Pape Valentin

Pape pendant quelques semaines en 827, Valentin fut un archidiacre romain de la Via Lata, élu par le clergé, les nobles et le peuple dans la Rome carolingienne.

Ignispedia

Pape Valentin (Valentinus) gouverne l'Église de Rome pendant quelques semaines seulement, en 827. La liste officielle du Saint-Siège le place comme 100e pape, romain d'origine, avec un pontificat situé entre août 827 et septembre 827.[1] La Catholic Encyclopedia donne la même ligne générale : date de naissance inconnue, mort vers octobre 827, origine romaine dans le quartier de la Via Lata, carrière ecclésiastique rapide sous Pascal I et Eugène II, puis élection unanime après la mort d'Eugène le 27 août 827.[2]

Le sujet est bref, mais il n'est pas vide. Aucune information sur un acte de son bref règne ne s'est conservée : New Advent le constate expressément, et Treccani souligne qu'une durée aussi courte interdit de supposer des décisions importantes.[3][4] Son intérêt historique tient ailleurs : il est un archidiacre du palais du Latran, favori de deux papes successifs, choisi par acclamation dans une Rome où les grandes familles laïques reprennent une part croissante dans l'élection pontificale. Son pontificat annonce donc une tension durable du IXe siècle : la papauté reste apostolique, mais son mode d'élection devient de plus en plus exposé aux forces sociales de Rome.[5][6]

« Valentine, le très saint archidiacre, est digne du Siège apostolique ; Valentine doit être fait pape ! » — cri d'élection en traduction française du texte anglais de Horace K. Mann, qui rend lui-même l'acclamation rapportée par le Liber Pontificalis[7]

Pourquoi Valentin compte-t-il ?

Un pontificat trop court pour être jugé par ses actes

Il serait faux de chercher chez Valentin une œuvre administrative comparable à celle de Léon III, Pascal I ou Grégoire II. Les sources lui donnent environ quarante jours selon le Liber Pontificalis, et à peine un mois selon les Annales d'Éginhard.[8][9] Treccani retient une mort en septembre 827 et souligne qu'une durée aussi courte interdit de supposer une vraie politique pontificale développée.[10]

Mais un court pontificat peut éclairer un moment. Valentin est le pape d'un processus d'élection. Le récit ancien ne raconte presque rien après sa consécration ; il raconte en revanche longuement son origine, sa formation, son ascension et l'acclamation qui le tire de la prière à Sainte-Marie-Majeure pour le conduire au trône pontifical.[11]

Le retour visible de l'aristocratie romaine

La grande donnée du dossier est la présence explicite des proceres Romanorum, les principaux nobles romains, aux côtés du clergé et du peuple.[12] Cette participation ne surgit pas dans le vide. Trois ans plus tôt, en novembre 824, la Constitutio Romana de Lothaire I avait encadré les relations entre Rome et l'empire carolingien, imposant notamment un serment du clergé et du peuple romains et une surveillance impériale accrue de l'ordre public romain.[13]

Valentin n'est donc pas seulement un homme pieux élu par amour. Il est aussi l'élu d'une Rome aristocratique qui revient dans le jeu pontifical. Mann observe que l'élection est un triomphe pour la noblesse : elle obtient un pape issu de son propre milieu et voit reconnue sa participation au choix du pontife.[14]

Un homme de palais, non un intrigant documenté

Cette lecture politique ne doit pas salir gratuitement Valentin. Le Liber Pontificalis et les synthèses modernes le présentent comme un homme pieux, cultivé, éloquent, généreux, aimé des pauvres et fidèle dans son service.[15][16] Il n'est pas décrit comme un chef de faction ou un ambitieux.

