André Frossard (1915-1995)

Fils d'un fondateur du Parti communiste élevé sans religion, André Frossard est devenu catholique en un instant le 8 juillet 1935 devant le Saint-Sacrement. Son récit Dieu existe, je L'ai rencontré (Fayard, 1969) a fait de lui un témoin public de la foi.

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André Frossard (1915-1995) est un journaliste et essayiste français, fils d'un fondateur du Parti communiste, élevé sans aucune religion et converti au catholicisme en quelques instants, à vingt ans, devant le Saint-Sacrement[1][2]. Son récit de 1969, Dieu existe, je L'ai rencontré, est devenu l'un des témoignages de conversion les plus lus du vingtième siècle[3].

Chroniqueur au Figaro pendant des décennies, auteur d'environ 15 000 articles de presse en 1990, il a mis sa plume au service de la foi reçue sans l'avoir cherchée[4]. Son amitié avec saint Jean-Paul II a donné le livre dialogue N'ayez pas peur en 1982, puis plusieurs portraits du pape[5].

Élu à l'Académie française en 1987, rescapé de la prison Montluc sous l'Occupation, il meurt à Versailles le 2 février 1995[6]. Son parcours tient en une phrase qu'il n'a cessé de redire sous des formes diverses : Dieu ne se démontre pas seulement, il se rencontre.

En quelques dates

  1. 14 janvier 1915
    Naissance dans le Doubs

    André Frossard naît à Saint-Maurice-Colombier, fils de Ludovic-Oscar Frossard, figure fondatrice du Parti communiste français[7].

  2. 8 juillet 1935
    Conversion et baptême à Paris

    Entré dans la chapelle des Sœurs de l'Adoration réparatrice, rue Gay-Lussac, à la recherche d'un ami, il est saisi par l'évidence de Dieu devant le Saint-Sacrement et reçoit le baptême le jour même[8].

  3. Septembre 1936
    Service dans la Marine

    Il est incorporé dans la Marine nationale, puis rejoint la Résistance après sa démobilisation[9].

  4. 10 décembre 1943
    Arrestation à Lyon

    Arrêté par la Gestapo, il est interné à la prison Montluc, dans la baraque dite aux juifs[10].

  5. 17 août 1944
    Rescapé de Montluc

    Soixante-douze des soixante-dix-neuf détenus de sa baraque sont massacrés à Bron. Il compte parmi les sept rescapés[11].

  6. 1946
    Premier livre

    La Maison des otages, chez Fayard, ouvre une bibliographie de plus de vingt-cinq ouvrages[12].

  7. 1969
    Dieu existe, je L'ai rencontré

    Le récit de sa conversion paraît chez Fayard et reçoit le Grand prix catholique de littérature[13][14].

  8. 1982
    Dialogue avec Jean-Paul II

    N'ayez pas peur, dialogue avec Jean-Paul II, paraît chez Robert Laffont[15].

  9. 18 juin 1987
    Élection à l'Académie française

    Il est élu au fauteuil 2, celui de René de La Croix de Castries, et reçu sous la Coupole le 10 mars 1988[16].

  10. 2 février 1995
    Mort à Versailles

    Il meurt à Versailles à quatre-vingts ans et il est inhumé à Caluire-et-Cuire[17].

Un fils de la maison communiste, élevé sans Dieu

Le père, fondateur du Parti communiste

André Frossard est le fils de Ludovic-Oscar Frossard (1889-1946), l'un des fondateurs historiques du Parti communiste français, devenu à trente et un ans le premier secrétaire général du parti issu du congrès de Tours, puis ministre dans les gouvernements du Front populaire[18][19]. Grandir dans cette maison, dans la France de l'entre-deux-guerres, signifie grandir dans une culture politique intense, où la question religieuse est réglée par avance : elle ne se pose pas.

Ludovic-Oscar Frossard, père d'André, en 1929. Agence Meurisse, BnF/Gallica, Wikimedia Commons, domaine public.

La famille porte pourtant des racines diverses. Sa grand-mère paternelle, Stéphanie Schwob (1861-1924), est juive, originaire de Foussemagne, dans le Territoire de Belfort, village qu'il décrira comme le seul de France à posséder une synagogue sans église[20]. Sa grand-mère maternelle, Fanny Pardonnet (1869-1936), est protestante[21]. Ces deux filiations ne lui transmettent aucune pratique : elles montrent seulement que son athéisme d'enfance n'est pas un héritage de haine de la religion, mais un milieu où Dieu est absent du paysage.

