Pape saint Alexandre I est le successeur de saint Évariste dans la première chaîne des évêques de Rome. La liste officielle du Saint-Siège le présente comme sixième pape de l'Église catholique, né à Rome, avec un pontificat situé entre 108 ou 109 et 116 ou 119.[1] Les sources les plus anciennes ne donnent presque aucun détail biographique, mais elles fixent un point solide : Alexandre appartient déjà, au IIe siècle, à la succession romaine invoquée par saint Irénée contre les hérésies gnostiques.[2]
Son pontificat se situe à la charnière des règnes de Trajan et d'Hadrien. C'est un moment où l'Église grandit rapidement, où les premières apologies chrétiennes commencent à répondre aux accusations païennes, et où les hérésies de type gnostique prennent forme en Égypte et en Syrie.[3][4][5] Alexandre n'est donc pas un pape d'anecdotes abondantes ; il est un maillon de stabilité dans une Église encore pauvre en archives, mais déjà consciente de sa continuité apostolique.
La tradition postérieure lui attribue plusieurs décisions liturgiques : l'introduction de la formule Qui pridie dans le Canon, le mélange de l'eau au vin du calice, et l'usage de l'eau bénite salée pour les maisons chrétiennes.[6][7] Ces attributions sont précieuses pour l'histoire de la mémoire romaine, mais elles doivent être traitées avec prudence : la formule eucharistique de l'institution est beaucoup trop primitive pour dépendre personnellement d'un pape du IIe siècle.[8]
« Alexandre suivit Évariste ; puis, sixième depuis les apôtres, Sixte fut établi. [...] Par cet ordre et cette succession, la tradition ecclésiastique venue des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. » — Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3[9]
Pourquoi Alexandre I compte-t-il ?
Un nom discret, mais placé au bon endroit
Alexandre I n'a laissé ni lettre authentique, ni décret contemporain, ni acte conciliaire. La tentation serait donc de le réduire à une ligne dans une liste. Ce serait manquer l'intérêt réel du sujet : dans l'Église primitive, certains papes sont importants par leurs écrits, comme Clément ; d'autres le sont par la continuité qu'ils attestent. Alexandre appartient à cette seconde catégorie.
Saint Irénée ne cite pas les premiers évêques de Rome pour satisfaire une curiosité chronologique. Il écrit contre les gnostiques, qui prétendent posséder une doctrine secrète. Sa réponse est très concrète : la vraie foi se reconnaît dans les Églises apostoliques et dans la succession publique de leurs pasteurs.[10] Alexandre compte parce qu'il est déjà présent dans cette preuve ancienne, entre Évariste et Sixte.
Une génération qui n'a plus les apôtres, mais garde leur règle
Le pontificat d'Alexandre se situe environ une génération après la mort des derniers témoins apostoliques. Eusèbe place son accession « vers la douzième année de Trajan », après les huit années d'Évariste.[11] À cette date, l'Église ne peut plus se reposer sur la présence physique des apôtres. Elle doit vivre de la Tradition reçue, des Écritures, de la liturgie et de la succession des ministres.
Ce passage est décisif pour comprendre l'Église catholique. La foi n'est pas conservée par une mémoire vague, mais par des Églises visibles, des pasteurs connus, des rites transmis et une vigilance doctrinale. Alexandre ne fonde pas cette structure ; il la reçoit et la transmet.
Une époque où la défense de la foi devient publique
Sous Hadrien, Quadratus et Aristide adressent des apologies à l'empereur. Eusèbe cite même un fragment de Quadratus affirmant que certains bénéficiaires des guérisons et résurrections du Christ avaient vécu « jusque dans notre temps ».[12] Cela montre le climat intellectuel du début du IIe siècle : le christianisme n'est plus seulement une prédication locale ; il doit répondre publiquement aux autorités et aux accusations.
Alexandre gouverne Rome au seuil de cette ère apologétique. Il n'est pas lui-même connu comme apologiste, mais son pontificat appartient au moment où l'Église apprend à parler devant l'Empire, sans renoncer à sa foi ni se confondre avec le judaïsme révolté ou les sectes gnostiques.
