Nicolas Barré (Amiens, 21 octobre 1621 – Paris, 31 mai 1686) est un prêtre français de l'ordre des Minimes, théologien, prédicateur et l'un des grands artisans de l'éducation populaire catholique au Grand Siècle.[1][2] Professeur de théologie et bibliothécaire du couvent de la Place Royale à Paris pendant plus de dix ans, il est envoyé à Rouen pour raison de santé : le spectacle de l'ignorance religieuse des enfants pauvres y bouleverse le reste de son ministère.[3] En 1662, il fonde à Sotteville-lès-Rouen les premières Petites Écoles de charité, confiées à de jeunes femmes sans vœux ni clôture — les Maîtresses charitables —, à l'origine des futures Sœurs de l'Enfant-Jésus.[4]
Maître spirituel réputé de son vivant, il conseille directement le chanoine Nicolas Roland puis le jeune Jean-Baptiste de La Salle, jouant un rôle déterminant dans la genèse des Frères des Écoles chrétiennes.[5][6] Sa doctrine, centrée sur la contemplation d'un Dieu qui s'est fait « petit enfant » par amour, est condensée dans son Cantique spirituel, poème mystique resté inédit pendant plus de trois siècles avant sa publication complète en 1994.[7]
Mort à Paris en 1686 et enterré à même le sol selon l'usage des Minimes, il laisse une œuvre qui se scinde en 1691 en deux instituts religieux aujourd'hui présents sur plusieurs continents.[8][9] Sa cause de béatification, ouverte en 1919, aboutit le 7 mars 1999 : saint Jean-Paul II le proclame bienheureux à Rome, devant plusieurs milliers d'enfants venus de ses écoles.[10][11] Sa fête est fixée au 21 octobre, jour anniversaire de sa naissance.[12]
Une jeunesse picarde et l'entrée chez les Minimes (1621-1640)
Naissance à Amiens dans une famille de marchands (21 octobre 1621)
Nicolas Barré naît à Amiens le 21 octobre 1621 et est baptisé le 17 décembre 1621 en l'église Saint-Germain.[13] Il est le premier enfant de Louis Barré, marchand-mercier, et d'Antoinette Pellé ; unique garçon de la fratrie, il a quatre sœurs.[14] Son enfance se déroule dans une Picardie troublée par les révoltes fiscales liées à la mise en place de l'absolutisme sous Richelieu, par la guerre de Trente Ans, par des épidémies récurrentes et par la crue de la Somme de 1635.[15]
En 1631, à dix ans, il entre au collège jésuite Saint-Nicolas d'Amiens, où il suit le cursus classique de la Compagnie de Jésus : trois années de grammaire, une de rhétorique, deux de philosophie et deux de théologie.[16] Brillant élève, il y reçoit une formation intellectuelle solide qui le préparera à l'enseignement de la théologie chez les Minimes.[17]
Le choix des Minimes de Saint-François-de-Paule (1640)
En 1640, à dix-neuf ans, Nicolas Barré entre dans l'ordre des Minimes, fondé par saint François de Paule au XVᵉ siècle et introduit en France par Louis XI.[18][19] Ce choix s'explique par la fréquentation, depuis l'enfance, du couvent des Minimes d'Amiens et par la présence de proches déjà engagés dans cet ordre reconnu pour son ascèse rigoureuse et son apostolat centré sur la conversion des cœurs.[20][21] Après un postulat à Amiens, il rejoint le couvent de Nigeon, à Passy, où il prend l'habit le 31 janvier 1641 et effectue son noviciat.[22]
Vingt ans de vie conventuelle : formation, enseignement, épreuve (1641-1659)
Le couvent de la place Royale : philosophie, théologie, bibliothèque (1642-1657)
En 1642, le jeune religieux est envoyé à Vincennes pour recevoir les ordres mineurs, avant de rejoindre en 1643 le couvent des Minimes de la place Royale (l'actuelle place des Vosges), à Paris, qui devient sa base pendant plus de quinze ans.[23] Il y enseigne la philosophie dès 1644, puis, une fois ordonné prêtre en 1645, devient professeur de théologie en 1647.[24][25] Il exerce ensuite les charges de confesseur des religieux (1651) puis de bibliothécaire du couvent (1653), assurant en parallèle la prédication.[26]
Ces années parisiennes forment un Nicolas Barré savant, apprécié comme directeur spirituel, mais encore éloigné du terrain populaire qui marquera la seconde partie de sa vie. Rien, dans cette carrière de professeur et de bibliothécaire, ne laisse deviner le fondateur d'écoles gratuites qu'il deviendra à Rouen.
La grande épreuve intérieure (1657-1659)
Entre 1657 et 1659, Nicolas Barré traverse une dépression profonde, dans un contexte de crise religieuse marquée par les tensions du protestantisme et du jansénisme naissant.[27] Éprouvé dans son corps et dans sa foi, il est envoyé se reposer au couvent d'Amiens, où il exerce l'humble charge de sacristain.[28][29] Cette traversée du désert intérieur, loin d'être un accident sans suite, prépare la conversion pastorale qui s'opère bientôt à Rouen : c'est un homme dépouillé de ses titres et de ses certitudes qui arrive dans la capitale normande en 1659.
