Fâtima az-Zahra (v. 605-632) est la plus jeune fille de Mahomet, prophète de l'islam, et de sa première épouse Khadija bint Khuwaylid. Mariée en 623 ou 624 à son cousin Ali ibn Abi Talib, futur quatrième calife pour le sunnisme et premier imam pour le chiisme, elle est la mère de Hassan et Hussein, dont descendent la quasi-totalité des douze imams duodécimains, ainsi que de deux filles, Zaynab et Umm Kulthum.[1] Morte moins de six mois après son père, dans des circonstances que sunnisme et chiisme racontent de façon radicalement différente, elle demeure aujourd'hui l'une des figures les plus vénérées de l'ensemble du monde musulman.
Le Coran ne la nomme jamais explicitement, mais la tradition l'associe à plusieurs versets décisifs : le verset de la purification (33:33), le verset de la Mubahala (3:61) et le verset de l'affection envers les proches (42:23) — chacun devenu, pour le chiisme, une pierre d'angle de la doctrine des Ahl al-Bayt, les « Gens de la Maison » du Prophète.[2] Pour le chiisme duodécimain, elle est l'une des Quatorze Infaillibles (ma'sumin), au même titre que Mahomet et les douze imams : seule femme de ce groupe restreint, elle occupe une place théologique sans équivalent féminin dans l'ensemble de l'islam.[3]
Sa mort, survenue dans le climat de tension extrême qui suit immédiatement la disparition de Mahomet et la succession contestée d'Abu Bakr, cristallise depuis quatorze siècles l'une des blessures mémorielles les plus vives de la fracture entre sunnisme et chiisme : le différend sur le domaine agricole de Fadak, le sermon qu'elle prononce à la mosquée de Médine, et l'incident de sa maison, où la tradition chiite situe la perte d'un enfant à naître. Cet article retrace sa vie telle que la rapportent les sources biographiques musulmanes classiques, croisées avec les travaux des islamologues académiques contemporains, et propose en fin de parcours un regard catholique sur le parallèle, fréquemment établi par les chercheurs, entre sa figure et celle de la Vierge Marie.
Cet article ne reprend pas ici la biographie d'ensemble de Mahomet, développée dans l'article qui lui est consacré, ni le dossier doctrinal général sur l'islam et la réponse catholique, développé dans Que dit l'Église sur l'islam ?. Il ne redouble pas non plus la biographie d'Aïcha bint Abi Bakr, troisième épouse de Mahomet et rivale mémorielle de Fâtima, traitée dans l'article qui lui est propre.
Une enfance mecquoise entre persécution et deuil
Naissance et filiation
Fâtima naît à La Mecque, fille cadette de Mahomet et de Khadija. La tradition sunnite majoritaire retient l'année 605, cinq ans avant les premières révélations coraniques ; plusieurs sources duodécimaines avancent au contraire une naissance plus tardive, vers 612-615, ce qui ferait d'elle une enfant née après le début de la prédication de son père.[4] Cet écart de datation, jamais résolu par la tradition biographique elle-même, n'est pas un détail technique : il conditionne directement l'âge qu'on lui prête au moment de son mariage et de sa mort, sur lesquels sunnisme et chiisme continuent de diverger.
La tradition sunnite lui connaît trois sœurs aînées — Zaynab, Ruqayya et Umm Kulthum —, toutes mortes avant leur père ; plusieurs sources duodécimaines tardives soutiennent au contraire que ces trois filles auraient été des nièces adoptées par Khadija après la mort de leur propre mère, ce qui ferait de Fâtima l'unique fille biologique du couple.[5] Cette thèse, minoritaire et tardive, ne s'appuie sur aucune source biographique ancienne indépendante et doit être présentée pour ce qu'elle est : une relecture rétrospective destinée à souligner l'unicité de Fâtima, plutôt qu'un fait solidement attesté.
La mort de Khadija et « l'année de tristesse »
Fâtima grandit dans le contexte des persécutions mecquoises contre la jeune communauté musulmane. En l'an 619, appelé par la tradition l'« année de tristesse » ('am al-huzn), elle perd sa mère Khadija, dont la disponibilité affective a jusque-là protégé la famille du prophète naissant, ainsi que son grand-oncle protecteur Abu Talib.[6] Plusieurs récits biographiques rapportent qu'à cette période, l'enfant se précipita au secours de son père après qu'Abu Jahl, chef d'un clan hostile à la prédication, eut fait jeter des immondices sur lui alors qu'il priait près de la Kaaba — épisode que la tradition retient comme la première marque du lien de protection et de fidélité qui unira Fâtima à Mahomet jusqu'à sa mort.[7]
Le mariage avec Ali ibn Abi Talib
Un prétendant « fixé par le décret divin »
Selon la tradition biographique la plus répandue, Abu Bakr puis Omar ibn al-Khattab demandèrent chacun la main de Fâtima et essuyèrent un refus de Mahomet, qui leur aurait répondu qu'il attendait « le moment fixé par le décret [divin] ».[8] Le mariage fut finalement contracté avec Ali ibn Abi Talib, cousin germain de Mahomet, élevé par lui depuis l'enfance et l'un des tout premiers convertis à l'islam, probablement dans le courant de l'an 1 ou 2 de l'Hégire (623-625), peu après la bataille de Badr selon plusieurs chronologies.[9] Le théologien égyptien al-Suyuti (m. 1505) rapporte une parole attribuée à Mahomet selon laquelle Dieu lui-même lui aurait ordonné de marier sa fille à Ali.[10]
La dot : un bouclier vendu