Son cas est plus subtil : il montre comment un homme réellement estimé, formé au Latran, élevé dans les grades de l'Église, peut aussi devenir le point de rencontre entre la hiérarchie romaine et les grandes familles de la ville. Le danger n'est pas encore la corruption ouverte du Xe siècle ; c'est la porosité croissante entre charge sacrée, prestige familial et pouvoir urbain.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste officielle actuelle100e pape, origine romaine, pontificat août-septembre 827Notice chronologique très brève
Liber Pontificalis, notice 102IXe siècle, éd. DuchesneOrigine Via Lata, père Léonce, parents pieux, enfance studieuse, carrière sous Pascal I, archidiaconat, élection, intronisation, mort rapideSource narrative principale, très favorable au pape
Annales regni Francorum / Éginhardentrée 827Mort d'Eugène II en août ; durée très brève du pontificat de ValentinSource franque, très succincte
Treccani / DBIsynthèse moderneContextualisation : Via Lata aristocratique, cubicularius, Constitution romaine de 824, rôle des nobles, impossibilité d'attendre un missus (envoyé) impérialMeilleure synthèse moderne accessible
Prosopography of the Byzantine Empirebase prosopographiqueRésumé précis du Liber Pontificalis : père, formation, grades, qualités, maladie et mortOutil de contrôle, pas récit autonome
Catholic Encyclopedia / New Advent1912Synthèse catholique classique : carrière, élection à Sainte-Marie-Majeure, consécration à Saint-Pierre, mort après quarante joursAncienne, mais fondée sur Duchesne
Horace K. Mann1906Lecture historique de l'élection comme montée de la noblesse dans le processus pontificalInterprétation ancienne à croiser avec Treccani
Britannicanotice moderneRésumé très court : archidiacre, bonté, piété, élection avec participation laïque imposée par la Constitution romaineTrop synthétique pour suffire seule

Le Saint-Siège : les bornes sûres

La liste officielle du Vatican donne Valentin comme 100e pape, avec un pontificat commencé en août 827 et achevé en septembre 827, et précise son origine romaine.[17] Ces bornes suffisent pour éviter les deux confusions courantes : Valentin n'est pas le saint Valentin du 14 février, martyr du IIIe siècle ; il n'est pas non plus un pape médiéval tardif de la période la plus chaotique du Xe siècle.

Le titre juste est donc sobre : Pape Valentin (827). Les dates exactes de consécration et de mort varient selon les reconstructions, mais l'essentiel ne varie pas : son gouvernement tient en quelques semaines.

Le Liber Pontificalis : la source décisive

La notice 102 du Liber Pontificalis, éditée par Louis Duchesne, est la source principale. Elle donne l'identité : Valentin est romain, de la région de la Via Lata, fils de Léonce.[18] Elle insiste sur sa formation : confié à un maître pour les premières études, il apprend les Écritures, évite les jeux d'enfants, se montre véridique et irréprochable.[19]

La notice poursuit avec sa carrière : Pascal I le fait monter dans les grades ecclésiastiques, le place au service du palais du Latran, le consacre diacre, puis l'établit archidiacre. Eugène II le garde ensuite dans la même faveur.[20][21]

« Né de parents libres et pieux » — Liber Pontificalis, résumé prosopographique de la notice de Valentin[22]

Treccani : comprendre le contexte romain

La notice Treccani est particulièrement utile parce qu'elle ne se contente pas de répéter l'éloge du Liber Pontificalis. Elle explique que la Via Lata est alors un quartier aristocratique, déjà associé à plusieurs familles pontificales : Étienne II, Paul I (frère d'Étienne II) et Adrien I.[23] Elle souligne aussi le rôle du cubiculum : dans la Rome du IXe siècle, cette proximité avec le palais pontifical permet à des hommes de l'aristocratie d'entrer dans l'élite ecclésiastique.[24]

Treccani relie enfin l'élection de Valentin à la Constitutio Romana de 824 et à la crise de la fin du pontificat de Pascal I : violences urbaines, enquête carolingienne, serment imposé au clergé et au peuple romain, puis retour plus visible des grandes familles dans la vie pontificale.[25]

Avant le pontificat : un Romain de la Via Lata

La Via Lata, quartier aristocratique

Valentin naît à Rome, dans la région de la Via Lata, axe antique correspondant au secteur du Corso moderne. Treccani décrit ce quartier comme un espace aristocratique de la ville, lieu d'origine ou d'implantation de plusieurs lignages liés à la papauté carolingienne.[26] Ce détail n'est pas décoratif : il explique pourquoi le futur pape peut jouer un rôle de médiateur entre le clergé romain et les familles nobles.

