Dominique Rey, né le 21 septembre 1952 à Saint-Étienne, est un évêque catholique français. Membre de la communauté de l'Emmanuel, prêtre du diocèse de Paris en 1984, il est nommé évêque de Fréjus-Toulon le 16 mai 2000 par Jean-Paul II et il exerce cette charge jusqu'au 7 janvier 2025, date à laquelle le pape François accepte sa démission et où son coadjuteur François Touvet lui succède[1][2].
Son épiscopat de près de vingt-cinq ans dans le Var est connu pour deux traits que les observateurs relèvent ensemble : un accueil très large de communautés nouvelles, de prêtres et de candidats venus d'ailleurs, et un nombre d'ordinations sacerdotales supérieur à celui de la plupart des diocèses français de même taille[3][4]. Ces deux traits forment aussi le point de départ des questions posées par Rome à partir de 2022 : suspension des ordinations, visite apostolique, nomination d'un évêque coadjuteur, puis démission anticipée[5][6].
Le présent article rapporte ce parcours dans l'ordre chronologique, en distinguant trois niveaux : les faits datés et vérifiables, les chiffres tels qu'ils ont été publiés par le diocèse ou par la presse, et les appréciations portées par des commentateurs, qui sont citées comme telles et ne valent pas jugement de l'Église. Dominique Rey est un évêque vivant, aujourd'hui émérite : son histoire n'est pas close, et les pages qui suivent s'arrêtent aux faits connus au début de l'année 2025.
De l'administration des finances au sacerdoce
Une première carrière au ministère des Finances
Dominique Rey fait ses études primaires et secondaires à Saint-Étienne. Il obtient une maîtrise en économie politique à Lyon, puis un doctorat en économie fiscale à Clermont-Ferrand[7]. De 1976 à 1979, il travaille à la direction générale des Impôts, au ministère des Finances, et à la direction de la Prévision[8]. Ce premier parcours compte pour la suite : l'évêque de Fréjus-Toulon gardera la réputation d'un homme formé aux questions économiques et administratives, et il siégera plus tard, de 2017 à 2023, à la commission épiscopale pour les finances de la Conférence des évêques de France[9].
La communauté de l'Emmanuel et la formation parisienne
En 1979, il quitte l'administration et rejoint une maison de formation de la communauté de l'Emmanuel, communauté catholique née à Paris dans le courant du Renouveau charismatique. Il est accueilli au couvent dominicain de l'Annonciation, à Paris, et obtient une licence de théologie ainsi qu'un diplôme de droit canonique à l'Institut catholique de Paris[10]. Il est ordonné diacre le 4 décembre 1983, puis prêtre le 23 juin 1984 pour le diocèse de Paris[11]. Particularité relevée par ses biographes : il n'est pas passé par un séminaire diocésain classique, mais par le parcours de formation propre à sa communauté[12].
Son ministère se partage alors entre le diocèse de Paris et la communauté de l'Emmanuel. Il est aumônier du collège Stanislas en 1984, vicaire à la paroisse Sainte-Marie des Batignolles en 1985, puis supérieur des chapelains de Paray-le-Monial de 1986 à 1988, dans le lieu des grandes sessions d'été de l'Emmanuel[13]. De 1988 à 1995, il accompagne les séminaristes et les prêtres de la communauté. Il devient ensuite curé de la paroisse de la Sainte-Trinité, à Paris, de 1995 à 2000[14]. C'est de cette cure parisienne que Jean-Paul II l'appelle à l'épiscopat.
Évêque de Fréjus-Toulon à partir de 2000
La nomination et la consécration de l'an 2000
Le 16 mai 2000, Jean-Paul II nomme Dominique Rey évêque de Fréjus-Toulon, où il succède à Joseph Madec, en poste depuis 1983[15]. Il est consacré évêque le 17 septembre 2000 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, assisté du cardinal Bernard Panafieu et de Joseph Madec lui-même[16]. Il choisit pour devise une parole de Jésus dans l'évangile selon Matthieu : « Doux et humble de Cœur », qui renvoie à l'invitation du Christ, « car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).
Le diocèse qu'il reçoit couvre le département du Var. Son prédécesseur y a rouvert en 1983 le séminaire de La Castille, fermé dans les années qui ont suivi le concile Vatican II, en commençant par une année de propédeutique puis en rétablissant progressivement les années de formation[17]. Dominique Rey hérite donc d'un outil de formation déjà relancé ; il va le développer dans le sens d'un accueil élargi, qui devient la marque de son gouvernement.