Rouen : la rencontre avec les enfants pauvres et la fondation des Écoles charitables (1659-1673)
Prédicateur des faubourgs et directeur du Tiers-Ordre minime
Installé à Rouen à partir de 1659, Nicolas Barré prêche dans les faubourgs populaires et dirige les membres du Tiers-Ordre des Minimes.[30][31] Ce contact quotidien avec les milieux modestes de la ville le confronte à une réalité qui le bouleverse : des enfants livrés à eux-mêmes, sans instruction religieuse ni scolaire, particulièrement vulnérables à la misère et au vice. Il porte et mûrit cette œuvre pendant une quinzaine d'années de prière et de réflexion, de Rouen jusqu'à l'enracinement parisien, convaincu que le manque de formation des jeunes est la racine de bien des maux sociaux.[32]
Françoise Duval et Marguerite Lestocq : les premières Maîtresses (1662)
En 1662, Nicolas Barré ouvre à Sotteville-lès-Rouen ses premières Petites Écoles de charité, destinées à l'instruction gratuite des filles pauvres.[33] Il s'appuie sur deux jeunes femmes : Françoise Duval, dix-huit ans, originaire de Honfleur et fille de marchand, qui coordonne les premières maîtresses, et Marguerite Lestocq, vingt ans, originaire de Picardie et parente du fondateur.[34] Ces écoles se multiplient rapidement dans les paroisses de la région, à la demande des curés et des évêques, et s'accompagnent bientôt d'« écoles de travail » permettant aux familles pauvres de disposer d'un gagne-pain.[35]
En 1666, les maîtresses réunies autour de Barré se structurent en véritable communauté de vie, sans pourtant prononcer de vœux ni observer la clôture monastique : c'est la naissance de ce qui deviendra les Sœurs de l'Enfant-Jésus.[36] Nicolas Barré tient à cette liberté évangélique comme à un principe non négociable — les Maîtresses doivent rester disponibles, mobiles, proches du peuple, à l'opposé du modèle des grandes congrégations cloîtrées de son temps.[37]
Une communauté sans vœux ni clôture, vivant de la Providence
Les maîtresses vivent en communauté sous l'autorité d'une supérieure et d'une « Dame Associée » laïque, chargée du lien avec les bienfaitrices de la ville.[38] Elles signent, à partir de 1669, un engagement annuel renouvelable, marque de la liberté qu'elles conservent vis-à-vis de l'état religieux classique.[39] En 1674, elles sont déjà plus de deux cents, réparties dans des classes multipliées à Rouen et dans les environs ; un séminaire de formation pour les futures maîtresses ouvre la même année, et la communauté est rattachée à l'Hôpital général de Rouen, ce qui préserve sa mobilité tout en lui donnant un cadre institutionnel reconnu.[40]
Cette audace pastorale ne va pas sans résistances : certains laïcs et certains ecclésiastiques — y compris quelques Minimes — critiquent l'initiative, allant, pour certains, jusqu'à calomnier Nicolas Barré.[41] Le fondateur tient bon, convaincu que Dieu lui-même conduit cette œuvre née d'une longue maturation spirituelle plutôt que d'un calcul institutionnel.
Nicolas Barré exigeait de ses Maîtresses un abandon radical à la Providence : vivre du strict nécessaire, sans garantie matérielle assurée, à l'image de la pauvreté évangélique qu'il avait lui-même apprise dans son ordre.[42] Cette exigence, loin d'être une simple discipline de pauvreté, s'enracine dans sa conviction que la liberté évangélique authentique suppose de renoncer à toute sécurité humaine pour se remettre entièrement entre les mains de Dieu.[43]
Retour à Paris et l'expansion de l'œuvre (1673-1686)
Les écoles de Saint-Jean-en-Grève, Saint-Nicolas-du-Chardonnet et Saint-Nicolas-des-Champs
En 1673, Nicolas Barré regagne le couvent de la place Royale à Paris, où il ouvre de nouvelles classes pour les enfants pauvres.[44] Les Maîtresses des Écoles charitables commencent leur enseignement dans la paroisse Saint-Jean-en-Grève dès 1675, puis à Saint-Nicolas-du-Chardonnet en 1676 et à Saint-Nicolas-des-Champs en 1677.[45] En trois ans, l'œuvre rouennaise trouve ainsi un second foyer parisien, appelé à devenir le centre de gravité de toute une branche de l'institut.
