Les erreurs fréquentes concernant la prudence

La prudence est la première des vertus cardinales, et le mot le plus dévoyé : frilosité, calcul, application mécanique de règles. Les contresens les plus courants, et ce que l'Église enseigne vraiment : la droite règle de l'action.

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La prudence est, dans la tradition catholique, la première des quatre vertus cardinales[2] — avec la justice, la force et la tempérance — au point qu'on l'appelle auriga virtutum, le cocher des vertus, parce que c'est elle qui conduit toutes les autres en leur indiquant « règle et mesure »[3]. Et c'est sans doute, des quatre, celle dont le nom est aujourd'hui le plus trahi. Dans le langage courant, « prudent » évoque un caractère frileux, un homme qui ne se mouille pas, qui temporise, qui calcule, qui évite le risque ; « être prudent », c'est se taire, attendre, ne pas s'engager. On y entend une timidité, une frilosité, parfois même une petite ruse prévoyante — l'exact contraire de l'audace et de la générosité qu'attend l'Évangile.

Or cette intuition rate la cible. Loin d'être une frilosité, la prudence est, selon le Catéchisme, « la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir »[4]. Elle ne paralyse pas l'action : elle la rend juste. Le Catéchisme prend d'ailleurs soin de la défendre contre deux caricatures opposées : « Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation »[5]. À gauche, le timoré qui n'ose rien ; à droite, le malin qui calcule tout. La vraie prudence n'est ni l'un ni l'autre : elle est clairvoyance, décision et conduite droite de toute la vie morale.

Pourquoi la prudence est-elle si mal comprise ?

Un mot qui ne dit plus que la frilosité

Peu de mots ont autant pâli. Dans la langue ancienne, prudentia résonne avec providentia — porro videns, voir au loin[6]. Le prudent, en ce sens premier, est celui qui voit loin : il embrasse d'un regard le but, les chemins, les obstacles et les conséquences, puis choisit et agit en conséquence. La prudence est l'œil de l'âme tourné vers l'action, la lucidité du capitaine qui tient la barre dans la tempête — non pas l'art de rester à quai. C'est pourquoi la tradition en fait la première des vertus cardinales et le « cocher » qui guide toutes les autres : sans elle, le courage devient témérité, la justice devient rigidité, la générosité devient imprudence.

La culture contemporaine n'entend plus rien de cela. Elle a réduit « prudent » à « frileux », et « frileux » à « qui passe à côté de la vie ». L'erreur séduit parce qu'elle s'appuie sur une part de vrai — la prudence comporte bien de la circonspection et de la précaution — qu'elle déforme aussitôt en n'y voyant que la retenue. Mais voir loin n'est pas reculer : la sentinelle qui scrute l'horizon n'est pas un lâche, elle est la condition de l'audace utile. De même, la prudence ne freine pas l'action bonne, elle lui donne sa direction et sa force.

Une vertu prise en tenaille entre deux caricatures

La seconde source de malentendu est plus subtile : on confond la prudence avec l'une de ses contrefaçons. Et il y en a deux, opposées l'une à l'autre. Le Catéchisme les nomme expressément dans la même phrase :

« La prudence est la "droite règle de l'action", écrit saint Thomas après Aristote. Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est dite auriga virtutum : elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1806[7]

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D'un côté, la timidité : le timoré, le pusillanime, celui qui prend sa peur pour de la sagesse et son inaction pour de la mesure. De l'autre, la duplicité : le malin, le calculateur, celui qui met une vraie intelligence des moyens au service de fins basses ou tordues — ce que saint Thomas appelle l'astuce (astutia) et la « prudence de la chair »[8]. Or aucun des deux n'est prudent. Le timoré reste en deçà de la vertu ; le rusé la singe par dévoiement. La prudence véritable est le sommet entre ces deux vallées — et la plupart des erreurs qui suivent naissent de ce qu'on prend l'une des deux pentes pour le sommet lui-même.

Les erreurs sur la nature de la prudence

« La prudence, c'est la peur de se mouiller et de prendre des risques »

C'est l'erreur-mère, dont toutes les autres dérivent. On imagine le prudent comme un homme qui temporise : il attend, il hésite, il évite l'exposition, il préfère ne rien faire plutôt que de se tromper. La vertu se range alors du côté de la frilosité, et la vie audacieuse du côté de l'imprudence. L'erreur séduit parce qu'elle flatte une logique simple : qui ne risque rien ne perd rien.

