Joseph Smith Jr. (1805-1844) est un agriculteur américain de l'ouest de l'État de New York devenu, en l'espace de quatorze années, le fondateur d'une religion mondiale : l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, plus connue sous le nom de mormonisme[1]. Fils d'une famille pauvre et instable, marquée par la culture populaire de la divination et la fièvre religieuse du « Burned-over District », il affirme avoir reçu à l'âge de quatorze ans une vision divine, puis avoir traduit, à partir de plaques d'or confiées par un ange, un nouveau livre sacré publié en 1830 sous le titre Le Livre de Mormon.
Dans ce laps de temps très court — de la fondation de son Église le 6 avril 1830 à sa mort le 27 juin 1844 —, Smith organise une communauté religieuse structurée, bâtit et perd deux villes (Kirtland dans l'Ohio, Far West dans le Missouri), fonde une troisième cité largement autonome (Nauvoo, dans l'Illinois), introduit secrètement la polygamie, se fait initier franc-maçon avant de composer le rituel du temple mormon, se présente à la présidence des États-Unis, et meurt assassiné par une foule armée dans la prison de Carthage, à trente-huit ans. Ses partisans y voient un martyre scellant son autorité prophétique ; l'historiographie, y compris mormone, reconnaît un parcours nettement plus complexe et contradictoire que la légende dorée qui s'est construite après sa mort.
Cet article retrace la vie de l'homme — son enfance, sa formation, ses déplacements successifs, ses choix politiques et matrimoniaux, sa mort et sa succession — à partir des sources primaires et de l'historiographie académique la plus rigoureuse, y compris mormone. Il ne reprend pas en détail l'examen doctrinal du mormonisme (nature de Dieu, canon rouvert, pluralité des dieux, Livre d'Abraham, validité du baptême), déjà traité de façon approfondie dans l'article Ignispedia Les mormons, vers lequel on renverra systématiquement pour ces questions.
Une enfance pauvre dans le « Burned-over District »
Naissance et famille
Joseph Smith Jr. naît le 23 décembre 1805 à Sharon, dans le Vermont, cinquième des onze enfants mis au monde par Joseph Smith Sr., cultivateur itinérant et chercheur de trésors occasionnel, et Lucy Mack Smith, fille d'un fermier du New Hampshire, et quatrième des neuf qui survivent à la petite enfance[2]. Vers l'âge de sept ans, Joseph subit une opération douloureuse de la jambe pour traiter une infection osseuse ; il refuse l'alcool et les liens qu'on lui propose pour endurer la douleur et doit se déplacer avec des béquilles pendant environ trois ans[3]. En 1816, après plusieurs récoltes ruinées par de mauvaises années climatiques dans le Vermont — 1816 est mondialement surnommée « l'année sans été », conséquence de l'éruption du volcan Tambora en 1815 —, la famille parcourt près de 480 kilomètres vers l'ouest et s'installe près de Palmyra, puis de Manchester, dans l'État de New York[4].
En 1823, le frère aîné de Joseph, Alvin, meurt à vingt-cinq ans des suites d'un empoisonnement au mercure consécutif à un traitement médical de l'époque — un deuil que la famille Smith relie plus tard, dans ses souvenirs, à la période où Joseph commence à recevoir ses premières visions[5]. La région où grandit Joseph est alors traversée par une succession de « réveils » (revivals) protestants si intenses que l'historien Whitney R. Cross la surnomme le Burned-over District — « le district brûlé » —, tant méthodistes, baptistes, presbytériens et sectes communalistes s'y disputent les âmes[6]. À cela s'ajoute une culture populaire répandue de la magie et de la divination par pierre de voyance, dans laquelle la famille Smith est profondément immergée.
La chasse aux trésors et le procès de 1826
Dans les années 1820, Joseph Smith Jr. est connu localement comme « regardeur de pierre » (glass-looker) : il propose, moyennant rémunération, de localiser des trésors enfouis à l'aide d'une pierre de voyance placée dans un chapeau. Le 20 mars 1826, à South Bainbridge (État de New York), il comparaît devant un juge sous le chef d'accusation de « personne trouble-fête » pour cette pratique ; l'issue exacte du procès reste débattue par les historiens, mais l'Église elle-même reconnaît aujourd'hui officiellement l'existence de la procédure sur son site institutionnel[7]. Ce détail biographique, longtemps minimisé, importe pour comprendre la suite : c'est avec cette même méthode — visage plongé dans un chapeau autour d'une pierre — que Smith dictera trois ans plus tard le texte du Livre de Mormon. Pour un examen complet des sources et de la controverse historiographique sur ce point, voir Les mormons.
Le mariage avec Emma Hale
Le 18 janvier 1827, Joseph Smith épouse Emma Hale, fille d'un fermier de Harmony (Pennsylvanie) chez qui il avait logé lors d'une expédition de chasse au trésor. Le père d'Emma, hostile à l'union en raison de la réputation de « regardeur de pierre » de Joseph, refuse son consentement ; les deux jeunes gens s'enfuient et se marient sans son accord, avant de s'installer un temps à Harmony[8]. Emma Hale Smith demeurera, jusqu'à la mort de Joseph, un témoin de première ligne de tous les épisodes majeurs de sa vie religieuse — y compris, on le verra, du désaccord le plus douloureux de leur union : l'introduction du mariage pluriel.
De la Première Vision à la fondation de l'Église (1820-1830)
La Première Vision et l'ange Moroni
Selon le récit canonique du mormonisme, publié dans sa forme la plus développée en 1838, Joseph Smith, troublé par les rivalités entre confessions protestantes, se retire en prière dans un bois près de la ferme familiale au printemps 1820 et y reçoit la visite du Père et du Fils, qui lui annoncent qu'aucune Église existante ne détient la vérité[9]. Sept ans plus tard, dans la nuit du 21 au 22 septembre 1827, il affirme recevoir d'un ange nommé Moroni, sur une colline voisine appelée Cumorah, un jeu de plaques d'or gravées en « égyptien réformé », contenant l'histoire religieuse d'anciens habitants hébreux de l'Amérique. Ces deux récits fondateurs — dont il existe en réalité plusieurs versions successives et divergentes rédigées par Smith lui-même entre 1832 et 1842 — sont examinés en détail, avec comparaison textuelle complète des variantes, dans l'article Les mormons.
