Pape saint Anaclet, appele aussi Clet ou Anenclet, est le deuxieme successeur de saint Pierre dans la succession episcopale de Rome. Son importance historique tient moins a une biographie abondante qu'a sa place dans la chaine primitive : Pierre et Paul, Lin, Anaclet, Clement. Vers 180, saint Irenee de Lyon le cite deja dans cette sequence pour montrer que la foi catholique se transmet publiquement dans les Eglises apostoliques, contre les traditions secretes revendiquees par les gnostiques.[1]
L'article doit tenir ensemble deux evidences. D'un cote, Anaclet est un saint pape reellement inscrit dans la tradition romaine, reconnu dans la liste officielle du Saint-Siege comme troisieme pape de l'Eglise catholique, avec un pontificat situe de 80 a 92.[2] De l'autre, les details de sa vie sont rares et les listes anciennes ont cree une confusion durable entre Cletus, Anacletus et Anencletus. Il faut donc refuser a la fois le scepticisme qui dissout tout, et la legendaire facile qui transforme des notices tardives en certitudes.
Son interet catholique est profond : Anaclet montre comment l'Eglise de Rome continue d'exister apres les apotres et apres le premier successeur de Pierre. Entre le martyre de Pierre et la grande lettre de Clement aux Corinthiens, il occupe cette zone peu documentee mais decisive ou la succession apostolique passe du souvenir vivant des apotres a une institution stable, liturgique et doctrinale.[3][4]
« A Lin succeda Anaclet ; apres lui, en troisieme place depuis les apotres, Clement recut l'episcopat. » — Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 3[5]
Pourquoi Anaclet compte-t-il ?
Un nom discret dans une chaine immense
Anaclet n'a pas laisse de lettre comparable a celle de Clement. Aucun concile ne porte son nom. Aucun decret authentiquement certain ne permet de reconstruire son gouvernement. Pourtant son nom revient dans les plus anciennes listes romaines parce qu'il sert un enjeu plus large que sa personne : la continuite de l'Eglise de Rome apres Pierre.[6]
Pour comprendre son role, il faut poser la bonne question. Il ne s'agit pas d'abord de demander : « Quels actes spectaculaires a-t-il accomplis ? » Les sources ne permettent pas d'y repondre. La vraie question est : l'Eglise romaine avait-elle une succession visible assez ancienne pour etre invoquee au IIe siecle comme critere de la vraie foi ? La reponse d'Irenee est oui, et Anaclet en est le troisieme nom apres les apotres.[7]
Le pape des silences utiles
Le silence documentaire autour d'Anaclet n'est pas un vide absolu. Il apprend quelque chose sur les premieres generations chretiennes. L'Eglise n'est pas encore une institution imperiale avec archives publiques, basilique monumentale et chancellerie pontificale. Elle vit dans des maisons, des reseaux de presbytres, de diacres et de responsables locaux, au coeur d'une capitale encore paienne.[8]
Mais une communaute pauvre en monuments peut etre riche en transmission. Irenee ne cite pas Anaclet pour combler une chronologie : il cite Rome parce que cette Eglise, fondee et organisee par Pierre et Paul, conserve une succession qui rend la tradition apostolique verifiable.[9]
« Par cet ordre et cette succession, la tradition ecclesiastique venue des apotres et la predication de la verite sont parvenues jusqu'a nous. » — Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 3[10]
Les sources anciennes
Irenee de Lyon : le temoignage decisif
Le texte fondamental se trouve dans le livre III du Contre les heresies. Irenee ecrit contre les gnostiques, qui pretendent posseder des traditions cachees, reservees a des inities. Sa methode est tres concrete : si une doctrine vient vraiment des apotres, elle doit pouvoir se reconnaitre dans les Eglises fondees par eux et dans la succession de leurs pasteurs.[11]
Rome occupe alors une place privilegiee. Irenee la presente comme l'Eglise tres grande, tres ancienne, connue de tous, fondee et organisee par Pierre et Paul. Puis il donne la suite : Lin recoit l'episcopat ; Anaclet lui succede ; Clement vient ensuite.[12]
| Source | Date approximative | Forme du nom | Ce qu'elle apporte | Prudence |
|---|---|---|---|---|
