Contardo Ferrini (Milan, 4 avril 1859 — Suna, 17 octobre 1902) est un juriste italien, l'un des plus grands romanistes de son temps, et un laïc catholique dont l'Église a reconnu la sainteté au cœur même de la vie universitaire.[1][2] Professeur de droit romain à Pavie, Messine, Modène puis de nouveau à Pavie, il incarna, à une époque dominée par le positivisme anticlérical, la conviction qu'une science rigoureuse et une foi vécue jusqu'au bout ne se contredisent jamais.[3]
Tertiaire franciscain depuis 1886, célibataire par choix et par vœu, conseiller municipal de Milan, ami de montagne du futur pape Pie XI, Ferrini menait de front des recherches savantes saluées par les plus grands savants européens et une vie de prière quotidienne, d'adoration eucharistique et de service des pauvres.[4][5] Selon les biographies du juriste, le grand historien allemand Theodor Mommsen aurait confié au philologue Bartolomeo Nogara, en août 1902, quelques semaines avant la mort de Ferrini, que le vingtième siècle serait celui de Ferrini comme le dix-neuvième avait été celui de Savigny.[6]
Mort à quarante-trois ans d'une fièvre typhoïde contractée en montagne, Ferrini fut proclamé vénérable en 1931 puis bienheureux le 13 avril 1947 par le pape Pie XII, qui le présenta aux pèlerins comme un modèle de l'homme catholique de son temps.[7] Il demeure aujourd'hui le patron des universités et facultés catholiques, précurseur reconnu de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, fondée en 1921.[8][9]
Une enfance milanaise dans la rigueur et la piété (1859-1876)
Naissance et baptême le soir même (4 avril 1859)
Contardo Ferrini naît à Milan le 4 avril 1859, dans une famille de la bourgeoisie catholique cultivée.[10][11] Il est baptisé le soir même de sa naissance et reçoit le prénom de Contardo, porté par plusieurs membres de sa famille avant lui.[12] Son père, Rinaldo Ferrini, enseigne les sciences physiques et mathématiques à l'Institut polytechnique de Milan ; sa mère, Luigia Buccellati, appartient à une famille elle-même marquée par la vie universitaire et la piété.[13][14] De ce foyer, l'enfant reçoit une double hérédité : le goût de la rigueur scientifique et une foi sans compromis.
Une conversion précoce : de l'enfant turbulent au jeune homme pieux
Les biographes s'accordent à décrire, chez le jeune Contardo, une évolution marquée à l'occasion de sa première communion, reçue à l'âge de douze ans, le 20 avril 1871.[15] Cet événement liturgique correspond, dans les témoignages recueillis lors du procès de béatification, à un tournant : l'enfant, jusque-là simplement turbulent, s'engage dans une pratique religieuse assidue et rejoint la Confrérie du Saint-Sacrement.[16] Il gardera toute sa vie cette conviction que la sainteté n'est pas affaire de tempérament mais de choix répétés et de fidélité quotidienne.
Le lycée Beccaria et le diplôme à dix-sept ans (1876)
Ferrini poursuit ses études classiques au lycée Beccaria de Milan, où il se distingue par une intelligence précoce et une capacité de travail hors du commun.[17][18] Il obtient son diplôme de fin d'études secondaires en 1876, à l'âge de dix-sept ans, avec les plus hautes distinctions.[19] Cette réussite rapide annonce la carrière fulgurante qui s'ouvrira devant lui dès l'université.
Le Collège Borromeo de Pavie : moqueries et fermeté (1876-1880)
« Notre saint Louis » : la piété qui dérange
En novembre 1876, Ferrini s'inscrit à la faculté de droit de l'université de Pavie et entre au prestigieux Almo Collegio Borromeo, l'un des plus anciens collèges universitaires d'Italie.[20][21] Sa pratique religieuse quotidienne — messe matinale, communion fréquente, refus des distractions frivoles — lui vaut d'abord les moqueries de ses camarades, qui le surnomment ironiquement « notre saint Louis » (en référence à saint Louis de Gonzague) ou « le petit bienheureux ».[22][23] Loin de s'en offusquer, le jeune homme tient bon : il tirera de cette première épreuve sociale une constance qui deviendra la marque de toute sa vie publique.
Dans ses carnets, Ferrini note en substance que notre vie doit tendre vers l'Infini, source de tout ce que nous pouvons espérer de mérite et de dignité.[24]
Un directeur spirituel décisif
Durant ces années de formation, le futur évêque puis cardinal Agostino Riboldi joue auprès de Ferrini un rôle d'accompagnement spirituel qui l'aide à discerner sa vocation propre : ni le sacerdoce, ni la vie religieuse, mais un état laïc entièrement consacré à Dieu au cœur du monde universitaire.[25] Ce discernement, rare pour l'époque, préfigure ce que le magistère appellera plus tard la vocation des instituts séculiers.