- 21 septembre 1952Naissance à Saint-Étienne
Dominique Marie Jean Rey naît à Saint-Étienne. Il y fait ses études primaires et secondaires, avant des études d'économie à Lyon et à Clermont-Ferrand.
- 1976-1979Au ministère des Finances
Il travaille à la direction générale des Impôts et à la direction de la Prévision.
- 23 juin 1984Ordination sacerdotale à Paris
Ordonné prêtre pour le diocèse de Paris après une formation au sein de la communauté de l'Emmanuel et des études à l'Institut catholique de Paris.
- 1995-2000Curé de la Sainte-Trinité de Paris
Dernier ministère paroissial avant l'épiscopat, après Paray-le-Monial et l'accompagnement des séminaristes de l'Emmanuel.
- 17 septembre 2000Consécration épiscopale
Nommé le 16 mai 2000 par Jean-Paul II, il est consacré par le cardinal Lustiger et devient évêque de Fréjus-Toulon.
- Juin 2022Suspension des ordinations
À la suite d'une visite fraternelle, Rome demande la suspension des ordinations prévues dans le diocèse.
- 21 novembre 2023Nomination d'un coadjuteur
François Touvet, évêque de Châlons, est nommé évêque coadjuteur de Fréjus-Toulon avec droit de succession.
- 7 janvier 2025Démission acceptée et succession
Le pape François accepte sa démission, présentée le 31 décembre 2024. François Touvet devient évêque de Fréjus-Toulon et Dominique Rey évêque émérite.
Un gouvernement marqué par l'accueil des communautés
Dès le début de son épiscopat, Dominique Rey accueille dans le diocèse des communautés et des réalités ecclésiales d'origines variées. Une étude universitaire consacrée au diocèse décrit cette situation comme originale dans le paysage ecclésial français de la fin du vingtième siècle : un grand nombre d'ordinations, de prêtres au service des paroisses et de communautés nouvelles, fruit d'un mode de gouvernement épiscopal inauguré par Joseph Madec puis poursuivi depuis 2000 par son successeur[18]. Le même accueil vaut pour des sensibilités différentes, charismatiques comme plus traditionnelles, ce que la presse catholique anglophone résume en parlant d'un large spectre spirituel accueilli dans le diocèse[19].
Trois dossiers, documentés publiquement, illustrent à la fois cet accueil et les difficultés qui peuvent l'accompagner. En 2001, les sœurs de Points-Cœur sont accueillies dans le diocèse ; en 2008, Dominique Rey incardine leur fondateur Thierry de Roucy et reconnaît canoniquement l'œuvre et ses branches, puis, en février 2016, il déclare ce même fondateur en situation de suspense pour manquement à l'obéissance[20]. En 2003, il accorde la reconnaissance canonique à la fraternité Eucharistein ; une enquête canonique menée en 2021 dans cette communauté relèvera des dérives de fonctionnement et un manque de suivi[21]. En 2010, il accueille le monastère Saint-Benoît de Brignoles ; le 10 juin 2022, il supprime l'association publique de fidèles qui le portait, dans le contexte des questions romaines sur le diocèse[22]. Ces trois dossiers sont rapportés ici comme des faits datés ; leurs appréciations canoniques détaillées relèvent des autorités qui les ont instruits.
Le séminaire de La Castille et les ordinations nombreuses
Le séminaire de La Castille, à Solliès-Ville, forme les futurs prêtres du diocèse et accueille aussi des candidats liés aux communautés présentes dans le Var. Sous l'épiscopat de Dominique Rey, le diocèse connaît un nombre d'ordinations que plusieurs sources qualifient de record à l'échelle française pour un diocèse de cette taille[23][24]. À titre de repère publié : en 2020, neuf hommes sont ordonnés prêtres et six diacres dans le diocèse ; à la fin de l'année 2021, le diocèse compte 215 prêtres incardinés, contre 187 en 2000, chiffre supérieur même à celui de 1950, qui était de 210[25].
