Saint Tarasios (vers 730 – 25 février 806) est l'un des plus grands patriarches de l'histoire de Constantinople. Haut fonctionnaire laïc, premier secrétaire de l'empire, il fut tiré du palais pour être placé, presque malgré lui, sur le siège patriarcal. De ce siège, il accomplit l'œuvre de sa vie : convoquer et présider le concile de Nicée II en 787, le septième concile œcuménique, qui mit fin au premier iconoclasme et rendit aux chrétiens d'Orient le droit de vénérer les saintes images. Mais Tarasios fut bien davantage qu'un homme d'un seul concile : pasteur ascète au sommet du pouvoir, ennemi de la simonie, défenseur de la communion avec Rome, père des pauvres, il gouverna l'Église de Constantinople pendant vingt et un ans avec une fermeté douce qui lui valut à la fois la vénération des foules et la critique des plus rigoureux.
« Je n'accepterai cette charge qu'à une condition : que l'unité de l'Église soit rétablie, et qu'en union avec le pape un concile œcuménique soit réuni. » — sens de la réponse de Saint Tarasios à son élection (784), d'après la Catholic Encyclopedia[1]
Cet article présente l'homme et le saint : le secrétaire devenu patriarche, l'artisan du grand concile, le pasteur charitable et l'ascète. Pour la doctrine de l'icône elle-même — l'argument christologique, la distinction entre adoration et vénération — et pour la crise iconoclaste et le concile comme épisodes, on renvoie aux dossiers Ignispedia La théologie de l'icône, La querelle des images et Le concile de Nicée II (787), que cet article ne redouble pas.
Pourquoi saint Tarasios compte-t-il autant ?
Le patriarche qui rendit les images à l'Église d'Orient
Pendant plus d'un demi-siècle, depuis l'édit de Léon III l'Isaurien (vers 726), l'empire byzantin avait fait la guerre aux icônes : images brisées, mosaïques recouvertes, moines persécutés, le tout couronné par le concile iconoclaste de Hiéria (754) qui prétendait condamner au nom de la foi la vénération des images[2]. Quand Tarasios devient patriarche, cette politique est encore officielle. Son nom reste pour toujours attaché au renversement de cette crise : c'est lui qui prépare, convoque et préside le concile de Nicée II, lequel proclame que « l'honneur rendu à l'image remonte à son prototype »[3]. Pour le détail de cette doctrine, voir La théologie de l'icône.
Le laïc placé au sommet de l'Église
Le cas de Tarasios est rare et frappant : il n'était ni moine, ni prêtre, ni même clerc lorsqu'il fut choisi comme patriarche. Premier secrétaire de l'empire, homme du monde, il fut élevé en quelques jours par tous les degrés — diacre, prêtre, évêque — pour être consacré le 25 décembre 784[4][5]. Cette promotion fulgurante d'un laïc heurtait les règles canoniques et inquiétera le pape lui-même ; elle dit pourtant quelque chose de l'homme : on alla chercher, pour sauver l'Église, non un carriériste du clergé mais un serviteur de l'État réputé droit, cultivé et orthodoxe.
L'artisan de la communion avec Rome
Le trait que la mémoire catholique retient avec gratitude est la condition que Tarasios posa avant d'accepter : il ne serait patriarche qu'à la condition que l'on rétablisse l'unité de l'Église et que l'on convoque, en union avec le pape, un concile œcuménique[6]. À une époque où Constantinople, déchirée par l'iconoclasme, s'était de fait coupée de l'Occident et des autres patriarcats, Tarasios fit du retour à la communion romaine la clef de la restauration de la foi. Le pape Hadrien Ier envoya ses légats à Nicée : c'est ensemble, Orient et Occident, que l'Église retrouva la vénération des images.