Les sources anciennes
Tableau des témoins principaux
| Source | Date approximative | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|
| Irénée, Contre les hérésies III, 3 | vers 180 | Place Alexandre après Évariste et avant Sixte dans la succession romaine | Liste doctrinale, non biographie |
| Eusèbe, Histoire ecclésiastique IV, 1 et IV, 4 | début IVe siècle | Accession sous Trajan ; mort après dix ans sous Hadrien ; succession par Xystus/Sixte | Chronologie approximative |
| Hégésippe, connu par Eusèbe | milieu IIe siècle | Probable appui ancien au catalogue romain consulté avant Éleuthère | Source indirecte, texte perdu |
| Liber Pontificalis | VIe-VIIe siècle dans sa forme ancienne | Origine romaine, décrets liturgiques, ordinations, martyre et sépulture | Traditions tardives, à filtrer |
| Saint-Siège | liste officielle actuelle | Sixième pape, Rome, dates 108/109-116/119 | Repère catholique officiel contemporain |
| Pontifical Commission for Sacred Archaeology / Vatican News | XXIe siècle | Clarifie la catacombe de saint Alexandre sur la Via Nomentana et distingue le martyr local du pape Alexandre I | Important pour corriger une confusion ancienne |
Irénée : la place dans la chaîne romaine
Le texte d'Irénée est le socle. Après Clément et Évariste, il écrit : « Alexandre suivit Évariste ; puis, sixième depuis les apôtres, Sixte fut établi. »[13] L'expression « sixième depuis les apôtres » porte ici sur Sixte, non sur Alexandre ; Alexandre est donc le cinquième successeur après Pierre et Paul dans la logique d'Irénée, et le sixième pape dans la liste officielle incluant Pierre comme premier.
Ce point aide à éviter les confusions de rang. Selon le mode de comptage, Alexandre peut être dit cinquième successeur de Pierre ou sixième pape. Les deux formulations ne se contredisent pas : elles ne comptent pas le même point de départ.
« Il est nécessaire que toute Église s'accorde avec cette Église, à cause de son origine plus excellente. » — Saint Irénée de Lyon, à propos de l'Église de Rome[14]
Eusèbe : dix années entre Trajan et Hadrien
Eusèbe donne deux repères. Au livre IV, chapitre 1, il écrit qu'Alexandre reçoit l'épiscopat romain vers la douzième année de Trajan, après huit années d'Évariste.[15] Au chapitre 4, il ajoute qu'Alexandre meurt dans la troisième année d'Hadrien, après dix ans de charge, et que Xystus lui succède.[16]
« En ce temps-là aussi, Alexandre, cinquième dans la ligne de succession depuis Pierre et Paul, reçut l'épiscopat à Rome, après qu'Évariste eut rempli sa charge huit ans. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 1[17]
« Dans la troisième année du même règne, Alexandre, évêque de Rome, mourut après avoir exercé sa charge dix ans. Son successeur fut Xystus. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 4[18]
Ces dates ne doivent pas être forcées avec une précision moderne. La Catholic Encyclopedia note que les critiques ont proposé 106-115 ou 109-116, tandis que le Saint-Siège donne 108/109-116/119.[19][20] La conclusion sûre est plus modeste : Alexandre gouverne Rome pendant environ dix ans, à la fin de Trajan et au début d'Hadrien.
Hégésippe et le catalogue romain
La Catholic Encyclopedia souligne qu'il n'y a pas de raison de douter qu'Alexandre figurait dans le « catalogue des évêques » dressé ou consulté à Rome par Hégésippe avant la mort du pape Éleuthère, vers 189.[21] Le texte d'Hégésippe est perdu, mais Eusèbe rapporte son séjour à Rome sous Anicet et jusqu'au temps d'Éleuthère.[22]
Cette donnée est importante parce qu'elle rapproche Alexandre des mémoires romaines les plus anciennes. Avant les compilations médiévales et avant le Liber Pontificalis, son nom circule déjà dans les listes qui servent à établir la continuité apostolique.
