Madeleine Aumont (1924-2016)

Couturière normande, mère de cinq enfants, voyante présumée de Dozulé entre 1972 et 1982. Femme pieuse et retirée, soumise par écrit au jugement de l'Église. Le phénomène qui lui est attribué a été déclaré définitivement non surnaturel par décret diocésain du 5 décembre 2025.

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Madeleine Aumont (Putot-en-Auge, 27 octobre 1924 — Lisieux, 27 janvier 2016) est une couturière normande, mère de cinq enfants, à qui ont été attribuées entre 1972 et 1982 une série d'environ cinquante phénomènes spirituels — décrits comme des apparitions de Jésus-Christ et de l'archange saint Michel — rapportés principalement sur la « Haute-Butte » de Dozulé, ainsi que dans sa chambre et, selon les Cahiers, à la chapelle Saint-Joseph ; sa paroisse d'adoption depuis le 3 août 1968. Le contenu de ces phénomènes, rapporté dans sept cahiers manuscrits qu'elle a tenus de 1970 à 1979, constitue ce qu'on appelle ordinairement les « messages de Dozulé » — dont le cœur est la demande d'ériger une Croix Glorieuse monumentale de 738 mètres de hauteur sur la colline de Dozulé[1].

Infographie originale Ignispedia créée par IA : repères biographiques de Madeleine Aumont, de sa naissance à Putot-en-Auge à son décès à Lisieux.

Sur le plan ecclésial, la trajectoire de Madeleine Aumont est marquée par deux faits constants. Premier fait : elle s'est toujours soumise par écrit au jugement de l'Église — formule de soumission imprimée sur la page de garde de ses Cahiers (« L'auteur déclare se soumettre entièrement aux actuelles dispositions canoniques concernant la publication de livres traitant de questions religieuses, et au jugement définitif de l'Église quant aux faits rapportés dans le présent ouvrage »[2]) — et est restée en retrait de toute publication intégrale jusqu'à l'édition de ses Cahiers en 1999 : sa préface manuscrite, datée de février 1997, autorise alors la publication, et une édition datée de 1997 est documentée — l'expression de « vingt ans de silence » est celle de l'éditeur. Second fait : le phénomène qui lui est attribué a fait l'objet, sur cinquante-trois années, d'une non-reconnaissance constante de quatre évêques successifs de Bayeux-Lisieux, et a été définitivement déclaré non surnaturel par décret de Mgr Jacques Habert du 5 décembre 2025, autorisé par la lettre du Dicastère pour la Doctrine de la Foi « L'unique Croix du salut » du Cardinal Víctor Manuel Fernández, approuvée par le pape Léon XIV le 3 novembre 2025 et reçue le 12 novembre (cf. article principal La Croix Glorieuse de Dozulé)[3].

Il faut souligner d'emblée que les actes de 2025 portent sur le phénomène, non sur la personne de Madeleine Aumont. Dans le vocabulaire des Normes du Dicastère du 17 mai 2024 (n. 22[4]), la declaratio de non supernaturalitate autorise l'évêque à déclarer que « le phénomène est reconnu comme non surnaturel » — décision qui « doit être fondée sur des faits et des preuves concrètes et avérées », par exemple « lorsqu'un voyant présumé affirme avoir menti » ou en cas de « falsification du phénomène, [...] intention erronée ou [...] mythomanie ». Elle porte donc sur le phénomène, tout en pouvant reposer sur des constats relatifs aux personnes impliquées ; les actes de 2025, eux, ne formulent aucun jugement sur la personne de Madeleine Aumont. Ses Cahiers expriment une piété sincère et un attachement filial à l'Église. Cet article expose donc sa biographie personnelle avec rigueur factuelle et respect, dans le strict cadre du discernement ecclésial récent.

I. Origines familiales et enfance (1912-1948)

Les parents — une famille de gardiens (1912-1947)

Le manoir de Putot-en-Auge (Calvados), dans le village natal de Madeleine Aumont, évoque le milieu rural du Pays d'Auge où elle grandit. Image : Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

Madeleine Aumont vient d'un milieu rural modeste, dont elle décrit elle-même les origines avec une simplicité revendiquée, dès la première ligne de son premier Cahier :

« Je suis née en octobre 1924. Mes parents, très respectables, sont de simples gardiens, chez un bourgeois habitant Putot-en-Auge ; se sont mariés le 30 novembre 1912 et sont arrivés chez ce bourgeois, Monsieur Dupaquier, jusqu'en juillet 1947, donc 35 années dans cette même maison. »[5]

Ses parents servirent donc la famille Dupaquier, propriétaire d'un domaine à Putot-en-Auge — petit village du Pays d'Auge, dans le Calvados, à quatre kilomètres de Dozulé —, pendant trente-cinq années consécutives (1912-1947). De cette union sont nés trois enfants : un fils aîné, Jean (né en septembre 1913) ; une fille, Madeleine elle-même (née le 27 octobre 1924) ; et un second fils, Pierre (né le 5 novembre 1927)[6]. Madeleine grandit ainsi dans une famille où la piété quotidienne, le travail régulier et la modestie matérielle forment la trame ordinaire de l'existence.

Le frère cadet, Pierre, mourra jeune « à la suite d'un accident de bicyclette », deuil dont Madeleine dit avoir « eu beaucoup de chagrin »[7]. Restée veuve et privée de son fils cadet, la mère de Madeleine ne quittera plus sa fille : « maman ne m'avait jamais quittée depuis ma naissance », écrit-elle — et c'est cette mère pieuse, « toujours très bonne », qui demeurera la première source de sa foi[8].

Naissance et enfance à Putot-en-Auge (1924-1940)

Née le 27 octobre 1924 à Putot-en-Auge[9], Madeleine grandit dans le cadre rural normand de l'entre-deux-guerres : scolarité à Dozulé[10], catéchisme, messe dominicale en famille. Sa mère lui transmet l'amour de la prière et de la messe — élément que Madeleine soulignera plus tard avec gratitude : « J'étais pourtant croyante, grâce à ma mère qui m'avait toujours appris à aimer la messe, l'Église. »[11]

La maladie du père et le mariage (1947-1948)

En juillet 1947, après trente-cinq années de service, ses parents quittent leur emploi de gardiens chez M. Dupaquier — son père étant tombé malade — pour se retirer dans « une petite maison 500 mètres plus loin », qu'ils avaient achetée quelques années auparavant[12]. La maladie progresse rapidement : son père décède en juillet 1948.

