Les erreurs fréquentes concernant la justice

La justice est la vertu cardinale dont le nom est aujourd'hui le plus confisqué par les slogans. Égalité mécanique, revendication de ses droits, indignation, affaire des seuls tribunaux, combat politique, contraire de la miséricorde : passage en revue des contresens les plus courants sur la justice, et de ce que l'Église enseigne vraiment — la volonté ferme de rendre à chacun son dû, à Dieu d'abord, puis au prochain.

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La justice est l'une des quatre vertus cardinales — avec la prudence, la tempérance et la force — autour desquelles, dit le Catéchisme, « toutes les autres se regroupent »[1]. Et c'est sans doute, des quatre, celle dont le nom est aujourd'hui le plus disputé. On la brandit sur les pancartes, on la réclame dans les tribunaux, on la décline en « justice sociale », en « justice climatique », en « justice fiscale » — mais on ne sait plus très bien ce qu'elle est. Pour beaucoup, « la justice » se confond avec l'égalité, ou avec la revendication de ses droits, ou avec l'indignation devant le scandale. C'est un mot devenu si vaste qu'il ne désigne plus rien de précis.

Or la justice, au sens des moralistes chrétiens, n'est pas d'abord un programme politique ni un sentiment : c'est une vertu personnelle, une disposition stable de la volonté. Le Catéchisme la définit comme « la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû »[2]. Saint Thomas la dit plus brièvement encore : l'habitus par lequel « on rend à chacun son droit »[3]. Deux mots commandent tout : donner — la justice regarde d'abord ce que je dois, non ce qu'on me doit ; et chacun — à commencer par Dieu, à qui revient la première de toutes les dettes. C'est cette vertu humble et précise que les slogans contemporains ont recouverte.

« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 5, 6[4]

Cet article passe en revue les contresens les plus fréquents sur la justice, regroupés selon qu'ils portent sur sa nature, son étendue ou son rapport à la miséricorde et à la grâce. Pour chacun, il énonce l'erreur dans sa formulation courante, montre pourquoi elle séduit, pourquoi elle est fausse, puis rappelle ce que l'Église enseigne vraiment, citations à l'appui.

Il ne s'agit ni d'un florilège ni d'un guide pratique : pour la voix propre des saints sur la justice, voir Que disent les saints sur la justice ; pour la nature détaillée de la vertu, ses espèces (légale, commutative, distributive), ses moyens concrets de croissance et ses pièges, voir Comment grandir dans la justice. Ici, comme dans l'article jumeau Les erreurs fréquentes concernant la tempérance, on déblaie le terrain : on apprend d'abord à reconnaître les fausses monnaies pour mieux recevoir l'or véritable.

Pourquoi la justice est-elle si mal comprise ?

Un mot confisqué par les slogans

Peu de mots sont aussi sollicités, et aussi vidés. « Justice ! » est devenu un cri de ralliement, accolé à toutes les causes — sociale, raciale, climatique, mémorielle — au point que le mot finit par signifier « ce que j'estime juste », c'est-à-dire mon indignation érigée en norme. Plus on l'emploie, moins on le définit. L'erreur n'est pas de réclamer la justice : c'est de croire qu'on sait ce qu'elle est *parce qu'*on la réclame.

Car le slogan inverse le sens de la vertu. La justice, dans la tradition, n'est pas d'abord ce que je suis en droit d'exiger d'autrui : c'est ce que je suis tenu de lui donner. « Rendre à chacun son dû »[5] : le sujet de la phrase, c'est moi qui dois ; le bénéficiaire, c'est l'autre. La culture de la revendication a retourné la formule comme un gant — « on me doit » a remplacé « je dois » — et c'est de ce retournement que naissent la plupart des erreurs qui suivent.

Une vertu confondue avec la passion qu'elle suscite

Seconde source de malentendu, plus intime : on confond la justice avec l'émotion que provoque l'injustice. Devant le scandale — l'innocent broyé, le puissant impuni — monte en nous une indignation vive, parfois sainte. On la prend pour la vertu de justice elle-même : « j'ai le sens de la justice » signifie souvent « je m'indigne facilement ».

La justice n'est ni égalité mécanique, ni revendication, ni indignation : elle donne à chacun son dû. Infographie originale générée par IA.

