Fabrice Hadjadj (né le 15 septembre 1971 à Nanterre) est l'un des philosophes et écrivains catholiques les plus lus de langue française du début du XXIᵉ siècle. Issu d'une famille juive d'origine tunisienne dont les parents étaient militants maoïstes, athée et anarchiste jusqu'en 1998, il s'est converti au catholicisme après une prière à l'église Saint-Séverin, à Paris, et a été baptisé à l'abbaye bénédictine de Solesmes.[1][2]
Agrégé de philosophie, dramaturge et essayiste, il se présente lui-même comme « de naissance juive tunisienne […] à Nanterre (Hauts-de-Seine), de langue française, de confession catholique ».[3] Auteur d'une quarantaine de livres — essais, pièces de théâtre, récits —, il a reçu en 2006 le Grand Prix catholique de littérature pour Réussir sa mort, puis d'autres distinctions jusqu'au Prix du Cardinal Lustiger en 2020.[4]
Marié à la comédienne Siffreine Michel et père de dix enfants, il a dirigé de 2012 à 2025 l'Institut Philanthropos de Fribourg, en Suisse, école de formation humaine et chrétienne. Sa pensée, nourrie d'Aristote, de saint Thomas d'Aquin, de la phénoménologie et de la grande littérature, se déploie autour de quelques axes : la mort et la vie, l'athéisme et la foi, la chair, la famille, la génération, la critique de la technique et l'écologie intégrale.[5][6]
Ignispedia le lit comme une personnalité marquante du catholicisme contemporain : non un docteur de l'Église ni un saint canonisé, mais un laïc converti, penseur exigeant et joyeux, qui prolonge à sa manière la lignée des grands convertis littéraires — Léon Bloy, Paul Claudel, Jacques Maritain — en s'adressant à un monde postmoderne, technicien et désenchanté.
Pourquoi Fabrice Hadjadj compte-t-il ?
Un converti venu du judaïsme, du maoïsme et de l'athéisme
Ce qui frappe d'abord dans le parcours de Fabrice Hadjadj, c'est la distance parcourue. Né en 1971 dans une famille juive tunisienne où les parents, universitaires à Nanterre, étaient militants maoïstes tout en conservant les rites de Kippour et de Pessah, il grandit loin de toute foi chrétienne.[7] Adolescent, il se dit anarchiste et athée, hostile au christianisme.[8] Rien, dans ce départ, ne préparait le futur directeur d'un institut catholique et l'un des apologètes les plus cités de sa génération.
Sa conversion, en 1998, a quelque chose de la brusquerie des grandes conversions littéraires — celle de Paul Claudel derrière un pilier de Notre-Dame, celle de Léon Bloy sous l'influence de Barbey d'Aurevilly. Chez Hadjadj, le lieu est l'église Saint-Séverin, au cœur du Quartier latin, où le jeune homme, encore incroyant, entre prier la Vierge Marie pour son père gravement malade.[9] De cet appel inattendu naîtra une foi qui ne le quittera plus.
Un philosophe qui écrit pour les incroyants d'aujourd'hui
La seconde raison de son importance tient à la manière dont il écrit. Hadjadj ne fait pas de l'apologétique défensive ni du sermon. Formé à la philosophie classique, lecteur d'Aristote et de saint Thomas mais aussi de Nietzsche, de Heidegger et de la littérature moderne, il prend l'incroyance au sérieux et cherche à parler à ceux qui ne partagent pas la foi.[10] Son Comment parler de Dieu aujourd'hui porte d'ailleurs comme sous-titre Anti-manuel d'évangélisation : il y refuse la propagande religieuse au profit d'une parole qui suppose la conversion de celui qui parle avant celle de son auditeur.[11]
Cette liberté de ton, ce goût du paradoxe et de l'humour, cette culture qui mêle les Pères de l'Église, le cinéma, la biologie et la poésie, ont fait de lui une voix reconnaissable, invitée dans les médias, les universités et les diocèses. Il rejoint ainsi la grande tradition des apologistes qui ont su parler à leur siècle, de G. K. Chesterton à Jacques Maritain, en passant par les moralistes que fut, à sa façon, Blaise Pascal.