Les sources ne donnent pas de date de naissance. Treccani le situe dans la seconde moitié du VIIIe siècle ; PBE le fait mourir en 827 et le présente comme actif au début du IXe siècle.[27][28] Il faut donc renoncer aux fausses précisions biographiques. On connaît son origine sociale, son père, son quartier, sa formation, mais non son année de naissance.

Fils de Léonce, parents libres et pieux

Le père de Valentin s'appelle Léonce (Leontius). PBE, résumant le Liber Pontificalis, note que ses parents sont décrits comme libres et pieux : la formule latine ab ingenuis et piis parentibus genitus ne signifie pas nécessairement une haute noblesse au sens strict, même si Treccani insiste sur l'environnement aristocratique de la Via Lata.[29][30]

La nuance est importante. Valentin appartient à un milieu social élevé ou du moins bien inséré, mais les sources anciennes le louent d'abord pour sa piété et sa formation, non pour une puissance familiale démontrée.

Une enfance studieuse

Le Liber Pontificalis construit un portrait édifiant : enfant, Valentin évite les jeux frivoles, apprend les Écritures par cœur, se montre droit dans sa parole et pur dans ses mœurs.[31] La Catholic Encyclopedia reprend ce portrait et ajoute que cette réputation attire l'attention de Pascal I.[32]

Comme souvent dans les notices pontificales, le portrait a une fonction théologique : il montre que l'élection future n'est pas seulement un événement politique, mais l'accomplissement d'une vie déjà orientée vers Dieu. L'historien moderne garde une prudence sur le style hagiographique ; l'encyclopédie catholique garde la valeur spirituelle du témoignage.

La carrière au Latran

Pascal I le repère et l'élève

Sous Pascal I (817-824), Valentin entre dans une ascension rapide. Selon PBE et la Catholic Encyclopedia, Pascal le fait monter dans les grades ecclésiastiques, le place au service du palais du Latran, puis l'ordonne diacre et finalement archidiacre.[33][34]

Treccani ajoute une précision institutionnelle : Valentin exerce la fonction de cubicularius, c'est-à-dire un service de proximité dans le palais pontifical.[35] Dans la papauté carolingienne, cette fonction est un poste sensible : elle met l'homme près du pape, de la chancellerie, des visiteurs, des dossiers et de la cour pontificale.

Le cubiculum comme porte d'entrée de l'élite

Thomas F. X. Noble, cité par Treccani, observe que le cubiculum a servi, à cette époque, de voie d'accès de la noblesse romaine à l'élite ecclésiastique : Grégoire II, Étienne II, Paul I, Étienne III, Étienne IV et Pascal I avaient eux aussi été cubicularii.[36] Valentin n'est donc pas une exception isolée ; il appartient à une filière de gouvernement.

Cette donnée aide à comprendre l'avenir. Le pape du IXe siècle n'est pas seulement un liturge ou un théologien ; il est aussi le chef d'une administration urbaine, d'un patrimoine, d'un réseau diplomatique. Former les futurs responsables au Latran permet de gouverner efficacement, mais cela rapproche aussi le sacré des logiques de palais.

Archidiacre de l'Église romaine

Le grade d'archidiacre est central. L'archidiacre n'est pas seulement un diacre plus honoré : il est l'un des premiers administrateurs de l'Église romaine, chargé des biens, des distributions, de la discipline diaconale, des pauvres et souvent des dossiers pratiques du gouvernement pontifical. Dans plusieurs périodes de l'histoire romaine, l'archidiacre est presque le numéro deux effectif du pape.