| Irenee, Contre les heresies III, 3 | vers 180 | Anacletus | Place Anaclet entre Lin et Clement | Liste doctrinale, pas biographie |
| Eusebe, Histoire ecclesiastique III | debut IVe siecle | Anencletus | Donne douze ans de gouvernement et la transition vers Clement | Chronologie dependante de listes anterieures |
| Jerome, De viris illustribus 15 | 392 | Anacletus | Signale la divergence sur le rang de Clement | Temoigne d'une variation latine ancienne |
| Catalogue liberien | 354 | Cletus et Anacletus separes | Montre la confusion des deux noms | Probable doublement d'un meme pape |
| Liber Pontificalis | forme ancienne VIe-VIIe s. | Cletus puis Anencletus | Notices sur ordinations, tombe et monument de Pierre | Source tardive pour les premiers papes |
Ce tableau donne la hierarchie des preuves. Irenee et Eusebe pesent beaucoup pour l'existence et la place d'Anaclet. Le Liber Pontificalis est utile pour l'histoire de la memoire romaine, mais il doit etre filtre, surtout quand il dedouble Clet et Anaclet.[13]
Eusebe de Cesaree : douze ans entre Lin et Clement
Eusebe, au debut du IVe siecle, confirme la place d'Anenclet dans la succession romaine. Il ecrit qu'au deuxieme an du regne de Titus, Lin, apres douze ans comme eveque de Rome, remit sa charge a Anenclet. Plus loin, il ajoute qu'au douzieme an de Domitien, Clement succeda a Anenclet apres douze ans d'episcopat.[14][15]
Cette chronologie n'est pas a lire comme un registre administratif moderne. Elle donne un ordre et une duree traditionnelle : Lin, Anenclet, Clement. Elle situe Anaclet dans le passage entre l'apres-Neron, la crise juive de 70 et les tensions du regne de Domitien.
« Clement succeda a Anenclet apres que celui-ci eut ete douze ans eveque de l'Eglise de Rome. » — Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 15[16]
Jerome : une divergence ancienne sur Clement
Saint Jerome, dans De viris illustribus, appelle Clement le quatrieme eveque de Rome apres Pierre si Lin est second et Anaclet troisieme, tout en notant que beaucoup de Latins faisaient de Clement le second apres l'apotre.[17]
Cette phrase est importante parce qu'elle montre que la variation n'est pas une invention moderne. Les listes anciennes ont parfois hesite sur le rang de Clement, tres celebre a cause de sa lettre aux Corinthiens, et sur le nom d'Anaclet. Mais la divergence porte sur l'ordre ou le nom ; elle ne suffit pas a effacer la tradition fondamentale d'une succession romaine continue.
Anaclet, Clet ou Anenclet ?
Trois formes pour un meme nom
La Catholic Encyclopedia resume la difficulte : Irenee, Eusebe, Augustin et Optat emploient les formes Anacletus/Cletus comme visant une seule personne, mais avec une divergence d'ordre — Irenee donne Lin, Anaclet, Clement, tandis qu'Augustin et Optat placent Clement avant Anaclet ; d'autres listes, notamment le Catalogue liberien et le Liber Pontificalis, separent les deux formes en deux papes distincts.[18][19]
Les historiens modernes voient generalement dans ce dedoublement une erreur de transmission. La forme grecque Anencletus a pu etre abregee en Cletus, puis latinisee ou confondue avec Anacletus. La liste officielle actuelle du Saint-Siege tranche pratiquement en presentant une seule entree : Anaclet ou Clet, troisieme pape, pontificat 80-92.[20][21]
| Forme | Usage | Lecture la plus probable |
|---|---|---|
| Anencletus | Eusebe, tradition grecque | Forme ancienne du nom |
| Cletus | Canon romain, listes latines | Forme courte ou variante liturgique |
| Anacletus | Tradition latine posterieure | Variante devenue courante |
Pourquoi le Canon romain dit « Clet »
Le Canon romain, ou Priere eucharistique I, invoque les saints papes et martyrs sous une forme liturgique devenue familiere : Lin, Clet, Clement, Sixte, Corneille, Cyprien. Cette liste ne cherche pas a resoudre un probleme critique de catalogues ; elle conserve la memoire priante de l'Eglise.[22][23]
Pour le lecteur catholique, c'est un point spirituel fort. Anaclet n'est pas seulement un debat de listes anciennes ; il est aussi l'un de ces noms que la liturgie romaine fait passer, generation apres generation, dans la priere eucharistique.