Repères biographiques
- 15 septembre 1971Naissance à Nanterre
Fabrice Hadjadj naît à Nanterre, dans une famille juive d'origine tunisienne. Ses parents, universitaires, sont alors militants maoïstes, mais gardent en famille les fêtes juives de Kippour et de Pessah.
- Années 1990Études et athéisme
Il étudie à l'Institut d'études politiques de Paris puis la philosophie à la Sorbonne, et devient agrégé de philosophie. Il se déclare alors anarchiste et athée.
- 1998La conversion à Saint-Séverin
La maladie grave de son père le pousse à entrer à l'église Saint-Séverin pour prier la Vierge. C'est le début de sa conversion au catholicisme. La même année paraît son premier essai, Traité de bouddhisme à l'usage du bourgeois d'Occident.
- 1998Le baptême à Solesmes
Il reçoit le baptême à l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, haut lieu du chant grégorien, et deviendra oblat bénédictin de ce monastère.
- 2001Mariage avec Siffreine Michel
Il épouse la comédienne et metteuse en scène Siffreine Michel, formée à la Classe libre du Cours Florent. Le couple aura dix enfants.
- 2005-2012Enseignement dans le Var
Installé à Vins-sur-Caramy, il enseigne la philosophie au lycée à Brignoles et publie les essais qui le font connaître, dont Réussir sa mort (2005) et La Foi des démons (2009).
- Septembre 2012Directeur de Philanthropos
Il s'installe à Fribourg (Suisse) et prend la direction de l'Institut Philanthropos, école de formation humaine et chrétienne.
- 2014-2016Conseil pontifical pour les laïcs
Il est nommé membre du Conseil pontifical pour les laïcs par le pape François.
- 2025Vers Madrid
Après avoir quitté la direction de Philanthropos, il porte le projet d'un nouvel institut, Incarnatus est, à Boadilla del Monte, près de Madrid.
- 2026Ouverture d'Incarnatus est
L'institut Incarnatus est est officiellement présenté à Madrid en février, puis accueille ses premiers étudiants en septembre, dans un ancien couvent de Boadilla del Monte.
D'une famille juive et maoïste de Nanterre
Fabrice Hadjadj naît le 15 septembre 1971 à Nanterre, ville alors marquée par l'agitation intellectuelle et politique de l'après-Mai 68.[12] Sa famille, d'origine juive tunisienne, incarne les paradoxes d'une génération : ses parents sont des militants maoïstes engagés à l'université Paris-Nanterre, tout en maintenant, par fidélité, la célébration domestique des grandes fêtes juives comme le Yom Kippour et la Pâque.[13] Son père, Bernard Hadjadj, mènera par ailleurs une carrière de diplomate et d'expert dans la coopération culturelle internationale.[14]
De cette double appartenance — un héritage religieux juif et une culture politique révolutionnaire —, Hadjadj gardera le goût de l'absolu, la défiance envers la médiocrité bourgeoise, et une manière très charnelle et très concrète de penser. La formule par laquelle il se définit lui-même résume ce feuilletage d'identités :
« Je suis unique, mais c'est en étant ce vivant mortel, animal, humain, fils de Bernard et Danielle Hadjadj, de naissance juive tunisienne mais à Nanterre (Hauts-de-Seine), de langue française, de confession catholique, ayant grandi en écoutant Brassens et Prince, etc. » — Fabrice Hadjadj, Revue Limite, 29 avril 2016[15]
À ne pas confondre avec la présentation qu'en fit un jour Alain Finkielkraut devant ses auditeurs : « Arabe de nom, juif de naissance, catholique de baptême… ».[16]
La conversion à Saint-Séverin et le baptême à Solesmes
Le tournant de sa vie se joue en 1998. Fabrice Hadjadj a alors vingt-sept ans ; il est agrégé de philosophie, athée et anarchiste, sans lien avec l'Église.[17] C'est la maladie grave de son père qui le fait basculer : par un mouvement qu'il ne s'explique pas d'abord, il entre dans l'église Saint-Séverin, au cœur du Quartier latin, et se met à prier la Vierge Marie pour obtenir la guérison.[18][19]
Loin d'être un feu de paille, cette prière ouvre un chemin. Il revient à Saint-Séverin, assiste à la messe, découvre l'Écriture — Isaïe, saint Paul, l'Évangile — dont la puissance le saisit comme une parole plus révolutionnaire que tous les discours de sa jeunesse militante.[20] La même année, il reçoit le baptême à l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, monastère bénédictin célèbre pour la restauration du chant grégorien, dont il deviendra oblat — un laïc rattaché spirituellement à la communauté monastique.[21]
Il y a là une note qui rapproche Hadjadj des grands convertis du renouveau catholique : comme eux, il n'a pas glissé doucement vers une religiosité tiède, mais a été saisi, adulte, par une rencontre bouleversante. Sa conversion n'efface pas son héritage juif : elle l'accomplit, à ses yeux, dans la reconnaissance du Messie d'Israël.
