Que Marie ait conçu Jésus vierge, sans l'intervention d'un homme, la plupart des chrétiens l'admettent : c'est écrit noir sur blanc dans les Évangiles de Matthieu et de Luc, et le Credo le confesse chaque dimanche — « il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie ». Mais l'Église catholique affirme davantage : Marie est demeurée vierge toute sa vie — avant la naissance de Jésus, dans cette naissance, et après elle. C'est ce qu'on appelle sa virginité perpétuelle.
Cette affirmation surprend, et parfois heurte. N'est-il pas plus naturel de penser que Joseph et Marie ont eu, après Jésus, une vie de couple ordinaire ? Les Évangiles ne parlent-ils pas des « frères » de Jésus ? Et Matthieu n'écrit-il pas que Joseph ne « connut point » Marie « jusqu'à ce qu'elle eût enfanté » — ce petit mot « jusqu'à » ne suggère-t-il pas un changement ensuite ? Ces objections sont sérieuses, anciennes, et méritent des réponses précises — pas des esquives.
Cet article ne traite pas de l'Immaculée Conception (le fait que Marie ait été conçue sans péché), qui est un autre dogme, ni de l'Assomption. Il répond à une seule question, telle qu'on se la pose vraiment : pourquoi croire que Marie est restée toujours vierge — et que répondre aux objections tirées de la Bible ? Nous suivrons le fil : ce que le dogme affirme exactement, pourquoi ce n'est pas une simple opinion pieuse, ses racines bibliques, puis — au cœur du sujet — les trois grandes objections et leurs réponses, le témoignage unanime des Pères et même des Réformateurs, enfin le sens spirituel de ce mystère.
Ce que le dogme affirme exactement
Avant de discuter, il faut savoir de quoi l'on parle. La virginité perpétuelle de Marie n'est pas une intuition vague : c'est une affirmation précise, qui se décline en trois moments.
Les trois moments : avant, pendant, après
La tradition distingue depuis toujours trois aspects, résumés par trois expressions latines :
- Avant l'enfantement (ante partum) : Marie conçoit Jésus virginalement, par l'opération du Saint-Esprit, sans concours d'homme. C'est la conception virginale, attestée par Matthieu et Luc[1] et confessée dans le Credo.
- Pendant l'enfantement (in partu) : Marie enfante sans perdre son intégrité virginale. La naissance du Christ, dit le synode du Latran, laisse « sa virginité intacte »[2]. Le Catéchisme reprend une formule ancienne : la naissance de Jésus « n'a pas diminué, mais consacré l'intégrité virginale » de sa mère[3].
- Après l'enfantement (post partum) : Marie ne connaît jamais d'union conjugale et n'a pas d'autres enfants. Jésus est « le Fils unique de Marie »[4].
« L'approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l'Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie même dans l'enfantement du Fils de Dieu fait homme. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 499[5]
C'est ce troisième point — la virginité après la naissance — qui fait débat, car c'est lui que visent les objections tirées des « frères de Jésus ». Les deux premiers sont admis par presque tous les chrétiens qui professent le Credo.
Ce que le dogme ne dit pas
Trois malentendus fréquents doivent être écartés d'emblée, car ils font rejeter le dogme pour de mauvaises raisons.
D'abord, la virginité perpétuelle n'est pas un mépris du mariage ni de la sexualité. L'Église bénit et sanctifie le mariage comme un sacrement ; elle ne dit pas que la vie conjugale de Joseph et Marie aurait été un « péché » qu'ils auraient évité. Elle constate simplement que Dieu a voulu, pour la Mère de son Fils, une consécration virginale totale.
Ensuite, ce dogme ne se confond pas avec l'Immaculée Conception. Beaucoup mélangent les deux. L'Immaculée Conception concerne l'absence de péché de Marie dès sa propre conception ; la virginité perpétuelle concerne son intégrité corporelle et sa consécration. Ce sont deux vérités distinctes[6].