Le destin frappe alors d'une manière qui marquera Madeleine pour la vie. Son mariage est prévu le 30 juillet 1948. Le jour même de la cérémonie projetée a lieu l'inhumation de son père. Le mariage est donc reporté de quinze jours, et célébré finalement le 14 août 1948 à Putot-en-Auge[13].

II. Vie de femme et de mère (1948-1968)

Une famille de cinq enfants à Putot-en-Auge

À partir d'août 1948, Madeleine vit avec son mari et sa mère (qui a perdu son époux et son cadet — son frère Pierre, « décédé à la suite d'un accident de bicyclette »[14]) dans la maison familiale de Putot-en-Auge. Elle exerce le métier de couturière, profession traditionnellement féminine et compatible avec la vie de mère au foyer dans la Normandie rurale d'après-guerre.

Les cinq enfants du couple naissent tous à Putot-en-Auge, étalés sur seize années :

  • Jean-Pierre, né le 9 août 1951 ;
  • Chantal, née le 14 décembre 1954 ;
  • Jean-Luc, né le 12 janvier 1960 ;
  • Ghislaine, née le 28 mars 1964 ;
  • Bruno, né le 12 août 1967[15].

La date de naissance de Ghislaine — 28 mars — sera particulièrement marquante dans le récit ultérieur : c'est très exactement à la date anniversaire de ses huit ans, le 28 mars 1972, que Madeleine rapportera sa première vision de la Croix lumineuse sur la Haute-Butte de Dozulé.

Une foi devenue « bien faible »

À mesure que les années passent et que les enfants grandissent, Madeleine s'éloigne progressivement de la pratique religieuse régulière. Le départ du prêtre desservant Putot-en-Auge — pendant les deux dernières années de leur séjour dans le village — la prive de la messe dominicale qu'elle ne peut plus assurer faute de moyen de transport (la famille ne dispose que d'une mobylette utilisée par son mari)[16]. Elle reconnaîtra plus tard, avec une honnêteté qui caractérise tous ses Cahiers : « J'étais pourtant croyante, grâce à ma mère qui m'avait toujours appris à aimer la messe, l'Église. Mais, cependant, ma foi était bien faible. »[17]

Sa foi n'est pourtant pas éteinte : elle est inquiète, en attente d'une certitude. Madeleine se dépeint comme une croyante qui réclame une preuve sensible, à la manière de l'apôtre Thomas, et son chemin vers Dieu passe par la contemplation du ciel nocturne — détail qui éclaire la psychologie religieuse de toute sa trajectoire ultérieure :

« J'avais cependant souvent prié et demandé à Dieu de me donner plus de croyance, une preuve de son existence. J'étais comme saint Thomas ; il me fallait voir quelque chose de surnaturel pour croire ; tant pis si après j'ai moins de mérite. Le soir, souvent, avant de me coucher, j'examinais le ciel étoilé et je me disais : "Pourtant tout ceci n'a pu se faire tout seul, pas plus que la nature sur cette terre et tout ce qui y vit." »[18]

Le déménagement à Dozulé (3 août 1968)

La maison familiale devenant trop petite pour une famille de huit personnes — cinq enfants, le mari, sa mère et elle —, le couple décide de déménager à Dozulé, bourg plus important situé à quelques kilomètres et offrant école, catéchisme, paroisse active, commodités. Le 3 août 1968, la famille s'installe dans « une maison confortable, à l'entrée du bourg de Dozulé », choisie « surtout point de vue commodités […] pour les enfants surtout, pour l'école, le catéchisme, et puis aussi la messe »[19].

Ce déménagement est, pour Madeleine, le premier acte providentiel qui la rapprochera de la pratique religieuse régulière. Pendant les deux premières années à Dozulé (1968-1970), elle continue cependant à délaisser la confession et la communion — au terme de quatre années sans sacrements, dont deux à Putot-en-Auge puis deux à Dozulé[20] —, mais une mauvaise conscience grandit en elle.

III. Le retour à la foi (Pâques 1970)

La crise de conscience

Infographie originale Ignispedia créée par IA : le retour sacramentel de Pâques 1970 et les deux premières grâces eucharistiques rapportées dans les Cahiers.

Aux approches de Pâques 1970 — quatre années sans confession ni communion —, Madeleine prend la décision intérieure de revenir aux sacrements. Sa mère, pratiquante constante, lui rappelle : « Tous les ans, tu en dis autant et cela reste à faire »[21]. La perspective de devoir tout dire au prêtre — « quatre années que je ne m'étais pas confessée, et puis toutes mes fautes passées, mon ingratitude envers Dieu » — l'angoisse, mais l'envie de « faire ses Pâques » l'emporte enfin.

La confession et la communion (mars 1970)

La veille de la confession, Madeleine procède à un examen de conscience approfondi qu'elle décrit avec une honnêteté évangélique : « Quelle grande pécheresse, quelle honte ! Mon âme était tristement noircie par le péché. »[22] Elle se présente au confessionnal en demandant la grâce de tout dire — « Seigneur, aidez-moi à avoir le courage de tout dire et de faire une bonne confession. »[23] Au sortir, elle note : « J'étais fière de moi, je me sentais soulagée, et toute légère. »[24]

Le jour de Pâques 1970, elle communie pour la première fois depuis quatre ans. Heureuse mais sans expérience extraordinaire, elle décide de communier à nouveau le dimanche suivant, « puisque j'avais bien été quatre ans sans recevoir la sainte Communion »[25]. C'est lors de cette deuxième communion — le dimanche après Pâques — qu'aurait lieu ce qu'elle appellera plus tard, en accord avec l'abbé L'Horset, sa « première grâce eucharistique ».