Le mariage avec Siffreine Michel et la famille nombreuse
En 2001, Fabrice Hadjadj épouse Siffreine Michel, comédienne et metteuse en scène formée à la prestigieuse Classe libre du Cours Florent.[22] Ensemble, ils fonderont une famille de dix enfants — expérience qui n'est pas seulement biographique mais nourrit directement sa pensée : une part importante de son œuvre porte sur la génération, la différence des sexes, la table familiale et la transmission.[23]
Cette vie conjugale et paternelle, assumée jusque dans ses ouvrages, distingue Hadjadj de la figure du philosophe solitaire. Chez lui, la pensée s'enracine dans le concret de la chair, du couple et des enfants — ce qu'il oppose volontiers aux utopies désincarnées de la technique contemporaine.
De Brignoles à Fribourg : l'Institut Philanthropos
Pendant plusieurs années, Hadjadj vit à Vins-sur-Caramy, dans le Var, et enseigne la philosophie en lycée à Brignoles.[24] C'est de cette période provençale que datent les grands essais qui l'imposent : Réussir sa mort (2005), La Profondeur des sexes (2008), La Foi des démons (2009).
En septembre 2012, il change de vie et de pays : il s'installe à Fribourg, en Suisse, pour prendre la direction de l'Institut Philanthropos, une école de formation humaine, philosophique et chrétienne destinée surtout à de jeunes adultes.[25] Il y restera jusqu'en 2025, formant des générations d'étudiants et faisant de l'institut un carrefour de la pensée catholique francophone. En 2014, le pape François le nomme membre du Conseil pontifical pour les laïcs, mandat qu'il exerce jusqu'à la réforme de ce dicastère en 2016.[26] Après son départ de Philanthropos, en juin 2025, il porte le projet d'un nouvel institut, Incarnatus est, installé dans un ancien couvent de Boadilla del Monte, près de Madrid : une formation intégrale d'un an pour de jeunes adultes, associant vie spirituelle, vie intellectuelle et vie communautaire, pour former ce qu'il appelle des « jardiniers de la culture ». L'institut est officiellement présenté en février 2026 et accueille ses premiers étudiants en septembre 2026.[27]
L'œuvre : essais, théâtre, récits
L'œuvre de Fabrice Hadjadj est abondante et plurielle : une quarantaine de titres répartis entre l'essai philosophique et théologique, le théâtre, le récit et les livres d'art.[28] Elle est traversée par un même souffle — penser à nouveaux frais les réalités les plus concrètes de l'existence (la mort, le sexe, la naissance, le travail, la technique) à la lumière de la foi, avec une langue vive, imagée, souvent drôle.