« Lin, Clet, Clement, Sixte, Corneille, Cyprien... » — Canon romain, memoire des saints[24]
Deux fetes dans la tradition, une identite dans la liste actuelle
La confusion des formes a eu des consequences liturgiques. Des traditions calendaires ont parfois distingue Clet et Anaclet, avec des commemorations separees. Vatican News presente encore saint Clet au 26 avril comme pape et martyr, tandis que la liste officielle du Saint-Siege rassemble l'identite sous l'entree « Anaclet ou Clet ».[25][26]
Statut actuel : la fete de saint Anaclet au 13 juillet a ete supprimee du Calendrier romain general en 1960, puis regroupee au 26 avril sous son nom propre de saint Clet par l'Instruction de la Congregation des Rites du 14 fevrier 1961 ; la fete commune des saints Clet et Marcellin au 26 avril en a ensuite ete retiree en 1969. Saint Clet reste neanmoins nomme au Canon romain et inscrit au Martyrologe romain au 26 avril.[27]
La formulation la plus solide est donc : l'Eglise venere saint Anaclet/Clet ; les traditions anciennes ont parfois dedouble son nom ; la critique historique actuelle les rapporte normalement a une seule personne.[28]
Le contexte de son pontificat
Rome entre Titus et Domitien
La liste officielle du Saint-Siege situe le pontificat d'Anaclet de 80 a 92.[29] Eusebe, lui, l'insere entre la fin du pontificat de Lin au temps de Titus et l'arrivee de Clement au douzieme an de Domitien.[30][31] Ces reperes placent Anaclet dans une periode ou l'Empire romain sort des crises neroniennes et flaviennes.
L'Eglise de Rome a deja connu le choc de la persecution de Neron. Tacite rapporte que, pour detourner le soupcon apres l'incendie de Rome en 64, Neron fit accuser les chretiens et leur infligea des supplices cruels.[32] Les sources chretiennes rattachent le martyre de Pierre et Paul a ce climat. Anaclet gouverne donc une Eglise qui porte encore la memoire recente du sang apostolique.
Apres la destruction du Temple
La destruction de Jerusalem en 70 par Titus change profondement le paysage religieux du monde juif et chretien. Eusebe lit cet evenement a la lumiere des propheties du Christ et rapporte, a partir de Josephus, la violence de la guerre et la ruine du Temple.[33] Meme si les sources ne disent pas comment Anaclet reagit personnellement, son pontificat se situe dans ce monde nouveau : le Temple n'est plus debout, les apotres disparaissent, les communautes chretiennes doivent apprendre a durer.
Pour l'Eglise de Rome, cette periode est donc un temps de consolidation. Avant Clement, qui ecrira au nom de l'Eglise romaine aux Corinthiens, il faut une communaute deja capable de garder un ordre interne, une memoire apostolique et une autorite reconnue.[34]
Une Eglise sans palais, mais pas sans structure
Il serait anachronique d'imaginer Anaclet avec les formes administratives d'une papaute medievale ou moderne. Il n'a ni curie developpee, ni basilique constantinienne, ni pouvoir civil, ni archives publiques comparables a celles de l'Empire.[35]
Mais l'anachronisme inverse serait tout aussi faux : conclure de l'absence de structures tardives a l'absence d'autorite primitive. Les premieres Eglises ont des pasteurs, des presbytres, des diacres, une discipline, une liturgie, une transmission doctrinale. Anaclet represente ce stade humble : l'autorite romaine existe deja comme succession apostolique, mais elle n'a pas encore le visage institutionnel qu'elle prendra apres Constantin.