Enfin, le dogme ne repose pas sur une gêne devant le corps. Il ne s'agit pas de dire que le mariage « salirait » Marie. Il s'agit de reconnaître, dans sa virginité, un signe : celui d'une femme entièrement donnée à Dieu, dont le sein n'a porté qu'un seul enfant — et cet enfant est Dieu même.
Un dogme, pas une opinion pieuse
On entend parfois : « C'est une croyance tardive, ajoutée par l'Église pour exalter Marie. » L'histoire dit exactement l'inverse. La virginité perpétuelle est l'une des convictions mariales les plus anciennes — bien plus ancienne que sa contestation.
Des Pères de l'Église aux conciles
Dès le IIᵉ siècle, le Protévangile de Jacques (vers 150) présente Marie comme vierge consacrée[7]. Au IVᵉ siècle, quand un certain Helvidius soutient à Rome que Marie aurait eu d'autres enfants après Jésus, saint Jérôme lui répond en 383 par un traité entier, Contre Helvidius (De perpetua virginitate beatae Mariae), qui deviendra la référence classique[8]. La position d'Helvidius fut alors ressentie comme une nouveauté contraire à la foi reçue — et non l'inverse.
L'Église a ensuite confessé cette foi de manière solennelle :
| Étape | Date | Contenu |
|---|---|---|
| Protévangile de Jacques | vers 150 | Premier témoin écrit de la virginité consacrée de Marie[9] |
| Saint Jérôme, Contre Helvidius | 383 | Réfutation classique ; les « frères » sont des parents[10] |
| Concile de Constantinople II | 553 | Marie confessée « toujours vierge » (aeiparthenos)[11] |
| Synode du Latran (Martin Iᵉʳ) | 649 | Canon 3 : virginité « intacte » avant, pendant, après[12] |
| Catéchisme de l'Église catholique | 1992 | §§ 499-501, 510 : virginité « réelle et perpétuelle »[13] |
Le synode du Latran de 649, sous le pape Martin Iᵉʳ, énonce la formule la plus complète :
« Si quelqu'un ne confesse pas [...] que la sainte Mère de Dieu, toujours vierge et immaculée, Marie [...] a enfanté sans corruption, sa virginité demeurant intacte même après l'enfantement, qu'il soit condamné. » — Synode du Latran, 649, canon 3[14]
« Toujours vierge » : un titre liturgique très ancien
Le titre grec aeiparthenos — « toujours vierge » — est employé par la liturgie orientale bien avant les définitions conciliaires. Le Catéchisme le note simplement : « "Toujours vierge" : la liturgie de l'Église célèbre Marie sous ce titre. »[15] Ce n'est donc pas une thèse de théologiens de cabinet : c'est une prière de l'Église, chantée par le peuple chrétien d'Orient et d'Occident depuis l'Antiquité. Une croyance qu'on chante dans la liturgie universelle depuis quinze siècles n'a rien d'une invention récente.
Les racines bibliques
Le dogme ne tombe pas du ciel : il s'enracine dans plusieurs indices convergents de l'Écriture, que la Tradition a lus ensemble.
« Je ne connais point d'homme » (Lc 1, 34)
À l'Annonciation, quand l'ange annonce à Marie qu'elle enfantera un fils, elle répond par une objection étrange :
« Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » — Évangile selon saint Luc 1, 34[16]
L'objection surprend : Marie est fiancée à Joseph. Une jeune fiancée qui apprend qu'elle aura un fils n'a normalement aucune raison de s'étonner — le mariage la conduira naturellement à la maternité. Pourquoi objecte-t-elle alors qu'elle « ne connaît point d'homme » ? La lecture traditionnelle y voit l'indice d'un projet de virginité : Marie aurait déjà résolu de se garder vierge, ce qui rend sa question cohérente. Sans une telle intention, sa réponse serait presque incompréhensible[17].
