Sainte Théodora l'Impératrice (vers 815 – 867) est l'une des grandes figures féminines de l'histoire chrétienne : l'impératrice qui rendit pour toujours les saintes images à l'Église. Épouse fidèle d'un empereur iconoclaste, Théophile, elle garda la foi catholique dans le secret de ses appartements, au cœur d'un palais qui poursuivait les défenseurs des icônes. Devenue régente à la mort de son mari, elle saisit le pouvoir non pour elle-même, mais pour réparer une blessure d'un siècle : en 843, elle fit déposer le patriarche iconoclaste, rétablit la vénération des icônes et institua la fête du Triomphe de l'Orthodoxie, encore célébrée chaque premier dimanche du Carême byzantin. Mais le trait le plus émouvant de sa sainteté n'est pas politique : avant de rendre les images à l'Église, elle exigea que son mari persécuteur soit pardonné, et la tradition rapporte qu'elle obtint pour lui la miséricorde de Dieu.
« Et de la femme sont venues les meilleures choses. » — réponse de la poétesse Cassia au futur époux de Théodora, renvoyant de la faute d'Ève au salut par Marie[1]
Cet article présente la femme et la sainte : l'enfant de Paphlagonie élevée dans l'amour des icônes, l'impératrice secrètement fidèle, la régente réparatrice, la mère qui pria pour le salut de son persécuteur, la moniale dépouillée de tout. Pour la doctrine de l'image elle-même — l'argument christologique, la distinction entre vénération (proskynèse) et adoration (latrie) — et pour la crise iconoclaste comme épisode d'empire, on renvoie aux dossiers Ignispedia La théologie de l'icône, La querelle des images et Le concile de Nicée II (787), que cet article ne redouble pas.
Pourquoi sainte Théodora compte-t-elle autant ?
Celle qui mit fin à l'iconoclasme
Pendant plus d'un siècle, l'Empire byzantin avait été déchiré par la querelle des images : deux vagues de persécution impériale (730-787, puis 815-843) avaient fait briser, brûler, badigeonner les icônes, et martyriser leurs défenseurs. Le concile de Nicée II (787) avait défini la doctrine catholique de la vénération des images, mais l'empereur Léon V avait relancé la persécution en 815. C'est Théodora qui, en 843, ferma définitivement cette plaie : depuis lors, l'iconoclasme n'est jamais revenu au pouvoir à Byzance. Là où des saints comme Jean Damascène, Théodore Studite et Nicéphore de Constantinople avaient défendu les images par leur doctrine et leur sang, c'est une femme, une impératrice, qui les a rendues à l'Église dans la paix.
Une sainteté de palais
Théodora n'a pas fui le monde pour se sanctifier : elle a vécu sa foi au sommet du pouvoir, mariée à l'homme qui persécutait sa croyance la plus chère. Sa sainteté est celle d'une épouse, d'une mère de famille nombreuse, d'une femme d'État. Elle montre qu'on peut être saint sans quitter la cour, le mariage ou la responsabilité politique — à condition de ne jamais trahir sa conscience, même devant un époux tout-puissant.
La sainte de la miséricorde conjugale
Le détail qui a fait aimer Théodora de tout l'Orient chrétien est sa fidélité à son mari jusque dans l'au-delà. Théophile était mort iconoclaste, donc — aux yeux du droit canonique du temps — sous le coup d'une condamnation. Théodora refusa de rétablir les icônes tant qu'on n'aurait pas prié pour lui et obtenu son pardon. Elle aimait Dieu sans renier l'homme qui l'avait fait souffrir. Cette intercession obstinée pour le salut d'un persécuteur fait d'elle une figure de la miséricorde et de l'espérance du salut.
Une enfant de Paphlagonie dans un empire iconoclaste
Une famille fidèle aux images
Théodora naît vers 815 à Ébissa, dans le thème de Paphlagonie, sur la côte septentrionale de l'Asie Mineure[2]. Son père, Marinos, est un droungaire — un haut officier de l'armée impériale ; sa mère se nomme Théoctistè. Elle a deux frères qui joueront un grand rôle dans l'histoire de l'empire, Bardas et Pétronas, et plusieurs sœurs[3]. Surtout, c'est une famille iconophile : on y vénère les saintes images et on y vient en aide aux chrétiens persécutés pour leur fidélité aux icônes[4]. Théodora grandit donc dans une maison où l'on prie devant les images du Christ et de la Vierge à une époque où l'État interdit ce culte. Cette foi reçue dans l'enfance sera la matrice de toute sa vie.
