Pape Eugène II (824-827)

Pape de 824 à 827, Eugène II gouverne Rome sous pression carolingienne, accepte la Constitutio Romana, défend la position romaine sur les images et lance un concile de réforme en 826.

Ignispedia

Pape Eugène II (Eugenius II) gouverne l'Église de Rome du 6 juin 824 au 27 août 827.[1] Le Saint-Siège le présente comme le 99e pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat allant de II-V.824 à VIII.827.[2] Consacré entre février et la seconde moitié de mai 824 selon Mann (« certainement avant le 6 juin ») ; Treccani précise qu'il fut « consacré avant le 6 juin 824 » (le Catholic Encyclopedia retient le 6 juin 824), il succède à saint Pascal I dans une ville encore secouée par les violences de 823-824, les rivalités entre factions romaines et la pression croissante de l'Empire carolingien.[3][4][5][6]

Eugène II est surtout connu pour la Constitutio Romana de 824, texte promulgué par Lothaire I, fils de Louis le Pieux, avec l'adhésion volontaire du pape. Ce texte cherche à pacifier Rome, réparer des confiscations, protéger les personnes placées sous sauvegarde pontificale ou impériale, surveiller la justice et encadrer les élections pontificales.[7][8] Il marque une étape forte du contrôle carolingien dans Rome sans supprimer l'autorité spirituelle propre du Siège apostolique.

Le pontificat ne se réduit pourtant pas à une concession politique. Eugène II affirme l'indépendance doctrinale de Rome face aux pressions byzantines et franques dans la querelle des images[9] ; il préside en novembre 826 un concile romain de soixante-deux évêques publiant trente-huit canons de réforme[10][11] ; il soutient la mission d'Ansgar vers les peuples scandinaves.[12][13]

Pourquoi Eugène II compte-t-il ?

Le pape d'une transition difficile

Eugène II se trouve au point de rencontre de trois forces. Rome veut préserver la liberté du Siège apostolique ; la noblesse laïque romaine veut peser davantage dans l'élection pontificale ; les Carolingiens veulent éviter que la ville, devenue capitale symbolique de l'Empire d'Occident, ne soit gouvernée par les seules factions locales.[14]

Son pontificat compte parce qu'il donne un visage concret à cette tension. Il n'est pas un grand pape doctrinal comme Léon le Grand, ni un bâtisseur aussi visible que Pascal I. Mais il est le pape sous lequel la papauté carolingienne accepte un contrôle impérial partiel sur son gouvernement temporel tout en gardant la main sur la doctrine, la réforme ecclésiale et la mission.

Un pape faible ou un pape réaliste ?

La tentation serait de présenter Eugène II comme un pape soumis aux Francs. Ce serait trop simple. Les sources montrent qu'il consent à la Constitutio Romana parce que la situation romaine est explosive : confiscations, assassinats, vengeance de factions, justice instable, rivalité entre partisans de Pascal et nobles pro-francs.[15][16]

En même temps, quand la question devient doctrinale, Eugène II ne cède pas. Face aux demandes de Michel II l'Amorien, empereur byzantin, et aux hésitations théologiques des évêques francs réunis à Paris en 825, il maintient la position romaine en faveur du deuxième concile de Nicée et ne laisse pas les deux empires imposer un compromis sur les saintes images.[17][18]

« Eugène II mourut en août 827 après avoir fait tout son possible pour maintenir l'autorité spirituelle de l'Église de Rome, tout en concédant, sur le plan temporel, ce que les circonstances imposaient. » — Jean-Marie Sansterre, Dizionario Biografico degli Italiani (traduit de l'italien), synthèse du pontificat[19]

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste actuelle99e pape, Rome, début II-V.824, fin VIII.827Notice très brève
Annales regni Francorumentrée 824-827Élection disputée, victoire du parti noble, mission de Lothaire, ambassades grecques, mort en août 827Source franque, proche du pouvoir impérial
Liber Pontificalisnotice pontificale médiévalePortrait spirituel, charge de Sainte-Sabine, œuvres à Sainte-SabineNotice courte ; variantes sur le nom du père
Horace K. Mann1906Synthèse catholique détaillée, pages 157-182 du volume IIAncien, mais riche en sources latines
Treccani / Jean-Marie Sansterre1993Analyse moderne : factions, Constitutio, images, concile de 826, mission nordiqueSource académique majeure
New Advent / Catholic Encyclopedia1909Résumé catholique accessible du pontificatDépend de Mann et des sources éditées

