale majeure : en 2014, Marion est invité à donner les prestigieuses Gifford Lectures à l'université de Glasgow, sous le titre « Givenness and Revelation »[15]. Ces conférences, fondées en 1888 pour promouvoir l'étude de la théologie naturelle au plus haut niveau académique, ont notamment accueilli William James, Étienne Gilson ou Alvin Plantinga : y être invité place Marion dans la lignée des plus grands penseurs de la religion du monde anglophone. Le texte en est publié sous forme de livre, Givenness and Revelation, chez Oxford University Press en 2016[16]. En décembre 2023, il revient à Glasgow pour un événement commun avec le philosophe Kevin Hart, listé par l'université comme « Jean-Luc Marion and Kevin Hart »[17].

Marion reçoit par ailleurs de nombreux doctorats honoris causa : Utrecht (2006), université nationale de San Martín à Buenos Aires (2009), Haverford College (2010), université Péter Pázmány de Budapest (2011), Glasgow, Iași, Bucarest et La Sapienza de Rome (2013), Australian Catholic University de Melbourne (2015)[18].

L'historien de Descartes : ontologie grise, théologie blanche

Descartes relu par Marion : quatre livres pour montrer que la modernité cartésienne reste traversée par la question de Dieu. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant d'être un phénoménologue, Marion est d'abord un historien de la philosophie au sens le plus exigeant — comme le sera plus tard Rémi Brague. Sa thèse d'État ouvre un cycle de recherches cartésiennes qui s'étend sur plus de quarante ans et qui a profondément renouvelé la lecture française de Descartes.

Sur l'ontologie grise de Descartes (1975)

Dans Sur l'ontologie grise de Descartes (Vrin, 1975), Marion propose une lecture aristotélicienne des Regulae ad directionem ingenii, les premières règles méthodologiques de Descartes : il y montre qu'une ontologie implicite, encore mal dégagée, sous-tend le projet cartésien de la méthode dès ses premiers écrits[19].

Sur la théologie blanche de Descartes (1981) : la création des vérités éternelles

Sur la théologie blanche de Descartes (PUF, « Épiméthée », 1981) reste peut-être son livre cartésien le plus discuté : Marion y étudie la doctrine cartésienne, jugée scandaleuse par beaucoup de contemporains de Descartes, de la création des vérités éternelles — l'idée que même les vérités mathématiques et logiques dépendent d'un décret libre de la volonté divine. Marion montre que ce rejet délibéré de l'analogie de tradition suarézienne tient, selon Descartes, à ce que cette analogie impliquait l'univocité — au profit d'une conception de la toute-puissance divine plus radicale[20].

Le prisme métaphysique et les Questions cartésiennes

Sur le prisme métaphysique de Descartes (PUF, 1986) prolonge l'enquête en interrogeant la structure onto-théo-logique de la métaphysique cartésienne — reprenant, appliquée à Descartes, la grille heideggerienne que Marion mettra bientôt en œuvre pour toute la métaphysique occidentale dans Dieu sans l'être[21]. Suivent Questions cartésiennes I. Méthode et métaphysique (PUF, 1991) et Questions cartésiennes II. Sur l'ego et sur Dieu (PUF, 1996), traduites respectivement sous les titres Cartesian Questions (University of Chicago Press, 1999) et On the Ego and on God (Fordham University Press, 2007)[22].

Ce long compagnonnage avec Descartes n'est jamais un exercice purement académique chez Marion : il y apprend, contre la légende d'un Descartes tout entier rationaliste et sécularisé, combien la théologie irrigue en profondeur jusqu'à la métaphysique la plus moderne — une leçon qu'il retournera bientôt contre la métaphysique elle-même.

Dieu sans l'être (1982) : penser Dieu sans le concept d'être

L'idole et l'icône : le concept peut arrêter le regard, tandis que l'icône l'ouvre vers l'invisible qui se donne. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

En 1982, Marion publie chez Fayard, dans la collection Communio, l'ouvrage qui va faire de lui l'un des théologiens philosophes les plus discutés de sa génération : Dieu sans l'être[23]. Le livre lui vaut, la même année, le prix Henri Desmarest de l'Académie française ; il sera réédité aux PUF « Quadrige » en 1991, puis en édition revue et augmentée en 2002 et 2014, et traduit en anglais dès 1991 sous le titre God Without Being: Hors-Texte, par Thomas A. Carlson[24].

