Sanctuaire de Lanciano

L'église San Francesco de Lanciano, devenue le Santuario del Miracolo Eucaristico : le sanctuaire bâti autour du miracle eucharistique traditionnellement tenu pour le plus ancien de la chrétienté (vers 750). De l'église byzantine de San Legonziano aux franciscains conventuels, l'église gothique de 1252-1258, la métamorphose baroque, l'ostensoir d'argent napolitain de 1713, l'autel monumental de marbre de 1902, le couvent, la cité d'Anxanum et les grands pèlerins, du cardinal Wojtyła aux foules du Corpus Domini.

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Au cœur de Lanciano, vieille cité des Abruzzes posée entre les Apennins et l'Adriatique, une église gothique de pierre brune garde, depuis le XIIIᵉ siècle, un trésor que nulle autre ne possède : une hostie devenue chair et un sang coagulé en cinq globules, fruit d'un miracle survenu vers l'an 750. Cette église, dédiée à saint François, est devenue le Santuario del Miracolo Eucaristico — le sanctuaire du Miracle eucharistique que la tradition tient pour le plus ancien, et l'un des plus célèbres, de l'Église catholique.

Cet article traite du sanctuaire lui-même : l'église, le couvent, la ville et le pèlerinage. Le récit du prodige de 750, les analyses scientifiques du professeur Linoli (1970-1971), les objections sceptiques et la doctrine de la présence réelle sont exposés à part dans l'article Le miracle eucharistique de Lanciano (vers 750), qui appartient au hub Les miracles eucharistiques. Ici, on raconte comment un cénobie byzantin est devenu une église franciscaine, comment un humble couvent a traversé treize siècles de gloire et de spoliations, et pourquoi, aujourd'hui encore, des pèlerins du monde entier gravissent l'escalier de marbre pour contempler, derrière le cristal, la Chair et le Sang que l'Église dit être ceux du Christ.

À Rome, la basilique Saint-Pierre couvre le tombeau du prince des apôtres ; à Jérusalem, la basilique du Saint-Sépulcre garde le sépulcre vide ; à Loreto, le sanctuaire de la Santa Casa enchâsse une maison. Lanciano, lui, garde l'Eucharistie elle-même rendue visible : non pas un objet ayant touché le Christ, mais — selon la foi catholique — son Corps et son Sang réels, conservés intacts par-delà l'attente de toute biologie.[1]

De San Legonziano à San Francesco

Un cénobie byzantin sur la colline d'Anxanum

Bien avant l'église actuelle, le site était occupé par une petite église dédiée aux saints Legonziano et Domiziano — San Legonziano dans la tradition locale.[2] Vers le VIIIᵉ siècle, ce sanctuaire fut confié à une communauté de moines basiliens, ces religieux catholiques de rite grec qui essaimèrent en Italie méridionale au temps de la crise iconoclaste byzantine.[3] C'est dans leur église, autour de 750, que se produisit le miracle : un moine célébrant, doutant de la présence réelle, vit, à la consécration, l'hostie se changer en chair et le vin en sang (récit détaillé dans l'article dédié).

Le sanctuaire accompagne traditionnellement le récit du miracle d'une formule dévotionnelle saluant en ce moine l'heureux témoin choisi par le Ciel pour confirmer la foi.[4]

La garde des reliques, du VIIIᵉ siècle à aujourd'hui — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les basiliens demeurèrent à Lanciano jusqu'au XIᵉ siècle. Selon la tradition locale, ils furent chassés de la ville pour des désordres graves, et le monastère passa alors sous la garde de la florissante abbaye bénédictine de San Giovanni in Venere, sur la côte voisine de Fossacesia.[5] Les reliques du miracle suivirent ce changement de mains : des basiliens aux bénédictins, puis, au milieu du XIIIᵉ siècle, aux Frères mineurs conventuels.

