Sanctuaire de Mariazell

La basilique de Mariazell, premier sanctuaire marial d'Autriche, née en 1157 de la « cellule de Marie » du moine Magnus. De l'église romane d'Henri de Moravie au grand chantier gothique de Louis Iᵉʳ de Hongrie, de la reconstruction baroque de Domenico Sciassia (1644-1683) à ses trois tours, de la chapelle de Grâce et de son argenterie au maître-autel de Fischer von Erlach : le lieu, ses gardiens bénédictins et son grand pèlerinage d'Europe centrale autour de la Magna Mater Austriae.

Ignispedia

Au creux d'un bassin de montagne, à l'écart des grandes routes, se dresse l'une des silhouettes les plus reconnaissables d'Autriche : une église dont trois tours se découpent sur les forêts de Styrie — un puissant clocher gothique au centre, encadré de deux tours baroques à bulbe. C'est la basilique de Mariazell, le premier sanctuaire marial du pays et l'un des plus grands lieux de pèlerinage d'Europe centrale, où l'on vénère depuis plus de huit siècles une petite madone de bois que la dévotion populaire appelle la Magna Mater Austriae, la « Grande Mère de l'Autriche ».[1][2]

Le nom même du lieu raconte son origine : Mariazell, « Maria in der Zelle » — Marie dans la cellule. Car tout est né, dit la tradition, d'une cellule de bois qu'un moine bénédictin éleva en 1157 pour y abriter une statue de la Vierge.[3][4] De cette cabane d'ermite est sorti, au fil des siècles, un sanctuaire que les Habsbourg, les rois de Hongrie et des millions de pèlerins venus d'Autriche, de Hongrie, de Bohême, de Slovaquie, de Slovénie et de Croatie n'ont cessé d'agrandir et d'embellir.[5][6]

Cet article traite du lieu : la ville-sanctuaire de Styrie, la légende de sa fondation, ses trois âges de pierre (roman, gothique, baroque), ses deux cœurs — la chapelle de Grâce et le maître-altar de Fischer von Erlach —, ses gardiens bénédictins et son rôle de mère spirituelle de l'Europe centrale. La dévotion mariale en elle-même, l'histoire des dogmes et les autres grands sanctuaires de la chrétienté relèvent de dossiers distincts, auxquels on renvoie par liens ; on ne les évoque ici que pour comprendre comment une cellule de bois est devenue une basilique.

Un sanctuaire au cœur des montagnes de Styrie

Mariazell, la ville née d'un sanctuaire

Mariazell n'est pas une grande ville où l'on aurait bâti une église : c'est une ville née d'un sanctuaire. La petite cité de Styrie, au nord du Land, doit son existence et son nom même au pèlerinage. Elle se trouve à environ 143 kilomètres au nord de Graz, dans la vallée de la Salza, parmi les contreforts septentrionaux des Alpes, à 868 mètres d'altitude.[7] Tout, dans le bourg, converge vers la place du sanctuaire et la masse claire de la basilique.

Un bassin de montagne

Mariazell dans les Alpes autrichiennes et la Via Sacra depuis Vienne — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le sanctuaire occupe le fond d'un bassin de montagne cerné de hauteurs boisées — la Bürgeralpe domine immédiatement la ville. Cette situation à l'écart, dans un repli des Alpes calcaires, a façonné l'identité du lieu : Mariazell n'est pas sur une grande voie de passage, on y monte exprès, au terme d'une route ou d'un chemin de pèlerinage. La ville reste, aujourd'hui encore, un but que l'on atteint après avoir traversé la montagne.

La légende de fondation : la cellule de Marie (1157)

Le moine de Saint-Lambrecht

Vers le milieu du XIIᵉ siècle, le territoire de la future Mariazell relevait de l'abbaye bénédictine de Saint-Lambrecht (Stift St. Lambrecht), à laquelle ces hauteurs avaient été données — la tradition fait remonter cette donation au duc de Carinthie Henri III, vers 1103.[8][9] Pour desservir les rares habitants de ces vallées, l'abbaye envoya l'un de ses moines, nommé Magnus, comme prêtre-chapelain.[10][11]

Selon le récit traditionnel, le 21 décembre 1157, le moine Magnus s'enfonça dans le Zellertal en portant avec lui une statue de la Vierge taillée dans le bois de tilleul.[12][13] Ce n'était pas un fondateur de grand sanctuaire : un simple religieux missionnaire, chargé d'âmes dans une contrée pauvre et reculée.