La dot (mahr) versée par Ali ne consista pas en or ni en bétail, comme c'était l'usage pour les unions les plus prestigieuses de l'aristocratie qurayshite, mais dans la vente de son unique bouclier de guerre, seul bien de valeur qu'il possédait alors.[11] Sa valeur est estimée par les sources classiques entre 400 et 500 dirhams — un montant que la tradition juridique postérieure retiendra précisément comme la base du mahr al-sunna, le modèle prophétique d'une dot simple et accessible, par opposition aux dots somptuaires en usage dans la société préislamique.[12] Le banquet de noces, offert par Mahomet aux Muhajirun et aux Ansar réunis, se conclut par la demande, réitérée en public par le Prophète, du consentement explicite de sa fille à cette union — un point que la tradition biographique retient comme un exemple normatif du consentement matrimonial en islam.[13]
Une vie de pauvreté studieuse à Médine
Les premières années du ménage furent marquées par une pauvreté matérielle sévère : Ali et Fâtima partagèrent, selon la tradition, les tâches domestiques et physiques les plus rudes — mouture du grain, transport de l'eau, travaux de force — dans un dénuement que Mahomet lui-même chercha à adoucir en leur enseignant une formule de louange répétée avant le sommeil, restée célèbre sous le nom de « tasbih de Fâtima » (trente-trois fois subhan Allah, trente-trois fois al-hamdu lillah, trente-quatre fois Allahu akbar).[14] Leur situation matérielle s'améliora sensiblement après la prise de l'oasis juive de Khaybar en 628, dont le butin permit à la petite communauté médinoise de sortir d'une partie de sa précarité.[15] Ali affirmera plus tard, selon une tradition rapportée dans les sources chiites, que la seule vue de son épouse suffisait à dissiper ses soucis — témoignage d'affection conjugale qui, pour rare qu'il soit dans les sources biographiques de cette période, traverse l'ensemble de la tradition musulmane sans être contesté par le sunnisme.[16]
Titres et statut unique dans l'islam
Épithètes et surnoms : « la Radieuse », « mère de son père »
La tradition attribue à Fâtima une trentaine d'épithètes, chacune censée souligner un trait particulier de son caractère ou de sa mission.[17] Les plus répandues sont al-Zahra (« la Radieuse » ou « la Resplendissante »), devenue son nom d'usage courant dans l'ensemble du monde musulman ; Umm Abiha (« la mère de son père »), qui souligne la sollicitude exceptionnelle qu'elle porta à Mahomet, en particulier après la mort de Khadija ; et, dans les sources chiites, al-Siddiqa (« la Véridique ») et al-Muhaddatha (« celle à qui parlent les anges », par un parallèle explicite avec la tradition coranique concernant Marie, mère de Jésus).[18] L'historienne italienne Laura Veccia Vaglieri, dans l'article de référence qu'elle consacre à Fâtima pour l'Encyclopaedia of Islam, relève au passage que les sources biographiques les plus anciennes restent étonnamment silencieuses sur son apparence physique — un silence qu'elle interprète comme un indice que la beauté ne fut pas, à l'origine, l'un des traits retenus pour construire sa mémoire, contrairement à ce que suggéreront certains auteurs plus tardifs comme al-Khwarazmi, auquel Vaglieri attribue l'idée que Mahomet aurait présenté Fâtima comme la beauté en personne, et plus encore[19]
« Maîtresse des femmes des mondes » : un titre reconnu par sunnisme et chiisme
Fait rare dans la tradition islamique, deux hadiths relatifs au statut de Fâtima sont conjointement retenus par les deux grands recueils canoniques du sunnisme, Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim — un niveau d'authentification que la science du hadith considère comme le plus élevé possible.
« Ne seras-tu pas satisfaite d'être la maîtresse des femmes croyantes — ou la maîtresse des femmes de cette communauté ? » — Mahomet à Fâtima, rapporté par Aïcha, Sahih al-Bukhari, hadiths 6285-6286, Kitab al-Isti'dhan[20]
Une variante rapportée dans Sahih Muslim rend le titre de façon plus large encore, l'étendant à l'ensemble des femmes du Paradis :
« N'es-tu pas satisfaite d'être la maîtresse des femmes du Paradis ? » — Mahomet à Fâtima, Sahih Muslim, hadith 2450, Kitab Fada'il al-Sahaba[21]
Ce double titre — Sayyidat Nisa' al-Janna (« Maîtresse des femmes du Paradis ») et Sayyidat Nisa' al-'Alamin (« Maîtresse des femmes des mondes ») — place Fâtima, dans la piété sunnite comme chiite, au-dessus de toutes les autres femmes de l'histoire islamique, y compris Khadija et Aïcha, dont le rang n'est jamais discuté par ailleurs.[22]
La descendance : Hassan, Hussein, et le fils perdu
Fâtima donne naissance à quatre enfants qui survivent à l'âge adulte : Hassan et Hussein, respectivement deuxième et troisième imams pour le chiisme duodécimain, ainsi que deux filles, Zaynab et Umm Kulthum.[23] Un troisième fils, Muhsin, dont Mahomet aurait lui-même choisi le nom avant sa mort, fait l'objet d'un désaccord frontal entre les deux grandes traditions islamiques : le sunnisme classique tient qu'il mourut en bas âge de causes naturelles, tandis que plusieurs sources canoniques chiites — le Kitab al-Kafi d'al-Kulayni, le Kamil al-Ziyarat d'Ibn Qulawayh, le Kitab al-Irshad d'al-Mufid et le Tarikh d'al-Ya'qubi — rapportent qu'il fut perdu par fausse couche à la suite de l'incident survenu devant la maison de Fâtima au lendemain de la mort de Mahomet, développé plus bas.[24] Par Hassan et Hussein, la quasi-totalité des imams duodécimains ultérieurs, ainsi que la lignée des sayyid et sharif reconnus dans l'ensemble du monde musulman, descendent directement de Fâtima[25] — un fait sans équivalent dans la postérité biologique de Mahomet, dont aucun fils n'atteignit l'âge adulte.[26]