Du palais impérial au siège patriarcal
Une famille de la haute aristocratie de Constantinople
Tarasios naît vers 730 à Constantinople, dans une grande famille de l'aristocratie de service. Son père, George (Géorgios), est patrice et préfet (éparque) de la capitale — l'une des plus hautes charges civiles de l'empire ; sa mère se nomme Eukratia[7]. La famille est si bien placée qu'elle compte parmi sa parenté celle du futur patriarche Photios, l'un des plus grands esprits de Byzance[8][9]. Tarasios reçoit l'éducation soignée d'un fils de l'élite : lettres, rhétorique, droit, administration. Rien, dans cette jeunesse, ne le destinait à l'Église : tout le préparait à servir l'État.
Le premier secrétaire de l'empire
Tarasios gravit en effet les degrés de la carrière civile jusqu'aux sommets. Il devient sénateur, puis prōtoasēkrētis — premier secrétaire impérial, c'est-à-dire le chef de la chancellerie, l'homme qui rédige et contresigne les actes du pouvoir, au service de l'impératrice Irène et de son jeune fils l'empereur Constantin VI[10]. C'est un poste de confiance extrême, au cœur du gouvernement. Tarasios y acquiert une réputation de compétence, de mesure et d'intégrité — et, discrètement, de fidélité à la vénération des images, que la cour d'Irène souhaitait restaurer.
L'élection de 784 et les conditions posées
En 784, le patriarche Paul IV, rongé par le remords d'avoir gouverné l'Église sous le régime iconoclaste, se démet, se retire dans un monastère et recommande, dit-on, de réunir un concile pour rétablir les images[11]. Le clergé et la cour se tournent unanimement vers le secrétaire d'Irène : Tarasios[12]. Celui-ci refuse d'abord, se déclarant indigne et soulignant le péril d'élever un laïc, dans une Église « séparée des catholiques d'Occident et isolée des autres patriarcats orientaux »[13]. Il n'accepte, rapporte sa Vie, qu'à la condition « qu'un concile général soit réuni pour apaiser les disputes qui divisaient l'Église » sur les saintes images[14]. Puis il pose sa condition — l'unité avec Rome et un concile œcuménique — et, cette condition acceptée, il consent.
« La position de l'Église de Constantinople était devenue très difficile, car elle s'était séparée des catholiques d'Europe occidentale et isolée des autres patriarcats orientaux. » — résumé de l'argument de Saint Tarasios devant son élection, Catholic Encyclopedia[15]
Une ordination éclair
Restait l'obstacle canonique : un laïc ne peut être fait évêque du jour au lendemain. Tarasios est donc ordonné successivement diacre, puis prêtre, avant d'être consacré évêque et patriarche le 25 décembre 784[16][17]. Cette rapidité, contraire à la règle ordinaire, déplaira au pape Hadrien Ier, qui jugera hasardeuse la promotion directe d'un laïc — mais qui, une fois assuré de l'orthodoxie de Tarasios et de sa volonté de restaurer les images en communion avec Rome, le reconnaîtra comme patriarche[18]. L'épisode résume tout Tarasios : un homme que les circonstances poussent au-devant, et qui n'accepte qu'en liant son élévation à la restauration de la foi droite et de l'unité.
Le concile de Nicée II (787) : l'œuvre de sa vie
Un siècle de guerre aux images
Pour mesurer ce que fit Tarasios, il faut se rappeler l'ampleur de la crise. Depuis Léon III, l'empire avait érigé la destruction des icônes en politique d'État, persuadé que la vénération des images était une idolâtrie. Saint Jean Damascène, à l'abri en terre d'islam, avait fondé doctrinalement la défense des icônes ; mais à l'intérieur de l'empire, la persécution régnait. Tarasios hérite d'une Église officiellement iconoclaste, qu'il s'agit de ramener à la foi reçue. Pour l'histoire complète de cette crise, voir La querelle des images.
La tentative avortée de 786
Le premier essai tourne court. Au début du mois d'août 786, le concile s'ouvre à Constantinople, dans l'église des Saints-Apôtres. Mais des soldats iconoclastes, fidèles à la politique des empereurs précédents, font irruption en armes et dispersent l'assemblée[19][20]. L'impératrice Irène, loin de renoncer, manœuvre avec habileté : sous un faux prétexte de campagne militaire, elle éloigne la garde impériale acquise à l'iconoclasme, la fait désarmer et licencier, puis convoque de nouveau le concile — cette fois loin de la capitale, à Nicée[21].
