Sainte Rafqa, née Boutrossieh Choboq Ar-Rayès le 29 juin 1832 à Himlaya, dans la montagne libanaise, et morte le 23 mars 1914 au monastère Saint-Joseph de Jrabta, est une religieuse de l'Ordre libanais maronite. Première sainte libanaise (première femme de nationalité libanaise canonisée)[1], elle est canonisée le 10 juin 2001 par le pape Jean-Paul II, cent seize ans après la prière de 1885 par laquelle elle avait demandé au Seigneur de partager la Passion du Christ — demande suivie de douleurs oculaires, puis d'une cécité complète (1899) et d'une paralysie progressive qu'elle porte durant près de trente ans sans jamais cesser de travailler, de prier et de sourire.[2][3]
Orpheline de mère à sept ans, placée en service domestique à Damas dès l'adolescence, sœur Rafqa entre d'abord dans une jeune congrégation enseignante avant de choisir, à trente-neuf ans, la vie cloîtrée de l'Ordre libanais maronite. Sa théologie spirituelle, tout entière contenue dans la formule qu'elle répète à ses sœurs — « en union avec la Passion du Christ » —, fait de la souffrance non recherchée puis librement offerte le chemin même par lequel elle rejoint le Christ souffrant pour le salut des âmes.[4][5]
Le présent article traite de la personne et de la sainte : son enfance à Himlaya, ses années chez les Mariamettes, son entrée dans l'Ordre libanais maronite, la prière de 1885 et ses conséquences physiques, ses dix-sept années de croix au monastère de Jrabta, sa mort en 1914, le procès conduit conjointement avec ceux de saint Charbel Makhlouf et de saint Nimatullah Kassab Al-Hardini, et sa canonisation en 2001. Pour l'histoire propre de l'Ordre libanais maronite et pour le sanctuaire de Jrabta, on renverra aux articles qui pourront leur être spécifiquement consacrés ; ici, c'est elle qui est au centre.
Une enfance orpheline à Himlaya (1832-1853)
Naissance dans la montagne maronite
Boutrossieh Choboq Ar-Rayès naît le 29 juin 1832 à Himlaya, village du caza du Metn, dans la montagne libanaise alors intégrée à l'Empire ottoman.[6][7] Elle est l'enfant unique de Mourad Choboq Ar-Rayès et de Rafqa Gemayel, dans une famille paysanne et pieuse de la communauté maronite.[8][9] Baptisée le 7 juillet 1832, elle reçoit le nom de Boutrossieh — forme féminine arabe de Pierre —, la fête des saints Pierre et Paul tombant le jour même de sa naissance, le 29 juin.[10]
Sa mère meurt alors qu'elle n'a que sept ans, en 1839.[11][12] Pendant son séjour à Damas, son père se remarie : à son retour, en 1847, l'enfant découvre l'autorité d'une belle-mère que plusieurs biographes décrivent comme dure envers elle.[13]
Le service domestique à Damas (1843-1847)
En 1843, des difficultés financières poussent le père de Boutrossieh à l'envoyer en service domestique à Damas, chez une famille maronite aisée, celle d'Assaad Al-Badawi.[14][15] Elle y passe près de quatre années, loin de son village natal, avant de rentrer à Himlaya en 1847 — pour découvrir que son père s'est entre-temps remarié.[16] Cet épisode, vécu à un âge où d'autres enfants restent auprès de leur famille, marque durablement chez elle une expérience précoce de la précarité et de l'obéissance imposée, deux traits qui reviendront tout au long de sa vie religieuse.
Le refus des mariages arrangés et l'entrée en religion
À son retour, la jeune fille se heurte, selon les usages du Mont-Liban du milieu du XIXe siècle, à des projets de mariage arrangés par sa famille : sa belle-mère souhaite la marier à son propre frère, tandis qu'une tante maternelle pousse à une union avec un cousin.[17] Face à cette double pression, Boutrossieh cherche la lumière dans la prière et prend, sans en référer à sa famille, la décision de se rendre au couvent Notre-Dame-de-la-Délivrance de Bikfaya, où elle demande à être admise comme postulante.[18][19]
Son nom figure parmi les tout premiers candidats retenus, en janvier 1853, pour le jeune institut des Filles de Marie Immaculée — les futures Mariamettes —, alors qu'elle a vingt et un ans.[20] Nominis situe cette entrée en religion dès 1847, au sortir de Damas ; l'écart avec la date de 1853 tient vraisemblablement à la distinction entre l'arrivée informelle de la jeune fille au couvent de Bikfaya et son inscription formelle, quelques années plus tard, parmi les premières candidates de l'institut naissant, encore dépourvu à cette date d'un noviciat structuré.[21][22]
Sœur chez les Filles de Marie Immaculée, dites Mariamettes (1853-1871)
Une jeune congrégation enseignante fondée par le père Gemayel
L'institut que rejoint Boutrossieh a été fondé par le prêtre maronite Joseph Gemayel, qui organise à partir des années 1840 une congrégation de religieuses vouées à l'instruction des filles dans les villages du Mont-Liban — champ alors quasi vierge d'écoles féminines catholiques.[23] Les premières candidates, dont le nom de Boutrossieh, sont consignées dans le carnet du fondateur à la date de janvier 1853.[24] La congrégation prend le nom populaire de Mariamettes (« petites Marie »), en référence à son vocable marial des Filles de Marie Immaculée.
