Catherine de Hueck Doherty (1896-1985), née Ekaterina Kolychkine à Nijni-Novgorod, est une figure majeure du catholicisme social et spirituel du XXᵉ siècle : baronne russe ruinée par la Révolution, réfugiée au Canada, elle a donné toute sa vie aux pauvres avant de devenir l'un des grands maîtres spirituels de langue anglaise. L'Église la reconnaît aujourd'hui comme Servante de Dieu[1].
Sa trajectoire tient de l'épopée. Élevée dans la spiritualité orthodoxe russe puis reçue dans l'Église catholique, elle traverse la Première Guerre mondiale comme infirmière au front, échappe de justesse aux bolcheviques, connaît la faim de l'exil, puis reconstruit sa vie en Amérique du Nord. À partir de 1930, un appel intérieur qu'elle appelle le « Petit Mandat » — « Vends tout ce que tu possèdes… suis-moi » — la pousse à quitter le confort pour vivre parmi les plus pauvres, d'abord dans les taudis de Toronto, puis à Harlem, où elle ouvre en 1938 un apostolat interracial audacieux pour l'époque[2].
En 1947, avec son second époux, le journaliste Eddie Doherty, elle s'installe dans le village de Combermere (Ontario) et y fonde Madonna House, une famille de laïcs — hommes et femmes — et de prêtres vivant les conseils évangéliques. C'est de là qu'elle offre à l'Occident un trésor de l'Orient chrétien : la poustinia, ce « désert » de silence, de solitude et de prière au cœur même du monde, dont son livre de 1975 fera un mot du vocabulaire spirituel contemporain[3].
Auteur de plus de trente ouvrages, décorée par le pape Jean XXIII et reçue dans l'Ordre du Canada, elle meurt à Combermere en 1985. Sa cause de béatification, ouverte dans le diocèse de Pembroke, fait d'elle l'une des grandes candidates à la sainteté du catholicisme nord-américain, aux côtés de son amie Dorothy Day[4].
Repères biographiques
En quelques dates
- 15 août 1896Naissance à Nijni-Novgorod
Ekaterina Fiodorovna Kolychkine naît dans une famille aisée et profondément croyante de l'aristocratie russe, baptisée dans l'Église orthodoxe.
- 1912Mariage avec Boris de Hueck
À quinze ans, elle épouse son cousin, le baron Boris de Hueck, et devient baronne.
- 1914-1918Infirmière au front
Pendant la Première Guerre mondiale, elle sert comme infirmière sur le front russe et reçoit des décorations pour son courage.
- 1917-1919La Révolution et la fuite
La Révolution bolchevique détruit son monde et tue plusieurs proches. Le couple s'enfuit vers la Finlande, frôle la mort par la faim, puis gagne l'Angleterre.
- vers 1919Entrée dans l'Église catholique
Réfugiée à Londres, Catherine est reçue dans l'Église catholique.
- 1921Émigration au Canada
Elle arrive à Toronto, où naît son fils George. Elle connaît la grande pauvreté et enchaîne les petits métiers.
- 15 octobre 1930Le don de sa vie
Avec la bénédiction de l'archevêque Neil McNeil, elle renouvelle une promesse faite pendant la Révolution et donne sa vie à Dieu : c'est le début de son apostolat.
- Février 1938Friendship House à Harlem
À l'invitation du père jésuite John LaFarge, elle ouvre une Maison de l'Amitié à Harlem, apostolat interracial pionnier.
- 1943Annulation et remariage
Son premier mariage est déclaré nul ; elle épouse le journaliste Eddie Doherty.
- 1947Fondation de Madonna House
Le couple s'installe à Combermere : naît la communauté de Madonna House.
- 1975Poustinia
Publication de son classique spirituel, qui fait redécouvrir à l'Occident le « désert » intérieur.
- 14 décembre 1985Mort à Combermere
Catherine meurt à 89 ans, laissant une communauté florissante et une œuvre spirituelle immense.
Une enfance russe entre deux Églises
Ekaterina Kolychkine naît le 15 août 1896 à Nijni-Novgorod, sur la Volga, dans une famille aisée et pieuse de la noblesse russe[5]. Son éducation est marquée par une double richesse : une spiritualité orthodoxe intense, reçue de sa mère qui lui enseigne à reconnaître le Christ dans le visage du pauvre, et une ouverture aux autres traditions chrétiennes, notamment catholique[6]. Les affaires de son père conduisent la famille à voyager largement — Égypte, Paris, Saint-Pétersbourg — et la jeune Ekaterina fréquente notamment les couvents des Sœurs de Sion à Alexandrie et à Paris[7].