La licence en droit et la thèse sur Homère (1880)
Ferrini obtient sa licence en droit en juin 1880, à l'âge de vingt et un ans, avec une thèse remarquable : Quid conferat ad iuriscriminalis historiam Homericorum Hesiodeorumque poëmatum studium — Ce que l'étude des poèmes d'Homère et d'Hésiode apporte à l'histoire du droit pénal.[26][27] Rédigé en grec puis traduit en latin, ce travail de jeunesse impressionne suffisamment le monde savant pour être publié à Berlin dès 1881, honneur exceptionnel pour un jeune diplômé de Pavie.[28][29]
Berlin : la science, le vœu secret et le choix d'une vie (1880-1883)
Élève de Mommsen et de Pernice
Une bourse d'études permet à Ferrini de passer les années 1880 à 1883 à Berlin, où il suit l'enseignement des plus grands romanistes de l'époque, notamment Alfred Pernice et le prix Nobel de littérature Theodor Mommsen lui-même, figure tutélaire des études de droit romain en Europe.[30][31] Il y noue également une relation d'estime avec le byzantiniste Karl Eduard Zachariae von Lingenthal, spécialiste du droit romano-byzantin, qui lui léguera par la suite une partie de ses manuscrits de travail.[32]
Un vœu de chasteté renouvelé, puis définitif
C'est à Berlin, loin de sa famille et confronté à la vie universitaire allemande, que Ferrini, alors âgé d'une vingtaine d'années, prononce en privé un vœu de chasteté, d'abord renouvelé chaque mois puis fixé de manière définitive.[33] Ce geste scelle son choix d'une vie de célibat consacré vécue dans le siècle, sans jamais revêtir l'habit religieux ni recevoir les ordres sacrés — configuration spirituelle rare que l'Église valorisera précisément lors de sa béatification comme un modèle offert aux laïcs.[34]
Le Kulturkampf et la Conférence Saint-Vincent-de-Paul
Le séjour berlinois expose aussi Ferrini à la résistance des catholiques allemands au Kulturkampf de Bismarck, contexte qui aiguise sa conscience de l'enjeu civilisationnel que représente une foi publiquement assumée par des intellectuels.[35] Il rejoint sur place une Conférence de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, prolongeant l'engagement caritatif que son père lui avait transmis dès l'enfance.[36][37]
Le tertiaire franciscain (1886-1887)
L'habit franciscain à l'église de l'Immaculée de Milan (6 janvier 1886)
De retour en Italie, Ferrini formalise son appartenance au Tiers-Ordre de Saint-François : il reçoit l'habit franciscain le 6 janvier 1886, en l'église de l'Immaculée à Milan, puis prononce sa profession l'année suivante.[38][39] Ce choix n'est pas un supplément dévotionnel : il structure désormais l'ensemble de son existence, entre pauvreté intérieure, obéissance à une règle de vie exigeante et amour contemplatif de la création.
Une spiritualité de la nature et de la montagne
L'amour franciscain de la création trouve chez Ferrini un terrain d'expression privilégié : la montagne. Grand alpiniste, il consacre ses rares loisirs aux excursions dans les Alpes, où il voit un chemin vers Dieu autant qu'un délassement du travail intellectuel.[40]
« Dans ce contact avec la nature, nous sentons la proximité de Dieu et nous contemplons ses merveilles. » — Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, p. 93[41]
Une carrière universitaire fulgurante (1883-1902)
Professeur à Pavie dès vingt-quatre ans (1883)
En novembre 1883, Ferrini commence à enseigner l'exégèse des sources du droit romain à l'université de Pavie.[42] Sa maîtrise du grec, du latin et des sources byzantines, conjuguée à une méthode philologique d'une exceptionnelle rigueur, en fait rapidement l'un des jeunes romanistes les plus respectés d'Italie.
Messine (1887-1890) : aux côtés d'Orlando
En 1887, Ferrini est nommé professeur de droit romain (chaire de Pandectes) à l'université de Messine, en Sicile, où il côtoie le jeune juriste Vittorio Emanuele Orlando, futur président du Conseil italien.[43][44] Ces trois années siciliennes affermissent sa réputation de spécialiste incontesté du droit romano-byzantin.
Modène (1890-1894) : doyen de la faculté de droit
En 1890, il rejoint l'université de Modène, où il occupe la chaire de droit romain et exerce les fonctions de doyen de la faculté de droit.[45][46] Il y poursuit une production scientifique déjà considérable, tout en maintenant, malgré la distance, ses engagements milanais.