Ces chiffres doivent être lus pour ce qu'ils sont : des nombres d'ordinations et d'incardinations, qui mesurent un flux et un effectif, non la persévérance de chaque prêtre ni la qualité de chaque parcours. C'est précisément sur l'écart entre le nombre des accueils et le suivi des personnes que porteront les questions romaines de 2022 et 2023. Selon des chiffres confirmés par le diocèse et rapportés par la presse en janvier 2025, une partie des prêtres ordonnés pendant ces vingt-cinq ans a quitté le ministère ou fait l'objet de procédures ; l'article y revient dans la section consacrée à la fin de l'épiscopat, avec les formulations exactes des sources.
| Repère publié | Date | Nombre | Source du chiffre |
|---|---|---|---|
| Prêtres incardinés dans le diocèse | 2000 | 187 | Presse catholique, bilan de janvier 2025 |
| Prêtres incardinés dans le diocèse | Fin 2021 | 215 | Presse catholique, bilan de janvier 2025 |
| Ordinations sacerdotales de l'année | 2020 | 9 prêtres et 6 diacres | Presse catholique, bilan de janvier 2025 |
Le tableau ci-dessus ne retient que des repères publiés et datés. Il ne reconstitue pas une statistique annuelle complète, que seul le diocèse pourrait fournir année par année.
La nouvelle évangélisation comme axe pastoral
Dominique Rey place son épiscopat sous le signe de la nouvelle évangélisation. En 2012, Benoît XVI le nomme membre du synode des évêques sur la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, où il est élu rapporteur d'un des groupes de travail francophones[26]. Le 6 février 2014, le pape François le nomme consulteur du Conseil pontifical pour les laïcs[27]. Dans la Conférence des évêques de France, il est membre de la commission pour la mission universelle de l'Église, puis de la commission pour les finances de 2017 à 2023[28][29].
Un article universitaire polonais a étudié sa réflexion sur la paroisse missionnaire au vingt et unième siècle, en présentant d'abord son parcours pastoral et académique en matière d'évangélisation, puis son analyse des menaces contemporaines et de la mission paroissiale[30]. Il fonde aussi les rencontres appelées « Communion évangélisation », un réseau qui rassemble des laïcs, des jeunes, des prêtres, des séminaristes et des responsables pastoraux désireux de partager des expériences de mission et de découvrir des initiatives nouvelles[31]. Ces éléments décrivent un évêque qui conçoit le diocèse comme un lieu d'envoi en mission, et non seulement comme une structure d'encadrement de communautés déjà constituées.
Les écrits d'un évêque pasteur
Une dizaine d'ouvrages de spiritualité et de pastorale
Dominique Rey a publié une dizaine d'ouvrages, pour l'essentiel des livres de spiritualité et de pastorale parus chez des éditeurs catholiques français. Leur bibliographie vérifiable, avec éditeur, année et numéro ISBN quand il est connu, est la suivante.
| Ouvrage | Éditeur | Année | ISBN |
|---|---|---|---|
| Les Rencontres de Jésus | Emmanuel | 2006 | 2-915313-65-2 |
| Peut-on être chrétien et franc-maçon ? | Salvator | 2007 | 978-2-7067-0517-5 |
| Les Mystères du rosaire | Emmanuel | 2008 | 978-2-35389-033-0 |
| Le Prêtre | Tempora | 2009 | 978-2-916053-58-5 |
| Laïcs dans l'Église aujourd'hui | Salvator | 2010 | 2-7067-0708-9 |
| Qui enverrai-je ? | Artège | 2010 | 978-2-36040-020-1 |
| L'héritage et la promesse | RCF Méditerranée | 2011 | 978-2-917299-11-1 |
| Peut-on être catho et écolo ? | Artège | 2012 | 2-36040-070-3 |
Deux titres qui résument ses préoccupations
Deux titres résument ses préoccupations constantes. Qui enverrai-je ?, paru en 2010 pendant l'année sacerdotale voulue par Benoît XVI, porte sur la sainteté et la mission du prêtre, sujet au cœur d'un épiscopat marqué par les ordinations nombreuses[32]. Peut-on être chrétien et franc-maçon ?, paru chez Salvator en 2007, rappelle la position de l'Église sur l'incompatibilité entre la foi catholique et l'appartenance maçonnique, position exprimée notamment par la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983[33]. Ces livres sont des ouvrages d'évêque pasteur ; ils n'ont pas le statut d'actes du magistère, et le présent article les cite comme des publications personnelles datées.
Des positions publiques rapportées avec leurs dates
Cette section rapporte des prises de position publiques, chacune avec sa date. Elle ne les transforme ni en programme ni en étiquette : un évêque diocésain s'exprime au fil des années sur des sujets différents, et c'est la succession datée de ces interventions qui permet au lecteur de se faire une idée juste.