La critique heideggerienne de l'onto-théologie

Le point de départ de Marion est une reprise du diagnostic de Heidegger sur l'onto-théologie : la métaphysique occidentale, depuis Aristote, aurait constamment pensé Dieu à l'intérieur du concept d'être — comme la cause première ou la causa sui de l'étant. Or un Dieu ainsi enfermé dans l'être, soutient Marion, n'est déjà plus le Dieu vivant de la Révélation biblique, mais une idole conceptuelle — le « dieu des philosophes » que Pascal distinguait du « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ».

L'idole et l'icône

La distinction centrale du livre, déjà esquissée dans L'idole et la distance (1977), est celle de l'idole et de l'icône. L'idole est le point où le regard humain, cherchant le divin, s'arrête et se fige : elle ne renvoie finalement que la mesure de la visée de l'adorateur — un concept de Dieu façonné à la taille de l'intelligence humaine, fût-elle métaphysique. L'icône, à l'inverse, ne capte pas le regard pour l'y enfermer : elle le renvoie vers un invisible qui, en retour, envisage celui qui regarde. Penser Dieu « sans l'être », pour Marion, ce n'est donc pas nier que Dieu soit, mais refuser de faire de l'être le nom premier et la mesure conceptuelle sous laquelle Dieu doive nécessairement se donner à penser.

Une controverse thomiste : Nicolas, Verneaux, Balthasar

Le livre suscite d'importantes réserves dans le monde thomiste. Le dominicain J.-H. Nicolas publie dès octobre 1983, dans la Revue thomiste, une critique intitulée « La suprême logique de l'amour et la théologie »[25]. Plus frontalement encore, Roger Verneaux consacre en 1986 un ouvrage entier à la critique du livre, Étude critique du livre Dieu sans l'être (Téqui), lui reprochant de substituer le Bien ou l'Amour à l'être comme nom propre de Dieu, ce qui viderait selon lui la théologie thomiste de son intelligibilité métaphysique et fragiliserait la doctrine catholique classique de Dieu comme Ipsum Esse Subsistens[26]. Hans Urs von Balthasar lui-même engage la discussion dans sa Theologik II (1985), et Jean-Yves Lacoste interviendra sur le même terrain dans son étude « Penser Dieu en l'aimant »[27].

La réponse de Marion : libérer Dieu de la métaphysique

Marion répond à ces critiques, notamment dans la préface qu'il ajoute à l'édition américaine, en distinguant soigneusement l'ens commune de la métaphysique moderne — celui que Hegel et Nietzsche ont fini par effondrer — de l'esse divinum proprement thomiste. Sa thèse, plus fine que ce que ses détracteurs lui prêtent parfois, est que saint Thomas d'Aquin lui-même avait déjà, en un sens, « libéré Dieu de la métaphysique » en faisant de l'Ipsum Esse un nom qui excède toute catégorie créée — un point qu'il développera ensuite dans un essai spécifique sur Thomas d'Aquin, ajouté comme chapitre 8 à l'édition américaine augmentée de 2012[28]. Le débat, loin d'être clos, reste l'un des plus féconds de la théologie philosophique catholique contemporaine : il oblige à préciser en quel sens on peut dire que « Dieu est » sans réduire ce Dieu vivant à la mesure d'un concept philosophique.

La phénoménologie de la donation : la grande trilogie

La trilogie de la donation : Réduction et donation, Étant donné et De surcroît déplacent la phénoménologie vers le donné. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le grand œuvre proprement philosophique de Marion est une trilogie phénoménologique qui prolonge et radicalise Husserl et Heidegger : Réduction et donation (1989), Étant donné (1997) et De surcroît (2001)[29]. Ensemble, ces trois livres proposent de repenser toute la phénoménologie à partir d'un principe unique : tout phénomène véritable est d'abord un donné.

Réduction et donation (1989) : la troisième réduction

Dans Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie (PUF, 1989, 312 p.), Marion retrace le passage de la réduction husserlienne (qui ramène le phénomène à la conscience) à la réduction heideggerienne (qui le ramène à l'être), pour proposer une troisième réduction, plus radicale encore, qui ramène tout phénomène non à la conscience ni à l'être, mais à la pure donation[30].

Étant donné (1997) : « autant de réduction, autant de donation »

Étant donné : essai d'une phénoménologie de la donation (PUF, 1997, 452 p.) développe systématiquement cette intuition. Marion y reprend et durcit une formule husserlienne classique — « toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance »[31] — pour en tirer le principe programmatique de toute son œuvre phénoménologique : plus la réduction est radicale, plus la donation se déploie[32].

Marion y introduit aussi la notion de l'adonné (l'adonné) : le sujet phénoménologique n'est plus, comme chez Husserl ou Kant, un sujet transcendantal constituant qui va au-devant du phénomène, mais un récepteur qui se reçoit lui-même de ce qui lui est donné — un renversement complet de la priorité classique du sujet sur l'objet.

