Saints Zacharie et Élisabeth (en hébreu Zekharyah, « Yah s'est souvenu »), du Ier siècle, sont les parents de Jean le Baptiste. Zacharie est prêtre du Temple de Jérusalem ; Élisabeth est sa femme, de la famille d'Aaron. Le couple est avancé en âge et sans enfant quand l'ange Gabriel annonce à Zacharie la naissance d'un fils. Le récit est contenu tout entier au chapitre 1 de l'Évangile selon saint Luc, l'une des pages les plus anciennes et les plus soigneusement composées du Nouveau Testament.[1][2][3]
Le cantique de Zacharie, le Benedictus (Luc 1, 68-79), est entré dans la prière de l'Église : il est récité ou chanté chaque matin aux Laudes. La mémoire liturgique du couple est portée au 5 novembre dans l'usage français que suit Nominis ; le martyrologe romain (édition 2004) les porte au 23 septembre, et l'usage orthodoxe au 5 septembre. La notice de ce jour relève donc d'un usage français, et non du calendrier universel.[4][5]
Le prêtre Zacharie et son épouse Élisabeth
Un couple de justes
Luc présente le couple avec une précision rare : Zacharie est prêtre de la course d'Abia, l'une des vingt-quatre classes sacerdotales ; il officie sous Hérode le Grand. Élisabeth est de la famille d'Aaron. Tous deux sont irréprochables devant Dieu, observant tous les commandements et toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche (Luc 1, 5-6).[6][7]
Ils sont avancés en âge et sans enfant. Dans la culture d'Israël, la stérilité est une opprobre : elle ne dit pas seulement l'absence d'héritier, elle dit aussi, aux yeux du monde, un manque de bénédiction. Luc signale ce trait sans insister : le couple a vieilli dans la fidélité, et la prière n'a pas cessé.[8][9]
L'annonce à Zacharie
Un jour de service, alors qu'il offre l'encens dans le Sanctuaire, Zacharie voit apparaître un ange du Seigneur à droite de l'autel des parfums. L'ange est Gabriel. Il lui annonce qu'un fils lui naîtra, qu'il appellera Jean ; ce fils sera grand devant le Seigneur, vivra dans l'Esprit et la puissance d'Élie, et ramènera beaucoup de fils d'Israël au Seigneur leur Dieu (Luc 1, 8-17).[10][11]
Zacharie répond à l'ange : « À quoi reconnaîtrai-je cela ? Car je suis un vieillard, et ma femme est avancée en âge » (Luc 1, 18). Pour ce doute, Gabriel lui annonce qu'il restera muet, sans pouvoir parler jusqu'au jour où ces choses arriveront. Le signe est ainsi retiré à la parole, et rendu aux événements.[12][13]
Le mutisme et le retour
Zacharie sort du Temple sans pouvoir parler ; les fidèles comprennent qu'il a eu une vision. Quand son service est achevé, il rentre chez lui. Après ces jours-là, Élisabeth, sa femme, conçoit ; elle se tient cachée pendant cinq mois, et elle dit : « C'est ainsi que le Seigneur a agi pour moi, quand il a jeté les yeux sur moi pour enlever mon opprobre parmi les hommes » (Luc 1, 23-25).[14][15]
Élisabeth, Marie et la Visitation
Parentes de Marie
Luc précise qu'Élisabeth est parente de Marie (le mot grec est suggénès, Luc 1, 36). C'est de ce lien que naît la Visitation : quand Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus, il lui dit aussi qu'Élisabeth, « celle qu'on appelait la stérile », est enceinte depuis six mois, « car rien n'est impossible à Dieu » (Luc 1, 26-37).[16][17]
Marie se lève et se rend en hâte dans la montagne, dans une ville de Juda. Dès qu'Élisabeth entend la salutation de Marie, l'enfant tressaille dans son sein, et elle est remplie d'Esprit Saint. Elle s'écrie : « D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » (Luc 1, 39-45). Le récit est l'origine de la fête de la Visitation, et le point de départ du Magnificat, le cantique de Marie (Luc 1, 46-55). Marie demeure avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourne chez elle (Luc 1, 56).[18][19]
La naissance de Jean
Élisabeth accouche d'un fils. Le huitième jour, on vient pour circoncire l'enfant, et on veut l'appeler Zacharie, du nom de son père. Sa mère s'y oppose : « Non, il s'appellera Jean » (Luc 1, 57-63). On fait signe au père, qui demande une tablette et écrit : « Jean est son nom ». À l'instant même, sa bouche s'ouvre et sa langue se délie, et il bénit Dieu.[20][21]
La crainte s'empare de tous les voisins, et toutes ces choses se répandent dans toute la montagne de Juda. Ceux qui les entendent les gardent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » (Luc 1, 57-66). Et Luc ajoute : « La main du Seigneur était avec lui ».[22]
Le Benedictus
Le cantique de Zacharie (Luc 1, 68-79) est l'un des grands hymnes du Nouveau Testament. Zacharie bénit le Dieu d'Israël « parce qu'il a visité et racheté son peuple », il parle d'un Sauveur de la maison de David, d'un prophète du Très-Haut qui marchera devant le Seigneur pour préparer ses voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés. Le cantique se termine sur la tendresse miséricordieuse de Dieu, qui fait lever la lumière pour ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort.[23][24]
C'est ce texte qui entre, dès l'origine, dans la prière des Laudes. Chaque matin, l'Église reprend la parole d'un père à qui la parole a été rendue le jour de la naissance de son fils.