Le concile de 787
Le concile se réunit donc à Nicée (l'actuelle İznik), du 24 septembre au 13 octobre 787. Il rassemble environ 350 membres, dont quelque 308 évêques ou leurs représentants — la tradition orientale parle souvent de 367 Pères[22][23]. Tarasios préside[24]. En sept sessions, le concile condamne l'iconoclasme, réprouve le pseudo-concile de Hiéria (754) et rétablit solennellement la vénération des saintes images, en distinguant soigneusement l'adoration (latreia) due à Dieu seul de la vénération (proskynesis, douleia) rendue aux images, aux saints et à la Croix[25]. Le concile promulgue en outre vingt-deux canons de discipline ecclésiastique. Pour la doctrine elle-même, voir La théologie de l'icône et Le concile de Nicée II (787).
« L'honneur rendu à l'image remonte à son prototype, et celui qui vénère l'image vénère en elle la réalité de ce qui y est représenté. » — définition du concile de Nicée II, présidé par saint Tarasios (787)[26]
La communion retrouvée avec le pape Hadrien Ier
Le concile n'aurait pas eu valeur œcuménique sans Rome. Tarasios et Irène avaient écrit au pape Hadrien Ier, qui répondit, envoya ses légats et reconnut le concile : l'Orient et l'Occident professaient de nouveau la même foi sur les images[27][28]. Pour la mémoire catholique, ce point est capital : la restauration de la vénération des images en Orient s'est faite avec le siège de Pierre, non sans lui. Une ombre subsistera — la question du titre de « patriarche œcuménique » et certaines tensions de protocole et de traduction des actes — mais l'essentiel demeure : sous Tarasios, Constantinople a refait l'unité de la foi avec Rome.
Le gouvernement d'un pasteur
La guerre à la simonie
Tarasios ne fut pas seulement l'homme d'un concile : il gouverna. L'un de ses combats fut la lutte contre la simonie — le trafic des ordinations, le fait de payer pour obtenir un ordre sacré ou une charge ecclésiastique, plaie endémique de l'Église byzantine. Accusé par certains moines de tolérer ce mal, Tarasios se défendit vigoureusement et publia une sévère lettre synodale contre les simoniaques, rappelant que la grâce de Dieu ne s'achète pas[29]. Le concile de Nicée II lui-même, par ses canons, condamna fermement cette pratique[30].
L'« économie » face aux évêques iconoclastes repentants
La grande question pratique de l'après-concile fut celle-ci : que faire des évêques ordonnés pendant l'iconoclasme qui se repentaient et reconnaissaient la vénération des images ? Fallait-il les déposer, ou les recevoir dans leur charge ? Tarasios, suivi par la majorité du concile et par le pape, choisit la voie de l'économie (oikonomia) : accueillir les évêques repentants sans les déposer, pourvu qu'ils renoncent à l'hérésie[31]. Cette modération visait à réconcilier l'Église sans la vider de ses pasteurs, et à ne pas rejeter dans l'opposition ceux que la persécution avait entraînés. Mais elle scandalisa les plus rigoureux.
Le bras de fer avec les Stoudites
Les moines du parti strict — l'abbé Platon de Sakkoudion et son neveu, le futur saint Théodore Studite — jugeaient cette indulgence dangereuse : pour eux, on ne pouvait composer avec des hommes compromis dans l'hérésie. Le conflit entre la rigueur monastique et l'économie patriarcale traversera tout l'épiscopat de Tarasios et resurgira plus tard sous ses successeurs. L'Église n'a pas tranché en humiliant l'un des deux camps : elle a canonisé Tarasios et Théodore Studite, reconnaissant dans l'un la sagesse pastorale qui réconcilie, et dans l'autre l'intransigeance prophétique qui rappelle l'absolu de la loi divine. Deux saintetés complémentaires, non contradictoires.