Boutrossieh reçoit l'habit religieux le 19 mars 1861 et prononce ses premiers vœux le 19 mars 1862, à l'âge de trente ans — un noviciat exceptionnellement long selon les standards ultérieurs, révélateur de la jeunesse institutionnelle de la congrégation à cette époque.[25][26]
Le témoin des massacres de 1860 à Deir el-Qamar
Avant même sa profession, en 1860, la jeune postulante est envoyée en renfort dans la région de Deir el-Qamar, alors ravagée par les affrontements confessionnels qui embrasent le Mont-Liban et Damas cette année-là — l'un des épisodes les plus meurtriers du XIXe siècle levantin, dont les estimations historiques situent le bilan chrétien entre 10 000 et 20 000 morts selon les sources et plusieurs centaines de villages et d'églises détruits.[27] Selon la tradition biographique, Boutrossieh cache un enfant sous son habit religieux pour le soustraire aux violences.[28] Cet épisode, transmis par la tradition biographique de l'ordre, situe concrètement l'entrée en religion de la future sainte dans le contexte le plus dramatique de l'histoire chrétienne du Liban ottoman.
« En union avec la Passion du Christ. » — formule que sœur Rafqa répétera inlassablement durant ses années de souffrance, et qui résume déjà l'esprit dans lequel elle traverse, jeune religieuse, les violences de 1860[29]
Cuisinière, tisserande et institutrice entre Ghazir, Byblos et Maad
Une fois professe, sœur Boutrossieh sert successivement comme cuisinière au grand séminaire de Ghazir, pendant sept ans, puis comme ouvrière dans une filature à Sarba, avant d'enseigner le catéchisme et les rudiments scolaires à Byblos puis à Maad.[30][31] Elle y apprend l'arabe littéraire, la calligraphie et les mathématiques élémentaires, bagage qui lui permet d'assurer un enseignement de base aux filles des villages.[32]
1871 : la dissolution des Mariamettes et le choix du cloître
En 1871, l'institut des Mariamettes est absorbé dans une nouvelle congrégation, la Congrégation des Saints-Cœurs de Jésus et Marie, laissant à chaque religieuse le choix de rejoindre la nouvelle fondation enseignante, de changer de congrégation, ou de retourner à la vie séculière.[33] Sœur Boutrossieh, alors âgée de trente-neuf ans, choisit une troisième voie que la fusion ne prévoyait pas explicitement : la vie cloîtrée, plutôt que la vie active enseignante à laquelle elle avait été formée. Selon la tradition conservée par l'Ordre libanais maronite, elle reçoit dans un songe la confirmation de ce choix par l'intercession de saint Antoine abbé, de saint Georges et d'un moine baladite lui indiquant la voie du cloître.[34]
Le choix du cloître : l'entrée dans l'Ordre libanais maronite (1871-1885)
Un ordre né en 1695 dans la vallée sainte
L'Ordre libanais maronite, dit Ordre baladite (de l'arabe baladiyah, « du pays », par opposition aux moines originaires d'Alep), naît le 10 novembre 1695 lorsque quatre jeunes Maronites d'Alep — Gebrayel Hawwa, Abdallah Qaraali, Youssef Al-Bitin et Gebrayel Farhat — reçoivent l'habit monastique des mains du patriarche maronite Estephan Douaihy (1670-1704), au monastère de Mar Elicha dans la vallée de la Qadisha.[35] Le pape Clément XII confirme la règle monastique le 31 mars 1732, faisant de l'ordre une congrégation de droit pontifical ; en 1770, une scission sépare définitivement les Baladites, restés au Liban, de la branche dite aléppine (aujourd'hui Ordre mariamite maronite), sanctionnée par le pape Clément XIV.[36] C'est dans cette branche baladite, vieille alors de près de deux siècles, que sœur Boutrossieh demande son admission en 1871 — la même famille religieuse dont est déjà membre saint Charbel Makhlouf, son aîné de quatre ans (1828-1898).[37]
Profession perpétuelle sous le nom de Rafqa (1873)
Le 12 juillet 1871, à l'âge de trente-neuf ans, Boutrossieh entre au noviciat de l'Ordre libanais maronite, au monastère Saint-Siméon d'Aïto.[38][39] Le 25 août 1873, elle prononce ses vœux perpétuels de pauvreté, chasteté et obéissance selon la règle stricte de l'ordre et reçoit un nouveau nom en religion : Rafqa (Rébecca), en hommage au prénom de sa mère défunte.[40][41]
Une vie rude entre prière et travail manuel
Situé en altitude, le monastère Saint-Siméon d'Aïto impose un rythme rigoureux de prière liturgique et de travail manuel : culture potagère, élevage de vers à soie, filage de la laine et confection de vêtements liturgiques occupent les religieuses entre les offices.[42] Sœur Rafqa y demeure vingt-six années, de 1871 à 1897, menant une vie monastique silencieuse dont rien, dans les premières années, ne laisse deviner l'épreuve qui s'annonce.