Retour à Pavie : la chaire jusqu'à la mort (1894-1902)
En 1894, Ferrini retourne enfin à Pavie, sa ville d'études, où il succède au professeur Alessandro Nova sur la chaire de droit romain et enseigne comme professeur ordinaire jusqu'à sa mort en 1902.[47] Il retrouve alors l'Almo Collegio Borromeo, où il avait été moqué comme étudiant vingt ans plus tôt, cette fois comme enseignant respecté et écouté.
- 4 avril 1859Naissance à Milan
Fils de Rinaldo Ferrini, professeur de physique, et de Luigia Buccellati.
- 1876Diplôme et entrée à Pavie
Diplômé du lycée Beccaria à 17 ans ; entrée au Collège Borromeo, faculté de droit.
- 1880Licence en droit
Thèse sur Homère et Hésiode ; départ pour Berlin.
- 6 janvier 1886Habit franciscain
Entrée dans le Tiers-Ordre de Saint-François, église de l'Immaculée à Milan.
- 1887Professeur à Messine
Chaire de droit romain, aux côtés du futur homme d'État Vittorio Emanuele Orlando.
- 1890Doyen à Modène
Chaire de droit romain et décanat de la faculté de droit.
- 1894Retour à Pavie
Professeur ordinaire de droit romain jusqu'à sa mort.
- 1895-1899Conseiller municipal de Milan
Défense de l'enseignement religieux dans les écoles publiques.
- 17 octobre 1902Mort à Suna
Décès du typhus à 43 ans, au bord du lac Majeur.
- 8 février 1931Décret d'héroïcité des vertus
Ferrini est déclaré Vénérable par Pie XI.
- 13 avril 1947Béatification
Proclamé bienheureux à Rome par le pape Pie XII.
Une œuvre scientifique majeure : deux cents publications
En moins de vingt ans de carrière, Ferrini publie environ deux cents travaux savants — monographies, articles, éditions critiques — qui font de lui l'un des plus grands spécialistes mondiaux du droit romain et romano-byzantin.[48][49] Ses recherches renouvellent en profondeur la compréhension des sources du droit romain tardif et de sa transmission à travers l'Empire byzantin.
| Œuvre | Année | Objet |
|---|---|---|
| Quid conferat ad iuriscriminalis historiam Homericorum Hesiodeorumque poëmatum studium | 1881 | Thèse de licence sur Homère, Hésiode et l'histoire du droit pénal |
| Note critiche al libro IV dello Pseudo-Teofilo | 1884 | Étude sur la Paraphrase grecque des Institutions attribuée à Théophile |
| Delle origini della Parafrasi greca delle Istituzioni | 1886 | Remise en cause de l'attribution traditionnelle de la Paraphrase |
| Diritto penale romano. Teorie generali | 1899 | Somme sur les théories générales du droit pénal romain |
| Sulle fonti delle Istituzioni di Giustiniano | 1901 | Étude sur les sources des Institutes de Justinien |
| Manuale di Pandette | 1904 | Manuel de référence sur le droit des Pandectes |
À travers cette érudition exigeante, Ferrini poursuit une conviction constante : l'étude scientifique du droit antique, menée avec la plus grande rigueur philologique, ne fait qu'approfondir la conscience chrétienne de l'ordre voulu par Dieu dans les sociétés humaines.
L'éloge attribué à Mommsen
La reconnaissance internationale de Ferrini est illustrée, dans plusieurs biographies, par un propos attribué à Theodor Mommsen : en août 1902, quelques semaines à peine avant la mort de Ferrini, le grand romaniste allemand aurait confié au philologue Bartolomeo Nogara que le vingtième siècle serait celui de Ferrini comme le dix-neuvième avait été celui de Savigny.[50]
Venant du plus grand romaniste allemand du XIXᵉ siècle, prix Nobel de littérature 1902, cet éloge rapporté situe Ferrini au sommet absolu de sa discipline, quelques semaines seulement avant que la maladie ne l'emporte.