Le Liber Pontificalis dit que Pascal I plaça Valentin à la tête du diaconat romain.[37] Eugène II conserva ensuite sa faveur et son influence.[38] Mann dit même qu'Eugène le traitait comme son propre fils, formule qui rend compte de sa place au cœur du gouvernement pontifical.[39]

« Eugène le traita comme son propre fils. » — Horace K. Mann, en traduction de l'anglais (« who treated him as his own son »), d'après la notice du Liber Pontificalis[40]

Le contexte : Rome après Pascal I et Eugène II

La fin troublée de Pascal I

Pour comprendre l'élection de Valentin, il faut revenir à la fin du pontificat de Pascal I. Rome sort d'une période de tensions violentes. Après la mort de Léon III, la papauté vit dans l'orbite carolingienne ; après le couronnement impérial de Charlemagne, puis sous Louis le Pieux et Lothaire, l'empire franc entend garantir l'ordre romain sans absorber totalement le Siège apostolique.[41]

Treccani rappelle qu'après les événements sanglants de la fin du pontificat de Pascal I, une enquête est conduite à Rome sous l'autorité de Lothaire I ; elle aboutit à la Constitutio Romana de novembre 824.[42]

La Constitutio Romana de 824

La Constitutio Romana impose notamment le Sacramentum cleri et populi Romani, un serment du clergé et du peuple romains, et renforce l'intervention carolingienne dans la stabilité de Rome.[43] L'objectif officiel est de prévenir les violences, de garantir l'élection régulière et de maintenir la fidélité à l'empereur.

Ce cadre explique pourquoi Britannica peut dire que Valentin est élu avec participation laïque comme le voulait la Constitution romaine.[44] Treccani nuance : la brièveté du pontificat ne permet pas de penser que l'élection ait attendu un missus (envoyé) impérial pour la consécration.[45] Autrement dit, la noblesse romaine participe ; l'empereur n'a probablement pas le temps d'intervenir concrètement.

Eugène II, prédécesseur immédiat

Eugène II meurt le 27 août 827 selon New Advent, et en août selon les Annales regni Francorum.[46][47] Les sources ne donnent pas une longue vacance. Mann juge probable que Valentin fut élu peu après la mort d'Eugène, puisque rien n'indique un délai notable.[48]

Cette rapidité est un indice : Valentin n'est pas un candidat improvisé. Il est déjà connu, aimé, disponible, présent dans les réseaux du Latran, et acceptable à la fois pour le clergé et pour les nobles.

L'élection de 827

L'assemblée au Latran

Le récit ancien place l'assemblée électorale au Latran. S'y réunissent les évêques, les nobles et le peuple de la ville.[49] Treccani signale explicitement que le biographe du Liber Pontificalis mentionne les proceres Romanorum avec le clergé.[50]

Là se produit l'acclamation : Valentin est digne du Siège apostolique. Le vocabulaire est celui d'un accord total. New Advent parle d'une élection unanime par le clergé, les nobles et le peuple de Rome.[51]

La scène de Sainte-Marie-Majeure

Le récit le plus vivant se déroule ensuite à Sainte-Marie-Majeure. L'assemblée quitte le Latran et se rend dans la basilique mariale, où Valentin se trouve en prière.[52] On le proclame élu malgré ses protestations d'indignité, puis on le conduit au Latran pour le placer sur le trône pontifical.[53]

Cette scène donne à l'élection une couleur spirituelle forte : l'homme choisi n'est pas présenté en train de négocier, mais en train de prier. Le Liber Pontificalis va jusqu'à dire, selon Treccani, que l'élection se produisit par révélation divine, comme si toute l'assemblée avait entendu une voix d'en haut désignant l'élu.[54]

Il ne faut pas transformer cette formule en reportage sonore. Elle dit la conviction romaine : Valentin n'a pas été seulement imposé par un parti ; il a été reconnu comme un homme de Dieu.