Le séminaire de la rue Saint-Maur et Marie Hayer (1678)
En 1678, Barré fonde un séminaire de formation pour les Maîtresses, rue Saint-Maur, à Paris — c'est de cette adresse que la branche parisienne de l'institut tirera son nom, les Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré.[46][47] Marie Hayer, venue de Rouen, en devient la première supérieure à partir de cette date.[48] La maison rédige alors ses Statuts et Règlements des Écoles chrétiennes et charitables, publiés à Paris chez François Le Colme en 1685, texte fondateur qui expose la théologie de la petite enfance chère à Barré et qui sert encore aujourd'hui de repère doctrinal à ses héritières spirituelles.[49]
« Bien que Dieu soit souverainement grand, il prend néanmoins plaisir à s'abaisser vers les petits. C'est pourquoi, en prédestinant son Fils, non seulement il a voulu qu'il fût homme, mais aussi qu'il fût petit enfant [...]. Enfin, il a dit que quiconque recevrait un petit enfant en son nom, il le recevrait [...] ; et voici la première et principale fin de cet Institut. » — Statuts et Règlements des Écoles chrétiennes et charitables, rédigés sous l'inspiration de Nicolas Barré, Paris, François Le Colme, 1685[50]
L'expansion en Picardie et jusqu'à Saint-Cyr
Grâce au soutien de la princesse Marie de Lorraine, l'institut s'étend en Picardie, notamment à Guise et à Liesse-Notre-Dame, tandis que des écoles ouvrent également dans le Midi de la France.[51] Entre 1686 et 1694, un groupe de Maîtresses est même envoyé à Saint-Cyr, la fondation éducative que Madame de Maintenon venait de créer pour les filles de la noblesse désargentée sous la protection de Louis XIV — signe de la réputation pédagogique acquise par l'œuvre de Barré bien au-delà du seul monde populaire.[52]
Le maître spirituel de Nicolas Roland et de saint Jean-Baptiste de La Salle
Le chanoine Nicolas Roland et l'Institut de l'Enfant-Jésus de Reims (1670)
Dès les années 1660, la renommée des Maîtresses charitables de Rouen dépasse les limites de la Normandie. Le chanoine Nicolas Roland, désireux d'implanter à Reims une œuvre semblable, fait appel à Françoise Duval, l'une des premières compagnes de Barré, qui l'aide à fonder en 1670 l'Institut des Sœurs de l'Enfant-Jésus de Reims.[53] Sur un point cependant, Barré et Roland divergent : le chanoine souhaite donner à sa fondation une stabilité institutionnelle plus marquée, avec des vœux, tandis que Nicolas Barré tient à préserver la liberté évangélique qui caractérise son propre modèle, sans vœux ni clôture.[54] Ce désaccord de forme ne remet pas en cause l'estime mutuelle des deux hommes ni la fécondité de leur collaboration.
Le jeune Jean-Baptiste de La Salle et la fondation des Frères des Écoles chrétiennes
C'est par l'intermédiaire de Nicolas Roland, dont il devient l'exécuteur testamentaire à Reims, que le jeune chanoine Jean-Baptiste de La Salle hérite de l'œuvre éducative rémoise.[55] Nicolas Barré, consulté à plusieurs reprises par le futur fondateur des Frères des Écoles chrétiennes, joue alors un rôle déterminant dans la maturation de sa vocation d'éducateur.[56] Il l'encourage notamment à quitter la sécurité de ses bénéfices ecclésiastiques et de son chanoinat pour épouser pleinement le risque évangélique de l'éducation populaire — un conseil radical que La Salle ne suivra que partiellement dans l'immédiat, avant de s'y engager totalement par la suite en abandonnant effectivement son canonicat et sa fortune personnelle.[57]
L'influence de Nicolas Barré sur les débuts lasalliens est si reconnue que les Frères des Écoles chrétiennes eux-mêmes célèbrent sa mémoire liturgique le 21 octobre dans leur calendrier propre, le comptant parmi les figures fondatrices de leur charisme éducatif commun.[58] Barré, Roland et La Salle appartiennent ainsi à une même génération de prêtres du Grand Siècle qui, chacun selon son tempérament, ont voulu répondre au même signe des temps : l'urgence de l'éducation populaire chrétienne dans une France encore massivement illettrée.