Mais la justice n'est pas un sentiment. C'est, dit toute la tradition, une vertu de la volonté, non de la sensibilité : elle siège dans l'appétit rationnel et concerne des actes, pas des émotions. On peut s'indigner beaucoup et n'être pas juste du tout ; on peut être profondément juste sans le moindre frisson d'indignation. Saint Thomas place là l'une des raisons de l'excellence de la justice : à la différence de la tempérance ou de la force, qui règlent nos passions intérieures, elle « réside dans la volonté » et porte sur le bien d'autrui[6]. Une émotion regarde mon ressenti ; la justice regarde le droit du prochain — ce sont deux choses entièrement différentes.

Les erreurs sur la nature de la justice

« La justice, c'est l'égalité : traiter tout le monde exactement pareil »

C'est l'erreur la plus répandue de l'époque : juste voudrait dire égal. Serait juste la société qui donne à tous la même chose, injuste celle qui distingue. L'égalité devient le critère unique, et toute différence de traitement passe pour une injustice. L'erreur séduit parce qu'elle est simple et qu'elle s'appuie sur une vérité réelle : devant la loi, devant Dieu, dans leur dignité d'enfants de Dieu, tous les hommes sont égaux, et le Lévitique interdit expressément de juger selon la condition des personnes, dans les termes repris par le Catéchisme — « Tu n'auras ni faveur pour le petit, ni complaisance pour le grand »[7].

Trois applications classiques du juste : égalité dans l'échange, proportion dans la distribution et service du bien commun. Infographie originale générée par IA.

Mais la justice n'est pas l'égalité mécanique : elle est « à chacun son dû »[8] — et ce dû n'est pas toujours le même pour tous. La tradition distingue ici la justice commutative, qui exige bien une stricte égalité dans les échanges (un prix égal à la valeur, une dette payée à hauteur de ce qu'on a emprunté), et la justice distributive, qui répartit les biens et les charges à proportion des besoins, des mérites et de la fonction de chacun[9]. Donner la même ration à un enfant et à un travailleur de force, la même responsabilité à l'expert et au novice, le même soin au bien portant et au malade, ce ne serait pas juste : ce serait injuste à force d'égalité. La justice rend à chacun ce qui lui revient en propre — ce qui suppose, précisément, de voir les différences, non de les nier. Le détail des espèces de justice est traité dans Comment grandir dans la justice.

« Être juste, c'est réclamer ses droits »

Variante directement issue de la culture de la revendication : être juste, ce serait connaître ses droits et les défendre, ne pas se laisser faire, exiger son dû. La justice se range alors du côté de celui qui réclame, et le mot évoque le tribunal, l'avocat, le rapport de force. L'erreur séduit parce qu'elle flatte l'amour-propre : elle fait de moi le créancier, et d'autrui le débiteur.

Or la vertu de justice regarde d'abord dans l'autre sens. Elle est la « volonté de donner […] ce qui leur est dû »[10] : son acte propre est de rendre, non de réclamer[11]. L'homme juste de l'Écriture ne se distingue pas par l'âpreté à défendre ses intérêts, mais par « la droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le prochain »[12] — un homme dont on peut se fier, qui paie ce qu'il doit, tient parole, ne lèse personne. C'est ainsi que l'Évangile qualifie saint Joseph dès sa première apparition, avant même l'Annonciation qui lui est faite : « un homme juste »[13] — non parce qu'il aurait fait valoir un droit, mais parce qu'il s'apprêtait, discrètement, à ne léser personne. Saint Paul lui-même résume la justice par une exigence adressée non au faible mais au fort : « Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l'équitable »[14]. La justice-vertu commence donc là où s'arrête la justice-revendication : non pas « qu'on me rende mon dû », mais « que je rende à chacun le sien ». Réclamer son droit peut être légitime ; mais ce n'est pas encore être juste — c'est seulement être lésé.

« La justice, c'est l'indignation devant ce qui choque »

On l'a esquissé plus haut : beaucoup confondent la vertu avec le sentiment qu'éveille l'injustice. Avoir le sens de la justice, ce serait s'émouvoir du scandale, vibrer pour les opprimés, s'enflammer contre les puissants. L'indignation devient le signe — et la mesure — de la justice de quelqu'un.

