Les mormons sont les membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, fondée par le prophète américain Joseph Smith Jr. le 6 avril 1830 dans l'État de New York. Le surnom de « mormons » vient du Livre de Mormon, publié par Smith le 26 mars 1830 et présenté comme un « autre testament de Jésus-Christ » traduit miraculeusement à partir de plaques d'or que l'ange Moroni lui aurait remises[1].
Au 31 décembre 2025 (rapport statistique lu à la Conférence générale d'avril 2026[2]), l'Église revendique 17 887 212 membres, 114 727 missionnaires (à temps plein et de service) et 204 temples en fonction à travers le monde — chiffres datés, susceptibles d'avoir évolué depuis. Derrière ces totaux officiels, le Pew Research Center relève une érosion de la rétention aux États-Unis : la part des personnes élevées dans l'Église qui s'y déclarent encore à l'âge adulte est passée de 70 % en 2007 à 54 % en 2023-2024[3].
Le mormonisme se présente comme une restauration intégrale du christianisme primitif après une « grande apostasie » qui aurait corrompu toute l'Église depuis la mort des apôtres. Joseph Smith aurait reçu cette mission au cours d'une vision, à l'âge de 14 ans, en 1820, dans un bois proche de la ferme familiale[4]. À partir de ces prémisses, le mormonisme construit un système religieux singulier où Dieu est un homme exalté de chair et d'os, où les fidèles peuvent eux-mêmes devenir des dieux, où la révélation publique se poursuit par la voix d'un prophète vivant, et où les ordonnances accomplies dans les temples — y compris le baptême par procuration des morts — assurent l'exaltation éternelle.
Le 5 juin 2001, après examen approfondi, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (alors Congrégation, sous la signature du cardinal Joseph Ratzinger et avec l'approbation de saint Jean-Paul II) a déclaré que le baptême conféré par cette communauté n'est pas valide[5]. Cette décision, exceptionnelle dans l'histoire récente du dialogue interreligieux, exprime la conviction que le mormonisme, malgré son usage du vocabulaire chrétien, professe un Dieu, un Christ et une Trinité substantiellement différents de ceux de la foi catholique apostolique. Ce n'est pas une hérésie chrétienne mal comprise : comme l'écrit le P. Luis Ladaria, S.J., dans son commentaire officiel du Responsum (L'Osservatore Romano, 1er août 2001), la doctrine mormone procède d'« une tout autre matrice » (traduction) : une religion à part qui emploie un vocabulaire chrétien[6].
Cet article expose honnêtement la doctrine mormone à partir de ses propres sources officielles, puis présente la réponse catholique à partir des conciles, du Catéchisme et du Magistère contemporain. L'objectif n'est ni la polémique ni le mépris : beaucoup de saints des derniers jours vivent une morale familiale exigeante et une piété sincère. Le devoir d'une encyclopédie catholique est ailleurs : dire avec précision ce qui sépare réellement la foi mormone de la foi de l'Église, en respectant les personnes et en pesant chaque mot.
Origines : la naissance d'une nouvelle religion en Amérique
Le « Burned-over District » et l'effervescence religieuse du XIXᵉ siècle
Joseph Smith naît le 23 décembre 1805 à Sharon (Vermont), dans une famille pauvre et instable, et grandit à Palmyra, dans l'ouest de l'État de New York. Cette région est alors traversée par une succession de « réveils » (revivals) protestants si intenses que le prédicateur revivaliste Charles G. Finney parle d'un « burnt district » — un « district brûlé » où l'on a tant prêché qu'il ne resterait plus de combustible religieux à enflammer — dans son Autobiographie (1876)[7]. L'historien Whitney R. Cross reprendra l'expression comme titre de son étude de référence sur la région en 1950[8]. Méthodistes, baptistes, presbytériens, disciples, sectes communalistes : la concurrence est rude, et un jeune homme inquiet de son salut peut avoir le sentiment que personne ne détient la vérité.
À cela s'ajoute une culture populaire de la magie, héritée des almanachs anglais et de la divination par baguette, par rêve ou par pierre de voyance. L'historien mormon D. Michael Quinn a montré dans une étude exhaustive que la famille Smith était immergée dans ce monde mental[9] : on y cherche des trésors enterrés à l'aide de pierres magiques, on prête attention aux songes, on garde des parchemins astrologiques. Joseph Smith Jr. est lui-même connu, dans les années 1820, comme « glass-looker » — « regardeur de pierre ».
La procédure de 1826 pour « glass-looking »
Le 20 mars 1826, à South Bainbridge (comté de Chenango, New York), Joseph Smith comparaît devant le juge Albert Neely sous le chef de « disorderly person », sur la base d'une loi de l'État de New York interdisant à quiconque « de prétendre découvrir où trouver des biens perdus »[10]. La facture du juge l'identifie expressément comme « The Glass Looker ». Les documents primaires — factures de Neely et du constable De Zeng — ont été retrouvés en 1971 par Wesley P. Walters dans les sous-sols du tribunal de Norwich (NY).
L'Église LDS, après des décennies de minimisation, évoque désormais officiellement cette procédure de 1826 sur son site institutionnel[11]. Il faut toutefois nuancer : si l'existence de l'audience du 20 mars 1826 devant le juge Neely est établie par les factures retrouvées en 1971, sa nature exacte — examen préliminaire (examination) ou véritable procès (trial) — et son issue (acquittement, condamnation ou simple renvoi) restent débattues entre historiens, faute de minute du jugement. Ce que les documents établissent fermement, c'est que Joseph Smith, à 20 ans — soit six ans après sa « Première Vision » et trois ans avant la prétendue traduction du Livre de Mormon — était déjà connu comme « regardeur de pierre ». C'est avec cette même méthode (visage enfoui dans un chapeau autour d'une pierre de voyance) qu'il dictera ensuite le Livre de Mormon[12].
Les multiples récits de la « Première Vision »
Le mormonisme repose sur un récit fondateur : en 1820, le jeune Joseph, troublé par les disputes religieuses du Burned-over District, serait allé prier dans un bois et y aurait vu Dieu en personne. Or il existe au moins quatre récits différents de cet épisode, écrits ou dictés par Joseph Smith lui-même entre 1832 et 1842, et ces récits ne disent pas la même chose. Pendant plus d'un siècle, seule la version la plus tardive a été diffusée. Les autres récits sont restés très peu diffusés et n'ont été portés à la connaissance du public que dans les années 1960-1970 ; l'Église les a depuis édités dans le Joseph Smith Papers Project et reconnus dans un Gospel Topics Essay officiel publié en 2013[13].
Le récit autographe de 1832
Le récit le plus ancien est de la main même de Joseph Smith, dans un carnet daté de l'été 1832. Il y mentionne un seul personnage divin : le Seigneur Jésus, qui descend dans une colonne de feu pour pardonner ses péchés. Smith précise que, avant même cette vision, il avait conclu par l'étude des Écritures que toutes les Églises avaient apostasié[14] :
« En cherchant les Écritures, j'ai trouvé que l'humanité n'était pas venue au Seigneur, mais qu'elle avait apostasié de la vraie et vivante foi. […] Le Seigneur ouvrit les cieux sur moi et je vis le Seigneur, et il me parla, disant : Joseph, mon fils, tes péchés te sont pardonnés. » — Joseph Smith, History, ca. Summer 1832 (traduction ; original anglais en note)[15]
Le récit canonique de 1838
En 1838, à Far West (Missouri), Joseph Smith dicte une nouvelle version, publiée en 1842 dans Times and Seasons et canonisée comme Joseph Smith—History 1 dans la Perle de Grand Prix. Cette fois, deux personnages divins apparaissent — le Père et le Fils — et la question posée n'est plus celle du pardon, mais celle de l'Église à rejoindre :
« Lorsque la lumière reposa sur moi, je vis deux Personnages dont l'éclat et la gloire défient toute description, qui se tenaient au-dessus de moi dans l'air. L'un d'eux me parla, m'appelant par mon nom et dit, en montrant l'autre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le ! » — Joseph Smith, Joseph Smith—History 1, 17 (canonique, dicté en 1838 ; traduction, original anglais en note)[16]
À la question de quelle Église rejoindre, le Père aurait répondu :
« Je devais ne me joindre à aucune d'elles, car elles étaient toutes dans l'erreur ; et le Personnage qui s'adressait à moi dit que tous leurs credos étaient une abomination à ses yeux ; que ces professeurs étaient tous corrompus. » — Joseph Smith—History 1, 19 (traduction ; original anglais en note)[17]
Comment l'Église LDS justifie aujourd'hui ces divergences
Le Gospel Topics Essay publié en 2013 reconnaît l'existence d'au moins neuf comptes rendus distincts (quatre primaires plus cinq secondaires) et compare les variations aux récits multiples de la conversion de saint Paul à Damas[18]. La comparaison est apologétiquement habile, mais elle masque un point important : dans les Actes des Apôtres, les trois récits figurent dans le même livre (Ac 9 ; 22 ; 26), sans contradiction sur les acteurs ; chez Smith, l'écart est de dix-huit ans, et le nombre même des personnages divins varie.
Pour un fidèle saint des derniers jours, la Première Vision est l'événement le plus important de l'histoire moderne. Pour un historien attentif, l'évolution du récit pose un problème : la version la plus solennelle, la plus précise et la plus canonique est aussi la plus tardive.
Le Livre de Mormon : « un autre testament de Jésus-Christ »
La pierre dans le chapeau
Joseph Smith affirme avoir reçu de l'ange Moroni, en 1827, sur une colline appelée Cumorah près de Manchester (NY), un jeu de plaques d'or gravées en « égyptien réformé », contenant l'histoire religieuse d'anciens Hébreux migrants en Amérique entre 600 av. J.-C. et 421 ap. J.-C. Il en aurait traduit le contenu en quelques mois, par l'« Urim et Thummim » — deux pierres prophétiques fixées sur une monture pectorale —, puis publié le résultat le 26 mars 1830 sous le titre Le Livre de Mormon.
Pendant plus d'un siècle et demi, l'iconographie officielle de l'Église représentait Joseph Smith assis à une table, les plaques d'or devant lui, lisant à travers les lunettes Urim et Thummim. Or, en 2013, l'Église a publié un Gospel Topics Essay qui reconnaît officiellement une méthode très différente :
« Joseph plaçait soit les interpréteurs, soit la pierre de voyance dans un chapeau, pressait son visage dans le chapeau pour bloquer toute lumière extérieure, et lisait à voix haute les mots anglais qui apparaissaient sur l'instrument. » — Gospel Topics Essay, Book of Mormon Translation, 2013[19]
Le témoignage d'Emma Smith, la femme du prophète, est reproduit dans le même essai :
« Il était assis avec son visage enfoui dans son chapeau, avec la pierre dedans, et dictait heure après heure sans rien entre nous. » — Emma Smith, témoignage cité dans le Gospel Topics Essay[20]
La pierre utilisée est exactement la même que celle qu'utilisait Joseph Smith dans ses années de treasure-seeking pré-prophétique. Pour la critique historique, c'est un fait massif ; pour la défense LDS, c'est l'occasion de souligner que la méthode importe moins que le résultat. Mais la rupture entre l'iconographie reçue et la réalité dictée par Emma elle-même indique un effort de présentation que l'Église elle-même a fini par corriger.