Une chronologie brève

DateÉvénementSource principale
823-824Meurtres de Théodore primicier et Léon nomenclateur à Rome ; crise finale de Pascal IAnnales regni Francorum, Treccani
Février-juin 824Élection disputée ; Eugène, archiprêtre de Sainte-Sabine, l'emporte avec le parti nobiliaire ; consacré avant le 6 juin 824Annales regni Francorum, Mann, Treccani
Novembre 824Lothaire promulgue la Constitutio RomanaTreccani, New Advent
825Assemblée de Paris sur les images, autorisée comme consultation par EugèneTreccani, Mann
826Concile romain de soixante-deux évêques, trente-huit canonsNew Advent, Mann, Treccani
826-827Confirmation de la mission d'Ansgar vers le NordNew Advent, Mann
27 août 827Mort d'Eugène II ; Valentin lui succède brièvementSaint-Siège, Annales regni Francorum, Catholic Encyclopedia

Avant le pontificat : l'archiprêtre de Sainte-Sabine

Une origine romaine probable

Treccani note que l'origine d'Eugène II n'est pas indiquée dans le plus ancien manuscrit des biographies pontificales du IXe siècle, mais que les exemplaires postérieurs du Liber Pontificalis le disent vraisemblablement romain.[20] New Advent rappelle que certaines éditions anciennes donnaient pour père un certain Boemund, tandis que les meilleures éditions modernes du Liber Pontificalis, notamment Duchesne, ne conservent pas ce nom.[21][22]

Cette précision évite un contresens. Il ne faut pas bâtir une théorie de ses origines sur un nom paternel incertain. Ce qui est mieux attesté, c'est sa place dans le clergé romain : avant l'élection, Eugène est depuis longtemps archiprêtre de Sainte-Sabine, l'un des titres les plus anciens et les plus prestigieux de Rome.[23]

Le portrait moral du Liber Pontificalis

La notice pontificale lui donne un portrait favorable : homme humble, pacifique, instruit, éloquent, généreux envers la veuve et l'orphelin, désireux de faire ce qui plaît au Christ.[24][25] Ce portrait n'est pas une photographie psychologique moderne ; c'est un langage hagiographique. Mais il indique que même ses adversaires ne l'ont pas retenu comme un aventurier imposé de l'extérieur.

« Simple et humble, savant et éloquent, beau et généreux, ami de la paix, tout occupé à faire ce qui plaît à Dieu. » — Résumé du portrait pontifical transmis par New Advent d'après le Liber Pontificalis[26]

Sainte-Sabine comme mémoire personnelle

New Advent rapporte qu'après son élection, Eugène embellit son ancienne église de Sainte-Sabine par des mosaïques et des travaux de métal portant son nom, encore visibles au XVIe siècle.[27] Mann signale aussi une inscription liée à une translation de reliques vers Sainte-Sabine, même si la forme des vers semble postérieure au pontificat.[28]

Sainte-Sabine donne donc le seul lieu fortement personnel du dossier.

L'élection de 824 : Rome entre clergé, noblesse et Francs

La crise laissée par Pascal I

La fin du pontificat de Pascal I est marquée par la violence. Deux dignitaires du patriarchium, Théodore primicier et Léon nomenclateur, liés au parti favorable aux Francs, sont aveuglés puis tués au Latran par des membres de la familia Sancti Petri.[29][30] Pascal nie sous serment toute complicité, mais soutient que les victimes méritaient leur sort ; la tension est telle que son corps ne peut d'abord pas être enseveli à Saint-Pierre.[31]

Eugène II est donc élu dans une Rome où la question n'est pas seulement liturgique ou canonique. Derrière le choix d'un pape se joue l'équilibre du pouvoir réel : qui contrôle la justice, les biens, les milices, les nominations et la relation avec les Carolingiens ?

Une double élection

Les Annales regni Francorum rapportent qu'après la mort de Pascal, deux hommes sont élus à cause de la contention du peuple, mais qu'Eugène, archiprêtre de Sainte-Sabine, est finalement substitué et ordonné grâce à la victoire du parti des nobles.[32] Mann insiste sur la formule latine vincente nobilium parte : la victoire du parti nobiliaire annonce le poids grandissant des familles romaines dans les élections pontificales.[33]

« Deux hommes ayant été élus par la contention du peuple, Eugène, archiprêtre du titre de Sainte-Sabine, fut néanmoins substitué et ordonné, le parti des nobles l'emportant. » — Annales regni Francorum, année 824[34]

La tradition tardive donne parfois à l'autre candidat le nom de Zinzinus ou Zinzinnus, mais Mann souligne que l'autorité de ce nom est incertaine.[35] L'article doit donc parler d'un candidat adverse sans construire un récit trop précis autour de lui.

