L'intelligence artificielle (IA) désigne l'ensemble des systèmes informatiques capables d'accomplir des tâches que l'on associait jusqu'ici à l'intelligence humaine : reconnaître une image, traduire une langue, conduire une voiture, rédiger un texte, diagnostiquer une maladie. En quelques années, ces systèmes sont passés des laboratoires à la vie quotidienne de milliards de personnes. Une telle puissance, qui imite certaines opérations de l'esprit et s'insinue dans le travail, la santé, l'information, la guerre et jusqu'aux relations humaines, ne pouvait pas rester hors du regard moral de l'Église.
Face à elle, l'Église ne répond ni par la fascination d'une religion du progrès, ni par la peur réactionnaire qui rejetterait toute machine. Sa position tient en une distinction ferme, posée par le document de référence en la matière, la note Antiqua et nova (2025) : l'IA est un outil — un fruit légitime de l'intelligence que Dieu a donnée à l'homme — mais elle n'est pas une personne. Son « intelligence » est purement fonctionnelle : elle calcule, elle exécute, elle simule, mais elle ne pense pas, ne comprend pas et ne répond de rien. La mesure de toute son éthique reste donc la dignité de la personne humaine.
Ce discernement n'est pas un effet de mode. Élu en mai 2025, le pape Léon XIV a explicitement choisi son nom en référence à Léon XIII et à Rerum novarum : de même que l'Église avait affronté la première révolution industrielle par sa doctrine sociale, elle doit aujourd'hui répondre à une nouvelle révolution, celle de l'IA, qui pose « de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail »[1].
Cet article expose la vision catholique de l'intelligence artificielle dans son ensemble : ce qu'est l'IA, pourquoi le mot « intelligence » est en partie trompeur, en quoi l'IA est bonne et en quoi elle est ambivalente, quelles grandes questions sociales et morales elle soulève, ce que le magistère propose, et quel est le risque spirituel ultime. Les terrains particuliers — la prétention de refaire l'homme par la machine, la bioéthique, les addictions numériques, la solitude connectée, la vérité dans les médias — ont chacun leur article : on y renvoie sans les redoubler.
Pourquoi l'Église parle-t-elle de l'intelligence artificielle ?
On range volontiers l'IA du côté de l'ingénieur, de la start-up ou du laboratoire, et non de la morale. C'est une erreur d'optique. La manière dont une société conçoit, déploie et gouverne sa puissance technique engage sa conception de l'homme, sa justice envers les plus faibles et le sens qu'elle donne au progrès. L'IA est, de part en part, une question sociale.
Une « question sociale » de premier plan
Aucun domaine majeur de l'existence n'échappe désormais à l'IA. Elle décide de la manière dont on travaille (automatisation, tri des candidatures, organisation du travail), dont on se soigne (aide au diagnostic, imagerie), dont on s'informe (médias, réseaux, recommandation algorithmique), dont on est jugé (justice prédictive, scoring social, surveillance) et même dont on fait la guerre (armes autonomes). Antiqua et nova le souligne : l'IA « marque une nouvelle phase importante dans la relation de l'humanité avec la technologie »[2]. Une réalité qui pèse sur tous ces choix collectifs n'est plus un simple gadget : elle est devenue un fait de civilisation, et donc un objet propre de la doctrine sociale et morale de l'Église.
Une nouvelle révolution industrielle : de Léon XIII à Léon XIV
La continuité est frappante. En 1891, devant les bouleversements de la première révolution industrielle — usines, prolétariat, conflit du capital et du travail —, Léon XIII publiait Rerum novarum, acte de naissance de la doctrine sociale moderne[3]. Plus d'un siècle plus tard, c'est précisément ce parallèle qui a guidé le choix du nom de Léon XIV, premier pape élu à l'âge de l'IA :
« Le pape Léon XIII, avec l'encyclique historique Rerum novarum*, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd'hui l'Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. »* — Léon XIV, Discours au Collège des cardinaux, 10 mai 2025[4]
L'IA n'est donc pas traitée comme une curiosité technique, mais comme une mutation anthropologique de l'ampleur de celle qui a fait naître la doctrine sociale. C'est dire le sérieux que l'Église lui accorde.
Une réflexion qui mûrit depuis vingt ans
La parole de l'Église sur l'IA n'a rien d'improvisé. Elle s'enracine dans un siècle de réflexion sur la technique — de Gaudium et Spes (1965) à Laudato Si' (2015) — et s'est précisée en cascade depuis 2020 : le Rome Call for AI Ethics (Académie pontificale pour la vie, 2020), le Message pour la Journée mondiale de la paix 2024 entièrement consacré à l'IA, le Message pour la Journée mondiale des communications sociales 2024, le discours du pape François au G7 (juin 2024 — première intervention d'un pape devant un G7) et, comme couronnement doctrinal, la note Antiqua et nova (janvier 2025). Cette accélération montre que l'Église a pris la mesure de l'urgence.
Ce que cet article traite — et ce qu'il renvoie ailleurs
Pour rester clair, cet article se tient au niveau des principes et des grandes questions sociales. Les terrains particuliers sont traités à part :
- la prétention de refaire l'homme, de l'« augmenter » ou de le rendre immortel par la fusion avec la machine → le transhumanisme ;
- la manipulation du vivant (génie génétique, procréation, CRISPR) → la bioéthique ;
- l'homme connecté : dépendance aux écrans, perte du réel, isolement → les addictions, la solitude moderne, la vérité dans les médias ;
- le rapport général de l'homme à sa puissance technique → la technique et l'homme, dont cet article est une application particulière.