Cette enfance à cheval sur l'Orient et l'Occident chrétiens n'est pas une simple anecdote biographique : elle deviendra la clé de toute sa spiritualité. Toute sa vie, Catherine fera de cette double fidélité à l'Orient et à l'Occident le cœur de son appel à l'unité — une parenté d'idée avec l'image des « deux poumons » chère à Jean-Paul II (Paris, 1980 ; Ut Unum Sint, 1995, n. 54)[8].
Le mariage, la guerre et la nuit de la Révolution
En 1912, à quinze ans, Ekaterina épouse son cousin, le baron Boris de Hueck, et devient baronne[9]. La Première Guerre mondiale la jette dans l'horreur : tandis que Boris sert comme ingénieur, elle s'engage comme infirmière au front, où elle reçoit des décorations militaires pour sa bravoure[10].
Puis vient la Révolution de 1917. Elle anéantit le monde de son enfance et coûte la vie à plusieurs membres de sa famille. Traqué par les bolcheviques, le couple fuit vers la Finlande, où Catherine, affamée, frôle la mort[11]. Elle témoignera plus tard de ces mois où, cernée par la haine, elle apprit à survivre en mendiant sa nourriture — une expérience qui marquera sa compassion viscérale pour les affamés du monde entier.
L'exil, la faim, et l'entrée dans l'Église catholique
Après un passage par Mourmansk aux côtés des forces alliées, puis une évacuation vers l'Angleterre, Catherine trouve refuge à Londres[12]. C'est là, vers 1919, qu'elle est reçue dans l'Église catholique — non par rejet de l'orthodoxie qui l'a nourrie, mais dans le désir d'une pleine communion avec le siège de Pierre[13]. Toute sa vie, elle gardera au cœur les richesses de l'Orient chrétien, refusant de choisir contre l'une ou l'autre moitié de la chrétienté.
En 1921, le couple émigre au Canada. À Toronto naît leur fils, George. Mais la misère est là : Catherine enchaîne les emplois — serveuse, vendeuse, blanchisseuse, conférencière itinérante sur le circuit Chautauqua où elle parle de la Russie et du communisme[14]. Son ménage, miné par les épreuves, se défait ; le mariage sera plus tard déclaré nul par l'Église.
L'appel : du « Petit Mandat » aux Maisons de l'Amitié
Le « Petit Mandat »
Au tournant des années 1930, alors que sa réussite matérielle de conférencière lui rouvre les portes du confort, Catherine se sent rappelée à une promesse ancienne. Le 15 octobre 1930, avec la bénédiction de l'archevêque de Toronto Neil McNeil, elle donne radicalement sa vie à Dieu[15]. De cette période date ce qu'elle appellera le « Petit Mandat » (Little Mandate) : une suite de phrases intérieures, reçues comme venant du Christ, qui résument toute sa vocation et deviendront la règle de vie de Madonna House.
« Lève-toi — va ! Vends tout ce que tu possèdes… donne-le directement, personnellement aux pauvres. Prends ma croix (leur croix) et suis-moi, en allant vers les pauvres, en étant pauvre, en étant un avec eux, un avec moi. Petite, sois toujours petite, simple, pauvre, comme un enfant. Prêche l'Évangile par ta vie — sans compromis ! Écoute l'Esprit ; il te conduira. Fais les petites choses extrêmement bien, par amour pour moi. Aime, aime, aime, sans jamais compter. Va sur la place publique et demeure avec moi. Prie, jeûne. Prie toujours, jeûne. Sois cachée. Sois une lumière aux pieds de ton prochain. Va sans crainte au plus profond du cœur des hommes. Je serai avec toi. Prie toujours. Je serai ton repos. » — Le Petit Mandat de Catherine Doherty, vers 1930[16]
L'appel épouse presque mot pour mot celui du Christ au jeune homme riche : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres… puis viens, suis-moi » (Mt 19, 21). Ce n'est pas une invitation générale à la générosité, mais une vocation d'identification aux pauvres, jusqu'à l'être avec eux et à porter leur croix.
Friendship House à Toronto
Fidèle à ce mandat, Catherine s'installe dans les taudis de Toronto et commence à vivre pauvre parmi les pauvres. D'autres, attirés par ce témoignage évangélique radical, la rejoignent : naît ainsi Friendship House (la « Maison de l'Amitié »), inspirée de la spiritualité de saint François d'Assise[17]. On y mendie nourriture et vêtements pour les partager, on y diffuse la doctrine sociale de l'Église à partir des encycliques.