De surcroît (2001) : les phénomènes saturés

Le phénomène saturé : événement, idole, chair, visage et Révélation donnent plus que le concept ne peut contenir. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

De surcroît : études sur les phénomènes saturés (PUF, 2001), traduit en anglais sous le titre In Excess par Robyn Horner et Vincent Berraud (Fordham University Press), pousse l'analyse vers ses cas-limites : les phénomènes saturés, ces phénomènes où l'intuition donatrice excède toute intention et toute capacité de constitution du sujet — l'événement historique, l'idole picturale, la chair charnelle, le visage d'autrui[33]. Marion va jusqu'à proposer que la Révélation chrétienne constitue le phénomène saturé par excellence, celui où le Christ se manifeste simultanément selon plusieurs de ces registres à la fois — un « phénomène de phénomène » qui excède toute catégorie phénoménologique ordinaire.

Le débat Janicaud : le « tournant théologique » de la phénoménologie française

La radicalité de cette entreprise ne va pas sans réaction. En 1991, le philosophe Dominique Janicaud publie un pamphlet retentissant, Le tournant théologique de la phénoménologie française (Éditions de l'Éclat), accusant Marion — aux côtés de Levinas, Michel Henry et Jean-Louis Chrétien — d'avoir subrepticement transformé la phénoménologie, discipline censée décrire rigoureusement ce qui apparaît, en une théologie déguisée, incapable de justifier phénoménologiquement sa fameuse « troisième réduction »[34]. Marion répond directement dans l'essai « The Saturated Phenomenon », traduit et publié avec la critique de Janicaud dans Phenomenology and the Theological Turn: The French Debate (Fordham University Press)[35]. Sa réponse est celle-ci : loin d'importer un contenu théologique en fraude, la phénoménologie de la donation se contente de décrire des phénomènes — l'amour, l'événement, le visage — que la phénoménologie classique, prisonnière d'un cadre trop étroit hérité de la science galiléenne, était structurellement incapable d'accueillir. La théologie n'est pas le point de départ caché de sa méthode ; elle en est, tout au plus, l'un des lieux d'application possibles, une fois la méthode elle-même validée sur des phénomènes non religieux.

Le débat avec Derrida sur le don (Villanova, 1997)

Trois débats autour de Marion : la controverse thomiste, l'objection de Janicaud et le débat avec Derrida indiquent les trois fronts critiques de son œuvre. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Un autre grand débat oppose Marion à son ancien maître de l'ENS, Jacques Derrida, lors d'un colloque tenu à l'université de Villanova en 1997, modéré par Richard Kearney et publié dans God, the Gift, and Postmodernism (Indiana University Press, 1999)[36]. Derrida soutient qu'un don véritablement gratuit est structurellement impossible : dès qu'un don est reconnu comme tel par le donateur, le donataire ou un tiers, il entre dans une économie d'échange et de reconnaissance qui l'annule comme pur don. Marion répond que cette impossibilité ne vaut que si l'on maintient le don dans le triangle donateur/don/donataire ; en le soumettant à la réduction phénoménologique, on peut au contraire faire apparaître le don comme donation pure, indépendamment de toute économie de retour — un geste qui, précisément, permet ensuite de penser la grâce divine comme don sans contrepartie.

Théologie mystique : Augustin, Denys, l'amour

Le Pseudo-Denys est l'une des sources décisives de la théologie négative méditée par Marion. Manuscrit Vatican, De coelesti hierarchia, Vat. lat. 171, fol. 1r ; image Wikimedia Commons, domaine public.

Au-delà de la phénoménologie technique, Marion a consacré plusieurs livres à la grande tradition mystique et spirituelle chrétienne, dans laquelle il puise autant qu'il l'éclaire par sa méthode phénoménologique.

L'idole et la distance (1977) : Denys l'Aréopagite et la théologie négative

Son tout premier grand livre, L'idole et la distance : cinq études (Grasset, 1977, 330 p.), couronné en 1977 par le prix Charles Lambert de l'Académie des sciences morales et politiques et traduit en anglais sous le titre The Idol and Distance (Fordham University Press, 2001), pose déjà la distinction idole/icône et consacre une étude entière à Denys l'Aréopagite et à la théologie négative[37]. Contre l'idée que la théologie apophatique — celle qui ne parle de Dieu qu'en niant tout ce qu'on peut en dire — serait un simple scepticisme religieux, Marion y montre qu'elle est au contraire l'expression la plus rigoureuse d'un amour qui sait que son objet le dépasse infiniment. Ce dialogue de Marion avec la théologie négative, notamment face aux relectures derridiennes de Denys, se poursuivra jusque dans ses derniers travaux[38].