Ici, on cherche la boussole catholique propre à l'intelligence artificielle.
Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ?
Avant de juger, il faut comprendre — et d'abord se défaire des images de science-fiction. L'IA réelle n'est ni un cerveau électronique conscient, ni un robot malveillant : c'est un ensemble de méthodes statistiques qui apprennent à partir d'énormes quantités de données.
Une « galaxie » de technologies, pas une seule chose
Le pape François avertissait dès 2024 qu'il faut se garder de parler de l'IA comme d'un bloc :
« L'intelligence artificielle doit donc être comprise comme une galaxie de réalités différentes et nous ne pouvons pas supposer a priori que son développement contribuera de manière bénéfique à l'avenir de l'humanité et à la paix entre les peuples. » — Pape François, Message pour la 57ᵉ Journée mondiale de la paix, n° 2 (1ᵉʳ janvier 2024)[5]
Concrètement, l'IA recouvre des familles très différentes : les systèmes qui classent (détecter une tumeur sur une radio, filtrer un courriel), ceux qui prédisent (anticiper une panne, une fraude), ceux qui recommandent (choisir la vidéo suivante) et, depuis 2022, les systèmes génératifs qui produisent du texte, des images, de la voix ou du code à la demande. Ces derniers — les grands modèles de langage popularisés par les agents conversationnels — ont donné à des centaines de millions de personnes l'impression de parler à une machine intelligente.
IA étroite, IA générative, « IA générale » : ne pas tout confondre
Trois niveaux doivent être distingués, car on les confond sans cesse dans le débat public :
| Niveau | Ce que c'est | Statut réel |
|---|---|---|
| IA étroite | Un système entraîné pour une tâche précise (jouer aux échecs, traduire, reconnaître un visage) | Omniprésente, très performante |
| IA générative | Un système qui produit du contenu nouveau (texte, image, voix) en imitant des régularités statistiques | Diffusée depuis 2022, en plein essor |
| « IA générale » (AGI) | Une hypothétique intelligence égalant l'homme dans tous les domaines, dotée de conscience | N'existe pas ; projection, voire mythe |
Confondre ces niveaux, c'est attribuer à des outils statistiques réels les pouvoirs d'une intelligence qui n'existe pas — et nourrir, à l'inverse, des peurs ou des espoirs démesurés. Antiqua et nova invite précisément à cette sobriété de vocabulaire.
Ce que l'IA fait — et ce qu'elle ne fait pas
Voilà le point décisif, et il est plus subtil qu'il n'y paraît. Un système d'IA peut produire un poème, mais il ne sait pas qu'il écrit un poème ; il peut « répondre » à une question, mais il ne comprend ni la question ni sa réponse. Il calcule la suite de mots la plus probable. Antiqua et nova le formule sans détour :
« Ses caractéristiques avancées confèrent à l'IA des capacités sophistiquées d'exécution de tâches, mais pas la capacité de penser. » — Antiqua et nova, n° 12[6]
Autrement dit, l'IA simule des résultats de l'intelligence sans en avoir l'acte. Cette distinction, qui paraît abstraite, commande toute la suite : c'est elle qui interdit de traiter une machine comme un sujet.
Intelligence humaine et « intelligence » artificielle : une distinction décisive
Tout le débat moral sur l'IA se joue sur un mot : intelligence. Si l'on croit que la machine est vraiment intelligente — au sens où l'homme l'est —, alors plus rien n'empêche de lui confier des décisions humaines, de s'y attacher comme à une personne, ou de rêver de s'y fondre. Si l'on comprend ce qui sépare radicalement les deux, tout s'éclaire. C'est le cœur de la troisième partie d'Antiqua et nova.
Le mot « intelligence » est en partie trompeur
Le terme « intelligence artificielle » est une analogie, et une analogie peut tromper. Dans la tradition catholique, l'intelligence n'est pas seulement la capacité de résoudre des problèmes : c'est une faculté de la personne tout entière, ouverte à la vérité, au bien, à la beauté et à Dieu. Le document distingue donc nettement les deux usages du mot :
« Dans le cas de l'être humain, en effet, l'intelligence est une faculté relative à la personne dans son intégralité, tandis que, dans celui de l'IA, elle est comprise dans un sens fonctionnel. » — Antiqua et nova, n° 10[7]
L'« intelligence » de la machine se mesure à sa capacité d'accomplir des tâches ; l'intelligence de l'homme touche à ce qu'il est. Le même mot recouvre deux réalités d'ordre différent — et les confondre est le premier piège.
L'intelligence humaine est incarnée, spirituelle et relationnelle
Pourquoi l'homme « pense »-t-il là où la machine ne fait que calculer ? Parce que son intelligence n'est pas un programme tournant dans le vide : elle est portée par un corps, animée par une âme spirituelle, et déployée dans des relations. L'homme connaît avec sa chair, sa sensibilité, sa mémoire blessée et joyeuse, sa liberté, son ouverture à autrui et à Dieu.