Le concours de beauté de 830 et le mariage avec Théophile
En 830, le jeune empereur Théophile, célibataire, fils de Michel II, cherche une épouse. Selon une coutume byzantine, sa belle-mère Euphrosyne organise un concours de beauté (brideshow) : on rassemble les plus belles jeunes filles de l'empire, et le souverain choisit la sienne en lui remettant une pomme d'or[5][6]. Une scène fameuse, transmise par les chroniqueurs, met aux prises Théophile et la noble et brillante Cassia (Kassia), future hymnographe. Frappé par sa beauté mais voulant éprouver son esprit, Théophile lui lance, en pensant à Ève : « Par une femme sont venues les pires choses » ; Cassia rétorque aussitôt, en pensant à la Vierge Marie : « Et par une femme sont venues les meilleures choses »[7]. Décontenancé par tant d'audace, l'empereur passe son chemin et remet la pomme d'or à Théodora, plus discrète. Le mariage est célébré le 5 juin 830, et Théodora est couronnée impératrice (Augusta)[8].
Le couple aura plusieurs enfants : un fils aîné, Constantin, associé au trône mais mort en bas âge ; le futur empereur Michel III, né en 840 ; et plusieurs filles — Thékla, Anna, Anastasia, Pulchérie et Marie[9][10]. Mais cette union scelle aussi un drame de conscience : Théophile est le plus zélé des empereurs iconoclastes, et Théodora, l'épouse fidèle aux images.
Une impératrice fidèle dans un palais hostile aux icônes
La foi cachée : les « petites poupées » et le fou Denderis
Théophile fait de la lutte contre les images une affaire d'État. Il interdit la vénération des icônes au palais et tient ses propres enfants éloignés de leur grand-mère, qui leur en montrait[11]. Mais Théodora garde et vénère des icônes en secret, cachées dans ses appartements. La tradition synaxariale rapporte une anecdote restée célèbre : un jour, le bouffon de cour, un nain nommé Denderis, surprend l'impératrice en train d'embrasser ses icônes. Interrogée, elle répond avec esprit qu'il s'agit de ses « jolies poupées ». Quand Denderis rapporte la scène à l'empereur — « maman a de belles poupées » —, Théodora détourne habilement le soupçon, prétendant que le bouffon a vu son reflet dans un miroir[12]. Sous le trait plaisant, l'épisode dit une vérité grave : pendant des années, Théodora a vécu sa foi dans la clandestinité conjugale, fidèle au Christ sans cesser d'être une épouse loyale.
« Ce ne sont pas des poupées, mais les saintes images que je vénère. » — d'après la tradition rapportée par le Synaxaire, sur la foi cachée de l'impératrice Théodora[13]
Douceur d'une sainte face à la dureté d'un persécuteur
Les sources hagiographiques insistent sur le tempérament de Théodora : douce, patiente, pieuse, elle adoucit autant qu'elle le peut la rigueur de son mari. La notice du martyrologe français résume : « Elle fut une bonne épouse et une bonne souveraine, tempérant par sa douceur et sa patience la cruauté de Théophile, son impérial époux »[14]. Sans jamais s'opposer frontalement à l'empereur — ce qui eût été inutile et dangereux —, elle intercède, protège, atténue. C'est une sainteté du dedans, faite de fidélité quotidienne plus que d'éclat, à la manière de sainte Monique priant des années pour la conversion des siens.
La régente qui rendit les icônes à l'Église (843)
La mort de Théophile et la régence
Théophile meurt de dysenterie le 20 janvier 842[15]. Son héritier, Michel III, n'a que deux ans. Théodora devient régente de l'empire, entourée d'un conseil où figurent ses frères Bardas et Pétronas et surtout le puissant ministre eunuque Théoctiste (Theoktistos), logothète du drome[16]. La voici à la tête du plus grand État chrétien du monde — et libre, enfin, d'agir selon sa foi.