Mais elle confond la prudence avec la timidité, cette contrefaçon que le Catéchisme écarte : prendre sa peur pour de la sagesse et son inaction pour de la mesure (proche de ce que saint Thomas nomme pusillanimité, vice opposé à la magnanimité, II-II, q. 133, a. 2). Le Catéchisme l'écarte d'un mot : la prudence « ne se confond ni avec la timidité ou la peur »[9]. La vraie prudence ne demande pas « comment ne rien risquer ? » mais « quel est ici le véritable bien, et par quels justes moyens l'atteindre ? »[10] — et la réponse exige parfois une audace considérable. Le Christ lui-même envoie ses disciples au péril, en leur commandant une prudence armée, non frileuse :

« Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et candides comme les colombes. » — Évangile selon saint Matthieu 10, 16[11]

La prudence du serpent n'est pas la fuite : c'est la vigilance avisée au cœur du danger. Pis encore, Jésus reproche aux « fils de la lumière » de manquer de l'habileté que les « fils de ce monde » déploient pour leurs affaires[12] : la tiédeur prévoyante n'est pas une vertu, c'est un défaut. Le faux prudent qui n'ose rien étouffe souvent les œuvres les plus saintes sous couvert de sagesse — travers que Jésus déplore auprès de la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, mystique italienne (1865-1947) :

« Combien d'œuvres divines ont connu l'échec auprès des créatures à cause de la prudence humaine ! Comme des paresseux, ils ont fini par se retirer des œuvres les plus saintes. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 24, 23 août 1928[13]

« La prudence, c'est le calcul habile de son intérêt »

À l'autre extrême, la caricature inverse : on prend pour prudence l'art de se débrouiller, de manœuvrer, de tirer son épingle du jeu. Le « prudent » serait alors le malin qui anticipe, ruse et place ses billes — celui qui, en toutes circonstances, sait « ce qui est bon pour lui ». L'erreur séduit parce que l'intelligence des moyens est réellement présente dans la prudence : le rusé paraît prudent.

Mais le Catéchisme tranche : la prudence « ne se confond ni avec la duplicité ou la dissimulation »[14]. Saint Thomas est ici d'une précision décisive : l'intelligence des moyens ordonnée à une mauvaise fin n'est pas la vertu de prudence, c'est l'astuce (astutia) — un vice qui « imite » la prudence sans en être[15]. Saint Paul lui donne son nom propre :

« Et la chair tend vers la mort, mais l'Esprit tend vers la vie et la paix. Car la tendance de la chair est ennemie de Dieu, elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle n'en est même pas capable. » — Lettre aux Romains 8, 6-7 (AELF)[16]

La Vulgate porte ici « prudentia carnis mors est » — la prudence de la chair est mort : texte de base de la doctrine thomiste sur la fausse prudence[17]. La vraie prudence est inséparable de la rectitude de la fin : elle ne cherche pas *« mon » bien apparent et immédiat, mais le véritable bien, qui inclut la justice, la charité et la fin dernière. C'est pourquoi saint Thomas affirme qu'il n'y a pas de prudence parfaite sans les vertus morales qui rectifient le désir — c'est la doctrine de la connexion des vertus[18]. Le calculateur sans scrupule n'est donc pas un prudent dévoyé : il n'a jamais eu la vertu.

« La prudence, c'est appliquer des règles toutes faites »

Variante plus respectable : on accorde que la prudence vise le bien, mais on la réduit alors à l'application de la morale — connaître les règles et les suivre. Le prudent serait celui qui sait le code et l'exécute. On imagine une vertu de juriste, presque automatique.

C'est ignorer ce qui fait le propre de la prudence. Saint Thomas, après Aristote, la définit comme la « recta ratio agibilium », la droite règle des choses à faire[19]. Or l'agir concret est toujours singulier : telle décision, ici, maintenant, dans ces circonstances précises qui ne se reproduiront jamais à l'identique. Les principes universels (« il faut être juste », « il ne faut pas mentir ») ne disent pas, à eux seuls, ce qu'il faut faire dans ce cas-ci. La prudence est exactement la vertu qui fait le pont : « grâce à cette vertu, nous appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers »[20]. Elle déploie pour cela trois actes successifs de la raison pratique :

« Le principal acte de la prudence est de commander » (praecipere). — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 8[21]

Cet acte est précédé de la délibération (prendre conseil, consiliari) et du jugement (judicare), et s'achève dans la décision qui passe à l'acte.

