Quand un catholique meurt, l'Église ne se contente pas d'organiser une cérémonie d'adieu. Elle célèbre une liturgie : elle prend le défunt, le porte une dernière fois devant Dieu, prie pour la purification de son âme et proclame, au bord de la tombe, l'espérance de la résurrection. C'est cela, une funéraille catholique — et c'est très différent d'un simple hommage laïque ou d'un moment de recueillement autour du souvenir.
Le Catéchisme de l'Église catholique le résume en une phrase : « Les funérailles chrétiennes sont une célébration liturgique de l'Église »[1]. Ce mot — liturgie — change tout. Il signifie que la funéraille n'est pas d'abord tournée vers les vivants et leur peine, mais vers Dieu et vers le défunt que l'Église Lui remet. Les larmes y ont leur place, mais elles sont traversées par une certitude : « Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée »[2].
Cet article répond à la question telle qu'on se la pose vraiment : que sont exactement les funérailles catholiques, que célèbre-t-on, comment elles se déroulent, ce que l'Église enseigne sur la mort chrétienne, et surtout aux questions pratiques qui reviennent sans cesse — qui a droit à des funérailles catholiques, un non-pratiquant peut-il en avoir, une personne qui s'est donné la mort, un non-baptisé, faut-il payer, la crémation est-elle permise ? Pour le détail du rite lui-même, cet article renvoie à l'article spécialisé Les funérailles chrétiennes.
La réponse en bref
Pour le lecteur pressé, voici l'essentiel :
- Ce n'est pas un sacrement. Les funérailles sont une célébration liturgique entourée de sacramentaux (bénédictions, aspersion, encensement). Le seul sacrement en jeu, l'Eucharistie, est offert pour le défunt.
- Elles ont trois buts (CEC 1684) : exprimer la communion de l'Église avec le défunt, prier pour lui, et annoncer la vie éternelle à ceux qui restent.
- Elles proclament la résurrection. La mort chrétienne est « la dernière Pâque » : le corps est déposé en terre « comme le germe du corps qui ressuscitera dans la gloire »[3].
- Le rite comporte quatre moments : l'accueil, la liturgie de la Parole, le sacrifice eucharistique (quand la messe est célébrée), et l'adieu.
- Presque tous les baptisés catholiques y ont droit, même les pécheurs, même les non-pratiquants ; les refus sont rares et strictement encadrés (can. 1184).
- La crémation est permise depuis 1963, sauf si elle nie la foi en la résurrection ; l'inhumation reste recommandée. Détails : Un catholique peut-il pratiquer la crémation ?
Que sont les funérailles catholiques ?
Une célébration liturgique, pas un simple hommage
La première chose que dit l'Église, c'est ce que les funérailles ne sont pas. Elles ne sont pas un éloge funèbre, un bilan de la vie du défunt ou une cérémonie construite autour de ses goûts. Le Catéchisme demande même expressément que l'homélie « évite le genre littéraire de l'éloge funèbre »[4]. Le centre de gravité n'est pas la personnalité du défunt, mais le Christ ressuscité dans la lumière duquel sa mort est relue.
Les funérailles sont une action de l'Église tout entière. Par elles, écrit le Catéchisme, « le ministère de l'Église a en vue aussi bien d'exprimer la communion efficace avec le défunt que d'y faire participer la communauté rassemblée pour les obsèques et de lui annoncer la vie éternelle »[5]. Trois destinataires, donc : le défunt, la communauté, et — implicitement — Dieu à qui l'offrande est faite.
« L'Église qui, comme Mère, a porté sacramentellement en son sein le chrétien durant son pèlerinage terrestre, l'accompagne au terme de son cheminement pour le remettre entre les mains du Père. Elle offre au Père, dans le Christ, l'enfant de sa grâce, et elle dépose en terre, dans l'espérance, le germe du corps qui ressuscitera dans la gloire. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1683[6]
Pas un sacrement, mais entourées de sacramentaux
Question fréquente : les funérailles sont-elles un sacrement ? Non. L'Église compte sept sacrements, et les funérailles n'en font pas partie. Le sacrement propre au moment de la mort est plutôt l'onction des malades, reçue par le mourant avant le trépas, avec le viatique (la dernière communion).