« La première tâche que se fixa Théodora fut le rétablissement du culte des images. » — Synaxaire de sainte Théodora[17]
Le synode de 843 : Méthode patriarche, Nicée II confirmé
Théodora agit avec prudence et fermeté. Elle fait déposer le patriarche iconoclaste, Jean VII le Grammairien, et le remplace par un confesseur de la foi, le moine Méthode (Méthode Ier de Constantinople), qui avait souffert pour les images[18]. (Ce patriarche Méthode Ier ne doit pas être confondu avec saint Méthode, l'apôtre des Slaves, son contemporain.) Réuni au début de 843, un synode à Constantinople confirme solennellement les décisions du concile de Nicée II (787) : la vénération des saintes images est rétablie comme doctrine de l'Église, l'iconoclasme est de nouveau condamné[19]. Le siècle de la querelle des images touche à sa fin.
Le Triomphe de l'Orthodoxie (11 mars 843)
La restauration est scellée par une grande célébration. Le samedi 10 mars 843, une vigile de toute la nuit rassemble le clergé de Constantinople au palais des Blachernes. Le lendemain, dimanche 11 mars 843 — premier dimanche du Grand Carême —, l'impératrice Théodora et le jeune empereur Michel III, accompagnés du patriarche Méthode, des moines, des prêtres et des confesseurs venus de tout l'empire (certains portant encore les cicatrices de la persécution), processionnent à travers la ville et célèbrent la divine liturgie à Sainte-Sophie[20][21]. Ce jour, on proclame le « Triomphe de l'Orthodoxie » : la victoire de la vraie foi sur l'hérésie iconoclaste.
Théodora ne se contente pas d'un événement : elle institue une fête perpétuelle. Le premier dimanche du Carême devient le dimanche de l'Orthodoxie, encore célébré aujourd'hui dans tout le monde byzantin, avec la lecture du Synodikon de l'Orthodoxie et la procession des icônes[22]. Le tableau suivant récapitule la mémoire liturgique de la sainte :
| Mémoire | Date | Remarque |
|---|---|---|
| Fête de sainte Théodora | 11 février | Commémoration de l'impératrice sainte dans l'Église d'Orient[23] |
| Dimanche de l'Orthodoxie | 1ᵉʳ dimanche du Grand Carême | Fête du Triomphe de l'Orthodoxie qu'elle institua en 843[24] |
| Procession des reliques (Corfou) | Dimanche de l'Orthodoxie | Ses reliques sont portées en procession dans l'île[25] |
« Que mon époux soit pardonné » : la sainte et le salut de Théophile
La condition posée par Théodora
C'est ici que la figure de Théodora dépasse la politique pour atteindre la sainteté. Son mari Théophile était mort iconoclaste, donc — selon le droit de l'Église du temps — passible d'anathème, comme les autres persécuteurs. Or Théodora refuse de rétablir les icônes tant qu'on n'aura pas prié pour son mari et qu'on ne lui aura pas obtenu le pardon de Dieu. Elle obtient du patriarche Méthode et du clergé que le nom de Théophile ne figure pas parmi ceux des hérétiques anathématisés, et que toute l'Église supplie pour le repos de son âme[26]. Là où d'autres auraient triomphé en condamnant le persécuteur mort, Théodora exige d'abord la miséricorde pour lui.
Le récit du pardon (la tradition synaxariale)
La tradition orthodoxe a entouré ce pardon d'un récit célèbre. Selon le synaxaire, l'Église entière jeûna et pria une semaine pour Théophile. On déposa sur l'autel de Sainte-Sophie un parchemin où étaient inscrits les noms des empereurs iconoclastes, dont celui de Théophile ; au terme de la supplication, le patriarche Méthode aurait constaté que le nom de Théophile en avait miraculeusement disparu, signe de son pardon. La même tradition rapporte que, sur son lit de mort, terrorisé par la crainte du jugement, Théophile aurait saisi et baisé une icône (l'enkolpion d'un de ses proches), confessant la vraie foi avant d'expirer, et qu'une grande paix l'aurait envahi[27][28].