Au lieu de soi (2008) : la lecture phénoménologique des Confessions

Au lieu de soi : l'approche de saint Augustin (PUF, 2008, 241 p.) applique la méthode phénoménologique de la donation à la lecture des Confessions de saint Augustin[39]. La thèse de Marion est saisissante : Augustin, dans les Confessions, ne « parle pas de » Dieu comme un objet de discours théorique — il « parle à » Dieu, dans une adresse continue qui décentre le sujet de sa propre maîtrise. Le « lieu de soi » du titre désigne précisément ce paradoxe : l'homme ne trouve sa véritable place qu'en se recevant d'un Autre qui le précède et l'excède, exactement comme l'adonné phénoménologique se reçoit du donné.

Le phénomène érotique (2003) : la réduction érotique

La philosophie de l'amour : chez Marion, la question « suis-je aimé ? » engage l'identité plus profondément que la seule certitude de soi. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le phénomène érotique : six méditations (Grasset, 2003, 345 p.) applique enfin la phénoménologie de la donation au terrain le plus concret : l'amour humain[40]. Contre la priorité métaphysique traditionnelle de l'être sur l'amour — la question « est-ce que j'existe ? » posée avant la question « suis-je aimé ? » —, Marion propose une réduction érotique qui inverse cet ordre : l'homme ne se sait véritablement lui-même, dans son ipséité la plus intime, que dans la certitude d'être aimé, non dans la certitude cartésienne du cogito. Autrement dit — et c'est la synthèse largement reprise à propos de l'ouvrage — : aimer engage l'identité de l'amant, son ipséité, jusque dans ce qu'il a de plus intime[41].

Le livre s'inscrit ainsi dans la lignée d'une théologie de l'amour typiquement catholique : ce n'est pas la certitude de son propre être qui fonde l'homme, c'est la certitude d'être aimé par plus grand que soi — une intuition qui rejoint, par un tout autre chemin, celle de Dietrich von Hildebrand sur la primauté de la réponse à la valeur et de l'amour.

Un académicien au fauteuil de Jean-Marie Lustiger

L'élection du 6 novembre 2008

L'Institut de France, siège de l'Académie française, où Jean-Luc Marion est reçu sous la Coupole le 21 janvier 2010. Photo Wikimedia Commons, Nitot, CC BY-SA 3.0.

Le 6 novembre 2008, Jean-Luc Marion est élu à l'Académie française, au 4ᵉ fauteuil, celui laissé vacant par la mort du cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris de 1981 à 2005[42]. Il est élu dès le premier tour[43].

La réception du 21 janvier 2010 par Mgr Claude Dagens

Marion est reçu sous la Coupole le 21 janvier 2010, par Mgr Claude Dagens, académicien et évêque d'Angoulême[44]. Dans sa réponse, Mgr Dagens salue à la fois le philosophe et l'homme de famille, rappelant sa succession de Paul Ricœur à Chicago :

« À Chicago, vous prenez la suite de Paul Ricœur. [...] Corinne, votre épouse... » — Mgr Claude Dagens, réponse au discours de réception de Jean-Luc Marion, Académie française, 21 janvier 2010[45]

Marion est marié depuis 1970 à Corinne Nicolas, professeure de lettres modernes, et père de deux fils, Denys et Grégoire[46]. Discours et réponse sont publiés ensemble aux éditions Grasset la même année[47].

Le tableau ci-dessous récapitule les principales distinctions reçues par Jean-Luc Marion.

AnnéeDistinctionInstance
1977Prix Charles Lambert (L'idole et la distance)Académie des sciences morales et politiques
1982Prix Henri Desmarest (Dieu sans l'être)Académie française
1992Grand Prix de philosophie, pour l'ensemble de l'œuvreAcadémie française
2008Prix Karl JaspersUniversité de Heidelberg
2008Élection au 4ᵉ fauteuilAcadémie française
2009Membre associéAccademia dei Lincei (Rome)
2014Grand Prix de la Humboldt StiftungFondation Alexander von Humboldt (Cologne)
2018Prix Prince PierreFondation Prince Pierre (Monaco)
2020Prix de théologieFondation vaticane Joseph Ratzinger–Benoît XVI

Un intellectuel catholique engagé

Membre du Conseil pontifical de la Culture

La place Saint-Pierre au Vatican : le Prix Ratzinger 2020 de Jean-Luc Marion est remis lors d'une cérémonie reportée au 13 novembre 2021. Photo Wikimedia Commons, Diliff / David Iliff, CC BY-SA 3.0.