La querelle « moéchienne » : entre fermeté et économie
Le remariage adultère de Constantin VI
L'épreuve la plus douloureuse vint du palais qu'il avait servi. En 795, l'empereur Constantin VI répudie son épouse légitime, Marie d'Amnia, qui ne lui avait pas donné d'héritier mâle, pour épouser sa maîtresse, Théodote[32]. L'acte est un adultère déguisé en mariage et un abus de pouvoir ; on l'appellera la querelle « moéchienne » (du grec moicheia, « adultère »), du nom de ce différend théologico-politique né du remariage illégitime de l'empereur[33]. L'empereur exige une caution ecclésiastique.
Le refus de Tarasios et la voie de l'économie
La conduite de Tarasios fut celle d'un homme pris entre la loi de Dieu et la menace politique. La Catholic Encyclopedia est nette : Tarasios refusa positivement de célébrer ce second mariage[34]. Alban Butler va plus loin : le patriarche déclara qu'il « souffrirait plutôt la mort et toutes sortes de tourments que de consentir au dessein » de l'empereur[35]. Mais — rapporte Butler —, craignant que l'empereur, poussé à bout, n'en vienne à rétablir l'hérésie qu'on avait eu tant de peine à supprimer, il ne frappa pas immédiatement de sanction le prêtre Joseph qui avait accepté de bénir l'union, usant là encore d'économie pour éviter un mal pire[36]. Les Stoudites, eux, rompirent la communion et furent exilés pour leur protestation. La querelle ne s'apaisa qu'avec la chute de Constantin VI : en 797, l'empereur fut capturé, aveuglé sur l'ordre de sa propre mère Irène et déposé, celle-ci devenant impératrice régnante[37]. Le prêtre Joseph fut finalement condamné.
« À quoi sert-il de gagner la faveur de l'empereur, si l'on perd la loi de l'Évangile ? » — esprit de la position de Saint Tarasios dans la querelle moéchienne, qui refusa de bénir le remariage[38]
Le jugement de l'histoire
Comment juger Tarasios dans cette affaire ? Les sources divergent de ton : les unes insistent sur son refus de célébrer le mariage, les autres sur sa tolérance prudente envers le prêtre coupable[39][40]. La vérité est probablement dans la nuance : Tarasios n'a jamais approuvé l'adultère, mais il a différé les sanctions pour ne pas livrer l'Église entière à une nouvelle persécution iconoclaste. On peut préférer la rigueur de Théodore ; on ne peut accuser Tarasios d'avoir cédé sur le principe. Il a tenu la barre dans la tempête, en pesant le moindre mal — exercice ingrat de tout gouvernement pastoral.
Repères chronologiques
- ≈ 730Naissance à Constantinople
Tarasios naît dans la haute aristocratie de service. Père George (patrice et préfet de la capitale), mère Eukratia ; famille apparentée à celle du futur patriarche Photios.
- ≈ 780-784Premier secrétaire de l'empire
Laïc, il devient sénateur puis prōtoasēkrētis (chef de la chancellerie impériale) sous Irène et Constantin VI — au cœur du gouvernement de l'empire.
- 25 décembre 784Consacré patriarche
Après le retrait de Paul IV, Tarasios accepte le patriarcat à condition de rétablir l'unité avec Rome et de réunir un concile. Ordonné diacre, prêtre, puis consacré évêque.
- Début août 786Le concile dispersé
La première tentative de concile, à Constantinople, est brisée par les soldats iconoclastes en armes. Irène réorganise tout et déplace le concile à Nicée.
- 787Le concile de Nicée II
Du 24 septembre au 13 octobre, Tarasios préside le septième concile œcuménique : condamnation de l'iconoclasme, restauration de la vénération des images, communion avec le pape Hadrien Ier.
- 795-797La querelle moéchienne
Le remariage adultère de Constantin VI met Tarasios à l'épreuve : il refuse de bénir l'union mais use d'économie envers le prêtre coupable, ce que les Stoudites lui reprochent.