| Fondateur | Lieu principal | Fondation | Rapport à Nicolas Barré |
|---|---|---|---|
| Nicolas Barré (1621-1686) | Rouen puis Paris | Petites Écoles de charité, Sœurs de l'Enfant-Jésus (1662) | Fondateur, maître spirituel de Roland et de La Salle |
| Nicolas Roland (1642-1678) | Reims | Institut des Sœurs de l'Enfant-Jésus de Reims (1670) | Aidé par Françoise Duval, disciple de Barré ; désaccord sur les vœux |
| Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719) | Reims puis Paris | Frères des Écoles chrétiennes | Consulte Barré à plusieurs reprises ; hérite de l'œuvre de Roland |
La spiritualité de Nicolas Barré : l'abandon et l'enfance devant Dieu
La contemplation de Jésus fait « petit enfant »
Toute la spiritualité de Nicolas Barré part d'un même émerveillement : celui d'un Dieu qui, par amour, s'est non seulement fait homme, mais « petit enfant ».[59] En chacun de ses dirigés, comme chez les Maîtres et les Maîtresses de charité qu'il forme, il cherche à susciter une prière du cœur née de cette contemplation, invitation permanente à l'humilité et à l'anéantissement en union avec le Christ humilié.[60] Cette intuition, exposée dans les Statuts de 1685, fait de l'accueil du petit enfant pauvre un acte de foi concret :
« Comme ailleurs il a dit que ce que l'on fait à un des plus petits, des plus pauvres et plus méprisables, on le fait à lui-même, il s'ensuit que quiconque reçoit un enfant pauvre et délaissé reçoit doublement Jésus-Christ en sa propre personne. » — Statuts et Règlements des Écoles chrétiennes et charitables, Paris, François Le Colme, 1685[61]
Trois siècles plus tard, saint Jean-Paul II résume dans son homélie de béatification tout l'héritage spirituel du nouveau bienheureux :
« Nicolas Barré a inlassablement cherché à conduire vers la prière du cœur ceux qu'il dirigeait comme les maîtresses charitables, inspiré par la contemplation de l'inexprimable mystère de Dieu qui, par amour, s'est fait homme et même petit enfant. » — Saint Jean-Paul II, homélie de la béatification de Nicolas Barré, basilique Saint-Pierre de Rome, 7 mars 1999[62]
Le Cantique spirituel : union mystique et divinisation de l'âme
Barré laisse un second témoignage spirituel majeur : le Cantique spirituel, long poème mystique de quarante-six strophes, composé durant sa vie religieuse et resté conservé, inédit, dans les archives départementales de Rouen pendant plus de trois siècles.[63] Le texte n'est publié pour la première fois qu'en 1994, dans les Œuvres complètes de Nicolas Barré (éditions du Cerf), avant de connaître une édition séparée aux Éditions Arfuyen en 2004, avec une préface de Brigitte Flourez.[64]
Fait singulier pour la spiritualité française du XVIIᵉ siècle, largement christocentrique, aucune des quarante-six strophes du Cantique ne nomme explicitement le Christ : Barré y tente d'exprimer l'indicible rencontre de l'âme avec Dieu lui-même, dans la conviction que la fin ultime du mystère de l'Incarnation est la divinisation de l'homme.[65] Le poème s'inscrit dans la lignée des mystiques rhénans (Jean Tauler), de la tradition carmélitaine (saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila) et du Pseudo-Denys l'Aréopagite, dont Barré connaissait bien les écrits par sa formation théologique.[66]
« Cette contemplation obscure, / Qui ne se peut dire ou savoir... » — Nicolas Barré, Le Cantique spirituel, Éditions Arfuyen, coll. « Les Carnets spirituels », 2004[67]
Charité, humilité et vertus des Maîtres et des Maîtresses
Les Statuts de 1685 font de la charité le lien de toute perfection religieuse et pédagogique, avant toute autre vertu :
« Et comme la vertu de charité est le lien de toute perfection, préférable à toutes les autres vertus, elle sera aussi le lien des Frères et des Sœurs des Écoles charitables, l'âme de leur obéissance, de leur désintéressement, de leur patience, de leur modestie, de leur constance et de leur persévérance finale dans cet emploi. » — Statuts et Règlements des Écoles chrétiennes et charitables, Paris, François Le Colme, 1685[68]
Les maîtres et maîtresses sont invités à s'exercer sans cesse à la douceur, à la modestie, à l'humilité et à une parfaite obéissance, tout en se formant sérieusement à la lecture et à l'écriture afin d'instruire utilement les enfants confiés.[69] Cette exigence conjointe de sainteté personnelle et de compétence pédagogique distingue nettement le projet de Barré d'une simple œuvre caritative : il s'agit, dès l'origine, d'une véritable école de vie intérieure au service des plus pauvres.
Mort et gloire posthume (1686-1999)
La mort au couvent de la place Royale (31 mai 1686)
Nicolas Barré meurt le 31 mai 1686, au couvent des Minimes de la place Royale à Paris, où il est inhumé à même le sol, selon l'usage d'humilité propre à son ordre.[70] Il laisse derrière lui une œuvre déjà vaste — plusieurs centaines de Maîtresses, des dizaines d'écoles gratuites entre Rouen, Paris et la Picardie — mais encore fragile institutionnellement, puisque dépourvue de statut canonique définitif.