Le contexte : Rome sous Trajan et Hadrien
Après Pline et Trajan : une Église légalement vulnérable
Quelques années avant ou pendant le pontificat d'Alexandre, Pline le Jeune interroge Trajan sur la manière de traiter les chrétiens en Bithynie. Eusèbe résume la réponse impériale : il ne faut pas rechercher activement les chrétiens, mais les punir s'ils sont dénoncés et convaincus.[23]
Cette règle crée une situation instable. L'Église n'est pas persécutée partout de façon continue, mais elle vit sans protection juridique. Une dénonciation locale peut suffire à provoquer procès, apostasie forcée ou mort. Alexandre gouverne donc une communauté romaine qui peut croître, prier et s'organiser, mais sous une menace toujours possible.
Les premières apologies sous Hadrien
Eusèbe rapporte que Quadratus et Aristide adressent des apologies à Hadrien, parce que des hommes mauvais tentaient de troubler les chrétiens.[24] Le fragment de Quadratus est particulièrement fort : il insiste sur le caractère public des miracles du Christ, au point que certains bénéficiaires auraient encore vécu à son époque.
« Les œuvres de notre Sauveur étaient toujours présentes, car elles étaient véritables : ceux qui furent guéris, ceux qui furent ressuscités d'entre les morts, furent vus non seulement au moment où ils furent guéris ou ressuscités, mais encore longtemps après. » — Quadratus, fragment conservé par Eusèbe[25]
Même si Quadratus n'est pas un auteur romain lié directement à Alexandre, son témoignage éclaire l'époque : l'Église défend publiquement la réalité historique du Christ, des miracles et de la Résurrection. La succession romaine et l'apologétique naissante appartiennent au même monde : celui d'une foi qui ne se cache plus comme une gnose privée.
Gnose et faux savoir
Eusèbe situe aussi, dans ces décennies, la montée de Saturnin et de Basilide, deux maîtres gnostiques issus de la mouvance de Simon et Ménandre.[26] Basilide, à Alexandrie, revendique des mystères ineffables, invente des prophètes aux noms barbares, et produit vingt-quatre livres sur l'Évangile selon le témoignage rapporté par Agrippa Castor.[27]
La réponse catholique à ce type de doctrine est précisément celle qu'Irénée formulera quelques décennies plus tard : contre les secrets, les catalogues visibles ; contre les mythes inventés, la règle reçue ; contre les maîtres autoproclamés, les Églises apostoliques.
Traditions liturgiques attribuées à Alexandre
Le Qui pridie dans le Canon
Le Liber Pontificalis attribue à Alexandre l'insertion, dans la prière eucharistique, des mots rappelant l'institution du Seigneur : Qui pridie quam pateretur.[28] La Catholic Encyclopedia juge cette attribution fragile, parce que les paroles de l'institution sont certainement primitives et originelles dans la Messe.[29]
La prudence historique est donc simple : Alexandre n'a probablement pas inventé ni introduit pour la première fois la mémoire eucharistique de la Cène. En revanche, la tradition qui rattache son nom au Canon montre que la mémoire romaine le plaçait du côté de la garde liturgique.
L'eau mêlée au vin
La même tradition attribue à Alexandre la pratique de mêler de l'eau au vin eucharistique. Là encore, il faut distinguer le rite et l'attribution personnelle. Le mélange de l'eau et du vin est très ancien, enraciné dans la pratique liturgique primitive, dans la symbolique du sang et de l'eau sortis du côté du Christ, et dans l'usage ordinaire du vin méditerranéen coupé d'eau.[30][31]
Le Liber Pontificalis peut donc conserver le souvenir d'un rite romain ancien sans prouver qu'Alexandre en fut l'inventeur. C'est souvent ainsi qu'il faut lire les notices des premiers papes : elles projettent sur des figures anciennes des usages reçus comme apostoliques.
L'eau bénite salée
Autre attribution : Alexandre aurait prescrit de bénir de l'eau mêlée de sel pour les habitations chrétiennes.[32] La Catholic Encyclopedia note que Duchesne y voyait la trace d'une bénédiction romaine ancienne, proche de ce que le sacramentaire gélasien conservera plus tard.[33]
Cette tradition a une portée spirituelle intéressante. Elle montre une Église qui ne limite pas la foi au sanctuaire, mais bénit aussi les maisons. Même si le décret personnel d'Alexandre reste incertain, l'intuition est profondément catholique : la grâce du Christ doit atteindre l'autel, la table familiale, les lieux de vie et les combats ordinaires contre le mal.