« L'engagement authentique exige d'embrasser toute l'étendue de l'être : spirituel, cognitif, incarné et relationnel. » — Antiqua et nova, n° 26[8]
Une machine, « dépourvue de corps physique », ne connaît rien de tout cela : elle « s'appuie sur le raisonnement et l'apprentissage computationnels »[9] et reste, dit le texte, « fondamentalement confinée dans un cadre logico-mathématique »[10]. Elle peut manipuler les signes de l'amour, de la douleur ou de la prière sans jamais en avoir l'expérience. C'est pourquoi elle ne saurait remplacer la présence d'un ami, d'un soignant ou d'un maître.
La machine calcule, elle ne pense pas
Le pape François avait résumé la chose au G7, dans une formule volontairement modeste :
« L'intelligence artificielle est un outil conçu pour résoudre un problème et fonctionne par un enchaînement logique d'opérations algébriques. » — Pape François, Discours au G7, Borgo Egnazia, 14 juin 2024[11]
Un enchaînement d'opérations algébriques : voilà ce qu'est, au fond, l'IA la plus impressionnante. Sa puissance vient de l'échelle (des milliards de paramètres, des océans de données), non d'une étincelle de pensée. La conséquence est immense : ce qui n'est pas un sujet ne peut être tenu pour responsable, et ce qui ne pense pas ne peut décider du bien.
La dignité de la personne, mesure de toute l'éthique de l'IA
Si l'IA n'est pas une personne, alors la personne reste la mesure. Toute l'éthique catholique de l'IA découle d'un principe unique : la dignité inaliénable de l'être humain, créé à l'image de Dieu. C'est elle qui fixe ce qui est permis et ce qui ne l'est jamais.
La valeur de l'homme ne tient pas à ses performances
Dans une culture obsédée par la performance, l'IA risque de faire croire que l'homme « vaut » ce qu'il produit, calcule ou réussit. Antiqua et nova renverse fermement cette logique — et c'est là que se joue aussi la réponse au transhumanisme :
« La valeur d'une personne ne dépend pas de la possession de capacités singulières, de réalisations cognitives et technologiques ou de succès individuels, mais de sa dignité intrinsèque fondée sur le fait qu'elle est créée à l'image de Dieu. » — Antiqua et nova, n° 34[12]
Le nouveau-né, le malade d'Alzheimer, la personne handicapée, qu'aucune machine ne juge « performants », possèdent exactement la même dignité que le savant ou le champion. Aucun système de notation algorithmique, aucune mesure d'« utilité », ne peut entamer cette dignité. C'est elle que défend l'article voisin sur la dignité de la personne humaine.
Seul l'homme est un sujet moralement responsable
De la dignité découle la responsabilité. Une machine peut exécuter une consigne, jamais en répondre devant sa conscience. Antiqua et nova y insiste : « seul l'être humain est véritablement un agent moral »[13]. C'est pourquoi il est toujours illusoire et dangereux de « confier » à l'IA une décision morale en s'imaginant qu'elle en porte le poids : derrière chaque système, il y a des concepteurs, des propriétaires et des utilisateurs humains qui demeurent responsables de ses effets. Le Rome Call en fait l'un de ses principes : « il doit toujours y avoir quelqu'un qui assume la responsabilité de ce que fait une machine »[14].
Une éthique au service de la personne : l'« algor-éthique »
Dès 2020, l'Académie pontificale pour la vie a réuni des géants de la technologie (Microsoft, IBM), des institutions internationales (FAO) et l'État italien autour d'un texte fondateur, le Rome Call for AI Ethics, et d'un mot nouveau : l'algor-éthique, c'est-à-dire une éthique inscrite jusque dans la conception des algorithmes. Le texte énonce six principes que la doctrine catholique reconnaît comme des exigences de la dignité humaine :
| Principe | Exigence |
|---|---|
| Transparence | Les systèmes d'IA doivent être compréhensibles |
| Inclusion | Ne discriminer personne, car tout être humain a la même dignité |
| Responsabilité | Quelqu'un doit toujours répondre de ce que fait la machine |
| Impartialité | Ne pas créer ni suivre de biais injustes |
| Fiabilité | Les systèmes doivent être sûrs et fiables |
| Sécurité et vie privée | Protéger les données et l'intimité des personnes |
Ces principes ne sont pas des contraintes extérieures imposées à la technique : ils traduisent, dans le langage des ingénieurs, ce que la foi affirme de l'homme[15].
L'intelligence artificielle est-elle bonne ? Un outil ambivalent
Une question revient sans cesse : faut-il avoir peur de l'IA ? La réponse de l'Église est nuancée et ferme à la fois. L'IA est un bien réel, mais un bien ambivalent, dont tout dépend de l'usage et de la place qu'on lui donne.
Un fruit légitime de l'intelligence créée
L'IA naît de l'intelligence que Dieu a confiée à l'homme pour « cultiver et garder » la terre (Gn 2, 15). La concevoir, la perfectionner, la mettre au service du bien commun est, en soi, une œuvre bonne. Antiqua et nova rattache explicitement la recherche scientifique et technique à la « collaboration de l'homme et de la femme avec Dieu »[16]. L'Église n'a donc aucune nostalgie d'un âge prétechnique : elle reconnaît les immenses bienfaits possibles de l'IA — en médecine, dans la recherche, dans l'accès au savoir, dans l'aide aux personnes vulnérables.