La typologie de l'Arche et de la porte close
L'Ancien Testament fournit des figures que la Tradition applique à Marie. La plus forte est celle du sanctuaire.
« Cette porte restera fermée, elle ne s'ouvrira pas, personne n'entrera par elle ; car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par elle ; elle restera fermée. » — Ézéchiel 44, 2[18]
Les Pères ont lu dans cette porte close du Temple, par laquelle seul Dieu passe, une image du sein de Marie : lieu où Dieu est entré, et qui reste scellé. De même, Marie est appelée la nouvelle Arche d'Alliance : l'Arche ancienne, qui portait la présence de Dieu, était sacrée, inviolable, réservée à Dieu seul[19]. Ces images ne « prouvent » pas la virginité au sens d'une démonstration ; mais elles éclairent la convenance profonde : le sein qui a porté Dieu fait homme demeure consacré à lui seul.
Marie confiée à Jean (Jn 19, 26-27)
Au pied de la Croix, Jésus mourant confie sa mère au disciple Jean :
« Voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : "Femme, voici ton fils." Puis il dit au disciple : "Voici ta mère." Et, à partir de cette heure, le disciple la prit chez lui. » — Évangile selon saint Jean 19, 26-27[20]
Ce geste est révélateur. Dans le monde juif, un fils mourant confiait sa mère veuve à ses autres fils, non à un étranger. Si Jésus avait eu des frères de sang, les confier Marie à Jean, un homme extérieur à la famille, aurait été une offense grave à la Loi et aux frères en question. Que Jésus donne sa mère à un disciple suggère fortement qu'il n'avait pas de frères pour la recueillir : il était le Fils unique de Marie[21].
Les objections fréquentes — et leurs réponses
C'est ici que se joue vraiment la question. Trois passages bibliques sont opposés à la virginité perpétuelle. Examinons-les un par un, honnêtement.
« Les frères et sœurs de Jésus » (Mt 13, 55)
L'objection. Les Évangiles nomment des « frères » de Jésus — Jacques, José, Simon, Jude — et mentionnent ses « sœurs » (Mt 13, 55-56 ; Mc 6, 3). Si Jésus avait des frères et sœurs, Marie a donc eu d'autres enfants.
La réponse tient en trois points.
Premier point — la langue. En araméen et en hébreu, il n'existe pas de mot distinct pour « cousin » ou « neveu ». Le terme ah (« frère ») désigne largement les proches parents : frères, cousins, neveux, membres du clan. L'Ancien Testament l'illustre : Loth est appelé le « frère » d'Abraham alors qu'il est son neveu (Gn 13, 8 ; 14, 14)[22] ; Laban est dit « frère » de Jacob, dont il est l'oncle (Gn 29, 15). Les auteurs des Évangiles, écrivant en grec mais pensant en sémite, ont gardé ce « frères » (adelphoi) au sens élargi.
Deuxième point — l'indice interne décisif. L'Évangile lui-même désamorce l'objection. Deux des « frères » nommés en Mt 13, 55 — Jacques et José — sont explicitement présentés ailleurs comme les fils d'une autre Marie :
« Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient de loin ; [...] parmi elles étaient Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. » — Évangile selon saint Matthieu 27, 56[23]
Cette « Marie, mère de Jacques et de Joseph » est distinguée de la mère de Jésus ; Jean mentionne près de la croix, selon l'identification la plus courante, « Marie, femme de Clopas », parente de la Vierge (Jn 19, 25)[24]. Les « frères » Jacques et José ne sont donc pas des fils de la Vierge Marie, mais ses proches parents. C'est exactement ce que confirme le Catéchisme :
« Jacques et Joseph, "frères de Jésus", sont les fils d'une Marie disciple du Christ, qui est désignée de manière significative comme "l'autre Marie". » — Catéchisme de l'Église catholique, § 500[25]
Troisième point — une tradition alternative. Une tradition orientale ancienne, reflétée par le Protévangile de Jacques, tient que ces « frères » seraient des enfants d'un premier mariage de Joseph, veuf plus âgé[26]. Que l'on retienne l'explication des cousins (Occident, saint Jérôme) ou celle des demi-frères par Joseph (Orient), aucune ne fait de Marie leur mère. Les deux préservent sa virginité.