Le canon mormon : quatre livres tenus pour Écriture
Les Saints des Derniers Jours reconnaissent quatre livres comme Écriture inspirée :
| Livre | Date | Auteur revendiqué | Statut |
|---|---|---|---|
| Bible | Diverses | Prophètes et apôtres | Reçue « dans la mesure où elle est traduite correctement » (8ᵉ Article de foi) |
| Livre de Mormon | 1830 | Joseph Smith (traducteur) | « Another Testament of Jesus Christ » |
| Doctrine et Alliances | 1835, augmenté | Joseph Smith et successeurs | 138 sections + 2 Déclarations officielles |
| Perle de Grand Prix | 1851, canonisée 1880 | Joseph Smith | Inclut le Livre de Moïse, le Livre d'Abraham, Joseph Smith—History et les Articles de foi |
La Bible n'est donc pas le seul livre normatif ni le livre principal. Le 8ᵉ Article de foi mormon précise : « Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu pour autant qu'elle est traduite correctement », ce qui ouvre la porte à des révisions — réalisées par Joseph Smith lui-même dans sa Joseph Smith Translation — pour rendre la Bible compatible avec la doctrine LDS.
À cela s'ajoute le principe de la révélation continue : le président de l'Église, considéré comme « prophète, voyant et révélateur », peut, en théorie, recevoir des révélations à valeur normative, comme l'a fait Wilford Woodruff en 1890 pour mettre fin à la polygamie, ou Spencer W. Kimball en 1978 pour ouvrir le sacerdoce aux Noirs.
Kirtland, Missouri, Nauvoo : quatorze ans d'errance
Entre 1830 et 1844, la jeune Église fondée à Fayette (NY, selon les sources LDS) erre d'un État à l'autre, poursuivie par les conflits avec les voisins, les défections de ses propres dirigeants, et les ambitions politiques croissantes de Joseph Smith.
- 6 avril 1830Fondation à Fayette (NY)
Joseph Smith, son frère Hyrum, Oliver Cowdery et trois autres fidèles organisent « the Church of Christ », qui prendra successivement plusieurs noms avant d'adopter celui d'« Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours » en 1838.
- 1831-1838Kirtland (Ohio)
Construction du premier temple (1836). Faillite de la Kirtland Safety Society (banque non agréée) en 1837 ; Joseph Smith fuit l'Ohio pour échapper à ses créanciers.
- 1838Far West (Missouri) — « Guerre mormone »
Conflits avec les populations locales, déclaration d'extermination du gouverneur Boggs (Executive Order 44, 27 octobre 1838). Massacre de Haun's Mill (17 morts mormons). Joseph Smith emprisonné à Liberty Jail.[21]
- 1839-1844Nauvoo (Illinois)
Cinq années d'expansion : la ville mormone rivalise avec Chicago. Création d'une milice (Nauvoo Legion). Smith proclame en secret la doctrine de la polygamie et se présente à la présidence des États-Unis en 1844.
- 27 juin 1844Carthage Jail
Joseph et Hyrum Smith sont assassinés par une foule armée alors qu'ils sont en détention. Joseph est tué par balle après avoir tiré un pistolet pepperbox introduit clandestinement dans la cellule.
- 1846-1847L'exode vers l'Utah
Sous la conduite de Brigham Young, la majorité des Saints quitte Nauvoo pour la vallée du Grand Lac Salé, alors territoire mexicain. Salt Lake City devient la nouvelle Sion mormone.
L'épisode de Carthage Jail est fondateur pour l'identité mormone : Joseph Smith y meurt en martyr, ce qui scelle son autorité prophétique pour la postérité. Le récit traditionnel insiste sur la prière et le chant ; l'historiographie reconnaît aujourd'hui — y compris dans la biographie LDS de référence de Richard L. Bushman — que Smith était armé d'un revolver introduit par un visiteur, et qu'il en a fait usage avant d'être abattu[22]. Le martyre n'est pas inventé, mais le contexte est plus complexe que la légende dorée.
La polygamie : un secret de Nauvoo
Une révélation cachée pendant huit ans
La doctrine la plus controversée du mormonisme primitif n'a pas été révélée au grand jour. Joseph Smith pratique la polygamie dès les années 1830 (premier mariage plural présumé : Fanny Alger, 1833, environ 16 ans). La « révélation » qui codifiera la pratique — la section 132 de Doctrine et Alliances — est dictée à Nauvoo le 12 juillet 1843 au scribe William Clayton. Elle ordonne à Emma Smith d'accepter les épouses plurales :
« Que ma servante Emma Smith reçoive toutes celles qui ont été données à mon serviteur Joseph […]. Et celles qui ne sont pas pures, et qui ont dit qu'elles étaient pures, seront détruites, dit le Seigneur Dieu. » — Doctrine et Alliances 132, 52[23]
Pendant les huit années qui séparent les premiers mariages clandestins de la révélation écrite, Joseph Smith nie publiquement la pratique tout en l'enseignant en secret à un cercle restreint de fidèles, principalement à travers le « Quorum de l'Anointed » formé en 1842. L'historienne LDS Linda King Newell et sa collaboratrice Valeen Tippetts Avery, dans leur biographie d'Emma Smith, parlent d'un système de « code words » destiné à dissimuler la doctrine au public — et à Emma elle-même[24].
Combien d'épouses ?
L'Église LDS reconnaît officiellement, dans un Gospel Topics Essay publié en 2014, que Joseph Smith a été scellé entre 30 et 40 épouses[25]. L'éventail comprend :
- des femmes jeunes, dont Helen Mar Kimball (née le 22 août 1828), scellée à Joseph en mai 1843, à 14 ans — quelques mois avant ses 15 ans —, alors que Joseph avait 37 ans[26] ;
- des femmes plus âgées comme Fanny Young (56 ans) ;
- au moins douze à quatorze femmes déjà mariées à un autre homme au moment du scellement avec Joseph (la polyandrie est ainsi documentée par Bushman lui-même)[27].
L'essai officiel admet la difficulté morale contemporaine :
« Un mariage à un tel âge, inapproprié selon les normes d'aujourd'hui, était légal à cette époque. » — Gospel Topics Essay, Plural Marriage in Kirtland and Nauvoo, 2014[28]
L'argument « c'était légal à l'époque » est honnête historiquement mais ne répond pas à la question doctrinale : si la polygamie était une révélation divine d'application universelle, comment a-t-elle pu être abandonnée en 1890 par simple « Manifeste » ? Et si elle est éternellement vraie (D&C 132 demeure canonique), pourquoi ne plus la pratiquer ?
Le double Manifeste : 1890 et 1904
Sous la pression croissante du gouvernement fédéral américain — qui adopte une législation anti-polygamie de plus en plus dure (Edmunds Act 1882, Edmunds-Tucker Act 1887, dissolution juridique de la Société par actions de l'Église LDS et confiscation de ses biens) —, le quatrième président de l'Église, Wilford Woodruff, publie le 25 septembre 1890 la « Déclaration officielle 1 » (ou « Manifeste ») qui annonce la fin de l'enseignement et de la pratique de la polygamie. Mais l'Église elle-même reconnaît aujourd'hui que, selon un registre non exhaustif des mariages et scellements célébrés hors du temple, 315 mariages furent célébrés entre le 17 octobre 1890 et le 8 septembre 1903, dont 25 seulement étaient pluriaux (7,9 %, les 290 autres étant monogames)[29] — pour l'essentiel au Mexique et dans l'ouest américain.
Il faut un Second Manifeste en 1904, sous Joseph F. Smith, pour imposer l'excommunication aux contrevenants. Pendant quatorze ans, l'Église a donc continué à pratiquer ce qu'elle prétendait avoir aboli. Aujourd'hui encore, des groupes fondamentalistes se réclamant de Joseph Smith continuent la polygamie, considérée par l'Église officielle comme cause d'excommunication.
Le sacerdoce et la question raciale
Une interdiction de 126 ans
De 1852 à 1978, les hommes noirs d'ascendance africaine étaient interdits du sacerdoce mormon, et hommes comme femmes étaient exclus des ordonnances du temple (endowment, scellement). Cette politique a été annoncée publiquement par Brigham Young en 1852, justifiée doctrinalement par des références à la « malédiction de Caïn » et à une prétendue « insuffisance de vaillance » dans la vie prémortelle. Elle est restée en vigueur jusqu'à la « Déclaration officielle 2 » promulguée par Spencer W. Kimball le 9 juin 1978.
La réforme de 2013
Dans un essai officiel publié en 2013 — l'un des rares documents où l'Église désavoue ouvertement un enseignement antérieur de ses prophètes —, l'institution énonce :
« Aujourd'hui, l'Église désavoue les théories avancées dans le passé selon lesquelles la peau noire serait un signe de défaveur divine ou une malédiction ; ou qu'elle refléterait des actions injustes dans une vie prémortelle ; que les mariages mixtes seraient un péché ; ou que les Noirs ou les personnes de toute autre race ou ethnie seraient inférieurs en quoi que ce soit. » — Gospel Topics Essay, Race and the Priesthood, 2013[30]
Ce désaveu est honnête. Il pose en revanche une question doctrinale grave : si Brigham Young, deuxième président et prophète de l'Église, peut avoir « avancé » pendant 126 ans une théorie raciale fausse au nom de Dieu, qu'est-ce qui garantit que les autres enseignements prophétiques sont eux-mêmes vrais ? Le mormonisme repose sur l'idée que le prophète vivant ne peut induire l'Église en erreur (Wilford Woodruff, Manifesto de 1890 : « The Lord will never permit me or any other man who stands as President of this Church to lead you astray »[31]). L'épisode racial est une faille majeure de ce postulat.
La doctrine mormone exposée par ses propres sources
Un Dieu corporel, fini, exalté
La doctrine LDS de Dieu rompt frontalement avec la tradition trinitaire et chrétienne. La source la plus claire est le King Follett Discourse, prononcé par Joseph Smith le 7 avril 1844 — deux mois et demi avant sa mort — devant 20 000 personnes lors d'une conférence funéraire à Nauvoo[32] :
« Dieu lui-même fut autrefois tel que nous sommes maintenant, et il est un homme exalté qui siège sur son trône, là-haut dans les cieux ! […] Si vous pouviez le voir aujourd'hui, vous le verriez comme un homme par sa forme, comme vous-mêmes en tout, par la personne, l'image et la forme même d'un homme. » — Joseph Smith, King Follett Discourse, 7 avril 1844 (traduction ; original anglais en note)[33]
« Vous devez apprendre à être vous-mêmes des dieux, à être rois et prêtres de Dieu, comme l'ont fait tous les dieux avant vous, à savoir en passant d'un petit degré à un autre […] jusqu'à parvenir à la station de Dieu. » — Joseph Smith, King Follett Discourse (traduction ; original anglais en note)[34]
Le cinquième président de l'Église, Lorenzo Snow, a résumé cette doctrine en un couplet célèbre, encore enseigné aujourd'hui :
« Tel l'homme est maintenant, Dieu fut autrefois ; tel Dieu est maintenant, l'homme peut devenir. » — Lorenzo Snow, biographie par Eliza R. Snow, 1884[35]
Le caractère corporel de Dieu est canonisé dans Doctrine et Alliances :
« Le Père a un corps de chair et d'os aussi tangible que celui de l'homme ; le Fils aussi ; mais le Saint-Esprit n'a pas un corps de chair et d'os, mais c'est un personnage d'esprit. » — Doctrine et Alliances 130, 22[36]
L'essai officiel de 2014 Becoming Like God confirme cette doctrine de la divinisation littérale :
« Les saints des derniers jours voient toute l'humanité comme des fils et des filles de Dieu au sens plein et complet ; ils considèrent chaque personne comme divine d'origine, de nature et de potentiel. » — Gospel Topics Essay, Becoming Like God, 2014[37]
La « Mère céleste » et les parents divins
La cosmologie mormone introduit un personnage divin absent de toute Écriture biblique : la Mère céleste. Le Gospel Topics Essay de 2015 le précise :
« Tous les êtres humains, hommes et femmes, sont les enfants spirituels aimés de parents célestes, un Père céleste et une Mère céleste. » — Gospel Topics Essay, Mother in Heaven, 2015[38]
Cette doctrine implique que la procréation s'étend jusque dans la nature divine : Dieu le Père a engendré spirituellement ses enfants en union avec une Mère céleste. La théologie catholique ne nie pas la paternité de Dieu (CEC §239) ; elle refuse seulement qu'elle soit comprise au sens d'une procréation corporelle. La Mère céleste, qui n'est attestée nulle part dans la Bible ni dans la Tradition apostolique, est l'un des points où la doctrine mormone manifeste sa cohérence interne au prix d'un éloignement maximal du christianisme historique.