Ce qui entoure le cercueil, ce sont des sacramentaux : des signes sacrés institués par l'Église (l'aspersion d'eau bénite, l'encensement, les bénédictions, le cierge pascal). Le Catéchisme est précis : au cœur des funérailles, « cette offrande est pleinement célébrée par le Sacrifice eucharistique ; les bénédictions qui précèdent et qui suivent sont des sacramentaux »[7]. Autrement dit : la messe des funérailles est un vrai sacrement (l'Eucharistie) offert pour le défunt ; tout le reste — les rites de la levée du corps, la sépulture — relève des sacramentaux.
Ce que l'Église dit de la mort chrétienne
On ne comprend rien aux funérailles catholiques si l'on ne comprend pas d'abord ce que l'Église croit de la mort. Tout le rite en découle.
La mort, « dernière Pâque » du chrétien
Pour l'Église, la mort du baptisé n'est pas un simple arrêt biologique : c'est le dernier passage — la dernière Pâque — par lequel il entre définitivement dans la vie du Royaume. « Le sens chrétien de la mort est révélé dans la lumière du Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, en qui repose notre unique espérance »[8]. Le jour de la mort « inaugure pour le chrétien […] l'achèvement de sa nouvelle naissance commencée au Baptême »[9].
C'est pourquoi la couleur liturgique des funérailles n'est pas forcément le noir du deuil : le rite réformé privilégie souvent le violet ou le blanc, couleur de la lumière pascale[10].
« Il est bon pour moi de mourir dans le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. C'est lui que je cherche, qui est mort pour nous ; lui que je veux, qui est ressuscité pour nous. » — Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Romains, 6, 1[11]
« La vie n'est pas détruite, elle est transformée »
La formule la plus lumineuse ne vient pas d'un traité mais de la liturgie elle-même. La Préface des défunts du Missel romain chante :
« Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux. » — Missel romain, Préface des défunts (Vita mutatur, non tollitur)[12]
Le Catéchisme cite précisément ce texte comme l'expression « privilégiée » de la vision chrétienne de la mort[13]. On tient là le cœur du message des funérailles : non pas l'anéantissement, non pas un vague « il vit dans nos cœurs », mais une transformation réelle de la personne qui, par la mort, entre dans l'éternité.
L'espérance de la résurrection de la chair
Ce que les funérailles proclament au-dessus de la tombe, ce n'est pas seulement l'immortalité de l'âme, mais la résurrection des corps. Le corps déposé en terre est « le germe du corps qui ressuscitera dans la gloire »[14], selon l'image de saint Paul : « on sème un corps corruptible, il ressuscite incorruptible »[15]. C'est aussi pourquoi l'Église respecte le corps du défunt : « Les corps des défunts doivent être traités avec respect et charité dans la foi et l'espérance de la résurrection. L'ensevelissement des morts est une œuvre de miséricorde corporelle »[16].
Ni réincarnation, ni anéantissement
L'Église exclut deux erreurs symétriques que les funérailles catholiques ne portent jamais. D'un côté, l'anéantissement : la mort ne serait qu'un retour au néant. De l'autre, la réincarnation : le Catéchisme est catégorique — « Les hommes ne meurent qu'une fois. Il n'y a pas de "réincarnation" après la mort »[17]. Entre les deux, la foi catholique tient la résurrection : une vie personnelle, corporelle, définitive, dans le Christ.
Que célèbre-t-on ? Le triple but des funérailles
Le Catéchisme (§ 1684) donne trois finalités. Elles structurent tout le rite et méritent d'être distinguées.