Que peut-on dire de ses actes ?
Ordinations attribuees par le Liber Pontificalis
Le Liber Pontificalis attribue a Anenclet deux ordinations au mois de decembre : cinq pretres, trois diacres et six eveques pour divers lieux.[36] Le detail est interessant, mais il doit etre lu avec prudence. Pour les premiers papes, le Liber Pontificalis depend de traditions et de catalogues plus anciens, mais sa forme conservee est tardive et tend a schematiser les pontificats.
On peut en tirer une indication generale : la memoire romaine associe Anaclet a l'organisation ministerielle de l'Eglise. On ne peut pas en faire un registre certain d'ordinations datees.[37]
Le monument du tombeau de Pierre
La meme notice affirme qu'Anenclet construisit et orna le monument sepulcral du bienheureux Pierre, parce qu'il avait ete fait pretre par Pierre, et qu'il prepara d'autres lieux de sepulture pour les eveques.[38]
Ce point est delicat. Le culte du tombeau de Pierre au Vatican est une tradition romaine tres ancienne, confirmee par le developpement monumental du site et par la memoire des « trophees » apostoliques mentionnes par Gaius chez Eusebe.[39] Mais attribuer a Anaclet lui-meme l'amenagement precis du monument est plus fragile : la source qui le dit est tardive.
La formulation juste est donc : la tradition du Liber Pontificalis rattache Anaclet au soin du tombeau de Pierre ; l'historien peut y voir une memoire romaine ancienne de la sepulture vaticane, sans pouvoir certifier le detail architectural.[40][41]
Martyr ou simple confesseur ?
La tradition l'appelle pape et martyr. Vatican News le presente comme « Pope and Martyr » au 26 avril sous le nom de Clet.[42] La Catholic Encyclopedia affirme aussi qu'il mourut martyr, tout en reconnaissant l'incertitude generale qui entoure la chronologie primitive.[43]
Il faut cependant parler sobrement. Aucune passion ancienne detaillee, comparable a un dossier martyrial solide, ne permet de raconter son martyre. La persecution de Domitien, mentionnee par Eusebe comme seconde persecution apres Neron, fournit un contexte possible, mais non une preuve directe de la mort d'Anaclet.[44]
La conclusion prudente est simple : l'Eglise venere Anaclet comme saint et martyr dans sa tradition ; le fait historique precis de son martyre n'est pas documente avec les memes garanties que son rang dans la succession romaine.[45][46]
Anaclet dans la succession apostolique
La sequence Pierre, Lin, Anaclet, Clement
La sequence transmise par Irenee est l'axe de l'article : Pierre et Paul fondent et organisent l'Eglise de Rome ; Lin recoit l'episcopat ; Anaclet succede a Lin ; Clement vient ensuite.[47] Eusebe reprend une structure comparable, en donnant des durees traditionnelles.[48]
| Rang traditionnel | Nom | Role dans la memoire romaine |
|---|---|---|
| 1 | Pierre | Apotre, martyr a Rome, fondement petrinien |
| 2 | Lin | Premier successeur nomme apres Pierre et Paul |
| 3 | Anaclet / Clet | Deuxieme successeur de Pierre, entre Lin et Clement |
| 4 | Clement | Auteur de la lettre romaine aux Corinthiens |
Cette liste ne pretend pas fournir une biographie complete. Elle donne une colonne vertebrale : la foi romaine se transmet dans une succession visible, assez ancienne pour etre citee par Irenee contre les doctrines secretes.[49]
Clement ne supprime pas Anaclet
L'autorite de Clement est beaucoup mieux documentee parce que sa lettre aux Corinthiens est conservee. Il est donc comprehensible que certaines traditions latines aient place Clement tres tot apres Pierre. Jerome signale cette opinion, mais il mentionne aussi l'ordre Lin-Anaclet-Clement.[50]