« Revenant à lui un instant après une vision terrifiante, Théophile embrassa la sainte icône et confessa la vraie foi avant de rendre son âme à Dieu. » — Synaxaire de sainte Théodora, récit du pardon de Théophile[29]
Les historiens notent que ce récit du repentir de Théophile est débattu : certaines sources le tiennent pour une tradition pieuse destinée à légitimer le retournement de 843, d'autres sources contemporaines le donnent comme mort dans l'hérésie[30]. L'Église d'Orient l'a néanmoins reçu comme l'expression d'une vérité spirituelle plus profonde : le pardon est possible jusqu'au dernier souffle, et la prière des saints peut atteindre l'âme la plus endurcie.
Une spiritualité de l'intercession et de la miséricorde
Quelle que soit la part d'histoire et de légende dans ces détails, le cœur spirituel de l'épisode est certain et constamment attesté : Théodora a voulu sauver l'âme de son persécuteur avant de célébrer sa propre victoire. Sa foi n'est pas une revanche, mais une intercession. En cela elle rejoint la grande tradition catholique de la prière pour les défunts et de l'espérance du salut : on ne désespère de personne, on prie même pour ceux qui nous ont fait du mal. Sa sainteté unit ainsi la fermeté dans la vérité (rétablir les images coûte que coûte) et la tendresse de la miséricorde (ne pas livrer l'âme d'un pécheur à la condamnation).
Dépouillée du pouvoir : la sainte à l'épreuve (856-867)
L'éviction par Bardas et Michel III
Le gouvernement de Théodora fut, par ailleurs, ferme et prospère : elle stabilisa les finances, défendit les frontières et chercha à ramener à l'Église des groupes dissidents. Mais à mesure que Michel III grandissait, son oncle Bardas, frère de Théodora, le détacha de sa mère pour gouverner à sa place. Le 20 novembre 855, le fidèle ministre Théoctiste, soutien de la régente, fut assassiné dans le palais par les conjurés[31]. Le 15 mars 856, une commission du Sénat proclama Michel III seul empereur, mettant fin à la régence de Théodora[32]. La sainte qui avait rendu les images à l'Église fut ainsi écartée du pouvoir par son propre fils.
La moniale de Gastria
Après une résistance, Théodora fut contrainte de quitter le palais et de se retirer au monastère de Ta Gastria, à Constantinople, où elle prit le voile[33]. La femme qui avait régné sur le plus grand empire chrétien finit ses jours en moniale, dans la prière, l'ascèse et le dépouillement. Cette dernière étape n'est pas un échec, mais l'achèvement de sa sainteté : l'impératrice rendue à la condition la plus humble, ayant tout donné et tout perdu, sauf la foi.
Mort et incorruption
Théodora meurt vers 867, le 11 février selon les registres du monastère, et elle est inhumée à Gastria, auprès de plusieurs de ses filles et de son frère Pétronas[34]. La tradition rapporte que son corps demeura incorrompu[35][36]. Très tôt vénérée comme sainte pour avoir rétabli la vénération des icônes, elle entra dans le calendrier de l'Église d'Orient.
Le culte de sainte Théodora
Vénération, fête et Synodikon
Sainte Théodora est honorée par l'Église orthodoxe comme la restauratrice des saintes images, le 11 février[37][38]. Mais sa mémoire la plus éclatante reste le dimanche de l'Orthodoxie, qu'elle a institué : chaque premier dimanche de Carême, le monde byzantin proclame la victoire de la foi sur l'iconoclasme et lit le Synodikon de l'Orthodoxie, qui acclame les défenseurs des images — dont Théodora elle-même[39]. Appartenant à l'Église indivise d'avant le schisme de 1054, elle fait partie du patrimoine commun des chrétiens d'Orient et d'Occident.