L'épisode du manteau et l'événement de la Mubahala
Les « Gens du Manteau » et le verset de la purification
Selon une tradition rapportée dans Sahih Muslim et le Sunan d'al-Tirmidhi, Mahomet réunit un jour sous son manteau son gendre Ali, sa fille Fâtima et leurs deux fils Hassan et Hussein, et pria pour eux en désignant ce groupe restreint de cinq personnes comme ses « Ahl al-Bayt » — les « Gens de la Maison ».[27] La tradition rattache cet épisode, connu comme celui des « Gens du Manteau » (Ahl al-Kisa), au verset dit « de la purification » :
« Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure, ô Gens de la Maison, et vous purifier totalement. » — Coran, sourate al-Ahzab, 33:33[28]
Ce verset, inséré dans un passage qui concerne par ailleurs les épouses de Mahomet, fait l'objet d'une lecture radicalement différente selon les traditions : le chiisme y voit la preuve scripturaire de l'infaillibilité des cinq seules personnes réunies sous le manteau ce jour-là, tandis qu'une partie de l'exégèse sunnite classique — al-Tabari, Ibn Kathir, al-Suyuti, Ahmad ibn Hanbal — rapporte elle-même, dans la majorité de ses chaînes de transmission, cet épisode restrictif aux cinq personnes, sans pour autant l'ériger en preuve d'une infaillibilité doctrinale distincte de la révélation prophétique elle-même.[29]
La Mubahala : un défi lancé aux chrétiens de Najran
En l'an 10 de l'Hégire (631-632), une délégation de chrétiens de Najran, dans le sud de l'Arabie, se rend à Médine pour débattre avec Mahomet de la nature du Christ.[30] Le désaccord portant sur la divinité de Jésus s'enlisant, le Coran propose, selon la tradition, le recours à une mubahala — une invocation mutuelle de la malédiction divine sur la partie qui mentirait :
« Dis : "Venez ! Appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nous-mêmes et vous-mêmes, puis proclamons l'anathème et appelons la malédiction de Dieu sur les menteurs." » — Coran, sourate Al Imran, 3:61[31]
Selon Sahih Muslim, lorsque ce verset fut révélé, Mahomet appela Ali, Fâtima, Hassan et Hussein et déclara : « Ô Dieu, voici les Gens de ma Maison. »[32] Les chrétiens de Najran, apercevant selon plusieurs récits traditionnels les visages de cette famille réunie, se retirèrent du défi et négocièrent à la place un tribut de paix.[33]
Un regard catholique sur la Mubahala et la divinité du Christ
L'épisode de la Mubahala mérite un commentaire catholique précis, car il est parfois présenté comme un argument en faveur de la thèse coranique sur la nature du Christ. Or un retrait de dernière minute devant une épreuve d'ordalie — qui plus est jamais menée à son terme — ne constitue en rien une démonstration théologique : l'histoire des religions connaît de nombreux défis d'imprécation mutuelle interrompus par prudence diplomatique, sans que cela tranche jamais la question de fond qui les avait motivés. Sur le plan strictement scripturaire, la divinité du Christ ne repose pas sur une controverse arabe du VIIᵉ siècle mais sur un ensemble de témoignages beaucoup plus anciens et indépendants du Coran : les épîtres pauliniennes, rédigées dans les deux décennies qui suivent la mort de Jésus, confessent déjà sa divinité (Ph 2, 6-11 ; Col 1, 15-20) ; les quatre évangiles canoniques, unanimement attestés dès le IIᵉ siècle par une chaîne manuscrite continue (papyrus P52, vers 125 ; Codex Vaticanus et Sinaïticus, IVᵉ siècle) que ne connaît aucun texte coranique contemporain des faits qu'il rapporte ; et le témoignage unanime des Pères apostoliques, antérieur de plusieurs siècles à la prédication de Mahomet. Sur ce point précis comme sur celui, plus large, de la nature du Christ, le lecteur est renvoyé au dossier Que dit l'Église sur l'islam ?, qui développe l'argumentation complète à partir de sources que l'islam lui-même ne peut récuser comme partisanes.
La mort de Mahomet et la crise de la succession
Saqifa : l'exclusion de la maison du Prophète
À la mort de Mahomet, le 8 juin 632, un groupe d'Ansar se réunit dans la précipitation au porche couvert (saqifa) des Banu Sa'ida, à Médine, tandis que la famille du Prophète, Ali et Fâtima en tête, s'occupe de la toilette funéraire du corps.[34] L'historien allemand Wilferd Madelung, dans son étude de référence sur la succession, relève que cette réunion, qui aboutit à la reconnaissance d'Abu Bakr comme premier calife, se tint donc sans que la maison de Mahomet ni la plupart des Muhajirun de premier rang n'y soient présents ou consultés.[35] Selon al-Baladhuri, plusieurs proches du clan des Banu Hashim — dont al-Abbas, oncle de Mahomet, et Zubayr ibn al-Awwam — se rassemblent alors dans la maison de Fâtima pour protester contre cette désignation, estimant qu'Ali, gendre et cousin du Prophète, avait un droit supérieur à la succession.[36]
L'incident de la porte : deux traditions irréconciliables
Face à ce rassemblement, Abu Bakr charge Omar ibn al-Khattab d'obtenir sans délai le serment d'allégeance (bay'a) d'Ali. Omar se rend à la tête d'un groupe d'hommes armés devant la maison de Fâtima et menace, selon al-Tabari et al-Baladhuri eux-mêmes, d'y mettre le feu si ses occupants persistent à refuser de sortir prêter serment.[37] La rigueur encyclopédique impose de présenter ici, sans en trancher artificiellement le sens, les deux traditions qui s'opposent depuis quatorze siècles sur la suite de cet épisode — déjà signalé, mais renvoyé à cet article pour son analyse complète, dans le dossier consacré à Omar ibn al-Khattab.