Mais l'indignation est une passion, et une passion n'est ni juste ni injuste en elle-même : tout dépend de ce qu'en fait la volonté éclairée par la raison. L'histoire est pleine d'indignations sincères qui ont produit de terribles injustices — procès expéditifs, vengeances de masse, condamnations sans preuve, « justice populaire ». La vertu, elle, ne s'arrête pas à l'émotion : elle veut fermement et constamment rendre à chacun son dû[15], y compris à celui qui m'indigne, y compris quand mon sentiment voudrait l'écraser. C'est même au moment où l'indignation est la plus forte que la justice est la plus exigeante : car la tentation est alors de glisser de la justice à la vengeance. L'Écriture tranche : « Ne vous faites pas justice vous-mêmes […] : c'est à moi de faire justice, c'est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient, dit le Seigneur »[16]. Sur ce glissement de la justice vers la vengeance, voir Comment grandir dans la justice.

« La justice ne regarde que les rapports entre les hommes ; Dieu n'a rien à y voir »

Erreur de réduction, et la plus grave pour un chrétien : la justice serait une affaire horizontale, entre les hommes — payer ses dettes, respecter les contrats, ne léser personne. Dieu, lui, relèverait de la prière ou du sentiment, pas de la justice. On peut ainsi se croire « quelqu'un de juste » tout en ne rendant rien à Dieu. L'erreur séduit parce qu'elle est commode : elle dispense de la première dette, la plus oubliée.

Mais la définition même de la justice nomme Dieu en premier : « donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû »[17]. La justice envers Dieu porte un nom — c'est la vertu de religion — et elle commande tout le reste, car nous devons à Dieu, comme créatures, l'adoration, la reconnaissance, le culte. Le Catéchisme l'énonce sans détour :

« La charité nous porte à rendre à Dieu ce qu'en toute justice nous lui devons en tant que créatures. La vertu de religion nous dispose à cette attitude. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2095[18]

Le prophète Michée plaçait déjà la justice envers les hommes et la marche avec Dieu dans une seule et même exigence : « respecter le droit, aimer la fidélité, et t'appliquer à marcher avec ton Dieu »[19]. Une justice qui rendrait scrupuleusement leur dû aux hommes mais rien à Dieu serait une justice amputée de sa tête : elle aurait oublié le plus grand créancier. C'est pourquoi la première œuvre de la justice n'est pas un procès gagné, mais l'adoration, « acte premier » de la religion[20]. Sur cette première justice rendue à Dieu, voir Que disent les saints sur la justice.

Les erreurs sur l'étendue de la justice

« Être juste, c'est simplement ne pas faire de mal »

Réduction très répandue, parce que rassurante : être juste, ce serait ne pas voler, ne pas tuer, ne pas tromper. Une justice toute négative, qui se réduit à l'abstention. Dès lors qu'on ne nuit à personne, on se croit quitte. L'erreur séduit parce qu'elle place la barre au ras du sol et nous met aussitôt du bon côté : « je n'ai jamais fait de tort à personne ».

Ne pas nuire ne suffit pas : la justice oblige aussi positivement à rendre ce qui est dû. Infographie originale générée par IA.

Mais la justice comporte des dettes positives, qu'on viole non en agissant mal, mais en n'agissant pas. Rendre à chacun son dû, ce n'est pas seulement s'abstenir de prendre : c'est restituer ce qu'on a injustement gardé, payer le salaire à l'heure, dire la vérité à qui y a droit, tenir ses promesses, rendre grâce à ses bienfaiteurs et à Dieu. Refuser de payer un juste salaire, laisser un tort sans réparation, manquer à sa parole, ne pas rendre l'honneur dû : ce sont des injustices par omission, aussi réelles que le vol. La justice n'est pas un mur qui n'attaque personne ; c'est une main qui rend. Le détail de ces dettes positives — restitution, vérité, fidélité, gratitude — est développé dans Comment grandir dans la justice.

« La justice, c'est l'affaire des tribunaux, des lois et de l'État »

Autre rétrécissement : la justice serait une institution — les juges, les codes, les prisons, la police — bien plus qu'une vertu personnelle. Elle se rendrait « au tribunal » ; le citoyen ordinaire, lui, n'aurait qu'à respecter la loi. L'erreur s'appuie sur un fait réel : il existe bien une justice légale ou générale, qui ordonne le citoyen au bien commun et que l'État a charge d'administrer[21]. Mais elle confond l'appareil judiciaire avec la vertu.