La « Divinité » : trois dieux unis dans le dessein
C'est sur ce point que la divergence doctrinale est la plus serrée et la plus décisive pour l'invalidité du baptême prononcée par Rome. Le mormonisme affirme l'existence du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais comme trois êtres distincts :
- Le Père a un corps de chair et d'os.
- Le Fils, Jésus, a aussi un corps de chair et d'os ; il est le « frère aîné » de tous les esprits humains, y compris Lucifer, dans le conseil prémortel.
- Le Saint-Esprit est « un personnage d'esprit » sans corps physique.
Leur unité n'est pas d'essence mais de dessein : trois dieux qui collaborent. La Divinité (Godhead) commence d'exister, dans le système LDS, à partir du moment où les trois Personnes ont décidé de s'unir pour œuvrer au salut de l'homme. C'est exactement ce que résume le P. Ladaria dans le commentaire officiel du Responsum de 2001 :
« Pour les mormons, le Père, le Fils et l'Esprit Saint ne sont pas les trois personnes en qui subsiste l'unique divinité, mais trois dieux qui forment une divinité. Le terme « divinité » n'a pas de contenu « substantiel », car selon cette conception mormone, la divinité a commencé d'exister à partir du moment où les trois dieux ont décidé de s'unir et de former la divinité pour réaliser le salut de l'homme. » — P. Luis Ladaria, S.J., commentaire officiel du Responsum, L'Osservatore Romano, 1ᵉʳ août 2001 (traduction ; original anglais en note)[39]
La préexistence des esprits et le conseil prémortel
Tout être humain, dans la doctrine LDS, préexiste comme « esprit » avant sa naissance terrestre, dans une vie prémortelle où il vit auprès des parents célestes. Cette doctrine est canonisée dans le Livre d'Abraham (Perle de Grand Prix) :
« Le Seigneur m'avait montré, à moi, Abraham, les intelligences qui furent organisées avant que le monde fût ; et parmi toutes celles-ci, il y en avait beaucoup de nobles et de grandes. » — Abraham 3, 22 (Perle de Grand Prix)[40]
Avant la création de la terre, un conseil prémortel se tient au cours duquel deux fils du Père proposent leur plan : Jésus offre de servir la volonté du Père ; Lucifer offre d'éliminer le libre arbitre et de « sauver » tout le monde en exigeant la gloire pour lui-même. Le tiers des esprits suit Lucifer et est précipité hors du ciel ; ils deviennent les démons. Les esprits restants reçoivent un corps mortel sur terre[41].
Cette doctrine modifie en profondeur l'anthropologie chrétienne. Les humains ne sont pas, comme dans le récit catholique, créés ex nihilo par Dieu à un moment donné de leur conception ; ils sont des intelligences éternelles organisées en esprits puis incarnées. Le Christ lui-même est, dans ce système, le frère aîné des humains et de Lucifer — non pas le Verbe éternel consubstantiel au Père.
Les trois degrés de gloire
Le mormonisme remplace la doctrine traditionnelle du « ciel, purgatoire, enfer » par trois degrés de gloire révélés à Joseph Smith le 16 février 1832 dans une vision rapportée en Doctrine et Alliances 76. Seule une infime minorité (les « fils de perdition ») connaît la ténèbre extérieure ; presque tout le monde est sauvé dans l'un des trois royaumes :
| Royaume | Gloire | Habitants | Comparaison |
|---|---|---|---|
| Céleste | « comme celle du soleil » | Saints des Derniers Jours fidèles, scellés au temple, exaltés | Présence du Père |
| Terrestre | « comme celle de la lune » | Chrétiens honorables, mormons moins fidèles | Présence du Fils sans le Père |
| Téleste | « comme celle des étoiles » | Pécheurs non repentants, païens | Sans présence personnelle |
L'exaltation — c'est-à-dire la divinisation pleine — est réservée à ceux qui, dans le royaume céleste, ont reçu toutes les ordonnances du temple, en particulier le scellement du mariage pour l'éternité. Le verset central est Doctrine et Alliances 132, 20 :
« Alors ils seront des dieux, car ils n'auront pas de fin ; alors ils seront d'éternité en éternité, car ils continueront ; alors ils seront au-dessus de tout, car toutes choses leur seront soumises. Alors ils seront des dieux, parce qu'ils auront tout pouvoir. » — Doctrine et Alliances 132, 20[42]
Les ordonnances du temple
Les temples mormons ne sont pas des lieux de culte ordinaires. Ce sont des lieux fermés aux non-membres et même aux mormons « indignes » (qui doivent obtenir un « recommend » pour entrer), réservés aux ordonnances sacrées suivantes :
- Le baptême pour les morts — par procuration, dans une cuve montée sur douze taureaux d'airain (image de la mer d'airain du temple de Salomon). Justifié par 1 Corinthiens 15, 29.
- L'endowment — une cérémonie de plusieurs heures comprenant un rituel d'investiture avec habits sacerdotaux, une instruction symbolique sur la création, la chute et la rédemption, et des serments d'obéissance.
- Le scellement — mariage célébré « pour le temps et pour toute l'éternité », à distinguer du mariage civil mormon. Le scellement permet la vie familiale dans la résurrection et est la condition de l'exaltation.
Le baptême par procuration est une pratique unique du mormonisme contemporain. L'Église LDS mène une activité généalogique massive (le site FamilySearch est l'une des plus grandes bases de données généalogiques du monde) précisément parce que chaque défunt doit pouvoir être baptisé par procuration par un vivant. C'est ce qui a motivé la lettre du 5 avril 2008 par laquelle la Congrégation pour le Clergé a demandé aux conférences épiscopales d'interdire la communication des registres paroissiaux aux missionnaires mormons — lettre interne connue seulement par la dépêche Catholic News Service et le communiqué de l'archidiocèse de Baltimore qui la relaie[43].
Deux prêtrises et le prophète vivant
Le mormonisme prétend avoir restauré, par révélation à Joseph Smith et Oliver Cowdery, deux prêtrises perdues depuis l'apostasie générale :
- La prêtrise d'Aaron, ou prêtrise lévitique, restaurée par Jean-Baptiste apparaissant en personne à Smith et Cowdery le 15 mai 1829 sur les rives de la Susquehanna ; elle confère le droit d'administrer le baptême.
- La prêtrise de Melchisédek, restaurée par Pierre, Jacques et Jean apparaissant peu après ; elle confère tous les pouvoirs spirituels.
Tout homme membre de l'Église, à partir de douze ans, est ordonné à un office (diacre, instructeur, prêtre, ancien, grand-prêtre, soixante-dix, apôtre). La hiérarchie suprême comprend la Première Présidence (président + deux conseillers), le Quorum des Douze Apôtres et plusieurs Quorums des Soixante-dix. Le président est considéré comme « prophète, voyant et révélateur » pour toute l'Église et peut, en théorie, recevoir des révélations canoniques.
Les problèmes historiques et scientifiques
Les papyri du Livre d'Abraham
Le Livre d'Abraham est un texte canonique mormon publié pour la première fois en 1842 dans Times and Seasons, puis intégré à la Perle de Grand Prix en 1851. Joseph Smith affirme l'avoir « traduit » à partir de papyri égyptiens achetés en juillet 1835 à Michael Chandler avec quatre momies. Smith décrit ces papyri comme « les écrits d'Abraham pendant qu'il était en Égypte ».
Pendant 130 ans, les papyri eux-mêmes étaient présumés perdus dans l'incendie de Chicago de 1871. Le 27 novembre 1966, le professeur Aziz S. Atiya, byzantiniste de l'Université de l'Utah, identifie une partie des papyri originaux dans les réserves du Metropolitan Museum of Art de New York. Ils sont restitués à l'Église LDS le 27 novembre 1967.
Pour la première fois, on peut comparer les papyri à la « traduction » de Smith. La sentence des égyptologues, mormons et non mormons, est immédiate et unanime :
« Le Livre des Respirations appartenant au prêtre Hôr […] Joseph Smith pensait que ce papyrus contenait le Livre d'Abraham. […] L'écriture est de la fin de la période ptolémaïque ou du début de la période romaine, environ au temps du Christ. » — Klaus Baer, The Breathing Permit of Hor, Dialogue: A Journal of Mormon Thought 3/3, 1968, p. 111 (traduction ; original anglais en note)[44]
Le texte égyptien réel est donc :
- Un rituel funéraire osirien standard, daté d'environ 50 av. J.-C., soit plus de 1 500 ans après Abraham.
- Rédigé pour un prêtre thébain nommé Hôr, et non par Abraham.
- Aucun nom d'Abraham n'y figure.
L'égyptologue Robert K. Ritner, professeur à l'Oriental Institute de l'Université de Chicago, dans son édition critique complète des papyri publiée en 2011, conclut :
« La source du Livre d'Abraham est le « Breathing Permit of Hôr », mal compris et mal traduit par Joseph Smith. […] Le Livre d'Abraham est désormais confirmé comme une invention peut-être bien intentionnée, mais erronée, de Joseph Smith. » — Robert K. Ritner, The Joseph Smith Egyptian Papyri: A Complete Edition, Smith-Pettit Foundation, 2011 (traduction ; original anglais en note)[45]
La réponse officielle de l'Église en 2014
Confrontée à un dossier impossible à nier, l'Église LDS a publié en 2014 un Gospel Topics Essay qui reconnaît les faits tout en proposant deux échappatoires :
« Aucun des caractères sur les fragments de papyrus ne mentionne le nom d'Abraham ou aucun des événements rapportés dans le livre d'Abraham. […] Les caractères sur les fragments ne correspondent pas à la traduction donnée dans le livre d'Abraham. » — Gospel Topics Essay, Translation and Historicity of the Book of Abraham, 2014[46]
Les deux explications proposées par l'essai sont :
- Les papyri manquants : la majeure partie des rouleaux serait perdue ; la traduction porterait sur des feuillets qui ne sont pas parmi les fragments retrouvés au Met.
- La traduction par révélation : les papyri auraient servi d'« occasion de méditation » ; Smith aurait reçu le texte d'Abraham directement par révélation, sans rapport linguistique avec les hiéroglyphes.