De 2011 à 2019, Marion siège comme membre du Conseil pontifical de la Culture[48], contribuant directement, au niveau de l'Église universelle, à la réflexion sur le dialogue entre foi chrétienne et culture contemporaine — un engagement qui prolonge, sur le terrain institutionnel, ce que sa philosophie fait sur le terrain conceptuel.

Le Prix Ratzinger 2020

En 2020, Jean-Luc Marion reçoit le Prix Ratzinger, souvent surnommé le « Nobel de théologie », partagé avec la théologienne australienne Tracey Rowland ; en raison de la pandémie de Covid-19, la cérémonie ne se tient que le 13 novembre 2021, au Vatican, présidée par le pape François[49]. C'est la seconde fois qu'un académicien français proche de cette mouvance intellectuelle reçoit ce prix, après Rémi Brague en 2012 — signe d'une continuité entre les deux grandes figures du catholicisme philosophique français contemporain.

Une vie de famille discrète

Marié depuis 1970 à Corinne Nicolas, père de deux fils et grand-père de quatre petits-enfants, Marion a toujours tenu sa vie personnelle à l'écart des projecteurs, préférant laisser parler l'œuvre plutôt que la biographie — une discrétion qui tranche avec l'ampleur de sa reconnaissance publique. Il publie néanmoins en 2021 un livre d'entretiens, À vrai dire : une conversation (Cerf, 2021), qui revient sur l'ensemble de son parcours[50].

Réception, disciples et postérité

Emmanuel Falque et la génération suivante

Filiations et réception : Marion reçoit Husserl, Heidegger, Levinas et Derrida, puis nourrit une réception française et anglophone importante. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Marion a formé des disciples qui prolongent aujourd'hui son travail. Emmanuel Falque, dont il a dirigé la thèse de doctorat[51], pousse plus loin encore le « tournant théologique » de la phénoménologie française, notamment dans Passer le Rubicon (2013), en assumant plus frontalement le dialogue entre philosophie et théologie que ne le fait Marion lui-même, toujours soucieux de préserver la rigueur strictement phénoménologique de sa méthode.

La réception anglophone

L'œuvre de Marion a connu une réception particulièrement vive dans le monde anglophone, portée notamment par Thomas A. Carlson, traducteur de God Without Being (1991), de Reduction and Givenness (1998) et de The Idol and Distance (2001), et par Robyn Horner, autrice de la première grande étude critique en anglais, Rethinking God as Gift: Marion, Derrida, and the Limits of Phenomenology (Fordham University Press), puis de Jean-Luc Marion: A Theo-logical Introduction (Ashgate, 2005)[52]. Le poète et philosophe australien Kevin Hart, avec qui Marion a participé à un événement commun à Glasgow en décembre 2023[53], a également largement contribué à faire connaître son œuvre dans le monde universitaire anglo-saxon.

Une pensée toujours en débat

Ni la controverse thomiste sur Dieu sans l'être, ni la critique de Janicaud sur le « tournant théologique », ni le débat avec Derrida sur le don n'ont jamais reçu de clôture définitive — et c'est heureux : ces discussions sont le signe même de la fécondité d'une œuvre qui touche aux questions les plus radicales de la philosophie et de la théologie catholique. Pour le lecteur croyant, Marion offre un modèle rare : celui d'un philosophe qui n'a jamais dissimulé sa foi, qui l'a au contraire mise au travail au cœur même de sa méthode phénoménologique la plus exigeante, sans jamais relâcher la rigueur que l'Université laïque la plus sourcilleuse pouvait lui demander.

Pour aller plus loin

Œuvres de Jean-Luc Marion (sélection)

  • L'idole et la distance : cinq études, Grasset, 1977.
  • Sur l'ontologie grise de Descartes, Vrin, 1975.
  • Sur la théologie blanche de Descartes, PUF, 1981 (2ᵉ éd. 2009).
  • Dieu sans l'être, Fayard, coll. « Communio », 1982 (rééd. PUF « Quadrige », 1991, 2002, 2014).
  • Sur le prisme métaphysique de Descartes, PUF, 1986.
  • Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie, PUF, 1989.
  • Questions cartésiennes I. Méthode et métaphysique, PUF, 1991.
  • Questions cartésiennes II. Sur l'ego et sur Dieu, PUF, 1996.
  • Étant donné : essai d'une phénoménologie de la donation, PUF, 1997.
  • De surcroît : études sur les phénomènes saturés, PUF, 2001.
  • Le phénomène érotique : six méditations, Grasset, 2003.
  • Au lieu de soi : l'approche de saint Augustin, PUF, 2008.
  • Givenness and Revelation (Gifford Lectures 2014), Oxford University Press, 2016.
  • À vrai dire : une conversation, Cerf, 2021.