L'arrivée des franciscains (vers 1240-1252)

L'ordre fondé par saint François d'Assise en 1209 s'était répandu en une génération dans toute l'Europe ; dès 1230, les Abruzzes formaient une province franciscaine autonome.[6] Les frères arrivèrent à Lanciano entre 1240 et 1250 et obtinrent, en 1252, la concession de l'antique église de San Legonziano pour y élever, « en lieu supérieur et contigu », un temple nouveau dédié à saint François.[7]

Ce transfert n'a rien d'anodin pour l'histoire du sanctuaire : c'est aux conventuels que revient la garde ininterrompue des reliques depuis près de huit siècles. Là où Loreto fut confié successivement à des jésuites puis à des capucins, Lanciano est resté la maison d'une seule famille religieuse — celle de saint François — qui en assure aujourd'hui encore la liturgie, la pénitencerie et la custodie.[8]

L'église gothique des conventuels (1252-1258)

Une des premières églises franciscaines des Abruzzes

La construction de l'église San Francesco commença en 1252 et s'acheva en 1258, en style gothique.[9] C'est l'une des toutes premières églises conventuelles franciscaines bâties dans les Abruzzes, élevée juste au-dessus des fondations de San Legonziano — si bien que le sanctuaire actuel se superpose littéralement au lieu du miracle.

Selon la tradition locale du sanctuaire, reprise par les sources locales, l'église fut commencée en 1252 et achevée en 1258.[10]

La façade bourguignonne et le portail

Le portail gothique et la porte de bronze de Tommaso Gismondi (1975). Photo : Syrio, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

De l'édifice médiéval subsistent surtout la moitié inférieure de la façade et la base du campanile. Cette façade rectangulaire, en pierres de taille équarries, offre un bel exemple de l'architecture « simple et solennelle » d'inspiration franco-bourguignonne que les franciscains diffusèrent en Italie centrale ; sa partie supérieure, avec son grand œil-de-bœuf, fut refaite au XVIIIᵉ siècle dans le goût baroque.[11] Le portail gothique, linéaire, fut complété en 1975 par une porte de bronze due au sculpteur Tommaso Gismondi d'Anagni.[12]

Le campanile, le plus ancien de la ville

Le campanile de San Francesco passe pour le plus ancien de Lanciano. Haut d'environ 31 mètres, il fut élevé en trois temps : une base romane antérieure à 1204, une surélévation lors du chantier franciscain (1252-1258), puis, au XVIᵉ siècle, l'ajout de la cellule octogonale et d'une coupole revêtue de tuiles de majolique polychrome — la silhouette caractéristique qui domine encore le centre historique.[13]

La métamorphose baroque (1730-1745)

Une nef unique pour le sanctuaire

Au XVIIIᵉ siècle, l'église médiévale fut profondément remaniée. Entre 1730 et 1745, les conventuels reconstruisirent l'intérieur selon les canons baroques : la vieille structure gothique devint une nef unique, vaste et haute, flanquée de deux autels mineurs près du presbytère.[14] L'objectif était clair : offrir au miracle un cadre digne de la dévotion croissante et faciliter l'afflux des pèlerins vers l'autel des reliques.

Les stucs de cette campagne baroque furent exécutés par Michele Clerici ; les voûtes reçurent des fresques du peintre théatin Donato Teodoro (vers 1740), illustrant trois héroïnes bibliques — Judith, Rachel et Esther — figures traditionnelles de la fidélité et du salut.[15] On y ajouta aussi des toiles de Nicola Ranieri de Guardiagrele et des ferronneries des ateliers de cette même ville, réputée pour son orfèvrerie.[16]

L'orgue de Clément XIV

La nef unique baroque et l'autel des reliques. Photo : Syrio, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Une restauration récente a remis au jour un orgue monumental et son buffet, réalisés entre 1769 et 1774 par Modesto Salvini d'Orsogna, et offerts — selon la tradition du sanctuaire — par le pape Clément XIV, lui-même frère mineur conventuel.[17] Ce détail est significatif : un pape franciscain dotant d'un orgue l'église franciscaine qui garde le miracle eucharistique traditionnellement tenu pour le plus ancien, c'est toute la cohérence de l'ordre autour de son trésor.