La première hypothèse est invalidée par le témoignage contemporain de Smith lui-même, qui affirmait traduire les caractères exacts. La seconde réduit la « traduction » à une fiction littéraire pieuse, ce qui éviderait tout le concept d'« écriture inspirée ». Sur ce dossier comme sur celui du Livre de Mormon, la difficulté est d'autant plus aiguë que l'Église elle-même a fini par concéder les faits centraux.
L'archéologie introuvable du Livre de Mormon
Le Livre de Mormon raconte l'histoire de trois grandes migrations de Sémites vers l'Amérique :
- Les Jarédites (vers 2200 av. J.-C., dispersion de Babel).
- Les Néphites et Lamanites (vers 600 av. J.-C., départ de Jérusalem sous Léhi).
- Les Mulékites (peuple de Mulek, fils de Sédécias).
Ces peuples auraient bâti des cités fortifiées, frappé monnaie, élevé du bétail, manié des épées d'acier, des chars et des armures. Une grande bataille finale, à Cumorah (NY), aurait fait 230 000 morts néphites en quelques jours, vers 385 ap. J.-C.[47]
Or, rien n'a jamais été retrouvé. Le mayaniste de Yale Michael D. Coe, dans un article publié en 1973 dans la revue mormone Dialogue — donc adressé à un public LDS — résume la situation :
« Les faits, à l'état brut, sont les suivants : rien, absolument rien, n'a jamais surgi d'aucune fouille du Nouveau Monde qui suggérerait à un observateur impartial que le Livre de Mormon, tel que le revendique Joseph Smith, est un document historique relatant l'histoire des premiers migrants vers notre hémisphère. » — Michael D. Coe, Mormons and Archaeology: An Outside View, Dialogue 8/2, 1973 (traduction ; original anglais en note)[48]
« Il n'existe pas un seul archéologue de formation professionnelle, qui ne soit pas mormon, qui voie la moindre justification scientifique de croire ce qui précède. » — Michael D. Coe, ibid. (traduction ; original anglais en note)[49]
La Smithsonian Institution elle-même, dans sa déclaration officielle de 1996, énumère les anachronismes scientifiquement vérifiés du Livre de Mormon : absence avant 1492 des chevaux, ânes, bovins, porcs, chèvres, chameaux, du blé, de l'orge, du fer, de l'acier, du verre et de la soie en Amérique précolombienne[50]. Toutes choses pourtant mentionnées dans le Livre de Mormon comme caractéristiques de la civilisation néphite.
| Élément du Livre de Mormon | Référence (Néphi, Alma, Éther…) | Réalité archéologique |
|---|---|---|
| Chevaux | 1 Néphi 18, 25 ; Alma 18, 9 ; Éther 9, 19 | Éteints vers 10 000 av. J.-C., réintroduits en 1493 |
| Éléphants | Éther 9, 19 | Mammouths éteints fin du Pléistocène |
| Bétail (cattle) | Énos 1, 21 ; 1 Néphi 18, 25 | Importés au XVIᵉ siècle |
| Chars (chariots) | Alma 18, 9 ; Alma 20, 6 | Roues uniquement sur jouets |
| Épées d'acier | 2 Néphi 5, 14 ; Éther 7, 9 | Métallurgie de l'acier inconnue |
| Blé et orge cultivés | Mosiah 9, 9 | Importés post-1492 |
| Soie | Alma 1, 29 ; Éther 9, 17 | Production absente |
| Synagogues (~80 av. J.-C.) | Alma 16, 13 | Plus ancienne synagogue connue : Délos ~150 av. J.-C. |
L'ADN amérindien : asiatique, non sémitique
Depuis la cartographie du génome humain et la généralisation du séquençage des marqueurs mitochondriaux, l'origine des peuples amérindiens est aujourd'hui clairement établie : ils descendent de populations sibériennes ayant traversé le détroit de Béring lors de la dernière glaciation. Les haplogroupes mitochondriaux amérindiens (A, B, C, D, X) sont asiatiques, et l'absence totale d'ADN sémitique pré-colombien est admise par toute la communauté scientifique.
L'Église LDS l'admet à son tour, en 2014 :
« Les études d'ADN ne peuvent être utilisées de manière décisive ni pour affirmer ni pour rejeter l'authenticité historique du Livre de Mormon. […] Les preuves rassemblées à ce jour suggèrent que la majorité des Amérindiens portent un ADN majoritairement asiatique. » — Gospel Topics Essay, Book of Mormon and DNA Studies, 2014[51]
L'introduction du Livre de Mormon a été modifiée en 2006 : les peuples léhites sont désormais décrits comme « parmi » les ancêtres des Amérindiens, et non plus comme leurs « ancêtres principaux »[52]. Le scientifique mormon Simon G. Southerton, ancien évêque LDS et biologiste moléculaire au CSIRO australien, a documenté dans Losing a Lost Tribe (2004) la contradiction insurmontable entre la prétention scripturaire et les données génétiques. Il a été excommunié peu après la publication[53].
La dépendance à la King James Version
Le Livre de Mormon contient plus de 200 passages copiés mot à mot de la Version du Roi Jacques (King James Bible, 1611), traduction anglaise du XVIIᵉ siècle. Plus précisément :
- Des chapitres entiers d'Isaïe sont reproduits dans 2 Néphi avec les italiques de la King James — or ces italiques marquent les mots ajoutés par les traducteurs anglais pour rendre le sens en l'absence des correspondants hébreux. Leur présence dans un texte « traduit » d'un original hébreu de 600 av. J.-C. est inexplicable.
- Le Livre de Mormon reproduit en Éther 4, 18 et Mormon 9, 22-24 la finale longue de Marc (Mc 16, 9-20), absente des plus anciens manuscrits grecs et largement reconnue par la critique textuelle comme une addition postérieure au IIᵉ siècle. Un texte néphite achevé au IVᵉ siècle ne pouvait pas citer un ajout que l'Église grecque ne connaissait pas encore avec ce wording-là.
Ces particularités sont compatibles avec une seule hypothèse historique : le Livre de Mormon a été composé en anglais, au XIXᵉ siècle, par quelqu'un qui avait la King James sur sa table.
Les onze témoins et l'absence des plaques
L'Église LDS produit habituellement les déclarations de Trois Témoins (Oliver Cowdery, David Whitmer, Martin Harris) et de Huit Témoins comme preuves de l'existence des plaques d'or. Deux faits restent à dire :
- Les Trois Témoins ont tous quitté l'Église entre 1837 et 1838 ; Cowdery et Harris ont été rebaptisés plus tard, mais David Whitmer n'est jamais revenu et a fondé sa propre Église dissidente.
- Selon une lettre de Stephen Burnett — alors en rupture avec l'Église —, Martin Harris aurait déclaré publiquement, lors d'une assemblée en Ohio en 1838, qu'il « n'avait jamais vu les plaques avec ses yeux naturels, mais seulement en vision ou en imagination »[54].
- Les Huit Témoins sont tous membres des familles Whitmer et Smith — donc le témoignage n'est pas indépendant.
Joseph Smith a refusé toute sa vie de produire les plaques pour un examen extérieur. Selon le récit, l'ange Moroni les aurait reprises avant la publication du livre. Aucune trace, aucun fragment, aucune photographie n'existe.
View of the Hebrews et l'hypothèse B.H. Roberts
En 1823, soit sept ans avant la publication du Livre de Mormon, un pasteur congrégationaliste de Poultney (Vermont), Ethan Smith, publie un livre intitulé View of the Hebrews; or the Tribes of Israel in America. L'ouvrage défend la thèse alors populaire d'une origine israélite des Amérindiens, descendant des dix tribus perdues. Il est réédité en 1825 dans une version augmentée. Le scribe principal du Livre de Mormon, Oliver Cowdery, vivait à Poultney (Vermont) jusqu'en 1825, où sa belle-mère et trois de ses sœurs fréquentaient l'église congrégationaliste d'Ethan Smith.
Dans les années 1920, l'apologiste mormon B. H. Roberts — membre du Premier Conseil des Soixante-Dix, intellectuel respecté — entreprend une comparaison systématique entre les deux livres et rédige un manuscrit de 291 pages (A Book of Mormon Study), accompagné d'une comparaison synoptique en dix-huit « parallèles » entre View of the Hebrews et Le Livre de Mormon. Publié posthume en 1985 par l'University of Illinois Press sous le titre Studies of the Book of Mormon, ce travail interne à l'Église ne nie pas la foi en l'autorité du Livre de Mormon, mais reconnaît que la thèse d'une origine purement littéraire ne peut être facilement écartée.
La réponse catholique : Trinité, Christ, Révélation, Église
Un seul Dieu, simple, immuable, incorporel
La doctrine catholique de Dieu, formulée par sept conciles œcuméniques, est l'exact contraire de la doctrine mormone sur chacun de ses points. Le Quatrième concile du Latran, en 1215, l'a formulée avec une netteté qui rend toute confusion impossible :
« Nous croyons fermement et confessons sans détour qu'il y a un seul vrai Dieu, éternel, immense, tout-puissant, immuable, incompréhensible et ineffable, Père et Fils et Saint-Esprit : trois Personnes en effet, mais une seule essence, substance ou nature absolument simple. » — Concile Latran IV (1215), constitution Firmiter credimus, Denzinger 800[55]
Le Concile Vatican I, en 1870, dans sa constitution dogmatique Dei Filius, a précisé la doctrine en termes qui réfutent point par point la doctrine mormone :
« La sainte Église catholique, apostolique, romaine, croit et confesse qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, Créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout-puissant, éternel, incommensurable, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté et en toute perfection ; lequel, étant une substance spirituelle unique, absolument simple et immuable, doit être proclamé réellement et essentiellement distinct du monde, parfaitement heureux en lui-même et de par lui-même, et ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui existe ou peut être conçu en dehors de lui. » — Concile Vatican I (1870), Dei Filius, chap. 1, Denzinger 3001[56]
Chaque qualificatif réfute un point central de la cosmologie mormone :
| Vatican I (DS 3001) | Doctrine mormone | Verdict |
|---|---|---|
| Substance spirituelle | Dieu a un corps de chair et d'os | Contradiction |
| Absolument simple | Dieu est composé (corps + esprit) | Contradiction |
| Immuable | Dieu fut autrefois un homme | Contradiction |
| Essentiellement distinct du monde | Matière éternelle co-existante à Dieu | Contradiction |
| Créateur ex nihilo | Dieu organise une matière préexistante | Contradiction |
Le Catéchisme de l'Église catholique, citant Latran IV, conclut :
« La Trinité est Une. Nous ne confessons pas trois dieux, mais un seul Dieu en trois Personnes : la « Trinité consubstantielle ». » — Catéchisme de l'Église catholique, § 253[57]
Un seul Christ, vrai Dieu et vrai homme
Si Dieu le Père est un homme exalté et Jésus son frère préexistant, alors la christologie mormone bouleverse le mystère de l'Incarnation. Pour la foi chrétienne, le Christ n'est pas un être qui acquiert la divinité par mérite ou par progression : il est Dieu de toute éternité, engendré et non créé, consubstantiel au Père. C'est le sens même du mot homoousios inscrit au cœur du Credo de Nicée en 325 :
« [Nous croyons] en un seul Seigneur Jésus-Christ […], engendré, non créé, de même substance que le Père (homoousion to Patri), par qui tout a été fait. […] Quant à ceux qui disent : Il fut un temps où il n'était pas, ou : Avant d'être engendré il n'était pas […], l'Église catholique et apostolique les anathématise. » — Premier concile de Nicée (325), symbole, Denzinger 125-126[58]
Le Concile de Chalcédoine (451) a précisé l'union des deux natures dans une seule Personne, dans une formule qui devient le standard chrétien œcuménique :
« Nous enseignons unanimement à confesser un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, le même parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme […], consubstantiel au Père selon la divinité, et le même consubstantiel à nous selon l'humanité […], reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation. » — Concile de Chalcédoine (451), Denzinger 301-302[59]
Dire que Jésus est notre « frère aîné » et qu'il a partagé la même origine prémortelle que Lucifer, c'est dire qu'il n'est pas Dieu de toute éternité. C'est la position exacte de l'arianisme combattue par saint Athanase et condamnée à Nicée — sous une forme nouvelle, mormonisée.
