Ludwig Feuerbach (28 juillet 1804 — 13 septembre 1872) est le philosophe allemand dont l'ouvrage L'Essence du christianisme (1841) a formulé, avec une netteté qu'aucun auteur avant lui n'avait atteinte, la thèse selon laquelle Dieu n'est rien d'autre que l'essence humaine projetée hors de l'homme et adorée comme un être à part. Fils du grand criminaliste bavarois Anselm von Feuerbach, élève direct de Hegel à Berlin, il rompt avec l'idéalisme spéculatif au tournant des années 1840 pour fonder ce qu'il appelle une « philosophie de l'avenir » : une anthropologie matérialiste qui prétend dissoudre la théologie dans la connaissance de l'homme.
Sa carrière universitaire fut brisée dès 1832 par le scandale suscité par son premier livre ; il vécut ensuite près de trente ans en reclus studieux à Bruckberg, avant de mourir dans la pauvreté à Rechenberg, près de Nuremberg. Mais l'influence de sa pensée dépasse de très loin sa vie effacée : Karl Marx et Friedrich Engels en firent le tremplin de leur propre matérialisme historique, Sigmund Freud en reprit le schéma pour analyser la croyance religieuse comme illusion, et le concile Vatican II a décrit, sans le nommer, la forme d'« athéisme systématique » dont sa pensée est l'une des sources philosophiques[1].
Cet article retrace la vie de Feuerbach, expose fidèlement sa méthode dite « transformative » et sa théorie de la religion comme projection, situe sa place de charnière entre le jeune-hégélianisme et le matérialisme marxiste, puis présente le jugement que la philosophie et la théologie catholiques portent sur sa thèse centrale — non pour l'esquiver, mais pour montrer précisément où elle se brise : dans la confusion entre l'origine psychologique d'une croyance et sa vérité, et dans l'oubli d'une doctrine bien plus ancienne que la sienne, celle de l'homme créé à l'image de Dieu.
Une jeunesse dans l'ombre d'un père réformateur
Le fils du criminaliste Anselm von Feuerbach
Ludwig Andreas Feuerbach naît le 28 juillet 1804 à Landshut, en Bavière, quatrième des cinq fils de Paul Johann Anselm Ritter von Feuerbach (1775-1833) et d'Eva Wilhelmine Tröster (1774-1852)[2]. Le père, l'un des plus grands juristes allemands de son temps, est le réformateur du Code pénal bavarois de 1813 et l'inventeur du principe nullum crimen, nulla poena sine lege (« pas de crime, pas de peine sans loi »), pierre angulaire du droit pénal moderne ; il obtient l'abolition de la torture judiciaire en Bavière et devient, à la fin de sa vie, l'enquêteur le plus célèbre sur l'énigmatique affaire de Kaspar Hauser[3]. Ce père rationaliste, pétri des Lumières allemandes, imprime à toute la fratrie un goût pour la rigueur intellectuelle : parmi les frères de Ludwig figurent l'archéologue Joseph Anselm Feuerbach et le philologue Friedrich Feuerbach[4].
L'atmosphère familiale, éclairée et libérale, mais dominée par l'autorité intellectuelle d'un père sévère et rarement présent, a été étudiée par l'historien de la philosophie Van A. Harvey comme l'un des terreaux psychologiques possibles de la révolte religieuse ultérieure du fils[5]. Cette hypothèse biographique, qu'il faut se garder de transformer en explication réductrice, mérite d'être posée avec la même prudence méthodologique que Feuerbach lui-même appliquait aux croyants : une origine psychologique, même plausible, ne prouve rien sur la vérité ou la fausseté d'une thèse — argument qui vaudra, on le verra, contre Feuerbach comme contre ses adversaires.
De la théologie de Heidelberg à la philosophie de Hegel à Berlin
En 1823, à dix-neuf ans, Feuerbach s'inscrit à la faculté de théologie protestante de l'université de Heidelberg[6]. Il y suit les cours du théologien rationaliste Heinrich Eberhard Gottlob Paulus, qu'il juge vides et arides, mais se passionne pour l'enseignement plus spéculatif de Karl Daub, qui l'introduit à la philosophie hégélienne et achève de détourner ses intérêts de la théologie positive[7]. Dès 1824, irrésistiblement attiré par le système de Georg Wilhelm Friedrich Hegel, il migre vers l'université de Berlin pour suivre son enseignement direct pendant deux années[8]. Il y adhère d'abord pleinement à un idéalisme spéculatif de type panthéiste, proche de Spinoza, défendant l'idée que « la raison est une et universelle » et que la pensée humaine n'est que l'activité de l'Espèce agissant à travers l'individu[9].
En 1826, il quitte Berlin pour l'université d'Erlangen, où il soutient en 1828 sa dissertation doctorale De ratione, una, universali, infinita (« De la raison, une, universelle, infinie »), puis obtient un poste de Privatdozent (chargé de cours non rémunéré) qu'il occupe à partir de la même année[10]. Cette position précaire, sans chaire ni traitement fixe, sera la seule fonction universitaire que Feuerbach occupera jamais.
La rupture avec l'idéalisme hégélien
Pensées sur la mort et l'immortalité, 1830 : une carrière brisée
En 1830, Feuerbach publie anonymement à Nuremberg ses Gedanken über Tod und Unsterblichkeit (Pensées sur la mort et l'immortalité), un ouvrage qui attaque frontalement la croyance en l'immortalité personnelle de l'âme au nom d'un panthéisme spéculatif où seule l'Espèce humaine, non l'individu, subsiste dans l'infini[11]. Le scandale est immédiat : l'anonymat est vite percé, et l'attaque contre un dogme aussi central que l'immortalité personnelle vaut à son auteur la fin de toute perspective de carrière universitaire rémunérée en Prusse comme en Bavière[12]. Feuerbach ne renoncera jamais formellement, tentera encore sans succès d'obtenir un poste en 1836, mais restera, sa vie durant, un philosophe sans chaire[13].
Il se tourne alors vers l'histoire de la philosophie moderne, publiant entre 1833 et 1838 trois monographies savantes — une histoire de la philosophie moderne de Bacon à Spinoza (1833), une étude sur Leibniz (1837), puis une étude sur Pierre Bayle (1838)[14]. C'est dans cette dernière étude, sur Bayle (1838), que Feuerbach commence à se démarquer ouvertement de Hegel, appelant à un « retour à la nature » et réclamant une explication de la religion fondée sur l'observation concrète de l'homme plutôt que sur la spéculation pure de l'Esprit absolu[15]. En 1839, il publie dans les Hallische Jahrbücher d'Arnold Ruge — la revue qui rassemble alors les jeunes disciples critiques de Hegel — sa Contribution à la critique de la philosophie hégélienne, texte qui consomme la rupture[16].