La scission de 1691 et la naissance de deux instituts
En 1691, cinq ans après la mort du fondateur, les Minimes de Paris cessent de diriger la maison de la rue Saint-Maur : l'œuvre commune se scinde alors en deux instituts distincts, qui se réclament l'un et l'autre du même esprit fondateur.[71][72] La branche de Rouen devient les Sœurs de l'Enfant-Jésus – Providence de Rouen, tandis que la branche parisienne prend le nom de Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré.[73][74]
La branche parisienne reçoit l'approbation pontificale le 21 septembre 1866, sous le pape Pie IX, puis l'approbation définitive de ses constitutions par le Saint-Siège en 1872.[75] Elle essaime dès le milieu du XIXᵉ siècle hors d'Europe, avec des missions en Malaisie (1852), à Singapour (1853) puis au Japon (1872).[76] En 2017, elle comptait environ 537 religieuses réparties dans 110 maisons, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique, sa maison générale ayant été transférée à Crawley, en Angleterre, en 1999.[77]
La branche rouennaise, de son côté, comptait déjà environ 200 sœurs et 120 écoles réparties dans plusieurs départements français dès 1790.[78] En 2016, elle rassemblait encore 31 établissements en Normandie, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Île-de-France, ainsi qu'en Angleterre (Sussex, depuis 1903), à Madagascar (depuis 1963) et en République centrafricaine (depuis 1986).[79]
| Institut issu de la scission de 1691 | Approbation pontificale | Implantation internationale | Effectifs (dates indiquées) |
|---|---|---|---|
| Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré (branche parisienne) | 1866 (Pie IX), constitutions définitives en 1872 | Malaisie (1852), Singapour (1853), Japon (1872) ; 15 pays en 2017 | ≈ 537 religieuses, 110 maisons (2017) |
| Sœurs de l'Enfant-Jésus – Providence de Rouen (branche rouennaise) | — | Angleterre (1903), Madagascar (1963), République centrafricaine (1986) | ≈ 200 sœurs, 120 écoles (1790) ; 31 établissements (2016) |
La longue cause de béatification (1919-1999)
La cause de béatification de Nicolas Barré s'ouvre en 1919.[80] La Positio, imposant volume de 617 pages rassemblant les preuves de sa sainteté, est publiée en 1970, et sa validité canonique est reconnue l'année suivante, en 1971.[81] La cause est officiellement introduite le 5 avril 1976 par un décret du pape Paul VI.[82] En 1983, l'héroïcité de ses vertus est reconnue : Nicolas Barré devient vénérable.[83]
Une guérison inexpliquée, obtenue par son intercession en décembre 1989, est officiellement reconnue comme miraculeuse par la Congrégation pour les causes des saints en 1997, ouvrant ainsi la voie à la béatification.[84]
- 21 octobre 1621Naissance à Amiens
Nicolas Barré naît dans une famille de marchands picards, aîné de cinq enfants.
- 1640Entrée chez les Minimes
À dix-neuf ans, il rejoint l'ordre des Minimes de Saint-François-de-Paule.
- 1645Ordination sacerdotale
Ordonné prêtre, il devient bientôt professeur de théologie au couvent de la place Royale à Paris.
- 1662Fondation des Petites Écoles de charité
À Sotteville-lès-Rouen, avec Françoise Duval et Marguerite Lestocq, il ouvre les premières écoles gratuites pour filles pauvres.
- 1670Fondation de l'Institut de Reims
Le chanoine Nicolas Roland, aidé par Françoise Duval, fonde à Reims l'Institut des Sœurs de l'Enfant-Jésus.
- 1678Séminaire de la rue Saint-Maur
Barré fonde à Paris un séminaire de formation des Maîtresses, berceau de la future branche parisienne.
- 31 mai 1686Mort à Paris
Il meurt au couvent de la place Royale et y est inhumé à même le sol.
- 1691Scission en deux instituts
L'œuvre se divise entre la branche de Rouen et la branche parisienne (rue Saint-Maur).
- 1919-1999Cause de béatification
Ouverte en 1919, la cause aboutit le 7 mars 1999 par la béatification à Rome.
La béatification par Jean-Paul II (7 mars 1999)
Le 7 mars 1999, en la basilique Saint-Pierre de Rome, saint Jean-Paul II proclame Nicolas Barré bienheureux, en présence de plusieurs milliers d'enfants venus des écoles de son héritage spirituel.[85] Dans son homélie, le pape salue en lui un « apôtre et disciple du Christ », dont l'action a « contribué de manière significative et unique à manifester le mystère et la mission de l'Église ».[86]
« Apôtre et disciple du Christ [...], il a contribué de manière significative et unique à manifester le mystère et la mission de l'Église. » — Saint Jean-Paul II, homélie de la béatification de Nicolas Barré, basilique Saint-Pierre de Rome, 7 mars 1999[87]
La liturgie propre approuvée pour sa mémoire — fixée au 21 octobre, jour anniversaire de sa naissance — reprend explicitement l'esprit de toute sa vie dans sa collecte d'ouverture :
« Ô Dieu, qui as accordé au bienheureux prêtre Nicolas d'éduquer les pauvres et les enfants à la connaissance du Christ, fais que nous puissions suivre son exemple, en obéissant à l'inspiration de l'Esprit Saint pour être toujours à l'écoute des besoins des pauvres. » — Collecte de la messe votive du bienheureux Nicolas Barré, Commun des saints éducateurs[88]
L'héritage de Nicolas Barré aujourd'hui
Plus de trois siècles après sa mort, l'intuition de Nicolas Barré demeure vivante à travers les deux instituts qui perpétuent son nom et son charisme, présents aujourd'hui sur plusieurs continents, de la Normandie à Madagascar et du Japon à la République centrafricaine.[89][90] Son influence directe sur la vocation éducative de Jean-Baptiste de La Salle en fait par ailleurs l'un des maillons discrets mais essentiels de toute une tradition pédagogique catholique qui façonnera durablement l'école populaire française.[91]
Trois traits demeurent particulièrement actuels dans son héritage :
- L'éducation populaire comme œuvre spirituelle. Pour Barré, instruire un enfant pauvre n'est jamais un geste seulement social : c'est accueillir le Christ lui-même « doublement » présent dans le petit et le délaissé.