Voici, en synthèse, quelques-uns de ses livres majeurs et ce qu'ils apportent :
| Œuvre | Année | Genre | Ce qu'elle apporte |
|---|---|---|---|
| Réussir sa mort. Anti-méthode pour vivre | 2005 | Essai | Apprendre à mourir pour apprendre à vivre ; Grand Prix catholique de littérature 2006 |
| La Profondeur des sexes | 2008 | Essai | Une méditation sur la différence sexuelle et le désir comme ouverture à l'autre |
| La Foi des démons ou l'athéisme dépassé | 2009 | Essai | L'athéisme n'est pas le pire refus de Dieu ; la foi sans amour des démons |
| Le Paradis à la porte | 2011 | Essai | Un « essai sur une joie qui dérange », sur le Ciel et l'espérance |
| Comment parler de Dieu aujourd'hui | 2012 | Essai | Un « anti-manuel d'évangélisation » pour un monde sécularisé |
| Qu'est-ce qu'une famille ? | 2014 | Essai | La famille comme fondement charnel de l'ouverture à la transcendance |
| Puisque tout est en voie de destruction | 2014 | Essai | Réflexions sur la technique, la fin d'un monde et l'espérance |
Réussir sa mort : apprendre à mourir pour apprendre à vivre
Le livre qui révèle Hadjadj au grand public est Réussir sa mort. Anti-méthode pour vivre (2005), couronné en 2006 par le Grand Prix catholique de littérature.[29][30] À contre-courant d'une époque qui refoule la mort ou prétend la « gérer », Hadjadj retourne le vocabulaire des manuels de développement personnel : puisque tout le monde promet de « réussir sa vie », il propose ironiquement d'apprendre à réussir sa mort. Non par morbidité, mais parce que la mort assumée, éclairée par l'espérance de la résurrection, est ce qui donne à la vie son poids et sa saveur. Le paradoxe — mourir pour vivre — est au cœur même de l'Évangile.
La Foi des démons : l'athéisme dépassé
La Foi des démons ou l'athéisme dépassé (2009), qui reçoit en 2010 le Prix de littérature religieuse, est peut-être son essai le plus original.[31][32] Sa thèse est un renversement : l'athéisme n'est pas le pire rapport à Dieu. Le pire n'est pas de nier Dieu, mais de reconnaître son existence sans l'aimer — comme le font, dans l'Écriture, les démons eux-mêmes. Hadjadj part d'un verset de l'épître de saint Jacques :
« Tu crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. » — Épître de saint Jacques, chapitre 2, verset 19[33]
De ce verset, il tire une méditation vertigineuse : une foi purement intellectuelle, qui admet tous les dogmes mais refuse l'amour et la conversion du cœur, peut être plus loin de Dieu que l'athéisme sincère de celui qui cherche. L'ouvrage vise ainsi le croyant tiède autant que l'incroyant, et rappelle que la foi chrétienne n'est pas d'abord une adhésion théorique, mais un acte d'amour.
La Profondeur des sexes et Qu'est-ce qu'une famille ?
Deux essais forment le cœur de sa réflexion sur la chair et la génération. La Profondeur des sexes (2008) est une méditation sur la différence sexuelle non comme donnée biologique neutre, mais comme ouverture à l'autre et signe d'une transcendance.[34] Qu'est-ce qu'une famille ? (2014) prolonge cette intuition : la famille n'y est pas d'abord une institution sociale, mais le lieu charnel où l'on apprend à se tourner vers l'autre comme autre — par la différence des sexes et celle des générations.[35]
Dans Qu'est-ce qu'une famille ? (2014), Hadjadj défend — dit ici en paraphrase, la page exacte n'ayant pu être vérifiée — que la famille est le fondement charnel de l'ouverture à la transcendance.[36]
Contre les projets qui rêvent d'affranchir l'homme de son corps, de sa filiation et de sa finitude, Hadjadj défend une anthropologie de l'incarnation : c'est dans la chair, la génération et la mortalité que se joue la dignité de l'homme et son ouverture à Dieu. Cette insistance rejoint la sensibilité d'un Dietrich von Hildebrand, grand penseur catholique de l'amour et de la personne.