IV. Les « grâces eucharistiques » (1970-1972)

La première grâce — le dimanche après Pâques 1970

C'est lors de sa deuxième communion — le dimanche dans l'octave de Pâques 1970 (Pâques tombant cette année-là le 29 mars) — que survient ce qu'elle appellera, en accord avec l'abbé L'Horset, sa « première grâce eucharistique ». Madeleine n'était venue communier que par fidélité au sacrement, « puisque j'avais bien été quatre ans sans recevoir la sainte Communion » ; elle ne s'attendait à rien. Elle rapporte l'expérience sans embellissement :

« Même avant d'avoir eu le temps d'arriver à ma chaise pour me mettre à genoux, quelque chose se produisit en moi, quelque chose que je ne m'expliquais pas : il me semblait que mon être était différent. J'ai ressenti presque comme une défaillance, comme si quelque chose se transformait en moi, quelque chose que, de ma vie, je n'avais jamais ressenti ; j'étais comme ivre, mais ivre de joie, de bonheur. Je sentais quelque chose de merveilleux, inexplicable ; il me semblait que je venais de découvrir un autre monde. »[26]

Cette première manifestation reste sans perception explicite de présence ; Madeleine elle-même l'interprétera plus tard comme un simple « avertissement », « sans doute un signe de Jésus ». Toute la semaine suivante, elle ne fait que « penser à cela » sans comprendre, et attend le dimanche suivant « avec impatience » — non par foi, précise-t-elle avec scrupule, mais « pour me rendre compte si cela allait se produire de nouveau »[27].

La grâce décisive du 12 avril 1970 — la perception de la présence

Le dimanche 12 avril 1970 — « le 2ème dimanche après Pâques » — la perception se fait précise. C'est la date que Madeleine retiendra constamment, dans ses sept Cahiers, comme le jour de sa conversion : « c'est à partir de ce moment-là que toute une vie nouvelle commença pour moi »[28]. À sa communion, elle rapporte cette fois une conscience claire d'une présence :

« Une joie intérieure me posséda ; mais cette fois-ci, je sentais une présence, une présence qui n'était pas de ce monde, une présence spirituelle. Il n'y avait aucun doute, je venais de découvrir la présence de Jésus, la présence de l'Esprit Saint. […] Mon esprit et celui de Jésus se rencontraient. L'Esprit Saint était avec moi, en moi. Une force surnaturelle me possédait. »[29]

Âgée de 45 ans, Madeleine n'ose d'abord pas qualifier l'événement, puis se résout au mot exact : « C'était une conversion si soudaine, en un seul instant, que je n'osais me dire : c'est un miracle. Le mot était bien grand pour une pauvre créature comme la mienne ; et pourtant c'était le vrai mot : miracle »[30]. Désormais, écrit-elle, « pas une seconde cela ne m'a quitté l'esprit » : c'est le point de départ de toute la trajectoire spirituelle ultérieure.

Deux ans de prière intérieure (1970-1972)

Infographie originale Ignispedia créée par IA : chaîne documentaire du dossier Dozulé, en distinguant témoignages, transmission des textes et discernement ecclésial.

Pendant les deux années qui suivent — du printemps 1970 au printemps 1972 —, Madeleine vit dans une intériorité eucharistique croissante : communions hebdomadaires puis quotidiennes, prière mentale, perceptions intérieures attribuées au Christ, visions intérieures brèves. Ces phénomènes, qu'elle consigne dans ce qui deviendra le premier Cahier, restent discrets et ne s'accompagnent d'aucune manifestation publique.

C'est durant cette période que se met en place l'accompagnement spirituel par l'abbé Victor L'Horset, curé de Dozulé depuis 1966. Présenté par l'éditeur comme un prêtre « reconnu pour sa prudence et son sens de l'Église », l'abbé L'Horset devient le confident, le confesseur et le directeur spirituel de Madeleine. Il appliquera tout au long de ces années les principes traditionnels du discernement des esprits — observation longue, vérification de la docilité, examen de la conformité doctrinale —, dans une attitude pastorale sobre[31].

V. Les apparitions présumées (1972-1982)

Le 28 mars 1972 — la première apparition de la Croix lumineuse

L'église Notre-Dame de l'Assomption de Dozulé (Calvados), paroisse où Madeleine Aumont s'est installée le 3 août 1968 et où elle a vécu les « grâces eucharistiques » de 1970-1972. C'est sur la « Haute-Butte » dominant le village qu'auraient eu lieu, pour la plupart, les apparitions présumées entre 1972 et 1982. Image : domaine public (Wikimedia Commons).

La première apparition extérieure s'inscrit dans une habitude domestique très concrète, que Madeleine décrit avec précision : une semaine sur deux, son mari partant travailler à 4h30 du matin, elle descend fermer la porte derrière lui, remonte dans sa chambre, ouvre sa fenêtre « pour admirer les merveilles de cette création » et prie. C'est dans ce cadre que, le mardi 28 mars 1972 à 4h35 — « dans la nuit du lundi au mardi de la Semaine Sainte », et jour anniversaire des huit ans de sa fille Ghislaine —, elle rapporte avoir vu sur la « Haute-Butte » une immense croix lumineuse, accompagnée d'une double parole :

« Cette Croix merveilleuse était accompagnée d'une voix très grave et retentissante, avec ces paroles : "Ecce Crucem Domini" ; et ensuite, comme si quelqu'un était à côté de moi, d'une voix extrêmement douce, qui me disait : "Vous ferez connaître cette Croix et vous la porterez." »[32]

C'est cette date qui ouvre conventionnellement la série principale des apparitions présumées, et qui fonde la demande centrale du message : l'érection sur la Haute-Butte d'une « Croix Glorieuse » monumentale dont les dimensions — 123 mètres par bras, 738 mètres de hauteur — seront données ultérieurement (cf. article-mère La Croix Glorieuse de Dozulé)[33].

La série des 49-50 apparitions (1972-1978/1982)

Entre cette première manifestation et le 6 août 1982, les décomptes publiés varient : le plus souvent retenu est celui de quarante-neuf manifestations, tandis que les comptages élargis — incluant les manifestations finales et intermédiaires — vont jusqu'à une cinquantaine. Les Cahiers excluent certains épisodes et distinguent les manifestations de 1982 ; la concordance exacte de ces décomptes avec les événements et les éditions reste à établir. La dernière manifestation rapportée dans les Cahiers pour la phase principale est celle du 6 octobre 1978, des épisodes plus rares s'étalant ensuite jusqu'au 6 août 1982[34][35].