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Appliquer une règle est donc un moment du travail prudentiel, jamais le tout. Le simple exécutant de règles, incapable de juger un cas inédit ou de discerner quand une règle générale ne s'applique pas telle quelle, n'est pas encore prudent : il lui manque le jugement du singulier, qui est le cœur de la vertu.

« La prudence n'est qu'une intelligence pratique, une affaire de tête »

Erreur jumelle de la précédente : on fait de la prudence une pure habileté intellectuelle, un don de raisonnement déconnecté du cœur. Le prudent serait l'homme intelligent, calculateur de conséquences — et l'on pourrait dès lors être prudent tout en étant mauvais, comme on peut être bon joueur d'échecs sans être bon.

Saint Thomas d'Aquin, dont la Somme théologique fixe la doctrine classique de la prudence et de ses contrefaçons — Carlo Crivelli, 1476, National Gallery, domaine public via Wikimedia Commons.

C'est oublier que la prudence siège bien dans la raison, mais qu'elle présuppose la rectitude de la volonté. Saint Thomas le souligne : la prudence est une vertu intellectuelle par son siège, mais elle a « quelque chose en commun avec les vertus morales », dont elle ne se sépare jamais[22]. La raison juge droitement de l'agir à condition que l'appétit soit déjà ordonné au bien ; sinon, l'intelligence se met au service de la passion et devient astuce. Saint Augustin va jusqu'à enraciner la prudence dans l'amour :

« La prudence est l'amour qui discerne avec sagacité ce qui l'aide de ce qui l'entrave. » — Saint Augustin, Les mœurs de l'Église catholique, I, 15, 25[23]

La prudence n'est donc pas l'intelligence froide d'un cerveau bien fait : c'est l'intelligence d'un cœur qui aime déjà le bien et cherche lucidement à le servir. L'homme intelligent mais déréglé n'est pas un prudent qui se trompe de cible : il n'a pas la vertu, qui est indissociablement vertu de l'esprit et du désir droit.

Les erreurs sur l'étendue de la prudence

« La prudence ne concerne que les grandes décisions »

On imagine volontiers la prudence réservée aux grands carrefours de l'existence : le choix d'un état de vie, un investissement lourd, une décision qui engage des années. Pour le reste — la conduite ordinaire des journées — on croit pouvoir se passer d'elle. L'erreur séduit parce qu'elle réserve l'effort de discernement aux moments rares, et laisse le quotidien à l'habitude ou à l'humeur.

Mais la prudence gouverne tout l'agir délibéré, car elle est le cocher de toutes les vertus : chaque acte de justice, de courage, de charité doit recevoir d'elle sa « règle et mesure »[24]. L'Écriture la situe précisément dans la marche de chaque jour :

« Le naïf croit tout ce qu'on lui dit, l'homme avisé regarde où il met les pieds. » — Livre des Proverbes 14, 15 (AELF)[25]

Regarder où l'on met les pieds : non pas seulement avant les grands sauts, mais avant le pas suivant, et celui d'après. Saint Pierre étend même l'exigence jusqu'à la prière : « Soyez sages et sobres en vue de la prière »[26]. Une vertu qui réglerait seulement les grandes décisions et abandonnerait le reste au hasard ne serait pas la prudence, qui est l'art de bien conduire toute la vie, pas à pas.

« L'homme prudent décide seul, sans rendre de comptes »

Autre méprise d'étendue : on associe la prudence à l'autonomie du sage qui n'a besoin de personne. Le prudent serait celui qui décide seul, sûr de son jugement, sans consulter. Demander conseil passerait même pour une faiblesse, un aveu d'incompétence.

C'est l'inverse exact de la doctrine. Saint Thomas range la docilité (docilitas) parmi les parties intégrantes de la prudence (ses éléments constitutifs) : le prudent est celui qui « se laisse instruire », surtout par les plus expérimentés, parce que « les choses de l'action sont d'une variété infinie, et nul homme ne peut, par lui-même, toutes les considérer suffisamment »[27]. L'Écriture sapientielle en fait une marque de sagesse :

« Sans l'art de gouverner, un peuple tombe : un conseil élargi le sauvera. » — Livre des Proverbes 11, 14 (AELF)[28]

Le présomptueux qui ne consulte jamais n'est donc pas le modèle du prudent, mais son contraire : il s'expose à la précipitation et à l'erreur. Saint François de Sales en tire une règle de vie spirituelle : ne pas s'appuyer sur sa propre prudence, mais sur celle des guides que Dieu nous a donnés[29]. La vraie prudence est humble : elle sait ce qu'elle ignore, et cherche la lumière là où elle se trouve.