La famille et les lois de société
En 2013, Dominique Rey apporte son soutien à la contestation de l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe portée par le mouvement La Manif pour tous[34]. Le 6 octobre 2019, il participe à la manifestation du collectif Marchons Enfants contre le projet de loi de bioéthique ouvrant la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux couples de femmes[35]. Ces deux interventions, à six ans de distance, relèvent chez lui d'une même ligne publique sur la famille et la filiation, exprimée dans le cadre de débats législatifs français datés.
Dès 2007, il était intervenu dans la polémique née en 2006 autour du Téléthon. Il y exprimait l'incompatibilité, pour des donateurs catholiques, entre le respect de l'embryon humain et le financement de recherches utilisant cet embryon, et il demandait un fléchage des dons permettant à chacun de garantir l'usage de son don, tout en soutenant les recherches sur les cellules souches adultes et le sang de cordon[36]. Là encore, la position est rapportée dans ses termes et à sa date ; elle n'engage que son auteur.
Les chrétiens d'Orient et la Syrie
À l'été 2013, il lance un appel contre une intervention militaire française en Syrie[37]. Le 15 août 2015, il appelle à la prière pour les chrétiens d'Orient et il se rend en Syrie le même mois ; la presse relève alors qu'il est le premier évêque français à s'y rendre depuis le début de la guerre[38]. Le 13 novembre 2015, dans la cathédrale de Toulon, il signe avec l'archevêque melkite Jean-Abdo Arbach l'acte de jumelage du diocèse de Fréjus-Toulon avec celui de Homs, en Syrie[39]. Le diocèse accueille dans ces années plusieurs familles de réfugiés de Syrie et d'Irak[40].
« Je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » Jésus, évangile selon Matthieu 11, 29, parole dont Dominique Rey a fait sa devise épiscopale[41]
La liturgie et la célébration tournée vers l'orient
Le 5 juillet 2016, à Londres, le cardinal Robert Sarah, alors préfet de la Congrégation pour le culte divin, invite les prêtres à revenir à la célébration de la messe tournés vers l'orient, dite ad orientem. Présent à cette conférence, Dominique Rey prend la parole pour remercier le cardinal et répondre favorablement à cet appel, en annonçant qu'il célébrerait ainsi et inviterait ses prêtres à le faire à partir du dernier dimanche de l'Avent et en d'autres occasions appropriées[42]. Le fait est rapporté ici à sa date et dans son contexte, une conférence publique à Londres, sans en faire une règle générale du diocèse que les sources ne décrivent pas ainsi.
Le débat politique local et la question des migrants
L'observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, dirigé par le père Louis-Marie Guitton, organise chaque année une université d'été avec des partenaires catholiques[43]. Le 29 août 2015, une table ronde de cette université, sur le thème « Politique et médias », réunit autour de Dominique Rey des élus et des journalistes de sensibilités différentes, dont Marion Maréchal, alors députée du Front national[44]. Plusieurs journaux relèvent qu'un diocèse invite ainsi pour la première fois un élu de ce parti à un débat qu'il organise[45]. Dominique Rey explique alors ce choix par le poids électoral du parti dans le Var.
« Avec 40 % de voix, il est impossible de faire autrement que de débattre avec le Front national. » Dominique Rey, université d'été du diocèse de Fréjus-Toulon, 29 août 2015[46]
Deux ans plus tard, à l'occasion de l'élection présidentielle de 2017, il propose des critères de discernement aux électeurs catholiques et il lie, dans ce texte, l'accueil des migrants à l'affirmation des racines chrétiennes de l'Europe[47]. Ces deux interventions de 2015 et 2017 sont citées ensemble parce qu'elles relèvent du même registre, la parole d'un évêque dans le débat public de son département et de son pays ; elles sont rapportées sans les confondre avec un enseignement doctrinal.
La fin de l'épiscopat, de 2022 à 2025
La suspension des ordinations en 2022
En mai 2022, à la suite d'une mission d'inspection menée par Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, le Vatican suspend les ordinations prévues dans le diocèse de Fréjus-Toulon, dont quatre ordinations annoncées pour la fin du mois de juin[48]. Le diocèse présente cette demande romaine comme liée à des questions sur la restructuration du séminaire et sur la politique d'accueil du diocèse[49]. Dominique Rey dit alors accueillir cette suspension dans la douleur et dans la confiance ; ces deux mots, rapportés par la presse catholique, décrivent sa réaction publique à une décision qui interrompt le rythme d'ordinations le plus soutenu de son épiscopat[50].