La mort de Zacharie et le dossier critique
Le Protévangile de Jacques
Le Protévangile de Jacques (IIe siècle, apocryphe) raconte le meurtre de Zacharie : lors du massacre des innocents, il aurait refusé de révéler la cachette de son fils, et il aurait été tué entre le Temple et l'autel. Ce récit est tardif : il n'est pas dans le Nouveau Testament, et il a circulé sous des formes variables.[25]
Origène, au IIIe siècle, suggère que le Zacharie fils de Baraki dont parle Matthieu 23, 35 (« du sang d'Abel jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barakia, que vous avez tué entre le temple et l'autel ») pourrait être le père de Jean. La tradition a parfois retenu cette identification ; les historiens la jugent incertaine, car Matthieu nomme un Zacharie fils de Barakia, et non Zacharie père de Jean, prêtre de la course d'Abia.[26]
Distinction avec d'autres Zacharie
| Personnage | Qui c'est | Ne pas confondre |
|---|---|---|
| Zacharie, père de Jean | Prêtre de la course d'Abia, époux d'Élisabeth, Ier siècle | Le sujet de cet article |
| Zacharie fils de Bariskaios | Notable de Jérusalem, assassiné par des Zélotes selon Josèphe | Un autre Zacharie du Ier siècle |
| Pape saint Zacharie | Pape, mort en 752 | Un Zacharie du VIIIᵉ siècle, sans rapport avec le père de Jean |
C'est pourquoi l'article du pape saint Zacharie est un autre sujet : la confusion des deux personnages est un classique de la piété populaire, et elle doit être levée dans la prédication comme dans la catéchèse.[27][28]
Reliques et tombe
Plusieurs traditions de reliques entourent Zacharie. Le Chronicon Paschale rapporte que des reliques furent apportées à Sainte-Sophie le 4 septembre 415. L'église San Zaccaria de Venise conserve une tradition de reliques. À Jérusalem, l'inscription dite tombe d'Absalom (IVe siècle) porte une inscription mentionnant « la tombe de Zacharie, le martyr, le saint prêtre, le père de Jean » ; le pèlerin Théodose (VIe siècle) la corrobore. Des chercheurs modernes (Zias et Puech, 2004) rapportent cependant cette inscription à un autre Zacharie.[29]
Fête et mémoire liturgique
La mémoire de saint Zacharie et de sainte Élisabeth est portée, dans l'usage français que suit Nominis, au 5 novembre. La notice de ce jour les nomme : « Sainte Elisabeth Mère de Saint Jean-Baptiste (Ier siècle) » et « Saint Zacharie Père de saint Jean-Baptiste (Ier siècle) ».[30]
Le martyrologe romain (édition 2004, p. 532) porte la fête au 23 septembre. L'Église orthodoxe les fête le 5 septembre. Wikipédia FR et EN signalent également ces deux dates. L'article et le calendrier de la plateforme retiennent donc le 5 novembre, qui est la date de la notice française, en signalant explicitement les autres usages.[31][32][33]
Iconographie
Les représentations de Zacharie et d'Élisabeth sont de deux grandes familles. La première est la Visitation : Marie et Élisabeth se rencontrent, le plus souvent dans un paysage ou à la porte d'une maison ; on cite la fresque géorgienne médiévale du monastère de la Croix à Jérusalem, les peintures de Ghirlandaio (« Marie et Élisabeth », 1491) et la Visitation de Pierre-Paul Rubens.[34]
La seconde famille est la Sainte Famille étendue, avec Jean-Baptiste enfant et ses parents : c'est le cas de la toile de Jacob Jordaens The Virgin and Child with St. John and His Parents, où Zacharie et Élisabeth entourent la Vierge, l'Enfant et le petit Jean. On cite encore la miniature du Paris Gregory (IXe siècle) et la fresque de la chapelle Tornabuoni de Ghirlandaio (« Zechariah Writes Down the Name of His Son », 1490), qui représente le moment où Zacharie écrit : « Jean est son nom ».[35][36]
Pour aller plus loin
- Saint Jean-Baptiste : leur fils, dont la naissance est annoncée par l'ange Gabriel et dont le cantique de Zacharie chante la mission.
- Pape saint Zacharie (mort en 752) : un autre Zacharie, pape du VIIIᵉ siècle, sans rapport avec le père de Jean-Baptiste.
- Marie de Béthanie (Ier siècle) : autre figure féminine de l'Évangile, sœur de Marthe et de Lazare, proche de la Vierge Marie dans la mémoire de l'Église.