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Notes et références

  1. Académie française, notice biographique de Jean-Luc Marion, en ligne : https://www.academie-francaise.fr/les-immortels/jean-luc-marion. Biographie officielle : naissance à Meudon le 3 juillet 1946, scolarité au lycée Condorcet, ENS (1967-1971, élève de Jacques Derrida et Louis Althusser), agrégation de philosophie (1971), doctorats (1974 et 1980), carrière à Poitiers (1981-1988), Nanterre (1988-1995), Paris IV-Sorbonne (1995-2012, chaire de métaphysique de Bruaire et Levinas), Institut catholique de Paris (chaire Étienne Gilson dès 2004), université de Chicago (depuis 1994, chaire John Nuveen dès 2004, succédant à Paul Ricœur), doctorats honoris causa (Utrecht 2006, Buenos Aires 2009, Haverford 2010, Budapest 2011, Glasgow/Iași/Bucarest/Rome 2013, Melbourne 2015).

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  2. Encyclopædia Universalis, notice « Jean-Luc Marion », en ligne : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-luc-marion/. Présente Marion comme historien de Descartes devenu chef de file d'une phénoménologie de la donation renouvelant la question de Dieu en philosophie contemporaine.

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  3. Le Monde, « Jean-Luc Marion, penseur de fond », 21 janvier 2010, en ligne : https://www.lemonde.fr/livres/article/2010/01/21/jean-luc-marion-penseur-de-fond_1294890_3260.html. Sur les origines familiales franc-comtoises « catholiques républicaines » de Jean-Luc Marion. Les prénoms des parents ne figurent pas dans les éléments vérifiables de cet article : ils ont été retirés du texte.

    3
  4. Système universitaire de documentation (SUDOC), notice de thèse, en ligne : https://www.sudoc.fr/006611222. Doctorat d'État de Jean-Luc Marion, Le fondement du savoir dans la pensée de Descartes, soutenu en 1980.

    8
  5. Mgr Claude Dagens, « Réponse au discours de réception de M. Jean-Luc Marion », Académie française, 21 janvier 2010, en ligne : https://www.academie-francaise.fr/reponse-au-discours-de-reception-de-m-jean-luc-marion. Cite la succession de Paul Ricœur à Chicago (« à Chicago, vous prenez la suite de Paul Ricœur ») et l'épouse de Marion, Corinne.

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  6. University of Chicago News, « Pope Francis honors Prof. Jean-Luc Marion with top theology prize », en ligne : https://news.uchicago.edu/story/pope-francis-honors-prof-jean-luc-marion-top-theology-prize. Confirme la carrière de Marion à l'université de Chicago jusqu'à sa retraite en 2022 et le contexte du Prix Ratzinger 2020.

    14
  7. University of Glasgow, Gifford Lectures — Jean-Luc Marion, en ligne : https://www.gla.ac.uk/events/lectures/gifford/recentlectures/jean-lucmarion/. Gifford Lectures 2014, sous le titre « Givenness and Revelation ».

    15
  8. Jean-Luc Marion, Givenness and Revelation, Oxford, Oxford University Press, 2016 : version publiée des Gifford Lectures données à Glasgow en 2014.

    16
  9. University of Glasgow, Gifford Lectures — « Recent lectures and events », en ligne : https://www.gla.ac.uk/events/lectures/gifford/recentlectures/. La page liste « Jean-Luc Marion (May 2014) » puis « Jean-Luc Marion and Kevin Hart (December 2023) » : l'événement 2023 est un événement commun, non une seconde série de conférences de Marion seul.

    17 53
  10. Jean-Luc Marion, Sur l'ontologie grise de Descartes. Science cartésienne et savoir aristotélicien dans les Regulae, Paris, Vrin, 1975 : lecture aristotélicienne des Regulae ad directionem ingenii, montrant qu'une ontologie implicite sous-tend le projet méthodologique cartésien.

    19
  11. Jean-Luc Marion, Sur la théologie blanche de Descartes, Paris, PUF, coll. « Épiméthée », 1981 (2ᵉ éd. revue et augmentée, 2009) : étude de la doctrine cartésienne de la création des vérités éternelles, et du refus cartésien de l'analogie suarézienne. Thèse discutée notamment dans la recension d'actu-philosophia.com : https://www.actu-philosophia.com/jean-luc-marion-sur-la-theologie-blanche-de/. Faute de page exacte vérifiée sur l'édition PUF, la thèse est rendue ici en paraphrase, présentée comme telle.