« Douleur et confiance. » Dominique Rey, réaction à la suspension des ordinations, juin 2022, mots rapportés par la presse catholique[51]
La visite apostolique et le coadjuteur en 2023
En février 2023, une visite apostolique du diocèse est conduite par Antoine Hérouard, archevêque de Dijon, assisté de Joël Mercier, ancien secrétaire de la Congrégation pour le clergé[52]. Les conclusions rendues publiques soulignent l'accueil très large de communautés nouvelles dans le diocèse et plusieurs dysfonctionnements de gestion économique[53]. À la suite de cette visite, le pape François nomme François Touvet, évêque de Châlons, comme évêque coadjuteur de Fréjus-Toulon ; il est nommé en novembre 2023 et installé le 10 décembre 2023, avec droit de succession[54]. Dominique Rey déclare alors se réjouir de cette nomination, qu'il dit avoir lui-même proposée, et il conserve notamment la responsabilité de l'enseignement catholique dans le diocèse pendant la période de coadjutorat[55].
Le 1er décembre 2024, après plus de deux ans sans ordinations, six hommes sont ordonnés diacres en vue du sacerdoce dans le diocèse, événement présenté par l'évêque coadjuteur comme le fruit d'un dialogue confiant et apaisé avec le dicastère romain compétent[56]. Cette reprise partielle, limitée au diaconat, précède de quelques semaines la fin de l'épiscopat de Dominique Rey.
La démission de janvier 2025 et ses bilans chiffrés
Dominique Rey présente sa démission le 31 décembre 2024, à la demande du pape François, qui l'accepte le 7 janvier 2025[57]. François Touvet lui succède automatiquement, comme le prévoit la nomination d'un coadjuteur avec droit de succession[58]. Dans l'entretien qu'il donne alors à la presse, Dominique Rey reconnaît une part d'échecs dans la politique d'accueil qui a marqué son gouvernement.
« Des communautés, des vocations sacerdotales et religieuses qui, pour une partie, environ 10 %, ont été des échecs reconnus, par manque de discernement ou d'accompagnement. » Dominique Rey, entretien de janvier 2025 sur sa démission[59]
La presse de janvier 2025 a publié, en les attribuant au diocèse, des bilans chiffrés de ces vingt-cinq ans : sur les prêtres ordonnés pendant l'épiscopat, plusieurs dizaines ont quitté le diocèse ou le ministère, et un nombre significatif de prêtres incardinés fait l'objet de difficultés ou de procédures signalées[60]. Ces chiffres, dont le détail varie selon les décomptes publiés, sont rapportés ici comme des bilans de presse confirmés par le diocèse selon leurs auteurs ; ils ne constituent ni un jugement canonique sur chaque personne, ni une appréciation que le présent article porterait en son nom propre. Ce que les faits datés établissent, sans discussion possible, tient en trois lignes : des ordinations nombreuses pendant plus de vingt ans, une suspension romaine en 2022, puis une succession organisée par la nomination d'un coadjuteur en 2023 et effective en janvier 2025.
En mars 2025, Dominique Rey s'installe à Paris, à la paroisse Notre-Dame-des-Champs, où il n'exerce pas de charge officielle mais célèbre des messes[61]. Il est, à cette date, évêque émérite de Fréjus-Toulon.
Ce que ce parcours permet de comprendre
Le parcours de Dominique Rey traverse un quart de siècle de la vie de l'Église en France. Économiste de formation devenu prêtre dans une communauté nouvelle, curé parisien devenu évêque à quarante-sept ans, il a gouverné un diocèse du sud de la France en pariant sur l'accueil : accueil de communautés, de prêtres venus d'ailleurs, de candidats au sacerdoce que d'autres diocèses n'avaient pas retenus. Ce pari a produit des fruits visibles et comptés, des ordinations nombreuses dans un pays où beaucoup de diocèses n'en célèbrent aucune certaines années[62]. Il a aussi exposé son auteur aux questions qui ont conduit Rome à intervenir entre 2022 et 2025.