- La liberté évangélique contre la sécurité institutionnelle. En refusant d'imposer des vœux et une clôture à ses Maîtresses, Barré a préféré la disponibilité apostolique à la stabilité canonique, quitte à s'opposer sur ce point à des disciples comme Nicolas Roland.
- L'abandon confiant à la Providence. Toute sa doctrine spirituelle, condensée dans le Cantique spirituel, invite à une remise radicale de soi entre les mains d'un Dieu qui s'est fait petit enfant pour se faire proche des plus pauvres.
Pour aller plus loin
- Saint Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719) — le fondateur des Frères des Écoles chrétiennes, conseillé et encouragé par Nicolas Barré au début de sa vocation éducative.
- Bienheureux Antoine Chevrier (1826-1879) — autre grande figure de l'éducation populaire catholique et de la formation de « prêtres pauvres pour les pauvres ».
- Bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) — fondateur des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, autre visage de la charité catholique du même esprit apostolique.
Notes et références
Wikipédia (fr), « Nicolas Barré (prêtre) » : fr.wikipedia.org/wiki/Nicolas_Barré_(prêtre). Naissance à Amiens le 21 octobre 1621, mort à Paris le 31 mai 1686 ; études chez les Jésuites ; entrée chez les Minimes en 1640, vœux en 1641, ordination en 1645 ; professeur de théologie et bibliothécaire à Paris (1645-1655) ; séjour à Rouen (1659-1675) où il fonde les Sœurs de l'Enfant-Jésus et les Sœurs de l'Enfant-Jésus – Providence de Rouen ; conseiller de Jean-Baptiste de La Salle ; procès en béatification ouvert en 1919, Positio publiée en 1970, cause introduite le 5 avril 1976 par Paul VI, déclaré vénérable le 21 mars 1983 par Jean-Paul II, guérison de décembre 1989 reconnue miraculeuse en 1997, béatifié à Rome le 7 mars 1999 par Jean-Paul II, fête le 21 octobre.
1 17 18 25Institut des Frères des Écoles chrétiennes (lasalle.org), feuillet liturgique « 21 octobre — Bienheureux Nicolas Barré, prêtre religieux minime (1621-1686) » : lasalle.org. Naissance à Amiens le 21 octobre 1621, mort à Paris le 31 mai 1686 ; collège des Jésuites ; entrée chez les Minimes à 19 ans ; professeur de philosophie puis de théologie, bibliothécaire à la place Royale ; envoi à Amiens puis à Rouen ; quinze années de maturation du projet des Petites Écoles de charité ; appel des Maîtresses charitables par le chanoine Roland à Reims puis à Lisieux ; Nicolas Barré consulté à plusieurs reprises par le jeune Jean-Baptiste de La Salle, rôle déterminant dans la fondation des Frères des Écoles chrétiennes ; spiritualité de la prière du cœur née de la contemplation d'un Dieu fait homme et « même petit enfant » ; Cantique spirituel, poème mystique d'abandon à Dieu ; texte complet des Statuts et Règlements des Écoles chrétiennes et charitables (Paris, François Le Colme, 1685) cité intégralement en deuxième lecture de l'office ; collecte liturgique de la messe votive.
2 5 20 28 30 32 35 49 50 55 56 58 59 60 61 68 69 88 91Archives des Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré, exposition en ligne, partie II « Parcours religieux (1640-1662) » : archives-ejnb.org/exhibits/show/nicolas-barre/nicolas-barre-2. Postulat à Amiens, prise d'habit le 31 janvier 1641 au couvent de Nigeon (Passy) ; ordres mineurs à Vincennes en 1642 ; couvent de la place Royale à Paris à partir de 1643, enseignement de la philosophie dès 1644 ; ordination sacerdotale en 1645, professeur de théologie en 1647, confesseur des religieux en 1651, bibliothécaire du couvent en 1653 ; dépression de 1657-1659 dans le contexte de la crise religieuse du protestantisme et du jansénisme ; retour à Amiens comme sacristain ; installation à Rouen en 1659, prédication dans les faubourgs.