La traduction et la publication du Livre de Mormon
Entre 1827 et 1829, Smith dicte le texte du Livre de Mormon à plusieurs scribes successifs, dont Emma elle-même à ses débuts, puis surtout Oliver Cowdery, en plaçant une pierre de voyance dans un chapeau et en lisant à voix haute les mots qui lui apparaissent, le visage enfoui pour bloquer la lumière — méthode que l'Église reconnaît officiellement depuis 2013 dans un essai doctrinal publié sur son site institutionnel[10]. Le manuscrit est achevé vers le 1ᵉʳ juillet 1829 et le livre, imprimé à Palmyra chez Egbert B. Grandin, est mis en vente le 26 mars 1830[11]. Le contenu doctrinal et les problèmes archéologiques et linguistiques que pose ce texte sont traités en détail dans Les mormons ; cet article se concentre sur ce que cette publication change dans la vie de Smith : elle fait de lui, du jour au lendemain, une figure religieuse publique, entourée d'un premier cercle de disciples convaincus — les futurs « Trois Témoins » et « Huit Témoins » du livre.
La fondation de l'Église, le 6 avril 1830
- 23 décembre 1805Naissance à Sharon (Vermont)
Joseph Smith Jr. naît cinquième des onze enfants, quatrième des neuf survivants, de Joseph Smith Sr. et Lucy Mack Smith.
- 1816Installation à Palmyra (New York)
Après plusieurs récoltes ruinées dans le Vermont, la famille s'installe dans l'ouest de l'État de New York, au cœur du « Burned-over District ».
- 20 mars 1826Le procès de South Bainbridge
Joseph Smith comparaît pour « glass-looking », pratique de divination par pierre de voyance.
- 18 janvier 1827Mariage avec Emma Hale
Les deux jeunes gens s'enfuient et se marient sans le consentement du père d'Emma.
- 22 septembre 1827L'obtention des plaques d'or
Smith affirme recevoir de l'ange Moroni, sur la colline de Cumorah, les plaques dont il tirera le Livre de Mormon.
- 26 mars 1830Publication du Livre de Mormon
Le livre est imprimé à Palmyra et mis en vente publique.
- 6 avril 1830Fondation de l'Église du Christ
Organisation formelle de la première communauté à Fayette, New York, avec six membres fondateurs.
- 1831-1838Kirtland (Ohio)
Construction du premier temple mormon (1836) ; faillite de la Kirtland Safety Society (1837) ; fuite vers le Missouri.
- 1838-1839Missouri : guerre et prison de Liberty
Ordre d'extermination du gouverneur Boggs (27 octobre 1838) ; quatre mois d'emprisonnement à Liberty.
- 1839-1844Nauvoo (Illinois)
Fondation d'une cité quasi autonome ; franc-maçonnerie et endowment du temple ; polygamie secrète ; candidature à la présidence.
- 10 juin 1844Destruction du Nauvoo Expositor
Smith, maire de Nauvoo, ordonne la destruction du journal dissident qui venait de révéler sa polygamie.
- 27 juin 1844Mort à Carthage
Joseph et son frère Hyrum sont tués par une foule armée dans la prison de Carthage (Illinois).
- 8 août 1844Brigham Young sustenu comme successeur
Une assemblée générale des Saints désigne le Collège des Douze Apôtres, conduit par Brigham Young, à la tête de l'Église.
Le 6 avril 1830, à Fayette (comté de Seneca, État de New York), Joseph Smith organise formellement l'Église du Christ — elle prendra en 1838 son nom définitif d'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours — avec six membres fondateurs, conformément à une exigence légale de l'État de New York sur l'incorporation des sociétés religieuses[12]. La communauté grandit rapidement : dès l'automne 1830, des missionnaires partent évangéliser au Canada puis chez les tribus amérindiennes de l'Ohio, où ils convertissent en masse la congrégation du pasteur campbelliste Sidney Rigdon, qui devient l'un des plus proches collaborateurs de Smith. C'est dans l'Ohio, à Kirtland, que la jeune Église transporte bientôt son centre.
Kirtland (1831-1838) : premier temple, première faillite
L'installation en Ohio et le premier temple
Dès janvier 1831, Smith transfère le siège de son Église à Kirtland, dans l'Ohio, où la communauté campbelliste convertie par Rigdon fournit un premier noyau de plusieurs centaines de fidèles. La ville devient un chantier permanent : les Saints y construisent, entre 1833 et 1836, le premier temple mormon, dédié le 27 mars 1836, financé en grande partie par des dons et des emprunts contractés par la communauté elle-même. Parallèlement, Smith commence à enseigner en privé, dès 1831, les prémisses de ce qui deviendra la doctrine du mariage pluriel — plusieurs années avant sa révélation publique de 1843[13].
La Kirtland Safety Society : un effondrement bancaire
En 1836-1837, Smith organise une banque communautaire, la Kirtland Safety Society, pour financer l'expansion de la ville et de l'Église. L'établissement s'effondre en l'espace d'à peine un mois, victime à la fois de la panique financière nationale de 1837 et de l'absence de charte bancaire légale de l'État de l'Ohio ; Smith et Rigdon sont poursuivis en justice pour avoir fait fonctionner une banque illégale, reconnus coupables et condamnés à une amende[14]. La faillite ruine de nombreux fidèles, provoque la première grande vague de défections et de procès civils contre Smith, et le contraint, avec Rigdon, à fuir précipitamment Kirtland début 1838 pour rejoindre la nouvelle colonie mormone du Missouri, où une partie des Saints s'était déjà installée depuis 1831 dans l'espoir d'y bâtir la « Nouvelle Sion »[15].
Fanny Alger : le premier mariage plural
C'est également durant la période de Kirtland, vers 1833, que Smith contracte ce que les historiens mormons considèrent aujourd'hui comme son premier mariage plural : avec Fanny Alger, jeune domestique employée par le foyer Smith, alors âgée d'environ seize ou dix-sept ans[16]. L'épisode, révélé par des rumeurs qui contribuent à la rupture entre Smith et son ancien conseiller Oliver Cowdery — celui-ci qualifiera publiquement l'affaire d'« amour sale, vil et infâme » —, demeure entouré d'incertitudes documentaires sur sa nature exacte, mais l'historien mormon Todd Compton, dans son étude de référence sur les épouses plurales de Smith, le retient comme le point de départ de la pratique[17]. La doctrine du mariage pluriel ne sera codifiée par une « révélation » officielle qu'une décennie plus tard, à Nauvoo.
Missouri (1838-1839) : la guerre mormone et la prison de Liberty
Far West et la montée des tensions
Réfugié dans le Missouri au début de 1838, Smith établit le nouveau siège de son Église à Far West, dans le comté de Caldwell, où plusieurs milliers de Saints se sont déjà rassemblés depuis 1831 en vue d'y bâtir « Sion ». Les tensions avec les colons non mormons du Missouri, déjà vives depuis 1833 dans le comté voisin de Jackson, dégénèrent à l'été 1838 : le 6 août, une rixe électorale à Gallatin entre Mormons et habitants du comté déclenche ce que l'historiographie appelle la guerre mormone de 1838[18]. Une milice mormone clandestine, les « Danites », se constitue pour intimider les dissidents internes et défendre les colonies mormones contre les milices du Missouri.