Pour le lecteur, l'intérêt de ce dossier tient à cette tension documentée entre fécondité et discernement, sans qu'il soit nécessaire de choisir un camp pour la raconter. Les faits, les dates et les paroles publiques rapportés ci-dessus suffisent à comprendre pourquoi le diocèse de Fréjus-Toulon a été, sous son épiscopat, à la fois cité comme un lieu de vocations et placé sous examen romain. La suite de cette histoire appartient désormais à son successeur et, pour Dominique Rey lui-même, à son ministère d'évêque émérite commencé en 2025.
Pour aller plus loin
- Pape François (1936-2025) : le pape qui a nommé le coadjuteur en 2023 et accepté la démission en 2025.
- Mgr Éric de Moulins-Beaufort : autre figure de l'épiscopat français contemporain.
- Chantal Delsol (née en 1947) : une lecture philosophique de la France catholique contemporaine.
Notes et références
Conférence des évêques de France, notice biographique de Mgr Dominique Rey, site eglise.catholique.fr : naissance, études d'économie, travail au ministère des Finances de 1976 à 1979, formation à l'Institut catholique de Paris, ministères parisiens et à Paray-le-Monial, cure de la Sainte-Trinité de 1995 à 2000.
1 7 8 10 13 14 28Catholic-Hierarchy, notice « Bishop Dominique Marie Jean Rey », catholic-hierarchy.org : ordination sacerdotale le 23 juin 1984, nomination épiscopale le 16 mai 2000, consécration le 17 septembre 2000 par le cardinal Jean-Marie Lustiger.
2 11 15 16Vincent Herbinet, « Intelligence territoriale et dynamiques communautaires : le cas du diocèse de Fréjus-Toulon », dans un ouvrage collectif, Presses universitaires de Rennes, 2021, doi 10.4000/14t6x : grand nombre d'ordinations, de prêtres paroissiaux et de communautés nouvelles sous Joseph Madec puis Dominique Rey.
3 18Catholic World Report, « French Diocese to Hold Ordinations After Two-Year Halt by Vatican », 23 octobre 2024 : nombre record d'ordinations sous l'épiscopat commencé en 2000, accueil d'un large spectre de communautés, questions romaines sur l'évaluation des candidats.
4 19 24 49La Vie, compte rendu de juin 2022 sur la suspension des ordinations à Fréjus-Toulon, repris par la Catholic News Agency le 2 juin 2022 : visite fraternelle de Jean-Marc Aveline, suspension demandée par le Vatican, réaction de Dominique Rey dans la douleur et la confiance.
5 48 50 51Catholic World Report, « Pope Accepts Resignation of Bishop Under Investigation for Ordinations With Pre-Vatican II Rite », 7 janvier 2025 : acceptation par le pape François de la démission de Dominique Rey et succession automatique de François Touvet.
6 57 58Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Évêque : membre de la commission épiscopale pour les finances de la Conférence des évêques de France de 2017 à 2023.
9 29Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Formation et ministère sacerdotal, consulté en octobre 2026 : formation au sein de la communauté de l'Emmanuel sans passage par un séminaire diocésain classique.
12FSSPX News, « France: Conservative Conciliar Seminaries », 2023 : réouverture du séminaire de La Castille par Joseph Madec à partir de 1983, poursuivie par Dominique Rey à partir de 2000.
17Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Points-Cœur : accueil des sœurs en 2001, reconnaissance canonique en 2008, suspense de Thierry de Roucy déclarée en février 2016.
20Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Eucharistein : reconnaissance canonique en 2003, enquête canonique de 2021 relevant des dérives et un manque de suivi.
21Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Monastère Saint-Benoît : accueil à Brignoles en 2010, suppression de l'association publique de fidèles le 10 juin 2022.
22National Catholic Register, « Pope Francis Appoints Coadjutor to French Diocese Where Ordinations Were Halted », novembre 2023 : le diocèse de Fréjus-Toulon a connu un nombre record d'ordinations sacerdotales en France sous la conduite de Dominique Rey depuis 2000.
23Catholic Herald, « Embattled French Bishop of Fréjus-Toulon Resigns at Pope's Request », janvier 2025 : neuf prêtres et six diacres ordonnés en 2020 ; 215 prêtres incardinés à la fin de 2021, contre 187 en 2000 et 210 en 1950.
25Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Évêque : nomination par Benoît XVI au synode sur la nouvelle évangélisation en 2012 et élection comme rapporteur d'un groupe francophone.
26Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Évêque : nomination comme consulteur du Conseil pontifical pour les laïcs le 6 février 2014 par le pape François.
27Ireneusz Andrzej Celary, « Bischof Dominique Rey über die missionarische Pfarrei », Teologia Praktyczna, 2016, texte intégral en ligne : présentation du parcours pastoral et académique de Dominique Rey en matière d'évangélisation et analyse de sa réflexion sur la paroisse missionnaire.
30Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Engagements : fondation des rencontres « Communion évangélisation », réseau de chrétiens engagés dans la nouvelle évangélisation.
31Dominique Rey, Qui enverrai-je ? Sainteté et mission du prêtre, Paris, Éditions Artège, 2010, ISBN 978-2-36040-020-1 : ouvrage prolongeant l'année sacerdotale voulue par Benoît XVI.
32Dominique Rey, Peut-on être chrétien et franc-maçon ?, Paris, Salvator, 2007, ISBN 978-2-7067-0517-5 ; et Congrégation pour la doctrine de la foi, déclaration Quaesitum est sur l'incompatibilité entre foi catholique et appartenance maçonnique, 26 novembre 1983.
33Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Engagements : soutien à La Manif pour tous en 2013 et participation à la manifestation Marchons Enfants du 6 octobre 2019.
34 35Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Téléthon : intervention de 2007 sur la polémique de 2006, demande de fléchage des dons et soutien aux recherches sur cellules souches adultes et sang de cordon.
36Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Chrétiens d'Orient : appel de l'été 2013, prière du 15 août 2015, voyage en Syrie en août 2015, jumelage avec Homs signé le 13 novembre 2015 à Toulon, accueil de familles réfugiées de Syrie et d'Irak.
37 38 39 40Évangile selon Matthieu 11, 29 : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes. » Traduction liturgique française.
41Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Liturgie : conférence de Londres du 5 juillet 2016 avec le cardinal Robert Sarah et réponse favorable de Dominique Rey annonçant une célébration tournée vers l'orient à partir du dernier dimanche de l'Avent.
42Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Observatoire sociopolitique : université d'été du diocèse, table ronde du 29 août 2015 avec Marion Maréchal, et relevailles de presse sur cette première invitation d'un élu du Front national par un diocèse.
43 44 45Dominique Rey, propos rapportés lors de l'université d'été du diocèse de Fréjus-Toulon, 29 août 2015, cités par la presse et repris dans la notice biographique de référence : « avec 40 % de voix, il est impossible de faire autrement que de débattre avec le FN ».
46Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Migrants : critères de discernement proposés à l'occasion de l'élection présidentielle de 2017, liant l'accueil des migrants à l'affirmation des racines chrétiennes de l'Europe.
47Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Évêque : visite apostolique de février 2023 conduite par Antoine Hérouard assisté de Joël Mercier, conclusions sur l'accueil très large et des dysfonctionnements de gestion, nomination du coadjuteur et réaction de Dominique Rey.
52 53 55CathNews, « Pope Francis Appoints Coadjutor to French Diocese Where Ordinations Were Halted », 23 novembre 2023 : nomination de François Touvet, évêque de Châlons, comme coadjuteur de Fréjus-Toulon avec succession automatique.
54EWTN Vatican, « French Diocese to Hold Ordinations After Two-Year Halt by Vatican », octobre 2024 : ordinations diaconales du 1er décembre 2024 présentées comme le fruit d'un dialogue confiant et apaisé avec le dicastère compétent.
56Dominique Rey, entretien au Figaro, janvier 2025, propos repris par la notice biographique de référence : reconnaissance d'environ 10 % d'échecs dans l'accueil de communautés et de vocations, par manque de discernement ou d'accompagnement.
59Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Évêque, bilans publiés en janvier 2025 avec chiffres présentés comme confirmés par le diocèse de Fréjus-Toulon sur les prêtres ordonnés, les départs et les situations signalées.
60Wikipédia en français, article « Dominique Rey », section Éméritat : installation à Paris à la paroisse Notre-Dame-des-Champs en mars 2025, sans charge officielle.
61ACI Africa, « Vatican Asks for Suspension of Ordinations in French Diocese After a Fraternal Visit », juin 2022 : dix prêtres et huit diacres ordonnés l'année précédente dans le diocèse, à comparer aux 126 ordinations sacerdotales de toute la France en 2020 et à la majorité des diocèses français sans ordination.
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