Exprimer la communion avec le défunt
La mort ne rompt pas l'appartenance à l'Église. Le défunt reste membre du Corps mystique du Christ ; il passe de l'Église pèlerine (sur terre) à l'Église souffrante (au purgatoire) ou triomphante (au Ciel). C'est la communion des saints. Les funérailles disent visiblement que « morts, nous ne sommes nullement séparés les uns des autres », selon la belle formule byzantine citée par le Catéchisme[18].
Prier pour le défunt
C'est un point où la foi catholique se distingue nettement. L'Église ne se contente pas de dire du bien du défunt : elle prie pour lui, elle demande sa purification. La messe des funérailles « demande que son enfant soit purifié de ses péchés et de ses conséquences et qu'il soit admis à la plénitude pascale de la table du Royaume »[19].
Cette prière suppose une doctrine précise : celle du purgatoire, cette purification qui suit la mort pour ceux qui meurent dans l'amitié de Dieu mais imparfaitement purifiés. Prier pour les morts n'est donc pas une superstition : c'est un acte de charité et de foi, enraciné dans l'Écriture. Nous développons ce point dans l'article Pourquoi prier pour les morts ?.
Voir l'article détaillé : Pourquoi prier pour les morts ?
Annoncer la vie éternelle aux vivants
Le troisième but regarde l'assemblée. Beaucoup de personnes présentes à des funérailles ne mettent les pieds à l'église qu'en ces occasions : « l'assemblée peut comprendre des fidèles peu assidus à la liturgie et des amis du défunt qui ne sont pas chrétiens »[20]. La funéraille devient alors une annonce : elle attire les vivants « dans les véritables perspectives de la foi au Christ ressuscité »[21].
Comment se déroulent les funérailles catholiques ?
Sans reprendre en détail le rite (voir Les funérailles chrétiennes), voici ce que l'Église prescrit et ce qui répond aux questions les plus courantes.
Trois lieux, quatre moments
L'Ordo Exsequiarum — le rite officiel des funérailles publié en 1969 — « propose trois types de célébration des funérailles, correspondant aux trois lieux de son déroulement : la maison, l'église, le cimetière »[22]. Le déroulement type comprend quatre moments principaux :
| Moment | Contenu | Sens |
|---|---|---|
| 1. L'accueil de la communauté | Salutation de foi, parole de consolation aux proches | Ouvrir sur l'espérance, non sur le seul chagrin (CEC 1687) |
| 2. La liturgie de la Parole | Lectures, psaume, Évangile, homélie | Éclairer la mort par le Christ ressuscité — pas un éloge funèbre (CEC 1688) |
| 3. Le sacrifice eucharistique | La messe, quand elle est célébrée à l'église | « Le cœur de la réalité pascale de la mort chrétienne » (CEC 1689) |
| 4. L'adieu (l'« à-Dieu ») | Recommandation à Dieu, aspersion, encensement | Le dernier salut de la communauté avant la mise en terre (CEC 1690) |
La messe des funérailles, cœur de la célébration
Quand la funéraille est célébrée à l'église, l'Eucharistie en est le sommet. Ce n'est pas un détail dévotionnel : c'est « le cœur de la réalité pascale de la mort chrétienne »[23]. En offrant le sacrifice du Christ mort et ressuscité, l'Église fait pour le défunt ce qu'aucun discours ne peut faire : elle le confie réellement à la miséricorde de Dieu. C'est pourquoi la tradition parle de messe de requiem, du premier mot de l'introït latin Requiem æternam dona eis, Domine (« Donne-leur, Seigneur, le repos éternel »).