Le citoyen engagé : conseiller municipal et apôtre laïc (1895-1899)
Défendre l'enseignement religieux au conseil de Milan
Ferrini ne limite pas son engagement catholique à la sphère universitaire. Élu conseiller municipal de Milan de 1895 à 1899, il y défend avec constance le maintien de l'enseignement religieux dans les écoles publiques, à une époque où l'anticléricalisme libéral gagne du terrain dans l'administration italienne.[51][52]
L'association Religione e Patria (1898)
En 1898, il participe à la fondation de l'association Religione e Patria, qui entend rappeler aux catholiques italiens que l'amour de l'Église et l'amour de la patrie ne sont pas contradictoires, dans un climat politique encore marqué par la Question romaine consécutive à la prise de Rome de 1870.[53]
Ami des pauvres : la Conférence Saint-Vincent-de-Paul
Fidèle à l'engagement pris dès Berlin, Ferrini demeure membre actif d'une Conférence de Saint-Vincent-de-Paul à Milan.[54] Il y effectue des visites hebdomadaires aux familles pauvres, alliant l'aide matérielle concrète à un accompagnement spirituel discret. Ses contemporains soulignent son absence totale de condescendance : malgré son rang de professeur d'université, il accomplit sans hésiter les tâches les plus humbles et se lie d'amitié avec des personnes de toutes conditions sociales.[55]
« Si en une seule journée nous ne faisons rien de plus que donner un peu de joie à un prochain, cette journée n'aura pas été perdue. » — Contardo Ferrini[56]
L'ami du futur pape : la montagne comme chemin spirituel
Achille Ratti, compagnon de cordée
Parmi les compagnons des excursions alpines de Ferrini figure un jeune prêtre passionné de montagne, alpiniste réputé pour avoir accompli l'une des premières traversées intégrales du Mont Rose : Achille Ratti, qui deviendra en 1922 le pape Pie XI.[57][58] Les longues années d'étude et de recherche de Ferrini trouvent dans ces excursions partagées leur seule véritable détente, et l'amitié entre les deux hommes se prolonge par une correspondance dont Ratti, devenu pape, gardera un souvenir marqué.[59]
Une correspondance spirituelle abondante
Une autre source majeure de la connaissance de la vie intérieure de Ferrini est sa correspondance avec le comte Vittorio Mapelli, l'un de ses proches, dont les nombreuses lettres reçues constituent l'un des principaux matériaux utilisés lors du procès de béatification pour établir la vie et les idéaux du bienheureux.[60]
Une vie de prière ininterrompue
« Je ne saurais concevoir une vie sans prière »
Au cœur d'une carrière scientifique exigeante, Ferrini maintient une vie de prière quotidienne dont il a lui-même laissé un témoignage bouleversant de simplicité :
Dans ses carnets, Ferrini confie en substance qu'il ne saurait concevoir une vie sans prière : se réveiller le matin sans rencontrer le sourire de Dieu, incliner la tête le soir sans penser à Lui, lui semblerait le signe que Dieu l'a abandonné.[61]
L'Eucharistie, secret de la sainteté
La communion quotidienne occupe une place centrale dans la vie spirituelle de Ferrini, qui en propose une méditation d'une rare profondeur théologique :
Ferrini y médite en substance que communier, c'est s'assimiler à Dieu : l'âme qui se nourrit souvent, avec dévotion et révérence, du Pain très pur qu'est le Christ, y trouve le secret de la sainteté et la vie qui ne meurt pas.[62]
L'humilité, chemin vers l'infini
Ferrini résume sa doctrine spirituelle en une formule dense, qui contraste avec l'orgueil intellectuel souvent reproché au monde universitaire de son temps :
« Le chemin vers l'infini, c'est l'humilité. » — Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, p. 20[63]
La vérité universelle du christianisme
Enfin, dans une réflexion plus doctrinale, héritée de sa formation philosophique et juridique, Ferrini affirme la spécificité du christianisme parmi les systèmes de pensée qu'il a étudiés en profondeur :
« Entre toutes les philosophies et toutes les religions, seul le christianisme, en même temps qu'il a révélé le vrai, a aussi montré la capacité universelle du vrai. » — Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, p. 9[64]
Ces pages, rassemblées après sa mort par le père Agostino Gemelli sous le titre Pensieri e preghiere (1960), restent aujourd'hui rééditées comme un authentique journal spirituel, capable de nourrir la prière de tout catholique.[65]
La maladie et la mort à Suna (1900-1902)
La lésion cardiaque de 1900
Le rythme de travail soutenu de Ferrini — enseignement, recherche, conseil municipal, œuvres de charité — finit par peser sur sa santé. En 1900, il est frappé d'une lésion cardiaque liée au surmenage, premier signal d'alerte que le savant, absorbé par ses tâches, ne prend guère le temps de ménager.[66][67]
Le typhus contracté en montagne
À l'automne 1902, Ferrini se retire dans la propriété familiale de Suna, petit village au bord du lac Majeur (aujourd'hui intégré à la commune de Verbania), pour y prendre le repos que sa santé exige.[68][69] Il y contracte une fièvre typhoïde, vraisemblablement après avoir bu l'eau d'une source ou d'un ruisseau contaminé lors d'une excursion.[70][71]
La mort le 17 octobre 1902