« On naît prudent ou audacieux : c'est une affaire de tempérament »

On entend enfin que la prudence serait une question de caractère : certains naissent réfléchis, d'autres impulsifs, et l'on ne pourrait pas grand-chose à son tempérament. L'impulsif se résigne (« je suis comme ça »), le timoré se félicite (« moi, je suis prudent ») — et la vertu se dissout en disposition naturelle.

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Mais la prudence est une vertu, c'est-à-dire une disposition stable (un habitus) acquise par l'exercice, et non un tempérament reçu à la naissance. Saint Thomas montre qu'elle se construit notamment par la mémoire et l'expérience : « la prudence porte sur les choses contingentes de l'action… il y faut l'expérience du passé, et l'expérience naît de plusieurs souvenirs »[30]. Le tempérament n'est que la matière première : l'impulsif doit apprendre à délibérer avant d'agir, le timoré à oser le bien possible. Plus encore, au-delà de la prudence acquise, il existe une prudence infuse, donnée avec la grâce et perfectionnée par le don de Conseil[31]. La vertu est donc offerte à tous, quel que soit le tempérament de départ — c'est précisément l'objet du guide Comment grandir dans la prudence.

Les erreurs sur l'exigence de la prudence

« Plus on hésite et plus on attend, plus on est prudent »

Une fois admis que la prudence n'est pas la frilosité, une erreur plus fine subsiste : croire que, dans le doute, le plus prudent est toujours d'attendre encore, de délibérer davantage, de reporter. La prudence deviendrait une délibération sans fin, et l'irrésolution une sagesse. L'erreur séduit parce qu'elle se donne des airs de sérieux : qui agit lentement semble agir sûrement.

Mais l'éternel hésitant manque la prudence aussi sûrement que le précipité, car la prudence s'achève dans l'action. Son acte principal n'est ni de délibérer ni de juger, mais de commander — de décider et de passer à l'acte[32]. Saint Thomas range d'ailleurs parmi les espèces de l'imprudence non seulement la précipitation (agir sans délibérer), mais aussi l'inconstance (abandonner la bonne résolution déjà prise) et la négligence[33]. L'Écriture avertit dans les deux sens : « Sans la réflexion, le zèle ne vaut rien ; qui se précipite manque son but »[34], mais retarder indéfiniment l'exécution n'est pas plus vertueux. Le juste milieu n'est pas la lenteur : c'est la promptitude éclairée — délibérer le temps qu'il faut, puis trancher et tenir. Celui qui ne décide jamais ne pratique pas une prudence supérieure : il risque de prendre sa peur pour de la sagesse — le remède est de prendre conseil, puis de trancher et de tenir dans la confiance.

« La prudence s'oppose à l'audace de la foi et à l'abandon à Dieu »

Voici l'erreur la plus dangereuse en matière spirituelle : opposer la prudence à la confiance, comme si être prudent revenait à se garder une marge, à ne pas trop s'avancer avec Dieu, à tempérer l'élan de la foi par un calcul de précaution. Sous ce nom, la « prudence » devient le respect humain : on n'ose pas annoncer, donner, pardonner, entreprendre une œuvre sainte, « par prudence ».

C'est exactement ce que Jésus dénonce à Luisa Piccarreta sous le nom de « prudence humaine » : ce faux discernement qui, sous couvert de sagesse, étouffe les œuvres divines[35]. La vraie prudence ne s'oppose pas à la confiance : elle la sert, parce qu'elle juge à la lumière de la fin dernière et de la promesse de Dieu, non à la seule mesure des forces humaines. La prudence chrétienne est même décrite, dans une révélation privée reçue par Luisa Piccarreta, comme une lucidité tout entière tournée vers la confiance :

« L'âme doit être prudente afin de ne pas fournir la corde avec laquelle elle peut être attachée, cette corde étant le manque de confiance. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 5 février 1900[36]

La prudence surnaturelle est perfectionnée par le don de Conseil, par lequel l'âme se laisse mouvoir et diriger par le Saint-Esprit comme par une raison supérieure à la sienne[37]. Loin de brider l'audace de la foi, elle la rend juste : elle ose ce que Dieu demande, au moment où il le demande. Ce lien entre prudence et confiance est au cœur de la vie dans la Divine Volonté — cette vie dans la Volonté de Dieu, au-delà de simplement faire sa volonté.