Intronisation avant consécration

Mann note une particularité : Valentin est intronisé avant d'être consacré, renversement de l'ordre ordinaire que l'on retrouvera aussi dans le cas de Benoît III.[55] Conduit au palais du Latran avec honneurs, il est installé sur le trône pontifical ; les pieds lui sont baisés par le sénat romain ; puis il est consacré à Saint-Pierre le premier jour favorable.[56]

La Catholic Encyclopedia résume la suite : probablement le dimanche suivant, Valentin est consacré évêque à Saint-Pierre, puis intronisé comme pape.[57] La différence de formulation entre intronisation et consécration vient de la complexité du cérémonial romain. Le point sûr est que l'élection, la mise au trône et la consécration suivent de très près la mort d'Eugène II.

Absence probable des envoyés impériaux

Treccani et Mann soulignent l'absence de mention d'un missus impérial.[58][59] Si la Constitution romaine de 824 avait renforcé la présence carolingienne dans la procédure, le pontificat de Valentin fut trop bref pour que la machine impériale ait le temps de se manifester pleinement.

Ce silence est instructif. La papauté se trouve alors dans un équilibre encore instable : l'empereur carolingien surveille Rome ; l'aristocratie romaine agit localement ; le clergé garde la procédure sacrée ; le peuple acclame. Valentin est élu au point de rencontre de ces forces.

Un pontificat sans actes conservés

Aucun décret pontifical connu

Après l'élection, les sources se taisent presque entièrement. New Advent est net : aucune information n'a été conservée sur son bref règne.[60] Treccani confirme que la brièveté du pontificat empêche de supposer des décisions importantes, notamment dans la relation avec l'empereur.[61]

Il faut donc refuser deux tentations. La première serait de remplir le vide avec des actes inventés. La seconde serait de conclure que Valentin ne compte pas. Un pontificat peut compter par ce qu'il révèle du système qui le produit.

Une possible monnaie d'argent

Treccani signale qu'une monnaie d'argent d'environ 22 mm, conservée à la Bibliothèque apostolique vaticane, a été attribuée à Valentin, si le fragment est bien authentique.[62] La prudence est nécessaire : même Treccani formule la donnée au conditionnel.

Si l'attribution est correcte, elle montre que l'administration pontificale put au moins commencer à fonctionner dans les formes publiques du pouvoir romain. Mais elle ne suffit pas à construire une politique monétaire ou temporelle de Valentin.

Maladie et mort

PBE rapporte, d'après le Liber Pontificalis, que Valentin fut bientôt accablé par une maladie du corps et mourut.[63] New Advent donne quarante jours selon le Liber Pontificalis et à peine un mois selon Éginhard.[64] Britannica parle d'environ quarante jours entre août et septembre 827.[65]

Treccani tranche nettement : « Morì nel settembre dello stesso 827 e non si conosce il luogo di sepoltura » (« il mourut en septembre de cette même année 827, et l'on ne connaît pas le lieu de sa sépulture »).[66] Mann précise que le Liber Pontificalis ne mentionne aucun lieu de sépulture et qu'aucune tombe de l'ancienne basilique ne lui est attribuée sur le plan d'Alfarano (1589) ; il présume une inhumation à Saint-Pierre par l'usage de l'époque, comme pour Eugène II — présomption, non attestation.[67] Platina, au XVe siècle, affirme une inhumation à Saint-Pierre, sans source contemporaine à l'appui.[68] La Wikipédia francophone donne le 10 octobre 827, et la Catholic Encyclopedia écrit « about October, 827 » ; mais aucune source du IXe siècle ne donne un jour exact, et la liste officielle du Vatican s'arrête à septembre 827 : l'article retient donc septembre 827, à Rome.[69][70]

L'enjeu ecclésial : élection, aristocratie et liberté du Siège

Le canon de 769 et la réalité du IXe siècle

Mann rappelle un contraste important. Le concile romain de 769, sous Étienne III, avait voulu réserver le choix du pape au clergé, les nobles et le peuple venant ensuite saluer le pontife choisi.[71] Or, en 827, le récit montre les nobles présents dans l'assemblée et participant à l'acclamation.

La norme et la pratique divergent. Ce n'est pas encore la domination brutale des grandes familles du Xe siècle, mais c'en est un prélude. Les nobles cherchent leur place dans le gouvernement de la cité et donc dans l'élection de celui qui gouverne Rome spirituellement et temporellement.