Après une amélioration passagère qui laisse espérer une guérison, Ferrini s'éteint le vendredi 17 octobre 1902, à l'âge de quarante-trois ans.[72][73] Ses funérailles rassemblent une foule considérable venue de Milan et de Pavie, où étudiants, collègues universitaires et pauvres qu'il avait visités se pressent pour lui rendre un dernier hommage.[74]
De Pie X à Pie XII : le chemin vers les autels (1905-1947)
Pie X et les lettres de 1905
La réputation de sainteté de Ferrini se répand immédiatement après sa mort, accompagnée de témoignages spontanés de vénération.[75] Dès 1905, un recueil de ses lettres est remis au pape saint Pie X, qui exprime le souhait de voir un jour proposé à la vénération des autels un professeur d'université, modèle de sainteté moderne.[76] C'est le point de départ de l'enquête documentaire et biographique, notamment conduite par Carlo Pellegrini, puis poursuivie avec constance par l'Université catholique de Milan.[77][78]
Le décret d'héroïcité des vertus (8 février 1931)
En 1909, le pape Pie X autorise formellement l'ouverture du procès canonique par le cardinal Andrea Carlo Ferrari, archevêque de Milan.[79][80] Après plus de vingt années d'instruction, le pape Pie XI — l'ancien compagnon de cordée alpine de Ferrini, devenu entre-temps successeur de Pierre — signe le 8 février 1931 le décret reconnaissant l'héroïcité de ses vertus, lui conférant le titre de Vénérable.[81][82]
Deux miracles reconnus (1933 et 1941)
Deux guérisons ont ensuite été reconnues comme miraculeuses par les autorités compétentes : l'une en 1933, l'autre en 1941, ouvrant la voie à la béatification selon les exigences du droit canonique alors en vigueur.[83]
La béatification à Rome (13 avril 1947)
Le 13 avril 1947, dimanche de Quasimodo, le pape Pie XII proclame Contardo Ferrini bienheureux.[84][85] Le lendemain, s'adressant aux pèlerins venus assister à la cérémonie, le pape trace de lui un portrait saisissant, insistant sur l'union en une même personne de la science la plus exigeante et de la sainteté la plus authentique :
« Contardo Ferrini était en effet — et c'est là la qualité essentielle de son âme — un saint : le mystique de l'union avec Dieu, dans laquelle il était immergé, et en même temps, pour ainsi dire, le mystique du fait et de l'action. » — Pie XII, discours aux pèlerins pour la béatification de Contardo Ferrini, 14 avril 1947[86]
« La science et la foi ont rendu illustre notre Contardo — cette science qui ne s'oppose pas à la foi. […] Apprenez de lui à grandir dans une science qui, de la terre, s'élève jusqu'au ciel et vers Dieu. » — Pie XII, discours aux pèlerins pour la béatification de Contardo Ferrini, 14 avril 1947[87]
Le pape le présente encore comme un modèle admirable par l'élévation surnaturelle de son esprit et la sainteté de sa vie — présentation qui deviendra la manière la plus courante de résumer sa physionomie spirituelle.[88][89]
Le transfert à l'Université catholique de Milan (1942)
Cinq ans avant la béatification, en 1942, les restes mortels de Ferrini avaient déjà été transférés du cimetière de Suna vers la crypte de la chapelle de l'Université catholique du Sacré-Cœur à Milan, où ils reposent toujours ; son cœur, selon la coutume, fut retourné à Suna.[90][91]
Patron des universités catholiques : un héritage vivant
Précurseur de l'Université catholique du Sacré-Cœur
Ferrini n'a jamais vu se réaliser un projet qui lui tenait à cœur : la fondation en Italie d'une véritable université catholique. Il meurt en 1902, dix-neuf ans avant que le père franciscain Agostino Gemelli ne fonde, en 1921, l'Université catholique du Sacré-Cœur à Milan.[92] Le père Gemelli reconnaîtra explicitement en Ferrini l'un des tout premiers Italiens à avoir porté ce projet et le considérera comme un précurseur et un maître à part entière.[93] C'est cette filiation spirituelle qui vaut aujourd'hui à Ferrini d'être vénéré comme patron des universités, des facultés et des professeurs catholiques.[94][95]
Vénération actuelle et postérité éditoriale
Plusieurs écoles et rues d'Italie du Nord portent aujourd'hui le nom de Contardo Ferrini.[96] Ses écrits savants ont été rassemblés en cinq volumes d'Opere (1929-1930), préfacés par le juriste Pietro Bonfante, tandis que ses pages spirituelles, réunies sous le titre Pensieri e preghiere, continuent d'être rééditées pour la prière des fidèles.[97] Sa fête liturgique est célébrée le 17 octobre, jour anniversaire de sa mort ; le calendrier de l'Ordre franciscain séculier commémore aussi sa mémoire le 20 octobre.[98]
Ce que le bienheureux Contardo Ferrini enseigne aujourd'hui
La figure de Contardo Ferrini répond, plus d'un siècle après sa mort, à une question toujours actuelle : la vie intellectuelle la plus exigeante peut-elle se conjuguer avec une sainteté réelle ? Trois traits de sa vie l'illustrent avec une force particulière :
- La science n'éloigne pas de Dieu, elle peut y conduire. Salué par Mommsen comme le plus grand romaniste de son temps, Ferrini n'a jamais séparé la rigueur du chercheur de l'adoration du croyant. Sa vie dément par les faits l'idée qu'un savant sérieux devrait, par méthode, tenir la foi à distance.