Bruckberg, l'exil studieux d'un philosophe sans chaire
En 1837, Feuerbach épouse Bertha Löw, copropriétaire d'une manufacture de porcelaine à Bruckberg, petit village de Bavière[17]. Le mariage lui assure une indépendance financière relative : c'est cette rente qui lui permet, pendant plus de vingt ans, de vivre en reclus studieux, à l'écart des cercles universitaires qui lui restent fermés, et de consacrer tout son temps à l'écriture[18]. C'est à Bruckberg qu'il rédige l'œuvre qui va faire sa renommée mondiale.
L'Essence du christianisme, 1841 : Dieu comme miroir de l'homme
La méthode transformative : inverser le sujet et le prédicat
En 1841 paraît à Leipzig Das Wesen des Christentums (L'Essence du christianisme), traduit en français dès 1864 par Joseph Roy[19], puis republié en édition critique par Jean-Pierre Osier chez Maspero en 1968[20]. L'ouvrage devient, selon le mot de Friedrich Engels, un livre qui « rompt le charme » du système hégélien et fait de tous ceux qui le lisent, « d'un seul coup, des feuerbachiens »[21].
La stratégie centrale du livre, que les commentateurs appellent la « méthode transformative », consiste à retourner dialectiquement les propositions théologiques en les lisant comme des propositions anthropologiques mal comprises. Là où la théologie dit « Dieu est amour », Feuerbach répond : c'est l'amour humain, réel et vérifiable, qui a été élevé au rang de sujet divin ; le vrai sujet — l'homme aimant — a été transformé en simple prédicat d'un sujet fictif — Dieu. Sa formule la plus célèbre résume le programme entier de l'ouvrage : « theology is anthropology » — la théologie n'est rien d'autre qu'une anthropologie qui s'ignore[22].
La religion, conscience indirecte que l'homme a de lui-même
Dès l'introduction de l'ouvrage, Feuerbach pose sa thèse centrale en des termes d'une clarté programmatique :
« La conscience que l'homme a de Dieu est la conscience qu'il a de lui-même, sa connaissance de l'être suprême est la connaissance qu'il a de son propre être. » — Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, Introduction, chap. II[23]
« La religion est la première, mais indirecte conscience que l'homme a de lui-même. » — Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, Introduction, chap. II[24]
« L'être divin n'est pas autre chose que l'être de l'homme délivré des liens et des bornes de l'individu [...], objectivé, c'est-à-dire contemplé et adoré comme un être à part. » — Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, Introduction, chap. II[25]
Pour Feuerbach, l'homme religieux ne sait pas qu'il se contemple lui-même dans le miroir qu'il appelle Dieu : la religion est une aliénation inconsciente, un dédoublement de la conscience humaine qui projette au-dehors ses propres perfections avant de les adorer comme si elles lui étaient étrangères[26]. Cette aliénation n'est pas, pour Feuerbach, un pur mensonge : elle constitue une étape nécessaire, presque pédagogique, de l'histoire de la conscience humaine — l'homme devait d'abord se voir en Dieu avant de pouvoir, un jour, se reconnaître lui-même[27].
De cette thèse, Feuerbach tire une conséquence pratique qu'il présente comme le principe suprême de sa philosophie :
« Homo homini Deus est — tel est le principe pratique suprême, tel est le tournant de l'histoire mondiale. » — Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. J.-P. Osier, Paris, Maspero, 1982[28]
Si l'essence de l'homme est, pour lui, l'essence suprême, alors la loi première et dernière ne peut plus être l'amour de Dieu : elle doit devenir l'amour de l'homme pour l'homme[29]. C'est cette conclusion pratique — remplacer la religion de Dieu par une religion de l'humanité — qui donnera son sens politique à toute la postérité marxiste de Feuerbach.
Les attributs divins comme perfections humaines objectivées
Dans la première partie de l'ouvrage — qu'il intitule l'« essence vraie », c'est-à-dire anthropologique, du christianisme —, Feuerbach passe en revue dix-sept chapitres consacrés chacun à un dogme central : Dieu comme raison, Dieu comme amour, l'Incarnation, la Trinité, la Providence, la prière, la foi, les miracles, la résurrection[30]. Sa méthode est chaque fois identique : montrer que l'attribut divin en question n'est que la projection, portée à l'infini, d'un besoin ou d'une aspiration authentiquement humains. La toute-puissance divine répond au désir humain de ne pas être limité ; la providence répond au besoin humain d'être aimé et protégé ; l'Incarnation elle-même, pour Feuerbach, n'exprime rien d'autre que l'affirmation implicite selon laquelle « Dieu est déjà en l'homme » avant même que le dogme ne l'énonce formellement[31].
Dans la seconde partie — l'« essence fausse », théologique —, Feuerbach s'attache à montrer les contradictions internes de la théologie orthodoxe dès lors qu'elle prétend traiter Dieu comme une réalité distincte de l'homme, plutôt que comme sa propre essence objectivée[32]. Cette seconde partie, plus polémique et moins souvent commentée que la première, prépare directement le tournant matérialiste des années suivantes.
Après 1841 : du sensualisme au sentiment de dépendance
Les Principes de la philosophie de l'avenir, 1843
En 1843, Feuerbach publie les Grundsätze der Philosophie der Zukunft (Principes de la philosophie de l'avenir), où il formule sa rupture avec Hegel dans les termes les plus explicites :
« C'est en opposition complète à la philosophie hégélienne que je me considère désormais comme un réaliste et un matérialiste. » — Ludwig Feuerbach, Grundsätze der Philosophie der Zukunft (1843)[33]
Il y développe l'idée que « l'être précède la pensée, mais la pensée ne précède pas l'être » : contre l'idéalisme hégélien, où l'Esprit engendre la nature, Feuerbach affirme que c'est la nature sensible, corporelle, qui est première, et que toute pensée en dérive[34]. Il radicalise cette thèse en affirmant que « le corps dans sa totalité est mon moi, mon essence », rejetant toute séparation substantielle entre l'âme et le corps[35].
L'homme est ce qu'il mange : le tournant matérialiste
En novembre 1850, dans un essai intitulé Die Naturwissenschaft und die Revolution (« La science de la nature et la révolution »), publié dans les Blätter für literarische Unterhaltung à l'occasion d'une recension du traité Lehre der Nahrungsmittel du chimiste Jacob Moleschott, Feuerbach forge la formule qui restera la plus célèbre de sa philosophie tardive : « Der Mensch ist, was er ißt » — « l'homme est ce qu'il mange »[36]. Il en fera, en 1862, le titre d'un essai entier, Das Geheimnis des Opfers oder Der Mensch ist, was er ißt (« Le secret du sacrifice, ou l'homme est ce qu'il mange »)[37]. Cette formule, souvent réduite à une boutade matérialiste, résume en réalité tout le programme du dernier Feuerbach : ancrer la conscience, la pensée et jusqu'à la moralité de l'homme dans sa condition biologique et sensible la plus concrète.
