Gerhard Ludwig Müller (1947-)

Gerhard Ludwig Müller, né en 1947 à Mayence, théologien et cardinal allemand, a dirigé la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2012 à 2017, sous Benoît XVI puis François.

Ignispedia

Gerhard Ludwig Müller, né le 31 décembre 1947 à Mayence-Finthen, en Allemagne, est un cardinal et théologien catholique allemand, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 2 juillet 2012 au 1er juillet 2017.[1][2] Professeur de dogmatique à Munich de 1986 à 2002, puis évêque de Ratisbonne de 2002 à 2012, il a été créé cardinal par le pape François le 22 février 2014.[3][4]

Son nom reste attaché à deux chantiers précis. Le premier est universitaire : sa Katholische Dogmatik parue chez Herder en 1995, un manuel de près de neuf cents pages réédité sept fois jusqu’en 2007.[5] Le second est romain : pendant cinq ans, il a présidé le dicastère chargé de veiller sur la doctrine, ainsi que la Commission pontificale Ecclesia Dei, la Commission biblique pontificale et la Commission théologique internationale.[6] Depuis la fin de son mandat en 2017, il intervient comme cardinal dans des débats publics de l’Église, avec des textes datés que cet article rapporte à leur date, sans les confondre avec les actes de son mandat de préfet.

En quelques dates

  1. 31 décembre 1947
    Naissance à Mayence-Finthen

    Gerhard Ludwig Müller naît à Finthen, quartier de Mayence, fils de Martin Müller, employé d’une usine automobile, et de Lioba, née Straub.[7]

  2. 1977
    Doctorat sur Dietrich Bonhoeffer

    Il soutient son doctorat sous la direction du professeur Karl Lehmann, futur cardinal, sur l’Église et les sacrements chez le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer.[8]

  3. 11 février 1978
    Ordination sacerdotale

    Il est ordonné prêtre à Mayence-Finthen par le cardinal Hermann Volk.[9]

  4. 1986
    Chaire de dogmatique à Munich

    Après son habilitation à Fribourg en 1985, il occupe la chaire de théologie dogmatique de l’université Louis-et-Maximilien de Munich, jusqu’en 2002.[10]

  5. 24 novembre 2002
    Ordination épiscopale à Ratisbonne

    Nommé évêque de Ratisbonne le 1er octobre 2002 par Jean-Paul II, il est ordonné en la cathédrale le 24 novembre 2002 par le cardinal Friedrich Wetter et choisit la devise Dominus Jesus.[11]

  6. 2 juillet 2012
    Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi

    Benoît XVI le nomme préfet, à la suite du cardinal William Levada, et l’élève à la dignité d’archevêque.[12]

  7. 22 février 2014
    Créé cardinal par François

    Le pape François le crée cardinal au consistoire du 22 février 2014, avec le titre de Sainte-Agnès en Agone.[13]

  8. 1er juillet 2017
    Fin du mandat de préfet

    Au terme de son mandat de cinq ans, le pape François nomme son successeur, Mgr Luis Ladaria Ferrer, jusqu’alors secrétaire de la Congrégation.[14]

  9. 8 février 2019
    Manifeste de la foi

    Il publie un texte de quatre pages, signé à Rome le 10 février 2019, qui rappelle des vérités du Catéchisme face à ce qu’il appelle une confusion croissante sur la doctrine.[15]

Formation et ministère sacerdotal

Mayence, Munich et Fribourg : le parcours d’études

Gerhard Müller fait ses études secondaires au lycée Willigis de Mayence, puis étudie la philosophie et la théologie à Mayence, à Munich et à Fribourg-en-Brisgau.[16] Ce triple ancrage compte : Mayence est son diocèse d’origine, Munich deviendra son université, et Fribourg le lieu de son doctorat et de son habilitation. La biographie officielle publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi présente ce parcours sans rupture, de l’étudiant de Mayence au professeur de Munich.[17]