    20
  12. Jean-Luc Marion, Sur le prisme métaphysique de Descartes. Constitution et limites de l'onto-théo-logie dans la pensée cartésienne, Paris, PUF, 1986 : application à Descartes de la grille heideggerienne de l'onto-théologie, préparant la démarche de Dieu sans l'être.

    21
  13. Jean-Luc Marion, Questions cartésiennes I. Méthode et métaphysique, Paris, PUF, 1991 (trad. angl. Cartesian Questions, University of Chicago Press, 1999) ; Questions cartésiennes II. Sur l'ego et sur Dieu, Paris, PUF, 1996 (trad. angl. On the Ego and on God, trad. Christina M. Gschwandtner, Fordham University Press, 2007).

    22
  14. Bibliographie officielle de Jean-Luc Marion, en ligne : https://paysgermaniques.fr/wp-content/uploads/2024/02/Bibliographie-Jean-Luc-Marion.pdf. Détail éditorial de Dieu sans l'être (Fayard, 1982, prix Henri Desmarest la même année ; rééd. PUF « Quadrige » 1991, 2002, 2014) ; mention du Conseil pontifical de la Culture (2011-2019) et de À vrai dire : une conversation (Cerf, 2021).

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  15. Jean-Luc Marion, God Without Being: Hors-Texte, trad. Thomas A. Carlson, Chicago, University of Chicago Press, 1991 ; 2ᵉ éd. augmentée 2012, avec nouvelle préface répondant aux critiques et un essai de 2003 sur saint Thomas d'Aquin ajouté en chapitre 8 : https://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/G/bo13358862.html.

    24 28
  16. J.-H. Nicolas, o.p., « La suprême logique de l'amour et la théologie », Revue thomiste, octobre 1983 : première grande critique thomiste de Dieu sans l'être, reprochant à Marion sa lecture de la relation entre être et amour en Dieu.

    25
  17. Roger Verneaux, Étude critique du livre Dieu sans l'être, Paris, Téqui, 1986 : critique soutenant que Marion, en substituant le Bien ou l'Amour à l'être comme nom propre de Dieu, fragilise l'intelligibilité métaphysique de la théologie catholique classique de Dieu comme Ipsum Esse Subsistens.

    26
  18. Hans Urs von Balthasar, Theologik II, Einsiedeln, Johannes Verlag, 1985 ; Jean-Yves Lacoste, « Penser Dieu en l'aimant » — discussions théologiques du propos de Dieu sans l'être, mentionnées dans la bibliographie critique officielle de Jean-Luc Marion (paysgermaniques.fr, cf. note précédente).

    27
  19. Jean-Luc Marion, Réduction et donation. Recherches sur Husserl, Heidegger et la phénoménologie, Paris, PUF, 1989, 312 p. ; Étant donné : essai d'une phénoménologie de la donation, Paris, PUF, 1997, 452 p. ; De surcroît : études sur les phénomènes saturés, Paris, PUF, 2001 (trad. angl. In Excess, trad. Robyn Horner et Vincent Berraud, Fordham University Press).

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  20. Recension académique de Étant donné sur Persée, citant la formule husserlienne centrale : « toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance », reprise par Marion comme fondement de sa phénoménologie de la donation.

    31
  21. Principe programmatique de la phénoménologie marionienne de la donation, énoncé dans Réduction et donation (1989) et repris dans Étant donné (1997) puis dans Reprise du donné (2016) ; largement documenté dans la littérature académique sur Marion, notamment sur OpenEdition : https://books.openedition.org/pucl/2706. Faute de tome et de page exacts vérifiés sur l'édition PUF, le principe est rendu ici en paraphrase, présentée comme telle.

    32
  22. Jean-Luc Marion, De surcroît : études sur les phénomènes saturés, Paris, PUF, 2001 : théorie des phénomènes saturés (événement, idole, chair, visage) et de la Révélation comme phénomène saturé de saturation, où le Christ se manifeste selon plusieurs registres phénoménologiques à la fois.

    33
  23. Dominique Janicaud, Le tournant théologique de la phénoménologie française, Combas, Éditions de l'Éclat, 1991 ; prolongé dans La phénoménologie éclatée, 1998 : critique accusant Marion, Levinas, Michel Henry et Jean-Louis Chrétien d'avoir importé un contenu théologique non justifié phénoménologiquement dans la méthode husserlienne, en particulier via la « troisième réduction » de Marion.