Une éducation où la question ne se pose plus

Il résumera lui-même cet athéisme familial comme un athéisme complet, où la question de l'existence de Dieu ne se pose même plus[22]. La formule compte pour comprendre la suite : le jeune André n'est ni un révolté contre l'Église, ni un chercheur de Dieu, ni un lecteur de théologie. Il ne combat pas une foi qu'il aurait perdue. Il vit simplement dans un monde où Dieu n'est pas une hypothèse à examiner.

Il fréquente l'École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris, puis il entre dans le journalisme comme dessinateur et chroniqueur[23][24]. Le dessin, le trait rapide, le sens de la formule : ses premiers métiers forgent déjà l'écrivain qu'il deviendra, un homme de phrases courtes, d'images nettes et d'humour.

Le 8 juillet 1935 : l'évidence devant le Saint-Sacrement

Une entrée sans intention religieuse

Le 8 juillet 1935, André Frossard a vingt ans. Il entre dans la chapelle des religieuses de l'Adoration réparatrice, rue Gay-Lussac à Paris (la communauté, d'abord rue d'Ulm, s'est installée au 39, rue Gay-Lussac), à la recherche de son ami André Willemin[25]. Il n'y entre ni pour prier, ni pour se convertir, ni pour assister à un office. Il y entre en passant, pour une raison d'amitié, sans attente spirituelle.

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À l'intérieur, le Saint-Sacrement est exposé. Ce qui se produit alors, il le racontera trente-quatre ans plus tard dans Dieu existe, je L'ai rencontré (Fayard, 1969) : en quelques instants, l'évidence de Dieu s'impose à lui, avec la certitude paisible d'une rencontre, et non comme la conclusion d'un raisonnement[26]. Il reçoit le baptême catholique le jour même, dans cette chapelle[27][28].

« Dieu existe, je L'ai rencontré » (André Frossard, titre de son récit de conversion, Fayard, 1969)[29]

Le titre dit l'essentiel de sa théologie spontanée : le verbe rencontrer suppose une personne, pas une idée. Toute son œuvre ultérieure déploiera cette conviction simple : la foi chrétienne ne commence pas par un système, elle commence par une présence reçue.

Ce que ce témoignage est, et ce qu'il n'est pas

Ce récit relève du témoignage personnel de conversion. L'Église n'a pas à approuver ou à désapprouver une conversion individuelle comme elle discerne une apparition : elle reçoit le baptême d'un adulte qui demande la foi, et elle juge ensuite les fruits d'une vie. Le degré d'autorité est donc clair : un témoignage d'homme, vérifiable dans ses faits extérieurs (date, lieu, baptême), dont la dimension intérieure (la grâce reçue) se propose à la confiance du lecteur sans s'imposer comme un dogme.

Cette précision protège le témoignage lui-même. Frossard n'a jamais demandé qu'on le croie sur parole comme on croit un dogme. Il a raconté ce qui lui était arrivé, avec le même soin de journaliste qu'il mettra dans ses enquêtes, et il a laissé le lecteur libre. C'est aussi pour cela que son livre a touché des lecteurs très éloignés de l'Église : il ne démontre pas, il atteste.

Une conversion qui ne doit rien à une crise

Le dossier extérieur écarte les explications faciles. Le jeune homme de 1935 n'est ni malade, ni en deuil, ni en échec : il cherche un ami, il a vingt ans, il dessine, il commence sa vie. La soudaineté fait partie du témoignage, assumée comme telle par l'auteur. On peut ne pas la recevoir ; on ne peut pas la réécrire en lente maturation sans contredire le seul témoin direct, qui est Frossard lui-même.

Dans l'histoire des conversions catholiques, son cas rejoint une famille bien attestée : celle des conversions soudaines devant le Saint-Sacrement ou dans une église, reçues comme une grâce plus que conclues comme une déduction. L'article L'Amour infini de Dieu dans l'Eucharistie le range ainsi aux côtés de Paul Claudel (Noël 1886 à Notre-Dame de Paris), de saint Charles de Foucauld (confession chez l'abbé Huvelin fin octobre 1886) et de sainte Édith Stein (lecture de sainte Thérèse d'Avila à l'été 1921)[30].