L'adieu et la recommandation à Dieu
Le rite s'achève par l'adieu — littéralement l'« à-Dieu ». Le Catéchisme le définit comme « le dernier adieu par lequel la communauté chrétienne salue un de ses membres avant que le corps de celui-ci ne soit porté à sa tombe »[24]. Ce n'est pas un adieu désespéré :
« Morts, nous ne sommes nullement séparés les uns des autres, car tous nous parcourons le même chemin et nous nous retrouverons dans le même lieu. Nous ne serons jamais séparés, car nous vivons pour le Christ, et maintenant nous sommes unis au Christ, allant vers lui… nous serons tous ensemble dans le Christ. » — Saint Syméon de Thessalonique, cité par le Catéchisme § 1690[25]
Une pratique aussi ancienne que l'Église
L'Église n'a pas inventé les funérailles chrétiennes en 1969. Elle a hérité de la coutume juive d'ensevelir les morts avec respect — le corps du Christ lui-même fut « lié de linges avec les aromates, selon la coutume d'ensevelir des Juifs »[26] — et elle l'a portée à travers les siècles.
- Iᵉʳ-IIIᵉ siècleLa sépulture des catacombes
Contre l'usage païen de la crémation, les premiers chrétiens ensevelissent leurs morts dans les catacombes, dans l'attente de la résurrection. Les inscriptions y respirent l'espérance : « in pace », « il dort ».
- Vᵉ siècleSaint Augustin et la prière pour les morts
Dans les Confessions, Augustin rapporte la dernière volonté de sa mère, sainte Monique : « Laissez ce corps n'importe où […] souvenez-vous de moi à l'autel du Seigneur. » L'essentiel n'est pas le tombeau, mais la prière eucharistique offerte pour la défunte.
- Moyen ÂgeLa messe de requiem se fixe
La liturgie des défunts se structure autour du sacrifice eucharistique offert pour l'âme du défunt ; se développent l'office des morts, le Dies iræ, la commémoration des fidèles défunts (2 novembre).
- 1963Vatican II demande la réforme du rite
La constitution Sacrosanctum Concilium (§ 81) prescrit que le rite des funérailles « devra exprimer de façon plus claire le caractère pascal de la mort chrétienne ».
- 1969L'Ordo Exsequiarum réformé
Le nouveau rite des funérailles est promulgué : trois formes de célébration, accent mis sur l'espérance de la résurrection, souplesse selon les cultures et la piété populaire.
La réforme voulue par le concile est explicite :
« Le rite des funérailles devra exprimer de façon plus claire le caractère pascal de la mort chrétienne, et devra répondre mieux aux situations et aux traditions de chaque région, même en ce qui concerne la couleur liturgique. » — Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, § 81[27]
C'est directement de cette demande que naît l'Ordo Exsequiarum de 1969, la référence actuelle.
Questions fréquentes sur les funérailles catholiques
C'est ici que se concentrent la plupart des interrogations réelles. L'Église a des réponses précises, souvent plus larges et plus miséricordieuses qu'on ne l'imagine.
Qui a droit à des funérailles catholiques ?
La règle générale est très ouverte. Le Code de droit canonique pose comme principe que « les fidèles défunts doivent recevoir des funérailles ecclésiastiques selon le droit »[28]. En pratique, tout catholique baptisé a droit à des funérailles religieuses — y compris les pécheurs, y compris ceux qui ne pratiquaient plus, dès lors qu'ils n'ont pas manifesté un rejet public et obstiné de la foi.
L'Église ne juge pas l'état d'âme du défunt devant Dieu : elle prie pour lui, précisément parce qu'elle ignore le secret des cœurs et la dernière grâce reçue. Le principe pastoral est celui de la miséricorde : dans le doute, on célèbre.
Un non-pratiquant peut-il avoir des funérailles catholiques ?
Oui. Le fait de ne plus pratiquer, de s'être éloigné de l'Église, de n'avoir pas communié depuis des années, n'est pas en soi un motif de refus. Le canon 1184 ne prive de funérailles que les « pécheurs manifestes » dont les obsèques « causeraient un scandale public des fidèles » — cas exceptionnel et notoire. Un baptisé ordinaire, même tiède ou négligent, garde son droit. Beaucoup de familles redécouvrent la foi précisément à l'occasion de ces funérailles : l'Église y voit une chance, pas un problème.