Or la justice est d'abord une disposition de l'âme, et elle se joue « à chacun son dû »[22] dans les actes les plus quotidiens, loin de tout tribunal : la monnaie qu'on rend exactement, le travail fait honnêtement pour le salaire reçu, la part équitable laissée à l'autre, la réputation qu'on ne salit pas, la promesse tenue. La loi humaine ne peut atteindre qu'une fraction de ces devoirs ; l'immense majorité des actes justes échappe à tout juge — sauf à Dieu, qui « juge avec justice »[23]. Une société entièrement régie par les tribunaux et vide d'hommes intérieurement justes serait invivable ; à l'inverse, « pratiquer la justice et le droit plaît au Seigneur plus que le sacrifice »[24], qu'aucun tribunal n'ait jamais à intervenir. La vertu précède l'institution et la déborde de toutes parts.

« La justice se résume à la justice sociale et au combat politique »

Erreur très contemporaine, et souvent généreuse : la « vraie » justice serait la justice sociale — la lutte contre les inégalités, la défense des opprimés, la transformation des structures. Tout le reste passerait pour une morale étroite et bourgeoise. L'erreur séduit parce qu'elle s'appuie sur une exigence authentique : l'Écriture est brûlante pour le droit du pauvre, et l'indifférence aux structures injustes est un vrai péché. « Mais que le droit jaillisse comme une source […] », crie le prophète[25].

Mais réduire la justice au combat collectif, c'est la délocaliser : on la projette sur la société pour s'en dispenser dans sa propre vie. On peut militer bruyamment pour « la justice » et être, de près, profondément injuste — dur avec ses proches, malhonnête dans son travail, médisant, ingrat envers Dieu. Le Christ a visé exactement ce déséquilibre chez les pharisiens, méticuleux sur le secondaire et aveugles à l'essentiel :

« Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. […] » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 23, 23[26]

La justice sociale est une part réelle de la justice, non son tout : elle suppose, pour être vraie, des personnes elles-mêmes justes. Une justice qu'on réclame pour la société mais qu'on ne pratique pas dans son foyer n'est pas la vertu de justice : c'est une opinion. Sur ce piège du militant injuste de près, voir Comment grandir dans la justice.

Les erreurs sur la justice, la miséricorde et la grâce

« La justice et la miséricorde s'opposent »

Erreur tenace, qui prend deux formes inverses. Pour les uns, être juste, c'est appliquer la règle sans faiblir — la miséricorde serait une mollesse, une entorse à la justice. Pour les autres, la miséricorde étant la vertu suprême, la justice serait une rigueur dépassée, presque suspecte. Dans les deux cas, on dresse les deux vertus l'une contre l'autre, comme s'il fallait choisir.

Mais l'Évangile ne les sépare jamais : le Christ reproche aux pharisiens d'avoir négligé d'un même mouvement « la justice, la miséricorde et la fidélité »[27] — trois exigences, non trois options concurrentes. La miséricorde n'est pas le contraire de la justice : elle en est la plénitude. Elle ne dispense pas de rendre son dû ; elle ajoute, par-dessus le dû strict, le don gratuit. Saint Jacques avertit que les deux se rejoignent dans le jugement même de Dieu :

« Le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde, mais la miséricorde l'emporte sur le jugement. » — Saint Jacques, Lettre 2, 13[28]

Justice et miséricorde ne sont pas rivales : en Dieu, la miséricorde accomplit la justice. Infographie originale générée par IA.

La miséricorde « l'emporte » — non en supprimant la justice, mais en la surpassant : elle donne plus que le dû, jamais moins. Une justice sans miséricorde devient cruauté ; une miséricorde sans justice devient complaisance. L'articulation des deux est traitée dans Comment grandir dans la justice et Que disent les saints sur la justice.

« La justice de Dieu, c'est sa colère et son châtiment »

Erreur de lecture, très ancrée : quand l'Écriture parle de la « justice de Dieu », on entend aussitôt sa colère, son tribunal, la punition des coupables. Dieu juste serait le Dieu qui condamne ; sa justice s'opposerait à son amour. L'erreur séduit parce qu'elle correspond à notre expérience humaine de la justice — celle des cours et des sanctions — et parce que certaines pages bibliques évoquent bien le jugement.