Le rocher fendu et la première cellule

La légende rapporte qu'un rocher barra soudain le chemin du moine. Magnus déposa sur la pierre la statue de la Vierge qu'il portait — et le rocher se serait fendu pour lui ouvrir le passage.[14][15] À l'endroit même, il bâtit une cellule de bois pour y abriter l'image et y célébrer la messe. Cette cabane est le noyau primitif du sanctuaire : la chapelle de Grâce s'élève aujourd'hui sur ce lieu de la première « cellule ».[16][17]

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » — Évangile selon saint Matthieu, 6, 10 — la prière que des générations de pèlerins sont venues redire devant la statue de Mariazell[18]

Le nom : « Maria in der Zelle »

De cette cellule vient le nom du lieu. Mariazell est la contraction de « Maria in der Zelle » — Marie dans la cellule.[19][20] Le toponyme dit donc à lui seul toute l'histoire : non pas une cathédrale conçue par un prince, mais une petite habitation de moine autour d'une image de la Vierge, devenue peu à peu, par l'afflux des pèlerins, le centre spirituel d'un pays. Le sanctuaire est attesté comme lieu de pèlerinage dès le XIIIᵉ siècle.[21][22]

Des pèlerins princiers

L'histoire matérielle de Mariazell est scandée par deux grandes figures princières dont la reconnaissance transforma la cellule en sanctuaire monumental : un margrave de Moravie au tournant du XIIIᵉ siècle, puis un roi de Hongrie au XIVᵉ. Chacun, après une grâce reçue, fit bâtir à Mariazell.

Le margrave Henri de Moravie (vers 1200)

La première grande étape est attachée au margrave Henri de Moravie (Heinrich von Mähren). La tradition rapporte qu'il fut guéri d'une grave maladie — la goutte, qui le paralysait — après avoir prié devant la statue de Mariazell.[23][24] En action de grâces, il fit élever, vers 1200, la première église de pierre à la place de la cellule de bois — un édifice roman qui remplaça la cabane primitive.[25][26] Le sanctuaire passait ainsi du bois à la pierre.

Louis Ier de Hongrie et l'église gothique

La deuxième grande étape vient de Hongrie. Le roi Louis Ier de Hongrie (Ludwig der Große, Lajos le Grand), au XIVᵉ siècle, attribua à l'intercession de la Vierge de Mariazell une victoire militaire remportée sur des forces supérieures.[27][28] Par reconnaissance, il dota le sanctuaire d'une vaste église gothique : le chœur fut entrepris à partir de 1340, et la nef à trois vaisseaux à partir de 1360, surmontée d'un puissant clocher de pierre.[29][30]

C'est de cette générosité hongroise que naît l'un des grands titres de Mariazell : Magna Domina Hungarorum, Grande Dame des Hongrois. Le sanctuaire styrien devenait, pour des siècles, un haut lieu de la dévotion hongroise autant qu'autrichienne.[31]

L'image du trésor (Schatzkammerbild)

Louis de Hongrie n'offrit pas seulement des pierres : il fit don d'une image précieuse, le Schatzkammerbild (« image du trésor »), une représentation mariale richement ornée que la tradition associe à sa victoire.[32][33] Cette image, distincte de la statue de grâce, est l'une des pièces maîtresses du trésor (Schatzkammer) du sanctuaire ; son motif se retrouve sculpté au tympan du portail.[34] Mariazell possède ainsi deux images vénérées : la statue romane de la chapelle de Grâce, cœur du pèlerinage, et l'icône du trésor donnée par le roi de Hongrie.

L'édifice : trois âges de pierre

La basilique actuelle n'est pas d'un seul jet : elle est la superposition de trois époques — un noyau roman, une grande église gothique, une enveloppe baroque — soudées en un seul monument. C'est ce télescopage des styles qui donne à Mariazell sa silhouette unique.