Une personne qui s'est donné la mort peut-elle avoir des funérailles ?
Oui, aujourd'hui sans difficulté ordinaire. Le vieux réflexe qui refusait la sépulture chrétienne aux personnes suicidées a été abandonné, éclairé par une meilleure compréhension de la maladie psychique. Le Catéchisme enseigne que « des troubles psychiques graves, l'angoisse ou la crainte grave de l'épreuve […] peuvent diminuer la responsabilité »[29], et surtout :
« On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort. Dieu peut leur ménager, par les voies que lui seul connaît, l'occasion d'une salutaire repentance. L'Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2283[30]
L'Église célèbre donc leurs funérailles et les confie à la miséricorde de Dieu.
Peut-on refuser des funérailles à quelqu'un ?
Rarement, et dans des cas strictement définis. Le canon 1184 énumère trois situations où, « à moins qu'ils n'aient donné avant leur mort quelque signe de repentir », la sépulture ecclésiastique est refusée :
| Cas de refus (can. 1184 § 1) | Condition |
|---|---|
| Apostats, hérétiques, schismatiques notoires | Rupture publique et obstinée avec la foi ou l'unité de l'Église |
| Personnes ayant choisi la crémation pour des raisons contraires à la foi | La crémation comme négation de la résurrection (cas devenu très rare) |
| Autres pécheurs manifestes | Uniquement si les funérailles causeraient un scandale public des fidèles |
Trois précisions importantes. D'abord, le repentir change tout : le moindre signe, même ultime, rouvre le droit aux funérailles. Ensuite, en cas de doute, c'est l'Ordinaire du lieu (l'évêque) qui tranche[31]. Enfin, ces refus sont devenus exceptionnels : l'Église préfère de loin prier que juger.
Un non-catholique ou un catéchumène peut-il avoir des funérailles catholiques ?
Le droit prévoit des cas particuliers. Les catéchumènes (ceux qui se préparaient au baptême) sont « assimilés aux fidèles » et ont droit aux funérailles ecclésiastiques[32]. Pour un enfant mort avant le baptême dont les parents avaient l'intention de le faire baptiser, l'Ordinaire peut permettre des funérailles catholiques[33] — l'Église confie cet enfant à la miséricorde de Dieu (voir Que devient un enfant mort sans baptême ?). Enfin, un baptisé non catholique (un chrétien d'une autre confession) peut, à certaines conditions et en l'absence de ministre propre, recevoir des funérailles catholiques si cela correspond à sa volonté et ne contredit pas la sienne[34].
Peut-on avoir des funérailles avec crémation ?
Oui. Depuis 1963, l'Église « permet l'incinération, si elle ne manifeste pas une mise en cause de la foi en la résurrection des corps »[35]. Elle continue cependant de recommander vivement l'inhumation, plus expressive de la foi pascale, et demande que les cendres soient déposées en un lieu sacré, sans être dispersées ni gardées à la maison. Tout le détail est traité dans l'article Un catholique peut-il pratiquer la crémation ?.
Voir l'article détaillé : Un catholique peut-il pratiquer la crémation ?
Faut-il payer pour des funérailles catholiques ?
Non — on n'achète pas une messe ni des funérailles. Il existe une offrande (le casuel) qui participe aux frais de la paroisse et à la vie du prêtre, mais elle ne conditionne jamais la célébration : « on veillera à ce que dans les funérailles n'apparaisse aucune acception de personnes et que les pauvres ne soient pas privés des funérailles dues »[36]. Une famille sans moyens a droit aux mêmes funérailles qu'une famille aisée. C'est une question de justice et de charité, pas de tarif.