La notoriete de Clement ne doit pas effacer Anaclet. Au contraire, elle aide a comprendre la transition : avant que Rome n'intervienne par une lettre solennelle dans la crise de Corinthe, elle a deja traverse les ministeres de Lin et d'Anaclet. Clement n'apparait pas dans le vide.[51]
Une preuve contre l'Eglise invisible
Irenee utilise la succession romaine contre une tentation tres actuelle : croire que la vraie foi se conserve dans une spiritualite purement interieure, sans Eglise visible, sans pasteurs, sans transmission publique. Les gnostiques revendiquaient des secrets ; Irenee repond par des noms, des Eglises, des successions.[52]
Anaclet enseigne donc une chose simple : la foi catholique n'est pas une idee flottante. Elle est recue, gardee, transmise, verifiee dans un corps visible. Son nom, presque sans anecdotes, suffit a rappeler que Dieu travaille souvent par des maillons discrets.[53]
« Ce que tu as entendu de moi [...], confie-le a des hommes fideles [...] » — Saint Paul, 2 Timothee 2,2[54]
Objections et reponses
« On ne sait presque rien de lui : pourquoi garder son article ? »
Parce que le peu que l'on sait touche un point majeur. Pour beaucoup de saints, l'interet vient d'une vie riche en details. Pour Anaclet, l'interet vient de sa position structurante dans l'argument d'Irenee. Il est un maillon nomme de la succession romaine au IIe siecle.[55]
Un article encyclopedique ne doit pas inventer une biographie pour combler le silence. Il doit expliquer pourquoi ce silence n'annule pas l'importance du personnage.[56]
« Clet et Anaclet etaient-ils deux papes differents ? »
Les listes anciennes ont parfois dedouble les formes du nom. Le Catalogue liberien et le Liber Pontificalis distinguent Clet et Anaclet ; Irenee, Eusebe, Augustin et Optat les emploient comme une meme personne selon la Catholic Encyclopedia.[57] La liste actuelle du Saint-Siege les rassemble sous une seule entree : « Anaclet ou Clet ».[58]
La meilleure conclusion historique est donc l'identite probable des deux noms. Le dedoublement est une trace interessante de transmission manuscrite et liturgique, non une raison de supprimer Anaclet de la succession.[59]
« La papaute n'existait pas encore comme institution developpee »
C'est vrai si l'on parle de ses formes posterieures : conclaves organises, palais apostolique, dicasteres, diplomatie pontificale, droit canon medieval. Mais ce serait faux si l'on concluait qu'il n'existait aucune succession romaine ni aucune autorite episcopale.
La doctrine catholique distingue le germe apostolique et son developpement historique. Pierre recoit une charge ; Rome conserve une succession ; les formes de gouvernement se precisent avec les siecles. Anaclet se situe au niveau du germe vivant, non de l'arbre pleinement deploye.[60]
« Son martyre est-il certain ? »
La tradition le venere comme martyr, mais la documentation directe est pauvre. Le plus solide est de dire : martyr selon la memoire liturgique et les notices traditionnelles ; non documente par un recit ancien detaille. Cette nuance ne retire rien a sa saintete.[61]
« La confusion des listes ne fragilise-t-elle pas toute la succession ? »
Non. La confusion porte sur des formes de nom et parfois sur l'ordre relatif de Clement. Elle ne supprime pas le fait central : au IIe siecle, Irenee connait une succession romaine qui part de Pierre et Paul, passe par Lin et Anaclet, puis arrive a Clement et aux eveques suivants.[62] Les variantes montrent les difficultes normales d'une tradition tres ancienne ; elles ne prouvent pas l'absence de tradition.