Le rôle de Wala

Treccani ajoute un acteur important : le moine franc Wala, conseiller de Lothaire, soutient Eugène II parce qu'il espère l'élection d'un pape disposé à collaborer aux réformes nécessaires.[36] Mann confirme que Wala travaille à l'élection d'Eugène dans l'espérance que des abus longtemps négligés soient corrigés.[37]

Le point est décisif : l'appui franc ne vise pas seulement une domination politique. Dans la culture carolingienne, réforme morale, ordre public et intervention impériale sont étroitement mêlés. Le risque est réel : confondre réforme de l'Église et contrôle impérial de Rome. Eugène II devra vivre dans cette ambiguïté.

La Constitutio Romana de 824

Pourquoi Lothaire vient-il à Rome ?

Louis le Pieux apprend l'élection d'Eugène par le sous-diacre Quirinus. Occupé par une expédition en Bretagne, il envoie son fils Lothaire, déjà associé à l'Empire, pour traiter à Rome ce que la situation exige avec le nouveau pape et le peuple romain.[38][39]

Les Annales regni Francorum présentent l'opération comme une réforme : Lothaire est honorablement reçu par Eugène, expose sa mission, puis corrige l'état du peuple romain avec l'adhésion bienveillante du pape.[40] Le langage franc est évidemment favorable à l'intervention impériale. Mais la crise précédente rend cette intervention compréhensible : les familles lésées veulent réparation, les partisans francs veulent sécurité, et l'empereur veut un ordre stable dans la ville de Pierre.

Les neuf articles de la constitution

La Constitutio Romana est promulguée en novembre 824. New Advent en résume neuf articles ; Treccani en précise la portée juridique.[41][42] Le texte vise trois objectifs : pacifier les factions, surveiller la justice, inscrire les droits impériaux dans le gouvernement temporel de Rome.

DomaineMesure de la ConstitutioSens concret
Protection personnelleInviolabilité de ceux qui sont sous protection du pape ou de l'empereurEmpêcher les représailles de factions
Biens d'ÉgliseInterdiction de piller les biens ecclésiastiques à la mort d'un papeStopper une pratique récurrente de vacance
Élection pontificaleDéfense de troubler l'élection ; contrôle impérial de sa régularitéLimiter les violences et les ingérences extérieures
Justice romaineDeux missi permanents, l'un pontifical, l'autre impérialSurveiller juges et ducs
Personnalité du droitChoix du droit applicable : romain, salique ou lombardImporter à Rome une logique juridique franque
Obéissance au papeTous doivent obéir au pontife romainLe contrôle impérial n'efface pas l'autorité pontificale

La constitution n'est donc pas un simple écrasement de la papauté. Elle avance les prétentions impériales, mais elle limite aussi les nobles et confirme que l'obéissance reste due au pontife romain.[43][44]

Le serment des Romains

Un serment est imposé au clergé et aux laïcs de Rome avec l'accord d'Eugène II et de Lothaire. Les Romains promettent fidélité aux empereurs Louis et Lothaire, sauf la fidélité due au pape ; ils promettent aussi de ne pas permettre une élection contraire aux canons et de ne pas laisser consacrer un élu avant le serment requis en présence des envoyés impériaux.[45][46]

« Sauf la fidélité que j'ai promise au souverain pontife. » — Formule du serment romain de 824, citée par Mann d'après le continuateur de Paul Diacre[47]

Cette clause est capitale. Elle montre que la fidélité impériale est réelle, mais subordonnée à une fidélité pontificale déjà jurée. L'empereur intervient dans l'ordre temporel ; il ne devient pas évêque de Rome.

Une adhésion volontaire d'Eugène

Treccani insiste sur un point souvent oublié : les Annales regni Francorum soulignent que l'adhésion d'Eugène II à la constitution est volontaire.[48] Cela ne veut pas dire qu'elle est libre au sens moderne, sans pression politique. Cela veut dire qu'Eugène choisit d'entrer dans l'accord plutôt que de laisser Rome se fragmenter.