La voix des saints devant la mort
L'enseignement de l'Église sur les funérailles n'est pas une froide procédure : il est porté par des siècles de foi vécue. Les saints ont regardé la mort en face, et leurs paroles disent mieux que tout traité le sens de la sépulture chrétienne.
Sainte Monique : « Souvenez-vous de moi à l'autel »
La scène la plus célèbre est celle de la mort de sainte Monique, racontée par son fils saint Augustin dans les Confessions. Mourante loin de sa terre, elle qui avait tant tenu à être enterrée près de son mari renonce soudain à tout, ne demandant qu'une chose :
« Laissez ce corps n'importe où ; que ce souci ne vous trouble pas. Ce que je vous demande seulement, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur, partout où vous serez. » — Sainte Monique, rapportée par saint Augustin, Confessions, IX, 11, 27[37]
Tout y est : le corps importe peu à côté de l'âme, et l'essentiel des funérailles n'est pas le lieu du tombeau mais la prière eucharistique offerte pour le défunt. C'est exactement ce que l'Église continue de faire.
Saint Cyprien et saint Ambroise : mourir sans crainte
Face aux grandes épidémies, saint Cyprien de Carthage exhortait les chrétiens à ne pas pleurer leurs morts comme les païens : ceux qui partent « ne sont pas perdus mais envoyés en avant »[38]. Saint Ambroise, prononçant l'éloge de son frère défunt, refusait le désespoir : la mort du croyant n'est pas une perte mais un port.
Sainte Thérèse : « Je ne meurs pas, j'entre dans la vie »
Le mot le plus limpide est peut-être celui de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, mourante à vingt-quatre ans, cité par le Catéchisme parmi les grandes paroles chrétiennes sur la mort :
« Je ne meurs pas, j'entre dans la vie. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus[39]
Et saint François d'Assise, dans le Cantique des créatures, allait jusqu'à bénir « sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper »[40]. Voilà l'esprit dans lequel l'Église célèbre ses funérailles : non pas la négation du chagrin, mais l'espérance plus forte que la mort.
En résumé
Que dit l'Église sur les funérailles catholiques ? Qu'elles sont une célébration liturgique — pas un sacrement, mais un acte de toute l'Église — dont l'Eucharistie est le cœur. Qu'elles ont trois buts : exprimer la communion avec le défunt, prier pour lui, annoncer la résurrection aux vivants. Qu'elles reposent sur une certitude : la mort chrétienne est « la dernière Pâque », où « la vie n'est pas détruite, mais transformée ». Et que, dans le doute, l'Église célèbre et prie plutôt qu'elle ne juge : presque tous les baptisés y ont droit, y compris les non-pratiquants et les personnes suicidées, la crémation est permise, et les pauvres ont droit aux mêmes funérailles que les riches.
Pour aller plus loin
- Les funérailles chrétiennes — le rite détaillé, son histoire et sa théologie.
- Pourquoi prier pour les morts ? — le fondement biblique et doctrinal de la prière pour les défunts.
- Que dit l'Église sur le purgatoire ? — ce que devient l'âme après la mort.
- Un catholique peut-il pratiquer la crémation ? — crémation, cendres et sépulture.
- L'onction des malades — le sacrement des mourants, avant les funérailles.
- Que devient un enfant mort sans baptême ? — l'espérance de l'Église pour les tout-petits.