Infographie originale Ignispedia créée par IA : séquence des phénomènes présumés de Dozulé, de la première croix lumineuse au dernier épisode rapporté.

Les phénomènes sont rapportés le plus souvent sur la Haute-Butte ou dans la chambre de Madeleine, mais aussi, selon les Cahiers, à la chapelle Saint-Joseph — qui situe explicitement à la chapelle l'épisode du 3 février 1978 (p. 141). L'abbé L'Horset et plusieurs religieuses de l'École Saint-Joseph de Dozulé, souvent présents, en consignent des procès-verbaux contemporains — portant sur ce qu'ils ont eux-mêmes observé, sans se présenter comme témoins visuels de l'apparition elle-même — dont l'éditeur des Cahiers (F.-X. de Guibert) garantit la valeur documentaire[36].

Les « manifestations diaboliques » de 1976-1977 et 1982 — distinction stricte

Un trait remarquable de la trajectoire de Madeleine — et un signe de son sens du discernement — concerne sa propre attitude vis-à-vis de phénomènes qu'elle a identifiés elle-même comme étant d'origine diabolique. En 1976-1977 puis à nouveau en 1982, elle rapporte avoir subi des « manifestations diaboliques » — visions et paroles trompeuses qu'elle attribue à Satan et qu'elle a scrupuleusement consignées à part, en dehors des sept Cahiers officiels[37].

Sur ce point, sa position personnelle est tranchée et significative. Comme l'écrit Madeleine (p. 141) : « je ne peux pas mélanger les paroles si pures, si limpides de Jésus avec les visions et les paroles trompeuses de Satan »[38]. L'abbé L'Horset, dans son livre Récit inédit du premier témoin, consacre un chapitre entier — « Troubles dans le Message », pages 181 à 193 — à analyser ces intrusions, qu'il considère comme l'un des éléments du discernement nécessaire sur Dozulé.

Cette double présence — phénomènes attribués au Christ d'un côté, manifestations identifiées comme diaboliques de l'autre — est relevée par les commentateurs catholiques comme un élément de discernement : l'existence de manifestations que la voyante elle-même attribue à une influence trompeuse interroge la nature des autres phénomènes. Ce motif ne figure pas parmi ceux de la lettre du Dicastère de 2025.

VI. Les sept Cahiers — l'écriture manuscrite

La fidélité à un journal intégral

Infographie originale Ignispedia créée par IA : les sept Cahiers comme source documentaire, avec leurs garanties matérielles et leur limite théologique.

L'œuvre écrite de Madeleine Aumont consiste en sept cahiers manuscrits rédigés sur la période 1970-1979 — des deux années précédant la première apparition rapportée jusqu'à la conversion de son mari en 1979, peu après la fin de la série principale des manifestations[39]. D'après l'éditeur, le manuscrit original aurait été notarié, daté, numéroté et signé page à page ; l'entretien publié en 1997 (p. 179) désigne l'abbé L'Horset comme détenteur du manuscrit — la conservation par Madeleine elle-même puis par les éditeurs n'étant pas établie par les pièces produites.

L'écriture de Madeleine est celle d'une couturière normande d'éducation modeste : fautes d'orthographe, ponctuation hasardeuse, latin parfois maladroit (corrigé et traduit en note dans l'édition publiée). L'éditeur F.-X. de Guibert affirme recopier « le plus rigoureusement possible » le texte manuscrit, en corrigeant seulement les fautes orthographiques évidentes mais en préservant les soulignements, les marques verticales marginales signalant les paroles attribuées à l'Apparition, et la division en feuillets recto/verso du manuscrit original[40]. Cette fidélité revendiquée par l'éditeur fait de l'édition de 1999 un témoignage de première main d'une réelle valeur documentaire, indépendamment du jugement porté sur l'origine des phénomènes — étant précisé que ces garanties de copie et de notarisation sont celles de l'éditeur, les pièces matérielles n'ayant pas été produites.

Les annexes documentent deux réécritures distinctes. Dans sa lettre du 2 août 1987, Madeleine explique avoir refait le septième cahier en écartant les récits situés entre le 2 janvier 1976 et le 3 février 1978, qu'elle attribuait désormais au démon. Une note de l'éditeur situe cette seconde rédaction en 1978, entre le 3 février et le 7 juillet. Le huitième cahier, consacré aux récits écartés, avait été remis à l'évêque sans photocopie ; la note cite une lettre épiscopale du 10 septembre 1988 le signalant aux archives. Le 30 mars 1989, faute d'avoir récupéré ce cahier, Madeleine en dicte une réécriture à Madame de Lannoy. Cette dictée tardive doit donc être distinguée du huitième cahier déposé aux archives, comme la seconde rédaction du septième doit l'être de sa première version.[41]

Une couturière sans instruction et un corpus d'apparence savante

L'un des arguments les plus souvent avancés par les défenseurs du phénomène touche directement à la personne de Madeleine : le contraste entre son éducation très modeste — elle ne dispose que du certificat d'études, exerce le métier de couturière et ignore le latin — et l'apparence savante du corpus qu'elle a consigné. Selon les promoteurs, se réclamant du théologien R.P. Jean-Baptiste Manceaux, les paroles attribuées au Christ entre 1972 et 1982 contiendraient de nombreuses références scripturaires et des citations latines, que Madeleine aurait répétées à haute voix d'après les procès-verbaux de l'époque[42]. La première parole reçue le 28 mars 1972 — « Ecce Crucem Domini » (« Voici la Croix du Seigneur », antienne de l'exaltation de la Croix) — en est l'exemple inaugural.

Pour les défenseurs, cette aisance scripturaire et latine dans la bouche d'une femme d'instruction limitée constituerait un indice d'origine surnaturelle. Cette inférence n'est pas reprise dans la lettre du Dicastère de 2025. Une connaissance diffuse de formules liturgiques par une catholique assidue à la messe, jointe à un travail éditorial postérieur de correction et de traduction, pourrait expliquer ces caractéristiques — sans preuve indépendante permettant de trancher (cf. article-mère).