L'œuvre déroute. Des malentendus, des rumeurs et des soupçons — on l'accuse tantôt de communisme, tantôt d'illusions — conduisent à la fermeture de la maison de Toronto en 1936[18]. Catherine découvre alors une loi que tous les fondateurs connaissent : l'œuvre de Dieu passe par la contradiction et l'échec apparent.
Harlem et l'apostolat interracial
En février 1938, le père jésuite John LaFarge — pionnier américain de la lutte contre la ségrégation raciale — invite Catherine à ouvrir une Friendship House à Harlem[19]. Elle accepte, s'installe au cœur du quartier noir de New York, y vit et y sert la population afro-américaine. À une époque où la ségrégation régnait jusque dans certains milieux catholiques, cet apostolat interracial est une audace prophétique.
« Elle voyait la beauté du peuple noir et était horrifiée par les injustices commises contre lui. » — Notice biographique officielle, à propos de l'apostolat de Harlem[20]
Catherine parcourt le pays pour dénoncer la discrimination raciale[21]. L'œuvre essaime : d'autres Maisons de l'Amitié ouvrent à Chicago, Washington et Portland (Oregon), formant un réseau d'apostolat interracial catholique[22]. Parmi les jeunes gens qui passent par ces maisons, on compte le futur trappiste Thomas Merton, marqué par le témoignage de « la Baronne ».
La rupture de 1947
Le succès a son revers. Au sein du mouvement, un débat s'installe : Friendship House doit-elle rester centrée sur la question raciale, ou élargir sa mission à une vie évangélique plus large ? Après la convention de Chicago (1946), les divergences deviennent insurmontables, et Catherine quitte l'œuvre qu'elle a fondée, en janvier 1947[23]. Ce déchirement — perdre une seconde fois une œuvre née de ses mains — sera pour elle un chemin de purification. Un nouveau départ l'attend, plus fécond encore.
Madonna House : la famille de Combermere
Une communauté de laïcs et de prêtres
Entre-temps, la vie personnelle de Catherine a connu un tournant. Son premier mariage — conclu en 1912 avec son cousin, le baron Boris de Hueck — est déclaré nul par l'Église[24] ; la même année, elle épouse Eddie Doherty, célèbre journaliste américain d'origine irlandaise, qui devient le compagnon de toute son œuvre[25].
En 1947, le couple s'installe dans le petit village de Combermere, au nord-est de Toronto. De ce lieu naît Madonna House, d'abord modeste apostolat rural, qui grandit peu à peu en une famille de laïcs — hommes et femmes — et de prêtres, vivant ensemble les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance[26]. Catherine et Eddie eux-mêmes font vœu de chasteté en 1955 ; en 1969, avec l'accord de Catherine, Eddie sera même ordonné prêtre gréco-catholique melkite, signe éclatant de cette respiration entre Orient et Occident[27][28].
« Les deux poumons » : Orient et Occident
Madonna House n'est pas une simple œuvre caritative : c'est une maison de prière autant qu'une maison de service. Catherine y transpose tout l'héritage de son enfance russe. On y prie le cœur autant que les lèvres, on y pratique l'hospitalité sacrée envers l'étranger, on y cultive une pauvreté joyeuse. Elle enseigne que l'Orient et l'Occident chrétiens sont appelés à respirer ensemble dans l'unité — une parenté d'idée avec l'image des deux poumons chère à Jean-Paul II[29].
« Ce qui nous lie ensemble, c'est l'amour, et seulement l'amour. Car l'amour est une Personne. L'amour est Dieu. » — Catherine Doherty, Sobornost, 1977[30]
La communauté grandit vite. En 2022, l'apostolat de Madonna House comptait plus de 200 membres, avec des fondations au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Russie et aux Antilles[31].
Reconnaissance ecclésiale
L'Église accompagne cette croissance. Madonna House est reconnue comme association publique de fidèles sous l'autorité de l'évêque de Pembroke[32]. Le 8 juin 1960, l'évêque William Smith vient à Combermere pour y installer et bénir solennellement la statue de Notre-Dame de Combermere — arrivée le 26 avril, dressée le 17 mai au treizième anniversaire de la fondation[33]. Les notices de synthèse rattachent à cette même date l'approbation de Madonna House comme pieuse union par le même évêque : deux actes distincts — la bénédiction de la statue et la reconnaissance canonique — que la coïncidence de date ne doit pas faire confondre[34]. La même année, le pape Jean XXIII décore Catherine de la médaille pontificale Pro Ecclesia et Pontifice[35]. En 1976, son propre pays la reçoit dans l'Ordre du Canada, pour ses « services dévoués aux défavorisés de toutes nationalités »[36].