L'écrin des reliques

Au centre de toute la dévotion se trouvent les deux reliques du miracle : la Chair — une hostie devenue tissu, fixée jadis sur un disque — et le Sang, coagulé en cinq globules de poids inégaux. Leur présentation matérielle a évolué au fil des siècles, jusqu'à l'écrin que le pèlerin contemple aujourd'hui.

L'ostensoir d'argent napolitain (1713)

La pièce maîtresse est un ostensoir d'argent de facture napolitaine, réalisé en 1713 et offert par un Lancianese, Domenico Coli.[18] Deux anges en adoration y soutiennent la lunule ; sur le ruban qui flotte entre leurs mains court l'inscription du Tantum ergo de saint Thomas d'Aquin :

« Adorons donc, prosternés, un si grand sacrement. » — « Tantum ergo Sacramentum veneremur cernui », hymne Pange lingua de saint Thomas d'Aquin (1264), gravé sur l'ostensoir[19]

L'ostensoir d'argent et le calice de cristal exposant les reliques. Photo : Junior, Wikimedia Commons, domaine public.

C'est dans cet ostensoir que la Chair est exposée, tandis que le Sang est conservé dans un second reliquaire.

Le calice de cristal

Les cinq globules de sang sont enfermés dans un calice de cristal de roche du XVIIᵉ siècle, qui laisse voir la matière vénérée.[20] La tradition rapporte un détail souvent répété : pesés ensemble ou séparément, les cinq globules donneraient le même poids — fait que les examens canoniques anciens consignèrent comme prodigieux, et que l'article sur le miracle discute en détail.

L'autel monumental de marbre (1902)

Pendant des siècles, les reliques changèrent plusieurs fois d'emplacement et de reliquaire ; selon les sources du sanctuaire, elles furent transférées dans l'église San Francesco en 1637.[21] Mais c'est au début du XXᵉ siècle qu'on leur donna leur écrin définitif : un petit temple de marbre dressé au-dessus du maître-autel, au centre du presbytère, inauguré le 4 octobre 1902 — jour de la Saint-François.[22] Les sources divergent sur l'auteur : la conception est attribuée à l'ingénieur Filippo Sargiacomo, et la réalisation en marbre à Angelo Rocca de Carrare.[23]

Organisation de l'autel monumental inauguré en 1902 — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'ostensoir de 1713 y prit place dans un tabernacle supérieur, le calice de cristal dans un second tabernacle, le tout surmonté d'un baldaquin porté par des colonnes de marbre de Carrare. Un double escalier permet au pèlerin de monter de part et d'autre jusqu'au niveau des reliques, pour les contempler de tout près — disposition qui fait de l'autel une véritable « monstrance » architecturale, à la manière de l'écrin de marbre de Loreto.[24]

Le couvent et ses vicissitudes

Du chantier médiéval aux suppressions

Le couvent attenant fut bâti en même temps que l'église, entre 1250 et 1260, puis reconstruit lors de la campagne baroque de 1730-1745, avec un cloître d'allure Renaissance remanié au XVIᵉ siècle.[25] Centre spirituel et maison d'études, il connut pourtant deux siècles de spoliations.

Les frères furent expulsés une première fois en 1799, puis chassés à nouveau en 1809 lorsque les lois napoléoniennes confisquèrent les biens religieux au profit de l'État.[26] Le complexe servit dès lors de caserne, d'hôtel de ville, de tribunal et même de collège — sort partagé par tant de couvents italiens après les suppressions de 1809 puis celles du royaume d'Italie en 1866. Pendant ces décennies, la garde des reliques fut assurée tant bien que mal, mais le sanctuaire conserva sa vocation : le miracle ne quitta jamais Lanciano.

Le retour des franciscains (1952-1953)

Les Frères mineurs conventuels reprirent une résidence permanente au couvent en 1952, et le complexe leur fut officiellement restitué en 1953.[27] Quelques décennies plus tard, en 1997, ils recouvrèrent la pleine possession de l'ensemble du couvent, jusque-là partagé avec des usages civils.[28] C'est cette communauté qui, en 1970, autorisa et accompagna les examens scientifiques confiés au professeur Odoardo Linoli — épisode décisif raconté dans l'article sur le miracle.