3 22 23 24 26 27 29 31Archives des Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré, exposition en ligne, partie III « Fondation des Écoles Charitables (1662-1675) » : archives-ejnb.org/exhibits/show/nicolas-barre/nicolas-barre-3. Premières classes ouvertes à Sotteville-lès-Rouen en 1662 ; collaboration avec Françoise Duval (18 ans, Honfleur, fille de marchand) et Marguerite Lestocq (20 ans, Picardie, parente de Barré) ; vie en communauté sous une supérieure et une « Dame Associée » laïque ; engagement annuel renouvelé à partir de 1669 ; plus de 200 maîtresses en 1674 ; rattachement à l'Hôpital général de Rouen en 1674 préservant la mobilité des maîtresses ; ouverture d'un séminaire de formation la même année ; oppositions et calomnies de certains laïcs et ecclésiastiques, dont des Minimes.
4 33 34 38 39 40 41Archives des Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré, exposition en ligne, partie IV « Expansion de l'œuvre du Père Barré (1675-1686) » : archives-ejnb.org/exhibits/show/nicolas-barre/nicolas-barre-4. Retour au couvent de la place Royale à Paris en 1673 ; enseignement à Saint-Jean-en-Grève (1675), Saint-Nicolas-du-Chardonnet (1676), Saint-Nicolas-des-Champs (1677) ; fondation du séminaire de la rue Saint-Maur en 1678, Marie Hayer première supérieure de la communauté parisienne ; expansion en Picardie (Guise, Liesse-Notre-Dame) grâce à la princesse Marie de Lorraine ; écoles dans le Midi ; envoi de maîtresses à Saint-Cyr entre 1686 et 1694 ; soutien de Barré à Charles Démia, à Nicolas Roland et à Jean-Baptiste de La Salle ; Françoise Duval aide Roland à fonder l'Institut des Sœurs de l'Enfant-Jésus de Reims en 1670 ; mort le 31 mai 1686 au couvent de la place Royale, inhumation à même le sol ; scission de l'œuvre en deux instituts en 1691.
6 8 44 45 46 48 51 52 53 70Éditions Arfuyen, présentation de l'ouvrage « Le Cantique spirituel » de Nicolas Barré, préface de Brigitte Flourez, coll. « Les Carnets spirituels », 2004, ISBN 978-2-845-90052-3 : editionsarfuyen.com/2018/12/14/le-cantique-spirituel. Poème mystique de 46 strophes, longtemps inédit, conservé aux archives départementales de Rouen, publié pour la première fois dans les Œuvres complètes de Nicolas Barré (Cerf, 1994) avant cette édition séparée ; absence de toute référence explicite au Christ malgré le contexte christocentrique de la spiritualité française du XVIIe siècle ; thème de la divinisation de l'homme comme fin du mystère de l'Incarnation ; influence des mystiques rhénans (Jean Tauler), du Carmel (Jean de la Croix, Thérèse d'Avila) et du Pseudo-Denys l'Aréopagite ; citation : « Cette contemplation obscure, qui ne se peut dire ou savoir... ».
7 63 64 65 66 67Wikipédia (fr), « Sœurs de l'Enfant-Jésus - Nicolas Barré » : fr.wikipedia.org/wiki/Sœurs_de_l'Enfant_Jésus_-_Nicolas_Barré. Fondation en 1666 à Rouen par Nicolas Barré, qui donne aux jeunes femmes réunies la règle du Tiers-Ordre des Minimes ; ouverture d'un séminaire de formation rue Saint-Maur à Paris en 1674, donnant son nom à la congrégation ; Marie Hayer première supérieure générale à partir de 1678 ; approbation pontificale par le pape Pie IX le 21 septembre 1866, approbation définitive des constitutions par le Saint-Siège en 1872 ; expansion en Languedoc et en Aquitaine, puis missions en Malaisie (1852), à Singapour (1853) et au Japon (1872) ; présente dans plus de quinze pays en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et en Afrique ; environ 537 religieuses réparties en 110 maisons en 2017 ; maison générale transférée à Crawley (Angleterre) en 1999, après un passage par Rome de 1973 à 1999.
9 47 71 74 75 76 77 89Infant Jesus Sisters (congrégation des Sœurs de l'Enfant-Jésus), page « 1999 : Beatification » : infantjesussisters.org/beatification. Béatification célébrée à la basilique Saint-Pierre de Rome par le pape Jean-Paul II, en présence de sœurs de l'Enfant-Jésus et d'amis de l'institut venus du monde entier ainsi que de plusieurs milliers d'enfants issus des écoles de l'héritage de Barré ; le pape qualifie Nicolas Barré d'« apôtre et disciple du Christ » ayant « contribué de manière significative et unique à manifester le mystère et la mission de l'Église ». Originaux anglais de l'homélie reproduits sur cette page : « Nicolas Barré, apostle and disciple of Christ, following in the footsteps of the humble Saint of Charity, Francis of Paula, contributed in a very significant and unique way to manifesting the mystery and mission of the Church » ; « Nicolas Barré tirelessly sought to lead both the people he directed and the charitable teachers to the prayer of the heart, inspired by contemplation of the inexpressible mystery of God who out of love became a human being and even a little child ».