Le long retrait avant l'édition intégrale (1979-1999)

Une particularité remarquable de la trajectoire de Madeleine — et qui la distingue de bien d'autres voyantes contemporaines — est son long retrait avant toute publication intégrale de ses Cahiers. La première apparition rapportée a eu lieu en 1972 ; la rédaction des Cahiers s'achève en 1979 ; la préface manuscrite autorisant la publication est datée de février 1997, et une édition datée de 1997 est documentée avant l'édition de mars 1999 — l'expression de « vingt ans de silence » est celle de l'éditeur, et les entretiens publiés durant cette période ne permettent pas d'affirmer un silence public absolu.

Infographie originale Ignispedia créée par IA : le retrait de Madeleine avant l'édition intégrale, la circulation de textes partiels et la publication de 1999.

Pendant ces vingt années, d'innombrables extraits partiels ont circulé « sans l'autorisation préalable de Madeleine et, parfois, avec des commentaires étrangers, voire opposés, à l'esprit de l'Évangile comme à l'esprit et à la lettre des Messages de Dozulé »[43]. Madeleine, soumise au discernement de l'évêque qui désavouait publiquement le mouvement depuis 1982, est décrite par son entourage comme restée en retrait — sans organiser de pèlerinages ni promouvoir personnellement la diffusion de ses Cahiers —, attitude qui contraste avec celle de plusieurs associations promotrices du message qui se sont, elles, développées en rupture avec l'autorité diocésaine.

Publication finale de 1999

C'est en 1999 — alors que les associations promotrices diffusaient des versions partielles ou déformées de ses textes — que paraît chez F.-X. de Guibert l'édition intégrale des Cahiers autorisée par Madeleine (mars 1999), suivie d'une deuxième édition revue et augmentée la même année — présentée comme « la seule édition qu'elle reconnaît comme authentique, en tout point fidèle à son manuscrit original »[44]. Une édition datée de 1997 est par ailleurs documentée. La publication s'accompagne d'une déclaration écrite de soumission au jugement définitif de l'Église, conforme aux principes canoniques traditionnels du Codex Iuris Canonici en matière de publication d'écrits sur des révélations privées.

VII. La vie après les apparitions (1982-2016)

La conversion du mari (1979)

L'un des fruits que Madeleine et son entourage proche ont attribués au phénomène est la conversion de son mari, survenue en 1979 — soit peu après la dernière manifestation rapportée de 1978 et l'année même où Madeleine clôture ses sept cahiers[45]. Elle en décrit la scène, qui clôt le septième Cahier, d'après le récit que lui en a fait sœur Bruno : son mari se serait rendu à la chapelle des Sœurs, s'y serait agenouillé, y aurait récité un Notre Père et un Je vous salue, Marie, puis serait resté « tout bouleversé » trois jours sans sortir, avant de se mettre à parler de Jésus — les larmes et l'émotion relevant du récit rapporté, non d'un fait directement constaté par Madeleine. Pour Madeleine, mariée à un homme longtemps indifférent à sa vie spirituelle, c'est la grâce suprême :

« C'est la plus grande grâce que Jésus ait pu me faire, depuis le Message : la conversion de mon mari. […] J'aurais dû penser à cela : Jésus ne pouvait désunir ce qu'il avait uni dans le mariage. »[46]

Cette conversion conjugale tardive est, dans l'économie spirituelle propre à Madeleine, l'un des signes qu'elle invoquait pour interpréter le sens des grâces reçues. Sur le plan du discernement, une personne peut se convertir authentiquement à l'occasion d'un phénomène, par la grâce ordinaire des sacrements et de la prière, sans que cela authentifie le phénomène lui-même — sans qu'aucune référence magistérielle particulière ne reconnaisse cette conversion-ci.

Une vie discrète et retirée

À partir des années 1980, Madeleine mène — d'après les témoignages publiés de son entourage — une vie retirée à Dozulé auprès de son mari, sans s'engager dans les associations qui se réclament de son nom ; les détails de ces décennies (vie paroissiale ordinaire, petits-enfants) restent peu documentés et sont présentés ici comme tels. L'avertissement de l'éditeur présente le livre de l'abbé L'Horset (Récit inédit du premier témoin, 1996) et ses Cahiers (1999) comme les deux témoignages de référence — deux ouvrages dont Madeleine a reconnu l'authenticité — sans qu'un renvoi systématique et exclusif de sa part soit documenté[47].

Cette discrétion n'est pas une posture tardive : dès les premières années, Madeleine avait demandé à l'abbé L'Horset que son nom ne soit pas révélé, non par honte mais par conviction théologique de son propre effacement :

« Si je ne désire pas que mon nom ne soit révélé, ne croyez surtout pas que c'est par honte, par pudeur ou par scrupule. Oh ! Cela, non. Mais tout ceci m'a été donné par Jésus, le Tout-puissant. Je ne possède rien moi-même ; je n'ai aucune capacité, aucun pouvoir, mon nom n'est rien ; ce n'est pas moi qu'il faut regarder dans tout cela. C'est Dieu, Jésus, l'Esprit Saint, qui est Tout, qui peut tout. »[48]

Cette attitude est doublement remarquable. D'une part, elle témoigne d'une humilité réelle — un refus constant de la mise en valeur personnelle, exprimé dans ses propres écrits —, sans que cette disposition personnelle, aussi réelle soit-elle, préjuge du discernement porté sur le phénomène lui-même, définitivement déclaré non surnaturel en 2025. D'autre part, elle montre une soumission filiale à l'autorité ecclésiale qui contraste douloureusement avec la conduite des associations qui se réclamaient d'elle et qui ont précisément été désavouées par Mgr Badré (1982, 1983, 1985) pour leur « propagande fanatique » et leur « manque de respect de l'autorité de l'évêque »[49].

Décès à l'hôpital de Lisieux (27 janvier 2016)

L'hôpital de Lisieux (Calvados), où Madeleine Aumont s'est éteinte le 27 janvier 2016, à 91 ans — dans la ville même où sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus avait vécu et était morte en 1897. Image : Wikimedia Commons.