En 1977, il obtient son doctorat sous la direction de Karl Lehmann, alors professeur et futur archevêque de Mayence puis cardinal.[18] Le sujet peut surprendre pour un futur préfet de la doctrine : la thèse porte sur l’Église et les sacrements dans le christianisme sans religion de Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien luthérien mort en 1945 dans un camp nazi.[19] Dès ce premier travail, Müller travaille donc sur un auteur protestant, dans une perspective qu’il qualifie lui-même d’œcuménique, et ce fil ne quittera plus son œuvre.[20]

Prêtre de paroisse et enseignant, de 1978 à 1986

Le 11 février 1978, il est ordonné prêtre à Mayence-Finthen par le cardinal Hermann Volk, évêque de Mayence.[21] Il sert ensuite dans trois paroisses, à Klein-Krotzenburg, à Bürstadt et à Offenbach, et enseigne la religion dans des lycées de Büdingen et de Nidda.[22] Ces huit années de ministère ordinaire précèdent immédiatement sa carrière universitaire pleine : quand il prend sa chaire en 1986, il a déjà exercé comme curé et comme professeur du secondaire.

En 1985, il soutient son habilitation à Fribourg-en-Brisgau, le diplôme qui ouvre en Allemagne l’accès aux chaires universitaires.[23] L’année suivante, il prend la chaire de théologie dogmatique de l’université Louis-et-Maximilien de Munich, qu’il occupera seize ans, jusqu’à son départ pour Ratisbonne en 2002.[24] Il y reste ensuite professeur honoraire.

Professeur de dogmatique à Munich, de 1986 à 2002

Une chaire, des commissions, un réseau romain

Pendant ses années munichoises, Müller assure aussi une aide pastorale à la paroisse Leiden Christi de Munich.[25] À partir de 1990, il est membre de la commission pour la doctrine et la foi de la Conférence épiscopale allemande.[26] De 1998 à 2003, il siège à la Commission théologique internationale, l’organisme de théologiens qui assiste la Congrégation pour la doctrine de la foi à Rome.[27]

En 1999, il est nommé expert, ou peritus, au synode des évêques pour l’Europe, puis en 2001 conseiller théologique au synode sur l’évêque serviteur de l’Évangile.[28] Autrement dit, avant même de devenir évêque, il connaît déjà de l’intérieur les deux lieux où se fera la suite de son parcours : la conférence épiscopale allemande et les organismes doctrinaux romains.

La Katholische Dogmatik de 1995, son ouvrage de référence

En 1995, les éditions Herder, à Fribourg, publient sa Katholische Dogmatik. Für Studium und Praxis der Theologie, en français Dogmatique catholique, pour l’étude et la pratique de la théologie.[29] La biographie vaticane la décrit comme un ouvrage d’environ neuf cents pages, réédité à sept reprises jusqu’en 2007 et traduit en espagnol, en italien et en hongrois, avec une traduction tchèque alors en préparation.[30] C’est ce manuel qui établit sa réputation de dogmaticien dans le monde germanophone et au-delà.

Le tableau ci-dessous rassemble ses ouvrages principaux, avec leurs éditeurs et leurs années, tels que les donne la bibliographie officielle du Vatican.[31]

AnnéeOuvrageÉditeur ou collection
1979Bonhoeffers Theologie der SakramenteFrancfort, collection FTS 28
1980Für andere da. Christus, Kirche, Gott in Bonhoeffers SichtPaderborn, collection KKTS 44
1986Gemeinschaft und Verehrung der HeiligenFribourg, Herder
1989Was heißt: Geboren von der Jungfrau Maria?Fribourg, collection QD 119
1995Katholische DogmatikFribourg, Herder
2000Priestertum und DiakonatFribourg, collection Horizonte NF 33
2001Mit der Kirche denkenWurtzbourg
2002Die Messe. Quelle christlichen LebensAugsbourg
2004An der Seite der Armen, avec Gustavo GutiérrezAugsbourg
2014The Hope of the Family, dialogue en anglaisSan Francisco, Ignatius Press
2015Benedikt und FranziskusFribourg, Herder