« Il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté » (Mt 1, 25)
L'objection. Matthieu écrit que Joseph « ne connut point » Marie « jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils » (Mt 1, 25). Ce « jusqu'à ce que » n'implique-t-il pas qu'ensuite, il la « connut » ?
La réponse. Non — et c'est un contresens sur le grec comme sur le français ancien. La conjonction « jusqu'à ce que » (grec heôs hou) affirme ce qui vaut jusqu'à un point donné, sans rien dire de ce qui suit. Elle ne sous-entend pas un changement après. L'Écriture le montre à répétition :
- « Mikal, fille de Saül, n'eut point d'enfant jusqu'au jour de sa mort » (2 S 6, 23)[27] — elle n'en eut évidemment pas non plus après sa mort.
- Jésus promet : « Je suis avec vous [...] jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20)[28] — il ne cesse évidemment pas d'être avec les siens après la fin du monde.
Le sens de Matthieu est donc simplement d'insister sur la conception virginale : Joseph n'a en rien participé à la conception de Jésus. L'évangéliste veut protéger le mystère de la naissance virginale, non renseigner sur la vie conjugale ultérieure. Fait remarquable, ce sont des Réformateurs — Calvin le premier — qui l'ont dit le plus clairement :
« Aucune inférence juste et bien fondée ne peut être tirée de ces paroles de l'évangéliste quant à ce qui s'est passé après la naissance du Christ. » — Jean Calvin, Commentaire sur l'harmonie des évangiles, Mt 1, 25[29]
« Son fils premier-né » (Lc 2, 7)
L'objection. Luc appelle Jésus le « fils premier-né » de Marie (Lc 2, 7). « Premier-né » ne suppose-t-il pas un « second-né » ?
La réponse. Non. Dans la Loi juive, « premier-né » (prôtotokos) est un terme juridique et cultuel, non une information sur la fratrie. Le premier-né est celui « qui ouvre le sein maternel » et qui, à ce titre, doit être consacré au Seigneur et racheté (Ex 13, 2 ; Nb 3, 12-13)[30]. On est « premier-né » dès le premier enfant, qu'il y en ait d'autres ensuite ou non. Luc, en nommant Jésus « premier-né », souligne qu'il doit être présenté et consacré au Temple — ce qu'il raconte aussitôt (Lc 2, 22-24) — non qu'il aurait eu des frères.
Voici, en synthèse, les trois objections et leurs clés de lecture :
| Objection | Verset | Clé de réponse |
|---|---|---|
| « Les frères de Jésus » | Mt 13, 55 ; Mc 6, 3 | « Frère » = parenté élargie en sémite ; Jacques et José sont fils de « l'autre Marie » (Mt 27, 56)[31] |
| « Jusqu'à ce qu'elle eût enfanté » | Mt 1, 25 | « Jusqu'à » n'implique aucun changement ensuite (cf. 2 S 6, 23 ; Mt 28, 20)[32] |
| « Son fils premier-né » | Lc 2, 7 | « Premier-né » = terme cultuel de consécration, sans cadet supposé (Ex 13, 2)[33] |
Le témoignage des Pères — et des Réformateurs
Un argument massif est trop souvent ignoré dans le débat : la virginité perpétuelle n'est pas une thèse « romaine » tardive. Elle a été tenue par l'ensemble de la chrétienté ancienne — et maintenue par les premiers protestants eux-mêmes.