Marine, guerre et prison : le rescapé de Montluc

De la Marine à la Résistance

Prison Montluc à Lyon, lieu de détention de Frossard. Pascal tarraire, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Incorporé dans la Marine nationale en septembre 1936, André Frossard entre dans la Résistance dès sa démobilisation, dans un réseau de camouflage du matériel de guerre repris à l'occupant allemand[31]. Cette séquence compte pour lire son œuvre : l'homme qui écrira sur le crime contre l'humanité et sur la Passion de Maximilien Kolbe a connu de l'intérieur la France occupée, l'arrestation et la prison.

L'arrestation et la baraque de Montluc

Arrêté par la Gestapo à Lyon le 10 décembre 1943, il est interné à la prison Montluc, dans la baraque réservée aux détenus juifs, où se trouve également Marcel Bloch, le futur Marcel Dassault[32]. Le 17 août 1944, soixante-douze des soixante-dix-neuf détenus de cette baraque sont massacrés à Bron ; il est l'un des sept rescapés[33]. Décoré de la Légion d'honneur à titre militaire et promu officier par le général de Gaulle, il gardera de ces mois une gravité qui traverse ses livres sur la guerre et sur les camps[34].

Le témoin au procès Barbie

Le 25 mai 1987, plus de quarante ans après, il est entendu comme témoin au procès de Klaus Barbie, à la demande de la famille du professeur Marcel Gompel, mort sous la torture dans ses bras à Montluc[35]. Le journaliste devenu académicien revient ainsi, à la barre, sur le lieu même de sa jeunesse brisée. Cette fidélité de mémoire éclaire son livre Le Crime contre l'humanité (Robert Laffont, 1987) : chez lui, l'expression n'est pas une formule, elle désigne des visages.

Le journaliste : quinze mille articles et le « Cavalier seul »

Des salles de rédaction au Figaro

Après la guerre, il collabore à L'Aurore, il est engagé au Matin, puis il entre au Figaro ; il devient aussi rédacteur en chef de l'hebdomadaire Temps présent[36]. En 1990, il avait écrit environ 15 000 articles de presse[37][38]. Le chiffre donne l'échelle d'une vie : peu d'écrivains catholiques français du vingtième siècle ont tenu, comme lui, une présence presque quotidienne dans un grand journal national.

La chronique « Cavalier seul » jusqu'à la mort

Jusqu'à sa mort, il assure dans Le Figaro la chronique intitulée « Cavalier seul »[39]. Le titre lui ressemble : une allure libre, un ton personnel, le goût de la pointe et de la phrase qui reste. Ses livres, pour la plupart d'inspiration religieuse, prolongent cette chronique en volumes : vulgarisation exigeante, portraits de saints, dialogues avec le pape, récits de voyage en Terre sainte[40].

Une présence publique au-delà du journal

En 1951, il se présente sans étiquette aux élections législatives dans le Lot[41]. L'épisode reste marginal dans sa vie, mais il dit quelque chose de son rapport à la cité : le converti de 1935 n'a jamais conçu la foi comme une retraite hors du monde. Ses conférences, données chaque année en France et à l'étranger, surtout en Italie, font de lui un passeur entre la presse parisienne et le catholicisme populaire[42]. La ville de Ravenne l'élit citoyen d'honneur en 1986, reconnaissance italienne qui annonce son Évangile selon Ravenne[43].

L'œuvre écrite : du témoignage aux portraits

Les livres d'avant 1969 : l'histoire, les ordres religieux, la Terre sainte

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Sa bibliographie commence dès 1946 avec La Maison des otages (Fayard), récit marqué par la guerre et les otages[44]. Suivent Le Sel de la terre, consacré aux grands ordres religieux (Fayard, 1954), et, la même année, une Histoire paradoxale de la IVe République chez Grasset, qui montre le chroniqueur politique à l'œuvre[45]. Voyage au pays de Jésus (Fayard, 1958), Les Greniers du Vatican (Fayard, 1960) et Votre humble serviteur, Vincent de Paul (Seuil, 1960) dessinent déjà ses trois terrains durables : la Terre sainte, Rome et les saints[46].

Ces livres préparent le succès de 1969 sans le contenir. Pendant plus de vingt ans, Frossard écrit en catholique dans la presse et en librairie, avant de raconter publiquement l'événement fondateur de sa vie. Ce délai fait partie de la crédibilité du récit : Dieu existe, je L'ai rencontré n'est pas le livre d'un néophyte pressé de publier, mais celui d'un écrivain de cinquante-quatre ans qui a déjà une œuvre.

1969 : le récit qui le fait connaître

Dieu existe, je L'ai rencontré paraît chez Fayard en 1969[47]. Le livre reçoit le Grand prix catholique de littérature la même année[48]. Traduit dès 1970 en anglais chez Collins sous le titre God Exists: I Have Met Him, il circule ensuite largement et il reste, plus d'un demi-siècle après, le titre auquel son nom est associé[49].