Une étape vers les crises du Xe siècle

Mann écrit que la part obtenue par les nobles au IXe siècle deviendra prépondérante au Xe, et que la manière dont ils exerceront cette influence justifiera finalement leur exclusion dans la réforme du XIe siècle.[72] Le jugement est sévère, mais historiquement éclairant.

Valentin lui-même n'est pas responsable des abus futurs. Mais son élection est un jalon : le pape n'est plus seulement choisi dans un cadre clérical strict ; il est acclamé par une assemblée où les notables urbains pèsent officiellement.

Pourquoi cette question reste catholique

Cette histoire n'affaiblit pas la doctrine catholique de la papauté. Elle la rend plus concrète. L'Église ne prétend pas que chaque élection pontificale ait été pure de toute pression humaine ; elle affirme que le Christ garde son Église à travers des médiations parfois fragiles. Valentin est un bon exemple : l'élu semble personnellement pieux et estimable, mais le contexte de son élection révèle déjà un risque structurel.

La sainteté de l'Église ne consiste pas à nier ces tensions. Elle consiste à les traverser sans perdre la succession apostolique, la foi reçue, les sacrements et la mission.

Valentin dans la série des papes carolingiens

Entre Eugène II et Grégoire IV

Valentin est placé entre Eugène II et Grégoire IV. Eugène II appartient au moment de la Constitution romaine de 824 ; Grégoire IV gouvernera longtemps, de 827 à 844, au cœur des conflits entre Louis le Pieux et ses fils.[73]

Valentin est donc une transition fulgurante : il relie le pontificat d'Eugène, encadré par l'ordre carolingien, au pontificat de Grégoire IV, marqué par une diplomatie beaucoup plus complexe. Sa brièveté empêche l'action ; sa position chronologique éclaire le passage.

Après Pascal I : une mémoire encore lourde

Pascal I avait été un grand bâtisseur et un protecteur des reliques, mais sa fin avait laissé des accusations et des violences. Valentin, élevé par Pascal, conserve la faveur d'Eugène II. Sa carrière montre que le personnel formé sous Pascal continue de gouverner Rome après la crise.[74][75]

Ce lien explique peut-être l'acclamation rapide : l'archidiacre était connu de l'administration, des clercs et des notables. Il n'arrivait pas comme un étranger.

La Via Lata comme pépinière pontificale

Treccani rappelle que la Via Lata avait déjà donné ou porté plusieurs papes : Étienne II, Paul I, Adrien I, puis Valentin.[76] Dans une Rome où les quartiers, les familles et les basiliques forment des réseaux d'influence, cette concentration n'est pas anodine.

La papauté du haut Moyen Âge n'est pas un pouvoir abstrait posé sur la ville. Elle naît dans des lieux précis : le Latran, Saint-Pierre, Sainte-Marie-Majeure, la Via Lata, les maisons aristocratiques, les diaconies, les écoles. Valentin appartient à cette géographie.

Ce que Valentin enseigne

La fidélité peut rester sans œuvre visible

Le premier enseignement de Valentin est spirituel : on peut être préparé longtemps et gouverner très peu. Le Liber Pontificalis lui attribue une jeunesse sérieuse, une formation attentive, une carrière fidèle, une réputation d'éloquence et de générosité.[77] Puis la maladie l'emporte presque aussitôt.

Dans une logique purement productive, sa vie serait un échec. Dans une logique chrétienne, elle est plus mystérieuse : Dieu ne mesure pas toujours une vocation au volume d'actes conservés. Un homme peut être préparé pour un service bref, et ce service bref peut suffire.

L'élection ne remplace pas la conversion

Le récit de Sainte-Marie-Majeure montre Valentin en prière, arraché à son retrait par l'acclamation. Cette image mérite d'être conservée : le meilleur candidat n'est pas nécessairement celui qui se pousse lui-même. Dans l'idéal catholique, la charge est reçue comme une croix avant d'être exercée comme un honneur.