« On peut être pleinement prudent sans la grâce »

Dernière erreur, plus discrète : croire qu'il suffit d'intelligence, d'expérience et de bon sens pour posséder pleinement la prudence — qu'elle est une affaire purement naturelle, à la portée de tout homme avisé, croyant ou non.

Il existe bien une prudence naturelle, réelle et précieuse : l'homme de bon jugement, même sans la foi, sait souvent délibérer et décider sagement. Mais cette prudence reste fragile et inachevée. Elle ne sait pas ordonner l'agir à la fin dernière surnaturelle, qui est la vraie destinée de l'homme ; elle ignore le poids de la grâce, de la Providence et de la promesse divine dans le calcul du « véritable bien ». C'est pourquoi saint Thomas distingue la prudence acquise et la prudence infuse, donnée avec la charité, qui seule juge l'agir à la lumière de la fin dernière surnaturelle — sans la charité, la prudence demeure imparfaite[38]. Elle atteint sa plénitude lorsque le don de Conseil l'aide et la perfectionne en la rendant docile à l'Esprit[39] — l'un des sept dons qui « complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent »[40]. Le sage de ce monde possède donc une part réelle de la vertu, mais non sa perfection : celle-ci est un fruit de la grâce.

Prudence, fausse prudence, astuce : ne pas confondre

Beaucoup d'erreurs viennent simplement d'un vocabulaire flou, où l'on confond la vertu avec ses contrefaçons ou ses excès. Quelques distinctions classiques suffisent à dissiper la brume. La prudence est la vertu cardinale qui dispose à discerner le vrai bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir. La fausse prudence, ou « prudence de la chair » (Rm 8, 6), ordonne une vraie intelligence des moyens à une fin qui n'est bonne qu'en apparence[41]. L'astuce (astutia) est un autre vice : recourir, pour atteindre son but — bon ou mauvais —, à des voies « feintes et apparentes » au lieu de voies droites ; elle s'exécute par la parole (le dol) ou par les actes (la fraude)[42].

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À l'opposé, la timidité — proche de ce que saint Thomas nomme pusillanimité, vice opposé à la magnanimité (II-II, q. 133, a. 2) — est la peur déguisée en sagesse, l'inaction prise pour de la mesure : le Catéchisme la range parmi les contrefaçons de la prudence[43]. La précipitation et l'inconstance sont les imprudences qui ruinent respectivement la délibération et la décision[44]. Hors de ces distinctions classiques, une autre caricature guette : la pruderie — ce scrupule tatillon qui voit le mal partout et n'ose plus rien —, qui est une souffrance appelant écoute et conseil, non une sagesse. Confondre la prudence avec l'une de ces figures, c'est précisément l'erreur à défaire pour recevoir la vertu véritable.

Idées reçues sur la prudence : ce qu'on croit, ce qui est vrai

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux contresens passés en revue, avec, en regard, ce qui est vrai et la source qui le fonde.

On croit que la prudence, c'est……mais en réalitéSource
La peur de se mouiller, la frilositéElle « ne se confond ni avec la timidité ou la peur » ; elle ose le vrai bienCEC § 1806[45]
Le calcul habile de son intérêtL'intelligence des moyens au service d'une mauvaise fin est l'astuce, pas la prudenceRm 8, 6 ; Thomas II-II q. 47 a. 13 ad 3[46]
Appliquer mécaniquement des règlesElle applique les principes au cas singulier et s'achève dans le commandementThomas II-II q. 47 a. 8[47]
Une pure intelligence de têteElle présuppose la rectitude du désir ; elle est « l'amour qui discerne »Augustin, De moribus I, 15, 25[48]
Une vertu pour les seules grandes décisionsElle gouverne tout l'agir, jour après jour, pas à pasPr 14, 15 ; CEC § 1806[49]
Décider seul, sans rendre de comptesLa docilité — prendre conseil — est une partie intégrante de la vertuThomas II-II q. 49 a. 3[50]
Une affaire de tempérament innéC'est une vertu acquise par l'expérience et infusée par la grâceThomas II-II q. 47 a. 14[51]
Hésiter et attendre toujours davantageL'irrésolution est un vice ; la prudence commande et passe à l'acteThomas II-II q. 47 a. 8 ; q. 53[52]
Le contraire de l'audace et de l'abandon à DieuLa « prudence humaine » étouffe les œuvres divines ; la vraie prudence sert la confianceJésus à Luisa Piccarreta, Livre du Ciel, tome 24, 23 août 1928 (révélation privée) ; cf. Mt 10, 16[53] et Thomas II-II q. 52 a. 2[54]
Une simple affaire de bon sens naturelLa prudence naturelle est réelle mais inachevée sans la grâce et le don de ConseilThomas II-II q. 47 a. 14 ; II-II q. 52 a. 2[55]