La Théogonie, 1857, et le sentiment de dépendance envers la nature
À partir du milieu des années 1840, Feuerbach affine son explication de la religion. Dans L'Essence de la foi selon Luther (1844) puis dans L'Essence de la religion (1846), il introduit un second modèle, complémentaire du premier : la religion ne naît plus seulement d'une projection de l'essence humaine idéalisée, mais d'un sentiment de dépendance (Abhängigkeitsgefühl) de l'homme envers la nature, dont il tire sa subsistance et devant laquelle il se sent vulnérable[38]. À ce sentiment de dépendance s'ajoute, selon Feuerbach, une pulsion psychologique fondamentale qu'il nomme Glückseligkeitstrieb (« pulsion vers le bonheur ») : l'homme divinise ce dont dépend sa survie et son bonheur, qu'il s'agisse du soleil, du fleuve nourricier ou, plus tard, d'un Dieu personnel censé garantir son salut éternel[39].
Cette théorie « bipolaire » de la religion — projection de l'essence humaine idéalisée d'un côté, dépendance anxieuse envers la nature de l'autre — trouve son couronnement savant dans la Theogonie nach den Quellen des klassischen, hebräischen und christlichen Altertums (Théogonie, selon les sources de l'Antiquité classique, hébraïque et chrétienne, 1857), vaste enquête philologique où Feuerbach retrace la généalogie des dieux antiques et bibliques comme autant de réponses à l'angoisse humaine devant la nécessité naturelle[40].
Durant la révolution allemande de 1848, des étudiants de Heidelberg, désireux de le voir appelé à la faculté de philosophie, invitent Feuerbach à donner un cycle de conférences publiques ; l'université lui refusant l'usage de ses locaux, les séances se tiennent deux fois par semaine, de décembre 1848 à mars 1849, dans la salle de l'hôtel de ville de Heidelberg, devant un public nombreux et disparate où l'on remarque le physiologiste Jacob Moleschott[41]. Ces conférences seront publiées en 1851 sous le titre Vorlesungen über das Wesen der Religion (Leçons sur l'essence de la religion)[42].
Le tableau suivant résume la trajectoire complète de l'œuvre écrite de Feuerbach, de l'ouvrage anonyme qui brisa sa carrière universitaire à son dernier grand essai :
| Année | Titre | Thèse principale |
|---|---|---|
| 1830 | Pensées sur la mort et l'immortalité | Négation de l'immortalité personnelle au nom d'un panthéisme spéculatif centré sur l'Espèce |
| 1839 | Contribution à la critique de la philosophie hégélienne | Rupture consommée avec le système spéculatif de Hegel |
| 1841 | L'Essence du christianisme | La religion comme projection de l'essence humaine idéalisée |
| 1843 | Principes de la philosophie de l'avenir | Rupture matérialiste explicite : l'être précède la pensée |
| 1844 | L'Essence de la foi selon Luther | Introduction du sentiment de dépendance et de la pulsion vers le bonheur |
| 1846 | L'Essence de la religion | Systématisation du modèle « bipolaire » de la religion |
| 1850 | La science de la nature et la révolution | Formule « l'homme est ce qu'il mange », tournant sensualiste |
| 1851 | Leçons sur l'essence de la religion | Publication des conférences données à Heidelberg en 1848-1849 |
| 1857 | Théogonie | Généalogie philologique des dieux antiques et bibliques |
| 1866 | Dieu, liberté et immortalité du point de vue de l'anthropologie | Dernier grand essai de psychologie morale de la religion |
Un carrefour de la pensée moderne : Marx, Engels, Freud, Nietzsche
Marx et les Thèses sur Feuerbach, 1845 : dépasser le contemplateur
Au printemps 1845, le jeune Karl Marx, encore profondément marqué par sa lecture de L'Essence du christianisme, rédige dans un carnet privé onze courtes notes connues sous le nom de Thèses sur Feuerbach. Elles ne seront publiées qu'après sa mort, par Engels, en 1888, en annexe de Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande[43]. Marx y rend hommage au geste de Feuerbach tout en lui reprochant de rester un simple observateur du monde plutôt qu'un acteur de sa transformation :
« Feuerbach part du fait que la religion rend l'homme étranger à lui-même et dédouble le monde en un monde religieux [...] et un monde temporel. » — Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, IVe thèse, 1845[44]
« Feuerbach résout l'essence religieuse en l'essence humaine. Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. » — Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, VIe thèse, 1845[45]
« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. » — Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, XIe thèse, 1845[46]
La VIe thèse est décisive pour comprendre la limite interne de la pensée feuerbachienne, telle que Marx lui-même la perçoit : en réduisant Dieu à l'« essence de l'homme », Feuerbach continue de manier une abstraction — l'Espèce humaine, l'homme en général — qui n'a pas plus de réalité concrète que le Dieu qu'il prétend dissoudre. Marx historicise ce que Feuerbach n'avait fait qu'anthropologiser[47].
Engels : le charme était rompu
Dans son opuscule de 1888, Engels raconte avec enthousiasme l'effet libérateur du livre de 1841 sur toute une génération de jeunes-hégéliens :
« L'enthousiasme fut général : nous fûmes tous, pour un moment, des feuerbachiens. » — Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, 1888[48]
Engels souligne que L'Essence du christianisme avait établi, contre l'idéalisme absolu de Hegel, que « la conscience humaine est la seule conscience qui existe » et qu'elle dépend ontologiquement de l'existence physique de l'homme[49]. C'est ce matérialisme, encore fragile et non historicisé chez Feuerbach, que Marx et Engels vont ensuite intégrer dans leur propre système du matérialisme historique.
Freud et L'Avenir d'une illusion : la projection réinterprétée en névrose
Près de quatre-vingts ans plus tard, Sigmund Freud reprend et radicalise le schéma feuerbachien dans L'Avenir d'une illusion (Die Zukunft einer Illusion, 1927) : la croyance en Dieu n'y est plus seulement une projection de l'essence humaine idéalisée, mais une illusion infantile, la projection du père terrestre idéalisé, destinée à calmer l'angoisse de l'homme devant sa propre impuissance face à la nature et à la mort[50]. Freud radicalise ainsi la seconde intuition de Feuerbach — le sentiment de dépendance envers la nature — en la faisant passer du registre philosophique au registre psychanalytique de l'inconscient et de la figure paternelle. Le concept feuerbachien de Glückseligkeitstrieb (pulsion vers le bonheur) anticipe, sur ce point précis, les formulations freudiennes ultérieures sur les pulsions inconscientes qui motivent le comportement religieux[51].