Le récit tient sa force d'un contraste que l'auteur souligne sans l'enfler : d'un côté, un athéisme familial sans fissure ; de l'autre, une certitude reçue en quelques instants, devant le Saint-Sacrement exposé, sans préparation doctrinale. Il ne s'agit ni d'une vision décrite avec complaisance, ni d'un prodige public soumis à enquête : il s'agit d'une rencontre attestée par celui qui l'a vécue, puis par soixante années de vie et d'écriture cohérentes avec elle.

« Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement » (Évangile selon saint Jean 6, 51, traduction liturgique)[50]

Cette parole éclaire, pour un lecteur catholique, le lieu de la conversion : une chapelle d'adoration, devant le pain eucharistique exposé. Frossard n'a pas rencontré une idée de Dieu dans un livre ; selon son témoignage, il a été saisi par une présence, là où l'Église adore le Christ présent dans l'Eucharistie. Les articles La Présence réelle eucharistique et L'Eucharistie donnent le cadre doctrinal de ce que les catholiques croient recevoir dans ce sacrement.

Après 1969 : l'autre monde, le diable, l'art de croire

La suite déploie le témoignage en essais. Il y a un autre monde (Fayard, 1976) prolonge la conviction d'une réalité invisible reçue en 1935[51]. Les trente-six preuves de l'existence du diable (Albin Michel, 1978) prend le mal au sérieux, avec l'ironie qui lui est propre[52]. L'art de croire (Grasset, 1979) cherche une grammaire de la foi pour ses contemporains[53]. La France en général (Plon, 1975) et La Baleine et le Ricin (Fayard, 1982) gardent le versant politique et satirique du chroniqueur[54].

Deux livres disent son attachement à l'Italie et aux saints. L'Évangile selon Ravenne (Robert Laffont, 1984) naît de son lien avec Ravenne, dont il est citoyen d'honneur[55][56]. N'oubliez pas l'amour : la Passion de Maximilien Kolbe (Robert Laffont, 1987) raconte le franciscain polonais mort à Auschwitz en prenant la place d'un père de famille[57]. Le rescapé de Montluc écrivant sur saint Maximilien Kolbe : la rencontre de ces deux destins donne au livre une densité que la seule érudition n'explique pas.

Le tableau suivant réunit ses ouvrages majeurs, avec éditeur et année, pour servir de repère bibliographique[58].

AnnéeOuvrageÉditeur
1946La Maison des otagesFayard
1954Le Sel de la terreFayard
1954Histoire paradoxale de la IVe RépubliqueGrasset
1958Voyage au pays de JésusFayard
1960Les Greniers du VaticanFayard
1960Votre humble serviteur, Vincent de PaulSeuil
1969Dieu existe, je L'ai rencontréFayard
1975La France en généralPlon
1976Il y a un autre mondeFayard
1978Les trente-six preuves de l'existence du diableAlbin Michel
1979L'art de croireGrasset
1982N'ayez pas peur, dialogue avec Jean-Paul IIRobert Laffont
1982La Baleine et le RicinFayard
1984L'Évangile selon RavenneRobert Laffont
1987N'oubliez pas l'amour, Passion de Maximilien KolbeRobert Laffont
1987Le Crime contre l'humanitéRobert Laffont
1988Portrait de Jean-Paul IIRobert Laffont
1991Le Monde de Jean-Paul IIFayard
1992Excusez-moi d'être françaisFayard
1993Défense du papeFayard
1994Écoute, IsraëlFayard

L'ami de Jean-Paul II : un dialogue qui dure

N'ayez pas peur (1982) : le pape répond au journaliste

En 1982 paraît chez Robert Laffont N'ayez pas peur : André Frossard dialogue avec Jean-Paul II, un volume de 373 pages[59][60]. Le titre reprend l'appel lancé par Jean-Paul II le jour de l'inauguration de son pontificat, le 22 octobre 1978, appel devenu la signature spirituelle de son ministère[61].

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« N'ayez pas peur ! Ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! » (Saint Jean-Paul II, homélie de la messe d'inauguration du pontificat, place Saint-Pierre, 22 octobre 1978)[62]

Le genre du livre compte autant que son contenu : un pape régnant accepte le dialogue suivi avec un journaliste laïc français, converti de l'athéisme, chroniqueur dans un grand quotidien. Frossard y pose les questions d'un contemporain (Dieu, le mal, l'Église, le monde moderne) et le pape y répond longuement. Pour le lecteur, l'ouvrage donne accès à une parole pontificale directe, sans passer par le commentaire journalistique habituel.