Les Pères, unanimes
Saint Jérôme, réfutant Helvidius, résume la conviction commune de son temps :
« Tu dis que Marie n'est pas restée vierge ; moi, je revendique bien davantage : Joseph lui-même a été vierge à cause de Marie, afin que d'un mariage virginal naquît un fils virginal. » — Saint Jérôme, Contre Helvidius, 383[34]
Saint Augustin, saint Ambroise, saint Athanase, saint Cyrille — tous confessent Marie « toujours vierge ».
Luther, Calvin, Zwingli
Voici le point qui déconcerte souvent les objecteurs contemporains : les fondateurs de la Réforme, qui ont pourtant rejeté beaucoup de doctrines catholiques, ont tous maintenu la virginité perpétuelle de Marie.
« Le Christ, notre Sauveur, était le fruit réel et naturel du sein virginal de Marie [...]. Cela se fit sans le concours d'un homme, et elle demeura vierge après cela. » — Martin Luther, Sermons sur Jean, 1537-1539[35]
Luther précise ailleurs que le mot « frères » signifie ici « cousins », « car l'Écriture et les Juifs appellent toujours les cousins des frères », et que Marie « n'a pas eu d'autres enfants » que le Christ[36]. Calvin, on l'a vu, écarte toute déduction contraire à partir de Mt 1, 25 ; sur Mt 13, 55, il reproche à Helvidius son « ignorance excessive » pour avoir conclu de la mention des « frères » que Marie aurait eu beaucoup de fils[37]. Ulrich Zwingli est tout aussi net :
« Je crois fermement, selon les paroles de l'Évangile, que Marie, vierge pure, a enfanté pour nous le Fils de Dieu et qu'elle est demeurée, dans l'enfantement et après l'enfantement, à jamais une vierge pure et intacte. » — Ulrich Zwingli[38]
Autrement dit : la contestation de la virginité perpétuelle n'est même pas une position « protestante » d'origine. C'est une lecture moderne, apparue longtemps après la Réforme. Les grands Réformateurs, lecteurs attentifs de la Bible, n'y voyaient aucune contradiction avec l'Écriture.
Pourquoi cela compte : le sens spirituel
Reste la question de fond : au-delà de la controverse, pourquoi cette vérité importe-t-elle ? Elle n'est pas un trophée marial à défendre pour lui-même ; elle dit quelque chose du Christ et de Dieu.
D'abord, la virginité de Marie est ordonnée à son Fils, non à elle-même. Comme sa maternité divine (voir Marie, Mère de Dieu), sa virginité pointe vers Jésus : le sein qui a porté le Verbe incarné est tout entier réservé à cette œuvre unique. Marie n'appartient pas à un projet humain ordinaire ; elle est la femme du seul Dieu, entièrement disponible à lui.
Ensuite, sa virginité est le signe de sa foi totale. Le Catéchisme l'exprime : Marie est vierge « parce que sa virginité est le signe de sa foi "que nul doute n'altère" et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu »[39]. Sa virginité corporelle manifeste une virginité plus profonde : celle d'un cœur qui ne se partage pas, donné à Dieu sans réserve.
Saint Augustin résume ce mystère en présentant la virginité du corps de Marie comme le signe d'une virginité plus profonde : celle d'un cœur tout donné à Dieu, qui nourrit le Christ de son lait et le donne au monde par sa foi[40].
Enfin, Marie est modèle et figure de l'Église : vierge et mère à la fois. L'Église, comme Marie, engendre les enfants de Dieu tout en gardant intègre la foi qu'elle a reçue[41]. La virginité perpétuelle n'est donc pas une curiosité de dévotion : elle est un signe qui rassemble le mystère du Christ, la foi de Marie et la vocation de toute l'Église.
Croire à la virginité perpétuelle de Marie, ce n'est donc pas ajouter une croyance de plus par excès de piété. C'est recevoir, avec les Pères, les conciles et jusqu'aux Réformateurs, une vérité que l'Église a toujours tenue — et y lire, en filigrane, tout ce qu'elle veut nous apprendre sur Dieu qui s'est fait chair dans un sein consacré à lui seul.