L'ordre d'extermination et le massacre de Haun's Mill
Le 27 octobre 1838, à la suite de la bataille de Crooked River, le gouverneur du Missouri Lilburn W. Boggs signe l'Executive Order 44, resté dans l'histoire sous le nom d'« ordre d'extermination » : il y déclare que « les Mormons doivent être traités en ennemis et doivent être exterminés ou chassés de l'État si la paix publique l'exige »[19]. Trois jours plus tard, le 30 octobre 1838, une milice de colons non mormons attaque le petit hameau mormon de Haun's Mill, tuant dix-sept hommes et jeunes garçons, dont certains désarmés à l'intérieur d'une forge où ils s'étaient réfugiés[20]. Cet ordre du gouverneur Boggs ne sera formellement révoqué par l'État du Missouri qu'en 1976, sous le gouverneur Christopher Bond, qui le qualifiera de contraire aux droits constitutionnels à la vie, à la liberté, à la propriété et à la liberté religieuse[21].
Quatre mois à la prison de Liberty
Le 31 octobre 1838, les forces mormones capitulent. Smith est traduit devant une cour martiale, accusé de trahison, et une exécution sommaire est un temps envisagée avant d'être écartée par un général refusant d'obtempérer. Il passe ensuite l'hiver 1838-1839, soit environ quatre mois, emprisonné avec plusieurs compagnons dans la petite prison de Liberty (comté de Clay), un cachot de pierre exigu où il rédige plusieurs lettres qui seront plus tard intégrées, sous forme de révélations, au recueil canonique Doctrine et Alliances. Il s'évade de la garde qui le transfère d'un comté à l'autre le 16 avril 1839 — sorti de Liberty le 6 avril pour une audience à Gallatin, il fausse compagnie à son escorte en route vers le comté de Boone —, probablement avec la connivence tacite du shérif et des gardes chargés de son transport, et rejoint les Saints qui ont commencé à fuir massivement le Missouri vers l'Illinois[22].
Nauvoo (1839-1844) : la cité théocratique
La fondation d'une cité quasi autonome
En 1839, Smith achète des terres marécageuses le long du Mississippi, dans le village de Commerce (Illinois), qu'il rebaptise Nauvoo — mot qu'il présente comme dérivé de l'hébreu et signifiant « beauté ». Le 16 décembre 1840, le gouverneur de l'Illinois Thomas Carlin approuve une charte municipale exceptionnellement large, votée à une majorité bipartisane par la législature de l'État — Whigs et Démocrates confondus, dont un jeune député nommé Abraham Lincoln —, qui confère à Nauvoo sa propre milice (la Légion de Nauvoo), ses propres tribunaux municipaux et une large autonomie administrative[23]. Le 4 février 1841, Smith reçoit le grade de lieutenant-général à la tête de cette milice — le grade militaire le plus élevé de tout l'État de l'Illinois, qu'aucun autre officier américain ne dépasse alors[24]. En quelques années, Nauvoo devient l'une des rares villes de l'Illinois dotées d'un tel statut légal, aux côtés de Chicago, Alton, Galena, Quincy et Springfield, portée par un afflux constant de convertis venus des États-Unis mais aussi, de plus en plus, de Grande-Bretagne grâce à des missions organisées dès 1837-1840[25].
La franc-maçonnerie et la naissance de l'endowment du temple
Le 15 octobre 1841, le Grand Maître de la Grande Loge maçonnique de l'Illinois délivre une dispense autorisant la création d'une loge à Nauvoo, qui tient sa première réunion le 29 décembre 1841. Joseph Smith y est initié apprenti le 15 mars 1842, puis reçoit ses grades de compagnon et de maître le lendemain même, une progression exceptionnellement rapide selon les usages maçonniques ordinaires[26]. Six semaines plus tard à peine, début mai 1842, Smith introduit pour la première fois la cérémonie du temple endowment, rituel d'investiture sacrée destiné à ses fidèles les plus proches. L'historien mormon Richard L. Bushman, auteur de la biographie de référence sur Smith, relève que certaines portions du rituel du temple reprennent des éléments du cérémonial maçonnique que Smith venait d'observer, et cite une remarque attribuée à Smith selon laquelle la franc-maçonnerie aurait été « tirée de la prêtrise, mais aurait dégénéré », tout en conservant des éléments authentiques[27]. Le mormonisme réinterprète cependant ces symboles empruntés — tabliers, gestes rituels, mots de passe — dans un cadre théologique entièrement distinct de la symbolique maçonnique d'origine.
Le Livre d'Abraham et les papyrus égyptiens
En juillet 1835, Smith achète à un marchand itinérant, Michael Chandler, un lot de papyrus égyptiens accompagnés de plusieurs momies, qu'il présente comme contenant « les écrits d'Abraham pendant qu'il était en Égypte ». Le texte qu'il en tire, publié en 1842 puis canonisé en 1880 sous le titre Livre d'Abraham, devient l'une des pièces du canon mormon les plus contestées : les papyrus retrouvés en 1967 ont été identifiés par les égyptologues, y compris mormons, comme des textes funéraires égyptiens usuels datant d'environ cinquante ans avant notre ère, sans aucun rapport avec Abraham. L'examen complet de ce dossier égyptologique, avec les citations des spécialistes et la reconnaissance officielle du problème par l'Église elle-même depuis 2014, figure dans l'article Les mormons.
La révélation sur le mariage pluriel
Le 12 juillet 1843, à Nauvoo, Smith dicte à son scribe William Clayton le texte qui deviendra la section 132 de Doctrine et Alliances : une « révélation » codifiant théologiquement la pratique du mariage pluriel, déjà exercée en secret depuis une dizaine d'années, et ordonnant nommément à Emma Smith de l'accepter sous peine de conséquences spirituelles graves[28]. Le texte n'est lu qu'au Haut Conseil de l'Église le mois suivant et demeure caché au reste des fidèles ; Emma elle-même, selon le témoignage ultérieur de Clayton, aurait fini par brûler le manuscrit original en signe de refus[29].