| Attribution | Source | Solidité historique | Lecture catholique prudente |
|---|---|---|---|
| Qui pridie dans le Canon | Liber Pontificalis | Très fragile comme invention personnelle | Souvenir de la garde romaine du Canon |
| Eau mêlée au vin | Liber Pontificalis | Rite ancien, attribution personnelle incertaine | Signe eucharistique reçu très tôt |
| Eau bénite salée | Liber Pontificalis ; rapprochement Duchesne | Possible souvenir d'un usage romain ancien | Bénédiction des lieux de vie |
| Ordinations de décembre | Liber Pontificalis | Non vérifiable | Formule de catalogue sur l'organisation romaine |
Martyre, Via Nomentana et correction moderne
Le récit traditionnel
La tradition du Liber Pontificalis rapporte qu'Alexandre, romain de naissance, aurait été décapité sur la Via Nomentana, le 3 mai, avec Eventius et Theodulus.[34] L'ancien Martyrologe romain a longtemps relayé cette identification, plaçant la passion des saints Alexandre, Eventius et Theodulus à Rome, sur la voie Nomentane.[35]
Cette tradition explique pourquoi Alexandre I a souvent été présenté comme pape et martyr, avec une fête au 3 mai dans certains calendriers anciens. Elle explique aussi l'importance de la catacombe de saint Alexandre sur la Via Nomentana, découverte au XIXe siècle.
La difficulté : deux Alexandre confondus
La recherche moderne distingue cependant le pape Alexandre I et le martyr Alexandre de la Via Nomentana. La Catholic Encyclopedia notait déjà que Duchesne refusait l'identité entre le martyr et le pape, tout en admettant que la confusion était ancienne, probablement antérieure au VIe siècle.[36]
Les autorités vaticanes actuelles vont dans le même sens. Vatican News, dans sa notice sur Eventius, Alexander et Theodulus, précise que l'on a d'abord cru ces martyrs du IIe siècle, avant de constater qu'ils appartiennent au IVe siècle, et que l'identification d'Alexandre avec le pape Alexandre I est désormais exclue.[37] La Commission pontificale d'archéologie sacrée présente aussi la basilique-catacombe de saint Alexandre comme monumentalisant les tombes des martyrs Alexander, Evenzio et Teodulo, persécutés au temps de Dioclétien.[38]
Comment honorer saint Alexandre sans durcir la légende
La conclusion catholique est équilibrée. Alexandre I est bien un saint pape de la succession romaine primitive. Son martyre traditionnel appartient à la mémoire liturgique ancienne, mais le récit de la Via Nomentana semble provenir d'une confusion avec un autre martyr nommé Alexandre.
Cette distinction ne diminue pas sa sainteté. Elle rend l'article plus solide. L'Église n'a pas besoin de transformer chaque détail tardif en certitude pour honorer un saint. Elle peut vénérer Alexandre comme pasteur romain ancien, tout en corrigeant la confusion archéologique et martyrologique.
Objections et réponses
« On ne sait presque rien de lui : pourquoi le publier ? »
Parce que le peu que l'on sait touche un point majeur : la succession apostolique romaine. Alexandre est nommé par Irénée dans une liste destinée à prouver que la foi catholique se transmet publiquement, et par Eusèbe dans une chronologie ancienne de l'Église de Rome.[39][40]
Un article sérieux ne doit donc pas inventer une biographie. Il doit expliquer pourquoi un pontificat silencieux peut être doctrinalement important : il manifeste que Rome ne vit pas de quelques figures brillantes seulement, mais d'une chaîne continue.
« Les décrets liturgiques du Liber Pontificalis sont-ils fiables ? »
Ils sont utiles, mais rarement démonstratifs pour les premiers papes. Le Liber Pontificalis conserve des traditions romaines, mais il aime attribuer à des papes très anciens des usages qui peuvent être plus tardifs ou beaucoup plus primitifs que leur pontificat. C'est le cas du Qui pridie : la mémoire de l'institution eucharistique appartient au cœur même de la Messe, non à une innovation tardive d'Alexandre.[41]
La bonne méthode consiste donc à garder ces notices comme témoins de mémoire, non comme procès-verbaux administratifs.