Les reliques de Corfou
Après la chute de Constantinople, ses reliques furent mises à l'abri en Occident. En 1456, le moine Grégoire (Georges) Kalochairétis les transféra — en même temps que celles de saint Spyridon de Trimythonte — vers l'île de Corfou, alors possession vénitienne[40]. Elles y sont aujourd'hui conservées dans la cathédrale métropolitaine de la Panagia Spiliotissa (la Vierge « de la grotte »), où sainte Théodora est honorée comme protectrice secondaire de l'île (le patron titulaire étant saint Spyridon). Chaque dimanche de l'Orthodoxie, ses reliques sont portées en procession à travers Corfou[41].
Pourquoi prier sainte Théodora aujourd'hui ?
Sainte Théodora parle à notre temps de plusieurs manières. Elle montre d'abord qu'on peut sanctifier une vie de pouvoir, de mariage et de famille sans rien céder sur l'essentiel : elle n'a pas attendu d'être libre pour aimer Dieu, elle l'a aimé dans la contrainte, sous le regard d'un époux hostile. Elle enseigne ensuite que la fidélité patiente finit par porter du fruit : pendant des années elle a prié en secret, et c'est elle, finalement, que Dieu a choisie pour rendre les images à son Église.
Elle est enfin la sainte de la miséricorde : elle n'a pas voulu de sa victoire sans le pardon de celui qui l'avait persécutée. Pour tous ceux qui prient pour la conversion ou le salut d'un proche endurci, d'un mari, d'un enfant, d'un parent éloigné de Dieu, son intercession est un modèle et un appui. Sa vie dit qu'on ne doit désespérer de personne, et que l'amour vrai cherche toujours, jusqu'au bout, le salut de l'autre.
« On ne désespère d'aucune âme : la prière d'une épouse peut suivre son époux jusqu'au seuil de l'éternité. » — esprit du témoignage de sainte Théodora, intercédant pour le salut de Théophile[42]
Pour aller plus loin
- La querelle des images (iconoclasme) — la crise byzantine d'un siècle à laquelle Théodora mit fin en 843.
- La théologie de l'icône — la doctrine catholique de la vénération des images, rétablie par le synode de 843.
- Le concile de Nicée II (787) — le concile œcuménique dont Théodora fit confirmer les décisions.
- Saint Théodore Studite (759-826) — le grand moine résistant du second iconoclasme, mort peu avant le triomphe que Théodora consacra.
- Saint Jean Damascène (675-749) — le Père grec qui avait fondé doctrinalement la défense des icônes.
- Saint Nicéphore de Constantinople (v. 758-828) — le patriarche confesseur, déposé par les iconoclastes, dont Théodora vengea la cause.
- Sainte Monique (332-387) — l'autre grande sainte épouse et mère, modèle de la prière persévérante pour le salut des siens.
Notes et références
Anecdote du brideshow de 830 rapportée par les chroniqueurs byzantins (Syméon Logothète, Continuateur de Théophane) et reprise par Wikipedia EN, « Theodora (wife of Theophilos) » (consulté le 27 juin 2026). Théophile, éprouvant la beauté Cassia (Kassia), lui dit en pensant à Ève : « Ἐκ γυναικὸς τὰ χείρω » (« par une femme sont venues les pires choses ») ; Cassia répond, en pensant à la Vierge : « Καὶ ἐκ γυναικὸς τὰ κρείττω » (« et par une femme sont venues les meilleures choses »). Décontenancé, l'empereur remet la pomme d'or à Théodora. Détail traditionnel, transmis par Syméon Logothète — seule source primaire à rapporter l'épisode du concours de beauté (cf. Warren T. Treadgold, « The Problem of the Marriage of the Emperor Theophilus », Greek, Roman and Byzantine Studies 16, 3, 1975, p. 327). L'historicité précise de la joute verbale reste discutée, mais l'existence historique de Cassia (Kassia) comme moniale, poétesse et hymnographe byzantine, dont plusieurs œuvres nous sont parvenues, est bien établie (Treadgold, art. cit., p. 327).