- La sainteté laïque se construit dans les tâches ordinaires. Professeur, conseiller municipal, visiteur des pauvres, alpiniste et tertiaire franciscain, Ferrini n'a connu ni cloître ni ordination : sa béatification proclame que l'université, le conseil municipal et la montagne peuvent être, tout autant qu'un monastère, des chemins vers la perfection chrétienne.
- La fidélité quotidienne prime sur l'éclat. De la prière du matin à la communion de chaque jour, en passant par le vœu de chasteté renouvelé mois après mois avant d'être fixé pour toujours, la sainteté de Ferrini se construit par petites touches répétées, non par un unique geste héroïque.
Comme il l'écrivait en substance dans ses carnets, notre vie doit tendre vers l'Infini.[99]
Pour aller plus loin
- Bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) — autre laïc universitaire du XIXᵉ siècle, professeur à la Sorbonne et fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à laquelle Ferrini lui-même appartenait.
- Saint Vincent de Paul — le grand apôtre de la charité du XVIIᵉ siècle, dont la Société inspira l'engagement de Ferrini auprès des pauvres de Milan.
- Pape Pie XI (1857-1939) — Achille Ratti, ancien compagnon de cordée alpine de Ferrini, devenu pape en 1922.
- L'abandon à la volonté de Dieu — la confiance filiale et l'offrande quotidienne que Ferrini vécut dans sa vie de prière et son vœu de chasteté définitif.
Notes et références
Dicastère pour les causes des saints, notice « Contardo Ferrini » : causesanti.va. Naissance le 4 avril 1859 à Milan ; mort le 17 octobre 1902 à Suna (lac Majeur) ; béatifié le 13 avril 1947 par Pie XII ; fête liturgique le 17 octobre.
1 10 68 73 82 84 98Enciclopedia Treccani, Dizionario Biografico degli Italiani, notice « Ferrini, Contardo » : treccani.it. Naissance à Milan le 4 avril 1859, fils de Rinaldo Ferrini (professeur de sciences physiques à l'institut polytechnique de Milan) et de Luigia Buccellati ; études au lycée Beccaria (diplôme 1876) ; licence en droit à Pavie le 21 juin 1880 avec thèse sur Homère et Hésiode, rédigée en grec puis traduite en latin à la demande de professeurs de la commission, publiée à Berlin en 1881 ; bourse pour un biennio de perfectionnement en Allemagne (parti fin 1880, chaire obtenue à Pavie en novembre 1883 : séjour 1880-1883) auprès des romanistes réputés, dont Theodor Mommsen ; relation avec Karl Eduard Zachariae von Lingenthal ; professeur d'exégèse des sources du droit romain à Pavie dès novembre 1883 ; titulaire de la chaire de Pandectes à Messine (1887-1890), chaire de droit romain et décanat à Modène (1890-1894), retour à Pavie comme professeur ordinaire de 1894 à sa mort ; fondation de l'association Religione e Patria (1898) ; conseiller municipal de Milan (1895-1899) ; plus de 200 publications sur le droit romain classique et byzantin ; mort du typhus à Suna le 17 octobre 1902 après avoir contracté la maladie lors d'une visite aux malades ou d'une excursion.
2 13 26 29 32 42 44 48Pape Pie XII, discours aux pèlerins venus à Rome pour la béatification de Contardo Ferrini, 14 avril 1947, texte officiel vérifié : vatican.va. Texte original italien, au mot près : « Contardo Ferrini era infatti — e questa è la qualità essenziale dell'animo suo — un santo […] il mistico della unione con Dio, in cui era immerso, e insieme, per così dire, il mistico del fatto e della azione » ; « scienza e fede resero insigne il nostro Contardo, quella scienza che non osteggia la fede » ; « Imparate da lui […] a crescere nella scienza, che dalla terra si solleva al cielo e a Dio ». Le pape y présente Ferrini comme « un modello ammirabile per la elevazione soprannaturale del suo spirito e la santità della sua vita », « esemplare di ogni virtù ». La formule « il modello dell'uomo cattolico dei giorni nostri » ne figure pas dans ce discours : c'est une synthèse postérieure des biographes, rendue ici sans guillemets.