Rendre à la prudence sa vraie beauté

Une fois les contrefaçons écartées, la vertu apparaît dans sa lumière. La prudence n'est pas une frilosité : elle est la première des vertus cardinales, celle qui « guide immédiatement le jugement de conscience » et fait que « nous appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers »[56]. Elle est le cocher qui tient les rênes de toute la vie morale : sans elle, le courage s'emballe, la justice se durcit, la générosité s'égare. Avec elle, chaque vertu trouve sa juste « règle et mesure »[57].

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Surtout, elle est une forme de l'amour. C'est la définition la plus profonde, donnée par saint Augustin : la prudence est « l'amour qui discerne avec sagacité ce qui l'aide de ce qui l'entrave »[58]. Elle n'est donc pas l'intelligence froide d'un stratège, mais la lucidité d'un cœur qui aime déjà Dieu et cherche, dans le concret de chaque journée, comment le servir vraiment. L'imprudent se disperse et se trompe de chemin ; le rusé se perd dans ses propres détours ; le prudent voit clair, décide droit, et agit.

C'est aussi une liberté. Le prudent n'est gouverné ni par sa peur, ni par ses calculs, ni par l'impulsion du moment : il voit le but, choisit les moyens, et marche. Voilà la promesse, à l'opposé exact de la grisaille qu'on prête à la prudence : non pas moins d'audace, mais une audace enfin juste, lucide et féconde — celle qui, « prudente comme le serpent et candide comme la colombe »[59], ose précisément ce que Dieu demande.

« La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1806[60]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 1, suivant l'étymologie transmise par saint Isidore de Séville (Étymologies) : le prudens serait comme celui qui voit de loin (porro videns), parce qu'il prévoit l'issue des choses incertaines à partir du présent et du passé.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 1805 : « Quatre vertus jouent un rôle charnière. Pour cette raison on les appelle "cardinales" ; toutes les autres se regroupent autour d'elles. Ce sont : la prudence, la justice, la force et la tempérance. » Citant Sagesse 8, 7 : « Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et courage. »

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1806, texte intégral (édition officielle française, Mame/Plon, 1992 ; vérifié sur vatican.va) : « La prudence est la vertu qui dispose la raison pratique à discerner en toute circonstance notre véritable bien et à choisir les justes moyens de l'accomplir. "L'homme avisé surveille ses pas" (Pr 14, 15). "Soyez sages et sobres en vue de la prière" (1 P 4, 7). La prudence est la "droite règle de l'action", écrit saint Thomas (s. th. 2-2, 47, 2) après Aristote. Elle ne se confond ni avec la timidité ou la peur, ni avec la duplicité ou la dissimulation. Elle est dite "auriga virtutum" : elle conduit les autres vertus en leur indiquant règle et mesure. C'est la prudence qui guide immédiatement le jugement de conscience. L'homme prudent décide et ordonne sa conduite suivant ce jugement. Grâce à cette vertu, nous appliquons sans erreur les principes moraux aux cas particuliers et nous surmontons les doutes sur le bien à accomplir et le mal à éviter. »

    3 4 5 7 9 10 14 20 24 26 43 45 56 57 60
  4. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 55 : les vices opposés à la prudence « par ressemblance » sont la prudence de la chair (prudentia carnis, d'après Rm 8, 6 : une fin bonne en apparence seulement), l'astuce (astutia : recourir à des voies « feintes et apparentes » au lieu de voies vraies, que la fin poursuivie soit bonne ou mauvaise — cf. 2 Co 4, 2), qui s'exécute par la parole (le dol, dolus) ou par les actes (la fraude, fraus), et la sollicitude excessive pour les choses temporelles. L'astuce est donc un péché distinct de la prudence de la chair (q. 55, a. 3).