Pour aller plus loin
- Pourquoi Marie est-elle appelée Mère de Dieu ? — l'autre grande vérité mariale ordonnée au mystère du Christ.
- Pourquoi l'Immaculée Conception est-elle logique ? — à ne pas confondre : Marie conçue sans péché.
- Pourquoi l'Assomption est-elle un dogme ? — la quatrième vérité mariale.
- Comment expliquer l'Incarnation simplement ? — le mystère que la virginité de Marie sert et protège.
- Les catholiques adorent-ils Marie ? — la distinction entre adoration (réservée à Dieu) et vénération de Marie.
- Doctrine, dogme et opinion théologique — pourquoi la virginité perpétuelle est un dogme, non une opinion.
Notes et références
Évangile selon saint Luc 1, 35 : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. » Avec Mt 1, 18-20, c'est le fondement scripturaire de la conception virginale. Traduction liturgique officielle.
1Synode du Latran (synode romain de 649, sous le pape saint Martin Iᵉʳ), canon 3 : condamne quiconque ne confesse pas que « la sainte, toujours vierge et immaculée Marie » a enfanté le Verbe « sans corruption, sa virginité demeurant intacte même après l'enfantement » (incorruptibiliter genuisse, indissolubili permanente et post partum eiusdem virginitate). Ce synode, réuni pour condamner le monothélisme, énonce la formule la plus explicite du dogme. Cf. Denzinger-Hünermann n° 503.
2 12 14Catéchisme de l'Église catholique, § 499 : « L'approfondissement de sa foi en la maternité virginale a conduit l'Église à confesser la virginité réelle et perpétuelle de Marie même dans l'enfantement du Fils de Dieu fait homme. En effet, la naissance du Christ "n'a pas diminué, mais consacré l'intégrité virginale" de sa mère. La liturgie de l'Église célèbre Marie comme la "Aeiparthenos", "toujours vierge". » Texte collationné sur vatican.va.
3 5 13 15Catéchisme de l'Église catholique, § 501 : « Jésus est le Fils unique de Marie. Mais la maternité spirituelle de Marie s'étend à tous les hommes qu'il est venu sauver [...]. » Texte sur vatican.va.
4Catéchisme de l'Église catholique, §§ 490-493 : distinction entre l'Immaculée Conception (Marie préservée du péché originel dès sa conception, dogme défini par Pie IX en 1854) et la virginité de Marie. Les deux vérités sont distinctes et ne doivent pas être confondues. Voir l'article Ignispedia pourquoi-limmaculee-conception-est-elle-logique.
6Protévangile de Jacques (vers 150), écrit apocryphe mais témoin ancien de la foi commune : il présente Marie comme vierge consacrée au Temple et introduit l'idée que les « frères » de Jésus seraient des enfants d'un premier mariage de Joseph, veuf âgé. Non reçu comme Écriture, il vaut ici comme témoignage historique de l'ancienneté de la croyance, non comme autorité doctrinale.
7 9Saint Jérôme, De perpetua virginitate beatae Mariae adversus Helvidium (Contre Helvidius, 383). Répondant à Helvidius qui niait la virginité perpétuelle, Jérôme soutient que les « frères » du Seigneur sont ses cousins/parents, et affirme même la virginité de Joseph. Texte : Patrologia Latina, t. 23 ; trad. anglaise sur newadvent.org (Church Fathers).
8 10 34Deuxième concile de Constantinople (553, cinquième concile œcuménique) : emploie et confirme le titre de Marie « toujours vierge » (aeiparthenos), notamment dans le contexte des anathématismes christologiques. La perpétuelle virginité y est confessée comme foi reçue de l'Église.
11Évangile selon saint Luc 1, 34 : « Marie dit à l'ange : "Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ?" » (traduction liturgique). L'objection d'une fiancée qui devrait normalement s'attendre à une maternité par le mariage a été lue par la Tradition (saint Augustin, saint Grégoire de Nysse) comme l'indice d'un projet ou vœu de virginité déjà formé.