Nietzsche et la mort de Dieu : un athéisme plus radical encore
Friedrich Nietzsche pousse le mouvement plus loin encore. Là où Feuerbach voulait expliquer Dieu par l'homme pour restituer à celui-ci sa propre grandeur aliénée, Nietzsche proclame, par la bouche du fou du Gai Savoir (1882), que « Dieu est mort », et que cette mort — loin d'être une simple clarification anthropologique — laisse l'humanité orpheline de toute valeur transcendante, contrainte d'inventer elle-même de nouvelles tables de valeurs. Le passage de Feuerbach à Nietzsche marque ainsi le passage d'un athéisme humaniste, encore porteur d'un projet moral positif (l'amour de l'homme pour l'homme), à un athéisme qui interroge la possibilité même de fonder une morale une fois Dieu écarté.
Le tableau suivant résume les quatre grandes variations du thème de la projection religieuse, de Feuerbach à Nietzsche :
| Penseur | Œuvre-clé | Mécanisme proposé | Ce que devient la religion | Différence avec Feuerbach |
|---|---|---|---|---|
| Ludwig Feuerbach | L'Essence du christianisme (1841) | Projection de l'essence-espèce humaine idéalisée | Aliénation à dépasser pour retrouver l'homme | — (point de départ) |
| Karl Marx | Thèses sur Feuerbach (1845) | Projection déterminée par les rapports sociaux et l'exploitation économique | « Opium du peuple », idéologie de classe à abolir avec les rapports de production | Historicise l'essence humaine que Feuerbach traitait comme une abstraction fixe |
| Sigmund Freud | L'Avenir d'une illusion (1927) | Projection du père idéalisé, mécanisme inconscient d'apaisement de l'angoisse | Illusion infantile, névrose collective à surmonter par la maturation psychique | Déplace la projection du plan anthropologique au plan psychanalytique individuel |
| Friedrich Nietzsche | Le Gai Savoir (1882) | Épuisement historique de la croyance, plus que mécanisme de projection | Un cadavre dont la mort libère et angoisse à la fois | Ne cherche plus à « restituer » l'homme à lui-même, mais affronte le vide moral laissé par l'absence de Dieu |
Le jugement de l'Église et de la philosophie catholique
Le sophisme génétique : une origine psychologique ne prouve rien
La thèse feuerbachienne, quelle que soit sa postérité, souffre d'un défaut logique que la philosophie catholique a identifié depuis longtemps sous le nom de sophisme génétique (genetic fallacy) : même si l'on établissait avec certitude l'origine psychologique d'une croyance, cela ne dirait strictement rien de sa vérité ou de sa fausseté[52]. Qu'un homme désire un père protecteur ne prouve ni qu'un tel père existe, ni qu'il n'existe pas ; la question de l'existence de Dieu doit se trancher par d'autres voies — métaphysiques, cosmologiques, historiques — que par l'analyse des motifs psychologiques de la croyance. L'article Ignispedia consacré à l'existence de Dieu développe ce point de manière systématique, en réponse à l'ensemble des sept grandes objections classiques contre le théisme, dont celle de Feuerbach et Freud : Existence de Dieu — sept objections et réponses catholiques.
Le retournement symétrique : l'athéisme s'explique, lui aussi, psychologiquement
L'argument feuerbachien est en outre parfaitement retournable. Si l'aspiration religieuse peut s'expliquer par un désir de consolation ou de protection paternelle, l'aspiration athée peut, elle aussi, s'expliquer par des motifs psychologiques symétriques : désir d'autonomie absolue, refus de toute autorité transcendante, révolte contre une figure paternelle jugée trop exigeante ou trop absente[53]. Van A. Harvey a montré, dans son étude approfondie Feuerbach and the Interpretation of Religion (Cambridge University Press, 1995), que la trajectoire biographique de Feuerbach lui-même — rupture précoce avec un père sévère et rationaliste, carrière universitaire brisée par les autorités religieuses de son temps — offre une matière au moins aussi riche à une lecture psychobiographique symétrique que celle qu'il appliquait à la croyance chrétienne[54]. Ce constat ne prétend pas réfuter Feuerbach par sa biographie — ce serait commettre à son tour le sophisme génétique — mais il illustre, par l'absurde, que l'arme psychologique se retourne aussi facilement contre celui qui la manie.
Une nouvelle idole : Cornelio Fabro et la généalogie cartésienne de l'athéisme
Le philosophe thomiste italien Cornelio Fabro, dans son étude monumentale Introduzione all'ateismo moderno (Rome, Editrice Studium, 1964), situe Feuerbach au terme d'une généalogie précise, qui ne commence pas avec lui mais avec le cogito cartésien : le principe d'immanence, en faisant de la conscience du sujet pensant le critère ultime du réel, condamne Dieu, tôt ou tard, à devenir une simple production de cette même conscience[55]. Fabro retrace ce fil de Descartes à Spinoza, puis à l'idéalisme absolu de Hegel, dont la retombée matérialiste s'accomplit précisément chez Feuerbach et Marx, pour qui Dieu n'est plus qu'une projection de l'homme[56].
Le point le plus fin de la critique de Fabro n'est pas de nier que Feuerbach ait raison de dénoncer certaines idolâtries ou certaines images infantiles de Dieu ; il est de montrer que Feuerbach ne sort jamais réellement de la métaphysique qu'il croit abolir. En déplaçant l'Absolu de Dieu vers l'homme — en faisant de l'Espèce humaine le nouveau sujet infini, éternel, digne d'adoration —, Feuerbach ne détruit pas l'idole, il la déplace. L'homme abstrait, l'Espèce idéalisée dont parle Feuerbach, devient à son tour un absolu sans référent concret — ce que Marx lui reprochera lui-même dans la VIe thèse citée plus haut[57].
Le drame de l'humanisme athée selon Henri de Lubac
Le théologien jésuite Henri de Lubac, dans Le Drame de l'humanisme athée (Paris, Éditions Spes, 1944), consacre une étude approfondie à ce qu'il appelle l'« athéisme prophétique » du XIXe siècle — celui de Feuerbach, Marx, Nietzsche et Auguste Comte — par opposition à l'athéisme paresseux et sans conséquences du sceptique ordinaire[58]. Pour ces quatre penseurs, souligne De Lubac, la négation de Dieu n'est jamais une simple absence : elle se présente toujours comme la condition nécessaire de l'épanouissement de l'homme, comme si, pour grandir, l'humanité devait d'abord se débarrasser de Dieu[59]. C'est précisément le programme explicite de Feuerbach : Homo homini Deus est, l'homme doit devenir un dieu pour l'homme.