- 25 février 806Mort à Constantinople
Tarasios meurt après vingt et un ans de patriarcat, vénéré comme un père des pauvres. Il est enterré au monastère qu'il avait fondé sur le Bosphore. Nicéphore Ier lui succède.
La spiritualité de saint Tarasios
L'ascèse au sommet du pouvoir
Le plus étonnant chez Tarasios est qu'il vécut en ascète alors qu'il occupait l'une des plus hautes dignités de l'empire. Devenu patriarche, il ne quitta pas la rigueur : jeûnes, vigiles nocturnes, méditation prolongée de la parole de Dieu, le tout joint aux « œuvres de la philanthropie évangélique »[41]. Simplement vêtu, sans faste, il faisait de sa sobriété même une prédication : « son exemple était à lui seul un sermon contre le luxe arrogant du clergé de son temps »[42]. À une époque où l'on attendait d'un patriarche le train d'un prince, Tarasios choisit le dépouillement.
« Le nouveau Joseph » : la charité envers les pauvres
Sa charité lui valut un surnom magnifique : on l'appela « le nouveau Joseph », par allusion au patriarche biblique qui, en Égypte, nourrit les affamés[43]. Tarasios fonda des hospices et des auberges pour les indigents, tint un registre des pauvres à secourir, leur versant une allocation mensuelle, et — geste qui frappa les contemporains — invitait les pauvres à sa propre table pour partager son repas frugal[44]. L'hiver, revêtu de ses ornements épiscopaux, il servait lui-même les pauvres à pleines portions[45]. Butler précise qu'il visitait en personne toutes les maisons et tous les hôpitaux de Constantinople, et que « sa table n'avait rien de superflu »[46]. Le secrétaire devenu patriarche s'était fait le serviteur des derniers.
« Il se regardait comme le serviteur de tous, refusant de se laisser servir. » — portrait de Saint Tarasios patriarche, d'après la tradition hagiographique[47]
L'humilité d'un serviteur
Au fond, toute la sainteté de Tarasios tient dans ce renversement : l'homme le plus haut placé de l'administration impériale, élevé encore au premier siège de l'Orient, se voulut le dernier. Il ne se servait pas de l'Église, il la servait ; il ne mit pas la foi au service du pouvoir, mais résista au pouvoir au nom de la foi. Son humilité n'était pas une posture, mais l'attitude constante d'un homme qui savait n'être qu'un intendant des biens de Dieu — précisément la vertu du « nouveau Joseph ».
Mort, culte et héritage
La mort (25 février 806)
Au terme de vingt et un ans de patriarcat, Tarasios tombe gravement malade. Il continue pourtant de célébrer chaque jour la Liturgie, appuyé sur son bâton[48]. La tradition rapporte qu'à l'agonie il tomba en une sorte d'extase où « on l'entendit disputer et argumenter avec une foule d'accusateurs » qui passaient sa vie entière en revue ; répondant à chaque grief, il finit par retrouver « une grande sérénité » et s'éteignit en paix[49][50]. Il meurt le 25 février 806, et l'on dit que la ville entière pleura. Il est enterré au monastère qu'il avait fondé sur la rive du Bosphore[51][52].
Le culte en Orient et en Occident
Saint Tarasios est honoré par les deux poumons de l'Église. L'Orient byzantin le célèbre comme un grand confesseur de la foi ; l'Occident l'a inscrit au martyrologe romain[53]. L'Orient le fête au 25 février, jour de sa mort (dies natalis) ; le martyrologe romain en vigueur l'inscrit au 18 février[54].
| Tradition / calendrier | Date de la fête | Remarque |
|---|---|---|
| Calendrier byzantin | 25 février | Dies natalis — jour de sa mort en 806[55] |
| Martyrologe romain (Occident) | 18 février | Mémoire dans l'Église latine, édition en vigueur[56] |
Sa Vie par Ignace le Diacre
Nous connaissons surtout Tarasios par la Vie de saint Tarasios (BHG 1698) qu'écrivit, peu après sa mort, Ignace le Diacre — futur métropolite de Nicée, lui-même témoin de la période iconoclaste[57]. Cette biographie, source historique de premier ordre, a fixé l'image du patriarche ascète et charitable que la postérité a retenue, et nourrit aujourd'hui encore la recherche sur le second concile de Nicée et l'entourage d'Irène[58].