16 17Ézéchiel 44, 1-2 : « Cette porte restera fermée [...] car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par elle. » Lue typologiquement par de nombreux Pères (saint Ambroise, saint Jérôme, liturgie) comme figure de la virginité de Marie : le sein par lequel Dieu est entré dans le monde demeure scellé.
18Typologie de l'Arche d'Alliance : rapprochement, ancien dans la Tradition, entre l'Arche (2 S 6 ; Ex 25) portant la présence de Dieu — sainte, inviolable, réservée — et Marie portant le Verbe incarné. Le parallèle Lc 1, 39-45 / 2 S 6, 2-11 (la Visitation calquée sur la montée de l'Arche) est relevé par l'exégèse typologique (cf. R. Laurentin, Structure et théologie de Luc I-II).
19Évangile selon saint Jean 19, 26-27 : Jésus confie sa mère au disciple Jean. Dans le droit et l'usage juifs, une mère veuve était confiée à ses autres fils. Que Jésus confie Marie à un disciple extérieur à la famille est un indice fort qu'il n'avait pas de frères de sang pour la recueillir. Argument développé par de nombreux commentateurs, dont saint Jérôme.
20 21Genèse 13, 8 et 14, 14 : Abraham appelle Loth son « frère » (ah), alors que Loth est son neveu (fils de son frère Aran, Gn 11, 27). De même Laban est dit « frère » de Jacob dont il est l'oncle (Gn 29, 15). Ces exemples établissent l'usage sémitique large de « frère » pour désigner un parent proche, faute d'un mot spécifique pour « cousin » ou « neveu » en hébreu et araméen.
22Évangile selon saint Matthieu 27, 56 : parmi les femmes au Calvaire, « Marie, mère de Jacques et de Joseph », distincte de la mère de Jésus. Or Jacques et José figurent parmi les « frères » de Jésus nommés en Mt 13, 55. Ces deux « frères » ont donc une autre mère que la Vierge Marie. Cf. Mc 15, 40.
23Évangile selon saint Jean 19, 25 : « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. » Le verset est ambigu — on y compte deux ou trois femmes selon que « la sœur de sa mère » et « Marie, femme de Clopas » désignent une seule ou deux personnes ; selon l'identification la plus courante, cette Marie est une parente de la Vierge, distincte de la mère de Jésus — recoupant Mt 27, 56.
24Catéchisme de l'Église catholique, § 500 : « On objecte parfois que l'Écriture mentionne des frères et sœurs de Jésus. L'Église a toujours compris ces passages comme ne désignant pas d'autres enfants de la Vierge Marie : en effet Jacques et Joseph, "frères de Jésus" (Mt 13, 55), sont les fils d'une Marie disciple du Christ qui est désignée de manière significative comme "l'autre Marie" (Mt 28, 1). Il s'agit de proches parents de Jésus, selon une expression connue de l'Ancien Testament. » Texte sur vatican.va.
25 31Tradition orientale (reflétée par le Protévangile de Jacques et reprise par plusieurs Pères grecs) : les « frères » de Jésus seraient des enfants d'un premier mariage de Joseph, présenté comme veuf âgé au moment des fiançailles. Explication différente de celle de saint Jérôme (cousins), mais convergente sur l'essentiel : Marie n'est la mère d'aucun d'eux.
26Deuxième livre de Samuel 6, 23 : « Mikal, fille de Saül, n'eut point d'enfant jusqu'au jour de sa mort. » Exemple classique montrant que la locution « jusqu'à » (hébreu ad, grec heôs) borne une situation sans impliquer de changement après le terme indiqué : Mikal n'eut évidemment pas d'enfant non plus après sa mort.
27 32Évangile selon saint Matthieu 28, 20 : « Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. » Autre exemple du même usage : « jusqu'à » ne signifie pas que le Christ cesserait d'être avec les siens après la fin du monde. Cf. aussi 1 Co 15, 25 ; Gn 8, 7.