Deux lignes se dégagent de cette liste. La première est bonhoefferienne : ses deux premiers livres, en 1979 et 1980, prolongent directement sa thèse de 1977 sur le théologien protestant.[32] La seconde est ecclésiologique et sacramentelle : la communion des saints en 1986, le sacerdoce et le diaconat en 2000, puis la messe comme source de la vie chrétienne en 2002, l’année même de son ordination épiscopale.[33]

Évêque de Ratisbonne, de 2002 à 2012

Un évêque professeur, entre écoles, liturgie et mission urbaine

Le 1er octobre 2002, Jean-Paul II le nomme évêque de Ratisbonne, en Bavière.[34] Il est ordonné le 24 novembre 2002, en la fête du Christ Roi, dans la cathédrale de Ratisbonne, par le cardinal Friedrich Wetter, archevêque de Munich et Freising, en présence du cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.[35] Il choisit pour devise Dominus Jesus, Jésus est le Seigneur, une confession tirée de la lettre aux Romains.[36]

« Si de ta bouche tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé. » Lettre aux Romains 10, 9, traduction liturgique, devise épiscopale de Gerhard Müller[37]

La biographie vaticane résume ses priorités d’évêque en quatre mots : la prédication, la culture, la liturgie et les œuvres de charité.[38] En novembre 2003, il crée une fondation scolaire diocésaine qui prend en charge neuf écoles catholiques.[39] Entre 2004 et 2005, il visite les huit régions de son diocèse, réorganise en 2005 l’apostolat des laïcs, et lance entre 2008 et 2009 une mission urbaine à Ratisbonne mobilisant plus de mille bénévoles.[40] Il relance aussi la procession équestre de la Pentecôte de Kötzting, vieille de six cents ans, comme procession eucharistique attirant, selon la même source, environ quarante mille personnes chaque année.[41]

Pendant ce même épiscopat, il participe au synode des évêques de 2005 sur l’Eucharistie et accueille Benoît XVI lors de son voyage apostolique en Bavière en septembre 2006.[42] Au sein de la Conférence épiscopale allemande, il préside la commission pour les relations œcuméniques et copréside la commission commune avec les Églises orthodoxes.[43]

L’Institut Benoît XVI de Ratisbonne, fondé en 2008

En 2008, l’évêque Müller fonde à Ratisbonne l’Institut Benoît XVI.[44] Benoît XVI lui a personnellement confié la publication de ses écrits rassemblés, les Gesammelte Schriften, chez Herder à Fribourg, un ensemble prévu en seize volumes.[45] La tâche propre de l’institut est de réunir et de publier l’œuvre complète de Joseph Ratzinger, y compris des textes encore inédits.[46] Ce lien éditorial avec le pape théologien précède de quatre ans la nomination romaine de 2012 : quand Benoît XVI cherche un préfet pour la doctrine, il appelle l’évêque qui édite déjà son œuvre.

Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, de 2012 à 2017

La nomination du 2 juillet 2012 et la confirmation de 2013

Le 2 juillet 2012, Benoît XVI le nomme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à la suite du cardinal américain William Levada, et l’élève à la dignité d’archevêque.[47] La fonction cumule alors trois présidences liées : la Commission pontificale Ecclesia Dei, compétente pour les questions liées à l’ancienne liturgie, la Commission biblique pontificale et la Commission théologique internationale.[48] Quelques semaines plus tôt, le 12 juin 2012, il avait déjà été nommé membre de la Congrégation pour l’éducation catholique et du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.[49]

Après l’élection du pape François en mars 2013, celui-ci le confirme comme préfet le 21 septembre 2013.[50] Müller exerce donc la même charge sous deux pontificats successifs, celui qui l’a nommé et celui qui l’a maintenu. En 2014, François le nomme en outre membre de plusieurs autres organismes de la Curie, dont la Congrégation pour les Églises orientales et le Conseil pontifical de la culture.[51]

Créé cardinal le 22 février 2014

Le 22 février 2014, le pape François le crée cardinal au consistoire, avec le titre de l’église Sainte-Agnès en Agone, sur la place Navone à Rome.[52] Il est alors cardinal diacre, selon l’usage pour les préfets de dicastère créés cardinaux pendant leur mandat. Le parcours est ainsi complet en moins de douze ans : professeur de Munich en 2002, évêque la même année, préfet dix ans plus tard, puis cardinal.