La tradition sunnite classique rejette catégoriquement toute idée de violence effective contre Fâtima : elle tient que la porte ne fut pas incendiée, qu'aucune blessure ne lui fut infligée, et que sa mort, survenue quelques mois après celle de son père, s'explique par le chagrin plutôt que par un mauvais traitement.[38] La tradition chiite, à l'inverse — attestée dès des sources anciennes comme le Kitab Sulaym ibn Qays — rapporte qu'Omar entra de force dans la maison et qu'un coup porté à Fâtima, alors enceinte, provoqua la perte de l'enfant qu'elle portait, le fils déjà nommé Muhsin par Mahomet ; les grands recueils chiites de hadiths, le Kitab al-Kafi et le Kamil al-Ziyarat, présentent dès lors Fâtima comme une martyre de cet épisode.[39]
| Source | Tradition | Position sur l'incident |
|---|---|---|
| Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim | Sunnite canonique | Ali prête serment après la mort de Fâtima ; aucune mention de violence |
| Kitab Sulaym ibn Qays, al-Kafi, Kamil al-Ziyarat | Chiite duodécimaine | Incendie menacé, entrée forcée, coup porté à Fâtima, perte de Muhsin |
| Wilferd Madelung, The Succession to Muhammad (1997) | Académique | Incertain sur le recours effectif à la force ; relève qu'une perquisition eut bien lieu, y compris selon des sources sunnites |
| Laura Veccia Vaglieri, Encyclopaedia of Islam (1965) | Académique | Juge les allégations chiites fondées sur des faits réels, quoique amplifiées par la transmission |
| Hassan Abbas, The Prophet's Heir (2021) | Académique | Relève que certaines sources sunnites bien considérées mentionnent elles-mêmes le raid et des blessures infligées |
Lecture du tableau : aucune des deux traditions religieuses ne cède sur l'essentiel, mais la recherche académique contemporaine, indépendamment de toute obédience confessionnelle, converge vers l'idée qu'une perquisition et une pression physique réelles ont bien eu lieu, sans pouvoir en établir l'intensité exacte avec certitude.[40]
Le chercheur canadien Vinay Khetia, dans son mémoire de maîtrise consacré à la mémoire de Fâtima comme « motif de souffrance et de contestation » dans les sources islamiques, relève un fait méthodologiquement significatif : plusieurs auteurs sunnites anciens — Abu Ubayd al-Qasim ibn Sallam, al-Tabari, al-Mas'udi lui-même — livrent, dans certains de leurs écrits, des détails sur cet épisode qu'ils censurent ou atténuent ailleurs, ce qui suggère une tradition de gêne éditoriale plutôt qu'une absence pure et simple de mémoire du fait.[41] Il relève également que al-Tabari et al-Mas'udi rapportent qu'Abu Bakr, sur son lit de mort, aurait exprimé le regret de n'avoir « jamais souhaité ouvrir de force la maison de Fâtima, même si ses occupants l'avaient fermée en signe de défi » — un aveu que Abu Ubayd choisit pourtant de ne pas transmettre dans sa propre compilation.[42]
Le différend de Fadak
Un domaine agricole légué ou confisqué ?
Fadak est une oasis agricole située à environ deux jours de marche au nord de Médine, dont la moitié était revenue à Mahomet sans combat (fay') à la suite d'un traité conclu avec une tribu juive locale, conformément au statut particulier que le Coran réserve à ce type de butin.[43] Plusieurs éléments — notamment la révélation du verset 17:26, qui enjoint de « donner à son proche ce qui lui est dû » — suggèrent que Mahomet en fit don à Fâtima de son vivant, dont les intendants géraient effectivement le domaine.[44] Peu après la mort du Prophète, Abu Bakr en expulsa les intendants de Fâtima et rattacha Fadak aux biens publics de la communauté.[45]
Le hadith de l'héritage prophétique
Fâtima protesta directement auprès d'Abu Bakr, faisant valoir son droit d'héritage sur ce don ; Ali et la servante Umm Ayman témoignèrent en sa faveur, mais Abu Bakr jugea ce témoignage insuffisant au regard des règles de preuve islamiques, qui exigeaient deux témoins masculins ou un homme et deux femmes.[46] Il opposa surtout à Fâtima un hadith qu'il rapporta seul dans un premier temps, avant que d'autres chaînes de transmission ne soient produites plus tard par Ibn Sa'd :
« Nous, les prophètes, ne laissons pas d'héritage. Ce que nous laissons est une aumône (sadaqa). » — Parole attribuée à Mahomet, rapportée par Abu Bakr, Sahih al-Bukhari, hadiths 4240-4241 et 6725, Kitab al-Maghazi[47]
« Après la mort du Messager de Dieu, Fâtima, fille du Messager de Dieu, demanda à Abu Bakr as-Siddiq de lui remettre sa part d'héritage de ce que le Messager de Dieu avait laissé du butin sans combat à Médine, de Fadak, et de ce qui restait du Khumus du butin de Khaybar. Abu Bakr [...] refusa de lui en donner quoi que ce soit. Alors elle se fâcha contre Abu Bakr, s'éloigna de lui, et ne lui parla plus jusqu'à sa mort. Elle vécut encore six mois après la mort du Prophète. » — Sahih al-Bukhari, hadith 4240, Kitab al-Maghazi[48]
Cet aveu, consigné par Bukhari lui-même dans le recueil que le sunnisme considère comme le plus fiable après le Coran, constitue l'un des rares points sur lesquels sunnisme et chiisme s'accordent factuellement : Fâtima mourut fâchée contre Abu Bakr, sans réconciliation attestée par la source canonique sunnite elle-même.[49] Le chiisme, pour sa part, rejette l'authenticité du hadith de l'héritage prophétique, relevant qu'Abu Bakr en fut initialement le témoin unique et que ce hadith contredit les règles coraniques d'héritage énoncées ailleurs.[50]