Mais le sens biblique principal de la « justice de Dieu » (en hébreu tsedaqah, chez saint Paul dikaiosynē Theou) n'est pas d'abord rétributif : c'est la fidélité salvifique de Dieu, sa façon de tenir son alliance et de rendre justes les pécheurs. La justice de Dieu, chez Paul, ne broie pas le pécheur : elle le justifie.

« Mais aujourd'hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice […] : lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. […] Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu'il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus. » — Saint Paul, Lettre aux Romains 3, 21-26[29]

La justice divine ne se réduit pas au châtiment : Dieu est juste et rend juste celui qui croit au Christ. Infographie originale générée par IA.

Juste lui-même, et rendant juste celui qui croit : voilà le cœur. La justice de Dieu n'est pas la balance d'un comptable mais la fidélité d'un Sauveur qui, par pure grâce, communique sa propre justice au pécheur qui croit. Réduire la justice divine au châtiment, c'est manquer la Bonne Nouvelle elle-même. Cela ne nie pas le jugement — Dieu « rendra à chacun selon ses œuvres »[30] — mais place ce jugement au service d'un dessein de salut, non d'une vengeance.

« On peut être juste par la seule force de la volonté, sans la grâce »

Dernière erreur, plus discrète, qui touche les natures droites et les sages : la justice serait une affaire de caractère, d'honnêteté naturelle et de fermeté, où Dieu n'aurait rien à faire. Et de fait, il existe une justice purement acquise : des hommes sans foi paient leurs dettes, tiennent parole, ne lèsent personne, et c'est tout à leur honneur. L'Église ne nie pas cette justice naturelle ; elle la salue.

Mais elle la sait fragile et inachevée. D'abord parce que l'homme blessé par le péché ne tient pas longtemps sa droiture par ses seules forces : le Catéchisme rappelle que les vertus humaines « sont purifiées et élevées par la grâce divine »[31]. Ensuite et surtout parce que la justice intégrale inclut la dette envers Dieu — la religion, l'adoration, la reconnaissance — qu'aucune volonté ne peut acquitter sans la grâce. On ne se rend pas juste devant Dieu à la seule force du poignet ; on reçoit sa justice. C'est le sommet du Nouveau Testament : le Christ lui-même « est devenu pour nous justice ».

« C'est grâce à Dieu que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. » — Saint Paul, Première lettre aux Corinthiens 1, 30[32]

La justice chrétienne est donc à la fois plus humble et plus haute que la justice des sages : plus humble, car elle ne compte pas sur soi mais sur le Christ « notre justice » ; plus haute, car elle ne vise pas seulement la droiture entre les hommes mais la sainteté reçue de Dieu. C'est aussi pourquoi le Christ exige une justice qui surpasse la justice purement humaine : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux »[33]. Cette justice surabondante, qui ne se mesure plus à l'effort mais s'unit à la volonté même de Dieu, s'épanouit — selon l'espérance transmise dans les écrits de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta — dans le don de vivre DANS la Divine Volonté, c'est-à-dire laisser Dieu lui-même agir en nous, l'âme se laissant « porter dans ses Bras »[34] : espérance de sanctification intérieure venue d'une révélation privée, non un enseignement du Catéchisme — thème développé dans Comment grandir dans la justice.

L'erreur et la vérité, en un coup d'œil

Cinq contresens fréquents et leur correction en un coup d'œil. Infographie originale générée par IA.

Le tableau ci-dessous récapitule les contresens parcourus : à gauche, l'erreur dans sa formulation courante ; au centre, ce qui la rend fausse ; à droite, ce que l'Église enseigne réellement, avec sa source. Il se lit ligne par ligne, comme un antidote rapide aux idées reçues.