    8 17 41 42
  5. Évangile selon saint Matthieu 10, 16, traduction liturgique officielle (AELF) : « Voici que moi, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et candides comme les colombes. » Parole christique tenant ensemble la vigilance avisée (le serpent) et la droiture sans malice (la colombe) : l'équilibre exact de la prudence chrétienne. Vulgate : « Estote ergo prudentes sicut serpentes, et simplices sicut columbæ. »

    11 53 59
  6. Évangile selon saint Luc 16, 8, traduction liturgique officielle (AELF) : conclusion de la parabole de l'intendant habile (ou « économe infidèle ») ; le maître loue son habileté (non sa malhonnêteté) : « les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. » Verset classiquement lu comme un appel à la sainte industrie au service du bien.

    12
  7. Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 24, 23 août 1928 : « Et pourquoi tout cela ? À cause de la prudence humaine. Ah ! combien d'œuvres divines ont connu l'échec auprès des créatures à cause de la prudence humaine ! Comme des paresseux, ils ont fini par se retirer des œuvres les plus saintes. » Le titre du jour porte explicitement : « La prudence humaine fait que les plus belles œuvres échouent. » (Le Livre du Ciel, tome 24, 23 août 1928.)

    13 35
  8. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 13, ad 3 : l'habileté naturelle (deinotès) peut servir le bien comme le mal, mais la ruse (panourgia) n'est ordonnée qu'au mal — c'est elle que Thomas appelle ici « fausse prudence », ou « prudence de la chair ».

    15 46
  9. Lettre aux Romains 8, 6-7, traduction liturgique (AELF, texte vérifié sur aelf.org) : « …et la chair tend vers la mort, mais l'Esprit tend vers la vie et la paix. Car la tendance de la chair est ennemie de Dieu, elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle n'en est même pas capable. » La Vulgate porte « prudentia carnis mors est » (la prudence de la chair est mort), texte de base de la doctrine thomiste sur la fausse prudence (II-II q. 55, a. 1-2).

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  10. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 65, a. 1 (et II-II q. 47 a. 13) : doctrine de la connexion des vertus. La prudence ne peut exister sans les vertus morales, qui rectifient l'appétit vers les fins justes ; et les vertus morales ne peuvent exister sans la prudence, qui détermine les moyens. Une « prudence » au service d'une passion mauvaise n'est donc pas la vertu de prudence, mais une habileté (astutia) ; seule la prudence vraie et parfaite est impossible au pécheur — la prudence vraie mais imparfaite est commune aux bons et aux méchants (II-II, q. 47, a. 13).

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  11. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 47, a. 2 (et I-II, q. 57, a. 4), reprenant Aristote, Éthique à Nicomaque, VI : la prudence est « recta ratio agibilium » — la droite règle des choses à faire (l'agir moral), distincte de l'art qui est « recta ratio factibilium », la droite règle des choses à produire. Le Catéchisme § 1806 en donne la formule française : « la droite règle de l'action ». Les citations de la Somme dans cet article sont données dans la traduction française des éditions du Cerf (dite « Revue des Jeunes »).

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  12. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 8 : la prudence comporte trois actes successifs de la raison pratique — « prendre conseil » (consiliari), « juger » (judicare) de ce qui a été trouvé, et « commander » (praecipere), c'est-à-dire appliquer à l'action ce qui a été délibéré et jugé. Thomas précise que « le principal acte de la prudence est de commander », car la raison pratique est ordonnée à l'action : délibérer et juger ne sont que des préparatifs ; la prudence s'achève dans l'exécution.

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  13. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I-II, q. 58, a. 3, ad 1 : la prudence est essentiellement une vertu intellectuelle, mais elle a, par sa matière (la règle de l'agir), quelque chose de commun avec les vertus morales, dont elle ne se sépare pas. C'est pourquoi la tradition la compte parmi les quatre vertus cardinales, charnières de toute la vie morale.

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  14. Saint Augustin (354-430), De moribus Ecclesiae catholicae (Les mœurs de l'Église catholique), I, 15, 25 : définissant les quatre vertus cardinales comme autant de formes de l'amour de Dieu, il écrit que « la prudence est l'amour qui discerne avec sagacité ce qui l'aide de ce qui l'entrave » (prudentia amor ea quibus adiuvatur ab eis quibus impeditur sagaciter seligens). La prudence est donc enracinée dans la charité : elle est l'intelligence d'un cœur qui aime déjà le bien. Œuvre de jeunesse (388), écrite à Rome contre les manichéens.