« Que je souffre avec Toi » : la prière de 1885 et la cécité (1885-1899)
Le dimanche du Rosaire 1885
Le premier dimanche d'octobre 1885 — dimanche du Rosaire —, sœur Rafqa, qui n'a jamais connu la maladie depuis son entrée en religion, se rend à l'église du monastère et adresse au Seigneur une prière rapportée en ces termes par la tradition de l'ordre :
« Seigneur, pourquoi me négliges-tu ? M'oublies-tu ? Je suis ton esclave. » — Sœur Rafqa, prière du dimanche du Rosaire 1885, selon la tradition conservée par l'Ordre libanais maronite[43]
Elle y demande explicitement de participer, dans sa propre chair, à la Passion rédemptrice du Christ, afin d'obtenir le salut des âmes.[44][45] Dès la nuit suivante, elle est saisie d'une douleur violente qui se propage de la tête aux yeux : c'est le début d'une épreuve physique qui ne la quittera plus jusqu'à sa mort, vingt-neuf ans plus tard.[46][47]
L'opération sans anesthésie et la perte des deux yeux
Les examens médicaux menés à Tripoli restent inconclusifs.[48] Un médecin américain préconise l'ablation de l'œil droit atteint ; l'opération, pratiquée sans anesthésie selon la pratique chirurgicale courante de l'époque en milieu rural libanais, se solde par la perte accidentelle de l'œil.[49][50] Dans les mois qui suivent, l'œil gauche, à son tour douloureux, s'éteint progressivement : sœur Rafqa est complètement aveugle en 1899.[51][52]
Malgré la cécité, elle continue de filer la laine et le coton, de tricoter des bas et de participer au chant choral des offices, se faisant guider par ses sœurs dans les gestes qu'elle ne peut plus accomplir seule.[53] Le tableau suivant récapitule les principales étapes de sa dégradation physique entre 1885 et sa mort.
| Période | Épreuve | Conséquence |
|---|---|---|
| Octobre 1885 | Douleurs violentes à la tête et aux yeux, à la suite de sa prière | Premiers examens médicaux à Tripoli, sans diagnostic concluant |
| 1885-1886 | Opération de l'œil droit sans anesthésie | Perte accidentelle de l'œil droit |
| Fin des années 1880 | Dégradation de l'œil gauche | Douleurs oculaires persistantes |
| 1899 | Perte totale de la vue | Cécité complète et définitive |
| À partir de 1897 | Tuberculose osseuse évolutive | Dislocation progressive de la clavicule, de la hanche et de la jambe droites |
| 23 mars 1914 | Mort au monastère Saint-Joseph de Jrabta | 81 ans, après près de trente ans de souffrance quasi continue |
Une théologie vécue de la souffrance offerte
La spiritualité de sœur Rafqa s'inscrit dans la tradition catholique de l'« âme victime » : comme saint Paul écrivant qu'il achève « dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ » pour l'Église (Col 1, 24), elle reçoit d'abord une épreuve qu'elle n'a pas recherchée pour elle-même — la cécité et la maladie ne sont pas des mortifications volontaires comme chez certains mystiques ascétiques, mais des maux réels, non désirés dans leur détail, qu'elle transforme en offrande libre après les avoir demandés dans leur principe. Cette distinction est décisive pour comprendre sa sainteté reconnue par l'Église : ce n'est pas la souffrance en elle-même que Rome canonise, mais la patience surnaturelle avec laquelle elle l'a portée durant près de trente années.