La fin du mandat, le 1er juillet 2017

Le 1er juillet 2017, le Vatican annonce qu’au terme de son mandat de cinq ans, le pape François a nommé pour lui succéder Mgr Luis Ladaria Ferrer, jésuite espagnol qui était secrétaire de la Congrégation depuis 2008.[53] Le mandat de Müller, commencé le 2 juillet 2012, s’achève donc à son échéance quinquennale ordinaire, sans renouvellement.[54] À partir de cette date, ses interventions publiques n’engagent plus un préfet en exercice : elles relèvent de sa responsabilité de cardinal et de théologien, distinction que la suite de cet article observe systématiquement.

L’œuvre théologique

Un dogmaticien formé sur Bonhoeffer

Le point de départ de l’œuvre n’est pas un système abstrait, mais une thèse sur un autre théologien. Sa dissertation de 1977, dirigée par Karl Lehmann, s’intitule en allemand Kirche und Sakramente im religionslosen Christentum, l’Église et les sacrements dans le christianisme sans religion, et étudie la contribution de Bonhoeffer à une théologie sacramentelle œcuménique.[55] Ses deux premiers livres la prolongent, en 1979 sur la théologie des sacrements de Bonhoeffer, puis en 1980 sur le Christ, l’Église et Dieu dans sa vision d’un monde devenu adulte.[56]

Ce départ éclaire un trait durable : Müller a construit sa dogmatique en dialogue avec la théologie protestante, sans quitter le terrain catholique. Sa fonction ultérieure de président de la commission œcuménique des évêques allemands, puis son travail romain, prolongent ce premier chantier universitaire.[57]

Avec Gustavo Gutiérrez, un livre sur la théologie de la libération

En 2004, il publie à Augsbourg, avec le théologien dominicain péruvien Gustavo Gutiérrez, un ouvrage intitulé An der Seite der Armen. Theologie der Befreiung, aux côtés des pauvres, théologie de la libération.[58] Gutiérrez est l’auteur péruvien associé à la naissance de la théologie de la libération en Amérique latine, et leur collaboration, nourrie de voyages et de travail commun au Pérou, a valu à Müller un doctorat honoris causa de l’université de Lima.[59]

Ce fait doit être rapporté tel quel, parce qu’il corrige une image trop simple du futur préfet. Le même homme qui veillera à Rome sur la doctrine a coécrit un livre avec le théologien de la libération le plus connu, et les distinctions qu’il opère ensuite entre une théologie attentive aux pauvres et ses déformations idéologiques viennent aussi de cette fréquentation directe, pas seulement d’un dossier lu à distance.

La pauvreté, la famille et l’espérance : les livres d’entretien

Après les manuels universitaires viennent des livres d’entretien destinés à un public plus large. En 2014 paraît en anglais, chez Ignatius Press à San Francisco, The Hope of the Family, un dialogue sur la famille, publié l’année même du premier synode de François sur la famille.[60] En 2015, Herder publie à Fribourg Benedikt und Franziskus, Benoît et François, leur service dans la succession de Pierre, un essai sur les deux papes qu’il a servis comme préfet.[61]

La biographie vaticane lui attribue au total plus de cinq cents publications académiques, dans des domaines qui vont de l’œcuménisme à l’herméneutique théologique et à l’ecclésiologie.[62] Il a reçu des doctorats honoris causa de trois universités catholiques polonaises, à Lublin en 2004, à Varsovie en 2007 et à Wrocław en 2015, ainsi que de l’université de Lima.[63] En 2001, il entre à l’Académie pontificale saint Thomas d’Aquin.[64]

Positions rapportées, avec leurs dates

Cette partie suit un ordre strictement chronologique. Chaque position est celle de son auteur à la date indiquée, rapportée dans ses mots ou dans sa formulation publique la plus proche, et elle n’engage l’Église que dans la mesure où un acte officiel la reprendrait, ce qui est précisé à chaque fois.