Le musée et les fouilles du Jubilé 2000

En 1994, le sanctuaire ouvrit le Musée permanent du Miracle eucharistique, qui rassemble des toiles du XVIIIᵉ siècle, des paraments liturgiques, des bulles pontificales, des incunables et des fragments italiques exhumés lors de fouilles.[29] À l'occasion du Jubilé de l'an 2000, des travaux de restauration mirent au jour, sous la place et l'église, un aqueduc romain, des fresques du XVIᵉ siècle et les vestiges de l'église primitive de San Legonziano (VIᵉ-VIIᵉ siècle) — confirmation archéologique du palimpseste qui fait la singularité du lieu.[30]

ÉtapeDateÉvénement
Cénobie de San LegonzianoVIᵉ-VIIIᵉ s.Église des saints Legonziano et Domiziano, moines basiliens
Le miraclevers 750Hostie changée en chair, vin en sang (détail)
Garde bénédictineXIᵉ s.Abbaye de San Giovanni in Venere
Concession aux franciscains1252Frères mineurs conventuels
Église gothique1252-1258Construction de San Francesco
Remaniement baroque1730-1745Nef unique, stucs de Clerici, fresques de Teodoro
Ostensoir d'argent1713Don de Domenico Coli, orfèvre napolitain
Autel monumental1902 (4 octobre)Temple de marbre, écrin définitif des reliques
Suppressions et retour1799-1809 / 1952-1997Spoliations puis retour des conventuels
Musée et fouilles1994-2000Musée du miracle ; vestiges de San Legonziano

Lanciano, cité du miracle

Anxanum, capitale des Frentani

Le sanctuaire ne se comprend pas sans sa ville. Lanciano est l'antique Anxanum, que les historiens romains — Varron, Tite-Live, Pline l'Ancien — donnaient pour la capitale des Frentani, peuple italique de la côte adriatique.[31] La cité prospéra grâce à ses foires, les nundinae romaines tenues tous les neuf jours, dont le souvenir traversa les siècles.

La ville des foires

En 1212, l'empereur Frédéric II éleva Lanciano au rang de terre du domaine royal, reconnaissance de sa richesse : les antiques nundinae devinrent de grandes foires semestrielles, tenues en mai et en août, qui attiraient des centaines de marchands de toute la péninsule et d'au-delà de l'Adriatique, notamment de Dalmatie.[32] Cette vocation commerciale fit de Lanciano un carrefour cosmopolite — et le miracle eucharistique, exposé au cœur de la ville, devint un pôle de dévotion pour les marchands et les pèlerins de passage.

Le centre historique de Lanciano. Photo : Wiki455831, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

« Lanciano la bella » — la belle Lanciano —, ainsi la nommait-on, cité des foires, de la musique et du miracle.[33]

La cathédrale du pont

Au-dessus du pont de Dioclétien, ouvrage romain à grandes arches du IIIᵉ siècle, s'élève la cathédrale Santa Maria del Ponte, patronne de la ville, édifiée au XVᵉ siècle.[34] Lanciano est donc une cité à deux pôles sacrés : la Madonna del Ponte, qui veille sur le pont et la ville, et le Miracle eucharistique, qui en fait un lieu de pèlerinage universel.

Un sanctuaire de pèlerinage

La reconnaissance de l'Église

L'Église n'a jamais défini le miracle de Lanciano par une proclamation dogmatique solennelle — comme pour les autres miracles eucharistiques, sa reconnaissance relève de l'approbation cultuelle et de la dévotion autorisée (la distinction des niveaux d'engagement magistériel est traitée dans l'article sur le miracle). Mais le sanctuaire fut l'objet de nombreux examens canoniques depuis le XVIᵉ siècle, et les notices du sanctuaire rapportent qu'au temps du Jubilé de 1975 le miracle fut salué comme un fait authentique et digne de vénération ; en l'absence de texte publié retrouvé, cette appréciation reste une tradition rapportée du sanctuaire.[35]