L'erreur courantePourquoi c'est fauxCe que l'Église enseigne
La justice, c'est l'égalité : traiter tout le monde pareilConfond l'égalité mécanique avec « à chacun son dû », parfois inégalJustice distributive : répartir à proportion des besoins et des mérites (Thomas, II-II q. 61)[35]
Être juste, c'est réclamer ses droitsRetourne la vertu : la justice regarde ce que je dois, pas ce qu'on me doit« La volonté de donner […] ce qui leur est dû » (CEC § 1807)[36]
La justice, c'est l'indignation devant le scandaleConfond la vertu (de la volonté) avec une passion (de la sensibilité)Une vertu « ferme et constante » qui réside dans la volonté (Thomas, II-II q. 58 a. 12)[37]
La justice ne regarde que les hommes, pas DieuOublie la première dette : ce que la créature doit à son CréateurLa justice envers Dieu est la vertu de religion (CEC § 1807 ; § 2095)[38]
Être juste, c'est ne pas faire de malIgnore les dettes positives : restituer, payer, dire vrai, tenir parole« Rendre à chacun son dû », par action autant que par abstention (Thomas, II-II q. 58 a. 11)[39]
La justice, c'est l'affaire des tribunaux et de l'ÉtatConfond l'appareil judiciaire avec la vertu personnelle« Pratiquer la justice […] plaît au Seigneur plus que le sacrifice » (Pr 21, 3)[40]
La justice se résume à la justice sociale militanteOn peut réclamer la justice pour la société et être injuste de prèsLe Christ exige « la justice, la miséricorde et la fidélité » ensemble (Mt 23, 23)[41]
La justice et la miséricorde s'opposentLa miséricorde n'est pas le contraire de la justice mais sa plénitude« La miséricorde l'emporte sur le jugement » (Jc 2, 13)[42]
La justice de Dieu, c'est sa colère et son châtimentLe sens biblique premier est la fidélité qui justifie le pécheurDieu « juste et rend juste celui qui a foi en Jésus » (Rm 3, 26)[43]
On peut être juste sans la grâceLa justice naturelle est réelle mais fragile et incapable d'acquitter la dette envers DieuVertus « purifiées et élevées par la grâce » ; « le Christ, notre justice » (CEC § 1810 ; 1 Co 1, 30)[44]

Justice, droit, équité, religion : ne pas confondre

Beaucoup d'erreurs viennent simplement d'un vocabulaire flou, où l'on prend la partie pour le tout. Quelques distinctions classiques suffisent à dissiper la brume. La justice est la vertu cardinale générale : la constante volonté de rendre à chacun son dû. Le droit (en latin ius) n'est pas la vertu mais son objet — la chose juste elle-même, ce qui est dû ; la justice est la vertu, le droit est ce vers quoi elle tend. L'équité (epikeia) n'est pas l'ennemie de la justice mais sa forme supérieure : elle corrige la loi générale là où son application littérale produirait, dans un cas particulier, une injustice — non pour s'affranchir du juste, mais pour mieux l'atteindre.

À l'intérieur de la justice, la tradition distingue encore ses espèces : la justice commutative règle les échanges entre personnes et exige une stricte égalité (le prix, la dette, le contrat) ; la justice distributive répartit les biens et charges communs à proportion de chacun[45] ; la justice légale ou générale ordonne le citoyen au bien commun[46]. Et la justice envers Dieu porte le nom de religion. Ces mots ne sont donc pas synonymes : ils nomment des applications ou des parties de la même vertu. Confondre la justice avec l'une d'elles — la réduire à l'égalité distributive, à la loi de l'État, ou au seul rapport entre les hommes — c'est précisément l'erreur d'étendue déjà rencontrée. Le détail de ces espèces et de leurs parties annexes est développé dans Comment grandir dans la justice.

Rendre à la justice sa vraie grandeur

Une fois les contrefaçons écartées, la vertu apparaît dans sa lumière. Loin d'être la plus modeste des vertus cardinales, la justice est, selon saint Thomas, la plus excellente des vertus morales — supérieure même à la force et à la tempérance :

« Si nous parlons de la justice particulière, elle dépasse en excellence les autres vertus morales pour deux raisons. La première, prise du côté du sujet, est que la justice a son siège dans la partie la plus noble de l'âme, c'est-à-dire l'appétit rationnel ou la volonté, alors que les autres vertus morales ont pour siège l'appétit sensible […] ; […] la justice est louée en outre pour le bien que l'homme vertueux réalise dans ses rapports avec autrui […] » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 58, a. 12, corps de l'article[47]

Deux traits font sa noblesse. D'abord, elle siège dans la volonté et non dans la sensibilité : elle est donc plus pleinement humaine, plus libre, moins dépendante de l'humeur que la tempérance ou le courage. Ensuite — et c'est décisif — elle est tout entière tournée vers autrui : tandis que les autres vertus me perfectionnent par rapport à moi-même, la justice me perfectionne par rapport au prochain et à Dieu. Elle est la vertu de la relation, celle qui rend les rapports humains habitables et qui, sans elle, livrerait la société aux « grands brigandages » que dénonçait saint Augustin[48].