Memoire spirituelle
Recevoir sans briller
Anaclet est un saint de la transmission cachee. Il n'ecrit pas une somme, ne fonde pas un ordre, ne definit pas un dogme. Il recoit une Eglise marquee par les apotres et la remet, vivante, a la generation suivante.
Cette spiritualite est precieuse. Dans une culture qui identifie la valeur a la visibilite, Anaclet rappelle que certains services essentiels consistent a garder fidèlement ce que l'on a recu. L'Eglise ne vit pas seulement par les grands docteurs ; elle vit aussi par les pasteurs dont le nom seul demeure, parce qu'ils ont servi la continuite.[63]
Un nom dans la Messe
Sa presence sous la forme Clet dans le Canon romain donne a sa memoire une densite particuliere. Le lecteur qui entend son nom dans la Priere eucharistique I ne doit pas y voir une formule decorative. Il entend la vieille Eglise de Rome entourer l'autel de ses premiers temoins.
La saintete d'Anaclet est donc moins biographique que liturgique. Il est un nom transmis dans la priere, un signe que l'Eglise qui celebre aujourd'hui l'Eucharistie est la meme qui gardait, au Ier siecle, la memoire de Pierre, de Lin, de Clet et de Clement.[64]
Garder la foi publique
Le point spirituel le plus fort vient d'Irenee. La foi catholique n'est pas une gnose privee. Elle se donne publiquement, dans une Eglise visible, par une tradition que l'on peut interroger. Anaclet, justement parce qu'il est discret, oblige a regarder la structure : l'Eglise ne tient pas par la personnalite brillante de chaque eveque, mais par la fidelite du Christ a sa promesse.[65]
Pour aller plus loin
- Pape saint Pierre — fondement apostolique de l'Eglise de Rome.
- Pape saint Lin — premier successeur de saint Pierre selon les listes anciennes.
- Pourquoi le pape est-il necessaire ? — role doctrinal et pastoral du successeur de Pierre.
- Les catholiques qui rejettent l'autorite — lien entre succession visible et obeissance catholique.
- Concile Vatican I — definition dogmatique de la primaute romaine.
Notes et références
Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 3, vers 180. Texte anglais dans Ante-Nicene Fathers, vol. 1, disponible sur New Advent : Against Heresies III, 3. Irenee donne la sequence Lin, Anaclet, Clement et conclut que la tradition apostolique est parvenue par cet ordre et cette succession.
1 5 7 10 11 47 49 52 55 62 65Saint-Siege, liste officielle des pontifes, « Anaclet ou Clet » : troisieme pape de l'Eglise catholique, debut du pontificat en 80, fin en 92, naissance a Rome. Page officielle : vatican.va.
2 20 26 29 58Thomas Campbell, « Pope St. Anacletus », The Catholic Encyclopedia, vol. 1, New York, Robert Appleton Company, 1907 ; texte sur New Advent. La notice discute l'identite Clet/Anaclet/Anenclet, les divergences de listes, la chronologie incertaine et la tradition du martyre.
3 18 28 43 46 56 57George Joyce, « Chronological Lists of Popes », The Catholic Encyclopedia, vol. 12, New York, Robert Appleton Company, 1911 ; texte sur New Advent. La notice explique l'importance d'Irenee, du Catalogue liberien, d'Eusebe, le probable dedoublement Anaclet/Clet et la liste primitive Pierre, Lin, Anenclet/Clet, Clement.
4 6 19 21 35 59John Chapman, « Pope St. Clement I », The Catholic Encyclopedia, vol. 4, New York, Robert Appleton Company, 1908 ; texte sur New Advent. La notice presente la lettre de Clement aux Corinthiens et son autorite romaine.
8 34 51Saint Irenee de Lyon, Contre les heresies, III, 3, 2, sur l'Eglise de Rome fondee et organisee par Pierre et Paul, et sur sa « preeminent authority » (potiorem principalitatem). Texte sur New Advent.