Le mariage pluriel de Smith concerne, selon l'estimation la plus rigoureuse établie par l'historien Todd Compton à partir des sources documentaires disponibles, trente-trois femmes distinctes entre 1833 et 1844 — un chiffre confirmé dans son ordre de grandeur par l'essai doctrinal officiel de l'Église publié en 2014, qui reconnaît entre trente et quarante épouses plurales[30]. Parmi elles figurent plusieurs femmes déjà mariées civilement à d'autres hommes (mariage dit « polyandrique »), ainsi que Helen Mar Kimball, fille de l'apôtre Heber C. Kimball, épousée en mai 1843 alors qu'elle n'a pas encore quinze ans — l'Église reconnaît elle-même officiellement, dans le même essai de 2014, que ce mariage « ne serait pas approprié selon les normes d'aujourd'hui », tout en le qualifiant de légal pour l'époque[31].
| Source | Estimation du nombre d'épouses plurales | Nature de la source |
|---|---|---|
| Andrew Jenson, historien officiel de l'Église (1887) | 27 épouses reconnues | Interne, première recension officielle |
| Todd M. Compton, In Sacred Loneliness (1997) | 33 épouses documentées | Étude académique indépendante, la plus citée |
| Église LDS, Gospel Topics Essay (2014) | Entre 30 et 40 épouses plurales | Reconnaissance officielle contemporaine |
Cette pratique demeure secrète pour l'immense majorité des Saints de Nauvoo, y compris pendant plusieurs années après la mort de Smith ; sa révélation publique par des dissidents en 1844 précipite directement la crise qui conduira à sa mort.
Le Conseil des Cinquante et « Prophète, Prêtre et Roi »
Le 11 mars 1844, Smith organise un corps politique secret, le Conseil des Cinquante, chargé selon lui de préparer sur terre un « royaume politique de Dieu » en vue du retour du Christ. Le 11 avril 1844, ce Conseil vote pour reconnaître Smith comme « Prophète, Prêtre et Roi », l'assemblée s'engageant à « le recevoir désormais et pour toujours comme leur Prophète, Prêtre et Roi, et à le soutenir dans cette capacité selon laquelle Dieu l'a oint »[32]. Cette dimension théocratique, longtemps dissimulée aux archives publiques de l'Église et révélée seulement par la publication tardive des minutes du Conseil, éclaire la nature exacte du projet politique de Smith dans les derniers mois de sa vie : une théodémocratie où l'autorité religieuse et l'autorité civile se confondent entièrement en sa personne.
La candidature à la présidence des États-Unis
En février 1844, après avoir écrit sans succès aux principaux candidats déclarés à l'élection présidentielle pour leur demander de s'engager à protéger les droits des Saints des derniers jours, Smith se présente lui-même à la magistrature suprême. Sa plate-forme, publiée sous le titre General Smith's Views on the Powers and Policy of the Government of the United States, propose notamment l'abolition de l'esclavage financée par la vente de terres fédérales, la fermeture des prisons au profit de travaux d'intérêt public, la réduction du nombre de représentants au Congrès et une nouvelle charte de banque nationale[33]. Plus de trois cents missionnaires électoraux sillonnent le pays pour sa campagne, et un journal, le Prophet, est lancé à New York pour la soutenir. Smith explique lui-même sa candidature en ces termes :
« Je n'aurais pas laissé mes amis utiliser mon nom d'aucune façon comme président des États-Unis, ou candidat à cette fonction, si mes amis et moi avions pu jouir du privilège de nos droits religieux et civils en tant que citoyens américains. » — Joseph Smith, cité dans l'histoire officielle de sa campagne présidentielle de 1844[34]
La campagne s'interrompt brutalement avec sa mort, quatre mois avant l'élection de novembre 1844 ; les historiens le considèrent souvent comme le premier candidat à une élection présidentielle américaine à avoir été assassiné en cours de campagne.
Le King Follett Discourse
Le 7 avril 1844, deux mois et demi avant sa mort, Smith prononce devant environ vingt mille personnes, à l'occasion d'un sermon funéraire pour l'un des siens, l'un de ses discours les plus systématiques : le King Follett Discourse, où il enseigne que Dieu lui-même « fut autrefois tel que nous sommes maintenant » et que les fidèles peuvent apprendre « à être eux-mêmes des dieux »[35]. Ce texte, qui rompt frontalement avec la doctrine chrétienne classique de la Trinité et de la transcendance divine, fait l'objet d'un examen théologique et philosophique complet dans l'article Ignispedia Pourquoi n'y aurait-il pas plusieurs dieux ?.
La chute : le Nauvoo Expositor et Carthage
Le journal dissident détruit
Le 7 juin 1844, un groupe de dissidents mormons emmenés par William Law, ancien conseiller de Smith exclu de l'Église quelques semaines plus tôt pour avoir refusé la doctrine du mariage pluriel, publie à Nauvoo un seul numéro d'un journal, le Nauvoo Expositor, qui révèle publiquement la pratique secrète de la polygamie et accuse Smith de dérive théocratique. Le 10 juin 1844, à 18h30, le conseil municipal de Nauvoo, sur proposition de Smith lui-même en tant que maire, déclare le journal « nuisance publique » et ordonne au shérif municipal d'en détruire la presse. Le soir même, vers 20 heures, une centaine d'hommes de la Légion de Nauvoo détruisent effectivement la presse et brûlent les exemplaires restants[36]. Cette décision, dépourvue de fondement légal réel selon l'analyse historique postérieure — la destruction d'une presse, même jugée diffamatoire, n'avait aucune base dans le droit de l'Illinois de 1844 —, déclenche une explosion d'indignation dans la presse régionale non mormone et vaut à Smith une inculpation pour incitation à l'émeute[37].
La loi martiale et la reddition à Carthage
Face à la menace d'une intervention armée des comtés voisins, Smith proclame la loi martiale à Nauvoo le 18 juin 1844 et mobilise la Légion. Sous la pression du gouverneur de l'Illinois, Thomas Ford, qui lui garantit sa protection, Smith se rend finalement le 25 juin 1844 à Carthage, siège du comté de Hancock, où lui et son frère Hyrum sont incarcérés — les charges initiales d'incitation à l'émeute étant requalifiées en trahison, chef d'accusation qui exclut toute libération sous caution.
Le 27 juin 1844 : la mort à Carthage
Le 27 juin 1844, en fin d'après-midi, une foule d'environ deux cents hommes armés, le visage noirci à la poudre à canon, prend d'assaut la prison de Carthage, alors gardée par une poignée de miliciens qui n'opposent qu'une résistance simulée. Le témoin oculaire Willard Richards, l'un des deux compagnons présents dans la cellule avec Smith et l'apôtre John Taylor, rédige dès le lendemain un récit publié dans le journal de l'Église sous le titre Two Minutes in Jail :
« Une pluie de balles de mousquet fut lancée dans l'escalier contre la porte de la prison, au second étage, suivie de nombreux pas précipités. […] Une balle traversa la porte et atteignit Hyrum sur le côté du nez ; il tomba à la renverse, étendu de tout son long, sans plus bouger les pieds. » — Willard Richards, Two Minutes in Jail, Times and Seasons, vol. 5, 1ᵉʳ août 1844, p. 598[38]
Hyrum s'écrie « je suis un homme mort » avant d'expirer sur le coup. Joseph, qui avait reçu d'un visiteur un pistolet à six coups dissimulé, en tire trois coups vers ses assaillants avant que l'arme ne s'enraye, blessant trois hommes de la foule. Tentant ensuite de fuir par la fenêtre du second étage, il est atteint par plusieurs balles :
« Il tenta, en dernier recours, de sauter par la même fenêtre d'où M. Taylor était tombé, lorsque deux balles le transpercèrent depuis la porte, et qu'une autre, tirée d'un mousquet depuis l'extérieur, l'atteignit à la poitrine droite ; il tomba en avant en s'écriant : "Oh Seigneur, mon Dieu !" […] Il tomba sur le côté gauche, un homme mort. » — Willard Richards, Two Minutes in Jail, Times and Seasons, vol. 5, 1ᵉʳ août 1844, p. 598[39]
L'apôtre John Taylor, criblé de quatre balles, survit à ses blessures et deviendra en 1880 le troisième président de l'Église ; Willard Richards ressort de la pièce sans une seule blessure, une balle ayant seulement effleuré son oreille — un fait que la tradition mormone interprète comme providentiel[40]. Cinq hommes sont ultérieurement inculpés pour le meurtre, mais tous sont acquittés par un jury local non mormon.