Le sermon de Fadak : la voix de Fâtima devant l'assemblée
La tradition, principalement conservée par les sources chiites mais partiellement attestée aussi dans la littérature sunnite consacrée à l'éloquence féminine (le recueil Balaghat al-Nisa'), rapporte que Fâtima se rendit elle-même à la mosquée de Médine, se tint derrière un rideau, et prononça un discours resté célèbre sous le nom de « sermon de Fadak » (Khutbat al-Fadakiyya).[51] Elle y reprocha à Abu Bakr d'avoir spolié son héritage en violation du Coran et de la Sunna, citant à l'appui plusieurs versets sur le droit d'héritage — celui de Salomon héritant de David (27:16)[52], celui de Zacharie demandant un héritier (19:6)[53] — et défendit la légitimité de la succession d'Ali, qu'elle rattacha à la proclamation de Ghadir Khumm.[54] Selon cette tradition, conservée notamment dans le recueil Balaghat al-Nisa' attribué à Ibn Tayfur (m. 893), elle y reprocha à l'assemblée d'avoir délaissé le Livre de Dieu.[55]
Abu Bakr lui répondit brièvement, réaffirmant le hadith de l'héritage prophétique et proposant, selon plusieurs versions du récit, de subvenir personnellement à ses besoins sur ses propres biens — offre que Fâtima refusa.[56] L'authenticité de ce sermon, dans sa forme littéraire précise, est discutée par les islamologues : le sunnisme rejette généralement son attribution directe à Fâtima, tandis que le chiisme le tient pour l'un des textes fondateurs de sa mémoire politique et spirituelle.[57]
Mort et funérailles clandestines
Une disparition six mois après son père
Fâtima meurt à Médine environ six mois après son père, en l'an 11 de l'Hégire (632-633), à un âge que les sources situent, selon la chronologie retenue, entre dix-huit ans (calcul duodécimain, fondé sur une naissance vers 615) et vingt-sept ans (calcul sunnite, fondé sur une naissance vers 605).[58] La cause de sa mort oppose, une fois encore, les deux grandes traditions : le sunnisme l'attribue au chagrin consécutif à la perte de son père ; le chiisme la relie directement aux blessures subies lors de l'incident de sa maison.[59]
Des funérailles nocturnes et une tombe cachée
Selon al-Tabari, Fâtima exprima le vœu explicite qu'Abu Bakr n'assiste pas à ses funérailles ; ce souhait fut respecté par Ali, qui l'inhuma secrètement, de nuit, sans en révéler l'emplacement exact.[60] Deux hypothèses subsistent aujourd'hui sur le lieu de sa sépulture : le cimetière de al-Baqi', où reposent de nombreuses figures de l'islam primitif, ou sa propre maison, plus tard annexée à l'agrandissement de la mosquée du Prophète — sans qu'aucune source ancienne ne permette de trancher avec certitude.[61] Le chiisme voit dans ce choix délibéré du secret un signe supplémentaire de la rupture de Fâtima avec une partie de la communauté musulmane de son temps, en délibérée contradiction avec l'usage funéraire courant qui voulait qu'un défunt de ce rang soit accompagné par l'ensemble de la communauté.[62]
Une tradition rapportée par le théologien duodécimain al-Mufid (m. 1022) dans son Kitab al-Ikhtisas ajoute qu'au lendemain de la mort de Fâtima, Omar aurait menacé de faire exhumer son corps pour qu'une prière funéraire publique soit célébrée sur elle, provoquant selon ce récit une réplique indignée d'Ali : jurant par Dieu, il aurait déclaré que, de son vivant et tant qu'il tiendrait en main son sabre Zulfiqar, personne ne toucherait à la sépulture de son épouse.[63]
Le chercheur Vinay Khetia relève que cette réplique, si elle est authentique, constituerait la première menace de violence directe formulée par Ali depuis la mort de Mahomet, après des mois de retenue politique — signe, selon lui, de l'intensité du traumatisme causé par la perte de son épouse.[64]
- v. 605-615Naissance à La Mecque
Fâtima naît, fille cadette de Mahomet et de Khadija ; la datation exacte reste disputée entre traditions sunnite et chiite.
- 619L'année de tristesse
Mort de Khadija et d'Abu Talib ; Fâtima, encore enfant, perd sa mère et le protecteur clanique de son père.
- 622Émigration à Médine
Fâtima accompagne son père lors de l'Hégire vers Médine.
- 1-2 AH / 623-625Mariage avec Ali ibn Abi Talib
Le mariage est contracté peu après Badr ; la dot consiste dans la vente du bouclier de guerre d'Ali.
- 10 AH / 631-632Événement de la Mubahala
Fâtima, Ali, Hassan et Hussein accompagnent Mahomet lors du défi d'imprécation lancé aux chrétiens de Najran.
- 8 juin 632Mort de Mahomet
La réunion de Saqifa se tient sans la famille du Prophète ; Abu Bakr est reconnu premier calife.
- 632Incident de la maison de Fâtima
Omar exige le serment d'Ali ; sunnisme et chiisme rapportent des versions opposées de cet épisode et de ses conséquences.
- 632Différend de Fadak et sermon à la mosquée
Fâtima réclame en vain son héritage à Abu Bakr et prononce, selon la tradition, un discours resté célèbre à la mosquée de Médine.
- 11 AH / 632-633Mort et funérailles nocturnes
Fâtima meurt environ six mois après son père et est inhumée de nuit, à sa demande, en un lieu tenu secret.