Madeleine Aumont s'éteint le 27 janvier 2016 à l'hôpital de Lisieux, à l'âge de 91 ans[50]. Lisieux est aussi la ville où sainte Thérèse Martin avait vécu et était morte en 1897 — soit cent dix-neuf ans plus tôt.

VIII. Le verdict du Dicastère et la distinction des plans

La lettre romaine du 3 novembre et le décret diocésain du 5 décembre 2025

Le Cardinal Víctor Manuel Fernández (préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi), auteur de la lettre du 3 novembre 2025 « L'unique Croix du salut » qui autorise la déclaration définitive de non-surnaturalité, prononcée par le décret diocésain du 5 décembre 2025. Ces actes ne portent aucun jugement sur la personne de Madeleine Aumont. Image : domaine public (Wikimedia Commons).

Neuf ans après la mort de Madeleine, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi adresse le 3 novembre 2025 à Mgr Jacques Habert, évêque de Bayeux-Lisieux, la lettre « L'unique Croix du salut » du Cardinal Víctor Manuel Fernández, approuvée par le pape Léon XIV et reçue le 12 novembre : elle autorise l'évêque à déclarer définitivement non surnaturel le phénomène des présumées apparitions de Dozulé — « le phénomène des présumées apparitions survenues à Dozulé doit être considéré, de manière définitive, comme non surnaturel », « c'est-à-dire qu'il n'a pas une authentique origine divine » (formule du décret). Mgr Habert prononce cette déclaration par décret diocésain signé à Bayeux le 5 décembre 2025[51].

Une non-reconnaissance constante de quatre évêques (1969-2025)

Les actes de 2025 ne font que clore, au plus haut niveau, une non-reconnaissance constante maintenue pendant un demi-siècle par l'évêque local — premier juge des apparitions privées sur son territoire. Quatre évêques successifs de Bayeux-Lisieux n'ont jamais reconnu le caractère surnaturel des phénomènes — continuité qui n'exclut pas des démarches successives : Mgr Boulanger ayant souhaité entreprendre de nouvelles recherches, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi « demanda, le 25 juillet 2011, d'arrêter toute entreprise en ce domaine (ultra non proponatur) » (décret Habert, 2025[52]). Madeleine, pour sa part, s'est constamment soumise à cette autorité diocésaine, contrairement aux associations promotrices.

Évêque de Bayeux-LisieuxÉpiscopatPosition sur le phénomène de Dozulé
Mgr Jean Badré1969-1988Transfert de l'abbé L'Horset hors de Dozulé (1977) ; désaveux publics en décembre 1982, 1983 et 1985
Mgr Pierre Pican1988-2010Maintien de la non-reconnaissance
Mgr Jean-Claude Boulanger2010-2020Maintien de la non-reconnaissance ; souhait de nouvelles recherches, auquel la Congrégation demande le 25 juillet 2011 « d'arrêter toute entreprise »
Mgr Jacques Habertdepuis 2020Saisine du Dicastère pour un discernement définitif ; décret du 5 décembre 2025

À Rome, le Cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, aurait confirmé la position négative de l'évêque : d'après les actes reproduits dans l'ouvrage de l'abbé L'Horset (p. 223-228) — texte non vérifié sur pièce indépendante en session —, il aurait, par lettre du 25 octobre 1985 à Mgr Badré, approuvé la procédure suivie et les dispositions de l'ordonnance épiscopale, confirmant la responsabilité de l'ordinaire du lieu pour la suite du dossier. Toujours d'après ces reproductions, les formulations employées relèveraient de la non-reconnaissance, sans la qualification formelle de « non constat de supernaturalitate »[53].

Pas de jugement sur la personne — distinction canonique fondamentale

Infographie originale Ignispedia créée par IA : distinction entre le jugement porté sur le phénomène et l'absence de jugement défavorable sur la personne de Madeleine Aumont.

Il est essentiel de comprendre que ce verdict évalue le phénomène rapporté — « reconnu comme non surnaturel » — sans que les actes de 2025 formulent de jugement sur la personne de Madeleine Aumont : ni la lettre du Dicastère ni le décret diocésain n'abordent sa responsabilité personnelle — le décret dit même ne pas douter « de la sincérité » des fidèles liés à Dozulé[54]. Les Normes du Dicastère du 17 mai 2024, elles, prévoient expressément que la décision peut reposer sur des faits établis relatifs aux personnes impliquées — mensonge avoué, falsification, intention erronée, mythomanie (n. 22[55]).

La leçon d'humilité

Le cas de Madeleine Aumont illustre néanmoins une vérité spirituelle décisive que la mystique catholique enseigne depuis ses origines : la sincérité personnelle d'une expérience mystique ne suffit pas à en garantir l'origine divine authentique. Le discernement ecclésiastique extérieur — exercé par l'évêque local en dialogue avec le Dicastère pour la Doctrine de la Foi, dont l'implication est prévue dès le discernement et dont l'approbation finale est requise (cf. Normes du 17 mai 2024, I, 15 et IIe partie, Procédures à suivre, Normes générales, n° 1[56]) — est constitutif de la reconnaissance d'une apparition privée. Sans cette reconnaissance, même la personne la plus pieuse demeure objet de la prudence pastorale de l'Église, qui veille à protéger ses fidèles des illusions et des dérives possibles.

L'attitude personnelle de Madeleine — retrait avant toute publication intégrale jusqu'en 1999, refus de promouvoir son nom, soumission écrite au jugement de l'Église — tranche avec la conduite des associations désavouées par l'autorité diocésaine. Elle rappelle que la sainteté se mesure à l'obéissance ecclésiale plus qu'aux phénomènes vécus.

Pour aller plus loin

Notes et références

Notes et références

  1. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., Avertissement de l'éditeur pour la deuxième édition, F.-X. de Guibert, mars 1999 — présentation des 7 cahiers et du manuscrit selon l'éditeur (notarié, daté, numéroté, signé) ; l'expression de « vingt ans de silence » est celle de l'éditeur ; la préface manuscrite, datée de février 1997, autorise la publication, et une édition datée de 1997 est documentée ; les Cahiers et le livre de l'abbé L'Horset y sont présentés comme les deux témoignages de référence, ouvrages dont Madeleine a reconnu l'authenticité.