Février 2017 : aucune contradiction entre Amoris Laetitia et l’enseignement antérieur

En février 2017, encore préfet en exercice, Müller déclare dans un entretien que l’exhortation Amoris Laetitia du pape François ne contredit pas l’enseignement antérieur de l’Église sur le mariage, notamment l’exigence rappelée par Jean-Paul II dans Familiaris Consortio.[65] Il soutient alors que le texte pontifical doit se lire dans la continuité de la doctrine sur l’indissolubilité, et non comme une rupture avec elle. Cette lecture de continuité, donnée par le préfet chargé de la doctrine pendant son mandat, fait partie du dossier de réception de l’exhortation au même titre que les lectures différentes proposées par d’autres évêques à la même époque.

Février 2019 : le Manifeste de la foi

Le 8 février 2019, l’agence Catholic News Agency publie son texte le plus cité depuis la fin de son mandat, intitulé Manifeste de la foi, signé à Rome le 10 février 2019.[66] Müller y explique que des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs lui ont demandé un témoignage public sur la vérité de la révélation, face à ce qu’il appelle une confusion croissante au sujet de la doctrine de la foi.[67] Le texte parcourt ensuite, en s’appuyant sur les numéros du Catéchisme de l’Église catholique, la Trinité, l’unicité du Sauveur, les sacrements, la loi morale et la vie éternelle.

« Que votre cœur ne soit pas bouleversé. » Évangile selon saint Jean 14, 1, verset placé en ouverture du Manifeste de la foi du cardinal Müller, février 2019[68]

Le texte se conclut par un appel adressé aux fidèles à tenir la confession de la vérité sur Jésus-Christ, sous la protection de Marie, Mère de Dieu.[69] Il s’agit d’un texte personnel d’un cardinal, sans valeur d’acte magistériel : sa portée est celle d’un témoignage public d’un ancien préfet, et c’est à ce titre, avec ce degré d’autorité précis, qu’il est rapporté ici.

De 2019 à 2023 : des interventions de cardinal, à dater une à une

Après 2019, ses interventions les plus relayées portent sur des actes pontificaux précis. Sur Traditionis Custodes, le motu proprio du 16 juillet 2021 qui a restreint la célébration de la messe selon le missel de 1962, il exprime publiquement ses critiques dans les années qui suivent, en jugeant notamment problématique et peu pastorale la manière dont certains évêques l’appliquent pour limiter l’ancien rite.[70] Sur le Chemin synodal allemand, le processus de réforme engagé par l’Église d’Allemagne à partir de 2019, il fait partie des voix cardinalices qui en critiquent publiquement les orientations doctrinales, au fil de ses votes et de ses textes entre 2021 et 2024.

En décembre 2023, quelques jours après la publication de la déclaration Fiducia Supplicans du Dicastère pour la doctrine de la foi, le 18 décembre 2023, qui ouvre la possibilité de bénédictions pastorales pour des couples en situation irrégulière, il publie le 21 décembre 2023, dans le média américain The Pillar, une analyse où il juge le document contradictoire avec lui-même.[71] Son argument, tel qu’il le formule alors, porte sur la cohérence interne du texte : bénir pastoralement une union tout en affirmant ne rien changer à la doctrine du mariage lui paraît intenable. Cette analyse est, là encore, un texte personnel d’un cardinal publié dans la presse, postérieur de six ans à son mandat de préfet, et non un acte du dicastère qu’il avait dirigé.