La poustinia : le désert au cœur du monde
Qu'est-ce qu'une poustinia ?
Le mot poustinia (пустыня) signifie simplement « désert » en russe. Dans la tradition spirituelle de l'Orient chrétien, il désigne le lieu — souvent une simple cabane nue, avec une croix, une Bible et un peu de pain — où l'on se retire dans le silence, la solitude et la prière pour rencontrer le Dieu qui habite au fond du cœur[37]. Le poustinik, l'ermite du désert, n'est pas coupé du monde : il demeure au service du village, prêt à ouvrir sa porte à quiconque frappe.
Catherine transpose cette pratique dans le monde moderne. La poustinia, dit-elle, n'est pas d'abord un endroit géographique mais un état du cœur : chacun peut entrer dans son désert intérieur, même une journée par semaine, pour se taire devant Dieu et l'écouter.
« Nous oublions qu'il doit y avoir un temps où nous sommes silencieux, afin d'entendre ce que Dieu veut nous dire. Oui, mes amis, nous devons prier de la prière de deux êtres qui s'aiment et cessent de parler. C'est ce genre de prière que la poustinia vous enseignera. » — Catherine Doherty, Poustinia, 1975[38]
Un classique spirituel
Publié en 1975 chez Ave Maria Press, Poustinia rencontre un succès immense et durable. Le livre est réédité des dizaines de fois et traduit en seize langues[39][40]. Il introduit dans le vocabulaire spirituel occidental un mot et une expérience jusque-là ignorés, et nourrit un désir profond de silence chez des lecteurs saturés de bruit. Un demi-siècle plus tard, il reste un classique de la spiritualité contemporaine.
Sa force tient à une conviction simple : le silence n'est pas un vide, mais une plénitude ; il est le langage même de l'amour.
« Le vrai silence est le langage des amants. Car seul l'amour connaît sa beauté, sa plénitude et sa joie parfaite. » — Catherine Doherty, Poustinia[41]
Sobornost, molchanie : le vocabulaire du cœur
Catherine offre encore à l'Occident d'autres mots-clés de l'âme russe. Sobornost désigne l'unité profonde des cœurs et des esprits dans la Sainte Trinité — une communion qui n'est pas fusion mais amour[42]. Molchanie, le silence intérieur, prolonge la poustinia dans la vie quotidienne. À travers ces enseignements, elle rappelle que la prière est un repos en Dieu, et que la foi apprend à reconnaître Dieu partout.
« La foi voit le visage de Dieu en chaque visage humain. » — Catherine Doherty, Poustinia[43]
Une œuvre spirituelle abondante
Au-delà de Poustinia, Catherine Doherty laisse plus de trente ouvrages, où se mêlent souvenirs, méditation évangélique et sagesse orientale. Le tableau ci-dessous présente quelques titres majeurs[44].
| Titre | Année | Éditeur | Thème principal |
|---|---|---|---|
| Friendship House | 1946 | Sheed & Ward (New York) | L'apostolat parmi les pauvres |
| My Russian Yesterdays | 1951 | Bruce (Milwaukee) | Souvenirs de la Russie orthodoxe |
| Poustinia | 1975 | Ave Maria Press | Silence, solitude, prière |
| The Gospel Without Compromise | 1976 | Ave Maria Press | Vivre l'Évangile sans compromis |
| Sobornost | 1977 | Ave Maria Press | L'unité des cœurs dans l'Esprit |
| Fragments of My Life | 1979 | Ave Maria Press | Autobiographie spirituelle |
Son style est direct, brûlant, souvent oral : elle écrit comme elle parle, avec l'accent d'une femme qui a tout perdu et tout retrouvé en Dieu. C'est cette authenticité, plus que la construction théologique, qui touche des générations de lecteurs.
Servante de Dieu : la cause de béatification
Catherine meurt à Combermere le 14 décembre 1985, à 89 ans, après une longue maladie[45]. Très vite, la réputation de sainteté qui l'entourait de son vivant appelle l'ouverture d'une cause. Le droit de l'Église imposant un délai de cinq ans après la mort, les travaux commencent au début des années 1990.