3 7 34 85 86 87 88Franciscan Institute (Center for Franciscan Theology and the Franciscan Tradition — CFIT), « Blessed Contardo Ferrini: Legal Scholar, Secular Franciscan » : franciscantradition.org. Entrée dans le Tiers-Ordre de Saint-François en 1886, réception de l'habit franciscain le 6 janvier en l'église de l'Immaculée de Milan, profession le 6 février 1887 ; amour franciscain de la nature exprimé à travers l'alpinisme ; citations : « If on any particular day we do nothing more than give a little joy to a neighbor, that day will not be wasted. »
4 38 56FAMVIN — Réseau international de la famille vincentienne, « On October 17 We Celebrate the Feast of Blessed Contardo Ferrini, a Member of the SSVP » : famvin.org. Membre actif de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, visites hebdomadaires aux familles pauvres alliant aide matérielle et accompagnement spirituel ; humilité et absence de condescendance malgré son rang universitaire ; vie de prière soutenue (messe, adoration eucharistique prolongée, ascèse).
5 37 54 55Propos attribués à Theodor Mommsen (entretien avec le philologue Bartolomeo Nogara, août 1902), tels que rapportés par les biographies de Ferrini — notamment l'article de langue anglaise consacré au juriste (en.wikipedia.org), qui cite Jarrett (1933, p. 67). Le témoignage original de Nogara (ouvrage, page) n'a pas été retrouvé ; la formulation anglaise habituellement reprise (« the nineteenth century has been called the century of Savigny, but the twentieth will be known as that of Ferrini… ») n'est donc pas une citation textuelle vérifiée. Le texte de l'article la rend au degré rapporté, sans guillemets.
6 50Cathopedia, l'enciclopedia cattolica, « Beato Contardo Ferrini » : it.cathopedia.org. Franciscain tertiaire, professeur à Pavie, membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ; mort le 17 octobre 1902 à Suna (Verbania) ; béatifié le 13 avril 1947 par Pie XII ; patron des universités et collèges catholiques ; le père Agostino Gemelli, fondateur en 1921 de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, considérait Ferrini comme un précurseur et un maître ; corps transféré à la crypte de l'Université catholique, cœur retourné à Suna en 1942.
8 90 92 93 94Archivio generale per la storia dell'Università Cattolica, fonds « Carte Contardo Ferrini » : progetti.unicatt.it. Fonds d'archives consacré à Contardo Ferrini conservé par l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan, institution qui le reconnaît comme l'un de ses précurseurs spirituels et intellectuels.
9Diocèse de Milan (chiesadimilano.it), « Beato Contardo Ferrini » (almanach des saints du jour) : chiesadimilano.it. Naissance à Milan le 4 avril 1859 dans une famille de piété profonde ; père Rinaldo professeur, mère Luigia Buccellati ; mort à quarante-trois ans à Suna, près de Pallanza, dans la résidence d'été familiale, le 17 octobre 1902.
11Wikipédia (IT), « Contardo Ferrini », section sur la naissance : it.wikipedia.org ; recoupé par la synthèse de recherche confirmant que Ferrini fut baptisé le soir même de sa naissance et reçut le prénom de Contardo, porté par plusieurs membres de sa famille avant lui.
12Il Mantello della Giustizia, « Il Beato Contardo Ferrini, giurista e contemplativo » : ilmantellodellagiustizia.it. Surnom moqueur de « notre saint Louis » ou « petit bienheureux » au Collège Borromeo ; vœu de chasteté prononcé à Berlin, d'abord renouvelé mensuellement puis fixé définitivement ; amitié alpine avec Achille Ratti, futur Pie XI ; mort à Suna le 17 octobre 1902 après avoir contracté le typhus lors d'une excursion en montagne ; décret d'héroïcité des vertus le 8 février 1931 ; transfert du corps à la crypte de l'Université catholique en 1942 (cœur retourné à Suna) ; béatification le 13 avril 1947.
14 20 22 33 40 46 58 89Stelle in Cielo, storie di persone normali molto speciali, « Beato Contardo Ferrini, terziario francescano (OFS), accademico e giurista italiano » : stelleincielofratellosolesorellaluna.blogspot.com. Première communion le 20 avril 1871 à l'âge de douze ans, entrée dans la Confrérie du Saint-Sacrement ; diplôme du lycée à dix-sept ans (1876) avec les plus hautes distinctions ; formation berlinoise (1880-1883) sous Alfred Pernice, contexte du Kulturkampf ; lésion cardiaque en 1900 liée au surmenage ; typhus contracté en visitant les malades ou lors d'une excursion près de Suna à l'automne 1902 ; mort le vendredi 17 octobre 1902 après une amélioration passagère ; funérailles rassemblant une foule de Milan et de Pavie ; lettres remises à Pie X en 1905, désir du pape de voir béatifié un professeur d'université modèle de sainteté moderne ; enquête conduite par Carlo Pellegrini puis par l'Université catholique.