La Révélation est close avec le Christ
Le mormonisme s'appuie sur le principe de la révélation continue : le prophète vivant peut recevoir de nouvelles Écritures normatives, comme Joseph Smith a reçu D&C, Abraham et Moïse. Cette prétention heurte directement la foi catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution dogmatique Dei Verbum, a redit avec netteté :
« L'économie chrétienne, étant l'Alliance nouvelle et définitive, ne passera jamais ; et aucune nouvelle révélation publique n'est plus à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ. » — Concile Vatican II, Dei Verbum § 4 (18 novembre 1965)[60]
Le Catéchisme de l'Église catholique commente :
« Le Christ, Fils de Dieu fait homme, est la Parole unique, parfaite et indépassable du Père. En lui Il dit tout, il n'y aura pas d'autre parole que celle-là. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 65[61]
« Il existe à travers les siècles des révélations dites « privées », dont certaines ont été reconnues par l'autorité de l'Église. […] Leur rôle n'est pas d'« améliorer » ou de « compléter » la Révélation définitive du Christ, mais d'aider à en vivre plus pleinement à une certaine époque de l'histoire. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 67[62]
Lourdes, Fatima, Guadalupe sont des révélations privées : elles confirment l'Évangile, ne le complètent pas, et n'imposent à personne une foi nouvelle. Le Livre de Mormon, en revanche, est présenté comme « la plénitude de l'Évangile éternel » qui complète et corrige la Bible. Cette prétention contredit frontalement le caractère définitif de la Révélation en Christ.
L'Église visible que le Christ n'abandonne pas
Le pivot du système mormon est la doctrine de la grande apostasie : l'Église fondée par le Christ aurait disparu de la terre dès la mort des apôtres, corrompue par la philosophie grecque et privée du sacerdoce, jusqu'à sa restauration par Joseph Smith en 1830. La foi catholique répond que cette thèse est impossible pour trois raisons croisées.
L'argument scripturaire
Le Christ lui-même a promis :
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. » — Évangile selon saint Matthieu 16, 18
Si l'Église a effectivement été détruite pendant 1 700 ans, le Christ s'est trompé, ou il a menti, ou la « porte de l'enfer » a vaincu son Église. Toute hypothèse est destructrice pour la foi.
L'argument historique
L'histoire chrétienne ne montre aucune disparition. Elle montre une continuité visible : succession ininterrompue des évêques de Rome depuis saint Pierre, succession des évêques de toutes les Églises apostoliques, conciles œcuméniques de Nicée à Chalcédoine, vie sacramentelle continue, foule de saints, martyrs, docteurs, mystiques. L'apostolicité n'est pas une revendication, c'est un fait documentable.
L'argument ecclésiologique (Vatican II)
Le concile Vatican II, dans la constitution Lumen Gentium, a confessé :
« Cette Église, constituée et organisée en société dans le monde présent, subsiste dans (subsistit in) l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui. » — Concile Vatican II, Lumen Gentium § 8 (21 novembre 1964)[63]
Le subsistit in ne nie pas que des éléments de sanctification existent hors de la pleine communion catholique, dans les autres communautés chrétiennes. Mais il affirme qu'aucune « nouvelle Église restaurée » n'a à advenir : l'Église du Christ existe, elle subsiste, elle est visible. La prétention mormone d'une restauration plénière en 1830 est, pour le catholique, simplement inintelligible.
L'invalidité du baptême mormon : la décision de 2001
Un Responsum en un mot
Le 5 juin 2001, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (devenue le Dicastère pour la Doctrine de la Foi en 2022), répondant à une question soulevée notamment par la conférence épiscopale américaine, publie un Responsum dont la concision est ascétique :
Question : « Si le baptême conféré par la communauté « L'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours », appelée vulgairement « mormons », est valide. »
Réponse : « Negative. »
— Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Responsum ad propositum dubium, 5 juin 2001, signé Joseph Cardinal Ratzinger et Tarcisio Bertone, approuvé par le pape Jean-Paul II le 5 juin 2001, publié dans Acta Apostolicae Sedis 93 [2001] 476[64]
C'est l'un des actes les plus secs et les plus précis du Magistère contemporain. La portée doctrinale est immense : la quasi-totalité des baptêmes protestants sont reconnus valides par l'Église catholique (à l'exception des baptêmes ne respectant pas la matière et la forme essentielles), mais celui des mormons ne l'est pas.
Le commentaire du futur cardinal Ladaria
Quelques semaines plus tard, L'Osservatore Romano publie un commentaire officiel signé par le P. Luis F. Ladaria, S.J., alors professeur de théologie dogmatique à l'Université grégorienne et consulteur de la CDF — il n'en deviendra secrétaire qu'en 2008, puis préfet en 2017 et cardinal en 2018. Ce commentaire explique les quatre raisons de l'invalidité.
La forme : ressemblance trompeuse
La formule baptismale mormone (« Having been commissioned of Jesus Christ, I baptize you in the name of the Father, and of the Son, and of the Holy Ghost ») reprend les mêmes mots que la formule trinitaire chrétienne. Mais ce sont les mêmes mots employés dans un sens radicalement différent, parce que les noms du Père, du Fils et du Saint-Esprit ne désignent pas chez les mormons les trois Personnes en qui subsiste l'unique divinité, mais trois dieux distincts ontologiquement.
L'intention : faire autre chose
Pour qu'un baptême soit valide, le ministre doit avoir l'intention de faire ce que fait l'Église. Or le ministre mormon entend faire ce que fait son Église — qui n'est pas la même chose que ce que fait l'Église du Christ. L'intention est donc objectivement déviée par la doctrine.
Le ministre : sans la prêtrise apostolique
Le ministre mormon prétend agir sous l'autorité d'une « prêtrise restaurée » qui n'a aucun lien de succession apostolique avec le sacerdoce chrétien. La prêtrise d'Aaron et de Melchisédek mormone, qu'on prétend avoir été restaurée à Joseph Smith en 1829, est une prêtrise nouvelle, sans continuité avec l'imposition des mains des apôtres.
La doctrine sous-jacente : une religion étrangère
C'est le point décisif. Le P. Ladaria écrit :
« On ne peut même pas considérer que cette doctrine est une hérésie issue d'une fausse compréhension de la doctrine chrétienne. » — P. Luis Ladaria, S.J., commentaire officiel du Responsum, L'Osservatore Romano, 1ᵉʳ août 2001 (traduction ; original anglais en note)[65]
Cette phrase est rarement remarquée. Elle est pourtant capitale. Le mormonisme n'est pas une hérésie chrétienne (comme l'arianisme, ou le nestorianisme, ou même le protestantisme). C'est un système religieux distinct qui utilise un vocabulaire chrétien pour exprimer une foi nouvelle. La différence n'est pas de degré mais de nature.
Conséquences canoniques pratiques
Le commentaire complémentaire de Mons. Urbano Navarrete, S.J. précise les conséquences canoniques. Un mormon qui demande à entrer dans la pleine communion de l'Église catholique doit être traité comme un catéchumène, non comme un chrétien séparé. Il reçoit le sacrement de baptême, et non une simple profession de foi. Le mariage entre un catholique et un mormon est affecté de l'empêchement de disparité de culte (cf. canon 1086), et requiert non une simple permission mais une dispense épiscopale pour la validité du mariage[66].
Une seconde décision en 2008
Sept ans plus tard, le 5 avril 2008, la Congrégation pour le Clergé adresse aux conférences épiscopales du monde entier une lettre (interne, non publiée aux AAS, connue par le relais de l'archidiocèse de Baltimore[67]) demandant qu'il soit interdit de communiquer les registres paroissiaux aux missionnaires mormons. La justification est double : protéger la confidentialité due aux fidèles, et ne pas coopérer indirectement à la pratique du baptême des morts par procuration, jugée inacceptable[68]. La lettre signe une politique claire : la coopération généalogique avec l'Église LDS, même pour des motifs apparemment neutres, ne peut servir à étendre à des défunts catholiques un rite mormon que l'Église considère sans valeur sacramentelle.
Sont-ils chrétiens ?
Au sens sociologique large
Au sens sociologique, les Saints des Derniers Jours sont indéniablement attachés à la personne de Jésus-Christ. Le nom de « Église de Jésus-Christ » est dans le titre officiel ; chaque culte hebdomadaire commémore la mort du Sauveur ; les missionnaires saluent au nom de Jésus. Beaucoup de mormons sincères vivent une morale familiale exigeante, refusent l'alcool, le tabac et la pornographie, payent leur dîme, et donnent un témoignage de foi parfois plus brûlant que celui de bien des catholiques nominaux.
Au sens où être « chrétien » signifie aimer Jésus subjectivement, oui, beaucoup le sont.
Au sens doctrinal des Credos
Mais le mot « chrétien », dans l'histoire, désigne une foi spécifique, formulée dans les Credos œcuméniques de Nicée et de Constantinople, à savoir : un seul Dieu Trinité, un seul Christ vrai Dieu et vrai homme, une seule Église visible et apostolique, un seul baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, une seule Révélation accomplie en Jésus-Christ. À ce sens-là, qui est le sens historique et doctrinal du mot, le mormonisme n'est pas une confession chrétienne.
Cette distinction n'est pas un mépris : elle est ce qui permet de respecter à la fois les mormons et la vérité historique du mot « chrétien ». Présenter le mormonisme comme une simple variante du christianisme reviendrait à abolir dix-sept siècles de débats œcuméniques et à priver les mots de leur sens.
Une religion missionnaire venue d'Amérique
L'historien des religions Harold Bloom, dans The American Religion (1992), a écrit l'une des analyses les plus pénétrantes du mormonisme. Pour Bloom — qui n'est ni catholique ni mormon —, le mormonisme est ce qui ressemble le plus, dans l'histoire moderne, à une nouvelle grande religion, comparable par son originalité et sa cohérence interne à l'islam au VIIᵉ siècle plutôt qu'à une réforme protestante[69]. Bloom voit dans Joseph Smith « un génie religieux authentique », ce qui ne nous oblige pas à le suivre, mais ce qui aide à comprendre pourquoi la rupture est si profonde : on n'est pas devant un schisme chrétien, on est devant une religion nouvelle.
Comment dialoguer avec un saint des derniers jours ?
Beaucoup de catholiques rencontrent les mormons sous la forme des missionnaires en chemise blanche, jeunes adultes envoyés deux ans dans le monde pour témoigner. Comment dialoguer avec eux sans hostilité ni naïveté ?