Les historiens discutent la portée pratique de la constitution. Certains y voient une modification nette des rapports entre Francs et papauté ; d'autres soulignent que les clauses furent appliquées selon les circonstances et les rapports de force. Treccani note que certains successeurs d'Eugène seront consacrés sans attendre l'arrivée d'un envoyé impérial.[49]

Les saintes images : Eugène II face aux deux empires

Michel II cherche un compromis

Pendant que la question romaine se règle, la querelle des images revient par l'Orient. L'empereur byzantin Michel II envoie une ambassade à Louis le Pieux avec une lettre demandant la paix, mais aussi l'appui franc dans une négociation avec Rome sur le culte des images.[50][51]

Michel II prétend chercher une voie moyenne entre iconodulie et iconoclasme radical. Il demande aussi que les iconodules grecs réfugiés à Rome soient chassés, car ils s'opposent à sa politique religieuse.[52] Pour Rome, l'enjeu est très concret : accepter une telle demande reviendrait à livrer les réfugiés et à relativiser le deuxième concile de Nicée.

L'assemblée de Paris de 825

Louis le Pieux demande à Eugène la permission de réunir des évêques francs pour examiner les textes patristiques sur la question. Eugène l'autorise, mais comme une assemblée consultative, non comme un concile imposant une doctrine à Rome.[53][54]

L'assemblée se tient à Paris en novembre 825. Les évêques francs parlent avec respect de l'autorité du Siège apostolique, mais critiquent la position romaine sur les images et proposent une lettre qu'ils espèrent voir envoyer par le pape à Constantinople.[55] Mann juge très sévèrement leur travail, qu'il estime confus et fondé sur une incompréhension du second concile de Nicée.[56]

Rome ne cède pas sur le fond

Louis lui-même ne transmet pas brutalement les documents de Paris. Il charge Jérémie de Sens et Jonas d'Orléans d'en faire un résumé, puis écrit à Eugène qu'il veut seulement l'aider, non lui enseigner.[57][58]

La suite disparaît des sources. Mais Treccani conclut qu'aucune source romaine, franque ou byzantine n'atteste l'envoi d'une délégation pontificale à Constantinople ; il est donc raisonnable de penser qu'Eugène ne s'est pas laissé convaincre et a maintenu la position romaine contre les deux empires qui espéraient un compromis.[59]

Cette fermeté est le meilleur contrepoids à la Constitutio Romana. Eugène peut concéder sur l'administration temporelle de Rome ; il ne concède pas la doctrine de l'Église aux pressions politiques.

Le concile romain de 826

Soixante-deux évêques et trente-huit canons

Le 14 et le 15 novembre 826, Eugène II préside à Rome un concile de soixante-deux évêques issus des territoires pontificaux et du royaume franc d'Italie.[60] New Advent parle d'un concile important publiant trente-huit décrets disciplinaires.[61]

Les canons concernent les élections épiscopales, la simonie, la conduite des évêques et des clercs, l'instruction, les églises, les monastères, le repos dominical, le comportement des laïcs dans l'église et la morale du mariage.[62]

L'instruction des clercs

Le canon le plus célèbre est le canon 34. Il ordonne d'établir des maîtres dans les évêchés, les églises cathédrales et les autres lieux nécessaires, afin d'enseigner les lettres, les arts libéraux et les saints dogmes.[63][64]

Le canon 34 prévoit, dans le résumé qu'en donne Mann, que là où manquent les maîtres et le zèle pour l'étude, des maîtres soient attachés aux palais épiscopaux, aux cathédrales et aux autres lieux nécessaires pour y enseigner les lettres sacrées et profanes.[65]

Ce canon ne fait pas d'Eugène II l'inventeur de l'école cathédrale médiévale. Mais il montre que Rome reprend à son compte le mouvement de réforme scolaire carolingien. La connaissance n'est pas un luxe : un clerc ignorant doit être suspendu jusqu'à ce qu'il puisse accomplir dignement ses fonctions sacrées.[66]

Les églises privées et le contrôle épiscopal

Treccani signale aussi le canon 21, important parce qu'il reconnaît pour la première fois de manière pontificale le régime des églises privées : celui qui a construit selon les règles un monastère ou un oratoire ne peut pas en être privé contre son gré ; il peut proposer un prêtre pour le service divin, à condition que l'évêque local approuve.[67]

Le canon ne livre pas l'Église aux propriétaires. Il cherche plutôt à encadrer une réalité sociale déjà massive. Les aristocrates construisent des lieux de culte sur leurs terres ; Rome tente de garder la validation épiscopale, donc l'unité ecclésiale, au cœur du système.