La tradition ancienne insiste donc sur son indignité proclamée, sa prière, sa piété, sa générosité. Même dans une élection où la noblesse pèse, le biographe veut que le lecteur voie d'abord un homme de Dieu.

La papauté a besoin d'institutions solides

Le second enseignement est institutionnel. Quand la procédure devient trop dépendante de familles, de quartiers, d'acclamations ou de puissances extérieures, l'Église devient vulnérable. Les siècles suivants le montreront durement, jusqu'aux réformes du XIe siècle qui confieront l'élection au collège cardinalice.

Valentin est donc un petit article, mais une vraie leçon d'histoire ecclésiale : les saints hommes ne suffisent pas si les règles sont faibles ; les règles ne suffisent pas si les hommes ne sont pas saints. L'Église a besoin des deux.

Questions fréquentes

Le pape Valentin est-il le saint Valentin de la fête du 14 février ?

Non. Le pape Valentin de 827 est un évêque de Rome du IXe siècle. Le saint Valentin associé au 14 février est un martyr romain ou ternien de l'Antiquité, dont la tradition relève d'un autre dossier hagiographique. La confusion vient seulement du nom.

A-t-il été pape avant d'être prêtre ?

Les sources ne permettent pas de soutenir cela sous cette forme. Le Liber Pontificalis le fait monter dans les grades ecclésiastiques sous Pascal I : sous-diacre, diacre, puis archidiacre.[78] Il est ensuite consacré évêque de Rome après son élection. La question moderne vient souvent de la distinction entre ordres mineurs, diaconat, prêtrise et consécration épiscopale dans les usages anciens.

Pourquoi n'est-il pas plus connu ?

Parce que son pontificat dure environ un mois et ne laisse aucun acte conservé. Son importance est surtout prosopographique et institutionnelle : origine sociale, formation au Latran, archidiaconat, élection avec participation des nobles, et place dans la transition entre Eugène II et Grégoire IV.

Faut-il l'appeler saint Valentin ?

La liste officielle du Saint-Siège consultée pour cet article le nomme simplement Valentinus, sans titre de saint dans la liste des papes.[79] L'article garde donc la forme sobre Pape Valentin. Cela évite surtout la confusion avec le martyr du 14 février.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, liste officielle des papes, ligne 100 : « 100 Valentinus ... VIII.827 ...IX.827 ... römisch » (pontificat d'août 827 à septembre 827, origine romaine). Liste : vatican.va (même ligne 100 dans les versions italienne, anglaise et française), vérifiée le 4 octobre 2026.

    1 17 69 73 79
  2. Johann Peter Kirsch, « Pope Valentine », The Catholic Encyclopedia, vol. 15, New York, Robert Appleton Company, 1912 ; texte sur New Advent. La notice résume l'origine romaine de la Via Lata, la carrière sous Pascal I et Eugène II, l'élection à Sainte-Marie-Majeure, la consécration à Saint-Pierre et la mort après quarante jours selon le Liber Pontificalis.

    2 3 8 20 32 34 37 38 46 51 52 57 60 64 70
  3. Ilaria Bonaccorsi, « Valentino, papa », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 97, Treccani, 2020 : naissance à Rome, dans la seconde moitié du VIIIe siècle, père Léonce, famille de la regio Via Lata (quartier aristocratique, lieu d'origine des familles des papes Étienne II, Paul I et Adrien I), fonction de cubicularius, ascension sous Pascal I et Eugène II, contexte de la Constitutio Romana, élection avec les proceres Romanorum, mort en septembre 827 et sépulture inconnue. Page : treccani.it.

    4 5 10 12 16 23 24 25 26 27 30 35 36 42 45 50 54 58 61 62 66 74 76
  4. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. II, The Popes During the Carolingian Empire, A.D. 795-891, Londres, Kegan Paul, 1906, p. 183-184, chapitre « Valentine A.D. 827 » : origine Via Lata, formation, faveur de Pascal I et d'Eugène II (« who treated him as his own son »), archidiaconat, élection et mort rapide. Texte numérisé : cristoraul.org et archive.org.