Dix-sept ans de croix au monastère Saint-Joseph de Jrabta (1897-1914)
Le transfert de 1897
En 1897, l'Ordre libanais maronite achève la construction d'un nouveau monastère à Jrabta, dans le district de Batroun, consacré le 3 novembre 1897 sous le vocable de Saint-Joseph al-Dahr.[54][55] Sœur Rafqa, déjà aveugle, fait partie des six religieuses envoyées depuis Saint-Siméon d'Aïto sous la conduite de la mère supérieure Ursula Doumit pour fonder cette nouvelle communauté.[56][57]
La tuberculose osseuse et la dislocation progressive du corps
À partir de la fin des années 1890, une tuberculose osseuse évolutive s'ajoute à la cécité : la clavicule, la hanche puis la jambe droites se disloquent progressivement, les vertèbres deviennent visibles sous la peau amaigrie, et sœur Rafqa demeure alitée, paralysée, dans une souffrance que les témoins de l'époque décrivent comme continuelle.[58][59] Elle continue cependant de tricoter des chaussettes depuis son lit et de participer, autant que possible, à la prière commune de la communauté.[60]
Loin de se plaindre, elle répète à ceux qui viennent la visiter la formule qui résume toute sa spiritualité :
« En union avec la Passion du Christ. » — Sœur Rafqa, parole répétée constamment durant ses dernières années de souffrance[61]
La dernière prière et la mort du 23 mars 1914
Selon la tradition recueillie par ses sœurs, peu avant sa mort, sœur Rafqa demande au Seigneur de lui accorder une heure de vue avant de quitter ce monde — prière qui, rapportent les biographes, aurait été exaucée.[62] Le 23 mars 1914, quatre minutes après avoir reçu les derniers sacrements et l'indulgence plénière, elle meurt au monastère Saint-Joseph de Jrabta, à l'âge de quatre-vingt-un ans, après près de trente années de maladies presque continues.[63][64]
De la terre qui guérit à la sainteté reconnue par Rome
Les premiers miracles rapportés (mars 1914)
Dès les jours qui suivent sa mort, la réputation de sainteté de sœur Rafqa se répand à travers des guérisons attribuées à la terre prélevée sur son tombeau. Le 26 ou 27 mars 1914 — trois jours après le décès —, la mère supérieure Ursula Doumit, atteinte depuis plusieurs années d'une tumeur à la gorge, ingère un peu de cette terre et se trouve, selon le récit conservé par la communauté, guérie instantanément.[65][66] Le même jour, une fillette du village, Madeleine Farraane, mourante de fièvre typhoïde depuis huit jours, aurait recouvré la santé après avoir bu de l'eau mêlée à cette même terre.[67] Ces récits, transmis par les annales du monastère et les biographies hagiographiques de l'ordre plutôt que par une instruction canonique contemporaine des faits, appartiennent au registre de la tradition pieuse ; ils n'en documentent pas moins la naissance immédiate, dès 1914, d'un culte populaire centré sur le tombeau de Jrabta.
Une cause commune avec Charbel Makhlouf et Nimatullah Al-Hardini
Le procès diocésain de béatification de sœur Rafqa s'ouvre en 1925, puis sa cause est acceptée à Rome en 1927, conjointement avec celles de deux autres grandes figures de l'Ordre libanais maronite : le moine et prêtre Charbel Makhlouf (1828-1898), et le père Nimatullah Kassab Al-Hardini (1808-1858), ancien professeur de Charbel au monastère de Kfifane.[68] Les trois causes, introduites ensemble, connaîtront des rythmes très différents sur près d'un demi-siècle, comme le montre le tableau suivant.
| Religieux(se) | Dates | Béatification | Canonisation |
|---|---|---|---|
| Charbel Makhlouf | 1828-1898 | 5 décembre 1965 (Paul VI) | 9 octobre 1977 (Paul VI) |
| Nimatullah Kassab Al-Hardini | 1808-1858 | 10 mai 1998 (Jean-Paul II) | 16 mai 2004 (Jean-Paul II) |
| Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès | 1832-1914 | 17 novembre 1985 (Jean-Paul II) | 10 juin 2001 (Jean-Paul II) |
Voir l'article dédié à saint Charbel Makhlouf pour le détail de cette cause commune et de l'histoire propre de l'Ordre libanais maronite au tournant du XXe siècle.
Vénérable, puis la béatification de 1985
Le 11 février 1982, Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité des vertus de sœur Rafqa, qui devient Vénérable.[69][70] Le 9 juin 1984, un décret pontifical reconnaît comme miraculeuse la guérison d'Élisabeth Ennakl, de Tourza (nord du Liban), atteinte d'un cancer avancé de l'utérus et guérie en 1938 : hospitalisée durant quatre mois sans amélioration, elle se rend au tombeau de Jrabta et constate, selon le récit conservé, l'arrêt de ses hémorragies dès le lendemain, avant une guérison complète qui lui laisse trente années de vie supplémentaires.[71][72] Sur la base de ce miracle, Jean-Paul II béatifie Rafqa le 17 novembre 1985.[73][74]
- 11 février 1982Vénérable
Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité des vertus de sœur Rafqa, qui devient Vénérable Rafqa Ar-Rayès.