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  2. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., page de garde : « L'auteur déclare se soumettre entièrement aux actuelles dispositions canoniques concernant la publication de livres traitant de questions religieuses, et au jugement définitif de l'Église quant aux faits rapportés dans le présent ouvrage. »

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  3. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, « L'unique Croix du salut », lettre du Cardinal Víctor Manuel Fernández à Mgr Jacques Habert — texte officiel vérifié en session (vatican.va) : Mgr Habert, « conformément aux Normes [...] au n. 22 », a proposé « une declaratio de non supernaturalitate, par laquelle le Dicastère vous autorise à déclarer de manière définitive que le phénomène des apparitions présumées de Dozulé est reconnu comme non surnaturel, c'est-à-dire qu'il n'a pas une authentique origine divine » ; en conclusion, « le Dicastère autorise Votre Excellence à rédiger le décret correspondant et à déclarer que le phénomène des présumées apparitions survenues à Dozulé doit être considéré, de manière définitive, comme non surnaturel ». Ex Audientia diei 03-11-2025 / Leo PP. XIV — lettre approuvée par le pape Léon XIV le 3 novembre 2025, reçue le 12 novembre 2025 (en réponse au courrier de Mgr Habert du 30 octobre 2025). La déclaration définitive est prononcée par le décret de Mgr Jacques Habert, signé à Bayeux le 5 décembre 2025 (texte officiel, diocèse de Bayeux-Lisieux — texte intégral vérifié en session) : « JE DÉCLARE de manière définitive que le phénomène des apparitions présumées de Dozulé est reconnu comme non surnaturel, c'est-à-dire qu'il n'a pas une authentique origine divine » ; « Ce décret conclut définitivement le processus de discernement des apparitions présumées de Notre Seigneur Jésus-Christ à Dozulé. » Ni la lettre ni le décret ne formulent de jugement sur la personne de Madeleine Aumont (le décret dit seulement ne pas douter « de la sincérité » des fidèles liés à Dozulé).

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  4. Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Normes pour procéder dans le discernement des présumés phénomènes surnaturels, 17 mai 2024, en vigueur le 19 mai 2024 (texte officiel vérifié en session) — n. 22, Declaratio de non supernaturalitate (citation exacte) : « Dans ce cas, l'Évêque diocésain est autorisé par le Dicastère à déclarer que le phénomène est reconnu comme non surnaturel. Cette décision doit être fondée sur des faits et des preuves concrètes et avérées. Par exemple, lorsqu'un voyant présumé affirme avoir menti, ou lorsque des témoins crédibles fournissent des éléments de jugement qui permettent de découvrir la falsification du phénomène, l'intention erronée ou la mythomanie. » Cf. aussi I, 15 (discernement mené dès le début en dialogue avec le Dicastère) et IIe partie, Procédures à suivre, Normes générales, n° 1 (le jugement final de l'évêque diocésain est soumis à l'approbation du Dicastère).

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  5. Madeleine Aumont, Cahiers — Journal intégral des apparitions de Jésus à Dozulé (1970-1979), 2ᵉ édition revue et augmentée, O.E.I.L. / F.-X. de Guibert, Paris, mars 1999, ISBN 2-86839-579-1, Cahier nᵒ 1, feuillets 1r/v et 2r — biographie familiale complète (p. 10) : parents mariés 30 novembre 1912, service 35 ans chez Dupaquier jusqu'en juillet 1947 ; trois enfants Jean (sept 1913), Madeleine (27 octobre 1924), Pierre (5 novembre 1927) ; passages sur la mère restée auprès de sa fille et sur l'accident de bicyclette du frère Pierre : p. 10, notamment feuillet 2r ; décès et inhumation du père 30 juillet 1948 ; mariage de Madeleine reporté de quinze jours, célébré le 14 août 1948.

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  6. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 9-10 — noms et dates de naissance des cinq enfants (p. 9) : Jean-Pierre (9 août 1951), Chantal (14 décembre 1954), Jean-Luc (12 janvier 1960), Ghislaine (28 mars 1964), Bruno (12 août 1967) ; mention du décès du frère Pierre, « à la suite d'un accident de bicyclette » (p. 10).

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  7. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 10-11 — scolarité à Dozulé (p. 10) ; déménagement à Dozulé le 3 août 1968 ; raisons pratiques (école, catéchisme, messe) ; deux années sans messe à Putot après le départ du prêtre desservant, puis deux années sans confession ni communion à Dozulé — soit quatre années sans sacrements au total avant Pâques 1970 (p. 10-11).

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  8. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 11-12 — retour à la pratique à Pâques 1970 après quatre ans sans confession ni communion ; « j'étais pourtant croyante, grâce à ma mère » ; « ma foi était bien faible » (p. 11) ; récit de la confession (p. 12).

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  9. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 11, feuillet 4 recto — état de foi avant 1970 : « j'étais comme saint Thomas ; il me fallait voir quelque chose de surnaturel pour croire » ; contemplation du ciel étoilé.

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  10. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 12 — décision de revenir communier le dimanche après Pâques 1970 (« puisque j'avais bien été quatre ans sans recevoir la sainte Communion »), Pâques tombant cette année-là le 29 mars.

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  11. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., pp. 12-15, feuillets 7v-11r — première grâce eucharistique vécue le dimanche dans l'octave de Pâques 1970 (« j'étais comme ivre, mais ivre de joie », « quelque chose de merveilleux, inexplicable »), interprétée par Madeleine comme un simple « avertissement » ; puis mention que « toute une vie nouvelle commença » à partir du dimanche 12 avril 1970.

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  12. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., pp. 13-15, feuillets 8v-11r — grâce décisive du dimanche 12 avril 1970 (« le 2ème dimanche après Pâques ») : perception explicite de la présence (« je sentais une présence, une présence qui n'était pas de ce monde ») ; à 45 ans, Madeleine emploie le mot « miracle » pour qualifier cette conversion soudaine (p. 15, feuillet 10r). C'est la date que Madeleine retient constamment, dans ses sept Cahiers, comme jour de sa conversion (cf. p. 67, p. 100, p. 119).