« La dignité intrinsèque de chaque personne et la fraternité qui nous lient en tant que membres de l'unique famille humaine doivent rester à la base du développement des nouvelles technologies. » — Pape François, Message pour la Journée mondiale de la paix 2024, n° 2[17]
Mais aucune technique n'est moralement neutre
On entend souvent que « la technique est neutre, tout dépend de l'usage ». C'est une demi-vérité dangereuse. Un système d'IA oriente déjà des comportements : un algorithme de recommandation n'est pas neutre quant à l'attention, un système de notation n'est pas neutre quant à la justice, une arme autonome n'est pas neutre quant à la violence. Le Catéchisme le rappelle pour toute la technique :
« Il est illusoire de revendiquer la neutralité morale de la recherche scientifique et de ses applications. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2294[18]
Prétendre que l'IA n'a rien à voir avec la morale, c'est déjà prendre une position morale — la pire, celle qui laisse le champ libre à l'efficacité brute et à l'intérêt du plus fort.
Le risque de renforcer le « paradigme technocratique »
L'IA peut devenir l'instrument le plus puissant de ce que Laudato Si' appelle le paradigme technocratique : cette mentalité qui réduit le réel à ce qui se calcule, se possède et se produit[19]. Antiqua et nova met précisément en garde contre ce risque dans le domaine économique :
« Nous ne pouvons pas permettre qu'un outil aussi puissant et indispensable que l'intelligence artificielle renforce un tel paradigme. » — Antiqua et nova, n° 68[20]
Le danger n'est pas la machine, mais la vision du monde qu'elle peut imposer : un monde où tout — la nature, le travail, l'information, et finalement l'homme — devient une donnée à exploiter. C'est exactement la pente que décrit l'article La technique et l'homme.
Les grandes questions morales et sociales posées par l'IA
C'est dans le concret que la boussole se vérifie. La cinquième partie d'Antiqua et nova passe en revue les domaines où l'IA engage le bien des personnes. On en retient ici les plus décisifs pour la question sociale.
L'IA et le travail : libérer ou exclure ?
L'automatisation peut libérer l'homme des tâches pénibles et répétitives — un bien que la doctrine sociale salue. Mais elle peut aussi exclure : concentrer la richesse, supprimer des emplois sans en recréer, transformer le travailleur en simple appendice de la machine. Antiqua et nova pose une limite claire :
« Nous ne devrions pas chercher à remplacer de plus en plus le travail humain par le progrès technologique. » — Antiqua et nova, n° 70[21]
Le travail n'est pas qu'un coût à optimiser : il est un lieu de dignité, de subsistance et de réalisation de la personne. Le Message pour la paix 2024 avertit que, dans un paradigme technocratique, « le savoir et la richesse [pourraient] s'accumuler dans les mains de quelques-uns »[22], au détriment du bien commun et de la destination universelle des biens. La question n'est pas « faut-il automatiser ? » mais « au service de qui ? » — c'est tout le sens de la doctrine du travail héritée de Rerum novarum.
L'IA et la guerre : « aucune machine ne devrait choisir d'ôter la vie »
C'est sans doute le point le plus grave. Les systèmes d'armes autonomes peuvent sélectionner et frapper une cible sans intervention humaine directe. Or décider de la vie ou de la mort d'un homme est un acte moral qu'aucun calcul ne peut assumer. Le pape François l'a martelé au G7 :
« Aucune machine ne devrait jamais choisir d'ôter la vie à un être humain. » — Pape François, Discours au G7, 14 juin 2024[23]
Antiqua et nova reprend la même exigence — « Aucune machine ne devrait jamais choisir de prendre la vie d'un être humain »[24] —, et le Message pour la paix 2024 en donne la raison de fond :
« Les systèmes d'armes autonomes ne pourront jamais être des sujets moralement responsables : la capacité humaine exclusive de jugement moral et de décision éthique est plus qu'un ensemble complexe d'algorithmes. » — Pape François, Message pour la paix 2024, n° 6[25]
D'où l'appel à une supervision humaine réelle et permanente sur les armes, et à un « traité international contraignant » régulant l'IA[26].
L'IA, la désinformation et les « deepfakes »
L'IA générative permet de fabriquer en quelques secondes de fausses images, de fausses voix, de faux discours indiscernables du vrai : les deepfakes. Antiqua et nova alerte sur le fait que l'IA « génère des contenus manipulés et de fausses informations qui [...] peuvent facilement induire en erreur »[27]. Le Message pour les communications sociales 2024 nomme ce mal une « pollution cognitive » :
« [Ces outils] peuvent aussi être des instruments de "pollution cognitive", d'altération de la réalité par des récits partiellement ou totalement faux qui sont crus — et partagés — comme s'ils étaient vrais. » — Pape François, Message pour la Journée mondiale des communications sociales 2024[28]
L'enjeu n'est pas seulement l'erreur factuelle : c'est la confiance elle-même, ciment de toute vie commune, qui se trouve minée. La réponse catholique relève autant de l'éthique des concepteurs que de la formation des consciences — sujet développé dans La vérité dans les médias.