28Jean Calvin, Commentaire sur une harmonie des évangiles (Matthieu, Marc et Luc), sur Mt 1, 25 : « Aucune inférence juste et bien fondée ne peut être tirée de ces paroles de l'évangéliste quant à ce qui s'est passé après la naissance du Christ. Il est appelé "premier-né" ; mais c'est dans le seul but de nous apprendre qu'il est né d'une vierge. [...] Ce qui s'est passé ensuite, l'historien ne nous en informe pas. » Trad. de l'anglais (Calvin Translation Society). L'original latin/français va en source.
29Exode 13, 2 ; Nombres 3, 12-13 : le « premier-né » (prôtotokos) est « celui qui ouvre le sein maternel », à consacrer au Seigneur et à racheter. Le terme est juridico-cultuel : on est premier-né dès le premier enfant, indépendamment de l'existence d'autres enfants. Luc 2, 22-24 montre précisément Jésus présenté et racheté au Temple à ce titre.
30 33Martin Luther, Sermons sur l'Évangile de Jean (chapitres 1-4, prononcés 1537-1539) : « Selon son humanité, le Christ, notre Sauveur, était le fruit réel et naturel du sein virginal de Marie [...]. Cela se fit sans le concours d'un homme, et elle demeura vierge après cela. » Édition de référence : Luther's Works, vol. 22, éd. J. Pelikan, Concordia, 1957, p. 23.
35Martin Luther, même contexte (Sermons sur Jean ; cf. aussi Das Jesus Christus ein geborener Jude sei, 1523) : le mot « frères » désigne ici des cousins, « car l'Écriture et les Juifs appellent toujours les cousins des frères », et « le Christ [...] fut le seul fils de Marie, et la Vierge Marie n'eut pas d'autres enfants que lui ». Cf. Luther's Works, éd. Concordia/Fortress.
36Jean Calvin, Commentary on a Harmony of the Evangelists, Matthew, Mark, and Luke, vol. II, sur Mt 13, 55 : « The word "brothers" [...] is employed, agreeably to the Hebrew idiom, to denote any relatives whatever; and, accordingly, Helvidius displayed excessive ignorance in concluding that Mary must have had many sons, because Christ's "brothers" are sometimes mentioned. » (Calvin's Commentaries, trad. William Pringle, Calvin Translation Society, Eerdmans, Grand Rapids, 1949, p. 215 ; texte en ligne sur ccel.org). Traduction française dans le corps.
37Ulrich Zwingli, Eini Predigt von der ewig reinen Magd Maria (« Sermon sur la Vierge Marie éternellement pure », 1522) et Annotationes : « Je crois fermement [...] que Marie, vierge pure, a enfanté pour nous le Fils de Dieu et qu'elle est demeurée, dans l'enfantement et après l'enfantement, à jamais une vierge pure et intacte. » Cf. Corpus Reformatorum, Zwingli, Werke.
38Catéchisme de l'Église catholique, § 506 : « Marie est vierge parce que sa virginité est le signe de sa foi "que nul doute n'altère" et de sa donation sans partage à la volonté de Dieu. C'est sa foi qui lui donne de devenir la mère du Sauveur. » Texte collationné sur vatican.va.
39Saint Augustin : paraphrase de sa doctrine mariale (cf. Sermon 51 et De sancta virginitate) — la virginité du corps de Marie y apparaît comme le signe d'un cœur tout donné à Dieu. Formulation résumée, présentée comme telle : aucune citation littérale exacte n'a pu être vérifiée à l'édition et à la page.
40Catéchisme de l'Église catholique, § 507 : « Marie est à la fois vierge et mère car elle est la figure et la plus parfaite réalisation de l'Église [...]. [...] Elle est aussi vierge, ayant donné à son Époux sa foi, qu'elle garde intègre et pure. » Texte collationné sur vatican.va.
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