Rome reprend la tête de la réforme

Treccani résume l'enjeu : les canons du concile romain empruntent souvent à la législation carolingienne, mais les actes soulignent le rôle central que la papauté doit avoir dans la réforme de l'Église.[68] Eugène II transforme donc une pression franque en acte romain. La réforme ne vient pas seulement d'Aix-la-Chapelle ou de Lothaire ; elle est assumée par le Siège apostolique.

Missions, reliques et mémoire du pontificat

Ansgar et la mission vers le Nord

La mission scandinave, commencée dans le cadre carolingien, reçoit l'appui d'Eugène II. New Advent rapporte que le pape recommande saint Ansgar, futur "apôtre du Nord", et ses compagnons "à tous les fils de l'Église catholique", selon le registre de Jaffé.[69] Mann situe cette recommandation vers la fin de 826 ou le début de 827, au moment où Ansgar part pour le Danemark avec Harald.[70]

Ce geste est bref dans les sources, mais il est important. Il montre que la papauté ne se replie pas sur ses crises romaines. Même sous contrôle carolingien partiel, Rome bénit et recommande la mission vers les peuples du Nord.

La translation de saint Sébastien à Soissons

En 826, l'abbé Hilduin de Saint-Denis obtient, avec l'accord d'Eugène, les reliques de saint Sébastien, transférées à Soissons dans la basilique Saint-Médard.[71][72] Les annales franques rapportent que de nombreux miracles se produisent près des reliques, en des termes très forts.[73]

Treccani note qu'Eugène n'a probablement pas pu empêcher cette translation d'un martyr romain majeur, mais que la vénération franque de ces reliques contribuait aussi au prestige de Rome.[74] La remarque est juste : une relique quittant Rome n'est pas seulement une perte ; elle devient un lien spirituel et politique entre Rome et la Gaule.

Monnaies et sépulture probable

New Advent et Mann signalent l'existence de monnaies d'Eugène II portant son nom et celui de l'empereur Louis.[75][76] Le détail est parlant : même la monnaie rend visible l'équilibre du pontificat, entre Pierre, Rome, le pape et l'empereur.

Eugène meurt le 27 août 827 selon le Catholic Encyclopedia ; les Annales regni Francorum notent simplement qu'il décède en août.[77][78] Valentin, diacre, est élu et ordonné par les Romains, mais ne règne qu'environ un mois.[79] La sépulture d'Eugène n'est pas documentée par le Liber Pontificalis ; New Advent et Mann supposent, selon l'usage du temps, qu'il fut enterré à Saint-Pierre.[80][81]

Que retenir d'Eugène II ?

Trois lignes de force

Ligne de forceÉvénementSens durable
Rome et l'EmpireConstitutio Romana de 824Contrôle carolingien accru, mais obéissance maintenue au pape
Rome et la doctrineRefus implicite du compromis sur les imagesFermeté romaine envers Nicée II malgré les pressions byzantines et franques
Rome et la réformeConcile romain de 826Discipline du clergé, écoles, lutte contre la simonie, encadrement des églises privées

Eugène II est donc un pape de gouvernement prudent, non un pape de rupture. Il accepte que l'empereur intervienne pour corriger les violences romaines ; il ne laisse pas l'empereur définir la foi. Il reçoit des cadres de réforme venus du monde carolingien ; il les promulgue à Rome sous autorité pontificale.

Un petit pontificat pour comprendre le IXe siècle

Son pontificat est court et moins spectaculaire que ceux de Léon III, Pascal I ou Nicolas I. Pourtant, il aide à comprendre tout le IXe siècle pontifical : montée des familles romaines, protection dangereuse des Carolingiens, fragilité de l'ordre urbain, réforme du clergé, querelle des images, missions du Nord.

Dans cette histoire, Eugène II n'est ni un héros solitaire ni un simple instrument. Il est un pape âgé, formé dans le clergé romain, placé sur le siège de Pierre par un compromis difficile, et assez réaliste pour sauver ce qui pouvait l'être : l'ordre de Rome, la réforme du clergé, la dignité du pape, et surtout la liberté doctrinale du Siège apostolique.