Les grands pèlerins

Parmi les visiteurs du sanctuaire, l'un domine tous les autres : le cardinal Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie, vint vénérer les reliques le 3 novembre 1974, quatre ans avant son élection au pontificat. Il inscrivit sur le registre du sanctuaire une prière restée célèbre :

« Fais que nous croyions toujours davantage en toi, que nous espérions en toi, que nous t'aimions. » — « Fac nos tibi semper magis credere, in te spem habere, te diligere », cardinal Karol Wojtyła (futur Jean-Paul II), registre du sanctuaire de Lanciano, 3 novembre 1974[36]

Le cardinal Karol Wojtyła en 1976, deux ans après son pèlerinage à Lanciano. Photo : David Hume Kennerly, archives NARA, domaine public.

Devenu pape, Jean-Paul II rappela en 2004 ce pèlerinage de cardinal.[37] Bien d'autres cardinaux suivirent : Achille Silvestrini (1990), Józef Glemp, primat de Pologne (1992), Paul Poupard (1997), Carlo Maria Martini (1998), Angelo Sodano, secrétaire d'État (2002), et Francis Arinze, préfet du culte divin (2003 et 2005), qui salua dans l'Eucharistie « le centre et le sommet du culte de l'Église ».[38]

Vie liturgique et dévotion

Aujourd'hui, le sanctuaire est desservi par la communauté conventuelle, qui y assure la Messe, l'adoration eucharistique, la pénitencerie et l'accueil des pèlerins. Lanciano est devenue « la cité du Miracle », étape obligée des itinéraires de dévotion eucharistique, aux côtés des autres lieux du hub Les miracles eucharistiques. Le 4 octobre, fête de saint François et anniversaire de l'autel monumental, et les grandes solennités du Corpus Domini y rassemblent des foules venues de toute l'Italie et de l'étranger.

Le sens spirituel du sanctuaire

Pourquoi bâtir, garder et orner pendant treize siècles une église autour d'un fragment de chair ? Parce que ce fragment, pour la foi catholique, n'est pas une curiosité : il est le signe visible d'une présence invisible mais réelle. Le miracle de Lanciano ne fonde pas le dogme de la présence réelle — ce dogme repose sur la parole du Christ et fut défini par le concile de Trente (voir Présence réelle eucharistique) — mais il le confirme aux yeux de chair, comme une condescendance offerte à la faiblesse de la foi.

« Si le Seigneur Jésus a daigné rendre visible ce qu'il opère invisiblement à chaque messe, c'est pour fortifier notre foi, non pour la remplacer. » — Sens traditionnel de la dévotion eucharistique, dans la ligne de saint Thomas d'Aquin[39]

Saint Thomas, justement, dont les vers ornent l'ostensoir, avait chanté ce mystère dans l'Adoro te devote :

« Sur la croix, ta seule divinité se dérobait ; ici se cache aussi ton humanité. Pourtant, croyant et confessant l'une et l'autre, je demande ce que demanda le larron pénitent. » — « In cruce latebat sola Deitas, at hic latet simul et humanitas… », saint Thomas d'Aquin, Adoro te devote[40]

C'est cette foi que le pèlerin vient raviver à Lanciano : non pas voir pour croire, mais croire mieux parce que, une fois dans l'histoire, le voile s'est entrouvert. Comme l'écrivait Jean-Paul II au seuil du troisième millénaire, « l'Église vit de l'Eucharistie »[41] — et Lanciano en est, depuis le VIIIᵉ siècle, le témoin de pierre, de chair et de sang.

Pour aller plus loin

Articles Ignispedia connexes

Sources principales

  • Chiesa di San Francesco (Lanciano) et Convento di San Francesco (Lanciano), it.wikipedia.org.
  • Storia di Lanciano et Lanciano Cathedral, Wikipedia.
  • Site officiel du sanctuaire : miracoloeucaristico.eu (« Il Santuario », « Visitatori Illustri »).
  • BeWeB — Beni ecclesiastici in web (Conférence épiscopale italienne), « La chiesa di San Francesco — Santuario del Miracolo Eucaristico ».
  • Miracolo eucaristico di Lanciano, it.cathopedia.org et it.wikipedia.org.