Trois portes d'entrée
1. Qui est Jésus ? La conversation la plus importante n'est pas sur le Livre de Mormon ; c'est sur le Christ. Le Jésus chrétien — Verbe éternel, consubstantiel au Père, de toute éternité Dieu — est-il le Jésus mormon — frère aîné des humains, créé avant la fondation du monde, distinct ontologiquement du Père ? Cette question oriente immédiatement vers la question trinitaire et chalcédonienne. Saint Athanase écrivait au IVᵉ siècle dans De Incarnatione : « Le Verbe s'est fait homme afin que l'homme puisse devenir dieu. »[70] Mais le « devenir dieu » chrétien est une participation à la nature divine par grâce, dans le Christ (cf. 2 Pierre 1, 4), et non pas devenir un autre dieu exalté à côté de Dieu.
2. La Révélation est-elle close ou ouverte ? Saint Paul écrit aux Galates : « Quand bien même nous-mêmes, ou un ange du ciel, nous vous annoncerions un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème » (Galates 1, 8). Quel critère permet de distinguer une vraie révélation d'une fausse ? L'Église catholique répond : la fidélité à l'Évangile reçu des apôtres. Toute prétendue révélation qui contredit ou complète l'Évangile, et présente un autre Dieu, un autre Christ, une autre Église, est à rejeter.
3. L'Église a-t-elle vraiment disparu pendant 1 700 ans ? Si oui, le Christ a échoué. Si non, la prétention mormone d'une restauration plénière est sans objet. La continuité visible de l'Église catholique depuis Pierre — vingt siècles de papes, de conciles, de saints, de sacrements, de martyrs — est le démenti factuel le plus simple à la thèse de la grande apostasie.
Le témoignage des ex-mormons devenus catholiques
L'un des témoignages les plus précieux est celui de Thomas W. Smith, ancien missionnaire LDS converti à la foi catholique[71]. Il a raconté son cheminement dans l'émission The Journey Home du Coming Home Network[72]. Sa découverte fut, raconte-t-il, celle des Pères de l'Église : il y trouva l'enseignement même que les missionnaires LDS lui avaient présenté comme corrompu et perdu. La Trinité, l'Eucharistie, l'épiscopat, la prière pour les morts : tout cela vivait dans le christianisme des deux premiers siècles, sans rupture. L'apostasie générale, qu'on lui avait apprise comme évidente, n'avait simplement pas eu lieu.
Ce qu'il faut éviter
- La moquerie : se moquer du mariage céleste, des sous-vêtements sacrés ou de la pierre dans le chapeau ne convertit personne et blesse inutilement.
- L'argument ad personam : Joseph Smith fut un homme complexe ; juger sa religion par ses fautes est un raccourci. Les arguments doctrinaux et historiques suffisent largement.
- La concession verbale : dire « nous croyons la même chose, à quelques détails près » est faux et trompe l'interlocuteur. La différence est de nature, pas de degré.
- Le repli défensif : un mormon bien formé connaît ses Écritures. Un catholique qui veut dialoguer doit avoir lu un peu, au minimum les Évangiles, le Credo de Nicée, et le Catéchisme sur la Trinité et le baptême.
Le mormonisme aujourd'hui : chiffres et tendances
| Indicateur (au 31 décembre 2025) | Valeur |
|---|---|
| Membres totaux revendiqués | 17 887 212 |
| Convertis baptisés en 2025 | 385 490 |
| Nouveaux enfants inscrits | 91 835 |
| Pieux (équivalent diocèses) | 3 695 |
| Paroisses et branches | 32 046 |
| Missions | 451 |
| Missionnaires (temps plein et service) | 114 727 |
| Temples en fonction | 204 |
| Temples en rénovation | 7 |
| Temples annoncés ou en construction | 172 |
| Temples consacrés en 2025 | 9 |
Source : 2025 Statistical Report of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, lu à la Conférence Générale d'avril 2026[73].
Le Centre de conférence de Salt Lake City, où se tient cette Conférence générale semestrielle, a été achevé en 2000 et compte 21 000 places dans son auditorium principal[74].
Derrière ces chiffres officiels, la situation est plus nuancée. Le Pew Research Center, dans son Religious Landscape Study 2023-2024, indique que le taux de rétention des Saints des Derniers Jours aux États-Unis — c'est-à-dire la proportion d'enfants mormons restant mormons à l'âge adulte — est tombé de 70 % en 2007 à 54 % en 2023-2024[75]. Près d'un mormon sur deux d'origine quitte l'Église. La cause principale n'est plus, comme dans les années 1970-90, la pression sociale extérieure (anti-mormonisme), mais l'accès à l'information historique critique par Internet — les Gospel Topics Essays publiés à partir de 2013 pouvant être lus comme une réponse à cette crise.
L'Église a réagi en multipliant les temples (9 consacrés en 2025), en simplifiant le service missionnaire et en infléchissant le ton de son discours public vers le christianisme classique. Mais elle ne peut pas renoncer à ses doctrines fondatrices sur Dieu, le Christ et la prêtrise sans s'effondrer comme religion distincte. La tension entre expansion mondiale et érosion intérieure est aujourd'hui l'enjeu principal de son histoire.
Conclusion
Les mormons forment une communauté religieuse vigoureuse, missionnaire, moralement structurée, et profondément attachée — à leur manière — à la figure de Jésus-Christ. Cet attachement subjectif est respectable, et la rencontre humaine avec un saint des derniers jours révèle souvent une bonté familiale réelle, une foi sincère, une vie ordonnée.
Mais ce que la foi catholique ne peut concéder, c'est l'illusion d'une parenté doctrinale là où il y a une religion nouvelle. Le Dieu mormon est un homme exalté de chair et d'os ; le Dieu catholique est l'Être un, simple, immuable, créateur du ciel et de la terre. Le Christ mormon est le frère aîné des esprits humains ; le Christ catholique est le Verbe éternel consubstantiel au Père. La Révélation mormone s'ouvre à chaque génération par la voix d'un prophète vivant ; la Révélation catholique est achevée en Jésus-Christ. L'Église du Christ a, selon les mormons, disparu pendant 1 700 ans avant d'être restaurée par Joseph Smith ; selon la foi catholique, elle n'a jamais disparu, parce que le Christ lui a promis qu'elle ne le serait pas.
Sur chacun de ces points, la divergence n'est pas un détail. Elle touche à qui est Dieu, à qui est le Christ, à ce qu'est l'Église, à ce qu'est la foi. C'est pour cette raison que le Responsum de 2001 a déclaré le baptême mormon invalide — non par méfiance pour les personnes, mais par respect pour la vérité des mots et la dignité du sacrement.
Le devoir du catholique, devant un saint des derniers jours, est triple : aimer la personne, dire la vérité, et garder l'espérance que la rencontre avec le vrai visage du Christ — Dieu vraiment Dieu, homme vraiment homme — puisse un jour conduire ce frère humain dans la pleine communion de l'Église fondée sur Pierre.
Pour aller plus loin
- La Trinité — un seul Dieu en trois Personnes, consubstantielles.
- La divinité de Jésus-Christ — pourquoi le Christ n'est pas un être divin secondaire.
- La Bible — canon, Tradition apostolique et clôture de la Révélation publique.
- Réponses au protestantisme — sola scriptura et autorité de l'Église.
- Pourquoi le catholicisme est la vraie religion — apostolicité et continuité visible.
- Le premier concile de Nicée (325) — homoousios et fondation de l'orthodoxie christologique.
- Le concile de Chalcédoine (451) — deux natures sans confusion ni division.
Notes et références
Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Book of Mormon, Gospel Topics, page officielle churchofjesuschrist.org/study/scriptures/bofm/title-page. Le sous-titre officiel « Another Testament of Jesus Christ » a été ajouté en 1982 par décision de la Première Présidence.
1Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, 2025 Statistical Report, lu à la Conférence Générale d'avril 2026. Texte officiel sur newsroom.churchofjesuschrist.org. Les 114 727 missionnaires sont le total du même tableau au 31 décembre 2025 : 78 596 missionnaires enseignants à temps plein + 31 613 missionnaires seniors de service + 4 518 jeunes missionnaires de service = 114 727. Les chiffres incluent tous les membres baptisés, vivants ou décédés non retirés des registres, ce qui surévalue significativement la pratique réelle. Les 9 temples consacrés en 2025 sont : Auckland (Nouvelle-Zélande), Nairobi (Kenya), Abidjan (Côte d'Ivoire), Syracuse (Utah), Antofagasta (Chili), Farmington (Nouveau-Mexique), Elko (Nevada), Grand Junction (Colorado) et Bahía Blanca (Argentine) — liste « Temples Dedicated in 2025 » publiée avec le rapport (reprise par ex. par Meridian Magazine).
2 73Pew Research Center, Religious Landscape Study, 2023-2024, section Latter-day Saint (Mormon), publiée février 2025, pewresearch.org/religious-landscape-study. Le taux de rétention des Latter-day Saints aux États-Unis est passé de 70 % (2007) à 64 % (2014) à 54 % (2023-2024). Chiffres confirmés en séance par l'analyse Pew du 22 septembre 2026, Tradition and Change Among Latter-day Saints in the U.S. : « About half of Americans who say they were raised as Latter-day Saints still identify as members of the church in adulthood (54%) […] That retention rate has steadily declined since 2007, when it stood at 70% » (pewresearch.org).
3 75Joseph Smith, Joseph Smith—History 1, 14-20, dans la Perle de Grand Prix, texte canonique LDS dicté en 1838 à Far West (Missouri), publié pour la première fois en 1842 dans Times and Seasons vol. 3, et canonisé en 1880. Édition officielle en ligne : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/pgp/js-h/1. Textes originaux anglais des deux passages cités — verset 17 : « When the light rested upon me I saw two Personages, whose brightness and glory defy all description, standing above me in the air. One of them spake unto me, calling me by name and said, pointing to the other—This is My Beloved Son. Hear Him! » ; verset 19 : « I was answered that I must join none of them, for they were all wrong; and the Personage who addressed me said that all their creeds were an abomination in his sight; that those professors were all corrupt ».
4 16 17Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Responsum ad propositum dubium de validitate baptismatis apud communitatem « The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints », 5 juin 2001, signé par le cardinal Joseph Ratzinger (préfet) et Tarcisio Bertone (secrétaire), approuvé par saint Jean-Paul II. Publié dans Acta Apostolicae Sedis 93 [2001] 476. Texte intégral sur vatican.va.
5 64P. Luis F. Ladaria, S.J. (alors professeur de théologie dogmatique à l'Université pontificale grégorienne et consulteur de la CDF — il n'en deviendra secrétaire qu'en 2008, nommé par Benoît XVI ; préfet en 2017, cardinal en 2018), Considerations on the answer of the Congregation for the Doctrine of the Faith concerning the validity of baptism conferred by The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, called « Mormons », L'Osservatore Romano (édition hebdomadaire anglaise, 1ᵉʳ août 2001, p. 4 ; signature de l'article : « Fr Luis Ladaria, S.J. », sans titre de secrétaire — le secrétaire de la CDF en juin 2001 étant Tarcisio Bertone, cf. [^cdf-2001]). Texte complet sur vatican.va. Textes originaux anglais des deux passages cités — sur la divinité : « are not the three persons in which subsists the one Godhead, but three gods who form one divinity. […] The very word divinity has only a functional, not a substantial content, because the divinity originates when the three gods decided to unite and form the divinity to bring about human salvation » ; sur l'hérésie : « one cannot even consider that this doctrine is a heresy which emerged out of a false understanding of the Christian doctrine. The teaching of the Mormons has a completely different matrix. » Les deux citations françaises du corps sont des traductions.