1 7Wikipédia (fr), art. « Théodora (impératrice, épouse de Théophile) » (consulté le 27 juin 2026) : naissance v. 815 à Ébissa (Paphlagonie) ; père Marinos, droungaire ; mère Théoctistè ; frères Bardas et Pétronas ; mariage le 5 juin 830 après le concours de beauté organisé par Euphrosyne ; enfants Michel III, Constantin (mort jeune), Thékla, Anna, Anastasia, Pulchérie, Marie ; mort de Théophile le 20 janvier 842 ; régence 21 janvier 842 – 15 mars 856 ; remplacement du patriarche iconoclaste par le moine Méthode ; intercession pour que le nom de Théophile ne figure pas parmi les iconoclastes anathématisés ; mort v. 867 (11 février selon les registres monastiques) ; inhumation à Ta Gastria ; reliques transférées à Corfou en 1456. Source tertiaire ; la date du mariage (830) est corroborée par la recherche académique (cf. note sur le brideshow et Treadgold, art. cit., ci-dessous).
2 3 8 11 15 16 18 26 34Synaxaire orthodoxe, « Sainte Théodora († 867) » (texte relayé par La lumière de Dieu, lalumierededieu.blogspot.com, consulté le 27 juin 2026) : famille iconophile venant en aide aux persécutés ; première tâche de la régente : « le rétablissement du culte des images » ; vigile de toute la nuit au palais des Blachernes le 10 mars 843, puis liturgie à Sainte-Sophie et proclamation du « Triomphe de l'Orthodoxie » le premier dimanche du Grand Carême ; institution de la fête du dimanche de l'Orthodoxie ; corps demeuré incorrompu ; reliques transférées en 1456 par le moine Grégoire (Georges) Kalochairétis, avec celles de saint Spyridon, à Corfou (alors vénitienne), conservées à la cathédrale métropolitaine de la Panagia Spiliotissa et portées en procession le dimanche de l'Orthodoxie. Texte hagiographique (synaxaire) ; à distinguer des données strictement historiques.
4 17 20 22 24 25 27 35 39 40 41Wikipedia (en), art. « Theodora (wife of Theophilos) » (consulté le 27 juin 2026) : naissance v. 815 à Ébissa, Paphlagonie ; parents Marinos (droungarios et tourmarchès) et Théoctistè ; frères Bardas et Pétronas ; bride-show de 830 et anecdote de la pomme d'or et de Kassia ; régence à partir de 842 pour Michel III ; restauration des icônes en mars 843, dépôt du patriarche Jean VII (le Grammairien) et élévation de Méthode Ier ; célébration du Triomphe de l'Orthodoxie le 11 mars 843 à Sainte-Sophie, institution de la fête de l'Orthodoxie ; assassinat du ministre Théoctiste en novembre 855 par les conjurés autour de Bardas et Michel III ; Michel III proclamé seul empereur le 15 mars 856 ; vénérée comme sainte, fête le 11 février. Source tertiaire ; chronologie recoupée avec Treadgold, art. cit. (voir note sur le brideshow ci-dessous).
5 9 19 31 32 38Sur la coutume byzantine du brideshow (concours de fiancées impériales) et le rôle de l'impératrice-mère Euphrosyne en 830 : Wikipédia (fr) et (en), art. cités, consultés le 27 juin 2026. Plusieurs souverains du IXᵉ siècle choisirent ainsi leur épouse parmi des jeunes filles rassemblées de tout l'empire ; le choix était signifié par la remise d'une pomme d'or. Coutume attestée par l'historiographie byzantine ; la part d'embellissement littéraire (notamment l'épisode de Kassia) reste discutée par les historiens. Débat de datation : Syméon Logothète, seule source primaire à mentionner l'événement, situe le mariage en 830 (Pentecôte, soit le 5 juin) ; en 1901, E. W. Brooks a proposé de redater le mariage à 821/822 sur la foi d'un recoupement avec le De Ceremoniis. Réexaminant l'ensemble du dossier (monnaies impériales, catalogue des tombeaux, chronologie des enfants du couple), Warren T. Treadgold défend la date traditionnelle de 830 contre la redatation de Brooks : Warren T. Treadgold, « The Problem of the Marriage of the Emperor Theophilus », Greek, Roman and Byzantine Studies 16, 3 (automne 1975), p. 325-341. C'est cette date de 830, la mieux établie, qui est retenue dans cet article.