- 30 janvier 1991Nomination du premier postulateur
L'évêque de Pembroke, Mgr Joseph Windle, confirme la nomination du père Robert Wild comme postulateur de la cause (premier postulateur).
- 11 mai 1993Prière approuvée
Mgr Windle approuve, avec son imprimatur, une prière privée demandant l'intercession de Catherine.
- 21 juillet 2000Titre de Servante de Dieu
Mgr Brendan O'Brien confirme que Catherine peut être appelée « Servante de Dieu » une fois l'enquête diocésaine engagée.
- années 1990 – 2001Phase documentaire préparatoire
Consultation des évêques de l'Ontario et des fidèles, examen des écrits, plus de 400 témoignages recueillis sur sa vie et sa sainteté — travaux préparatoires, avant l'ouverture formelle de l'enquête.
- 20 mai 2026Ouverture de l'enquête diocésaine
À la chancellerie du diocèse de Pembroke, première session de l'enquête diocésaine sur la vie, les vertus héroïques et la réputation de sainteté de la Servante de Dieu, sous l'autorité de Mgr Michael Brehl ; le père Denis Lemieux est postulateur de la cause.
La cause suit son cours dans le diocèse de Pembroke, d'abord sous la conduite de son premier postulateur, le père Robert Wild, ancien directeur général de Madonna House, qui consacre plusieurs ouvrages à faire connaître sa figure[46]. Plus de 400 témoignages ont été rassemblés sur sa vie et sa réputation de sainteté[47]. Un comité a examiné ses écrits pour y déceler d'éventuelles difficultés théologiques ; aucun obstacle sérieux n'a été retenu. Le 20 mai 2026, à la chancellerie du diocèse, s'est tenue la première session de l'enquête diocésaine sur sa vie, ses vertus héroïques et sa réputation de sainteté, sous l'autorité de Mgr Michael Brehl ; le postulateur de la cause est désormais le père Denis Lemieux[48].
Le sort de la cause de Catherine croise celui de son amie Dorothy Day, fondatrice du Catholic Worker : deux femmes du XXᵉ siècle, converties, passées par le service radical des pauvres en Amérique, et aujourd'hui reconnues Servantes de Dieu. Leur amitié et leur parenté spirituelle sont souvent soulignées.
Portée et actualité
L'héritage de Catherine de Hueck Doherty est double. Il est d'abord social : elle a été, bien avant que ce soit une évidence, une voix catholique contre le racisme et l'indifférence envers les pauvres, incarnant la doctrine sociale de l'Église non dans les livres mais dans les taudis. Il est ensuite contemplatif : elle a rappelé à un Occident affairé que l'action ne vaut que nourrie de silence, et que le désert de la prière est accessible à tout baptisé.
Ces deux dimensions ne s'opposent pas : chez elle, la poustinia envoie vers le pauvre, et le service du pauvre reconduit au silence. C'est toute la logique du Petit Mandat — « Va sur la place publique et demeure avec moi » — qui tient ensemble la place publique et la présence de Dieu. En ce sens, elle demeure un maître pour notre temps : une femme qui a montré que l'on pouvait être tout donné aux hommes parce que tout donné à Dieu.
Pour aller plus loin
- Vénérable Fulton Sheen (1895-1979) — contemporain américain, autre grande voix catholique du XXᵉ siècle.
- Vénérable Marthe Robin (1902-1981) — fondatrice des Foyers de Charité, autre laïque à l'origine d'une œuvre communautaire.
- Vénérable Jérôme Lejeune (1926-1994) — laïc engagé au service de la dignité humaine.
- Vénérable Robert Schuman (1886-1963) — laïc, témoin de la foi dans la vie publique.
Notes et références
Cause for Canonization of Catherine Doherty, notice biographique officielle « Her Life » et documents de la cause publiés par la postulation, catherinedoherty.org (consulté en 2026).
1 11 13 15 17 18 20 23 45« Catherine Doherty », notice biographique de synthèse, Wikipedia (version anglaise, consultée en 2026), recoupée avec les sources primaires citées ci-dessous.
2 6 10 12 19 21 24 27 31 36Catherine de Hueck Doherty, Poustinia: Encountering God in Silence, Solitude and Prayer, Ave Maria Press, Notre Dame (Indiana), 1975 (rééd. Madonna House Publications).