Le clocher gothique (XIVᵉ siècle)

Du grand chantier gothique de Louis de Hongrie subsiste surtout le clocher central, haute tour de pierre richement ornée qui culmine à environ 90 mètres.[35][36] Ce clocher gothique est resté le mât de tout l'édifice : quand vint l'âge baroque, on ne le détruisit pas — on le conserva au centre, et c'est lui qui donne aujourd'hui encore au sanctuaire sa verticalité élancée, entre les deux tours plus tardives.

Les incendies et les épreuves

Comme tant de grands sanctuaires, Mariazell connut le feu. L'église médiévale fut endommagée par des incendies à plusieurs reprises, notamment en 1420 et en 1474.[37] Ces destructions partielles, jointes à l'afflux toujours croissant des pèlerins, rendirent nécessaire, au XVIIᵉ siècle, une refonte complète de l'édifice.

La grande reconstruction baroque (1644-1683)

La transformation décisive eut lieu entre 1644 et 1683, sous la direction de l'architecte italien Domenico Sciassia.[38][39] Sciassia ne rasa pas l'église gothique : il l'enveloppa et l'agrandit dans le goût baroque. La nef fut allongée et élargie en une vaste église-halle à trois vaisseaux, couverte d'une voûte en berceau et coiffée, du côté du chœur, d'une coupole ovale.[40][41] De part et d'autre, on ajouta douze chapelles latérales — six de chaque côté — surmontées de tribunes.[42]

« Combien redoutable est ce lieu ! Ce n'est rien de moins que la maison de Dieu et la porte du ciel. » — Genèse, 28, 17 — parole de Jacob à Béthel, lue traditionnellement pour la dédicace des sanctuaires[43]

Les trois tours

Du noyau roman à la façade actuelle : trois époques réunies dans un même monument — infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est de cette époque que date la physionomie à trois tours. Sciassia flanqua le clocher gothique central de deux tours baroques à coupole, plus basses et arrondies.[44][45] Cette composition — une flèche médiévale aiguë encadrée de deux bulbes baroques — est devenue l'emblème de Mariazell, reproduit sur les médailles, les images de pèlerinage et jusque sur les pains d'épices du sanctuaire. Elle dit d'un seul regard les deux âges de l'édifice.

Plan et dimensions

ÉlémentCaractéristique
Plan généralÉglise-halle baroque à trois vaisseaux, enveloppant le noyau gothique
Tour centraleClocher gothique en pierre, env. 90 m
Tours latéralesDeux tours baroques à coupole, ajoutées au XVIIᵉ s.
CouvrementVoûte en berceau ; coupole ovale sur le chœur
ChapellesDouze chapelles latérales (six par côté) avec tribunes
Architecte baroqueDomenico Sciassia (1644-1683)

Le tableau ci-dessus résume la structure de l'édifice tel qu'on le visite aujourd'hui : un sanctuaire où l'on circule autour d'un cœur — la chapelle de Grâce — placé non pas au fond, mais au milieu de la nef.

Les deux cœurs de la basilique

Les deux cœurs de Mariazell : le centre sacré de la chapelle de Grâce et le centre artistique du maître-autel — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On a justement dit que Mariazell possède deux centres : un centre sacré, la chapelle de Grâce avec la statue, et un centre artistique, le maître-autel de Fischer von Erlach.[46] Comprendre le lieu, c'est comprendre ce dialogue entre la petite madone et la grande architecture qui l'entoure.

La chapelle de Grâce (Gnadenkapelle)

La chapelle de Grâce (Gnadenkapelle) se dresse, fait rare, au centre de la nef, à l'emplacement exact de la première cellule du moine Magnus.[47][48] Son plan trapézoïdal actuel remonte à 1690, mais il englobe des éléments du XIVᵉ siècle.[49] C'est là, sous un baldaquin d'argent et d'or, que repose la statue vénérée : le pèlerin ne va pas vers un autel lointain, il tourne autour du sanctuaire intérieur comme autour d'un foyer.