6Michel III (« l'Ivrogne »), fils de Théodora et de Théophile, né en janvier 840 (le 9 ou le 10 selon les prosopographies), seul empereur à partir du 15 mars 856, assassiné dans la nuit du 23 au 24 septembre 867 par Basile le Macédonien, fondateur de la dynastie macédonienne : Wikipedia (en), art. « Theodora (wife of Theophilos) » et données prosopographiques liées, consulté le 27 juin 2026. La mort de Théodora (v. 867) est proche de celle de son fils. Datation de la naissance de Michel III cohérente avec la chronologie familiale établie par Treadgold, art. cit. (voir note sur le brideshow ci-dessous), à partir des monnaies et du catalogue des tombeaux impériaux du De Ceremoniis.
10Synaxaire / tradition hagiographique (relayée par Iconographie chrétienne, har22201.blogspot.com, et La lumière de Dieu, consultés le 27 juin 2026) : anecdote du bouffon de cour, le nain Denderis, surprenant l'impératrice en train d'embrasser ses icônes cachées, qu'elle nomme ses « jolies poupées » (« belles poupées ») ; Théodora détourne ensuite le soupçon de l'empereur Théophile. Épisode traditionnel illustrant la foi clandestine de l'impératrice ; les formulations exactes varient selon les recensions du synaxaire.
12 13Nominis (Conférence des évêques de France), notice « Sainte Théodora » (nominis.cef.fr) : impératrice morte en 867 ; « Elle fut une bonne épouse et une bonne souveraine, tempérant par sa douceur et sa patience la cruauté de Théophile, son impérial époux » ; régente pour son fils Michel après la mort de son mari, qui avait intensifié la persécution des défenseurs des icônes ; « Elle convoqua le concile de 843, rétablit le culte des saintes icônes et fixa, au 1er dimanche de Carême, la fête du Triomphe de l'Orthodoxie sur les iconoclastes » ; écartée du pouvoir, elle passa ses dernières années au monastère de Gastria où elle fut contrainte de prendre le voile ; fête locale le 11 février.
14 23 33 37Synaxaire / Iconographie chrétienne (har22201.blogspot.com, « Sainte Théodora, impératrice et moniale », consulté le 27 juin 2026) : description du dimanche du Triomphe de l'Orthodoxie (843) où les confesseurs, prêtres et moines venus des quatre coins de l'Empire processionnent en portant encore les « blessures encore sanglantes » de la persécution ; corps de Théodora demeuré incorrompu ; reliques transférées à Corfou, où la tradition rapporte qu'elles survécurent aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Source hagiographique de dévotion ; à distinguer des données strictement historiques.
21 36Tradition du pardon de Théophile (synaxaire de sainte Théodora, sources citées ci-dessus) : avant de rétablir les icônes, Théodora exige que l'on prie pour le repos de l'âme de son mari iconoclaste ; récit de la semaine de jeûne et de supplication de toute l'Église, du parchemin déposé sur l'autel de Sainte-Sophie où le nom de Théophile aurait miraculeusement disparu, et de la vision sur son lit de mort où, « revenant à lui un instant après une vision terrifiante, Théophile embrassa la sainte icône et confessa la vraie foi avant de rendre son âme à Dieu ». Récit pieux explicitement débattu : les sources hagiographiques le présentent comme un signe du pardon obtenu par la prière de l'impératrice, mais d'autres sources contemporaines tiennent Théophile pour mort dans l'hérésie, et plusieurs historiens y voient une tradition destinée à légitimer le revirement de 843. Étude académique de référence sur ce point précis : Eirini Panou, « A change of heart? Theophilos on his deathbed », Byzantine and Modern Greek Studies 48, 1 (2024), p. 82-99, qui montre que le récit du repentir, transmis par Théophane Continué et le Pseudo-Syméon via le témoignage prêté à Théodora devant le concile de 843, sert des besoins politiques (légitimation du jeune Michel III et sauvegarde de la mémoire de Théophile) autant qu'il rapporte un fait vérifiable ; voir aussi Judith Herrin, Women in Purple: Rulers of Medieval Byzantium (Londres, 2001), qui souligne que le rôle actif de Théodora dans ce récit devant le concile n'est contesté par aucune source. À présenter comme tradition spirituelle, non comme fait historiquement établi.
28 29 30 42