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  15. Livre des Proverbes 14, 15, traduction liturgique (AELF, texte vérifié sur aelf.org) : « Le naïf croit tout ce qu'on lui dit, l'homme avisé regarde où il met les pieds. » Le Catéchisme (§ 1806) cite ce verset dans la forme : « L'homme avisé surveille ses pas. » La Vulgate clémentine porte : « Innocens credit omni verbo ; astutus considerat gressus suos. »

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  16. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 49, a. 3 : la docilité (docilitas) est partie de la prudence, car « les choses de l'action sont d'une variété infinie, et nul homme ne peut, par lui-même, toutes les considérer suffisamment, ni en peu de temps : il faut donc, en ces matières, être instruit par d'autres, surtout par les anciens qui ont acquis un sens droit des fins de l'action ».

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  17. Livre des Proverbes 11, 14, traduction liturgique (AELF, texte vérifié sur aelf.org) : « Sans l'art de gouverner, un peuple tombe : un conseil élargi le sauvera. » Fondement scripturaire de l'humilité de prendre conseil, propre à la vertu de prudence (cf. Pr 15, 22 ; 24, 6).

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  18. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), IIIe partie, chap. 2 (« Suite du même discours du choix des vertus ») : reprenant Proverbes 3, 5, il exhorte Philothée à « ne point nous appuyer sur notre propre prudence, mais sur celle de ceux que Dieu nous a donnés pour conducteurs » (le texte porte « ains » pour « mais » ; texte intégral publié d'après l'édition de 1619 par Fernand Boulenger, Paris, Ch. Poussielgue, 1909, p. 125). Il oppose ailleurs (IIIe partie, chap. 30, « Quelques autres avis touchant le parler », p. 238 de la même édition) les « prudences mondaines et artifices charnels » des enfants du siècle aux enfants de Dieu, qui « cheminent sans détour ».

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  19. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 49, a. 1 : la mémoire est partie de la prudence car « la prudence porte sur les choses contingentes de l'action, qu'on ne peut connaître par les seuls principes universels ; il y faut l'expérience du passé, et l'expérience naît de plusieurs souvenirs » (cf. Aristote, Métaphysique, I, 1). D'où l'importance d'apprendre de son expérience pour acquérir la vertu.

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  20. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 47, a. 14 (et I-II, q. 65, a. 2) : outre la prudence acquise par l'exercice, il existe une prudence infusée avec la grâce sanctifiante et la charité, qui juge de l'agir à la lumière de la fin dernière surnaturelle. Sans la charité, la prudence reste imparfaite ; avec elle, elle atteint sa perfection.

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  21. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 53, a. 2-5 (et q. 54) : l'imprudence par défaut comporte plusieurs espèces, qui ruinent chacune un acte de la prudence — la précipitation (praecipitatio, défaut de la délibération : on se jette dans l'action par impulsion de la volonté ou d'une passion), l'irréflexion (inconsideratio, défaut du jugement), l'inconstance (inconstantia, défaut du commandement : on abandonne la bonne résolution déjà prise), et la négligence (negligentia, relâchement de la sollicitude requise). L'éternelle hésitation relève de ce registre du défaut, non d'un surcroît de vertu.

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  22. Livre des Proverbes 19, 2, traduction liturgique (AELF, texte vérifié sur aelf.org) : « Sans la réflexion, le zèle ne vaut rien ; qui se précipite manque son but » — avertissement contre la précipitation, vice opposé à la délibération prudente.

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  23. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 5 février 1900 : « L'âme doit être prudente afin de ne pas fournir la corde avec laquelle elle peut être attachée, cette corde étant le manque de confiance. Cela se fera en dilatant son cœur dans la confiance, tout en demeurant à l'intérieur du cercle de la Vérité, qui est la connaissance de son néant. » La vraie prudence y est présentée non comme méfiance, mais comme lucidité tournée vers la confiance et la vérité.

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  24. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 52, a. 2 : le don de Conseil correspond à la vertu de prudence, qu'il aide et perfectionne : par lui, la rectitude de la raison humaine se laisse mouvoir par le Saint-Esprit, comme par une raison supérieure, pour juger droitement de ce qu'il faut faire au-delà de ce que la délibération humaine pourrait atteindre.

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  25. Catéchisme de l'Église catholique, § 1831 : les sept dons du Saint-Esprit — « sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu » (cf. Is 11, 1-2) — « complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent ». Le paragraphe parle des dons en général ; le lien entre le don de Conseil et la vertu de prudence est établi par saint Thomas, II-II, q. 52, a. 2[^thomas-don-conseil].

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