L'autel d'argent (1726-1727)

L'autel de grâce qui abrite la statue est une pièce d'orfèvrerie remarquable. Son retable fut commandé en 1726 par l'abbé Kilian Werlein de Saint-Lambrecht ; le dessin en fut donné par Joseph Emanuel Fischer von Erlach — fils du grand architecte —, et l'orfèvrerie exécutée par Philipp Jakob Drentwett, à Augsbourg.[50] En 1734, le sculpteur Lorenzo Mattielli y ajouta les statues de saint Benoît et saint Lambert — les patrons de l'abbaye gardienne — ainsi que celles de saint Joseph, de Joachim et d'Anne.[51]

La grille d'argent de Marie-Thérèse (1756)

La chapelle de Grâce et son autel d'argent. Photo : Papiermond, avril 2005, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Pour le 600ᵉ anniversaire du sanctuaire, en 1756, l'empereur François Iᵉʳ et l'impératrice Marie-Thérèse offrirent la précieuse grille d'argent qui ferme la chapelle de Grâce, ouvrage des orfèvres viennois Josef Würth et Joseph Moser.[52] La grille porte, d'un côté, les armes impériales surmontées de la couronne du Saint-Empire et, de l'autre, les armes hongroises de Marie-Thérèse avec la couronne de saint Étienne — un raccourci héraldique de tout ce que Mariazell représentait pour la maison de Habsbourg et pour la Hongrie.[53]

Le maître-autel de Fischer von Erlach (1704)

À l'extrémité orientale, sous la coupole, se dresse le maître-autel, chef-d'œuvre du baroque autrichien. Commandé dès 1692 par l'abbé Franz von Kaltenhausen, il fut dessiné par Johann Bernhard Fischer von Erlach — le plus grand architecte de l'Autriche baroque — et consacré à la Sainte Trinité en 1704.[54][55] Au-dessus de la table d'autel, le tabernacle prend la forme d'un globe céleste d'argent, enserré par un serpent — symbole du péché vaincu — et surmonté de la Croix.[56] L'œuvre place ainsi, face à la madone primitive de la chapelle de Grâce, l'affirmation triomphale du salut.

« Vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez. » — Lamentations, 1, 12 — verset que la liturgie applique à la contemplation de la Croix dressée au cœur du sanctuaire[57]

La statue de grâce : la Magna Mater Austriae

Une madone romane de bois de tilleul

La statue de grâce, Magna Mater Austriae, dans son autel d'argent. Photo : Launus, 25 mai 2017, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Au centre de tout — de la chapelle, de la basilique, du pèlerinage — il y a une petite statue. La statue de grâce de Mariazell est une madone romane, haute d'environ 48 centimètres, taillée dans le bois de tilleul.[58][59] Elle représente la Mère de Dieu portant l'Enfant. C'est cette modeste image — et non un grand retable — que des millions de pèlerins viennent vénérer ; c'est elle que la dévotion appelle la Magna Mater Austriae, la Grande Mère de l'Autriche.[60][61]

Le contraste est saisissant : autour de cette statuette de bois, des siècles ont accumulé l'argent, l'or et le marbre. Mais le pèlerin sait que le cœur du lieu n'est pas dans le faste — il est dans cette image humble, héritée de la cellule du moine.

Les robes de la Vierge (Liebfrauenkleid)

Selon une coutume ancienne, la statue n'est presque jamais montrée nue : elle est habillée d'une robe précieuse (Liebfrauenkleid ou Gnadengewand) qui ne laisse paraître que les visages et les mains de la Vierge et de l'Enfant.[62] Le sanctuaire en conserve plus de cent cinquante, brodées et offertes au fil des siècles, et l'on change la robe selon le temps liturgique.[63] Ces vêtements, loin d'être un caprice décoratif, prolongent un usage très ancien d'parure des images saintes : on revêt la Mère de Dieu comme une reine que l'on honore.

La dévotion mariale elle-même — son fondement dogmatique, sa place dans la foi catholique — déborde le cadre de cet article, consacré au lieu ; on la retrouvera dans les dossiers d'Ignispedia qui traitent de la Vierge et de sa vénération.

Les gardiens : les bénédictins de Saint-Lambrecht

L'abbaye-mère

Mariazell n'a jamais été une paroisse ordinaire : depuis l'origine, le sanctuaire dépend de l'abbaye bénédictine de Saint-Lambrecht (Stift St. Lambrecht), en Styrie, dont le moine Magnus était sorti.[64][65] Ce sont les fils de saint Benoît qui, de génération en génération, ont desservi le pèlerinage, accueilli les foules, entretenu et embelli l'édifice — c'est un abbé de Saint-Lambrecht qui commanda l'autel d'argent, un autre le maître-autel.[66][67]

Le Superiorat

L'administration du sanctuaire est confiée à un Superiorat bénédictin : une communauté de moines de Saint-Lambrecht réside à Mariazell pour assurer le culte, la confession des pèlerins et la garde du lieu saint.[68] La présence continue d'une communauté monastique — et non d'un simple clergé de passage — fait partie de l'identité du sanctuaire : Mariazell reste, au sens propre, une « cellule » bénédictine, fidèle à son nom.