« La confusion du martyr Alexandre fragilise-t-elle le pape Alexandre I ? »
Non. Elle fragilise seulement un récit hagiographique particulier. L'existence et la place d'Alexandre I dans la succession romaine ne reposent pas sur la catacombe de la Via Nomentana, mais sur Irénée, Eusèbe, les listes anciennes et la tradition romaine.[42][43]
Le martyr Alexandre de la Via Nomentana peut être un autre saint martyr, probablement du temps de Dioclétien. Le pape Alexandre I reste le successeur d'Évariste et le prédécesseur de Sixte.
« Peut-on parler de papauté au début du IIe siècle ? »
Oui, si l'on parle avec précision. Il serait anachronique d'imaginer Alexandre avec une curie médiévale, des conclaves réglés, des décrétales authentifiées et un État pontifical. Mais il serait tout aussi faux de conclure que Rome n'a aucune succession ni aucun rôle particulier.
Irénée voit déjà dans l'Église de Rome un repère public de la tradition apostolique, « à cause de son origine plus excellente ».[44] Alexandre appartient à ce repère. La papauté se développe historiquement, mais elle ne surgit pas du néant au Moyen Âge.
Mémoire spirituelle
La fidélité sans éclat
Alexandre I enseigne la fidélité sans éclat. Les sources ne lui donnent pas de grand discours, pas de miracle incontestable, pas de lettre conservée. Elles lui donnent une place. Et cette place suffit à dire une vocation : recevoir l'Église de Rome après Évariste et la transmettre à Sixte.
Dans la vie chrétienne, beaucoup de missions ressemblent à cela. On ne voit pas toujours le fruit ; on ne signe pas toujours une œuvre ; mais on garde la foi, la prière et la communion pour ceux qui viendront après.
« Ce que tu as entendu de moi en présence de nombreux témoins, confie-le à des hommes fidèles, capables à leur tour d'en instruire d'autres. » — Saint Paul, 2 Timothée 2, 2[45]
Une sainteté liturgique
Les traditions sur Alexandre tournent autour de la liturgie : Canon, calice, eau bénite. Même si les attributions précises sont incertaines, elles disent quelque chose de juste : l'Église romaine primitive se comprend comme une Église qui garde la prière.
La foi se transmet par les listes de succession, mais aussi par les gestes liturgiques. Le pain, le vin mêlé d'eau, la mémoire de la Passion, la bénédiction des maisons : autant de signes que le catholicisme n'est pas une idée abstraite, mais une vie reçue, priée, bénie et transmise.
Un nom contre les généalogies imaginaires
Les gnostiques inventaient des filiations secrètes, des maîtres cachés, des mystères réservés. Irénée répond par des noms publics : Lin, Anaclet, Clément, Évariste, Alexandre, Sixte. Cette simplicité est puissante. La vraie tradition n'a pas besoin d'être ésotérique ; elle peut être nommée.
Saint Alexandre I reste donc un article court, mais nécessaire dans la série des premiers papes. Il rappelle que l'Église n'est pas une mémoire flottante : elle est une communion visible, gardée par des pasteurs, à travers les siècles.
Pour aller plus loin
- Pape saint Pierre — fondement apostolique de l'Église de Rome.
- Pape saint Lin — premier successeur nommé après Pierre et Paul.
- Pape saint Anaclet ou Clet — deuxième successeur de saint Pierre.
- Pape saint Clément I — auteur de la grande lettre romaine aux Corinthiens.
- Pape saint Évariste — prédécesseur immédiat d'Alexandre I.
- Pourquoi le pape est-il nécessaire ? — sens théologique du ministère pétrinien.
- Les hérésies des premiers siècles — contexte doctrinal des premières générations chrétiennes.
Notes et références
Saint-Siège, fiche officielle « Alexander I » : sixième pape de l'Église catholique, début du pontificat 108 ou 109, fin 116 ou 119, naissance à Rome. Page officielle : vatican.va.
1 20Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 3, vers 180. Texte anglais dans Ante-Nicene Fathers, vol. 1, disponible sur New Advent : Against Heresies III, 3. Irénée donne la séquence Évariste, Alexandre, Sixte et conclut que la tradition apostolique est parvenue par cet ordre et cette succession.