Surtout, elle est inséparable de l'amour. Rendre à chacun son dû, ce n'est pas un calcul froid : c'est la forme première de la charité, qui ne peut aimer le prochain sans d'abord refuser de le léser. « On t'a fait connaître ce qui est bien […] : respecter le droit, aimer la fidélité, et t'appliquer à marcher avec ton Dieu »[49] : la justice tient ensemble le droit du prochain et la marche vers Dieu, l'horizontal et le vertical. Voilà sa vraie grandeur, à l'opposé exact des slogans qui l'ont confisquée : non pas une arme pour réclamer, mais une volonté humble et tenace de donner — à Dieu son adoration, au prochain son dû, à chacun ce qui lui revient — jusqu'à recevoir du Christ la seule justice qui sauve.

« La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui lui est dû. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1836[50]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1805 : « Quatre vertus jouent un rôle charnière. Pour cette raison on les appelle "cardinales" ; toutes les autres se regroupent autour d'elles. Ce sont : la prudence, la justice, la force et la tempérance. » Citant Sagesse 8, 7 : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et courage. »

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1807 : « La justice est la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû. La justice envers Dieu est appelée "vertu de religion". Envers les hommes, la justice dispose à respecter les droits de chacun et à établir dans les relations humaines l'harmonie qui promeut l'équité à l'égard des personnes et du bien commun. L'homme juste, souvent évoqué dans les Saintes Écritures, se distingue par la droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le prochain. » Le § cite Lv 19, 15 (« Tu n'auras ni faveur pour le petit, ni complaisance pour le grand ; c'est avec justice que tu jugeras ton prochain ») et Col 4, 1 (« Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l'équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au ciel »).

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  3. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 58, a. 1, corps de l'article (respondeo) : « La justice est l'habitus par lequel on rend à chacun son droit (ou son dû) d'une volonté constante et perpétuelle » (iustitia est habitus secundum quem aliquis constanti et perpetua voluntate ius suum unicuique tribuit). Thomas reprend et précise la définition reçue des juristes romains et d'Aristote : la « volonté » marque que tout acte de justice est volontaire ; « constante et perpétuelle » indique la fermeté de la disposition.

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  4. Évangile selon saint Matthieu 5, 6, traduction liturgique officielle (AELF) : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » Quatrième béatitude du Sermon sur la montagne.

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  5. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 58, a. 11, corps de l'article (respondeo) : « L'acte propre de la justice n'est autre que de rendre à chacun ce qui est sien » (proprius actus iustitiae nihil est aliud quam reddere unicuique quod suum est). L'acte de justice se nomme proprement « rendre » (reddere), parce qu'il suppose une dette préexistante.

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  6. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 58, a. 12 (« La justice l'emporte-t-elle sur toutes les vertus morales ? »), corps de l'article (respondeo) : la justice est « la plus excellente des vertus morales », pour deux raisons : d'abord du point de vue du sujet, car elle réside dans la volonté (appétit rationnel) et non dans l'appétit sensible ; ensuite du point de vue de l'objet, car elle s'exerce « envers autrui » et regarde le bien d'un autre. Thomas cite à ce propos, au sed contra de ce même article 12, le mot de Cicéron (De officiis, I, 7) : « La justice est la plus brillante des vertus, et c'est d'elle que les hommes sont appelés bons. »

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  7. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 61 : distinction des espèces de la justice particulière. La justice commutative règle les échanges entre personnes privées et exige une égalité de proportion arithmétique (le dû est strictement égal à ce qui est donné : prix, dette, contrat). La justice distributive règle la répartition des biens et des charges communs entre les membres de la communauté, selon une proportion géométrique (à proportion du mérite, du besoin, de la fonction).