De Lubac répond à ce programme par une thèse qui deviendra l'une des plus célèbres de la théologie catholique du XXe siècle, reprise ensuite par Paul VI dans l'encyclique Populorum progressio (1967) :
« Il n'est pas vrai que l'homme, comme on l'entend dire parfois, ne peut pas organiser la terre sans Dieu. Il est vrai que, sans Dieu, il ne peut en fin de compte que l'organiser contre l'homme. L'humanisme exclusif est un humanisme inhumain. » — Henri de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, Éditions Spes, 1944, p. 12[60]
L'histoire du XXe siècle — que ni Feuerbach ni même De Lubac en 1944 ne pouvaient encore mesurer dans toute son ampleur — a donné à cette phrase une résonance dramatique : les systèmes politiques qui se sont explicitement réclamés du matérialisme issu de Feuerbach et de Marx, en promettant l'émancipation totale de l'homme par la seule suppression de la dépendance religieuse, ont produit certains des régimes les plus destructeurs de la dignité humaine de l'histoire moderne. Le concile Vatican II lui-même, en examinant l'athéisme marxiste, notera que ses partisans, une fois au pouvoir, « attaquent la religion avec violence [...] utilisant [...] tous les moyens de pression dont le pouvoir public dispose »[61].
Le renversement de l'analogie : pourquoi les perfections divines ressemblent aux perfections humaines
Au-delà de la réfutation logique du sophisme génétique, la théologie catholique dispose d'une réponse positive et bien plus ancienne que Feuerbach à l'intuition centrale de son livre — l'étrange ressemblance entre les perfections attribuées à Dieu et les perfections humaines idéalisées. Cette ressemblance n'a rien d'un scandale à dissimuler : elle est explicitement enseignée par l'Écriture elle-même, dès le premier chapitre de la Genèse :
« Dieu dit : “Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance.” [...] Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. » — Genèse 1, 26-27[62]
Feuerbach observe une ressemblance réelle entre l'homme et l'idée que la théologie se fait de Dieu — sur ce point d'observation, il ne se trompe pas. Son erreur est de croire que cette ressemblance ne peut s'expliquer que dans un seul sens, celui d'une projection de l'homme vers Dieu. La doctrine catholique de l'analogie de l'être, formalisée par saint Thomas d'Aquin dans la Somme de théologie (Ia, q. 13), enseigne exactement l'inverse : ce n'est pas Dieu qui est un homme agrandi, ce sont les perfections humaines — bonté, intelligence, amour, puissance — qui sont des participations finies et limitées de perfections qui préexistent, de façon infinie et non composée, en Dieu lui-même[63]. Le Catéchisme de l'Église catholique résume ce principe fondamental de la théologie naturelle : toutes les créatures portent une certaine ressemblance de Dieu — tout spécialement l'homme, créé à son image — et c'est à partir des perfections des créatures que nous pouvons nommer Dieu, en connaissant par analogie leur Auteur (cf. Sg 13, 5)[64].
Autrement dit : s'il existe un Dieu créateur qui a fait l'homme à son image, il serait choquant que le langage humain sur Dieu ne ressemble pas, au moins par analogie, au langage sur l'homme lui-même. La ressemblance que Feuerbach prend pour une preuve d'illusion est, lue depuis la doctrine catholique de la création et de l'image divine, exactement ce que l'on devait s'attendre à trouver si le christianisme dit vrai. Le sens du rapport de projection — de l'homme vers Dieu, ou de Dieu vers l'homme — ne peut pas être tranché par la seule observation de la ressemblance : il exige un examen des preuves indépendantes de l'existence de Dieu, développé dans l'article dédié.
Le jugement du concile Vatican II et du Catéchisme
Le concile œcuménique Vatican II, dans la constitution pastorale Gaudium et Spes (7 décembre 1965), consacre trois paragraphes entiers (§ 19-21) à l'examen des causes de l'athéisme contemporain[65]. Le texte conciliaire commence par un geste d'honnêteté peu commun : il reconnaît que les croyants eux-mêmes portent une part de responsabilité dans la diffusion de l'athéisme, lorsque la négligence de leur éducation religieuse, des présentations trompeuses de la doctrine ou des défaillances de leur vie morale et sociale voilent le vrai visage de Dieu plus qu'ils ne le révèlent[66]. Puis, au paragraphe 20, il examine directement la forme d'athéisme systématique dont Feuerbach est l'une des sources philosophiques les plus étudiées par la théologie du XXe siècle :
« Souvent l'athéisme moderne présente aussi une forme systématique, qui, abstraction faite des autres causes, pousse le désir d'autonomie humaine à un point tel qu'il fait obstacle à toute dépendance à l'égard de Dieu. » — Concile Vatican II, constitution Gaudium et Spes, § 20[67]
Le Catéchisme de l'Église catholique reprend et prolonge cet enseignement conciliaire dans les paragraphes consacrés au premier commandement, en précisant que l'athéisme, dans plusieurs de ses formes contemporaines, « se fonde sur une conception fausse de l'autonomie humaine, poussée jusqu'au refus de toute dépendance à l'égard de Dieu »[68], et que l'humanisme athée considère à tort que l'homme « est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de sa propre histoire »[69]. C'est très exactement le programme que Feuerbach avait formulé un siècle plus tôt dans sa formule Homo homini Deus est. Sans le nommer, le Magistère répond directement à sa thèse centrale : l'homme n'a pas besoin de détrôner Dieu pour devenir pleinement lui-même, car il n'est jamais aussi grand que lorsqu'il vit en relation filiale avec Celui à l'image de qui il a été créé[70].
Les dernières années : pauvreté et engagement social-démocrate
La faillite de la manufacture de Bruckberg
En 1859-1860, la manufacture de porcelaine de Bruckberg, dont dépendait toute la sécurité matérielle du ménage Feuerbach, fait faillite[71]. À cinquante-six ans, Feuerbach se retrouve sans ressources et doit quitter Bruckberg pour s'installer à Rechenberg, modeste hameau proche de Nuremberg, où il vivra jusqu'à sa mort dans une pauvreté que ses admirateurs eux-mêmes qualifièrent de préoccupante[72]. En 1866, il publie encore un dernier grand essai sur les rapports entre théologie et anthropologie, dans lequel il approfondit sa psychologie morale de la religion à travers le concept de Glückseligkeitstrieb[73].
En 1868, Feuerbach lit avec enthousiasme le premier volume du Capital de Marx, publié l'année précédente[74]. En 1870, malgré son grand âge et sa santé déclinante, il adhère formellement au Parti ouvrier social-démocrate allemand (SDAP), fondé l'année précédente à Eisenach par August Bebel et Wilhelm Liebknecht[75]. Ce même mouvement social-démocrate organisera, dans les mêmes années, une souscription publique destinée à soulager la pauvreté de l'auteur de L'Essence du christianisme, devenu par la force des choses l'un de ses pères spirituels[76].
Mort à Rechenberg, 1872
Affaibli par une série d'attaques cérébrales successives au cours de ses deux dernières années, Ludwig Feuerbach meurt à Rechenberg le 13 septembre 1872, à l'âge de soixante-huit ans[77]. Il est inhumé au cimetière Saint-Jean (Johannisfriedhof) de Nuremberg, où ses obsèques rassemblent, aux côtés de ses proches, des délégations ouvrières venues honorer le philosophe qui avait fait de l'homme, et non plus de Dieu, la mesure de toute chose[78].