Notes et références

  1. Le miracle de Lanciano est traditionnellement tenu pour le plus ancien des miracles eucharistiques de transformation de substance reconnus dans la tradition catholique (vers 750), antérieur à Bolsena (1263), Buenos Aires (1996) ou Sokółka (2008). Voir l'article Le miracle eucharistique de Lanciano et le hub Les miracles eucharistiques.

    1
  2. L'église primitive était dédiée aux saints Legonziano (ou Leonzio) et Domiziano — San Legonziano dans l'usage local. Les fouilles du Jubilé 2000 ont mis au jour des vestiges d'un édifice des VIᵉ-VIIᵉ siècles sous l'église actuelle. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; miracoloeucaristico.eu, « Il Santuario ».

    2
  3. Moines basiliens : religieux catholiques de rite grec, suivant la règle de saint Basile, nombreux en Italie méridionale et centrale du VIIᵉ au XIᵉ siècle, notamment au temps de la querelle iconoclaste byzantine. C'est dans leur église de San Legonziano que la tradition situe le miracle, vers 750. Sources : beweb.chiesacattolica.it, « La chiesa di San Francesco — Santuario del Miracolo Eucaristico » ; it.cathopedia.org, « Miracolo eucaristico di Lanciano ».

    3
  4. Paraphrase d'une formule dévotionnelle traditionnelle accompagnant le récit du miracle dans le sanctuaire ; le texte latin exact de cette formule n'a pas été retrouvé dans les sources consultées (l'épigraphe historique visible aux visiteurs relate le récit du miracle, vers l'an 700).

    4
  5. Selon la tradition locale rapportée par les sources, les basiliens furent chassés de Lanciano au XIᵉ siècle pour des désordres graves (meurtres et vols leur sont imputés), et le monastère passa à l'abbaye bénédictine de San Giovanni in Venere (Fossacesia). Ce récit, d'origine dévotionnelle, doit être tenu pour traditionnel. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; recherches locales sur l'abbaye de San Giovanni in Venere.

    5
  6. L'ordre des Frères mineurs, fondé par saint François d'Assise en 1209, se répandit très vite en Europe ; les Abruzzes formèrent une province franciscaine autonome dès 1230. Source : miracoloeucaristico.eu, « Il Santuario ».

    6
  7. Les franciscains arrivèrent à Lanciano entre 1240 et 1250 et obtinrent en 1252 la concession de l'église de San Legonziano pour y bâtir, en lieu « supérieur et contigu », une église dédiée à saint François. Sources : miracoloeucaristico.eu, « Il Santuario » ; it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) ».

    7
  8. Les Frères mineurs conventuels assurent la custodie des reliques depuis 1252 (avec interruptions dues aux suppressions napoléoniennes et post-unitaires). À la différence de Loreto, confié à des jésuites puis à des capucins, Lanciano est resté lié à une seule famille religieuse. Source : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) ».

    8
  9. Construction de l'église San Francesco : commencée en 1252, achevée en 1258, en style gothique, sur les fondations de San Legonziano ; l'une des premières églises conventuelles franciscaines des Abruzzes. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; beweb.chiesacattolica.it ; miracoloeucaristico.eu.

    9 10
  10. Façade rectangulaire en pierres équarries, d'inspiration franco-bourguignonne ; partie inférieure médiévale conservée, partie supérieure refaite au XVIIIᵉ siècle (œil-de-bœuf baroque). Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; beweb.chiesacattolica.it.

    11
  11. Portail gothique linéaire complété par une porte de bronze de Tommaso Gismondi (Anagni) en 1975. Source : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) ».

    12
  12. Campanile réputé le plus ancien de Lanciano, haut d'environ 31 m, élevé en trois phases : base antérieure à 1204, surélévation lors du chantier franciscain (1252-1258), cellule octogonale et coupole de majolique polychrome ajoutées au XVIᵉ siècle. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; miracoloeucaristico.eu, « Il Santuario ».