15 16 18 19 30 66 70 72 74 76 78Wikipédia (EN), « Contardo Ferrini » (article encyclopédique de synthèse, sources croisées) : en.wikipedia.org. Naissance à Milan, fils de Rinaldo Ferrini et Luigia Buccellati ; entrée à l'université de Pavie à dix-sept ans ; doctorat en droit à vingt et un ans, thèse liant droit pénal et poésie homérique, bourse d'étude à Berlin ; spécialisation en droit romano-byzantin sous la direction d'Alfred Pernice, exposition au contexte du Kulturkampf, adhésion à une Conférence Saint-Vincent-de-Paul à Berlin ; premier poste de professeur à vingt-six ans ; postes successifs à Messine, Modène et Pavie ; lésion cardiaque en 1900 ; mort du typhus le 17 octobre 1902 à quarante-trois ans ; ouverture du procès canonique autorisée par Pie X en 1909 ; béatification le 13 avril 1947 par Pie XII à Rome ; patronage des écoles, collèges, universités et professeurs.
17 23 25 27 28 31 35 36 49 79Wikipédia (IT), « Contardo Ferrini » (article encyclopédique de synthèse, sources croisées) : it.wikipedia.org. Naissance à Milan le 4 avril 1859 ; licence à Pavie en 1880 ; deux ans de perfectionnement à Berlin ; professeur de droit romain à Messine (collègue de Vittorio Emanuele Orlando), doyen de la faculté de droit à Modène, professeur à Pavie de 1894 à sa mort en succédant à Alessandro Nova ; entrée au Tiers-Ordre franciscain le 6 janvier 1886 ; conseiller municipal de Milan de 1895 à 1899 ; mort du typhus le 17 octobre 1902 à Suna, au lac Majeur ; inhumation initiale à Suna puis transfert du corps à la crypte de la chapelle de l'Université catholique du Sacré-Cœur de Milan en 1942 ; ouverture du procès canonique autorisée par Pie X en 1909 ; décret d'héroïcité des vertus le 8 février 1931 sous Pie XI ; deux miracles reconnus, l'un en 1933 (guérison de Luigi Valentini d'une affection vertébrale et d'une myélite transverse diagnostiquée en 1925), l'autre en 1941 (guérison d'Edoardo Granetti d'une fracture de la base du crâne) ; béatification le 13 avril 1947 par Pie XII ; œuvres notables dont le Manuale di Pandette (1904) et Diritto penale romano. Teorie generali (1899).
21 39 43 45 47 51 53 67 69 71 75 77 80 81 83 91 95 96Tempi.it, « Contardo Ferrini: pensieri e preghiere » (présentation de l'édition Pensieri e preghiere, Edizioni Radio Spada) : tempi.it. Recueil de pages ascétiques et mystiques tirées de la correspondance et des carnets personnels de Ferrini, édité une première fois par le père Agostino Gemelli en 1960 ; citation p. 9 sur l'universalité du christianisme, p. 20 sur l'humilité comme chemin vers l'infini, p. 79 sur la vraie joie chrétienne, p. 93 sur la contemplation de la nature.
24 41 52 65 97 99Club Alpino Italiano, sezione di Desio, « Pio XI° il Papa alpinista » : caidesio.net. Achille Ratti, alpiniste réputé, protagoniste de l'une des premières traversées intégrales du Mont Rose ; amitié de cordée avec Contardo Ferrini pendant les années d'étude et de recherche de ce dernier ; correspondance de Ferrini avec le comte Vittorio Mapelli comme source biographique majeure du procès de béatification.
57 59 60Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, éd. Agostino Gemelli (1960), rééd. Edizioni Radio Spada, passage sur la prière rapporté par plusieurs notices hagiographiques convergentes (roman-catholic-saints.com, stelleincielofratellosolesorellaluna.blogspot.com). Page non vérifiée sur l'édition : le texte de l'article le rend en paraphrase, présentée comme telle.
61Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, éd. Agostino Gemelli (1960), passage sur l'Eucharistie rapporté par plusieurs notices hagiographiques convergentes (roman-catholic-saints.com/blessed-contardo-ferrini.html). Page non vérifiée sur l'édition : le texte de l'article le rend en paraphrase, présentée comme telle.
62Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, éd. Agostino Gemelli (1960), p. 20, cité par tempi.it : « La strada all'infinito è l'umiltà. »
63Contardo Ferrini, Pensieri e preghiere, éd. Agostino Gemelli (1960), p. 9, cité par tempi.it : « Fra tutte le filosofie e tutte le religioni, solo il cristianesimo, mentre ha rivelato il vero, ha anche mostrato l'universale capacità del vero. »
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