Après la mort : la crise de succession
Sidney Rigdon contre le Collège des Douze Apôtres
La mort de Smith, sans successeur clairement désigné, ouvre une crise de légitimité immédiate. Sidney Rigdon, ancien conseiller de la Première Présidence, revient à Nauvoo le 3 août 1844 et revendique dès le lendemain, devant environ six mille fidèles, l'autorité de « gardien » de l'Église, se présentant comme l'homme que « les anciens prophètes avaient chanté »[41]. Brigham Young, président du Collège des Douze Apôtres, apprend la mort de Smith le 16 juillet 1844 alors qu'il se trouve en mission dans le New Hampshire ; il revient à Nauvoo début août avec la conviction que l'autorité apostolique du Collège des Douze, et non celle d'un conseiller isolé, doit désormais gouverner l'Église[42].
L'assemblée du 8 août 1844 et le « manteau » de Joseph
Le 8 août 1844, une double assemblée tranche la question devant plusieurs milliers de Saints réunis à Nauvoo. Young interrompt directement la tentative de Rigdon de faire voter sa propre reconnaissance, puis prononce l'après-midi un long discours affirmant que les Douze Apôtres détiennent « les clés du Royaume pour le monde entier »[43]. Selon la tradition mormone, plus d'une centaine de témoins affirment alors avoir perçu, sur la voix ou la silhouette de Young, quelque chose du « manteau » de Joseph Smith lui-même — un phénomène que l'historien Richard Van Wagoner juge dépourvu de « la moindre preuve contemporaine irréfutable » d'une manifestation surnaturelle, y voyant plutôt l'effet de la présence charismatique de Young et du choix stratégique du moment[44]. L'assemblée vote massivement en faveur des Douze Apôtres, écartant Rigdon, qui fondera peu après son propre mouvement dissident en Pennsylvanie.
Les Églises rivales
| Prétendant | Fondement de la revendication | Mouvement issu | Devenir |
|---|---|---|---|
| Brigham Young | Présidence du Collège des Douze Apôtres | Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours | Migration vers l'Utah (1846-1847) ; branche très majoritaire aujourd'hui |
| Sidney Rigdon | Ancien conseiller de la Première Présidence | Église du Christ (Rigdonite) | Mouvement marginal, dissous après quelques années |
| James J. Strang | Lettre de succession contestée, attribuée à Smith | Église réorganisée de Strang (Voree, puis île de Beaver, Michigan) | Royaume autoproclamé, assassinat de Strang en 1856 |
| Joseph Smith III (par sa mère Emma) | Filiation directe, ralliement en 1860 | Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (RLDS), devenue Communauté du Christ | Rejette la polygamie ; reste dans le Midwest américain |
Emma Smith elle-même, en désaccord profond et ancien avec la pratique du mariage pluriel qu'elle n'a jamais acceptée, refuse de suivre Brigham Young et la migration vers l'Utah. Elle demeure à Nauvoo, se remarie civilement en décembre 1847 avec un non-mormon, Lewis C. Bidamon, et soutient en 1860 la fondation par son fils aîné, Joseph Smith III, d'une « Nouvelle Organisation » qui rejette explicitement la polygamie et deviendra, sous le nom de Communauté du Christ, la seconde branche majeure de l'héritage de Joseph Smith[45]. Emma meurt à Nauvoo le 30 avril 1879, à l'âge de soixante-quatorze ans[46].
Portrait d'un homme : entre charisme et contradictions
Deux lectures historiographiques opposées
La postérité intellectuelle de Joseph Smith reste profondément divisée. L'historienne Fawn M. Brodie, dans sa biographie pionnière No Man Knows My History (1945), le décrit comme un homme doué d'une imagination puissante, qui aurait fini par se convaincre lui-même de la vérité de sa propre mise en scène religieuse — non un imposteur cynique, mais un « mythographe » progressivement absorbé par son propre récit ; l'ouvrage, mal accueilli par l'institution mormone, précipite l'excommunication de son autrice[47]. À l'inverse, Richard L. Bushman, mormon pratiquant et historien à l'Université Columbia, propose dans Joseph Smith: Rough Stone Rolling (2005) — considérée comme la biographie académique de référence sur le sujet — une lecture plus sympathique qui prend au sérieux la sincérité religieuse de Smith tout en documentant sans complaisance les épisodes les plus difficiles de sa vie, notamment la polygamie et l'épisode de Carthage[48].
Ce que l'homme laisse derrière lui
Charismatique, autodidacte, doué d'un sens politique et organisationnel exceptionnel pour un homme sans formation, Joseph Smith aura, en quatorze années, fondé une religion qui compte aujourd'hui plus de dix-sept millions et demi de membres revendiqués à travers le monde[49]. Mais le même homme aura aussi pratiqué en secret la polygamie avec des dizaines de femmes, dont certaines mineures selon les critères actuels et d'autres déjà mariées ; fait faillite dans une banque irrégulière qui ruina des centaines de familles converties ; ordonné la destruction illégale d'une presse dissidente ; et concentré sur sa seule personne, dans les derniers mois de sa vie, une autorité religieuse, politique et militaire absolue, jusqu'à se faire proclamer « Roi » par un conseil secret. Cette tension entre l'ampleur du charisme religieux et la gravité des actes documentés traverse toute l'historiographie, mormone comprise, depuis la publication des Joseph Smith Papers.