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  13. Abbé Victor L'Horset, Dozulé — Récit inédit du premier témoin 1970-1978, François-Xavier de Guibert, Paris, 1996-1997-2012, ISBN 978-2-86839-466-8, préface et avertissement de l'éditeur — L'abbé L'Horset, curé de Dozulé de 1966 à 1977, y est qualifié de « prêtre reconnu pour sa prudence et son sens de l'Église ».

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  14. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., Cahier nᵒ 3, p. 62-63, feuillet 99r/v — récit de la première apparition de la Croix lumineuse, « le mardi matin 28 mars 1972 à 4h35 », « dans la nuit du lundi au mardi de la Semaine Sainte » ; paroles « Ecce Crucem Domini » (voix grave) puis « Vous ferez connaître cette Croix et vous la porterez » (voix douce) ; contexte domestique (mari partant travailler à 4h30). Le manuscrit porte ici « Écé », normalisé en « Ecce » dans l'édition publiée.

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  15. Dozulé — Ultime message du Christ, Éditions RÉSIAC, F 53150 Montsûrs, septembre 1985, ISBN 2-85268-080-0 — récit intégral des paroles attribuées au Christ du 28 mars 1972 au 6 août 1982 ; mention de la première apparition de la Croix lumineuse le 28 mars 1972 sur la Haute-Butte.

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  16. Décompte de quarante-neuf manifestations : Amélie de Mauraige, « La croisade de Madeleine », Le Monde, 31 décembre 2002 ; repris par la littérature des promoteurs — « From 1972 to 1982, Jesus appeared forty-nine times to a mother of five named Madeleine Aumont » (Dozulé Prayer Booklet, croix-glorieuse-dozule.fr, juillet 2025, présentation liminaire — texte vérifié en session). Les Cahiers distinguent les manifestations de 1982 et excluent certains épisodes, d'où des comptages élargis allant jusqu'à une cinquantaine.

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  17. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 141, feuillet 250v° — « je ne peux pas mélanger les paroles si pures, si limpides de Jésus avec les visions et les paroles trompeuses de Satan » (sur les manifestations diaboliques de 1976-1977 et 1982).

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  18. Madeleine Aumont, Cahiers — Journal intégral des apparitions de Jésus à Dozulé (1970-1979), 2ᵉ édition revue et augmentée, O.E.I.L. / F.-X. de Guibert, Paris, mars 1999, ISBN 2-86839-579-1, p. 153-155, annexes 1 et 2 et notes de l'éditeur.

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  19. Argument avancé par les promoteurs, qui se réclament du R.P. Jean-Baptiste Manceaux (Dozulé, le retour glorieux du Fils de l'Homme, Nouvelles Éditions Latines, Paris). La littérature des promoteurs évoque des dictées « répétées à haute voix par Madeleine, parfois en latin », chaque apparition donnant lieu à un procès-verbal adressé à l'évêque de Bayeux-Lisieux (Dozulé Prayer Booklet, croix-glorieuse-dozule.fr, juillet 2025, présentation liminaire — texte vérifié en session). Le passage exact de l'ouvrage de Manceaux qui fonderait un décompte chiffré (120 références scripturaires, 17 citations latines) n'a pas pu être localisé : aucun chiffre n'est donc retenu ici. La qualification de « liturgiquement correctes » reprend la présentation des promoteurs et ne constitue pas un résultat d'expertise indépendante.

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  20. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., Cahier nᵒ 7, p. 149, feuillets 269r/v — récit de la conversion du mari (1979) : agenouillement à la chapelle, Notre Père et Je vous salue Marie, trois jours « tout bouleversé » ; « C'est la plus grande grâce que Jésus ait pu me faire, depuis le Message : la conversion de mon mari. »

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  21. Madeleine Aumont, Cahiers, op. cit., p. 56, feuillets 86v-87r — refus de voir son nom révélé : « mon nom n'est rien ; ce n'est pas moi qu'il faut regarder dans tout cela. C'est Dieu, Jésus, l'Esprit Saint, qui est Tout » ; crainte d'être montrée du doigt « comme un phénomène ».

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  22. Alexandra Huctin, « La secte millénariste des Croix Glorieuses de Dozulé continue de rassembler tous les 28 mars », France 3 Normandie, 28 mars 2017 — « Madeleine Aumont est décédée il y a un peu plus d'un an, en Janvier 2016 » (texte vérifié en session via archive). Le jour exact (27 janvier) et le lieu (hôpital de Lisieux) ne sont donnés, en l'état des pièces réunies, que par Wikipedia FR (article Madeleine Aumont, aujourd'hui redirection vers Apparitions de Dozulé, consulté mai 2026).

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  23. Mgr Jean Badré, évêque de Bayeux-Lisieux (1969-1988) : le décret diocésain du 5 décembre 2025 (texte officiel vérifié en session) rappelle son enquête, « menée avec sérieux et d'une manière complète », et sa conclusion du 24 juin 1985 — « Je ne peux discerner les signes qui m'autoriseraient à déclarer authentiques les apparitions dont il est fait état » —, assortie de l'interdiction de tout pèlerinage et de toute promotion du message. Positions maintenues par Mgr Pierre Pican (1988-2010), Mgr Jean-Claude Boulanger (2010-2020) — « désireux de faire de nouvelles recherches », la Congrégation pour la Doctrine de la Foi « demanda, le 25 juillet 2011, d'arrêter toute entreprise en ce domaine (ultra non proponatur) » (décret Habert, 2025, § La procédure — citation vérifiée sur texte officiel) — et Mgr Jacques Habert (depuis 2020). Pièce romaine rapportée : lettre du Cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à Mgr Badré, 25 octobre 1985, d'après les actes reproduits dans L'Horset, Récit inédit du premier témoin, p. 223-228 — texte non vérifié sur pièce indépendante en session. Cf. lettre « L'unique Croix du salut » (DDF, 3 novembre 2025, reçue le 12 novembre), décret diocésain du 5 décembre 2025, et article-mère La Croix Glorieuse de Dozulé.

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