Fâtima entre sunnisme et chiisme
Une vénération commune, une mémoire divisée
Le sunnisme et le chiisme s'accordent sur la stature exceptionnelle de Fâtima — titres coraniques, hadiths canoniques communs, statut de mère des deux petits-fils bien-aimés de Mahomet — mais divergent radicalement sur l'interprétation de sa fin de vie. Pour le sunnisme, elle demeure une figure vénérée mais dont la souffrance relève d'un deuil filial ordinaire ; pour le chiisme, elle est une martyre de l'injustice faite à la maison du Prophète, et le récit de sa Passion structure une part importante de la piété duodécimaine, à l'image de la place que tient le récit de la mort de son fils Hussein à Kerbala dans le même corpus mémoriel.[65]
L'infaillibilité, ou ismah, dans la doctrine duodécimaine
Le chiisme duodécimain range Fâtima parmi les Quatorze Infaillibles (ma'sumin), aux côtés de Mahomet et des douze imams, en vertu de la doctrine de l'ismah — l'immunité, divinement accordée, contre le péché et l'erreur dans la transmission religieuse.[66] Cette infaillibilité, selon la théologie duodécimaine, découle précisément de sa position charnière entre la prophétie de Mahomet et l'imamat de sa descendance, ainsi que des hadiths — dont celui de la purification — qui l'associent directement aux attributs des imams.[67] Elle est la seule femme à recevoir ce statut dans l'ensemble de la théologie islamique, sunnite comme chiite.
La relecture académique contemporaine
Le mémoire de maîtrise de Vinay Khetia, soutenu à l'université Concordia de Montréal en 2013, propose une synthèse précieuse de cette double mémoire : il montre comment la figure de Fâtima devient, dans les sources chiites successives, un « motif de souffrance et de contestation » de plus en plus élaboré au fil des siècles, tandis que la tradition sunnite tend, selon les chercheurs Lucas et Soufi qu'il cite, à minimiser systématiquement les conflits internes entre Compagnons — en particulier ceux qui touchent à la Saqifa.[68] L'historien Wilferd Madelung parvient à une conclusion prudente mais significative : sans pouvoir établir avec certitude l'intensité du recours à la force contre Fâtima, il relève que des sources sunnites elles-mêmes attestent qu'une perquisition fut bien menée dans sa maison — ce qui interdit de traiter la version chiite comme une pure fabrication tardive, sans pour autant en confirmer chaque détail.[69]
Fâtima et la Vierge Marie : un parallèle instructif pour un regard catholique
Ce que l'islam retient de Marie elle-même
Avant même de comparer Fâtima à Marie, il faut rappeler que le Coran lui-même honore la mère de Jésus d'une façon singulière : elle donne son nom à la sourate 19 (Maryam), y est appelée à plusieurs reprises « élue au-dessus des femmes des mondes » (Coran 3:42) — un titre presque identique à celui donné à Fâtima —, et le concile Vatican II relève lui-même que les musulmans « honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l'invoquent avec piété ».[70] Cette proximité verbale entre les titres de Marie et ceux de Fâtima n'est pas un hasard : plusieurs chercheurs, notamment l'historienne américaine Mary F. Thurlkill dans son étude comparative Chosen among Women, montrent que la piété chiite a construit, dès l'époque médiévale, une figure de Fâtima consciemment inspirée par certains traits de la dévotion mariale chrétienne environnante.[71]
Ressemblances de façade : sainteté féminine, douleur maternelle, intercession
Thurlkill relève plusieurs points de convergence entre les deux figures : toutes deux sont présentées comme des modèles de pureté féminine, toutes deux occupent une position d'intercession privilégiée auprès de leurs fidèles respectifs, et toutes deux sont associées à une douleur maternelle poignante — celle de Marie au pied de la Croix, celle de Fâtima pleurant la persécution de sa maison puis, par anticipation dans la piété chiite, le martyre à venir de son fils Hussein à Kerbala.[72] Le théologien al-Majlisi (m. 1699), cité par Thurlkill, présente ainsi Fâtima comme le symbole de la « sainte famille » chiite et de sa gloire eschatologique, dans des termes qui font écho, par leur structure, à certaines dévotions mariales médiévales.[73]
Différences décisives : maternité divine, Immaculée Conception, Assomption
Ce parallèle, réel sur le plan de l'histoire des religions, s'arrête cependant aux portes de la théologie catholique, pour trois raisons décisives.
Premièrement, Marie est Mère de Dieu (Theotokos), dogme défini au concile d'Éphèse en 431 : elle a porté en son sein la Personne divine du Verbe incarné. Fâtima, quelle que soit la vénération dont elle est l'objet, demeure dans la théologie islamique une créature parmi d'autres, fille d'un prophète et mère d'imams non prophètes — Hassan et Hussein n'étant jamais présentés, même par le chiisme le plus élevé dans sa christologie des imams, comme des personnes divines incarnées. La différence de nature entre les deux figures n'est donc pas seulement de degré, mais de nature métaphysique absolue.
Deuxièmement, l'Église catholique définit en 1854, par la bulle Ineffabilis Deus du bienheureux Pie IX, le dogme de l'Immaculée Conception : Marie fut préservée, dès le premier instant de sa conception, de toute tache du péché originel, en vue des mérites du Christ.[74] La doctrine chiite de l'ismah appliquée à Fâtima, si elle affirme elle aussi une forme de préservation du péché, ne repose sur aucun fondement christologique comparable : elle découle d'une lecture de versets coraniques et de hadiths propres à la tradition islamique, sans lien avec une Rédemption anticipée par les mérites d'un Sauveur incarné — puisque l'islam ne reconnaît précisément pas le Christ comme Sauveur au sens catholique du terme.
Troisièmement, l'Église définit en 1950, par la constitution apostolique Munificentissimus Deus de Pie XII, le dogme de l'Assomption : Marie, à la fin de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme dans la gloire céleste.[75] Aucune doctrine islamique comparable n'existe pour Fâtima, dont la tombe elle-même demeure, par un choix délibéré de son époux, cachée aux fidèles — situation qui contraste nettement avec la vénération publique et continue des reliques et tombeaux mariaux dans la tradition catholique depuis l'Antiquité chrétienne.