- Qu'est-ce que la communion des saints ? — pourquoi la mort ne rompt pas l'appartenance à l'Église.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique, § 1684, op. cit. : « Les funérailles chrétiennes sont une célébration liturgique de l'Église. Par celle-ci, le ministère de l'Église a en vue aussi bien d'exprimer la communion efficace avec le défunt que d'y faire participer la communauté rassemblée pour les obsèques et de lui annoncer la vie éternelle. »
1 5Catéchisme de l'Église catholique, § 1012, op. cit., citant le Missel romain, Préface des défunts : « Pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n'est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux. » Original latin : « Vita mutatur, non tollitur. »
2 12 13Catéchisme de l'Église catholique, § 1683, op. cit. : « Elle dépose en terre, dans l'espérance, le germe du corps qui ressuscitera dans la gloire (cf. 1 Co 15, 42-44). Cette offrande est pleinement célébrée par le Sacrifice eucharistique ; les bénédictions qui précèdent et qui suivent sont des sacramentaux. »
3 6 7 14Catéchisme de l'Église catholique, § 1688, op. cit. : l'homélie « doit éviter le genre littéraire de l'éloge funèbre (OEx 41) et illuminer le mystère de la mort chrétienne dans la lumière du Christ ressuscité ».
4 20Catéchisme de l'Église catholique, § 1681, op. cit. : « Le sens chrétien de la mort est révélé dans la lumière du Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, en qui repose notre unique espérance. »
8Catéchisme de l'Église catholique, § 1682, op. cit. : le jour de la mort inaugure « l'achèvement de sa nouvelle naissance commencée au Baptême ».
9Catéchisme de l'Église catholique, § 1685, op. cit. : les rites « expriment le caractère pascal de la mort chrétienne et répondent aux situations et aux traditions de chaque région, même en ce qui concerne la couleur liturgique (cf. SC 81) ».
10Saint Ignace d'Antioche, Lettre aux Romains, 6, 1-2 (début du IIᵉ siècle), cité par le Catéchisme § 1010 : « Il est bon pour moi de mourir dans le Christ Jésus, plus que de régner sur les extrémités de la terre. »
11Saint Paul, Première Épître aux Corinthiens 15, 42-44 : « On sème corruptible, on ressuscite incorruptible […] on sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel. » Chapitre fondateur de la doctrine de la résurrection des corps, cité par le Catéchisme § 1683.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 2300, op. cit. : « Les corps des défunts doivent être traités avec respect et charité dans la foi et l'espérance de la résurrection. L'ensevelissement des morts est une œuvre de miséricorde corporelle (cf. Tb 1, 16-18). »
16Catéchisme de l'Église catholique, § 1013, op. cit. : « Les hommes ne meurent qu'une fois (He 9, 27). Il n'y a pas de "réincarnation" après la mort. »
17Catéchisme de l'Église catholique, § 1690, op. cit. : « L'adieu ("à-Dieu") au défunt est sa "recommandation à Dieu" par l'Église […] le dernier adieu par lequel la communauté chrétienne salue un de ses membres avant que le corps de celui-ci ne soit porté à sa tombe (OEx 10). »
18 24Catéchisme de l'Église catholique, § 1689, op. cit. : « Lorsque la célébration a lieu dans l'église, l'Eucharistie est le cœur de la réalité pascale de la mort chrétienne (cf. OEx 1). » L'Église demande que le défunt soit « purifié de ses péchés » et admis « à la plénitude pascale de la table du Royaume (cf. OEx 57) ».
19 23Catéchisme de l'Église catholique, § 1687, op. cit. : l'accueil de la communauté, la parole de « consolation » (cf. 1 Th 4, 18) ; la mort d'un membre doit attirer les fidèles « dans les véritables perspectives de la foi au Christ ressuscité ».
21Catéchisme de l'Église catholique, § 1686, op. cit. : « L'Ordo exsequiarum (OEx) de la liturgie romaine propose trois types de célébration des funérailles, correspondant aux trois lieux de son déroulement (la maison, l'église, le cimetière). » Quatre moments principaux.
22Saint Syméon de Thessalonique († 1429), De ordine sepulturae, 367 (PG 155, 685B), cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1690 : sur le baiser d'adieu au défunt et la communion qui demeure entre les vivants et les morts dans le Christ.
25Évangile selon saint Jean 19, 40 : le corps de Jésus est « lié de linges avec les aromates, selon la coutume d'ensevelir des Juifs ». Fondement scripturaire de la sépulture chrétienne.
26Concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie (4 décembre 1963), § 81 (texte officiel vatican.va) : « Le rite des funérailles devra exprimer de façon plus claire le caractère pascal de la mort chrétienne, et devra répondre mieux aux situations et aux traditions de chaque région, même en ce qui concerne la couleur liturgique. » Le § 82 prévoit en outre la révision du rite des funérailles des tout-petits, avec une messe propre.
27Code de droit canonique (1983), canon 1176, § 1 et § 3 : « Les fidèles défunts doivent recevoir des funérailles ecclésiastiques selon le droit. » Le § 3 recommande vivement l'ensevelissement des corps sans interdire la crémation.
28Catéchisme de l'Église catholique, § 2282, op. cit. : « Des troubles psychiques graves, l'angoisse ou la crainte grave de l'épreuve, de la souffrance ou de la torture peuvent diminuer la responsabilité du suicidaire. »
29Catéchisme de l'Église catholique, § 2283, op. cit. : « On ne doit pas désespérer du salut éternel des personnes qui se sont donné la mort […] L'Église prie pour les personnes qui ont attenté à leur vie. » (Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2282-2283, cité dans Matthieu Lavagna, La question difficile de l'enfer, extrait PDF, p. PDF 59.)
30Code de droit canonique (1983), canon 1184, § 1 : sont privés de funérailles ecclésiastiques, à moins d'avoir donné avant la mort quelque signe de repentir, les apostats, hérétiques et schismatiques notoires ; ceux qui ont choisi la crémation pour des raisons contraires à la foi chrétienne ; les autres pécheurs manifestes dont les funérailles causeraient un scandale public des fidèles. Le § 2 confie les cas douteux à l'Ordinaire du lieu.
31Code de droit canonique (1983), canon 1183 : les catéchumènes sont assimilés aux fidèles pour les funérailles ; l'Ordinaire du lieu peut permettre les funérailles ecclésiastiques pour un enfant mort avant le baptême que ses parents désiraient faire baptiser, et pour des baptisés non catholiques (sauf volonté contraire et à défaut de ministre propre).
32 33 34Catéchisme de l'Église catholique, § 2301, op. cit. : « L'Église permet l'incinération si celle-ci ne manifeste pas une mise en cause de la foi dans la résurrection des corps (cf. CIC, can. 1176, § 3). »
35Code de droit canonique (1983), canon 1181 : concernant les offrandes à l'occasion des funérailles, « on observera les prescriptions […] en veillant à ce que dans les funérailles n'apparaisse aucune acception de personnes et que les pauvres ne soient pas privés des funérailles dues ».
36Saint Augustin, Confessions, livre IX, chap. 11, § 27 (vers 397-401), à propos de la mort de sainte Monique († 387). Texte latin : « Ponite hoc corpus ubicumque ; nihil vos eius cura conturbet ; tantum illud vos rogo, ut ad Domini altare memineritis mei, ubiubi fueritis. » Trad. fr. d'après la Bibliothèque monastique (bibliotheque-monastique.ch). Monique renonce à toute exigence sur le lieu de sa sépulture et ne demande que la mémoire à l'autel — c'est-à-dire la prière eucharistique pour elle.
37Saint Cyprien de Carthage, De mortalitate (Sur la mortalité), § 20 (vers 252, à l'occasion de la peste) : « non eos amitti sed praemitti » — nos frères rappelés par le Seigneur « ne sont pas perdus, mais envoyés en avant ». La numérotation par paragraphes suit l'édition critique latine (cf. newadvent.org / documentacatholicaomnia.eu) ; l'édition française courante ne la reprend pas toujours.
38Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus († 1897), Derniers entretiens, cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1011 : « Je ne meurs pas, j'entre dans la vie. »
39Saint François d'Assise, Cantique des créatures (vers 1225), cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1014 : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. »
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