- 9 juin 1984Reconnaissance du miracle de béatification
Décret pontifical reconnaissant la guérison d'Élisabeth Ennakl, atteinte d'un cancer de l'utérus et guérie en 1938 après application de terre du tombeau de Jrabta.
- 17 novembre 1985Béatification
Jean-Paul II béatifie Rafqa Ar-Rayès à Rome.
- 23 novembre 1985La guérison de Céline Rebeiz
Une fillette de deux ans, opérée d'une tumeur rénale, est déclarée guérie après application de la terre du tombeau — miracle qui sera présenté pour la canonisation.
- 1er juillet 2000Reconnaissance du miracle de canonisation
Après instruction médicale approfondie, le Saint-Siège promulgue le décret reconnaissant miraculeuse la guérison de Céline Rebeiz.
- 10 juin 2001Canonisation
Jean-Paul II canonise Rafqa place Saint-Pierre, avec Luigi Scrosoppi, Agostino Roscelli, Bernard de Corleone et Teresa Eustochio Verzeri. Elle devient la première sainte libanaise (première femme du Liban canonisée).[75]
Le miracle de la canonisation : la guérison de Céline Rebeiz
Le miracle retenu pour la canonisation concerne une fillette du Liban, Céline (Sami) Rebeiz, âgée de deux ans, atteinte d'une tumeur maligne au rein ayant nécessité l'ablation chirurgicale de l'organe — une masse tumorale d'environ 750 grammes selon les sources hagiographiques disponibles.[76] Alors qu'une nouvelle intervention est envisagée, sa famille applique de la terre prélevée sur le tombeau de sœur Rafqa ; l'enfant est déclarée guérie le 23 novembre 1985, six jours après la béatification de la religieuse.[77] Après plusieurs années d'instruction médicale par une commission du Saint-Siège, le décret reconnaissant ce miracle est promulgué le 1er juillet 2000, ouvrant la voie à la canonisation.[78] Les récits détaillés de ce miracle proviennent de sources hagiographiques et de vulgarisation catholique plutôt que de la documentation médicale princeps de la Congrégation pour les Causes des Saints ; le diagnostic exact de l'enfant varie légèrement d'une source à l'autre (tumeur rénale selon la majorité des récits, parfois rapportée plus vaguement comme un « cancer terminal »). La reconnaissance canonique du miracle par Rome, elle, est formelle : décret du 1er juillet 2000.[79]
10 juin 2001 : la canonisation à Rome
Le 10 juin 2001, en la solennité de la Sainte Trinité, le pape Jean-Paul II canonise sœur Rafqa place Saint-Pierre, en même temps que quatre autres bienheureux : Luigi Scrosoppi, Agostino Roscelli, Bernard de Corleone et Teresa Eustochio Verzeri.[80] Dans son homélie, le pape s'arrête longuement sur la nouvelle sainte libanaise :
« Dans les souffrances qui ne l'ont jamais quittée durant vingt-neuf années de sa vie, sainte Rafqa a toujours montré un amour passionné et généreux pour le salut de ses frères. » — Jean-Paul II, homélie de canonisation, 10 juin 2001[81]
Le pape ajoute, présentant l'acceptation de la souffrance comme le chemin authentique de sainteté vécu par la religieuse maronite :
« Vivant dans une union étroite avec Jésus, elle était capable, comme lui, de ne jamais renoncer à un être humain. » — Jean-Paul II, homélie de canonisation, 10 juin 2001[82]
Le lendemain, dans une adresse aux pèlerins libanais réunis pour l'occasion, le pape insiste sur la portée de cette canonisation pour un pays alors marqué par des décennies de guerre et de reconstruction :
« Que sainte Rafqa veille sur ceux qui connaissent la souffrance, en particulier sur les peuples du Moyen-Orient. » — Jean-Paul II, adresse aux pèlerins, 11 juin 2001[83]
Postérité : la première sainte libanaise (première femme)
Le sanctuaire de Jrabta aujourd'hui
Le tombeau de sainte Rafqa, au monastère Saint-Joseph al-Dahr de Jrabta, dans le district de Batroun, est devenu l'un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés du Liban chrétien.[84] Les religieuses de l'Ordre libanais maronite y perpétuent aujourd'hui encore le mode de vie contemplatif et manuel — prière, tissage, confection de vêtements liturgiques, culture de l'olivier, du figuier et de la vigne — qui fut celui de sœur Rafqa durant ses dix-sept dernières années.[85] Pour l'histoire architecturale et l'organisation actuelle de ce sanctuaire, on renverra à l'article qui pourra lui être spécifiquement consacré.