L'article Pape saint Jean-Paul II (1920-2005) retrace le pontificat dans son ensemble ; la présente page ne retient que le versant Frossard de cette relation : celle d'un témoin devenu interlocuteur.

Les livres de la décennie Jean-Paul II

Le dialogue de 1982 ouvre une série. Le Chemin de croix, au Colisée avec Jean-Paul II paraît en 1986, dans le sillage de la méditation du Vendredi saint présidée par le pape[63]. Portrait de Jean-Paul II (1988) et Le Monde de Jean-Paul II (Fayard, 1991) prolongent le portrait en essayiste qui suit le pontificat au plus près[64]. Défense du pape (Fayard, 1993), à la fin de sa vie, assume le ton d'un ami qui prend publiquement parti pour un pape souvent contesté dans la presse de son pays[65].

En 1990, Jean-Paul II lui confère une haute distinction pontificale, grand-croix d'un ordre équestre pontifical[66][67]. C'est le signe public d'une estime réciproque : ni fonction officielle au Vatican, ni rôle de conseiller, seulement une amitié d'écrivains et de croyants, visible dans les livres.

L'Académie française et les dernières années

L'élection sous la Coupole

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Le 18 juin 1987, André Frossard est élu à l'Académie française au fauteuil 2, celui de René de La Croix de Castries, le même jour que l'historien Georges Duby[68]. Il est reçu sous la Coupole le 10 mars 1988 par le père Ambroise-Marie Carré[69][70]. L'élection consacre le parcours singulier d'un autodidacte du journalisme, venu des arts décoratifs et des salles de rédaction, devenu une voix catholique reconnue dans les lettres françaises.

Les dernières années entre Coupole et journal

Il continue pourtant le métier qui l'a fait : la chronique « Cavalier seul » au Figaro l'accompagne jusqu'à sa mort[71]. Cette fidélité simultanée à la Coupole et au journal dit son identité profonde : académicien sans quitter le quotidien, écrivain catholique sans quitter le débat public.

À sa demande, avec humour, il avait accepté le titre de vice-consul de Patagonie à Ravenne, dans le cercle des consuls nommés par Jean Raspail pour le Royaume d'Araucanie et de Patagonie[72]. L'anecdote n'est pas centrale ; elle rappelle que l'auteur de Dieu existe, je L'ai rencontré gardait le goût du jeu littéraire et de l'amitié des écrivains.

Il meurt à Versailles le 2 février 1995, à quatre-vingts ans, et il est inhumé au cimetière de Caluire-et-Cuire[73][74]. Son épouse, Simone Reynaud (1920-2003), le rejoindra huit ans plus tard[75].

Ce que son témoignage continue de dire

Quatre conversions, une même structure

Le tableau suivant situe la conversion de Frossard parmi trois conversions catholiques célèbres auxquelles l'encyclopédie le compare déjà, pour faire apparaître une structure commune sans confondre les histoires[76][77].

ConvertiPoint de départLieu et momentVoie de la grâce
Paul Claudel (1868-1955)Éloigné de la foiNotre-Dame de Paris, Vêpres de Noël, 25 décembre 1886Chant du Magnificat
Charles de Foucauld (1858-1916)Vie mondaine, foi perdueConfession chez l'abbé Huvelin, fin octobre 1886Sacrement de pénitence, puis communion
Édith Stein (1891-1942)Philosophe athéeLecture de la Vie de Thérèse d'Avila, été 1921Lecture d'une vie de sainte
André Frossard (1915-1995)Athéisme familial assuméChapelle d'adoration, Paris, 8 juillet 1935Présence eucharistique exposée
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Dans les quatre cas, le point commun n'est pas un raisonnement qui conclut, mais une rencontre qui précède et qui ensuite demande à être pensée. La différence de Frossard tient à son point de départ : Claudel, Foucauld et Stein venaient d'horizons où la question religieuse existait, fût-ce pour la combattre. Frossard, selon son propre récit, venait d'un monde où elle ne se posait plus. C'est ce contraste qui donne à son titre sa force d'interpellation pour des lecteurs sans culture chrétienne.

Une objection honnête, et la réponse du dossier

L'objection la plus sérieuse est simple : une certitude soudaine, racontée trente-quatre ans après, ne se vérifie pas comme un fait public. Elle demande à être crue sur la parole d'un homme.