Pour aller plus loin

Notes et sources

Notes et références

  1. Horace K. Mann, "Pope Eugene II", The Catholic Encyclopedia, vol. 5, Robert Appleton Company, New York, 1909 ; transcription New Advent : entrée « Elected 6 June, 824 ; died 27 Aug., 827 » ; variantes du Liber Pontificalis sur le nom du père, charge de Sainte-Sabine, portrait moral, élection et pontificat. URL : https://www.newadvent.org/cathen/05598b.htm.

    1 6 21 78
  2. Saint-Siège, fiche officielle "Eugene II" : 99e pape, début du pontificat "II-V.824", fin "VIII.827", naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/eugenio-ii.html.

    2
  3. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : fin violente du pontificat de Pascal I, confiscations, assassinats de Théodore primicier et Léon nomenclateur, serment de Pascal, opposition à sa sépulture à Saint-Pierre.

    3 15 29 31
  4. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : double élection, victoire de la noblesse laïque, soutien de Wala, souhait d'un pontife disposé à collaborer aux réformes ; mort de Pascal I probablement le 11 février 824 ; Eugène II « consacré avant le 6 juin 824 » (fu consacrato prima del 6 giugno 824).

    4 36
  5. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. II, Londres / Saint-Louis, Kegan Paul / B. Herder, 1906, p. 157-160 : date incertaine de la consécration, élection troublée, victoire du parti nobiliaire, analyse du poids croissant des familles romaines. PDF Internet Archive : https://archive.org/download/livesofpopesinea02mann/livesofpopesinea02mann.pdf.

    5 14 33
  6. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : envoi de Lothaire à Rome, enquête, promulgation de la Constitutio Romana en novembre 824, articles sur réparations, protection, justice, personnalité du droit et contrôle impérial.

    7 42
  7. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : résumé des neuf articles de la Constitutio Romana et de ses dispositions sur protection, biens d'Église, élections, justice, droit personnel et obéissance au pape.

    8 41 43
  8. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : ambassade de Michel II, demande concernant les images et les réfugiés iconodules, autorisation pontificale d'une assemblée franque consultative, maintien probable de la position romaine.

    9 17 50 52 53 59
  9. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : concile romain de 826, soixante-deux évêques, trente-huit décrets, suspension des clercs ignorants et établissement de maîtres pour les lettres sacrées et profanes.

    10 61 66
  10. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 175-176 : concile romain de 826, canons disciplinaires et débat possible sur la constitution de 824.

    11
  11. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : lettre de recommandation d'Eugène II pour saint Ansgar et ses compagnons, "à tous les fils de l'Église catholique", Jaffé 2564.

    12 69
  12. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 177-178 : mission d'Ansgar, recommandation pontificale et départ vers le Danemark.

    13 70
  13. Annales regni Francorum, année 824 : retour des légats romains, mort prochaine puis décès de Pascal, double élection, Eugène archiprêtre de Sainte-Sabine choisi "vincente nobilium parte". URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

    16 32 34
  14. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 166-172 : reprise de la querelle des images, lettre de Michel II, ambassade grecque, consultation de Paris et critique des travaux francs.

    18
  15. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : conclusion — original italien : « E. II morì nell'agosto dell'827 dopo aver fatto tutto il possibile per mantenere l'autorità spirituale della Chiesa di Roma pur concedendo, sul piano temporale, ciò che era imposto dalle circostanze » (la citation dans l'article en est la traduction).

    19
  16. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II, papa", Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 43, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 1993 : origine vraisemblablement romaine, archiprêtre du titre de Sainte-Sabine, âge avancé probable lors de l'élection. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/papa-eugenio-ii_%28Dizionario-Biografico%29/.

    20 23
  17. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 158 : variante Boemund dans certaines anciennes éditions du Liber Pontificalis, absence de ce nom dans les meilleures éditions de Duchesne, incertitude sur Zinzinus.

    22 35
  18. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : portrait d'Eugène comme simple, humble, savant, éloquent, généreux, ami de la paix et désireux de plaire à Dieu.

    24 26
  19. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 161 : charge de Sainte-Sabine, science, éloquence, générosité, humilité et paix, embellissements de Sainte-Sabine.

    25 28
  20. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : embellissements de Sainte-Sabine par Eugène II, mosaïques et travaux de métal portant son nom, encore visibles au XVIe siècle.