L'héritage : de Nicéphore au Triomphe de l'Orthodoxie
L'œuvre de Tarasios ne fut pas définitive : un second iconoclasme éclatera en 815, sous Léon V. Mais la victoire de 787 avait posé la base doctrinale sur laquelle s'appuieront tous les défenseurs des images. Son successeur immédiat, saint Nicéphore, puis saint Théodore Studite, reprendront le combat ; et c'est l'impératrice sainte Théodora qui, en 843, proclamera le Triomphe de l'Orthodoxie, scellant à jamais ce que Tarasios avait inauguré. La chaîne des grands témoins byzantins des images — Jean Damascène, Tarasios, Nicéphore, Théodore, Méthode, Théodora — commence, pour l'intérieur de l'empire, avec lui.
Pourquoi lire saint Tarasios aujourd'hui ?
Saint Tarasios parle à notre temps de plusieurs manières. D'abord, il montre qu'un laïc engagé dans les affaires du monde peut devenir un grand saint : rien dans sa carrière d'administrateur ne le prédestinait à la sainteté, et c'est pourtant au sommet de l'Église qu'il déploya une charité et une ascèse héroïques. La sainteté n'est pas réservée au cloître.
Ensuite, il enseigne l'art difficile du gouvernement pastoral : tenir ferme sur le principe — la foi, la loi morale, l'unité avec Rome — tout en sachant, par économie, supporter un moindre mal pour éviter un plus grand. Sa modération ne fut pas mollesse, mais sagesse au service de la réconciliation. Enfin, sa charité fait de lui un modèle pour tout pasteur et tout chrétien : devenu « le nouveau Joseph », il rappelle que l'autorité dans l'Église n'a de sens que comme service des plus pauvres.
« Mieux vaut servir les pauvres à sa table que d'être servi comme un prince. » — esprit du témoignage de Saint Tarasios, patriarche et père des indigents[59]
Pour aller plus loin
- Le concile de Nicée II (787) — le septième concile œcuménique, convoqué et présidé par Tarasios, qui restaura la vénération des images.
- La théologie de l'icône — la doctrine définie à Nicée II : l'honneur rendu à l'image remonte à son prototype.
- La querelle des images (iconoclasme) — la grande crise byzantine que le concile de Tarasios vint résoudre une première fois.
- Saint Jean Damascène (675-749) — le Père grec qui avait fondé doctrinalement la défense des icônes, en amont du concile.
- Saint Théodore Studite (759-826) — l'adversaire rigoriste de l'« économie » de Tarasios, canonisé comme lui : deux saintetés complémentaires.
- Saint Nicéphore de Constantinople (v. 758-828) — son successeur, qui reprit le combat des images au second iconoclasme.
- Sainte Théodora l'Impératrice (815-867) — qui proclama en 843 le Triomphe de l'Orthodoxie, achevant l'œuvre commencée par Tarasios.
Notes et références
Catholic Encyclopedia (1913), article « St. Tarasius » (newadvent.org/cathen/14451b.htm ; éd. Wikisource) : « son of the Patrician and Prefect of Constantinople, George, and his wife Eukratia » ; secrétaire impérial (« imperial secretary ») et champion de la vénération des images ; à l'élection de 784 il se déclare indigne, souligne le péril d'élever un laïc et le fait que l'Église de Constantinople « had become very difficult, as it was separated from the Catholics of Western Europe and isolated from the other Oriental patriarchates » ; n'accepte qu'à condition de rétablir l'unité de l'Église et de réunir, en union avec le pape, un concile œcuménique ; consacré patriarche « on 25 December, 784 » ; concile convoqué (début août 786) dispersé par les iconoclastes, repris à Nicée en 787 ; le pape Hadrien Ier, d'abord réservé sur la promotion d'un laïc, le reconnaît comme patriarche ; lettre synodale sévère contre les simoniaques ; « positively refused to perform the second marriage » de Constantin VI ; mort « 25 February, 806 » ; nom inscrit au martyrologe romain au 25 février.