Le grand pèlerinage de l'Europe centrale

Mère de trois peuples

Aucun sanctuaire ne dit mieux que Mariazell la vocation centre-européenne du catholicisme. Ses titres mêmes en témoignent : Magna Mater Austriae pour les Autrichiens, Magna Domina Hungarorum pour les Hongrois, Mater Gentium Slavorum — Mère des peuples slaves — pour les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes et les Croates.[69][70] Pendant des siècles, ces peuples aujourd'hui répartis entre plusieurs États se sont retrouvés, au pied de la même madone, comme dans une maison commune.

Titre marialPeuple
Magna Mater AustriaeLes Autrichiens
Magna Domina HungarorumLes Hongrois
Mater Gentium SlavorumLes peuples slaves (Tchèques, Slovaques, Slovènes, Croates)

La Via Sacra et les chemins de Mariazell

Une mère, trois titres : Autrichiens, Hongrois et peuples slaves convergent vers Mariazell — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On vient à Mariazell à pied, par d'antiques chemins de pèlerinage. Le plus célèbre est la Via Sacra, la « voie sacrée » qui relie historiquement Vienne au sanctuaire à travers la montagne, jalonnée de chapelles et de stations.[71] Aujourd'hui, un réseau de sentiers de pèlerinage — les Mariazeller Wege — converge vers la ville depuis tout le pays et au-delà : on en compte sept itinéraires balisés, totalisant environ 1 100 kilomètres, ouverts au public en 1981, qui partent de Vienne, de Basse-Autriche, de Styrie, du Burgenland, de Haute-Autriche, de Carinthie et de Salzbourg.[72]

Les Habsbourg et la dévotion impériale

Mariazell fut, des siècles durant, le sanctuaire dynastique de la maison de Habsbourg. Les empereurs y vinrent en pèlerins — Léopold Iᵉʳ s'y rendit en 1679 —, y firent des dons somptueux (l'autel et la grille d'argent en sont les témoins) et y attachèrent le destin de leur famille et de leur empire.[73][74] Vénérer la Vierge de Mariazell, pour les Habsbourg, c'était reconnaître Marie comme patronne de la monarchie et de tous les peuples qu'elle réunissait.

Les livres de miracles (Mirakelbücher)

Le sanctuaire a longtemps tenu des livres de miracles (Mirakelbücher) où l'on consignait les grâces et guérisons attribuées à la Vierge de Mariazell : guérisons de malades, délivrances, dangers évités.[75] Ces registres, depuis la cure du margrave Henri de Moravie jusqu'aux innombrables ex-voto suspendus dans les chapelles, forment la mémoire vivante du lieu : non pas une dévotion abstraite, mais une longue suite de grâces concrètes que des générations ont voulu inscrire dans la pierre et le papier.

Basilique et honneurs pontificaux

Basilique mineure (1907) et couronnement (1908)

De la cellule de Magnus à la Rose d'or de Benoît XVI : huit siècles de construction et de pèlerinage — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Après sept siècles et demi de pèlerinage, le sanctuaire reçut les honneurs liturgiques les plus élevés. En 1907, le pape saint Pie X éleva l'église de Mariazell au rang de basilique mineure par un motu proprio.[76] L'année suivante, en 1908, l'image vénérée fut solennellement couronnée, selon le rite de couronnement pontifical des images mariales — consécration de huit siècles de dévotion.[77]

Jean-Paul II (1983) et Benoît XVI (2007)

Au XXᵉ et au XXIᵉ siècle, deux papes sont venus en personne à Mariazell. Saint Jean-Paul II s'y rendit en 1983, lors de son voyage en Autriche.[78] Surtout, le 8 septembre 2007 — en la fête de la Nativité de Marie —, le pape Benoît XVI vint célébrer le 850ᵉ anniversaire de la fondation (1157-2007) et offrit au sanctuaire la Rose d'or, distinction pontificale rare.[79][80] Ce jubilé replaça Mariazell au centre de la vie de l'Église d'Europe centrale, comme au temps des empereurs.