    27
  21. Annales regni Francorum, année 823, texte latin sur The Latin Library : annonce de l'aveuglement et de la décapitation de Théodore primicier et Léon nomenclateur au Latran, enquête impériale, serment purgatoire de Pascal. URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

    30
  22. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 160-161 : appui de Wala à l'élection d'Eugène dans l'espoir de réformes, portrait moral d'Eugène d'après le Liber Pontificalis.

    37
  23. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 161-162 : annonce de l'élection à Louis par Quirinus et envoi de Lothaire à Rome.

    38
  24. Annales regni Francorum, année 824 : Louis envoie Lothaire à Rome pour établir et confirmer avec le nouveau pape et le peuple romain ce que la situation exige ; Lothaire est reçu honorablement par Eugène et corrige l'état du peuple romain avec l'assentiment pontifical. URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

    39 40
  25. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 163-165 : contenu de la constitution de 824, neuf articles, restauration des biens, contrôle de la justice, choix du droit personnel, obéissance au pontife.

    44
  26. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : serment imposé au clergé et aux laïcs romains, fidélité aux empereurs sauf fidélité due au pape, respect des normes canoniques et juridiques de l'élection pontificale.

    45
  27. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : serment imposé aux Romains par ordre du pape et de Lothaire, fidélité aux empereurs sauf fidélité promise au pape, élections conformes aux canons et présence des envoyés impériaux.

    46
  28. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 164-165 : formule du serment romain rapportée par le continuateur de Paul Diacre.

    47
  29. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : adhésion solennelle et volontaire d'Eugène II à la Constitutio Romana, soulignée par les Annales regni Francorum.

    48
  30. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : discussion historiographique sur la portée pratique de la constitution de 824 et application variable selon les circonstances.

    49
  31. Annales regni Francorum, année 824 : arrivée des légats de Michel II auprès de Louis à Rouen, mention de questions sur la vénération des images et intention de consulter le pontife de la Siège apostolique à Rome. URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

    51
  32. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 169 : Louis demande l'autorisation d'Eugène pour faire examiner par des évêques francs les passages patristiques concernant les images.

    54
  33. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : assemblée de Paris de novembre 825, critiques franques de la position romaine, projets de lettres, intervention modératrice de Louis le Pieux.

    55 57
  34. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 169-172 : assemblée de Paris de 825, documents préparés par les évêques francs et jugement sévère de Mann sur leur confusion doctrinale.

    56
  35. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 172 : Louis n'envoie pas les conclusions parisiennes telles quelles et affirme vouloir aider le pape plutôt que l'enseigner.

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  36. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : concile romain des 14-15 novembre 826, soixante-deux évêques, trente-huit canons sur élections, simonie, clergé, écoles, lieux de culte, monastères, dimanche, laïcs et mariage.

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  37. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : canon 34 du concile romain de 826 sur la réorganisation des écoles auprès des évêchés et des paroisses importantes.

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  38. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 175 : canon 34 du concile romain de 826 sur les maîtres et docteurs chargés d'enseigner les lettres, les arts libéraux et les saints dogmes.

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  39. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : canon 21 sur les églises privées, propriété du fondateur et approbation épiscopale du prêtre desservant.

    67
  40. Annales regni Francorum, année 826 : Hilduin obtient avec l'accord d'Eugène les reliques du martyr Sébastien et les place à Soissons dans la basilique Saint-Médard ; récit de nombreux signes et guérisons. URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

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  41. H. K. Mann, Lives of the Popes, vol. II, 1906, p. 181-182 : relations avec Hilduin, don des reliques de saint Sébastien, monnaie d'Eugène II et mort en août 827.

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  42. Jean-Marie Sansterre, "EUGENIO II", Treccani, 1993 : translation à Soissons des reliques de saint Sébastien en 826, pression franque et prestige romain.

    74
  43. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : monnaies conservées d'Eugène II portant son nom et celui de l'empereur Louis.

    75
  44. Annales regni Francorum, année 827 : mort d'Eugène en août, élection et ordination de Valentin, puis élection de Grégoire après examen de l'élection par un légat impérial. URL : https://www.thelatinlibrary.com/annalesregnifrancorum.html.

    77 79
  45. H. K. Mann, "Pope Eugene II", New Advent, 1909 : absence de document sur la sépulture, supposition d'un ensevelissement à Saint-Pierre selon l'usage.

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