1 5 6 7 13 15 17 18 19 27 29 34 38 39 53Wikipedia, article « Second Council of Nicaea » (recoupé avec les actes conciliaires) : septième concile œcuménique, tenu à Nicée du 24 septembre au 13 octobre 787 ; environ 350 membres dont 308 évêques ou représentants (tradition orientale : 367 Pères) ; présidé par le patriarche Tarasios, en présence des légats du pape Hadrien Ier ; première tentative (786) à l'église des Saints-Apôtres de Constantinople dispersée par les soldats iconoclastes ; rôle de l'impératrice Irène (éloignement et licenciement de la garde iconoclaste) ; condamnation du pseudo-concile de Hiéria (754) ; définition : « the honor accorded to the image passes over to its prototype, and whoever venerates the image venerates in it the reality of what is there represented » ; distinction entre latreia (adoration due à Dieu seul) et proskynesis / douleia (vénération des images, saints et Croix) ; sept sessions, vingt-deux canons de discipline, dont la condamnation de la simonie.
2 3 20 21 22 24 25 26 28 30Wikipedia, article « Tarasios of Constantinople » : Tarasios (v. 730 – 25 février 806), patriarche œcuménique du 25 décembre 784 à sa mort ; carrière civile (sénateur, puis secrétaire impérial — prōtoasēkrētis — d'Irène et Constantin VI) ; apparenté à la famille du futur patriarche Photios Ier ; recommandé par Paul IV ; bien que laïc, « duly ordained to the deaconate and then the priesthood, prior to his consecration as bishop » le 25 décembre 784 ; orchestra et présida le concile de Nicée II (787) qui condamna l'iconoclasme et approuva la vénération des images ; son approche modérée envers les ex-iconoclastes (économie) critiquée par Théodore Studite ; querelle moéchienne (répudiation de Marie d'Amnia, mariage avec Théodote, 795) ; mort le 25 février 806 ; successeur Nicéphore Ier.
4 8 10 16 31 32 40OrthodoxWiki, article « Tarasius of Constantinople » : né vers 730 à Constantinople, d'un haut magistrat ; apparenté à la famille de Photios le Grand ; intronisé patriarche le 25 décembre 784 après avoir d'abord refusé, à condition qu'un concile œcuménique traite l'iconoclasme ; première tentative de concile (août 786 — OrthodoxWiki donne le 17 août, d'autres sources le 1er août) dispersée, reprise à Nicée en septembre 787 avec 367 évêques, Tarasios présidant ; en janvier 795 refuse d'annuler le mariage de Constantin VI ; vie ascétique, soutien aux pauvres, vieillards, veuves et orphelins ; « reposed on February 25, 806 » après 22 ans de patriarcat ; enterré dans un monastère qu'il avait fondé sur le Bosphore ; fête le 25 février.
9 11 23 51 55Alban Butler, The Lives of the Fathers, Martyrs and Other Principal Saints, « St. Tarasius, Confessor, Patriarch of Constantinople » (texte sur ewtn.com/catholicism/library/st-tarasius-...-5889) : Tarasios, né de familles patriciennes au milieu du VIIIᵉ siècle, élevé aux hautes charges sous Constantin VI ; élu à l'unanimité par le clergé et la cour à la démission de Paul IV ; n'accepte qu'à condition « that a general council should be called to compose the disputes which divided the church » sur les images ; concile de 787 à Nicée, après une première assemblée dispersée à Constantinople, affirmant « a relative honour » aux saintes images, puis restauration des images dans tout son ressort ; vie ascétique (« his table had nothing of superfluity », peu de sommeil, lecture et prière), charité (distribution de plats aux pauvres, visite de « all the houses and hospitals in Constantinople ») ; querelle moéchienne (795) : déclare qu'il « would rather suffer death and all manner of torments than consent to his [Constantine VI's] design », mais évite l'excommunication par crainte d'une reprise de l'iconoclasme ; mort le 25 février 806, après une extase où « he was heard to dispute and argue with a number of accusers » avant de mourir dans « great serenity ».