Le regard catholique sur Joseph Smith
Ce que l'on peut reconnaître dans son parcours
Une lecture catholique honnête du parcours de Joseph Smith ne peut ignorer ce qu'il révèle d'une véritable soif religieuse chez un jeune homme du Second Grand Réveil américain, désorienté par la concurrence stérile des dénominations protestantes de son temps et cherchant sincèrement une autorité spirituelle stable — un sentiment que l'Église catholique comprend d'autant mieux qu'elle a toujours enseigné l'unité nécessaire de l'Église fondée par le Christ. Le zèle missionnaire des Saints des derniers jours, leur discipline familiale et communautaire, et le souci sincère de beaucoup d'entre eux pour une vie religieuse exigeante méritent d'être reconnus, sans que cela n'efface pour autant les problèmes doctrinaux et historiques considérables que pose la figure de leur fondateur.
Un prophétisme qui rouvre le canon clos de la Révélation
Le point le plus radicalement problématique du legs de Joseph Smith, du point de vue catholique, n'est pas d'abord tel ou tel épisode biographique contestable, mais la prétention même qui les sous-tend : celle d'avoir reçu, dix-huit siècles après la mort du dernier apôtre, une nouvelle révélation publique normative venant compléter et corriger les Écritures existantes. L'Église catholique enseigne au contraire que la Révélation publique s'est achevée avec la mort du dernier apôtre et que « aucune nouvelle révélation publique n'est donc à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus Christ »[50]. Le concile Vatican II, dans la constitution dogmatique Dei Verbum, rappelle solennellement que Dieu a dit toute sa Parole dans le Christ et qu'« il n'y aura pas d'autre révélation avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ »[51]. Un prophétisme qui revendique un canon rouvert et une autorité de révélation continue, comme celui institué par Smith et perpétué par ses successeurs, s'oppose donc frontalement à cette doctrine centrale — et se retrouve d'ailleurs, sur ce point précis, dans une situation structurellement analogue à celle d'autres mouvements de révélation continue examinés ailleurs dans Ignispedia, comme les témoins de Jéhovah.
Le baptême mormon déclaré invalide
Cette divergence doctrinale n'est pas restée un simple constat théorique. Le 5 juin 2001, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous la signature du cardinal Joseph Ratzinger et avec l'approbation de saint Jean-Paul II, a examiné la question de la validité du baptême conféré par l'Église fondée par Joseph Smith et a répondu par la négative[52]. Cette décision, exceptionnelle dans l'histoire récente du dialogue interreligieux, ne repose pas sur un simple désaccord de sensibilité, mais sur la conviction que le mormonisme, en dépit de son emprunt du vocabulaire chrétien, professe un Dieu, un Christ et une Trinité substantiellement différents de ceux de la foi apostolique — ainsi que l'a précisé le futur cardinal Luis Ladaria dans son commentaire officiel de la décision[53]. L'examen théologique complet de cette question — nature de Dieu selon Smith, pluralité des divinités, exaltation des fidèles en dieux — fait l'objet des articles Les mormons et Pourquoi n'y aurait-il pas plusieurs dieux ?.
Un jugement qui distingue la personne et l'œuvre
L'Église catholique n'a jamais eu à porter de jugement doctrinal formel sur la personne même de Joseph Smith — contrairement aux grands réformateurs du XVIᵉ siècle comme Martin Luther ou Jean Calvin, dont les thèses ont fait l'objet de condamnations conciliaires explicites au Concile de Trente. Le cas de Smith est d'une autre nature : il ne s'agit pas d'une réforme interne au christianisme historique contestant tel ou tel point de doctrine catholique, mais de la fondation, à partir de rien, d'une nouvelle révélation prétendument reçue en dehors de toute continuité avec l'Écriture et la Tradition reçues de l'Église indivise des premiers siècles. C'est précisément ce constat qui a conduit le Saint-Siège, non à qualifier le mormonisme d'« hérésie chrétienne » mal comprise, mais à le traiter, selon les mots mêmes du cardinal Ladaria, comme une religion nouvelle qui se sert d'un lexique emprunté pour exprimer une foi étrangère à la Révélation reçue des Apôtres[54].
Pour aller plus loin
- Les mormons — l'examen doctrinal et apologétique complet de l'Église fondée par Joseph Smith : nature de Dieu, canon des Écritures, Livre d'Abraham, réponse catholique intégrale.
- Pourquoi n'y aurait-il pas plusieurs dieux ? — l'examen philosophique et théologique de la doctrine mormone de la pluralité des dieux enseignée dans le King Follett Discourse.
- Les témoins de Jéhovah — un autre mouvement américain du XIXᵉ siècle fondé sur la prétention à une révélation continue et un canon rouvert.
- Réponses au protestantisme — synthèse catholique sur l'autorité de l'Écriture et de la Tradition face aux revendications de révélation privée normative.
- Sola Scriptura — le principe protestant de l'autorité exclusive de l'Écriture, que le canon rouvert du mormonisme dépasse et contredit à sa manière.
- Martin Luther (1483-1546) — pour comparer la nature d'une réforme interne au christianisme historique avec la fondation d'une religion nouvelle.
- Jean Calvin (1509-1564) — autre grande figure de rupture doctrinale du XVIᵉ siècle, à la trajectoire théologique très différente de celle de Smith.
Notes et références
Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Book of Mormon, Gospel Topics, page officielle churchofjesuschrist.org/study/scriptures/bofm/title-page. Le sous-titre officiel « Another Testament of Jesus Christ » a été ajouté en 1982 par décision de la Première Présidence.
1« Joseph Smith », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — chronologie détaillée : naissance le 23 décembre 1805 à Sharon (Vermont), famille de neuf enfants survivants, opération de la jambe vers l'âge de sept ans, installation près de Palmyra (New York) en 1816 après de mauvaises récoltes, mort d'Alvin Smith en 1823, activité de « glass-looker » et procès de mars 1826, mariage avec Emma Hale le 18 janvier 1827, obtention rapportée des plaques d'or le 22 septembre 1827, traduction 1827-1829, publication du Livre de Mormon le 26 mars 1830, fondation de l'Église le 6 avril 1830, installation à Kirtland (Ohio) en janvier 1831, dédicace du temple de Kirtland en 1836, faillite de la Kirtland Safety Society et condamnation de 1837, fuite vers le Missouri, guerre mormone de 1838, capitulation du 31 octobre 1838, emprisonnement à Liberty Jail (Missouri) durant l'hiver 1838-1839, sortie de Liberty le 6 avril 1839 pour l'audience de Gallatin puis évasion en route vers le comté de Boone le 16 avril 1839, installation à Commerce/Nauvoo (Illinois) en 1839. URL : en.wikipedia.org/wiki/Joseph_Smith.
2 3 4 5 11 12 13 14 15 18 22Whitney R. Cross, The Burned-over District: The Social and Intellectual History of Enthusiastic Religion in Western New York, 1800-1850, Cornell University Press, Ithaca (NY), 1950. Étude de référence sur la géographie religieuse de la jeunesse de Joseph Smith.
6Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Joseph Smith's 1826 Trial, Church History Topics, page officielle churchofjesuschrist.org/study/history/topics/joseph-smiths-1826-trial. Reconnaissance officielle tardive du procès de South Bainbridge (20 mars 1826), longtemps niée par les autorités LDS ; l'issue précise de la procédure reste débattue par les historiens.
7« Emma Smith », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — mariage avec Joseph Smith le 18 janvier 1827 à Harmony (Pennsylvanie) sans le consentement du père d'Emma, Isaac Hale ; installation ultérieure à Harmony puis à Kirtland ; refus de suivre Brigham Young vers l'Utah après 1844 ; remariage civil avec Lewis Crum Bidamon le 23 décembre 1847 ; soutien à la « Nouvelle Organisation » fondée par son fils Joseph Smith III en 1860 ; mort le 30 avril 1879 à Nauvoo, à l'âge de 74 ans. URL : en.wikipedia.org/wiki/Emma_Smith.
8Joseph Smith, Joseph Smith—History 1, 14-20, dans la Perle de Grand Prix, texte canonique LDS dicté en 1838 à Far West (Missouri), publié pour la première fois en 1842 dans Times and Seasons vol. 3, et canonisé en 1880. Pour l'examen comparatif complet des quatre récits successifs et divergents de cet épisode (1832, 1835, 1838, 1842), voir les-mormons. Édition officielle en ligne : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/pgp/js-h/1.
9Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Book of Mormon Translation, Gospel Topics Essays, publié décembre 2013, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/book-of-mormon-translation. Approuvé par la Première Présidence et le Quorum des Douze Apôtres. Reconnaissance officielle de la méthode de traduction par pierre de voyance placée dans un chapeau.
10« Fanny Alger », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — Fanny Alger (1816-1889), domestique employée par le foyer de Joseph et Emma Smith à Kirtland (Ohio) vers 1832-1833, considérée par les historiens mormons comme la première épouse plurale documentée de Joseph Smith ; rupture consécutive entre Smith et Oliver Cowdery, qui qualifie l'affaire d'« amour sale, vil et infâme » (« dirty, nasty, filthy affair »). URL : en.wikipedia.org/wiki/Fanny_Alger.
16Todd M. Compton, In Sacred Loneliness: The Plural Wives of Joseph Smith, Signature Books, Salt Lake City, 1997, 894 p. ISBN 978-1-56085-085-4. Étude académique de référence, lauréate du Best Book Award de la John Whitmer Historical Association et de la Mormon History Association, documentant trente-trois épouses plurales de Joseph Smith à partir des sources primaires disponibles. Complétée par Todd M. Compton (éd.), In Sacred Loneliness: The Documents, Signature Books, Salt Lake City, 2022 (édition des sources primaires).
17 30« Missouri Executive Order 44 », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — ordre signé par le gouverneur du Missouri Lilburn W. Boggs le 27 octobre 1838 à la suite de la bataille de Crooked River, déclarant que « the Mormons must be treated as enemies, and must be exterminated or driven from the State if necessary for the public peace » ; massacre de Haun's Mill le 30 octobre 1838 (dix-sept morts), perpétré par une milice de vigilants sans lien direct établi avec l'ordre du gouverneur ; révocation officielle de l'ordre par le gouverneur Christopher S. Bond le 25 juin 1976. URL : en.wikipedia.org/wiki/Missouri_Executive_Order_44. Texte original de la citation : « The Mormons must be treated as enemies, and must be exterminated or driven from the State if necessary for the public peace—their outrages are beyond all description. »
19 20 21« History of Nauvoo, Illinois » et « Nauvoo Legion », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — charte municipale de Nauvoo approuvée le 16 décembre 1840 par le gouverneur Thomas Carlin, certifiée par le secrétaire d'État Stephen A. Douglas, votée à une majorité bipartisane incluant Abraham Lincoln, alors député de l'Illinois ; nomination de Joseph Smith comme lieutenant-général de la Légion de Nauvoo le 4 février 1841, le grade militaire le plus élevé de l'État ; Nauvoo comptée, avec Chicago, Alton, Galena, Quincy et Springfield, parmi les rares villes de l'Illinois dotées d'une charte municipale de ce type. URL : en.wikipedia.org/wiki/History_of_Nauvoo,_Illinois ; en.wikipedia.org/wiki/Nauvoo_Legion.
23 24 25« Mormonism and Freemasonry », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — dispense du 15 octobre 1841 pour la Loge maçonnique de Nauvoo (première réunion le 29 décembre 1841) ; initiation de Joseph Smith comme apprenti le 15 mars 1842, degrés de compagnon et de maître obtenus le lendemain, 16 mars 1842 ; première cérémonie d'endowment du temple donnée début mai 1842, environ six semaines après l'initiation maçonnique de Smith, selon l'analyse de Richard L. Bushman ; parenté reconnue entre certains éléments du rituel maçonnique et du rituel de l'endowment (tabliers, gestes, mots de passe), réinterprétés dans un cadre théologique propre au mormonisme. URL : en.wikipedia.org/wiki/Mormonism_and_Freemasonry.
26Richard L. Bushman, Joseph Smith: Rough Stone Rolling, Alfred A. Knopf, New York, 2005, xxiv + 740 p. ISBN 978-1-4000-7753-3. Bushman, mormon pratiquant et Gouverneur Morris Professor of History emeritus à Columbia University, est considéré comme l'auteur de la biographie académique de référence sur Joseph Smith. Texte original anglais de la remarque attribuée à Smith sur la franc-maçonnerie, rapportée par Heber C. Kimball : « [Masonry] was taken from the priesthood but has become degenerated. But many things are perfect. »
27 48Joseph Smith, Doctrine et Alliances, section 132, révélation dictée à Nauvoo (Illinois) le 12 juillet 1843 au scribe William Clayton ; publiée pour la première fois en 1852 par Brigham Young dans le Deseret News ; canonisée dans l'édition de 1876 de Doctrine et Alliances. Le manuscrit original aurait été brûlé par Emma Smith selon le témoignage de William Clayton (1871). Texte officiel : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/dc-testament/dc/132. Pour l'examen théologique complet de cette révélation, voir les-mormons.