9 12 60Liber Pontificalis, notices « Cletus » (p. 7) et « Anencletus » (p. 9-10), dans The Book of the Popes (Liber Pontificalis), trad. Louise Ropes Loomis, Columbia University Press, 1916 (controle integral en 2026). La notice « Anencletus » le dit Grec d'Athenes, fils d'Antiochus : 12 ans, 10 mois et 7 jours ; il « construisit et orna le monument sepulcral du bienheureux Pierre » ; 2 ordinations au mois de decembre (5 pretres, 3 diacres, 6 eveques) ; sepulture pres du corps de Pierre, 13 juillet. La notice « Cletus » le dit au contraire Romain du Vicus Patricius, fils d'Emilianus : 25 pretres ordonnes ; sepulture au Vatican, 26 avril. Loomis rappelle (p. 9) qu'Anencletus et Cletus sont deux formes du meme nom, dedoublees par le Catalogue liberien. PDF Wikimedia Commons : The Book of the Popes.
13 36 37 38 40Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 13 : au deuxieme an de Titus, Lin remet sa charge a Anenclet apres douze ans comme eveque de Rome. Texte anglais dans Nicene and Post-Nicene Fathers, serie 2, vol. 1, disponible sur New Advent.
14 30 48Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 15 : Clement succede a Anenclet au douzieme an de Domitien, apres douze ans d'episcopat d'Anenclet. Texte sur New Advent.
15 16 31Saint Jerome, De viris illustribus, 15, « Pope Clement » : Clement est dit quatrieme eveque de Rome apres Pierre si Lin fut second et Anaclet troisieme, bien que beaucoup de Latins aient place Clement directement apres l'apotre. Texte sur New Advent.
17 50Missel romain, Priere eucharistique I (Canon romain), Communicantes : « ... Lini, Cleti, Clementis, Xysti, Cornelii, Cypriani, Laurentii, Chrysogoni... » (Missale Romanum, editio typica tertia, Vaticano, 2002). Clet y est nomme immediatement apres Lin, dans la suite des apotres et martyrs.
22 24 64Vatican News, « St Cletus, Pope and Martyr », saint du jour du 26 avril : page de synthese liturgique sur saint Clet pape et martyr. Page : vaticannews.va.
23 25 42 45 61Statut festif : le calendrier tridentin reservait le 26 avril a saint Clet (avec le pape Marcellin) et le 13 juillet a saint Anaclet ; en 1960, Jean XXIII a supprime le 13 juillet en gardant le 26 avril sous le nom du Canon (« Clet »), puis l'Instruction de la Congregation des Rites du 14 fevrier 1961 (application du motu proprio Rubricarum instructum du 25 juillet 1960) a decrete que « la fete de saint Anaclet [...] est transferee au 26 avril, sous son nom propre de saint Clet ». La fete commune des saints Clet et Marcellin au 26 avril (inseree au XIIIe siecle) a ensuite ete retiree du Calendrier romain general en 1969 par Paul VI, Mysterii Paschalis, 14 fevrier 1969 : texte. Saint Clet demeure inscrit au Martyrologium Romanum (editio altera, 2004) au 26 avril : « A Rome, la commemoration de saint Clet, pape, qui, second apres l'apotre Pierre, gouverna l'Eglise romaine ».
27Tacite, Annales, XV, 44 : accusation des chretiens par Neron apres l'incendie de Rome et supplices infliges a ce groupe. Texte latin/anglais sur Perseus Digital Library.
32Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 5 : recit de la guerre juive, de la fuite a Pella et de la ruine de Jerusalem, avec dependance explicite a Josephus. Texte sur New Advent.
33Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, II, 25, citant Gaius de Rome sur les « trophees » de Pierre au Vatican et de Paul sur la voie d'Ostie. Texte sur New Advent.
39 41Eusebe de Cesaree, Histoire ecclesiastique, III, 17-20 : Domitien comme second persecuter apres Neron, exil de Jean a Patmos, persecution et enquete sur les descendants de David. Texte sur New Advent.
442 Timothee 2,2 : principe apostolique de transmission a des hommes fideles capables d'enseigner a leur tour. Texte AELF : aelf.org.
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