L'IA et les relations humaines : le risque du simulacre
Des applications proposent désormais des « amis », des « confidents », voire des « compagnons » artificiels. Le danger est de prendre un simulacre pour une relation. Antiqua et nova fixe la règle :
« [L'IA] doit être considérée pour ce qu'elle est : un outil et non une personne. » — Antiqua et nova, n° 59[29]
Car l'empathie authentique, dit le texte, « ne peut être reproduite par des systèmes artificiels »[30] : un programme peut imiter les mots de la compassion, jamais la vivre. Et le risque est explicite :
« Si nous remplaçons ces relations [...] par des moyens technologiques, nous risquons de remplacer la relation authentique par un simulacre. » — Antiqua et nova, n° 62-63[31]
Substituer la machine au visage de l'autre, c'est s'exposer à une solitude plus profonde encore — celle que décrit l'article La solitude moderne, et qui nourrit les addictions numériques.
L'IA, la vie privée et la surveillance
L'IA se nourrit de données — et nos données disent qui nous sommes. Antiqua et nova avertit que ces données « ne véhiculent pas seulement des informations, mais aussi des connaissances personnelles et relationnelles qui [...] peuvent devenir un pouvoir sur l'individu »[32]. Surveillance de masse, notation sociale, profilage : l'IA peut servir un contrôle inédit des consciences et des comportements. Le respect de la dignité exige, dit le Message pour la paix, de « refuser que l'unicité de la personne soit identifiée par un ensemble de données »[33]. L'homme n'est jamais réductible à son profil.
L'IA et la maison commune
On l'ignore souvent : les grands modèles d'IA ont un coût écologique considérable. Leur entraînement et leur fonctionnement « nécessitent de grandes quantités d'énergie et d'eau »[34] pour alimenter et refroidir d'immenses centres de données. La question de l'IA rejoint ainsi celle de l'écologie intégrale et de la sauvegarde de la création : un progrès qui épuise la maison commune n'est pas un vrai progrès.
L'IA et l'éducation des plus jeunes
L'IA peut être un formidable auxiliaire d'apprentissage, mais elle ne peut former une intelligence ni transmettre une humanité. Antiqua et nova rappelle qu'« une tâche essentielle de l'éducation est de former l'intellect à bien raisonner »[35] — ce qui suppose effort, mémoire et patience, et non la délégation de la pensée à une machine qui « fait les devoirs ». Surtout, « la présence physique de l'enseignant crée une dynamique relationnelle que l'IA ne peut pas reproduire »[36]. Éduquer, c'est éveiller une personne par une autre personne : aucun tuteur algorithmique n'y suffira.
Tableau de synthèse : promesse et risque
Toute la question sociale de l'IA peut se résumer dans une grille — chaque domaine porte une promesse et un risque, et la boussole reste la même : la personne.
| Domaine | Promesse | Risque | Boussole catholique |
|---|---|---|---|
| Travail | Libérer des tâches pénibles | Exclure, concentrer la richesse | Le travail, lieu de dignité (n° 70) |
| Guerre | Précision, protection | Armes autonomes décidant de tuer | Nulle machine ne choisit la mort (n° 100) |
| Information | Accès, traduction, savoir | Deepfakes, « pollution cognitive » | La vérité et la confiance |
| Relations | Lien, accessibilité | Simulacre, isolement | L'autre est une personne, pas un outil (n° 59) |
| Vie privée | Services personnalisés | Surveillance, profilage, contrôle | L'homme n'est pas un jeu de données (Paix n° 5) |
| Environnement | Optimisation, recherche | Énergie, eau, empreinte carbone | L'écologie intégrale (n° 96) |
| Éducation | Soutien, accessibilité | Délégation de la pensée | Former une personne par une personne (n° 79-81) |
La réponse du magistère : repères et propositions
Face à ces enjeux, l'Église ne se contente pas d'alerter : elle propose des repères et appelle à l'action. Cinq jalons structurent sa parole récente.
Antiqua et nova (2025), une note de référence
Publiée le 28 janvier 2025 par le Dicastère pour la doctrine de la foi et le Dicastère pour la culture et l'éducation, Antiqua et nova — « les choses anciennes et nouvelles » — est le texte doctrinal le plus complet à ce jour sur l'IA. En 114 paragraphes, il fonde le discernement sur l'anthropologie chrétienne, distingue intelligence humaine et artificielle, et parcourt toutes les grandes questions sociales. C'est la source de référence de cet article.
Le pape François : la paix, le G7, la « sagesse du cœur »
L'année 2024 a vu une triple intervention :
- le Message pour la paix posant que l'IA ne peut être présumée bonne a priori et exigeant que la dignité reste « à la base » de tout développement ;
- le discours au G7, où, premier pape devant les chefs d'État du G7, François a plaidé pour un « espace de contrôle humain significatif » sur les choix de l'IA, « la dignité humaine elle-même » en dépendant[37] ;
- le Message pour les communications sociales, qui oppose à la froideur du calcul la « sagesse du cœur », « cette vertu qui nous permet de tisser ensemble le tout et les parties »[38].
Le Rome Call et l'« algor-éthique »
Antérieur (2020), le Rome Call for AI Ethics a le mérite d'avoir réuni autour de l'Église des acteurs industriels et internationaux sur six principes concrets (cf. supra). Il montre que la doctrine catholique ne refuse pas le dialogue technique : elle veut inscrire l'éthique dès la conception des systèmes.