    6 39 40 48
  5. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. II, The Popes During the Carolingian Empire, A.D. 795-891, Londres, Kegan Paul, 1906, p. 184-185, chapitre « Valentine A.D. 827 » : texte anglais exact « Valentine, the most holy archdeacon, is worthy of the Apostolic See ; Valentine must be made Pope ! » (la citation française de l'article en est la traduction). Mann ancre son récit dans le latin du Liber Pontificalis pour l'assemblée : « Collectis igitur in unum venerabilibus episcopis, et gloriosis Romanorum proceribus... » (n. 3, p. 185) ; lieu exact du récit d'élection dans l'édition Duchesne : t. II, p. 72 (page citée aussi par Treccani pour ce passage). Récit : assemblée au Latran, recherche à Sainte-Marie-Majeure, protestations d'indignité, conduite au Latran, intronisation avant consécration, puis consécration à Saint-Pierre.

    7 49 53 55 56 59
  6. Annales regni Francorum, ad annum 827, éd. Friedrich Kurze, MGH Scriptores rerum Germanicarum in usum scholarum, t. VII, Hanovre, 1895, p. 173 : mort d'Eugène II en août 827 et témoignage annalistique utilisé par Kirsch/New Advent pour la durée très brève du pontificat de Valentin.

    9 47
  7. Prosopography of the Byzantine Empire, « Valentinus 4 » : résumé prosopographique d'après le Liber Pontificalis, éd. Louis Duchesne, t. II, p. 71-72 ; origine romaine, Via Lata, père Léonce, parents libres et pieux, formation, montée aux grades, sous-diacre, diacre, archidiacre, élection et mort après maladie. Page : pbe.kcl.ac.uk.

    11 15 19 21 22 28 29 31 33 63 75 77 78
  8. Constitutio Romana de Lothaire I, novembre 824, dans MGH, Capitularia regum Francorum, éd. Alfred Boretius, Leges, sect. II, t. I, Hanovre, 1883, no 161, p. 322-324 (la bibliographie Treccani cite aussi les p. 352-355 pour les actes voisins). Le texte impose notamment le Sacramentum cleri et populi Romani et encadre les relations entre Rome et le pouvoir carolingien après les troubles du pontificat de Pascal I.

    13 41 43
  9. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. II, The Popes During the Carolingian Empire, A.D. 795-891, Londres, Kegan Paul, 1906, p. 185-186, chapitre « Valentine A.D. 827 » : interprétation de l'élection de Valentin comme triomphe du parti des nobles romains (« another triumph for the nobility ») et étape vers leur influence croissante dans les élections pontificales du IXe et Xe siècles, jusqu'à leur exclusion au XIe siècle.

    14 71 72
  10. Liber Pontificalis, notice « Valentinus », éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, 1892, p. 71-72 ; traduction anglaise moderne : Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes (Liber Pontificalis), Liverpool University Press, 1995, notice 102 « Valentine (827) ».

    18
  11. Encyclopaedia Britannica, « Valentine », notice biographique : pape environ quarante jours en août-septembre 827, archidiacre sous Pascal I, élu avec participation laïque dans le cadre de la Constitutio Romana de Lothaire. Page : britannica.com.

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  12. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. II, Londres, Kegan Paul, 1906, p. 186, n. 1 : « With regard to the place of his burial, we can only say what we said of that of Eugenius II » — à savoir (p. 183) : « no mention of his burial-place occurs in the Liber Pontificalis, nor is any tomb in the old basilica marked as his in the elaborate plan of it published by Alfarano in 1589 » ; Mann présume une inhumation à Saint-Pierre par l'usage de l'époque, sans attestation. Cf. Bartolomeo Platina, Liber de vita Christi ac omnium pontificum (1re éd. 1479), notice « Valentinus I » : « buried in St Peter's » (trad. anglaise anonyme, éd. William Benham, vol. I, Londres, [1888], p. 214) — affirmation tardive sans appui contemporain.

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