Une intercession pour le Liban et le Moyen-Orient
Reconnue par l'Église universelle comme première femme de nationalité libanaise canonisée (première sainte libanaise)[86], Rafqa Ar-Rayès occupe, aux côtés de saint Charbel Makhlouf et de saint Nimatullah Al-Hardini, une place particulière dans l'identité religieuse du Liban contemporain : trois figures de l'Ordre libanais maronite, canonisées à quelques décennies d'intervalle, dont les causes furent introduites ensemble à Rome en 1927 dans un pays alors sous mandat français, et dont l'aboutissement s'échelonne, pour la dernière d'entre elles, jusqu'en 2004.[87] Jean-Paul II, dans son homélie de 2001, présente explicitement sa canonisation comme un motif de « joie profonde pour l'Église et pour les chrétiens libanais », dans un pays alors en pleine reconstruction après quinze années de guerre civile.[88]
Patronne des malades et des parents éprouvés
La dévotion populaire fait aujourd'hui de sainte Rafqa la patronne des malades, des personnes aveugles ou paralysées, et — en raison de son enfance orpheline — des parents et des enfants séparés par l'épreuve.[89] Sa fête liturgique, fixée au 23 mars, jour anniversaire de sa mort, est célébrée chaque année au sanctuaire de Jrabta par une affluence de pèlerins venus de tout le Liban et de la diaspora libanaise.
Une sainteté sans éclat extérieur
Sainte Rafqa n'a fondé aucune œuvre, n'a laissé aucun écrit théologique systématique et n'a jamais quitté, en presque un demi-siècle de vie religieuse, les deux monastères de l'Ordre libanais maronite qui furent sa maison. Sa sainteté, reconnue par Rome en 2001, tient tout entière dans la fidélité silencieuse d'une religieuse aveugle et paralysée qui a fait de sa propre chair, offerte librement après avoir été d'abord subie, le lieu même de sa communion avec le Christ souffrant — un témoignage que Jean-Paul II présente comme une « source de confiance pour ceux qui sont éprouvés ».[90]
Pour aller plus loin
- Saint Charbel Makhlouf (1828-1898) — moine du même Ordre libanais maronite, dont la cause de béatification fut introduite à Rome conjointement avec celle de sainte Rafqa en 1927.
- Saint Jean-Paul II (1920-2005) — le pape qui déclara Rafqa Vénérable en 1982, la béatifia en 1985 et la canonisa en 2001.
- Sainte Alphonsa de l'Immaculée Conception (1910-1946) — autre religieuse du XXe siècle dont la vie fut tout entière marquée par la maladie offerte en union avec la Passion du Christ.
- Sainte Gemma Galgani (1878-1903) — mystique italienne contemporaine, dont la vie fut également traversée par une souffrance physique intense librement offerte.
Notes et références
National Catholic Register, « Light on the Lebanese Mountains » (28 mars 2004) : ncregister.com. La canonisation de Rafqa le 10 juin 2001 y est présentée comme « giving Lebanon its first female saint » (« donnant au Liban sa première sainte femme »). Saint Charbel Makhlouf, Libanais, avait été canonisé dès le 9 octobre 1977 par Paul VI (cf. tableau des trois causes dans le présent article) — d'où la précision « première femme ».
1 75 86Saint-Siège, Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès (1832-1914) — Biography, notice officielle publiée à l'occasion de la canonisation du 10 juin 2001 : vatican.va. Naissance le 29 juin 1832 à Himlaya, entrée au noviciat de l'Ordre libanais maronite le 12 juillet 1871 à l'âge de trente-neuf ans, vœux perpétuels le 25 août 1873 sous le nom de Rafqa, déclarée Vénérable le 11 février 1982, béatifiée le 17 novembre 1985, mort le 23 mars 1914. Traduction française dans le corps de l'article ; texte original en anglais.
2 6 38 40 63 73 89Wikipedia (EN), « Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès » : en.wikipedia.org. Données biographiques croisées : naissance le 29 juin 1832 à Himlaya, parents Saber Mourad El Rayess et Rafqa Gemayel, baptême sous le nom de Boutrossieh, mort de la mère à sept ans, service domestique à Damas chez Assaad Al-Badawi (1843-1847), refus des mariages arrangés, entrée à Bikfaya, candidature de janvier 1853 chez les Mariamettes, habit le 19 mars 1861, premiers vœux le 19 mars 1862, épisode de Deir el-Qamar en 1860, postes à Ghazir/Sarba/Byblos/Maad, dissolution des Mariamettes en 1871 et fusion dans la Congrégation des Saints-Cœurs de Jésus et Marie, entrée au noviciat de l'Ordre libanais maronite le 12 juillet 1871, vœux perpétuels le 25 août 1873 sous le nom de Rafqa, vie au monastère Saint-Simon d'Aïto (1871-1897), prière d'octobre 1885 pour partager la Passion, douleurs oculaires, opération et perte de l'œil droit, cécité totale en 1899, transfert à Jrabta en 1897 avec cinq autres moniales sous mère Ursula Doumit, tuberculose osseuse et dislocations articulaires, dernière prière pour une heure de vue, mort le 23 mars 1914, ouverture du procès en 1925, déclaration de Vénérable, béatification le 17 novembre 1985, canonisation le 10 juin 2001. Article encyclopédique collaboratif, recoupé systématiquement avec les sources institutionnelles (Saint-Siège, Ordre libanais maronite).