Comment parler de Dieu aujourd'hui : l'anti-manuel d'évangélisation
Dans Comment parler de Dieu aujourd'hui. Anti-manuel d'évangélisation (2012), couronné en 2013 par le Prix Spiritualités d'aujourd'hui, Hadjadj s'attaque à une question brûlante pour l'Église : comment annoncer la foi dans un monde sécularisé sans tomber dans la propagande ni la séduction commerciale ?[37][38] Sa réponse est exigeante : l'évangélisation n'est pas une technique de communication, mais un débordement de vie intérieure. On ne « vend » pas Dieu ; on le laisse transparaître à travers une existence transformée. Le titre même — anti-manuel — signale son refus des recettes : c'est le témoin qui doit d'abord se convertir.
Le théâtre et les récits
Hadjadj n'est pas seulement essayiste : il est aussi dramaturge et conteur. Son théâtre — À quoi sert de gagner le monde (2002), Le Massacre des innocents (2006), Pasiphaé (2009), Job ou la Torture par les amis (2011), La Conversion de Don Juan (2018) — revisite les grands mythes et les figures bibliques pour interroger le mal, le désir et le salut.[39] Il a par ailleurs écrit des livres d'art remarqués, notamment sur L'Agneau mystique des frères Van Eyck (2008), qui lui vaut en 2009 le Prix du Cercle Montherlant.[40] Plus récemment, il s'est tourné vers le récit avec la trilogie pour la jeunesse L'Attrape-malheur (2020-2022).
Les grands thèmes de sa pensée
La chair, le corps et la génération
Le fil rouge de toute l'œuvre de Hadjadj est une philosophie de l'incarnation. Contre le dualisme qui oppose l'esprit au corps, et contre les utopies techniciennes qui rêvent d'un homme affranchi de sa chair, il rappelle que l'homme n'existe qu'incarné : sexué, né d'autres, appelé à engendrer, et mortel.[41][42] Le corps n'est pas une prison de l'âme, mais le lieu même de la rencontre, du don et de la présence de Dieu. Cette anthropologie, profondément catholique, éclaire ses positions sur la famille, la naissance et la mort.
Contre la démesure technique : l'écologie intégrale
Depuis les années 2010, Hadjadj s'est fait l'un des penseurs francophones de l'écologie intégrale. Conseiller éditorial de la revue Limite (fondée en 2015), il développe une critique du capitalisme industriel, de l'idéologie de la croissance illimitée et de la domination technique sur la nature et sur le corps.[43] Sa critique n'est pas politicienne : elle est spirituelle et anthropologique. La table familiale, dit-il, où l'on se fait présent les uns aux autres, vaut mieux que la tablette numérique qui nous « propulse dans le sans-distance » en nous rendant absents.[44] Cette écologie de l'incarnation rejoint, à sa façon, l'enseignement du pape François dans l'encyclique Laudato si' (2015).
Un christianisme de l'inattendu et de l'espérance
Enfin, la tonalité générale de Hadjadj est celle d'une espérance joyeuse. Loin d'un catholicisme crispé ou seulement défensif, il insiste sur le caractère inattendu de Dieu, qui surprend l'homme là où il ne l'attend pas — comme lui-même fut surpris à Saint-Séverin.[45] Son Le Paradis à la porte (2011) est ainsi un « essai sur une joie qui dérange » : la vraie subversion, pour lui, n'est pas le désespoir moderne, mais l'espérance de la résurrection.[46] En cela, il prolonge la veine paradoxale et joyeuse de G. K. Chesterton et de Charles Péguy.
Ombres, limites et débats
L'honnêteté encyclopédique demande de le rappeler : Fabrice Hadjadj est un penseur vivant, laïc et faillible, non une autorité doctrinale de l'Église. Sa liberté de ton, son goût du paradoxe et de la provocation intellectuelle lui valent parfois des critiques : certains lui reprochent une écriture trop dense ou brillante, d'autres discutent telle ou telle de ses prises de position. Ses essais engagent sa réflexion personnelle, non le magistère.
Mais ces réserves n'entament pas l'essentiel. Hadjadj n'a jamais prétendu enseigner au nom de l'Église : il propose une pensée catholique en dialogue avec son temps, fidèle au dogme mais libre dans son expression. On peut le lire avec profit sans souscrire à chacune de ses formules, comme on lit un grand essayiste dont la vertu première est de réveiller la pensée.