Le paradoxe d'une figure vénérée sans médiation salvifique
Le paradoxe le plus instructif, pour un regard catholique, tient à ceci : l'islam honore en Fâtima une figure de souffrance, de fidélité et d'intercession quasi maternelle envers les croyants, sans pouvoir lui reconnaître de rôle dans l'économie du salut telle que la conçoit la théologie catholique — puisque cette économie suppose un Rédempteur incarné, mort et ressuscité, dont l'islam nie précisément la divinité et la mort rédemptrice. La piété populaire chiite s'approche ainsi, par des voies propres à sa tradition, d'une intuition que la Révélation chrétienne assume et fonde pleinement : celle qu'une femme puisse occuper, aux côtés d'un envoyé de Dieu, une place de compassion et d'intercession sans équivalent parmi les autres créatures — intuition juste dans sa forme, mais privée, dans le cadre islamique, du fondement christologique qui seul lui donne sa pleine portée salvifique.
D'une légende médiévale à Notre-Dame de Fatima
Un fait curieux, sans lien historique direct avec Fâtima az-Zahra elle-même mais qui mérite d'être signalé pour éviter toute confusion, relie néanmoins son nom à l'histoire catholique européenne. Selon une légende portugaise consignée dès 1602 par le frère Bernardo de Brito dans sa Chronica de Cister, une princesse maure prénommée Fátima, fille d'un émir local, aurait été faite captive en 1158 par le chevalier portugais Gonçalo Hermingues, dit « Traga-Mouros » (« l'avaleur de Maures »).[76] Selon cette tradition, tombée amoureuse de son ravisseur, elle se serait librement convertie au catholicisme, aurait reçu au baptême le nom d'Oureana, et l'aurait épousé ; les terres qui leur furent données en présent auraient alors pris le nom de « terre de Fátima » — origine légendaire du nom du village portugais où, presque huit siècles plus tard, la Vierge Marie apparaîtra en 1917.[77]
Cette légende, transmise oralement pendant des générations avant sa mise par écrit, ne concerne donc pas directement la fille de Mahomet, mais une princesse musulmane anonyme ayant simplement reçu, plusieurs siècles plus tard, un prénom déjà répandu dans le monde arabo-musulman en l'honneur de Fâtima az-Zahra. Elle éclaire cependant, par un jeu de miroir inattendu, la façon dont deux traditions religieuses peuvent se croiser, sans jamais se confondre, autour d'un même toponyme — celui que porte aujourd'hui le grand sanctuaire marial de Notre-Dame de Fatima.
Pour aller plus loin
- Mahomet (v. 570-632) — la vie du prophète de l'islam, père de Fâtima.
- Aïcha bint Abi Bakr (v. 614-678) — la troisième épouse de Mahomet, dont la rivalité mémorielle avec la maison de Fâtima structure une part des tensions entre sunnisme et chiisme.
- Omar ibn al-Khattab (v. 584-644) — le second calife sunnite, dont le rôle dans l'incident de la maison de Fâtima est ici analysé en détail.
- Que dit l'Église sur l'islam ? — le dossier doctrinal d'ensemble sur le Coran, la christologie islamique et la réponse catholique.
- Notre-Dame de Fatima — le sanctuaire marial portugais dont le nom, par une légende médiévale, se relie indirectement à celui de Fâtima az-Zahra.
Notes et références
Wikipedia contributors, « Fatima », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, synthèse encyclopédique s'appuyant notamment sur Wilferd Madelung, The Succession to Muhammad: A Study of the Early Caliphate, Cambridge University Press, Cambridge, 1997 ; Hassan Abbas, The Prophet's Heir: The Life of Ali ibn Abi Talib, Yale University Press, New Haven, 2021 ; Laura Veccia Vaglieri, « Fatima », Encyclopaedia of Islam, 2ᵉ éd., vol. II, Brill, Leyde, p. 841-850 ; Vinay Khetia, Fatima as a Motif of Contention and Suffering in Islamic Sources, mémoire de maîtrise, Concordia University, Montréal, 2013 ; Verena Klemm et les recueils biographiques classiques d'Ibn Sa'd (Kitab al-Tabaqat al-Kabir) et d'al-Tabari (Ta'rikh al-rusul wa-l-muluk).
1 2 4 5 6 7 8 9 10 15 16 17 18 22 23 24 26 27 29 34 36 44 45 46 50 58 59 65Wikipedia contributors, « The Fourteen Infallibles », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, sur la doctrine chiite duodécimaine de l'ismah (infaillibilité) appliquée à Mahomet, Fâtima et aux douze imams.
3 66 67Wikipedia contributors, « Marital life of Fatima », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, s'appuyant sur Ibn Sa'd, Kitab al-Tabaqat al-Kabir, sur la date du mariage, le montant de la dot (bouclier vendu 400-500 dirhams, base du mahr al-sunna) et le déroulement du banquet de noces.
11 12 13Sahih al-Bukhari, hadith 5361, Kitab an-Nafaqat (Livre de l'entretien de la famille), narré par Ali ibn Abi Talib : dire au coucher trente-trois fois subhan Allah, trente-trois fois al-hamdu lillah et trente-quatre fois Allahu akbar, formule enseignée à Ali et Fâtima avant le sommeil, collection consultée via Sunnah.com.
14Laura Veccia Vaglieri, « Fatima », Encyclopaedia of Islam, 2ᵉ édition, vol. II, éd. P. J. Bearman et al., Brill, Leyde, p. 841-850, sur le silence des sources anciennes concernant l'apparence physique de Fâtima et sur le propos que al-Khwarazmi (m. 1172) prête à Mahomet au sujet de Fâtima.
19Sahih al-Bukhari, hadiths 6285-6286, Kitab al-Isti'dhan (Livre de la demande de permission de se retirer), narrés par Aïcha, collection consultée via Sunnah.com.