Le dossier répond à son niveau, sans forcer. Les faits extérieurs sont contrôlables et ils concordent : formation, date, lieu, baptême le jour même, puis soixante ans de vie publique cohérente, y compris sous l'épreuve de la prison et du procès Barbie[78]. La dimension intérieure, elle, reste un témoignage : l'Église ne la canonise pas, elle la laisse produire ses fruits chez les lecteurs. Demander davantage serait confondre les degrés d'autorité ; demander moins (réduire le récit à un effet de style) serait refuser d'entendre le seul témoin direct.

C'est exactement la posture de Frossard journaliste : raconter juste, signer, et laisser le lecteur juger. Son œuvre n'impose pas sa conversion ; elle la rend difficile à ignorer.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Notice biographique de référence sur André Frossard (Wikipédia en français, consultée pour les dates, les lieux et la chronologie : naissance le 14 janvier 1915 dans le Doubs, conversion et baptême le 8 juillet 1935 rue Gay-Lussac, arrestation le 10 décembre 1943, élection à l'Académie française le 18 juin 1987, réception le 10 mars 1988, mort à Versailles le 2 février 1995). Relais bibliographique vers ses livres, cités directement dans le corps avec éditeur et année.

    1 4 6 8 9 10 11 16 17 18 20 21 22 23 25 27 31 32 33 34 35 36 37 39 40 41 42 43 56 66 68 69 71 72 73 75 77 78
  2. Notice biographique en anglais sur André Frossard (naissance à Saint-Maurice-Colombier le 14 janvier 1915, baptême dans la chapelle des Sœurs de l'Adoration le 8 juillet 1935, environ 15 000 articles en 1990, mort à Versailles le 2 février 1995), utilisée en recoupement de la notice française.

    2 7 19 24 28 38 67 70 74
  3. André Frossard, Dieu existe, je L'ai rencontré, Fayard, Paris, 1969. Récit premier de la conversion du 8 juillet 1935 ; le corps de l'article le paraphrase et ne lui attribue en citation directe que son titre, seul texte donné mot pour mot.

    3 13 26 29 47
  4. André Frossard, N'ayez pas peur ! André Frossard dialogue avec Jean-Paul II, Robert Laffont, Paris, 1982 (ISBN 2221010752 ; broché 2221010760). Notices Open Library et catalogue de la National Library of Australia (373 p.).

    5 15 59
  5. Liste bibliographique de référence des œuvres d'André Frossard, avec éditeurs et années : de La Maison des otages (Fayard, 1946) à Écoute, Israël (Fayard, 1994) et L'Évangile inachevé (1995). Relais vers les éditions, citées directement dans le corps.

    12 44 45 46 51 52 53 54 55 57 58 63 64 65
  6. Grand prix catholique de littérature, lauréat de 1969 : André Frossard pour Dieu existe, je L'ai rencontré. Liste des lauréats du prix.

    14 48
  7. Synthèse déjà publiée dans Ignispedia, article sur l'amour infini de Dieu dans l'Eucharistie : conversions de Frossard (8 juillet 1935), Claudel (25 décembre 1886), Foucauld (fin octobre 1886) et Édith Stein (été 1921, baptême le 1ᵉʳ janvier 1922), avec renvoi à Dieu existe, je L'ai rencontré (Fayard, 1969).

    30 76
  8. André Frossard, God Exists: I Have Met Him, trad. Marjorie Villiers, Collins, Londres, 1970, 125 p. (ISBN 9780002151535 ; édition anglaise de Dieu existe, je L'ai rencontré, Fayard, 1969). Notice de catalogue des bibliothèques du Buckinghamshire et d'Open Library.

    49
  9. Évangile selon saint Jean 6, 51, traduction liturgique (AELF) : parole du pain vivant descendu du ciel, citée pour éclairer le lieu eucharistique de la conversion, sans l'attribuer à Frossard.

    50
  10. Notice de catalogue de la National Library of Australia, bib ID 519831 : N'ayez pas peur !, dialogue avec Jean-Paul II, éditions Robert Laffont, Paris, vers 1982, 373 p.

    60
  11. Saint Jean-Paul II, homélie de la messe d'inauguration du pontificat, place Saint-Pierre, 22 octobre 1978 : appel à ouvrir toutes grandes les portes au Christ, repris comme titre du dialogue de 1982. Texte officiel du Saint-Siège (vatican.va).

    61 62