2 9 13 39 42Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 1, 2 : vers la douzième année de Trajan, Alexandre reçoit l'épiscopat de Rome après les huit années d'Évariste. Texte anglais dans Nicene and Post-Nicene Fathers, série 2, vol. 1, disponible sur New Advent.
3 11 15 17 40Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 3, 1-3 : Quadratus et Aristide adressent des apologies à Hadrien ; fragment de Quadratus sur les guéris et ressuscités du Christ encore présents quelque temps. Texte sur New Advent.
4Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 7, 1-3 : montée de Saturnin et Basilide, leaders de deux hérésies issues de la mouvance de Ménandre. Texte sur New Advent.
5 26Liber Pontificalis, notice « Alexander », dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, 1916, p. 10-11 : origine romaine, pontificat sous Trajan, traditions sur le Qui pridie, l'eau bénite salée, l'eau mêlée au vin, les ordinations et la mort sur la Via Nomentana. PDF Wikimedia Commons : The Book of the Popes.
6 28 32 34Thomas Shahan, « Pope St. Alexander I », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; texte sur New Advent. La notice discute Irénée, Eusèbe, Hégésippe, les dates critiques, les traditions liturgiques, la Via Nomentana, la confusion avec le martyr Alexandre et les actes non authentiques.
7 8 19 21 29 31 33 36 41Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, III, 3, 2, sur l'Église de Rome fondée et organisée par Pierre et Paul, et sur sa « preeminent authority » (potiorem principalitatem). Texte sur New Advent.
10 14 44Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 3, 1-2, fragment de Quadratus sur les œuvres du Sauveur vues comme véritables et encore attestées par certains bénéficiaires survivants. Texte sur New Advent.
12 24 25Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 4 : dans la troisième année d'Hadrien, Alexandre meurt après dix ans de charge et Xystus lui succède. Texte sur New Advent.
16 18 43Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 11, 7 et IV, 22, sur le séjour d'Hégésippe à Rome sous Anicet et jusqu'à Éleuthère, et sur son intérêt pour les successions ecclésiastiques. Texte sur New Advent.
22Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, 33, résumant la lettre de Pline à Trajan et la réponse impériale sur les chrétiens. Texte sur New Advent.
23Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, IV, 7, 5-8, rapportant Agrippa Castor contre Basilide : vingt-quatre livres sur l'Évangile, prophètes inventés, noms barbares, indifférence sur les viandes idolothytes et sur le reniement en temps de persécution. Texte sur New Advent.
27Évangile selon saint Jean 19, 34 : du côté transpercé du Christ sortent du sang et de l'eau, texte traditionnellement rapproché de la symbolique sacramentelle du baptême et de l'eucharistie.
30Ancien Martyrologe romain, entrée du 3 mai : les saints martyrs Alexandre, Eventius et Theodulus, sur la Via Nomentana. La date et le lieu viennent du Liber Pontificalis (trad. Loomis, p. 10-11 : décapité sur la Via Nomentana, « May 3 ») ; Thomas Shahan, « Pope St. Alexander I », The Catholic Encyclopedia (New Advent), résume la même tradition : martyre par décapitation sur la Via Nomentana, le 3 mai, selon une tradition de l'Église romaine dès la fin du Ve siècle. Cette identification ancienne est corrigée par les notices vaticanes contemporaines (Vatican News, Commission pontificale d'archéologie sacrée).
35Vatican News, « Hl. Eventius, Alexander und Theodoulos, Märtyrer », 3 mai : la notice précise que l'on a d'abord cru ces martyrs du IIe siècle, mais qu'ils appartiennent au IVe siècle, et qu'Alexandre n'est pas identique au pape Alexandre I. Page : vaticannews.va.
37Pontifical Commission for Sacred Archaeology, « Basilica and Catacomb of St. Alexander in Via Nomentana » : la basilique-catacombe monumentalise les sépultures des martyrs Alexander, Evenzio et Teodulo, persécutés au temps de Dioclétien. Page officielle : catacombeditalia.va.
382 Timothée 2, 2, principe apostolique de transmission à des hommes fidèles capables d'enseigner à leur tour. Texte AELF : aelf.org.
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