6 39 65Charles G. Finney, Memoirs of Rev. Charles G. Finney Written by Himself, New York, 1876 (autobiographie posthume) : « I found that region of country what, in the western phrase, would be called, a "burnt district" ». Expression reprise comme titre par Whitney R. Cross, The Burned-over District: The Social and Intellectual History of Enthusiastic Religion in Western New York, 1800-1850, Cornell University Press, Ithaca (NY), 1950. Étude de référence sur la géographie religieuse de la jeunesse de Joseph Smith.
7 8D. Michael Quinn, Early Mormonism and the Magic World View, 2ᵉ édition revue et augmentée, Signature Books, Salt Lake City, 1998, p. 30. Quinn, historien LDS et ancien professeur à BYU, a été excommunié en 1993 pour ses recherches.
9Wesley P. Walters, Joseph Smith's Bainbridge, N.Y., Court Trials, Westminster Theological Journal vol. 36, no. 2 (Hiver 1974), pp. 123-155. Les factures originales du juge Albert Neely (20 mars 1826) ont été retrouvées en 1971 par Walters et Fred Poffarl dans les sous-sols du tribunal de Norwich (NY).
10Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Joseph Smith's 1826 Trial, Church History Topics, page officielle churchofjesuschrist.org/study/history/topics/joseph-smiths-1826-trial. Présentation officielle tardive de la procédure de 1826 devant le juge Neely : l'existence de cette audience, longtemps minimisée ou niée par les autorités LDS, y est admise, sans trancher sa nature exacte (examination ou trial) ni son issue.
11Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Book of Mormon Translation, Gospel Topics Essays, publié décembre 2013, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/book-of-mormon-translation. Approuvé par la Première Présidence et le Quorum des Douze Apôtres. Texte original anglais de la citation sur la méthode de traduction : « Joseph placed either the interpreters or the seer stone in a hat, pressed his face into the hat to block out light, and read aloud the English words that appeared on the instrument. » Texte original du témoignage d'Emma Smith : « He sat with his face buried in his hat, with the stone in it, and dictated hour after hour with nothing between us. »
12 19 20Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, First Vision Accounts, Gospel Topics Essays, publié novembre 2013, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/first-vision-accounts. L'essai reconnaît neuf comptes rendus distincts, dont quatre primaires (1832, 1835, 1838, 1842).
13 18Joseph Smith, History, circa Summer 1832, manuscrit holographe partiellement de la main de Joseph Smith, partiellement de Frederick G. Williams. Édition critique : Joseph Smith Papers, Histories, Volume 1: Joseph Smith Histories, 1832-1844 (Karen Lynn Davidson et al., eds.), Church Historian's Press, Salt Lake City, 2012, pp. 11-23. Disponible en ligne sur josephsmithpapers.org. Texte original anglais des deux segments cités : « by searching the scriptures I found that mankind did not come unto the Lord but that they had apostatized from the true and living faith » ; « the Lord opened the heavens upon me and I saw the Lord and he spake unto me saying Joseph my son thy sins are forgiven thee ».
14 15Gouverneur Lilburn W. Boggs, Missouri Executive Order 44, 27 octobre 1838 : « The Mormons must be treated as enemies, and must be exterminated or driven from the State if necessary for the public peace. » Trois jours plus tard, le 30 octobre 1838, l'attaque de Haun's Mill faisait 17 morts parmi les Saints. Récit officiel : Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Increasing Conflict in Missouri, manuel Latter-day Saint History 1815-1846, churchofjesuschrist.org.
21Richard L. Bushman, Joseph Smith: Rough Stone Rolling, Alfred A. Knopf, New York, 2005, xxiv + 740 p. ISBN 978-1-4000-7753-3. Bushman, mormon pratiquant et Gouverneur Morris Professor of History emeritus à Columbia University, est considéré comme l'auteur de la biographie de référence sur Joseph Smith. Sur la polygamie de Nauvoo : pp. 323, 437-440 ; sur l'incident de Carthage Jail et le pistolet pepperbox : pp. 549-550.
22 27Joseph Smith, Doctrine et Alliances, section 132, révélation dictée à Nauvoo (Illinois) le 12 juillet 1843 au scribe William Clayton ; publiée pour la première fois en 1852 par Brigham Young dans le Deseret News ; canonisée dans l'édition de 1876 de Doctrine et Alliances. Le manuscrit original aurait été brûlé par Emma Smith selon le témoignage de William Clayton (1871). Texte officiel : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/dc-testament/dc/132. Textes originaux anglais des deux passages cités — verset 52 : « And let mine handmaid, Emma Smith, receive all those that have been given unto my servant Joseph […]. But if she will not abide this commandment she shall be destroyed, saith the Lord; for I am the Lord thy God, and will destroy her if she abide not in my law. » ; verset 20 : « Then shall they be gods, because they have no end; therefore shall they be from everlasting to everlasting, because they continue; then shall they be above all, because all things are subject unto them. Then shall they be gods, because they have all power, and the angels are subject unto them. »
23 42Linda King Newell & Valeen Tippetts Avery, Mormon Enigma: Emma Hale Smith, Doubleday, New York, 1984, 394 p. ; rééd. University of Illinois Press, 1994, ISBN 978-0252062919. Sur les « code words » utilisés pour dissimuler la polygamie : pp. 111-113. Les deux auteures, membres LDS, ont été interdites de prendre la parole en assemblée pendant un an après la publication : « leaders of the Church responded to the publication by banning Newell and Avery (both active Latter-day Saints) from speaking in church meetings for one year » (Utah State University, Special Collections, notice du fonds Mormon Enigma: Emma Hale Smith manuscript, usu.libraryhost.com).
24Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Plural Marriage in Kirtland and Nauvoo, Gospel Topics Essays, publié octobre 2014, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/plural-marriage-in-kirtland-and-nauvoo. Reconnaît officiellement entre 30 et 40 scellements et le scellement de Helen Mar Kimball quelques mois avant ses 15 ans. Texte original anglais de la citation sur l'âge d'Helen Mar Kimball : « Marriage at such a young age, though inappropriate by today's standards, was legal in that era. »
25 26 28Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, The Manifesto and the End of Plural Marriage, Gospel Topics Essays, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/the-manifesto-and-the-end-of-plural-marriage. L'essai cite le registre « marriages and sealings performed outside the temple » (registre non exhaustif) : 315 mariages entre le 17 octobre 1890 et le 8 septembre 1903, dont 25 pluriaux (7,9 %) et 290 monogames (92,1 %) ; sur les 25 pluriaux, 18 au Mexique, 3 en Arizona, 2 en Utah, 1 au Colorado et 1 sur un bateau dans le Pacifique.
29Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Race and the Priesthood, Gospel Topics Essays, publié décembre 2013, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/race-and-the-priesthood. L'un des très rares actes officiels de désaveu d'enseignements antérieurs. Texte original anglais : « Today, the Church disavows the theories advanced in the past that black skin is a sign of divine disfavor or curse, or that it reflects unrighteous actions in a premortal life; that mixed-race marriages are a sin; or that blacks or people of any other race or ethnicity are inferior in any way to anyone else. »
30Wilford Woodruff, adresse à la 61ᵉ Conférence générale semestrielle, Salt Lake City, 6 octobre 1890, reprise dans Doctrine et Alliances, Déclaration officielle 1 (Excerpts from Three Addresses by President Wilford Woodruff Regarding the Manifesto). Texte original : « The Lord will never permit me or any other man who stands as President of this Church to lead you astray. [...] » Texte officiel : churchofjesuschrist.org.
31Joseph Smith, King Follett Discourse, sermon prononcé à Nauvoo (Illinois) le 7 avril 1844 devant environ 20 000 personnes lors de la Conférence générale d'avril. Compilation officielle Bullock-Clayton-Richards-Woodruff publiée dans Times and Seasons vol. 5 (15 août 1844), pp. 612-617 ; rééditée intégralement dans Teachings of the Prophet Joseph Smith (Joseph Fielding Smith, ed., Deseret Book, 1938), pp. 342-362 ; version intégrale dans l'Ensign d'avril 1971 : churchofjesuschrist.org/study/ensign/1971/04/the-king-follett-sermon. Le discours n'a jamais été canonisé. Textes originaux anglais des trois citations : « God himself was once as we are now, and is an exalted man, and sits enthroned in yonder heavens! [...] if you were to see him today, you would see him like a man in form — like yourselves, in all the person, image, and very form as a man » ; « You have got to learn how to be Gods yourselves, and to be kings and priests to God, the same as all Gods have done before you — namely, by going from one small degree to another, and from a small capacity to a great one, from grace to grace, from exaltation to exaltation » (ibid., p. 346).
32 33 34Citation rapportée par Eliza R. Snow, Biography and Family Record of Lorenzo Snow, Deseret News Press, Salt Lake City, 1884, p. 46. Citée comme doctrine reconnue dans le manuel officiel Teachings of Presidents of the Church: Lorenzo Snow, Salt Lake City, 2012, chapitre 5, et dans le Gospel Topics Essay Becoming Like God, 2014. Texte original anglais : « As man now is, God once was; as God now is, man may be. »
35Joseph Smith, Doctrine et Alliances, section 130, instructions données à Ramus, Illinois, le 2 avril 1843, en présence de plusieurs anciens. Verset 22 sur la corporéité du Père et du Fils. Texte officiel : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/dc-testament/dc/130.
36Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Becoming Like God, Gospel Topics Essays, publié février 2014, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/becoming-like-god. L'essai défend la doctrine de la divinisation littérale (exaltation) et cite explicitement le couplet de Lorenzo Snow ainsi que le King Follett Discourse. Texte original anglais de la citation : « Latter-day Saints see all people as children of God in a full and complete sense; they consider every person as divine in origin, nature, and potential eternal destiny. »
37Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Mother in Heaven, Gospel Topics Essays, publié octobre 2015, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/mother-in-heaven. Reprend la proclamation de la Première Présidence de 1909 et la Proclamation sur la famille de 1995. Texte original anglais de la citation : « All human beings—male and female—are created in the image of God. Each is a beloved spirit son or daughter of heavenly parents, and, as such, each has a divine nature and destiny. » (The Family: A Proclamation to the World, 1995 ; repris dans Mother in Heaven, 2015.)
38Joseph Smith, Le Livre d'Abraham 3, 22-28, dans la Perle de Grand Prix, traduit prétendument par Smith à partir des papyri achetés en 1835 à Michael Chandler. Publié pour la première fois en 1842 dans Times and Seasons, canonisé en 1880. Texte officiel : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/pgp/abr/3.
40Joseph Smith, Le Livre de Moïse 4, 1-4, dans la Perle de Grand Prix, prétendue révision révélée du chapitre 3 de la Genèse, dictée en juin 1830. Texte officiel : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/pgp/moses/4.