DateÉtape du sanctuaire
1157Fondation : le moine Magnus et la cellule de Marie
v.1200Henri de Moravie : première église de pierre (romane)
1340-1360Église gothique de Louis Iᵉʳ de Hongrie ; clocher de 90 m
1420, 1474Incendies de l'église médiévale
1644-1683Reconstruction baroque (Domenico Sciassia) ; trois tours
1704Maître-autel de J. B. Fischer von Erlach
1727Autel d'argent de la chapelle de Grâce
1756Grille d'argent de Marie-Thérèse (600ᵉ anniversaire)
1907Élévation au rang de basilique mineure (Pie X)
1908Couronnement de l'image
2007Visite de Benoît XVI ; 850ᵉ anniversaire ; Rose d'or

Le sens du lieu

Mariazell n'est pas un grand sanctuaire bâti par orgueil : c'est une cellule de moine devenue basilique. Tout, dans le lieu, garde la trace de cette humble origine — le nom, la chapelle plantée au milieu de la nef, la petite madone de tilleul sous l'argent et l'or. Autour d'elle, huit siècles ont déposé un margrave guéri, un roi de Hongrie reconnaissant, des empereurs en prière, des architectes de génie, des millions de pèlerins venus de tous les peuples d'Europe centrale. Mais le centre est resté le même : une statue de bois, dans une cellule, à laquelle on vient confier sa peine.

« Voici ta mère. » — Évangile selon saint Jean, 19, 27 — parole du Christ en croix, que les pèlerins de Mariazell entendent comme adressée à eux[81]

C'est ce mouvement qui fait du sanctuaire styrien, plus qu'un monument, un foyer : le lieu où l'Autriche, la Hongrie et les peuples slaves ont appris à se dire, ensemble, enfants d'une même Mère.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. en.wikipedia.org, « Mariazell Basilica » : fondation traditionnelle le 21 décembre 1157 par le moine Magnus de l'abbaye de Saint-Lambrecht ; nom « Maria » + « Zelle » (cellule) ; statue de grâce en bois de tilleul, env. 48 cm, romane tardive, dite Magna Mater Austriae ; plus de 150 robes (Gnadenkleid) ; margrave Henri de Moravie guéri (goutte) vers 1200, première église de pierre ; Louis Iᵉʳ de Hongrie, victoire sur les Turcs, église gothique (clocher de 90 m) et don du Schatzkammerbild ; incendies de 1420 et 1474 ; reconstruction baroque 1644-1683 par Domenico Sciassia ; trois tours (clocher gothique central + deux tours baroques) ; maître-autel dessiné par Johann Bernhard Fischer von Erlach, consacré en 1704 ; basilique mineure en 1907 (motu proprio de Pie X) ; couronnement de l'image en 1908 ; visites de Jean-Paul II (1983) et de Benoît XVI (8 septembre 2007, 850ᵉ anniversaire, Rose d'or) ; titres Magna Mater Austriae, Magna Domina Hungarorum, Mater Gentium Slavorum.

    1 10 12 23 25 27 31 37 38 55 58 60 62 63 64 69 76 77 78 79
  2. de.wikipedia.org, « Basilika von Mariazell » : légende du moine Magnus (1157) et du rocher fendu ; donation du territoire à Saint-Lambrecht vers 1103 par le duc Henri III de Carinthie ; chapelle de Grâce sur le lieu de la première cellule ; statue romane de bois de tilleul Magna Mater Austriae (« Schatzmadonna ») ; reconstruction baroque 1644-1683 par Domenico Sciassia ; clocher gothique central, deux tours baroques ; maître-autel de J. B. Fischer von Erlach (1704) ; titres autrichien, hongrois et slave ; livres de miracles ; administration par l'abbaye bénédictine de Saint-Lambrecht.