20Sahih Muslim, hadith 2450, Kitab Fada'il al-Sahaba (Livre des mérites des Compagnons), collection consultée via Sunnah.com.
21Mohammad Ali Amir-Moezzi et Jean Calmard, « FĀṬEMA », Encyclopaedia Iranica, vol. IX, fasc. 4, 1999, p. 400-404, sur la place de Fâtima comme point d'origine généalogique des Ahl al-Bayt vénérés par le chiisme.
25Coran, sourate al-Ahzab (« Les coalisés »), verset 33:33, traduction française d'après le sens du texte arabe, dit « verset de la purification ».
28Wikipedia contributors, « Event of the Mubahala », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, citant Sahih Muslim, hadith 2404, sur la réunion des Ahl al-Kisa au moment de la révélation du verset 3:61, et sur le retrait de la délégation chrétienne de Najran.
30 32 33Coran, sourate Al Imran (« La famille d'Imran »), verset 3:61, traduction française d'après le sens du texte arabe, sur le défi de la Mubahala.
31Wilferd Madelung, The Succession to Muhammad: A Study of the Early Caliphate, Cambridge University Press, Cambridge, 1997, chap. 1-2, sur la réunion de Saqifa, l'exclusion de la maison de Mahomet, et son évaluation prudente du recours à la force contre Fâtima.
35 40 69al-Tabari (839-923), Ta'rikh al-rusul wa-l-muluk, et al-Baladhuri (m. 892), Ansab al-Ashraf, sur la menace d'Omar d'incendier la maison de Fâtima si ses occupants refusaient de prêter serment à Abu Bakr, passages cités et discutés dans Wilferd Madelung, The Succession to Muhammad, op. cit., chap. 2.
37Position de la tradition sunnite classique, rejetant catégoriquement toute violence physique contre Fâtima ou incendie effectif de la porte, et attribuant sa mort au chagrin de la perte de son père. Synthèse consultée à travers les sources biographiques sunnites standard et leur discussion critique dans la littérature académique comparée (Madelung, Veccia Vaglieri, Abbas, Khetia, cités ci-dessus et ci-dessous).
38Sulaym ibn Qays al-Hilali (attribution traditionnelle), Kitab Sulaym ibn Qays, sur le récit de l'incendie de la porte et du coup porté à Fâtima ; voir aussi Muhammad ibn Ya'qub al-Kulayni (m. 941), al-Kafi ; Ibn Qulawayh (m. 978), Kamil al-Ziyarat ; et al-Shaykh al-Mufid (m. 1022), Kitab al-Irshad, qui présentent Fâtima comme martyre de cet épisode dans la tradition duodécimaine.
39Vinay Khetia, Fatima as a Motif of Contention and Suffering in Islamic Sources, mémoire de maîtrise, Department of Religion, Concordia University, Montréal, janvier 2013, sur la censure éditoriale partielle de l'incident chez Abu Ubayd al-Qasim ibn Sallam, al-Tabari et al-Mas'udi, sur l'aveu attribué à Abu Bakr sur son lit de mort, et sur la menace d'exhumation rapportée par al-Mufid (m. 1022) dans son Kitab al-Ikhtisas.
41 42 63 64 68Coran, sourate al-Hashr (« L'Exode »), verset 59:6, sur le statut particulier du butin obtenu sans combat (fay'), base juridique du différend sur Fadak.
43Sahih al-Bukhari, hadiths 4240-4241 et 6725, Kitab al-Maghazi (Livre des expéditions), narrés par Aïcha, sur la demande d'héritage de Fâtima, le hadith rapporté par Abu Bakr sur l'absence d'héritage prophétique, et la brouille de Fâtima avec Abu Bakr jusqu'à sa mort, collection consultée via Sunnah.com.
47 48 49Wikipedia contributors, « Sermon of Fadak », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, citant Ibn Abi Tahir Tayfur (m. 893), Balaghat al-Nisa', pour le texte du sermon, et sur les versets coraniques cités par Fâtima (27:16, 19:6) à l'appui de sa demande d'héritage.
51 54 55 56 57Coran, sourate al-Naml (« Les fourmis »), verset 27:16, sur l'héritage de Salomon reçu de David, cité dans le sermon de Fadak.
52Coran, sourate Maryam, verset 19:6, sur la prière de Zacharie pour un héritier, cité dans le sermon de Fadak.
53Wikipedia contributors, « Burial of Fatima », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, citant al-Tabari sur le vœu de Fâtima que Abu Bakr n'assiste pas à ses funérailles, et sur l'incertitude persistante entre le cimetière d'al-Baqi' et sa propre maison comme lieu de sépulture.
60 61 62Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, § 3, 28 octobre 1965, sur la vénération musulmane de Marie, mère virginale de Jésus.
70Mary F. Thurlkill, Chosen among Women: Mary and Fatima in Medieval Christianity and Shi'ite Islam, University of Notre Dame Press, Notre Dame (Indiana), 2007, notamment sur la construction de la figure de Fâtima par Muhammad Baqir al-Majlisi (m. 1699) comme symbole de la sainte famille chiite, et sur le parallèle structurel avec la dévotion mariale médiévale.
71 72 73Bienheureux Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854, définissant le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie.
74Pie XII, constitution apostolique Munificentissimus Deus, 1ᵉʳ novembre 1950, définissant le dogme de l'Assomption corporelle de la Vierge Marie.
75Frei Bernardo de Brito (1569-1617), Chronica de Cister, Lisbonne, 1602, source la plus ancienne de la légende de la princesse maure Fátima et du chevalier Gonçalo Hermingues, dit « Traga-Mouros » ; synthèse croisée avec Wikipedia contributors, « Fátima, Portugal », Wikipedia, The Free Encyclopedia, version consultée en juillet 2026, et le site officiel du sanctuaire, infatima.pt, section « Légende ».
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