Postérité : un athéisme qui a vieilli
De la théologie de la libération au freudo-marxisme
Le schéma feuerbachien de la religion comme aliénation à dépasser a connu, au XXe siècle, une postérité qui dépasse de loin les cercles marxistes orthodoxes. Certaines lectures critiques de la religion en termes d'idéologie de classe, développées notamment dans les débats théologiques latino-américains des années 1960-1970, doivent une partie de leur vocabulaire — l'idée de la religion comme instance à « démasquer » plutôt qu'à interpréter au premier degré — à la matrice ouverte par Feuerbach puis reprise par Marx[79]. De même, les tentatives de synthèse entre marxisme et psychanalyse dans l'Europe du milieu du XXe siècle empruntent, souvent sans le citer explicitement, le double schéma feuerbachien de la projection idéalisée et du sentiment de dépendance.
Ce que Feuerbach n'a jamais expliqué
Le philosophe américain Karl Löwith, dans son étude classique From Hegel to Nietzsche (1941), a montré que Feuerbach occupe une position de charnière irremplaçable dans l'histoire de la philosophie allemande du XIXe siècle : sans lui, le passage de l'idéalisme absolu de Hegel au matérialisme historique de Marx, puis à la critique nietzschéenne des valeurs, serait proprement inintelligible[80]. Mais cette centralité historique ne dispense pas d'examiner la solidité propre de sa thèse.
Un siècle et demi après sa mort, la thèse centrale de Feuerbach demeure ce qu'elle était déjà pour ses premiers lecteurs les plus exigeants : une observation psychologique féconde, doublée d'une inférence métaphysique invalide. Que le langage humain sur Dieu emprunte nécessairement des catégories humaines — paternité, amour, puissance, justice — n'a jamais été contesté par la théologie catholique, qui en a fait, bien avant Feuerbach, l'objet d'une doctrine explicite, celle de l'analogie de l'être et de l'homme créé à l'image de Dieu. Ce que Feuerbach n'a en revanche jamais démontré, ni même sérieusement tenté de démontrer, c'est que cette ressemblance nécessaire prouve l'inexistence de son objet. Sur ce point précis — le seul qui compte philosophiquement —, son argument reste, encore aujourd'hui, un sophisme génétique habillé en système.
Pour aller plus loin
- Existence de Dieu — sept objections et réponses catholiques, pour le développement systématique de la réponse à l'objection de la projection psychologique (Feuerbach et Freud).
- Henri de Lubac (1896-1991), pour l'étude complète des quatre figures de l'« athéisme prophétique » — Feuerbach, Marx, Nietzsche, Comte.
- Cornelio Fabro (1911-1995), pour la généalogie cartésienne complète de l'athéisme moderne jusqu'à Feuerbach et Marx.
- Le concile Vatican II (1962-1965), pour le contexte doctrinal complet de Gaudium et Spes sur l'athéisme et le dialogue avec le monde contemporain.
Notes et références
Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, § 20, texte français sur vatican.va (https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_fr.html) — « Souvent l'athéisme moderne présente aussi une forme systématique, qui, abstraction faite des autres causes, pousse le désir d'autonomie humaine à un point tel qu'il fait obstacle à toute dépendance à l'égard de Dieu. » « Ceux qui professent un athéisme de cette sorte soutiennent que la liberté consiste en ceci que l'homme est pour lui-même sa propre fin, le seul artisan et le démiurge de sa propre histoire. »
1 67 69Britannica, article « Ludwig Feuerbach », et Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » (https://plato.stanford.edu/entries/ludwig-feuerbach/) — naissance le 28 juillet 1804 à Landshut, quatrième des cinq fils de Paul Johann Anselm Ritter von Feuerbach et d'Eva Wilhelmine Tröster.
2Britannica, article « Ludwig Feuerbach », section biographique — Anselm von Feuerbach, juriste réformateur du droit pénal bavarois, auteur du Code pénal de 1813 et artisan de l'abolition de la torture judiciaire en Bavière ; enquêteur reconnu sur l'affaire Kaspar Hauser. Voir aussi Wikipédia anglophone, article « Paul Johann Anselm Ritter von Feuerbach ».
3Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », section biographique — fratrie de cinq fils, dont l'archéologue Joseph Anselm Feuerbach et le philologue Friedrich Feuerbach, chacun distingué dans son domaine.
4Van A. Harvey, Feuerbach and the Interpretation of Religion, Cambridge University Press, Cambridge Studies in Religion and Critical Thought, 1995 — étude psychobiographique du rapport de Feuerbach à l'autorité paternelle et religieuse comme arrière-plan possible de sa critique de la religion, présentée par l'auteur lui-même comme une hypothèse et non comme une preuve.
5 54Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », chronologie biographique — inscription à la faculté de théologie de l'université de Heidelberg en 1823.
6Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — cours du théologien rationaliste Heinrich Eberhard Gottlob Paulus jugés vides par Feuerbach, intérêt suscité par l'enseignement plus spéculatif de Karl Daub, qui l'oriente vers la philosophie.
7Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — départ pour l'université de Berlin en 1824 afin de suivre l'enseignement direct de Hegel.
8Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », section sur la phase idéaliste initiale (1828-1839) — adhésion à un idéalisme panthéiste de type spinoziste, thèse de la raison une et universelle, de la pensée comme activité de l'Espèce agissant par l'individu.
9Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — dissertation doctorale De ratione, una, universali, infinita soutenue à Erlangen en 1828, obtention d'un poste de Privatdozent la même année.
10Britannica et Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — publication anonyme à Nuremberg, en 1830, des Gedanken über Tod und Unsterblichkeit (Pensées sur la mort et l'immortalité), attaque du dogme de l'immortalité personnelle de l'âme au nom d'un panthéisme spéculatif centré sur l'Espèce.
11Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — levée rapide de l'anonymat, scandale entraînant la fin de toute perspective de carrière universitaire rémunérée pour Feuerbach en 1832.
12Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — tentative infructueuse de 1836 pour obtenir un poste universitaire ; Feuerbach ne détiendra jamais de chaire rémunérée.
13Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — trois monographies d'histoire de la philosophie moderne publiées entre 1833 et 1838 : de Bacon à Spinoza, sur Leibniz, puis sur Pierre Bayle.
14Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », section sur la rupture avec l'hégélianisme (1839-1843) — l'étude sur Bayle (1838) comme étape du détachement progressif à l'égard de Hegel, appel à un « retour à la nature ».
15Wikipédia anglophone, article « Ludwig Feuerbach » — publication en 1839, dans les Hallische Jahrbücher d'Arnold Ruge, de la Contribution à la critique de la philosophie hégélienne (Zur Kritik der Hegelschen Philosophie), texte marquant la rupture consommée avec le système hégélien.
16Britannica, article « Ludwig Feuerbach » — mariage en 1837 avec Bertha Löw, copropriétaire d'une manufacture de porcelaine à Bruckberg (Bavière).
17Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — installation à Bruckberg à partir de 1837, permise par la fortune de l'épouse, permettant à Feuerbach de vivre en reclus studieux à l'écart des cercles universitaires pendant plus de vingt ans.
18Ludwig Feuerbach, Essence du christianisme, traduction de l'allemand par Joseph Roy, Paris, Librairie internationale / Bruxelles, A. Lacroix, Verboeckhoven & Cie, 1864 — première traduction française autorisée par l'auteur, texte consultable sur Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/Essence_du_Christianisme).
19Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. Joseph Roy, réédition présentée par Jean-Pierre Osier, Paris, François Maspero, coll. « Grands textes », 1968.
20Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande (Ludwig Feuerbach und der Ausgang der klassischen deutschen Philosophie), 1888, chap. I — récit de l'effet libérateur de L'Essence du christianisme sur la génération des jeunes-hégéliens : « nous fûmes tous, pour un moment, des feuerbachiens ».
21 48Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », section sur la méthode transformative — inversion dialectique du sujet et du prédicat entre les propositions théologiques et anthropologiques, formule « theology is anthropology ».
22Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. Joseph Roy, 1864, Introduction, chap. II « De l'essence de la religion en général », texte consultable sur Wikisource : https://fr.wikisource.org/wiki/Essence_du_christianisme/Introduction/chap_2 — « La conscience que l'homme a de Dieu est la conscience qu'il a de lui-même, sa connaissance de l'être suprême est la connaissance qu'il a de son propre être. »
23Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. Joseph Roy, 1864, Introduction, chap. II, ibid. — « La religion est la première, mais indirecte conscience que l'homme a de lui-même. »
24Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. Joseph Roy, 1864, Introduction, chap. II, ibid. — « L'être divin n'est pas autre chose que l'être de l'homme délivré des liens et des bornes de l'individu [...], objectivé, c'est-à-dire contemplé et adoré comme un être à part. »
25Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — la religion comme dédoublement et aliénation inconsciente de la conscience humaine, qui projette au-dehors ses propres perfections avant de les adorer comme si elles lui étaient étrangères.
26Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — l'aliénation religieuse comprise par Feuerbach comme une étape nécessaire de l'histoire de la conscience humaine, préalable à la reconnaissance de soi.
27Ludwig Feuerbach, L'Essence du christianisme, trad. Jean-Pierre Osier, Paris, François Maspero, 1982, section « La théologie démystifiée, c'est l'anthropologie » — « Homo homini Deus est — tel est le principe pratique suprême, tel est le tournant de l'histoire mondiale » ; « Si l'essence de l'homme est pour lui l'essence suprême, alors pratiquement la loi suprême et première doit être l'amour de l'homme pour l'homme. »
28 29Ludwig Feuerbach, Essence du christianisme, trad. Joseph Roy, 1864, table des matières complète consultable sur Wikisource (https://fr.wikisource.org/wiki/Essence_du_Christianisme) — première partie (« essence vraie », anthropologique) en dix-sept chapitres, seconde partie (« essence fausse », théologique) en huit chapitres et une conclusion.
30 32Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — lecture feuerbachienne des attributs divins (toute-puissance, providence, Incarnation) comme projections de besoins et d'aspirations humains portés à l'infini.
31Ludwig Feuerbach, Grundsätze der Philosophie der Zukunft (Principes de la philosophie de l'avenir), 1843, cité par la Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — « C'est en opposition complète à la philosophie hégélienne que je me considère désormais comme un réaliste et un matérialiste. »
33Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — thèse des Principes de la philosophie de l'avenir (1843) selon laquelle l'être précède la pensée et non l'inverse, contre l'idéalisme hégélien.
34Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — thèse de la corporéité comme essence du moi, rejet feuerbachien de la séparation substantielle entre âme et corps.
35Ludwig Feuerbach, « Die Naturwissenschaft und die Revolution », in Blätter für literarische Unterhaltung, novembre 1850, recension du traité Lehre der Nahrungsmittel de Jacob Moleschott (1850) — origine de la formule « Der Mensch ist, was er ißt » (« l'homme est ce qu'il mange »).
36Ludwig Feuerbach, Das Geheimnis des Opfers oder Der Mensch ist, was er ißt (« Le secret du sacrifice, ou l'homme est ce qu'il mange »), 1862 — reprise en titre de la formule de 1850, approfondissement de l'anthropologie matérialiste sensualiste.
37Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — modèle « bipolaire » de la religion développé dans L'Essence de la foi selon Luther (1844) et L'Essence de la religion (1846) : sentiment de dépendance (Abhängigkeitsgefühl) de l'homme envers la nature.
38Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — concept de Glückseligkeitstrieb (pulsion vers le bonheur) comme second ressort psychologique de la religion, à côté du sentiment de dépendance.
39Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — Theogonie nach den Quellen des klassischen, hebräischen und christlichen Altertums, 1857, enquête philologique sur la généalogie des dieux antiques et bibliques comme réponses à la nécessité naturelle.
40Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » ; Boston Collaborative Encyclopedia of Western Theology, article « Ludwig Feuerbach » (https://people.bu.edu/wwildman/bce/feuerbach.htm) — cycle de conférences publiques données à la salle de l'hôtel de ville de Heidelberg, deux fois par semaine de décembre 1848 à mars 1849, à l'invitation d'étudiants espérant sa nomination à la faculté de philosophie, l'université lui ayant refusé l'usage de ses locaux ; auditoire nombreux comprenant notamment le physiologiste Jacob Moleschott.
41Ludwig Feuerbach, Vorlesungen über das Wesen der Religion (Leçons sur l'essence de la religion), Leipzig, 1851 — publication du cycle de conférences de Heidelberg de 1848-1849.
42Wikipédia francophone, article « Thèses sur Feuerbach » — rédaction par Karl Marx au printemps 1845 dans un carnet privé, non publiées du vivant de l'auteur, éditées en 1888 par Friedrich Engels en annexe de Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, texte original retrouvé et publié en 1932.
43Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, IVe thèse, 1845, texte français consultable sur marxists.org (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450001.htm) — « Feuerbach part du fait que la religion rend l'homme étranger à lui-même et dédouble le monde en un monde religieux [...] et un monde temporel. »
44Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, VIe thèse, 1845, ibid. — « Feuerbach résout l'essence religieuse en l'essence humaine. Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. »
45 57Karl Marx, Thèses sur Feuerbach, XIe thèse, 1845, ibid. — « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. »
46Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach », section sur l'influence sur Marx et Engels — Marx reprochant à Feuerbach de négliger l'histoire et les conditions sociales concrètes, en réduisant l'homme à une abstraction universelle (l'Espèce).
47Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — selon Engels, L'Essence du christianisme établit que la conscience humaine est la seule conscience existante et qu'elle dépend ontologiquement de l'existence physique de l'homme.