Un appel à réguler
Constante dans ces textes : l'IA ne peut être abandonnée à la seule loi du marché ou de la puissance. D'où l'exhortation de François à « un traité international contraignant qui réglemente le développement et l'utilisation de l'intelligence artificielle »[39]. La régulation n'est pas l'ennemie de l'innovation : elle est la condition pour que l'innovation serve l'homme.
Le risque ultime : faire de l'IA une idole
Au-delà des questions sociales, Antiqua et nova désigne un péril plus profond, d'ordre spirituel. La tentation, vieille comme l'homme, de se faire dieu par ses propres œuvres.
La tentation prométhéenne
Certains promoteurs de l'IA n'hésitent pas à parler de créer une « intelligence » supérieure à l'homme, de « vaincre la mort », de fabriquer une conscience. C'est, sous des habits modernes, l'antique idolâtrie. Le document est sans ambiguïté :
« La présomption de remplacer Dieu par une œuvre de ses propres mains est une idolâtrie. » — Antiqua et nova, n° 105[40]
L'homme qui adore sa propre puissance technique finit esclave de son idole. Le Message pour les communications sociales parle d'un « délire de toute-puissance » dont il faut réveiller l'homme[41]. C'est précisément le terrain du transhumanisme, qui rêve d'abolir la condition humaine.
« L'homme devient-il vraiment meilleur ? »
Le critère ultime du progrès, rappelle Antiqua et nova en citant saint Jean-Paul II, n'est pas la puissance acquise mais la croissance de l'homme intérieur : la vraie question est de savoir « si l'homme [...] devient vraiment meilleur, c'est-à-dire plus mûr spirituellement »[42]. Une civilisation peut multiplier ses machines et régresser en humanité. Le progrès technique n'est un progrès humain que s'il rend l'homme plus libre, plus juste, plus aimant.
La sagesse du cœur, ce que nulle machine n'aura
À la puissance froide du calcul, l'Évangile oppose une intelligence d'un autre ordre : la sagesse du cœur, fruit de l'Esprit, qui sait discerner le bien, aimer concrètement et se laisser saisir par Dieu. C'est elle, et non la performance, qui fait la grandeur de l'homme — et qu'aucun système, si puissant soit-il, ne pourra jamais reproduire.
Comment vivre chrétiennement à l'âge de l'intelligence artificielle ?
Le discernement catholique ne se réduit pas à des principes : il appelle une manière de vivre. Quelques repères concrets se dégagent des textes.
Garder la maîtrise, ne pas déléguer sa conscience
Utiliser l'IA comme un outil — oui ; lui abandonner ses décisions, son jugement, sa pensée — non. Le chrétien reste responsable de ce qu'il produit, partage et croit. Vérifier ses sources, refuser de propager des contenus douteux, garder un esprit critique : c'est une exigence de charité envers la vérité.
Faire passer les personnes avant les écrans
Là où l'IA propose des relations simulées, le chrétien choisit les relations réelles : la présence, le visage, le temps donné, la patience. La lutte contre la solitude et les addictions numériques passe par une décision quotidienne de préférer l'autre vivant à son reflet algorithmique.
Mettre l'IA au service des plus faibles
Le critère évangélique est constant : ce qui sert « les plus petits » est béni. Une IA qui soigne, qui inclut, qui allège la peine des pauvres réalise sa vocation d'outil ; une IA qui surveille, exclut ou asservit la trahit. Le discernement se fait toujours à l'aune du bien commun.
Demeurer dans l'adoration, non dans la fascination
Enfin, le remède le plus profond à l'idolâtrie technique est l'adoration du vrai Dieu. L'homme qui sait à qui il appartient ne risque pas de se prosterner devant ses propres machines. La prière, la vie sacramentelle, la contemplation rendent à l'homme la juste mesure de lui-même : créature aimée, et non créateur de son salut.
« Nous condamnerions l'humanité à un avenir sans espoir si nous retirions aux gens la capacité de décider d'eux-mêmes et de leur vie, les condamnant à dépendre des choix des machines. » — Pape François, Discours au G7, 14 juin 2024[43]
L'intelligence artificielle, prise pour ce qu'elle est — un outil admirable et redoutable —, peut servir grandement l'homme. Prise pour ce qu'elle n'est pas — une personne, une conscience, un dieu —, elle le menace. Entre les deux, la frontière est précisément celle que l'Église, fidèle à sa mission, ne cesse de rappeler : la dignité inaliénable de la personne humaine.
Pour aller plus loin
- La technique et l'homme — la vision catholique d'ensemble du rapport entre l'homme et sa puissance technique, dont l'IA est une application.
- Le transhumanisme — la prétention de « refaire » ou d'« augmenter » l'homme par la machine, et la réponse catholique.
- La bioéthique — manipulation du vivant, génie génétique et procréation.
- La dignité de la personne humaine — le fondement anthropologique de toute l'éthique de l'IA.
- La vérité dans les médias — désinformation, deepfakes et responsabilité du chrétien.
- La solitude moderne et Les addictions — l'homme connecté et le risque du simulacre relationnel.