Une voix catholique pour notre temps
Trois décennies après sa conversion, Fabrice Hadjadj s'est imposé comme l'une des voix catholiques majeures de sa génération dans l'espace francophone. Par ses livres, ses conférences, son enseignement à Philanthropos et sa présence médiatique, il a montré qu'il était possible de penser en catholique, aujourd'hui, sans repli ni naïveté — en prenant au sérieux la science, la technique, le corps et la mort, tout en annonçant l'espérance de la résurrection.
Il prolonge ainsi la longue lignée des convertis qui, de Léon Bloy à Jacques Maritain, ont donné au catholicisme français quelques-unes de ses plus belles pages. Comme eux, il rappelle que la foi n'est pas une opinion parmi d'autres, mais une rencontre qui transforme toute l'existence — et que le christianisme, loin d'être une consolation tiède, est une aventure de vie et de mort.
Pour aller plus loin
- Léon Bloy, autre grand converti et prophète de la sainteté, dont Hadjadj prolonge la veine — Léon Bloy.
- Paul Claudel, poète de la conversion foudroyante à Notre-Dame — Paul Claudel.
- Jacques Maritain, philosophe converti et maître du renouveau thomiste — Jacques Maritain.
- G. K. Chesterton, apologiste du paradoxe et de la joie chrétienne — G. K. Chesterton.
- Charles Péguy, chantre de l'espérance et de l'incarnation — Charles Péguy.
- Dietrich von Hildebrand, penseur catholique de l'amour, du corps et de la personne — Dietrich von Hildebrand.
Notes et références
« Fabrice Hadjadj », Wikipédia (version française), consulté en 2026 : date et lieu de naissance (15 septembre 1971, Nanterre), origine juive tunisienne, parents militants maoïstes conservant Kippour et Pessah, formation (Institut d'études politiques de Paris, philosophie à la Sorbonne, agrégation), athéisme et anarchisme jusqu'en 1998, conversion à Saint-Séverin, baptême et oblature à Solesmes, mariage avec Siffreine Michel (2001) et dix enfants, enseignement à Brignoles, direction de l'Institut Philanthropos (Fribourg, depuis septembre 2012), Conseil pontifical pour les laïcs (2014-2016), revue Limite. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fabrice_Hadjadj
1 5 7 10 12 13 18 21 22 24 26Gérard Leclerc, « Fabrice Hadjadj », France Catholique, article de présentation (n° 3130) : rappel du parcours — fils de militants maoïstes, anarchiste à l'adolescence, converti « par la grâce » à l'église Saint-Séverin à Paris, baptisé à l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes, philosophe thomiste ; l'article rapporte la présentation qu'Alain Finkielkraut fit un jour de Hadjadj à ses auditeurs : « Arabe de nom, juif de naissance, catholique de baptême… » — formule de Finkielkraut, à ne pas confondre avec les propres mots de Hadjadj. URL : https://www.france-catholique.fr/3130-fabrice-hadjadj.html
2 8 9 16 17 19 20 45Fabrice Hadjadj, « Culte de la singularité et indifférenciation » (DNH #31), Revue Limite, 29 avril 2016 : « je suis unique, mais c'est en étant ce vivant mortel, animal, humain, fils de Bernard et Danielle Hadjadj, de naissance juive tunisienne mais à Nanterre (Hauts-de-Seine), de langue française, de confession catholique, ayant grandi en écoutant Brassens et Prince, etc. » URL : https://revuelimite.fr/dnh-31-culte-de-la-singularite-et-indifferenciation
3 15Catalogue de l'auteur Fabrice Hadjadj, librairie La Procure, et notices d'éditeurs (Presses de la Renaissance, Seuil, Albin Michel, Salvator, Le Passeur), consultés en 2026 : bibliographie (essais, théâtre, récits, livres d'art), prix littéraires (Grand Prix catholique de littérature 2006, Prix du Cercle Montherlant 2009, Prix de littérature religieuse 2010, Prix Spiritualités d'aujourd'hui 2013, Prix du Cardinal Lustiger 2020). URL : https://www.laprocure.com/author/0-1391849/fabrice-hadjadj
4 28 30 38 39 40 46Revue Limite, « revue d'écologie intégrale » fondée en 2015, dont Fabrice Hadjadj est conseiller éditorial : critique du capitalisme industriel, de l'idéologie de la croissance et de la domination technique, dans la ligne de l'écologie intégrale de Laudato si' (2015).