28 29Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Plural Marriage in Kirtland and Nauvoo, Gospel Topics Essays, publié octobre 2014, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/plural-marriage-in-kirtland-and-nauvoo. Reconnaît officiellement le mariage de Joseph Smith avec Helen Mar Kimball, fille de l'apôtre Heber C. Kimball, quelques mois avant son quinzième anniversaire, en mai 1843. Texte original anglais : « Marriage at such a young age, though inappropriate by today's standards, was legal in that era. »
31Religious Studies Center, Brigham Young University, The Council of Fifty and Joseph Smith's Presidential Ambitions, rsc.byu.edu/council-fifty/council-fifty-joseph-smiths-presidential-ambitions, et The Joseph Smith Papers, glossaire Council of Fifty, josephsmithpapers.org/topic/council-of-fifty, consultés en juillet 2026 — organisation du Conseil des Cinquante le 11 mars 1844 ; motion d'Erastus Snow le 11 avril 1844 proposant que l'assemblée reçoive Joseph Smith comme « Prophète, Prêtre et Roi ». Texte original anglais de la motion : « that this honorable assembly receive from this time henceforth and forever, Joseph Smith, as their Prophet, Priest & King, and uphold him in that capacity in which God has anointed him. »
32Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Joseph Smith's 1844 Campaign for United States President, Church History Topics, page officielle churchofjesuschrist.org/study/history/topics/joseph-smiths-1844-campaign-for-united-states-president, consultée en juillet 2026 — annonce de la candidature en février 1844, plate-forme publiée sous le titre General Smith's Views on the Powers and Policy of the Government of the United States, plus de trois cents missionnaires électoraux déployés, journal The Prophet lancé à New York. Texte original anglais de la citation : « I would not have suffered my name to have been used by my friends on any wise as president of the United States, or candidate for that office, if I and my friends could have had the privilege of enjoying our religious and civil rights as American citizens. »
33 34Joseph Smith, King Follett Discourse, sermon prononcé à Nauvoo (Illinois) le 7 avril 1844 devant environ vingt mille personnes lors de la Conférence générale d'avril. Compilation officielle Bullock-Clayton-Richards-Woodruff publiée dans Times and Seasons vol. 5 (15 août 1844), pp. 612-617. Le discours n'a jamais été canonisé. Pour l'examen théologique complet, voir pourquoi-ny-aurait-il-pas-plusieurs-dieux. Texte original anglais : « God himself was once as we are now, and is an exalted man [...]. You have got to learn how to be Gods yourselves. »
35« Nauvoo Expositor », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, et The Joseph Smith Papers, Order to Destroy Nauvoo Expositor Press, josephsmithpapers.org/event/order-to-destroy-nauvoo-expositor-press, consultés en juillet 2026 — unique numéro du Nauvoo Expositor publié le 7 juin 1844 par William Law et ses associés, révélant la pratique de la polygamie ; résolution du conseil municipal de Nauvoo le 10 juin 1844 à 18h30 déclarant le journal « nuisance publique » ; destruction de la presse et des exemplaires le soir même vers 20 heures par le maréchal municipal et une centaine d'hommes de la Légion de Nauvoo ; absence de fondement légal réel de cette destruction dans le droit de l'Illinois de 1844, selon l'analyse historique postérieure.
36 37Willard Richards, Two Minutes in Jail, Times and Seasons, vol. 5, n° 12, 1ᵉʳ août 1844, p. 598. Récit rédigé au lendemain immédiat des faits du 27 juin 1844 par l'un des deux témoins oculaires survivants, avec l'apôtre John Taylor (blessé de quatre balles) et le décès de Hyrum Smith et de Joseph Smith ; Richards en ressort indemne, hormis une balle ayant effleuré son oreille. Texte original anglais des citations : « A shower of musket balls were thrown up the stairway against the door of the prison in the second story [...]. A ball was sent through the door which hit Hyrum on the side of his nose, when he fell backwards, extended at length, without moving his feet. » ; « [Joseph] attempted, as the last resort, to leap the same window from whence Mr. Taylor fell, when two balls pierced him from the door, and one entered his right breast from without, and he fell outward, exclaiming, Oh Lord, my God! [...] He fell on his left side a dead man. »
38 39 40Religious Studies Center, Brigham Young University, Six Days in August: Brigham Young and the Succession Crisis of 1844, rsc.byu.edu/firm-foundation/six-days-august-brigham-young-succession-crisis-1844, consulté en juillet 2026 — retour de Sidney Rigdon à Nauvoo le 3 août 1844 et revendication de succession prononcée le 4 août devant environ six mille fidèles ; retour de Brigham Young le 6 août 1844 ; assemblée du 8 août 1844 (réunion matinale interrompue par Young, assemblée solennelle de l'après-midi) ; plus de cent témoignages du phénomène dit du « manteau de Joseph » recueillis a posteriori ; appréciation critique de l'historien Richard Van Wagoner citée : « there is not a shred of irrefutable contemporary evidence » d'une manifestation surnaturelle.
41 42 43 44« Emma Smith », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026 — refus d'Emma Smith de suivre Brigham Young vers l'Utah après 1846 ; remariage civil avec Lewis Crum Bidamon le 23 décembre 1847 ; soutien en 1860 à la fondation par Joseph Smith III d'une « Nouvelle Organisation » rejetant la polygamie, devenue l'Église réorganisée de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours puis la Communauté du Christ ; mort à Nauvoo le 30 avril 1879, à l'âge de 74 ans.
45 46Fawn M. Brodie, No Man Knows My History: The Life of Joseph Smith, the Mormon Prophet, Alfred A. Knopf, New York, 1945 ; rééd. Vintage Books, 1995, ISBN 978-0-679-73054-5. Biographie pionnière et non hagiographique, dont la thèse centrale présente Smith non comme un imposteur cynique mais comme un homme progressivement absorbé par sa propre mise en scène religieuse ; l'ouvrage vaut à son autrice, alors membre de l'Église, d'être excommuniée peu après sa publication. Cf. « No Man Knows My History », in Wikipedia, The Free Encyclopedia, consulté en juillet 2026.
47Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, 2024 Statistical Report, lu à la Conférence Générale d'avril 2025 par Stephen J. Lund. Texte officiel sur newsroom.churchofjesuschrist.org. Les chiffres incluent tous les membres baptisés, vivants ou décédés non retirés des registres, ce qui surévalue significativement la pratique religieuse réelle.
49Catéchisme de l'Église catholique, § 66, citant saint Jean de la Croix — « aucune nouvelle révélation publique n'est donc à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus Christ » : la Révélation publique s'est achevée avec la mort du dernier apôtre.
50Concile Vatican II, Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, 18 novembre 1965, n° 4 — « L'économie chrétienne, en tant qu'Alliance nouvelle et définitive, ne passera jamais, et il ne faut plus attendre aucune nouvelle révélation publique avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
51Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Responsum ad propositum dubium de validitate baptismatis apud communitatem « The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints », 5 juin 2001, signé par le cardinal Joseph Ratzinger (préfet) et Tarcisio Bertone (secrétaire), approuvé par saint Jean-Paul II. Publié dans Acta Apostolicae Sedis 93 [2001] 476. Texte intégral sur vatican.va. Commentaire officiel : Cardinal Luis F. Ladaria, S.J., Considerations on the answer of the Congregation for the Doctrine of the Faith concerning the validity of baptism conferred by The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, called « Mormons », L'Osservatore Romano, édition hebdomadaire anglaise, 1ᵉʳ août 2001, p. 4.
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