    13
  13. Remaniement baroque de 1730-1745 : reconstruction de l'intérieur en nef unique, vaste et haute, avec deux autels mineurs près du presbytère. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; beweb.chiesacattolica.it ; miracoloeucaristico.eu.

    14
  14. Stucs de Michele Clerici ; fresques des voûtes par le peintre théatin Donato Teodoro (vers 1740), figurant Judith, Rachel et Esther. Sources : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) » ; beweb.chiesacattolica.it.

    15
  15. Toiles de Nicola Ranieri de Guardiagrele, ferronneries des ateliers de Guardiagrele, orgue attribué à Adriano Fedri selon certaines sources. Source : it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) ».

    16
  16. Orgue monumental et son buffet réalisés entre 1769 et 1774 par Modesto Salvini d'Orsogna, présentés par le sanctuaire comme un don du pape Clément XIV (Lorenzo Ganganelli), lui-même frère mineur conventuel. Source : beweb.chiesacattolica.it, « La chiesa di San Francesco — Santuario del Miracolo Eucaristico ».

    17
  17. Ostensoir d'argent de facture napolitaine, réalisé en 1713, don du Lancianese Domenico Coli ; deux anges adorateurs portent un ruban inscrit « Tantum ergo Sacramentum veneremur cernui ». Il contient la relique de la Chair. Sources : it.wikipedia.org, « Miracolo eucaristico di Lanciano » ; miracoloeucaristico.eu ; beweb.chiesacattolica.it. (Une source secondaire mentionne un parrainage par un Domenico Coli originaire de Norcia : les notices divergent sur ce détail biographique.)

    18
  18. « Tantum ergo Sacramentum / veneremur cernui » : strophe de l'hymne Pange lingua gloriosi corporis mysterium composé par saint Thomas d'Aquin pour la fête du Corpus Domini (1264). Traduction française dans le corps de l'article.

    19
  19. Calice de cristal de roche du XVIIᵉ siècle conservant les cinq globules de sang coagulé. La tradition rapporte que les cinq globules, pesés ensemble ou séparément, donneraient le même poids : ce point est discuté dans l'article sur le miracle. Sources : it.wikipedia.org, « Miracolo eucaristico di Lanciano » ; miracoloeucaristico.eu.

    20
  20. Selon le site officiel, les reliques furent transférées dans l'église San Francesco en 1637 ; elles changèrent de reliquaire et d'emplacement à plusieurs reprises avant l'autel monumental de 1902. Source : beweb.chiesacattolica.it, « La chiesa di San Francesco — Santuario del Miracolo Eucaristico ».

    21
  21. Autel monumental de marbre dressé au centre du presbytère et inauguré le 4 octobre 1902 (fête de saint François) ; l'ostensoir et le calice y prennent place dans deux tabernacles superposés, sous un baldaquin de colonnes de Carrare, avec un double escalier permettant aux pèlerins de monter contempler les reliques. Sources : miracoloeucaristico.eu, « Il Santuario » ; it.wikipedia.org, « Chiesa di San Francesco (Lanciano) ».

    22 24
  22. Les sources divergent sur la paternité de l'autel monumental : BeWeB attribue la conception à l'ingénieur Filippo Sargiacomo ; le site du sanctuaire attribue la réalisation en marbre à Angelo Rocca de Carrare. Les deux mentions sont vraisemblablement complémentaires (concepteur / exécutant). Sources : beweb.chiesacattolica.it ; miracoloeucaristico.eu.

    23
  23. Couvent bâti en même temps que l'église (1250-1260), reconstruit lors de la campagne baroque (1730-1745), avec cloître d'allure Renaissance remanié au XVIᵉ siècle. Source : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) ».

    25
  24. Expulsions des frères en 1799, puis en 1809 sous les lois napoléoniennes confisquant les biens religieux ; le complexe servit ensuite de caserne, d'hôtel de ville, de tribunal et de collège. Source : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) ».

    26
  25. Retour des Frères mineurs conventuels en résidence permanente en 1952, restitution officielle du complexe en 1953. Sources : beweb.chiesacattolica.it ; miracoloeucaristico.eu.