3 9 10 13 14 16 17 18 20 22 23 24 25 28 30 32 33 34 39 41 42 47 48 49 51 53 57 58 60 62 64 70The Eastern Church, « Saint Rafqa of Lebanon: Complete Biography, Miracles, Prayers & Shrine ». Source de la prière du dimanche du Rosaire 1885 (« Lord, why do you neglect me? Do you forget me? I am your slave ») et de la formule répétée par sœur Rafqa durant ses années de souffrance (« In Union with the Passion of Christ »), ainsi que de la déclaration de Vénérable en 1982. Site de vulgarisation dévotionnelle, utilisé ici en relais des citations rapportées de façon convergente par plusieurs biographies de l'Ordre libanais maronite ; traduction française dans le corps, formulations originales en anglais.
4 29 43 44 61 69Nominis (Conférence des évêques de France), « Sainte Rafqa Ar-Rayes » : nominis.cef.fr. Confirme la naissance le 29 juin 1832 à Himlaya de Mourad al-Rayès et Rafqa Gemayel, l'orphelinat maternel et la belle-mère difficile, le service domestique à Damas, l'entrée en religion dans l'institut du père Gemayel, la dissolution de cet institut, l'entrée chez les Baladites (Ordre libanais maronite), la mort aveugle et infirme, la béatification le 17 novembre 1985 et la canonisation le 10 juin 2001. Présente Rafqa comme la première sainte libanaise, fêtée le 23 mars.
5 7 8 11 15 19 21 26 45 74Encyclopedia.com, « Rafqa de Himlaya, St. » — entrée encyclopédique reprenant la chronologie de la christianisation de son nom (Boutrosiya, « Petronilla »), l'entrée au couvent des Maryamat de Bikfaya, le transfert à l'Ordre baladite en 1871, la tuberculose osseuse progressive à partir de 1885, l'état de cécité et de paralysie totale documenté en 1907, et la reconnaissance du miracle de canonisation le 1er juillet 2000 précédant la canonisation du 10 juin 2001, où elle est présentée comme « la première sainte de nationalité féminine du Liban ».
12 52 78 79Wikipedia (EN), « 1860 civil conflict in Mount Lebanon and Damascus ». Estimations du bilan chrétien du conflit confessionnel de 1860 au Mont-Liban et à Damas, entre environ 10 000 morts selon les registres administratifs ottomans et 20 000 selon d'autres estimations occidentales de l'époque, avec plusieurs centaines de villages et d'églises détruits. Utilisé ici comme contexte historique général du passage de sœur Boutrossieh à Deir el-Qamar en 1860, rapporté par ailleurs par sa biographie.
27New World Encyclopedia, entrée biographique consacrée à sœur Rafqa Choboq Ar-Rayès. Détails complémentaires sur les affectations successives à Ghazir, Byblos et Maad, et sur l'apprentissage de l'arabe littéraire, de la calligraphie et des mathématiques durant les années chez les Mariamettes.
31Wikipedia (EN), « Baladites » : en.wikipedia.org/wiki/Baladites. Fondation de l'Ordre libanais maronite le 10 novembre 1695 par quatre jeunes Maronites d'Alep (Gebrayel Hawwa, Abdallah Qaraali, Youssef Al-Bitin, Gebrayel Farhat), habit reçu du patriarche Estephan Douaihy au monastère de Mar Elicha dans la vallée de la Qadisha, confirmation de la règle par le pape Clément XII le 31 mars 1732, scission de 1770 avec la branche aléppine (Ordre mariamite maronite) sanctionnée par Clément XIV.
35 36 37Jean-Paul II, homélie de la messe de canonisation de Luigi Scrosoppi, Agostino Roscelli, Bernard de Corleone, Teresa Eustochio Verzeri et Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès, place Saint-Pierre, 10 juin 2001 : vatican.va. Citations : « In the sufferings which never left her for 29 years of her life, St Rafqa always showed a passionate and generous love » ; « living in close union with Jesus, she was capable like him of never giving up on a human being » ; qualificatif de « deep joy for the Church, and for Lebanese Christians » associé à sa canonisation. Traduction française dans le corps ; texte original en anglais.