10 62 85 86 87Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré, page « Béatification, savoir + » : nicolasbarre.wixsite.com/bienheureux/blank-2. Ouverture de la cause de béatification en 1919 ; Positio de 617 pages publiée en 1970, validité reconnue en 1971 ; cause officiellement introduite le 5 avril 1976 par un décret du pape Paul VI ; reconnaissance de l'héroïcité des vertus en 1983 (déclaration de vénérabilité) ; guérison inexpliquée obtenue par intercession en décembre 1989 ; reconnaissance officielle du miracle en 1997 ; béatification célébrée à Rome le 7 mars 1999.
11 80 81 82 83 84Nominis (Conférence des évêques de France), « Bienheureux Nicolas Barré » : nominis.cef.fr/contenus/saint/10923/Bienheureux-Nicolas-Barre.html. Prêtre de l'ordre des Minimes, maître en théologie, directeur spirituel réputé à Paris ; fondateur des Petites Écoles de la charité, des Sœurs de l'Enfant-Jésus de Saint-Maur et des Sœurs de la Providence de Rouen ; mort le 31 mai 1686 à Paris ; béatifié le 7 mars 1999 à Rome ; fête le 21 octobre.
12Archives des Sœurs de l'Enfant-Jésus – Nicolas Barré, exposition en ligne « Le Père Nicolas Barré (1621-1686), parcours du fondateur », partie I « Jeunesse (1621-1640) » : archives-ejnb.org/exhibits/show/nicolas-barre/nicolas-barre-1. Naissance à Amiens le 21 octobre 1621 dans une famille de marchands-merciers, premier enfant de Louis Barré et Antoinette Pellé, seul garçon avec quatre sœurs ; baptême le 17 décembre 1621 à l'église Saint-Germain ; entrée au collège jésuite Saint-Nicolas d'Amiens en 1631, cursus classique jésuite (grammaire, rhétorique, philosophie, théologie) ; contexte des révoltes contre l'absolutisme de Richelieu, de la guerre de Trente Ans et de la crue de la Somme de 1635 ; entrée chez les Minimes en 1640.
13 14 15 16 19 21Wikipedia (en), « Nicholas Barré » : en.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Barré. Born 21 October 1621 in Amiens, died 31 May 1686 in Paris ; Minim friar, professed 1642, ordained 1645 ; opened free schools for girls near Rouen in 1662 (St-Jean-Grève, Saint-Nicolas-des-Champs) ; in 1666 the ladies managing the schools formed a religious community, the beginning of the Sisters of the Infant Jesus ; returned to Paris in 1675, establishing schools of the Holy Infant Jesus ; consulted by John Baptist de la Salle ; approval of his spiritual writings on 5 May 1936 ; beatified 7 March 1999 by John Paul II at St. Peter's Basilica, with 7,000 children from his schools present.
36Revue Christus, « Nicolas Barré, minime » : revue-christus.com/article/nicolas-barre-minime/1203. Spiritualité de la contemplation du Christ humilié et de la prière du cœur ; enseignement selon lequel bonne prière et bonne mortification progressent toujours ensemble vers l'anéantissement de soi et l'ouverture du cœur aux autres ; exigence d'un abandon radical à la Providence pour les Maîtresses charitables, vivant du strict nécessaire ; désaccord entre Barré et le chanoine Nicolas Roland sur l'introduction de vœux et d'une plus grande stabilité institutionnelle à Reims, Barré défendant la liberté évangélique itinérante contre le modèle monastique classique ; rôle de Barré encourageant Jean-Baptiste de La Salle à renoncer à ses bénéfices ecclésiastiques pour embrasser le risque évangélique de l'éducation populaire.
37 42 43 54 57Wikipédia (fr), « Sœurs de l'Enfant-Jésus – Providence de Rouen » : fr.wikipedia.org/wiki/Sœurs_de_l'Enfant_Jésus_–_Providence_de_Rouen. Fondation en 1662 à Sotteville-lès-Rouen par le bienheureux Nicolas Barré ; scission de 1691 entre la branche de Rouen (Providence de Rouen) et la branche parisienne (Nicolas Barré), les Minimes de Paris ayant cessé de diriger la maison de la rue Saint-Maur ; environ 200 sœurs et 120 écoles réparties dans plusieurs départements français en 1790 ; en 2016, 31 établissements en Normandie, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Île-de-France, ainsi qu'en Angleterre (Sussex, depuis 1903), à Madagascar (depuis 1963) et en République centrafricaine (depuis 1986) ; spiritualité de l'École française avec la devise de développer chaque personne selon son génie propre.
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