12 14 35 36 46 49« Moechian Controversy », Encyclopedia.com (d'après la New Catholic Encyclopedia), recoupé avec Wikipedia, « Constantine VI » : différend théologico-politique provoqué par le mariage adultère de l'empereur Constantin VI (780-797) ; le terme vient du grec moicheia (latinisé moechia), « adultère » ; Constantin VI répudie Marie d'Amnia, qui ne lui avait pas donné d'héritier mâle, pour épouser sa maîtresse Théodote, acte impopulaire et canoniquement illicite ; les chefs de la protestation, l'abbé Platon de Sakkoudion et son neveu Théodore Studite, sont exilés ; le prêtre célébrant sera finalement frappé par l'Église.
33Wikipedia, article « Constantine VI » : empereur byzantin (règne 780-797), monté sur le trône à 9 ans sous la régence de sa mère l'impératrice Irène (régente 780-790, co-régnante 792-797) ; signe en 787 les décrets du concile de Nicée II restaurant la vénération des images, tout en gardant des sympathies iconoclastes ; vers 795 répudie sa première épouse Marie d'Amnia, faute d'héritier mâle, et épouse sa maîtresse Théodote — acte canoniquement illicite qui déclenche la « querelle moéchienne » ; le 19 août 797, capturé, aveuglé et emprisonné par les partisans de sa mère, qui devient impératrice régnante ; il meurt peu après. Contexte impérial de l'épiscopat de Tarasios.
37John Sanidopoulos, « Saint Tarasios, Patriarch of Constantinople (+806) » (johnsanidopoulos.com, 25 février 2015), d'après la Vie de saint Tarasios d'Ignace le Diacre et les synaxaires : ascèse du patriarche (jeûne, vigiles nocturnes, méditation de l'Écriture, « works of evangelical philanthropy ») ; simplicité (« simply dressed and unassuming … his example was a sermon in itself against the arrogant luxury of the clergy of the time ») ; surnommé « the new Joseph » pour sa charité ; fondation d'hospices et d'auberges, registre des pauvres avec allocation mensuelle, pauvres invités à sa table, service personnel des pauvres en hiver revêtu de ses ornements ; monastère fondé sur la rive gauche du Bosphore ; célébration quotidienne de la Liturgie jusqu'à la fin, appuyé sur son bâton ; à l'agonie, « waging a mighty war against the demons » dont il repoussa les accusations ; mort pendant la période liturgique en 806, la ville en larmes.
41 42 43 44 45 47 48 50 52 59Martyrologium Romanum, édition typique 2001 (réimpression 2004), au 18 février, n. 3 : « Constantinople, saint Tarasios, évêque, remarquable par sa science et sa piété, qui ouvrit le deuxième concile de Nicée, dans lequel les Pères défendirent la vénération des saintes images » (« Constantinople, Saint Tarasius, bishop, distinguished for his learning and piety, who opened the Second Council of Nicaea, in which the Fathers defended the veneration of holy images »). L'ancienne édition du martyrologe le portait au 25 février, jour de sa mort, encore retenu par le calendrier byzantin.
54 56Ignace le Diacre (Ignatios the Deacon), Vie du patriarche Tarasios (Vita Tarasii, BHG 1698), source hagiographique primaire rédigée peu après 806 par un contemporain, futur métropolite de Nicée. Édition critique de référence : Stephanos Efthymiadis, The Life of the Patriarch Tarasios by Ignatios the Deacon (BHG 1698): Introduction, Edition, Translation and Commentary, Birmingham Byzantine and Ottoman Monographs 4, Aldershot/Brookfield, Ashgate–Variorum, 1998 (xvii + 309 p.). Document clef pour la fin du premier iconoclasme, le concile de Nicée II (787) et l'entourage de l'impératrice Irène.
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