46 80 81 82 88Wikipédia (FR), « Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès » : fr.wikipedia.org. Confirme la naissance le 29 juin 1832 à Himlaya, la mort le 23 mars 1914 à Jrabta (Batroun), l'entrée chez les Mariamettes fondées par le père Joseph Gemayel, les vœux de 1862, l'entrée dans l'Ordre libanais maronite au couvent Saint-Simon d'Aïto en 1871 sous le nom de Rafqa, la prière de la « passion rédemptrice » après treize ans de vie religieuse, l'opération manquée de l'œil, le transfert de 1897 près de Batroun, la cécité totale et la tuberculose osseuse de 1899, le décret de béatification du 9 juin 1984 fondé sur la guérison d'Élisabeth Ennakl (cancer diagnostiqué en 1938), le miracle complémentaire de la guérison de la mère supérieure Ursula Doumit d'un cancer de la gorge par la terre du tombeau, la béatification du 17 novembre 1985 et la canonisation du 10 juin 2001. Cite notamment Patrizia Cattaneo, La terre qui guérit : biographie de sainte Rafqa, religieuse libanaise maronite, Éditions du Parvis / Résiac, 2012.
50 71Monastère Saint-Joseph de Jrabta (Ordre libanais maronite), page institutionnelle « About Us » : rafqa.org. Précise la consécration du monastère le 3 novembre 1897, l'arrivée de sœur Rafqa et de cinq autres moniales depuis le monastère Saint-Simon d'Aïto, et le statut actuel du site comme sanctuaire de pèlerinage.
54 84Monastère Saint-Joseph de Jrabta (Ordre libanais maronite), page « Convent Saint Rafqa » : rafqa.com. Confirme le transfert de sœur Rafqa et de cinq autres religieuses depuis Saint-Simon d'Aïto en 1897, sous la conduite de la mère supérieure Ursula Doumit, la béatification le 17 novembre 1985, la canonisation le 10 juin 2001, et les activités communautaires actuelles (tissage, confection de vêtements liturgiques, culture de l'olivier, du figuier et de la vigne).
55 56 85Maronite Heritage, « Saint Rafqa » : maronite-heritage.com. Précise l'entrée au monastère Notre-Dame-de-la-Délivrance de Bikfaya, la profession à Ghazir, le transfert au monastère Saint-Simon d'Aïto (1871-1897), l'accident chirurgical ayant entraîné l'ablation de l'œil droit, l'ouverture du procès de béatification le 23 décembre 1925, la béatification le 17 novembre 1985 et la canonisation le 10 juin 2001. Rapporte également la guérison postérieure (2002) de l'Américain Skip Yarrington après intercession à Rafqa, à titre de dévotion contemporaine distincte du miracle de canonisation.
59 651000 Raisons de Croire (Marie de Nazareth), « La terre du tombeau de sainte Rafqa (+1914) » : codexdei.mariedenazareth.com. Site de vulgarisation apologétique, utilisé ici en relais des récits de guérisons attribuées à la terre du tombeau de Jrabta : guérison de la mère Ursula Doumit et de l'enfant Madeleine Farraane le 26-27 mars 1914, guérison d'Élisabeth Ennakl (1938) d'une tumeur utérine, et guérison de la fillette Céline Rebeiz d'une tumeur rénale, déclarée guérie le 23 novembre 1985 — miracle retenu pour la canonisation de 2001. Les détails cliniques exacts de ce dernier cas varient légèrement selon les sources consultées (cf. corps de l'article).
66 67 72 76 77Wikipédia (FR), « Nimatullah Kassab Al-Hardini » et Nominis, « Saint Nimatullah (Joseph Kassab al-Hardini) ». Source de l'ouverture des causes communes de Charbel Makhlouf, Nimatullah Kassab Al-Hardini et Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès à Rome en 1927, ainsi que des dates de béatification (10 mai 1998) et de canonisation (16 mai 2004) du père Hardini par Jean-Paul II.
68 87Jean-Paul II, adresse aux fidèles réunis à l'occasion de la canonisation de Luigi Scrosoppi, Agostino Roscelli, Bernard de Corleone, Teresa Eustochio Verzeri et Rafqa Pietra Choboq Ar-Rayès, 11 juin 2001 : vatican.va. Citations : « may St Rafqa watch over those who know suffering, particularly over the peoples of the Middle East » ; présentation de la sainte comme « a life companion » pour « the sick people, the afflicted, refugees of war and all the victims of hatred » ; « a source of confidence for those who are being tried ». Traduction française dans le corps ; texte original en anglais.
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