    34
  24. Dominique Janicaud et al., Phenomenology and the Theological Turn: The French Debate, New York, Fordham University Press, 2000 : traduction anglaise du débat, incluant la réponse de Jean-Luc Marion, « The Saturated Phenomenon », pp. 176-216 : https://www.fordhampress.com/phenomenology-and-the-theological-turn-pb.html.

    35
  25. John D. Caputo et Michael J. Scanlon (dir.), God, the Gift, and Postmodernism, Bloomington, Indiana University Press, 1999 : actes du colloque « Religion and Postmodernism » (Villanova University, 1997), incluant le débat entre Jean-Luc Marion et Jacques Derrida sur la possibilité phénoménologique du don, modéré par Richard Kearney. https://iupress.org/9780253213280/.

    36
  26. Jean-Luc Marion, L'idole et la distance : cinq études, Paris, Grasset, 1977, 330 p. (prix Charles Lambert de l'Académie des sciences morales et politiques, 1977 ; trad. angl. The Idol and Distance, Fordham University Press, 2001) : première formulation de la distinction idole/icône et étude consacrée à la théologie négative de Denys l'Aréopagite.

    37
  27. « Beyond the Apophatic Circle », Heythrop Journal, 2023 : article documentant le débat prolongé entre Jean-Luc Marion et Jacques Derrida sur le statut de la théologie négative de Denys l'Aréopagite.

    38
  28. Jean-Luc Marion, Au lieu de soi : l'approche de saint Augustin, Paris, PUF, 2008, 241 p. : lecture phénoménologique des Confessions de saint Augustin, thèse selon laquelle Augustin ne « parle pas de » Dieu mais « parle à » Dieu, décentrant le sujet de sa propre maîtrise ; cf. les thèses universitaires consacrées à la phénoménologie marionienne de la donation, notamment https://www.theses.fr/2015CAEN1017 et https://www.theses.fr/2018SORUL083.

    39
  29. Jean-Luc Marion, Le phénomène érotique : six méditations, Paris, Grasset, 2003, 345 p. : théorie de la « réduction érotique », inversant la priorité métaphysique classique de l'être sur l'amour.

    40
  30. Synthèse de la thèse du Phénomène érotique de Jean-Luc Marion, cf. jeanzin.fr/ecorevo/psy/marion.htm. La formule parfois citée entre guillemets à propos de l'ouvrage n'a pas été retrouvée dans l'édition Grasset (2003) : elle est rendue ici en paraphrase, présentée comme telle.

    41
  31. Académie française, « Élection de M. Jean-Luc Marion (F4) », en ligne : https://www.academie-francaise.fr/actualites/election-de-m-jean-luc-marion-f4. Élection le 6 novembre 2008 au 4ᵉ fauteuil (celui du cardinal Jean-Marie Lustiger), dès le premier tour. Le détail du scrutin (décompte des voix par candidat) ne figure pas sur cette page et n'a pas été retrouvé dans un procès-verbal : il a été retiré du texte.

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  32. Wikipédia (français), « Jean-Luc Marion », en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Luc_Marion. Mariage avec Corinne Nicolas (1970), deux fils (Denys, Grégoire), quatre petits-enfants.

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  33. Jean-Luc Marion et Claude Dagens, Discours de réception de Jean-Luc Marion à l'Académie française et réponse de Mgr Claude Dagens, Paris, Grasset, 2010.

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  34. Fondazione Vaticana Joseph Ratzinger–Benedetto XVI, page du Prix Ratzinger, en ligne : https://www.fondazioneratzinger.va/content/fondazioneratzinger/en/premio.html. Prix Ratzinger 2020 attribué à Jean-Luc Marion et à Tracey Rowland ; cérémonie du 13 novembre 2021 au Vatican, présidée par le pape François, en raison du report lié à la pandémie de Covid-19.

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  35. Wikipédia (français), « Emmanuel Falque », en ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Falque. Confirme Jean-Luc Marion comme directeur de la thèse de doctorat d'Emmanuel Falque.

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  36. Robyn Horner, Rethinking God as Gift: Marion, Derrida, and the Limits of Phenomenology, New York, Fordham University Press, 2001, et Jean-Luc Marion: A Theo-logical Introduction, Aldershot, Ashgate, 2005 ; Thomas A. Carlson, traducteur de God Without Being (1991), Reduction and Givenness (Northwestern University Press, 1998) et The Idol and Distance (Fordham University Press, 2001), également auteur de Indiscretion: Finitude and the Naming of God, University of Chicago Press, 1999.

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