Sources principales : Dicastère pour la doctrine de la foi et Dicastère pour la culture et l'éducation, Antiqua et nova (28 janvier 2025) ; pape François, Intelligence artificielle et paix*, Message pour la 57ᵉ Journée mondiale de la paix (1ᵉʳ janvier 2024), discours au G7 (14 juin 2024) et Message pour la 58ᵉ Journée mondiale des communications sociales (2024) ; Académie pontificale pour la vie,* Rome Call for AI Ethics (28 février 2020) ; Léon XIV, discours au Collège des cardinaux (10 mai 2025). Textes officiels sur vatican.va.
Notes et références
Léon XIV, Discours au Collège des cardinaux, 10 mai 2025 : « Le pape Léon XIII, avec l'encyclique historique Rerum novarum, a abordé la question sociale dans le contexte de la première grande révolution industrielle ; et aujourd'hui l'Église offre à tous son héritage de doctrine sociale pour répondre à une autre révolution industrielle et aux développements de l'intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. » Texte officiel sur vatican.va.
1 4Dicastère pour la doctrine de la foi & Dicastère pour la culture et l'éducation, Antiqua et nova. Note sur le rapport entre l'intelligence artificielle et l'intelligence humaine, 28 janvier 2025, n° 4 : l'IA « marque une nouvelle phase importante dans la relation de l'humanité avec la technologie ». Texte sur vatican.va.
2Léon XIII, Rerum novarum, 15 mai 1891 : première encyclique sociale, sur la condition ouvrière face à la révolution industrielle. Cf. l'article Rerum novarum.
3Pape François, Intelligence artificielle et paix, Message pour la 57ᵉ Journée mondiale de la paix, 1ᵉʳ janvier 2024 (daté du 8 décembre 2023), n° 2 : « L'intelligence artificielle doit donc être comprise comme une galaxie de réalités différentes et nous ne pouvons pas supposer a priori que son développement contribuera de manière bénéfique à l'avenir de l'humanité et à la paix entre les peuples. » Texte sur vatican.va.
5Antiqua et nova, n° 12 : « Ses caractéristiques avancées confèrent à l'IA des capacités sophistiquées d'exécution de tâches, mais pas la capacité de penser. »
6Antiqua et nova, n° 10 : « Dans le cas de l'être humain, en effet, l'intelligence est une faculté relative à la personne dans son intégralité, tandis que, dans celui de l'IA, elle est comprise dans un sens fonctionnel. »
7Antiqua et nova, n° 26 : « L'engagement authentique exige d'embrasser toute l'étendue de l'être : spirituel, cognitif, incarné et relationnel. »
8Antiqua et nova, n° 31 : l'IA, « dépourvue de corps physique, s'appuie sur le raisonnement et l'apprentissage computationnels ».
9Antiqua et nova, n° 31 : « bien que l'IA traite et simule certaines expressions de l'intelligence, elle reste fondamentalement confinée dans un cadre logico-mathématique ».
10Pape François, Discours à la session du G7 sur l'intelligence artificielle, Borgo Egnazia (Pouilles), 14 juin 2024 : « L'intelligence artificielle est un outil conçu pour résoudre un problème et fonctionne par un enchaînement logique d'opérations algébriques. » Premier pape à s'adresser à un G7. Texte sur vatican.va.
11Antiqua et nova, n° 34 : « la valeur d'une personne ne dépend pas de la possession de capacités singulières, de réalisations cognitives et technologiques ou de succès individuels, mais de sa dignité intrinsèque fondée sur le fait qu'elle est créée à l'image de Dieu ».
12Antiqua et nova, n° 39 : « seul l'être humain est véritablement un agent moral », c'est-à-dire un sujet moralement responsable.
13Académie pontificale pour la vie / RenAIssance Foundation, Rome Call for AI Ethics, Rome, 28 février 2020, principe de responsabilité : « il doit toujours y avoir quelqu'un qui assume la responsabilité de ce que fait une machine » (trad. fr. de « there must always be someone who takes responsibility for what a machine does »).
14Rome Call for AI Ethics, 28 février 2020 : six principes (transparency, inclusion, responsibility, impartiality, reliability, security and privacy), résumés par le néologisme algorethics (« algor-éthique »). Signataires initiaux : Académie pontificale pour la vie, Microsoft, IBM, FAO, ministère italien de l'Innovation. Texte sur romecall.org et vatican.va.
15Antiqua et nova, n° 37 : la recherche scientifique et le développement des compétences techniques font partie de la « collaboration de l'homme et de la femme avec Dieu pour amener la création visible à la perfection ».
16Pape François, Message pour la Journée mondiale de la paix 2024, n° 2 : « La dignité intrinsèque de chaque personne et la fraternité qui nous lient en tant que membres de l'unique famille humaine doivent rester à la base du développement des nouvelles technologies. »
17Catéchisme de l'Église catholique, § 2294 : « Il est illusoire de revendiquer la neutralité morale de la recherche scientifique et de ses applications. »
18Pape François, Laudato Si', 24 mai 2015, n° 106 : description du « paradigme technocratique » comme un « paradigme homogène et unidimensionnel » appliqué à tout le réel. Cf. La technique et l'homme.
19Antiqua et nova, n° 68 : mise en garde contre le renforcement du paradigme technocratique dans le domaine économique et du travail — « nous ne pouvons pas permettre qu'un outil aussi puissant et indispensable que l'intelligence artificielle renforce un tel paradigme, mais nous devons plutôt faire de l'intelligence artificielle un rempart précisément contre son expansion ».