Notes et références
Évangile selon saint Luc, chapitre 1 (Nouveau Testament). Résumé des versets utilisés : Lc 1, 5-7 (Zacharie, prêtre de la course d'Abia, sous Hérode le Grand ; Élisabeth de la famille d'Aaron ; couple irréprochable, stérile, avancé en âge) ; Lc 1, 8-11 (encens, semaine de service) ; Lc 1, 12-17 (ange Gabriel, naissance de Jean) ; Lc 1, 18-22 (mutisme pour le doute) ; Lc 1, 23-45, 56 (retour en Judée, Visitation au sixième mois, Marie reste environ trois mois) ; Lc 1, 57-79 (circoncision au huitième jour, « il s'appelle Jean », Zacharie retrouve la parole, Benedictus) ; Lc 1, 80 (Jean grandit au désert) ; Lc 1, 36 (Élisabeth parente de Marie).
1 6 8 10 12 14 16 18 20 22 23Nominis (Conférence des évêques de France), notice du 5 novembre 2026, « Autres fêtes du jour » : nominis.cef.fr. La page du 5 novembre 2026 (URL du jour : nominis.cef.fr/contenus/fetes/5/11/2026/5-Novembre-2026.html) liste, sous « Autres fêtes du jour », « Sainte Elisabeth Mère de Saint Jean-Baptiste (Ier siècle) » et « Saint Zacharie Père de saint Jean-Baptiste (Ier siècle) ». La fête principale du jour étant sainte Bertille, la notice détaillée de Zacharie et Élisabeth n'a pas été accessible à la même adresse ; l'entrée de calendrier est néanmoins explicite.
2 4 30 31Wikipédia (FR), « Zacharie (père de Jean le Baptiste) » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : nom hébreu זְכַרְיָה « Yah s'est souvenu » ; père de Jean le Baptiste dans les traditions chrétienne, mandéenne et musulmane ; infobox : naissance à Hébron, décès à Jérusalem, prêtre, famille Aaron / cohen / tribu de Lévi, conjoint Élisabeth, enfant Jean le Baptiste, saint ; fête 23 septembre, 5 septembre ; cantique = Benedictus (récité ou chanté chaque matin aux Laudes) ; meurtre de Zacharie motivé de trois manières différentes à époque ancienne dans le Protévangile de Jacques ; distinction avec Zacharie fils de Bariskaios (Josèphe, notable assassiné par des Zélotes) ; invention de reliques ; images citées : fresque géorgienne médiévale du monastère de la Croix à Jérusalem, Ghirlandaio « Zechariah Writes Down the Name of His Son » (1490, chapelle Tornabuoni), miniature du Paris Gregory (IXe siècle).
3 13 24 27 32 35Wikipédia (EN), « Zechariah (New Testament figure) » : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique : Luc 1, 5-7 (prêtre de la course d'Abia, sous Hérode le Grand ; Élisabeth de la famille d'Aaron ; couple irréprochable ; stérilité ; avancés en âge) ; Luc 1, 8-11 (encens, semaine de service) ; Luc 1, 12-17 (ange Gabriel, naissance de Jean) ; Luc 1, 18-22 (mutisme pour son doute) ; Luc 1, 23-45, 56 (retour en Judée, Visitation au sixième mois, Marie reste environ trois mois) ; Luc 1, 57-79 (circoncision au huitième jour, « il s'appelle Jean », retrouve la parole, Benedictus) ; Luc 1, 80 (Jean grandit au désert) ; Luc 1, 36 (Élisabeth parente de Marie) ; tradition : Protévangile de Jacques (IIe siècle, apocryphe), Zacharie tué pour avoir refusé de révéler la cachette de son fils lors du massacre des innocents ; Origène suggère que le Zacharie tué entre le temple et l'autel (Mt 23, 35) pourrait être le père de Jean ; Martyrologium Romanum 2004, p. 532 : fête catholique le 23 septembre ; 5 septembre chez les orthodoxes ; reliques : 4 septembre 415 apportées à Sainte-Sophie (Chronicon Paschale) ; San Zaccaria (Venise) ; tombe d'Absalom, inscription du IVe siècle (« tomb of Zachariah, the martyr, the holy priest, the father of John »), corroborée par le pèlerin Théodose (VIe siècle) ; Zias et Puech (2004) rapportent plutôt cette inscription à un autre Zacharie.
5 7 11 21 25 26 29 33 36Wikipédia (FR), « Élisabeth (mère de Jean le Baptiste) » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : naissance à Hébron, famille Aaron / Lévite, mère Sobe, conjoint Zacharie, enfant Jean le Baptiste ; parente (« suggénès », Lc 1, 36) de Marie ; fête 5 septembre, 23 septembre ; femme âgée sans enfant (opprobre) ; c'est Élisabeth qui dit « Non, il s'appellera Jean » (Lc 1, 60-64) ; Visitation (Lc 1, 39-56), Ave Maria, Magnificat ; images : Ghirlandaio 1491 « Marie et Élisabeth », maître de Villalcazar de Sirga (musée diocésain de Saragosse).
9 15 17 19 34Wikipédia (FR), « Zacharie (pape) » : fr.wikipedia.org. Pape du VIIIᵉ siècle (mort en 752), sans rapport avec Zacharie, père de Jean-Baptiste. La distinction est signalée ici pour prévenir la confusion entre les deux personnages.
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