49Sigmund Freud, L'Avenir d'une illusion (Die Zukunft einer Illusion), 1927, trad. fr. Marie Bonaparte, Paris, Denoël & Steele, 1932 — thèse de la croyance religieuse comme illusion infantile, projection du père terrestre idéalisé destinée à apaiser l'angoisse humaine devant la nature et la mort.
50Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — le concept feuerbachien de Glückseligkeitstrieb lu comme anticipation des formulations freudiennes sur les pulsions inconscientes motivant le comportement religieux.
51Alvin Plantinga, Warranted Christian Belief, Oxford University Press, 2000 — démonstration que l'argument génétique (expliquer psychologiquement l'origine d'une croyance) ne touche pas la question de sa justification épistémologique ni de sa vérité.
52Van A. Harvey, Feuerbach and the Interpretation of Religion, Cambridge University Press, 1995, chap. 1 — sur la réversibilité en principe de l'argument psychologique de la projection, applicable en théorie à toute conviction, religieuse ou athée.
53Cornelio Fabro, Introduzione all'ateismo moderno, 2 vol., Rome, Editrice Studium, 1964 (2ᵉ éd. augmentée 1969 ; trad. anglaise partielle God in Exile: Modern Atheism, New York, Newman Press, 1968 ; trad. fr. Introduction à l'athéisme moderne, Éditions Anne Sigier, 1999) — généalogie de l'athéisme moderne fondée sur le principe d'immanence cartésien, qui inverse l'ordre de l'être et de la pensée.
55Cornelio Fabro, Introduzione all'ateismo moderno, op. cit. — déploiement du principe d'immanence de Descartes et Spinoza à Hegel, puis à sa retombée matérialiste chez Feuerbach et Marx, pour qui Dieu n'est plus qu'une projection de l'homme. Citation reprise et développée dans l'article Ignispedia Cornelio Fabro (1911-1995).
56Henri de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, Paris, Éditions Spes, 1944 (3ᵉ éd. 1945 ; rééd. Cerf, coll. « Œuvres complètes ») — étude de l'« athéisme prophétique » du XIXe siècle à travers les figures de Feuerbach, Marx, Nietzsche et Auguste Comte, par opposition à l'athéisme sans conséquence du sceptique ordinaire.
58Henri de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, op. cit. — pour ces quatre penseurs, la négation de Dieu se présente comme condition nécessaire de l'épanouissement humain, non comme simple absence.
59Henri de Lubac, Le Drame de l'humanisme athée, Paris, Éditions Spes, 1944, p. 12 (3ᵉ éd. 1945, p. 10) ; citation reprise par Paul VI, encyclique Populorum progressio, 26 mars 1967, n° 42 (https://www.vatican.va/content/paul-vi/fr/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_26031967_populorum.html) — « Il n'est pas vrai que l'homme, comme on l'entend dire parfois, ne peut pas organiser la terre sans Dieu. Il est vrai que, sans Dieu, il ne peut en fin de compte que l'organiser contre l'homme. L'humanisme exclusif est un humanisme inhumain. »
60Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, § 20, texte français sur vatican.va (https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_fr.html) — sur les régimes marxistes qui, au pouvoir, « attaquent la religion avec violence [...] utilisant pour la diffusion de l'athéisme [...] tous les moyens de pression dont le pouvoir public dispose ».
61Genèse 1, 26-27, Bible de Jérusalem — « Dieu dit : “Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance.” [...] Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme. »
62Saint Thomas d'Aquin, Somme de théologie, Ia, q. 13 (« Des noms divins »), notamment a. 5 sur l'analogie des noms attribués à Dieu et aux créatures — les perfections humaines comme participations finies de perfections qui préexistent en Dieu de façon infinie et non composée.
63Catéchisme de l'Église catholique, § 41 — toutes les créatures portent une certaine ressemblance de Dieu, tout spécialement l'homme créé à son image ; de la grandeur et de la beauté des créatures, on connaît par analogie leur Auteur (Sg 13, 5).
64Concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes sur l'Église dans le monde de ce temps, 7 décembre 1965, § 19-21, texte français sur vatican.va (https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_fr.html) — examen des formes et des causes de l'athéisme contemporain.
65Concile Vatican II, Gaudium et Spes, § 19 — reconnaissance que les croyants portent une part de responsabilité dans la diffusion de l'athéisme lorsque la négligence de leur éducation religieuse, des présentations trompeuses de la doctrine ou des défaillances de leur vie morale et sociale voilent le vrai visage de Dieu plus qu'ils ne le révèlent.
66Catéchisme de l'Église catholique, § 2126 — l'athéisme se fondant souvent sur une conception fausse de l'autonomie humaine, poussée jusqu'au refus de toute dépendance à l'égard de Dieu, en écho direct à Gaudium et Spes, § 20.
68Catéchisme de l'Église catholique, § 1701, citant la constitution Gaudium et Spes, § 22 — « le mystère de l'homme ne s'éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » ; l'homme n'atteint sa pleine stature qu'en relation avec Dieu à l'image de qui il a été créé.
70Britannica, article « Ludwig Feuerbach » — faillite de la manufacture de porcelaine de Bruckberg en 1859-1860, ruine financière de Feuerbach à cinquante-six ans.
71Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — installation à Rechenberg, près de Nuremberg, à partir de 1859-1860, pauvreté des dernières années, souscription organisée par le mouvement social-démocrate allemand en soutien au philosophe.
72 76Stanford Encyclopedia of Philosophy, article « Ludwig Andreas Feuerbach » — dernier grand essai de 1866 sur les rapports entre théologie et anthropologie, approfondissement du concept de Glückseligkeitstrieb.
73Wikipédia anglophone, article « Ludwig Feuerbach » — lecture enthousiaste, en 1868, du premier volume du Capital de Marx, publié l'année précédente (1867).
74Wikipédia anglophone, article « Ludwig Feuerbach » — adhésion en 1870 au Parti ouvrier social-démocrate allemand (SDAP), fondé en 1869 à Eisenach par August Bebel et Wilhelm Liebknecht.
75Wikipédia anglophone, article « Ludwig Feuerbach » — mort à Rechenberg le 13 septembre 1872, à l'âge de soixante-huit ans, après plusieurs attaques cérébrales successives.
77Wikipédia anglophone, article « Ludwig Feuerbach » — inhumation au cimetière Saint-Jean (Johannisfriedhof) de Nuremberg.
78Karl Löwith, From Hegel to Nietzsche: The Revolution in Nineteenth-Century Thought, (éd. orig. allemande Von Hegel zu Nietzsche, 1941 ; trad. angl. David E. Green, 1964) — sur la matrice feuerbacho-marxiste des lectures ultérieures de la religion comme instance idéologique à démasquer.
79Karl Löwith, From Hegel to Nietzsche, op. cit. — Feuerbach comme charnière indispensable entre l'idéalisme absolu de Hegel et le matérialisme historique de Marx, puis la critique nietzschéenne des valeurs.
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