Ce que ces positions ne sont pas

Aucun de ces textes postérieurs à 2017 n’est un acte de la Congrégation, devenue Dicastère pour la doctrine de la foi. Le préfet en exercice depuis le 1er juillet 2023 est le cardinal Víctor Manuel Fernández, nommé par François, et c’est à ce dicastère, sous son autorité et celle du pape, qu’appartiennent les actes doctrinaux officiels de ces années-là.[72] Rapporter fidèlement les positions du cardinal Müller, avec leurs dates et leurs supports de publication, n’équivaut donc ni à les adopter comme doctrine de l’Église, ni à les écarter sans les avoir lues : c’est les situer exactement dans la vie publique de l’Église de leur temps.

Pour aller plus loin

Le lecteur qui veut vérifier par lui-même dispose d’abord des sources officielles. La biographie publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi sur le site du Saint-Siège donne, en un seul document, le curriculum, les actes de l’épiscopat de Ratisbonne, la fondation de l’Institut Benoît XVI en 2008 et la bibliographie des ouvrages jusqu’en 2015.[73] Pour l’œuvre universitaire, la Katholische Dogmatik de 1995, chez Herder à Fribourg, reste le point d’entrée, avec ses sept éditions successives.[74] Pour le théologien en dialogue, le livre de 2004 avec Gustavo Gutiérrez et le dialogue de 2014 sur la famille montrent deux registres différents du même auteur.[75][76] Pour les interventions récentes, le Manifeste de la foi de février 2019 et l’analyse du 21 décembre 2023 sur Fiducia Supplicans se lisent dans leurs textes intégraux publiés, et non dans les résumés qui en circulent.[77][78]

Sur Ignispedia, le parcours de Müller croise celui du pape Benoît XVI, qui l’a nommé préfet et lui a confié l’édition de ses écrits, celui du cardinal Walter Kasper, autre théologien allemand de sa génération aux positions souvent différentes, et celui du cardinal Raymond Burke, son contemporain dans les débats publics des années 2010 et 2020.

Notes et références

  1. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, site du Saint-Siège, vatican.va, version mise à jour au 19 mai 2016, consultée en octobre 2026. Source officielle pour le curriculum, l’épiscopat de Ratisbonne, l’Institut Benoît XVI et la bibliographie.

    1 17 73
  2. Congrégation puis Dicastère pour la doctrine de la foi, liste des préfets : Gerhard Ludwig Müller du 2 juillet 2012 au 1er juillet 2017, successeur de William Levada et prédécesseur de Luis Ladaria Ferrer.

    2 54
  3. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : études à Mayence, Munich et Fribourg, doctorat en 1977, chaire de Munich de 1986 à 2002.

    3
  4. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : créé cardinal par le pape François au consistoire du 22 février 2014, cardinal diacre de Sainte-Agnès en Agone.

    4 13 52
  5. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, section Works : Katholische Dogmatik. Für Studium und Praxis der Theologie, Herder, Fribourg, 1995, sept éditions jusqu’en 2007, traductions espagnole, italienne et hongroise.

    5 29 30 74
  6. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, section Work with the Universal Church : nominations des 12 juin et 2 juillet 2012, confirmation par François le 21 septembre 2013.

    6 12 47 48 49 50 51
  7. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : né le 31 décembre 1947 à Finthen, fils de Martin Müller et de Lioba, née Straub, scolarité au Willigis Gymnasium de Mayence.

    7
  8. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : doctorat en 1977 sous la direction du professeur Karl Lehmann.

    8 18
  9. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : ordonné prêtre le 11 février 1978 à Mayence-Finthen par le cardinal Hermann Volk.

    9 21
  10. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : habilitation en 1985 à Fribourg, chaire de théologie dogmatique à l’université Louis-et-Maximilien de Munich à partir de 1986, professeur honoraire ensuite.

    10 23 24
  11. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : nommé évêque de Ratisbonne le 1er octobre 2002 par Jean-Paul II, ordonné le 24 novembre 2002 par le cardinal Friedrich Wetter, devise Dominus Jesus.