6 43Fabrice Hadjadj, Comment parler de Dieu aujourd'hui. Anti-manuel d'évangélisation, Paris, Salvator, 2012 : réflexion sur l'annonce de la foi dans un monde sécularisé, refusant la propagande au profit du témoignage de vie ; Prix Spiritualités d'aujourd'hui 2013.
11 37« Biographie de Fabrice Hadjadj », Savoirs et Perspectives, notice biographique (PDF) : éléments sur le père, Bernard Hadjadj, diplomate et expert en coopération culturelle internationale, et sur la trajectoire intellectuelle de l'auteur. URL : https://www.savoirsetperspectives.fr/docs/biographie-fabrice-hadjadj.pdf
14Fabrice Hadjadj, Qu'est-ce qu'une famille ? Suivi de La Transcendance en culottes, Paris, Salvator, 2014 : la thèse du livre est ici résumée en paraphrase (la famille comme fondement charnel de l'ouverture à la transcendance), la page exacte n'ayant pu être vérifiée ; opposition entre la « table » qui rend présent et la « tablette » qui rend absent.
23 35 36 42 44Institut Philanthropos (Fribourg, Suisse), présentation de l'école de formation humaine et chrétienne dirigée par Fabrice Hadjadj de septembre 2012 à 2025 ; notice sur la succession de Vincent Aubin à la direction (2025).
25Institut Philanthropos, « Leçon d'adieu de notre ancien directeur Fabrice Hadjadj », 6 juin 2025 (annonce de son départ, succession de Vincent Aubin) ; Omnes, « Fabrice Hadjadj creates an institute in Madrid to train "cultural horticulturists" » : présentation de l'institut Incarnatus est, installé dans un ancien couvent de Boadilla del Monte (Madrid), formation d'un an (60 crédits ECTS) en anthropologie philosophique et théologique pour une quarantaine d'étudiants, présentation officielle le 17 février 2026 et ouverture en septembre 2026. URL : https://www.philanthropos.org/le-lecon-dadieu/ ; https://www.omnesmag.com/en/news/fabrice-hadjadj-creates-an-institute-in-madrid-to-train-cultural-horticulturists/
27Fabrice Hadjadj, Réussir sa mort. Anti-méthode pour vivre, Paris, Presses de la Renaissance, 2005 : essai sur la mort assumée et l'art de vivre à sa lumière ; Grand Prix catholique de littérature 2006.
29Fabrice Hadjadj, La Foi des démons ou l'athéisme dépassé, Paris, Albin Michel, 2009 (rééd. Salvator) : thèse selon laquelle le refus de Dieu par la foi sans amour (celle des démons) dépasse en gravité l'athéisme qui nie son existence.
31« Fabrice Hadjadj, lauréat du prix 2010 de littérature religieuse », Église catholique en France (eglise.catholique.fr), 2010 : attribution du Prix de littérature religieuse à La Foi des démons. URL : https://eglise.catholique.fr/actualites/362573-fabrice-hadjadj-laureat-du-prix-2010-de-litterature-religieuse/
32Épître de saint Jacques, chapitre 2, verset 19 (traduction liturgique / Bible de Jérusalem) : « Tu crois qu'il n'y a qu'un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. » Verset placé par Fabrice Hadjadj au cœur de La Foi des démons.
33Fabrice Hadjadj, La Profondeur des sexes. Pour une mystique de la chair, Paris, Seuil, 2008 : méditation philosophique et théologique sur la différence des sexes, le désir et l'ouverture à l'autre.
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