3 37 39Fr. Robert Wild (alors postulateur de la cause), « Catherine's Life and the History of the Cause », site officiel de la cause, catherinedoherty.org, juin 2001 (https://www.catherinedoherty.org/articles/2001/06/catherines-life-and-the-history-of-the-cause/) — chronologie documentée de la cause : lettre de Mgr Windle du 30 janvier 1991 confirmant le postulateur, titre de Servante de Dieu (2000), recueil de plus de 400 témoignages.
4 47« de Hueck Doherty, Catherine », Encyclopedia.com (Gale, New Catholic Encyclopedia), notice biographique académique (consultée en 2026).
5 7 9 14 22 25 32 35 44Le site officiel de la cause présente la respiration « avec les deux poumons du catholicisme et de l'orthodoxie » comme « une expression favorite du pape Jean-Paul II » (« Catherine Doherty and Madonna House », catherinedoherty.org, 2004) ; voir Jean-Paul II, lett. enc. Ut Unum Sint, 25 mai 1995, n. 54.
8 29The Little Mandate, texte spirituel fondateur de Catherine Doherty (reçu au tournant des années 1930), publié intégralement par Madonna House Publications et sur le site officiel de la cause, catherinedoherty.org. Texte original anglais : « Arise — go! Sell all you possess… Give it directly, personally to the poor… Preach the Gospel with your life — without compromise! … Pray always. I will be your rest. »
16Madonna House Apostolate, présentation officielle de la communauté, de son histoire et de sa spiritualité (poustinia, sobornost), madonnahouse.org (consulté en 2026).
26John Fink, « Eddie Doherty : Newspaperman, author, three marriages, priest », The Criterion (hebdomadaire de l'archidiocèse d'Indianapolis), 4 mai 2018, archindy.org — ordination sacerdotale en 1969, à 78 ans, après passage au rite melkite.
28Catherine de Hueck Doherty, Sobornost: Eastern Unity of Mind and Heart for Western Man, Ave Maria Press, 1977 ; 2e éd. augmentée sous le titre Sobornost: Experiencing Unity of Mind, Heart and Soul, Madonna House Publications, Combermere (Ontario), 2011, p. 9 — citation ainsi référencée dans Bernard Goršak, « Some Parallels between Trilateral Situation Ethics and Sobornost », Res novae 5/1 (2020). Texte original anglais : « What binds us together is love, and only love. For love is a Person. Love is God. »
30 42Récit de Madonna House, « Our Lady of Combermere : How She Came to Madonna House » (madonnahouse.org) : statue arrivée à Combermere le 26 avril 1960, dressée le 17 mai — treizième anniversaire de l'ouverture de la maison —, puis « le 8 juin 1960, l'évêque du diocèse vint à Madonna House et installa et bénit officiellement la statue » (officially installed and blessed the statue).
33« Madonna House Apostolate », notice de synthèse, Wikipedia (version anglaise, consultée en 2026) : « le 8 juin 1960, l'évêque William Smith approuva Madonna House comme pieuse union » (approved Madonna House as a Pious Union).
34Catherine de Hueck Doherty, Poustinia, Ave Maria Press, 1975, chap. 1 — passage repris mot pour mot sur le site officiel de l'apostolat (« The Church and I by Catherine Doherty », madonnahouse.org). Texte original anglais : « We forget that there must be a time when we are silent so we can hear what God wants to say to us… This is the kind of prayer that the poustinia will teach you. »
38Miriam Stulberg, « The Story of Poustinia », madonnahouse.org : « Translated into sixteen languages… a spiritual classic ».
40Catherine de Hueck Doherty, Poustinia, Ave Maria Press, 1975, chap. 1. Texte original anglais : « True silence is the speech of lovers. For only love knows its beauty, completeness and utter joy. »
41Catherine de Hueck Doherty, Poustinia, Ave Maria Press, 1975, chap. 12. Texte original anglais : « Faith sees God's face in every human face. »
43Fr. Robert Wild, alors postulateur de la cause et ancien directeur général de Madonna House, Catherine Doherty: Servant of God, Madonna House Publications, Combermere (Ontario), 2005.
46Diocèse de Pembroke, « Servant of God – Catherine de Hueck Doherty – First Session of Diocesan Inquiry », pembrokediocese.com, 27 mai 2026 (https://pembrokediocese.com/article/servant-of-god-catherine-de-hueck-doherty-first-session-of-diocesan-inquiry/) — première session tenue le 20 mai 2026 à la chancellerie du diocèse : enquête diocésaine sur la vie, les vertus héroïques et la réputation de sainteté, sous l'autorité de Mgr Michael Brehl, C.Ss.R. ; postulateur : le père Denis Lemieux.
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