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  8. Évangile selon saint Matthieu 1, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Joseph, son époux, qui était un homme juste… » — la formule biblique de « l'homme juste » appliquée à saint Joseph, figure du juste développée dans les articles voisins.

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  9. Lettre aux Romains 12, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Bien-aimés, ne vous faites pas justice vous-mêmes, mais laissez agir la colère de Dieu. Car l'Écriture dit : C'est à moi de faire justice, c'est moi qui rendrai à chacun ce qui lui revient, dit le Seigneur. »

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 2095 : « Les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité informent et vivifient les vertus morales. Ainsi, la charité nous porte à rendre à Dieu ce qu'en toute justice nous lui devons en tant que créatures. La vertu de religion nous dispose à cette attitude. »

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  11. Michée 6, 8, traduction liturgique officielle (AELF) : « Homme, répond le prophète, on t'a fait connaître ce qui est bien, ce que le Seigneur réclame de toi : rien d'autre que respecter le droit, aimer la fidélité, et t'appliquer à marcher avec ton Dieu. »

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  12. Catéchisme de l'Église catholique, § 2096 : « De la vertu de religion, l'adoration est l'acte premier. Adorer Dieu, c'est le reconnaître comme Dieu, comme le Créateur et le Sauveur, le Seigneur et le Maître de tout ce qui existe, l'Amour infini et miséricordieux. » Citant Lc 4, 8 : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et c'est à lui seul que tu rendras un culte. »

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  13. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 58, a. 5-6 : la justice légale ou générale est la vertu générale qui ordonne au bien commun les actes de toutes les autres vertus ; c'est elle qui fait le bon citoyen.

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  14. Première lettre de saint Pierre 2, 23, traduction liturgique officielle (AELF) : « Insulté, il ne rendait pas l'insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s'abandonnait à Celui qui juge avec justice. »

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  15. Proverbes 21, 3, traduction liturgique officielle (AELF) : « Accomplir la justice et le droit plaît au Seigneur plus que le sacrifice. »

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  16. Amos 5, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais que le droit jaillisse comme une source ; la justice, comme un torrent qui ne tarit jamais ! »

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  17. Évangile selon saint Matthieu 23, 23, traduction liturgique officielle (AELF) : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme sur la menthe, le fenouil et le cumin, mais vous avez négligé ce qui est le plus important dans la Loi : la justice, la miséricorde et la fidélité. […] » (la suite du verset : « Voilà ce qu'il fallait pratiquer sans négliger le reste. »)

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  18. Lettre de saint Jacques 2, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde, mais la miséricorde l'emporte sur le jugement. »

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  19. Lettre aux Romains 3, 21-26, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais aujourd'hui, indépendamment de la Loi, Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice […]. Tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. […] Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu'il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus. » C'est le passage central de la doctrine paulinienne de la justification.

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  20. Lettre aux Romains 2, 6, traduction liturgique officielle (AELF) : « lui qui rendra à chacun selon ses œuvres. »

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  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 1810 : « Les vertus humaines acquises par l'éducation, par des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l'effort, sont purifiées et élevées par la grâce divine. Avec l'aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent aisance dans la pratique du bien. L'homme vertueux est heureux de les pratiquer. »

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  22. Première lettre aux Corinthiens 1, 30, traduction liturgique officielle (AELF) : « C'est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. »

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  23. Évangile selon saint Matthieu 5, 20, traduction liturgique officielle (AELF) : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux. »

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  24. Jésus à Luisa Piccarreta (Servante de Dieu, 1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 34, dictée 34-33 du 25 avril 1937 : « Elle sait et peut mettre cet Art divin en œuvre dans la créature pourvu que celle-ci se prête à vivre en Elle et se laisse porter dans ses Bras. » (édition « pour usage privé », GE – La Volonté Divine – Lumen Luminis, p. 130). Degré d'autorité : révélation privée reçue — non un enseignement du magistère.

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  25. Saint Augustin, La Cité de Dieu, livre IV, chapitre 4 (« Les empires, sans la justice, ne sont que des ramas de brigands ») : « Que sont les empires sans la justice, sinon de grandes réunions de brigands ? » (Remota itaque iustitia, quid sunt regna nisi magna latrocinia ?).

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1836 (« En bref ») : « La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui lui est dû. »

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