    11 34 35
  12. Saint-Siège, annonce du 1er juillet 2017 : au terme du mandat quinquennal commencé le 2 juillet 2012, Luis Ladaria Ferrer, secrétaire de la Congrégation depuis 2008, succède à Gerhard Müller comme préfet.

    14 53 72
  13. Gerhard Ludwig Müller, Manifesto of Faith, Catholic News Agency, 8 février 2019, texte signé à Rome le 10 février 2019.

    15 66
  14. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : philosophie et théologie à Mayence, Munich et Fribourg-en-Brisgau.

    16
  15. Gerhard Ludwig Müller, Kirche und Sakramente im religionslosen Christentum. Bonhoeffers Beitrag zu einer ökumenischen Sakramententheologie, thèse de doctorat, 1977, titre cité par la biographie vaticane précitée.

    19 55
  16. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, section Works : plus de cinq cents publications, liste des ouvrages de 1979 à 2015 avec éditeurs et collections.

    20 31 32 33 56 58 61 62 75
  17. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : paroisses de Klein-Krotzenburg, Bürstadt et Offenbach, enseignement à Büdingen et Nidda.

    22
  18. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : aide pastorale à la paroisse Leiden Christi de Munich pendant les années universitaires.

    25
  19. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : commission doctrine et foi des évêques allemands dès 1990, Commission théologique internationale de 1998 à 2003.

    26 27
  20. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité : peritus au synode pour l’Europe en 1999, conseiller théologique au synode de 2001 sur l’évêque.

    28
  21. Lettre aux Romains 10, 9, traduction liturgique française : devise Dominus Jesus choisie lors de l’ordination épiscopale du 24 novembre 2002, selon la biographie vaticane précitée.

    36 37
  22. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, sections Consecration as Bishop et Activities as Bishop : fondation scolaire de novembre 2003, visites de 2004 et 2005, mission urbaine de 2008 et 2009, procession de Kötzting, synode de 2005, accueil de Benoît XVI en septembre 2006, commissions œcuméniques allemandes.

    38 39 40 41 42 43 57
  23. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, section Founding of the Pope Benedict XVI Institute : institut fondé en 2008 à Ratisbonne pour publier les seize volumes des écrits rassemblés de Joseph Ratzinger chez Herder, Fribourg.

    44 45 46
  24. Congrégation pour la doctrine de la foi, Biography of Cardinal Gerhard Müller, précité, section International Recognition : Académie pontificale saint Thomas d’Aquin en 2001, doctorats honoris causa de Lublin en 2004, Varsovie en 2007, Wrocław en 2015 et Lima.

    59 63 64
  25. Gerhard Ludwig Müller, The Hope of the Family. A Dialogue with Gerhard Cardinal Müller, Ignatius Press, San Francisco, 2014, cité dans la bibliographie vaticane précitée.

    60 76
  26. Gerhard Ludwig Müller, entretien de février 2017, alors préfet en exercice : lecture d’Amoris Laetitia dans la continuité de Familiaris Consortio de Jean-Paul II sur l’indissolubilité du mariage, position rapportée par la presse catholique de février 2017.

    65
  27. Gerhard Ludwig Müller, Manifesto of Faith, texte intégral, février 2019 : ouverture par Jean 14, 1, demande de témoignage public formulée par des évêques, prêtres, religieux et laïcs, parcours des vérités du Catéchisme, conclusion mariale.

    67 68 69 77
  28. Gerhard Ludwig Müller, propos publics rapportés en 2025 sur l’application de Traditionis Custodes, motu proprio du 16 juillet 2021 : application jugée problématique et peu pastorale quand elle limite l’ancienne liturgie, conférence Call to Holiness, Michigan, 2025, compte rendu de presse.

    70
  29. Gerhard Ludwig Müller, analyse de Fiducia Supplicans publiée dans The Pillar, 21 décembre 2023, au lendemain de la déclaration du Dicastère pour la doctrine de la foi du 18 décembre 2023 : document jugé contradictoire avec lui-même sur la bénédiction des unions irrégulières.

    71 78