    27
  26. En 1997, les franciscains recouvrèrent la pleine possession de l'ensemble du couvent. Source : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) ».

    28
  27. Musée permanent du Miracle eucharistique ouvert en 1994 : toiles du XVIIIᵉ siècle, paraments liturgiques, bulles pontificales, incunables, fragments italiques issus des fouilles. Sources : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) » ; recherche sur le Santuario del Miracolo Eucaristico.

    29
  28. Restaurations du Jubilé 2000 : mise au jour, sous la place et l'église, d'un aqueduc romain, de fresques du XVIᵉ siècle et des vestiges de l'église primitive de San Legonziano (VIᵉ-VIIᵉ s.). Source : it.wikipedia.org, « Convento di San Francesco (Lanciano) ».

    30
  29. Anxanum, capitale des Frentani, citée par Varron, Tite-Live et Pline l'Ancien ; ses nundinae (marchés tous les neuf jours) sont à l'origine de la vocation foraine de la ville. Sources : it.wikipedia.org, « Storia di Lanciano » ; treccani.it, « Lanciano » ; romanoimpero.com, « Anxanum ».

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  30. En 1212, Frédéric II éleva Lanciano au rang de terre du domaine royal ; les nundinae antiques devinrent des foires semestrielles (mai et août) attirant des marchands de toute la péninsule et de Dalmatie. Sources : it.wikipedia.org, « Storia di Lanciano » ; rotaryclublanciano.it.

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  31. Surnom traditionnel « Lanciano la bella », cité des foires, de la musique et du miracle. Source : tesoridabruzzo.com, « Lanciano la bella ».

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  32. Cathédrale Santa Maria del Ponte, patronne de Lanciano, bâtie au XVᵉ siècle sur le pont de Dioclétien (ouvrage romain du IIIᵉ siècle, à quatre grandes arches). Source : en.wikipedia.org, « Lanciano Cathedral » ; it.wikipedia.org, « Storia di Lanciano ».

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  33. Tradition rapportée par les compilations dévotionnelles et les notices du sanctuaire ; aucun texte publié (date, audience, texte) n'a été retrouvé dans les sources officielles consultées. À tenir pour une appréciation rapportée du sanctuaire, non pour une déclaration pontificale vérifiée. Le statut magistériel exact (approbation cultuelle, et non définition dogmatique) est précisé dans l'article sur le miracle.

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  34. Le cardinal Karol Wojtyła, archevêque de Cracovie, visita le sanctuaire le 3 novembre 1974 et inscrivit au registre : « Fac nos tibi semper magis credere, in te spem habere, te diligere. » Sources : miracoloeucaristico.eu, « Visitatori Illustri » ; notices du sanctuaire.

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  35. Devenu pape, Jean-Paul II rappela en 2004 avoir vénéré les reliques de Lanciano lorsqu'il était cardinal. Source : notices du sanctuaire et de l'agence Zenit.

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  36. Liste des grands visiteurs d'après le registre du sanctuaire : cardinaux Achille Silvestrini (30 mai 1990), Józef Glemp (1er mars 1992), Paul Poupard (24 janvier 1997), Carlo Maria Martini (1998), Angelo Sodano (20 juillet 2002), Francis Arinze (22 juin 2003 et 24 mai 2005). Source : miracoloeucaristico.eu, « Visitatori Illustri ».

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  37. Sens traditionnel de la dévotion eucharistique de Lanciano, dans la ligne de la théologie de saint Thomas d'Aquin : le miracle confirme la foi sans s'y substituer. Formulation synthétique de l'auteur, fidèle à la doctrine de la présence réelle (voir Présence réelle eucharistique).

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  38. Saint Thomas d'Aquin, Adoro te devote : « In cruce latebat sola Deitas, / at hic latet simul et humanitas ; / ambo tamen credens atque confitens, / peto quod petivit latro paenitens. » Traduction française dans le corps de l'article. Texte latin classique de l'hymne eucharistique attribué à saint Thomas (XIIIᵉ siècle).

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  39. Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n° 1 : « L'Église vit de l'Eucharistie. » Source : vatican.va, Ecclesia de Eucharistia.

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