20Antiqua et nova, n° 70 : « nous ne devrions pas chercher à remplacer de plus en plus le travail humain par le progrès technologique ».
21Pape François, Message pour la paix 2024, n° 4 : dans un paradigme technocratique, « les inégalités pourraient croître de manière disproportionnée, le savoir et la richesse s'accumuler dans les mains de quelques-uns, avec de graves risques pour les sociétés démocratiques et la coexistence pacifique ».
22Pape François, Discours au G7, 14 juin 2024 : « Aucune machine ne devrait jamais choisir d'ôter la vie à un être humain. » (À distinguer de la formulation parallèle d'Antiqua et nova n° 100, qui dit « de prendre la vie ».)
23Antiqua et nova, n° 100 : « Aucune machine ne devrait jamais choisir de prendre la vie d'un être humain. » Sur les systèmes d'armes autonomes létales, dépourvus de la « capacité humaine exclusive de jugement moral ».
24Pape François, Message pour la paix 2024, n° 6 : « Les systèmes d'armes autonomes ne pourront jamais être des sujets moralement responsables : la capacité humaine exclusive de jugement moral et de décision éthique est plus qu'un ensemble complexe d'algorithmes. »
25Pape François, Message pour la paix 2024, n° 8 : appel à « une supervision humaine adéquate, significative et cohérente des systèmes d'armes » et à l'adoption d'un « traité international contraignant » sur l'IA.
26Antiqua et nova, n° 86 : l'IA « génère des contenus manipulés et de fausses informations qui, étant très difficiles à distinguer des données réelles, peuvent facilement induire en erreur ».
27Pape François, Intelligence artificielle et sagesse du cœur : pour une communication pleinement humaine, Message pour la 58ᵉ Journée mondiale des communications sociales 2024 : « [Ces outils] peuvent aussi être des instruments de "pollution cognitive", d'altération de la réalité par des récits partiellement ou totalement faux qui sont crus — et partagés — comme s'ils étaient vrais. » Texte sur vatican.va.
28Antiqua et nova, n° 59 : « [L'IA] doit être considérée pour ce qu'elle est : un outil et non une personne. »
29Antiqua et nova, n° 61 : « la nature nettement personnelle et relationnelle de l'empathie authentique ne peut être reproduite par des systèmes artificiels ».
30Antiqua et nova, n° 62-63 : « si nous remplaçons ces relations [et la relation avec Dieu] par des moyens technologiques, nous risquons de remplacer la relation authentique par un simulacre ».
31Antiqua et nova, n° 90 : les données « ne véhiculent pas seulement des informations, mais aussi des connaissances personnelles et relationnelles qui, dans un contexte de plus en plus numérisé, peuvent devenir un pouvoir sur l'individu ».
32Pape François, Message pour la paix 2024, n° 5 : « Le respect fondamental de la dignité humaine suppose de refuser que l'unicité de la personne soit identifiée par un ensemble de données. »
33Antiqua et nova, n° 96 : les grands modèles d'IA « nécessitent de grandes quantités d'énergie et d'eau » pour leur entraînement et leur fonctionnement, et contribuent significativement aux émissions de CO2.
34Antiqua et nova, n° 81 : « une tâche essentielle de l'éducation est de former l'intellect à bien raisonner en toutes matières, à tendre vers la vérité et à la saisir ».
35Antiqua et nova, n° 79 : « La présence physique de l'enseignant crée une dynamique relationnelle que l'IA ne peut pas reproduire. »
36Pape François, Discours au G7, 14 juin 2024 : « Nous devons garantir et protéger un espace de contrôle humain significatif sur le processus de choix des programmes d'intelligence artificielle : la dignité humaine elle-même en dépend. »
37Pape François, Message pour les communications sociales 2024 : « La sagesse du cœur est donc cette vertu qui nous permet de tisser ensemble le tout et les parties, les décisions et leurs conséquences, les hauteurs et les fragilités, le passé et l'avenir, le je et le nous. »
38Pape François, Message pour la paix 2024, n° 8 : « J'exhorte la Communauté des nations à travailler ensemble afin d'adopter un traité international contraignant qui réglemente le développement et l'utilisation de l'intelligence artificielle sous ses multiples formes. »
39Antiqua et nova, n° 105 : « la présomption de remplacer Dieu par une œuvre de ses propres mains est une idolâtrie ».
40Pape François, Message pour les communications sociales 2024 : il s'agit de « réveiller l'homme de l'hypnose dans laquelle il tombe du fait de son délire de toute-puissance, se croyant un sujet totalement autonome et autoréférentiel, séparé de tout lien social et oublieux de son statut de créature ».
41Antiqua et nova, n° 109, citant Jean-Paul II, Redemptor hominis (1979), n° 15 : la question essentielle du progrès est de savoir « si l'homme [...] devient vraiment meilleur, c'est-à-dire plus mûr spirituellement ».
42Pape François, Discours au G7, 14 juin 2024 : « Nous condamnerions l'humanité à un avenir sans espoir si nous retirions aux gens la capacité de décider d'eux-mêmes et de leur vie, les condamnant à dépendre des choix des machines. »
43