41Congrégation pour le Clergé, lettre du 5 avril 2008 aux conférences épiscopales, faisant suite à une note de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi du 29 janvier 2008 exprimant de « graves réserves ». Lettre interne non publiée aux Acta Apostolicae Sedis ni sur vatican.va (aucune cote AAS, aucun n° de protocole public) ; connue par la dépêche Catholic News Service du 2 mai 2008 et relayée notamment par l'archidiocèse de Baltimore, Vatican letter directs bishops to keep parish records from Mormons, communiqué officiel : archbalt.org. Cf. aussi National Catholic Register / Religion News Service, Vatican tells bishops not to share parish information with Mormons, 6 mai 2008.
43 67 68Klaus Baer, The Breathing Permit of Hor: A Translation of the Apparent Source of the Book of Abraham, Dialogue: A Journal of Mormon Thought vol. 3, no. 3 (Automne 1968), pp. 109-134 (passage cité p. 111, vérifié sur le PDF Dialogue). Baer était alors professeur d'égyptologie à l'Oriental Institute de l'Université de Chicago. La traduction proposée a été acceptée par toute la communauté égyptologique, y compris par les égyptologues mormons ultérieurs. Texte original anglais du passage cité : « The Breathing Permit belonging to the priest Hor […] Joseph Smith thought that this papyrus contained the Book of Abraham. […] The handwriting is of the late Ptolemaic or early Roman Period, about the time of Christ. »
44Robert K. Ritner, The Joseph Smith Egyptian Papyri: A Complete Edition (P. JS 1–4 and the Hypocephalus of Sheshonq), Smith-Pettit Foundation, Salt Lake City, 2011, xxiv + 326 p. ISBN 978-1560852322. Ritner (1953-2021), Rowe Professor of Egyptology à l'Oriental Institute, Université de Chicago, était l'un des trois égyptologues américains les plus reconnus de sa génération. Édition critique de référence des papyri Joseph Smith. Textes originaux anglais des deux segments cités (conclusion résumée par Ritner) : « is the 'Breathing Permit of Hôr,' misunderstood and mistranslated by Joseph Smith » ; « the Book of Abraham is confirmed as a perhaps well-meaning, but erroneous invention by Joseph Smith ».
45Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Translation and Historicity of the Book of Abraham, Gospel Topics Essays, publié juillet 2014, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/translation-and-historicity-of-the-book-of-abraham. Première reconnaissance officielle des problèmes égyptologiques. Texte original anglais des deux passages cités : « None of the characters on the fragments match the translation given in the book of Abraham » ; « Mormon and non-Mormon Egyptologists agree that the characters on the fragments do not match the translation given in the book of Abraham, though there is not consensus about the reason for the disparity. »
46Livre de Mormon, Mormon 6, 10-15 : vingt-trois chefs tombent chacun avec leurs dix mille hommes — soit 230 000 morts néphites ; l'en-tête chronologique officiel porte « About A.D. 385 ». Texte officiel : churchofjesuschrist.org.
47Michael D. Coe, Mormons and Archaeology: An Outside View, Dialogue: A Journal of Mormon Thought vol. 8, no. 2 (Été 1973), pp. 40-48 (passages cités pp. 41-42, vérifiés sur le PDF Dialogue). Coe (1929-2019), professeur d'anthropologie à Yale et mayaniste de réputation mondiale, n'était pas mormon ; il s'adressait à un public LDS dans une revue mormone. Textes originaux anglais des deux passages cités : « The bare facts of the matter are that nothing, absolutely nothing, has ever shown up in any New World excavation which would suggest to a dispassionate observer that the Book of Mormon, as claimed by Joseph Smith, is a historical document relating to the history of early migrants to our hemisphere » ; « Let me now state uncategorically that as far as I know there is not one professionally trained archaeologist, who is not a Mormon, who sees any scientific justification for believing the foregoing to be true ».
48 49Smithsonian Institution, Statement Regarding the Book of Mormon, document SIL-76, version révisée 1996. Retiré en 1998 et remplacé par une version courte. Texte intégral archivé sur mit.irr.org/smithsonian-institution-statement-on-book-of-mormon.
50Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Book of Mormon and DNA Studies, Gospel Topics Essays, publié janvier 2014, churchofjesuschrist.org/study/manual/gospel-topics-essays/book-of-mormon-and-dna-studies. Texte original anglais de la citation : « DNA studies cannot be used decisively to either affirm or reject the historical authenticity of the Book of Mormon. […] The evidence assembled to date suggests that the majority of Native Americans carry largely Asian DNA. »
51Introduction du Livre de Mormon, éd. 1981 : « After thousands of years, all were destroyed except the Lamanites, and they are the principal ancestors of the American Indians. » ; éd. révisée Doubleday, 2006 (reprise dans l'édition officielle en ligne) : « …and they are among the ancestors of the American Indians. » Texte officiel en ligne : churchofjesuschrist.org/study/scriptures/bofm/introduction. Le changement est documenté par l'Église elle-même dans le Gospel Topics Essay Book of Mormon and DNA Studies (2014) : « The 2006 update to the introduction of the Book of Mormon reflects this understanding by stating that Book of Mormon peoples were 'among the ancestors of the American Indians.' » Cf. Peggy Fletcher Stack, « Single word change in Book of Mormon speaks volumes », Salt Lake Tribune, 8 novembre 2007.
52Simon G. Southerton, Losing a Lost Tribe: Native Americans, DNA, and the Mormon Church, Signature Books, Salt Lake City, 2004, 288 p. ISBN 978-1560851813. Southerton, biologiste moléculaire PhD au CSIRO australien et ancien évêque LDS, a été excommunié peu après la publication.
53Stephen Burnett à Lyman E. Johnson, Orange Township (comté de Geauga, Ohio), 15 avril 1838, Mss 155, box 2, folder 2, Letterbook 2, pp. 64-66, Church History Library ; publié dans Dan Vogel (ed.), Early Mormon Documents, vol. 2, Signature Books, Salt Lake City, 1998, p. 291. Témoignage de seconde main et hostile : Burnett, qui a quitté l'Église en 1838, rapporte ce qu'il dit avoir entendu Harris déclarer en public, en pleine crise de Kirtland. Texte original anglais : « when I came to hear Martin Harris state in public that he never saw the plates with his natural eyes only in vision or imagination… ». À noter : Harris n'a par la suite jamais renié son témoignage — selon la proclamation de David Whitmer (1887), ni Cowdery ni Harris « never at any time denied their testimony » et « both died reaffirming the truth » (cf. New Era, The Last Witness of the Three Witnesses, janvier 2020, churchofjesuschrist.org).
54Quatrième concile du Latran (1215), constitution Firmiter credimus (ou Caput Firmiter), canon 1. Henrici Denzinger, Enchiridion Symbolorum, Definitionum et Declarationum de Rebus Fidei et Morum, 43ᵉ édition, Peter Hünermann (ed.), Herder, Freiburg, 2010, n° 800. Texte latin original : « Firmiter credimus et simpliciter confitemur, quod unus solus est verus Deus, aeternus, immensus et incommutabilis, incomprehensibilis, omnipotens et ineffabilis, Pater et Filius et Spiritus Sanctus: tres quidem personae, sed una essentia, substantia seu natura simplex omnino. »
55Concile Vatican I (1869-1870), constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique, 24 avril 1870, chapitre 1 De Deo rerum omnium creatore. Denzinger n° 3001. Texte latin : « Sancta catholica apostolica Romana Ecclesia credit et confitetur, unum esse Deum verum et vivum, Creatorem ac Dominum caeli et terrae, omnipotentem, aeternum, immensum, incomprehensibilem, intellectu ac voluntate omnique perfectione infinitum; qui cum sit una singularis, simplex omnino et incommutabilis substantia spiritualis, praedicandus est re et essentia a mundo distinctus. »
56Catéchisme de l'Église catholique, § 253, Vatican, 1992 (édition typique latine 1997). La note du § 253 renvoie notamment à Latran IV (DS 800-802).
57Premier concile de Nicée (325), symbole de foi, version originale grecque. Denzinger n° 125-126. Le terme ὁμοούσιον τῷ Πατρί (homoousion tô Patri, consubstantialem Patri) est l'apex du symbole et le test doctrinal universel pour distinguer la christologie orthodoxe de l'arianisme.
58Concile de Chalcédoine (451), définition de foi, 22 octobre 451. Denzinger n° 301-302. Texte grec et traduction latine intégrale dans Heinrich Denzinger et Peter Hünermann (eds.), Enchiridion Symbolorum, 43ᵉ éd., Herder, 2010.
59Concile Vatican II, constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine, promulguée le 18 novembre 1965 par le pape Paul VI, § 4. Le passage central : « Nulla iam nova revelatio publica exspectanda est ante gloriosam manifestationem Domini nostri Iesu Christi. »
60Catéchisme de l'Église catholique, § 65. Cite saint Jean de la Croix, Montée du Carmel, livre II, chapitre 22, sur le caractère définitif de la parole divine en Christ.
61Catéchisme de l'Église catholique, § 67. Sur le rôle subordonné et confirmatoire des révélations privées.
62Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium sur l'Église, promulguée le 21 novembre 1964 par le pape Paul VI, § 8. Le subsistit in est l'expression-clé qui remplace, dans le texte conciliaire, l'est originellement prévu, sans abandonner la prétention catholique mais en reconnaissant les vestigia Ecclesiae hors de la pleine communion romaine.
63Harold Bloom, The American Religion: The Emergence of the Post-Christian Nation, Simon & Schuster, New York, 1992, 305 p. ISBN 978-0671677855. Critique littéraire de Yale, non chrétien, Bloom voit dans le mormonisme une religion nouvelle d'une originalité comparable à celle de l'islam. Formule exacte : « Whatever his lapses, Smith was an authentic religious genius, unique in our national history » ; Bloom compare par ailleurs le génie restaurateur de Smith à celui de Mahomet (« Smith's genius for restoration exceeded that of Muhammed »).
69Saint Athanase d'Alexandrie, De Incarnatione Verbi (Sur l'Incarnation du Verbe), 54, 3 : grec « αὐτὸς γὰρ ἐνηνθρώπησεν, ἵνα ἡμεῖς θεοποιηθῶμεν » — « car il s'est fait homme pour que nous soyons faits dieux » (traduction anglaise NPNF 2, IV, 65 : « For He was made man that we might be made God »). Texte : newadvent.org, chap. 54.
70La trajectoire de Thomas Smith est celle racontée par le Coming Home Network (récit écrit du 23 octobre 1998, chnetwork.org) : mormon de septième génération, missionnaire LDS deux ans en Alabama, devenu chrétien puis ordonné ministre baptiste ; en étudiant les premiers écrits chrétiens pour défendre la Trinité contre la pluralité des dieux mormone, il découvrit que l'Église primitive était catholique (« Tom discovered that the early Church was Catholic ») et entra dans l'Église catholique. L'année 1996 n'est donnée que par sa biographie d'intervenant (flyer CatholicQuest : « received into the Catholic Church in 1996 », repris par Why I'm Catholic), sans confirmation par le récit du Coming Home Network : elle n'est donc pas reprise dans le corps de l'article.
71Thomas W. Smith, ex-missionnaire LDS converti au catholicisme, témoignage dans l'émission The Journey Home animée par Marcus Grodi (Coming Home Network / EWTN). Vidéo et transcription sur chnetwork.org.
72Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, Newsroom, Latter-day Saints Continue Long Tradition of Gathering for General Conference : « Conference Center, which seats 21,000 in its main auditorium, was completed in 2000 » (newsroom.churchofjesuschrist.org).
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