    2 6 9 14 17 21 26 28 30 32 36 39 41 45 59 70 75
  3. en.wikipedia.org, « Mariazell » : ville de Styrie à env. 143 km au nord de Graz, vallée de la Salza, altitude 868 m ; principal sanctuaire marial d'Autriche ; image de la Vierge taillée dans le tilleul, Magna Mater Austriae, dans la chapelle de Grâce ; en 1157 le moine Magnus entre dans le Zellertal avec la statue de tilleul et fonde la première chapelle ; nom « Marie dans la cellule » ; pèlerins d'Autriche et des pays voisins ; visite de l'empereur Léopold Iᵉʳ en 1679 ; Via Sacra ; Journée catholique d'Europe centrale 2004 (plus de 100 000 visiteurs).

    3 5 7 13 19 61 73
  4. mariazell.at, « Wallfahrt — Basilika » : territoire donné vers 1103 à l'abbaye de Saint-Lambrecht par le duc Henri III de Carinthie ; le moine Magnus envoyé comme chapelain en 1157, légende du rocher fendu ; chapelle de Grâce sur le lieu de la première cellule, au centre de la basilique ; statue romane de la Mère de Dieu portant l'Enfant ; deux centres (chapelle de Grâce sacrée, maître-autel artistique de Fischer von Erlach) ; clocher gothique de 90 m ; chœur gothique à partir de 1340, nef à partir de 1360 ; margrave Henri de Moravie ; Louis Iᵉʳ de Hongrie et le Schatzkammerbild au tympan ; administration par le Superiorat bénédictin de Saint-Lambrecht.

    4 8 11 15 20 24 29 33 34 35 40 42 44 46 48 65 68
  5. basilika-mariazell.at (Benediktiner Superiorat), « Gnadenkapelle » : plan trapézoïdal de la chapelle de Grâce daté de 1690, intégrant des éléments du XIVᵉ siècle, au centre de la basilique ; grille d'argent offerte en 1756 par l'empereur François Iᵉʳ et l'impératrice Marie-Thérèse pour le 600ᵉ anniversaire, exécutée par les orfèvres viennois Josef Würth et Joseph Moser (armes impériales avec couronne du Saint-Empire d'un côté, armes hongroises et couronne de saint Étienne de l'autre) ; retable de l'autel de grâce commandé en 1726 par l'abbé Kilian Werlein de Saint-Lambrecht, dessiné par Joseph Emanuel Fischer von Erlach, orfèvrerie de Philipp Jakob Drentwett (Augsbourg) ; statues de saint Benoît, saint Lambert, saint Joseph, Joachim et Anne par Lorenzo Mattielli (1734).

    16 47 49 50 51 52 53 66 74
  6. Évangile selon saint Matthieu 6, 10, prière du Notre Père. Traduction liturgique française.

    18
  7. austria-forum.org, « Mariazeller Wege » : réseau de chemins de pèlerinage vers Mariazell (Österreichische Weitwanderwege 06), env. 1 100 km au total, ouverts en 1981, comprenant sept itinéraires (Vienne, Basse-Autriche, Styrie, Burgenland, Haute-Autriche, Carinthie, Salzbourg) ; Mariazell mentionné comme lieu de pèlerinage dès 1266 ; Via Sacra parmi les voies historiques.

    22 71 72
  8. Genèse 28, 17 : parole de Jacob au réveil de son songe à Béthel, « Quam terribilis est locus iste ! », lue traditionnellement pour la dédicace des églises. Traduction liturgique française.

    43
  9. basilika-mariazell.at (Benediktiner Superiorat), « Hochaltar » : maître-autel commandé en 1692 par l'abbé Franz von Kaltenhausen, dessiné par Johann Bernhard Fischer von Erlach, consacré à la Sainte Trinité en 1704 ; tabernacle en forme de globe céleste d'argent enserré par un serpent (symbole du péché), surmonté de la Croix.

    54 56 67
  10. Lamentations 1, 12 : « Ô vous tous qui passez par le chemin, regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la mienne », verset appliqué par la liturgie à la contemplation de la Passion. Traduction liturgique française.

    57
  11. papstbesuch.at, « Mariazell : Basilika-Rundgang » (matériel officiel de la visite pontificale 2007) : visite de Benoît XVI le 8 septembre 2007 pour le 850ᵉ anniversaire du sanctuaire ; description de la basilique, de la chapelle de Grâce et du maître-altar de Fischer von Erlach.

    80
  12. Évangile selon saint Jean 19, 27 : « Puis il dit au disciple : Voici ta mère. » Traduction liturgique française.

    81