Beaucoup de catholiques savent qu'il existe des indulgences plénières — attachées à un Jubilé, à la lecture de l'Évangile, à un chemin de croix, à la prière pour les défunts au début de novembre. Mais peu savent exactement ce qui les distingue des indulgences partielles, à quelles conditions on les gagne réellement, et pourquoi l'Église pose une exigence spirituelle qui les rend, en pratique, plus rares qu'on ne le croit. Cet article répond à cette question précise : que dit l'Église sur les indulgences plénières ?
Pour la doctrine de base — ce qu'est une indulgence en général, la distinction entre la faute (pardonnée) et la peine temporelle (qui demeure), l'image du clou et de la planche, le « trésor de l'Église » —, on se reportera à l'article Qu'est-ce qu'une indulgence ?. Pour l'histoire, le scandale de Tetzel, les 95 thèses de Luther et la réponse aux objections protestantes, voir le dossier Les indulgences. Le présent article suppose ces notions acquises et se concentre sur le régime plénier.
Rappelons seulement le point de départ. Une indulgence est « la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée »[1]. Elle peut être partielle (remise d'une partie de cette peine) ou plénière (remise de la totalité)[2]. Tout l'objet de cet article tient dans ce mot : plénière — c'est-à-dire complète, entière, sans reste.
Qu'est-ce qui rend une indulgence « plénière » ?
L'adjectif n'est pas décoratif. Il désigne une réalité spirituelle précise, et une différence de nature — non de simple degré — avec l'indulgence partielle.
Tout ou rien : la remise totale de la peine temporelle
Le Code de droit canonique donne le critère de partage : l'indulgence est plénière ou partielle « selon qu'elle libère en partie ou en totalité de la peine temporelle due pour les péchés »[3]. L'indulgence partielle remet une part de la dette de purification ; l'indulgence plénière l'efface tout entière.
La conséquence est saisissante, et c'est elle qui explique la ferveur des saints pour cette pratique : celui qui gagne pleinement une indulgence plénière est, à cet instant, dans l'état où le mettrait la fin d'un long purgatoire. Sa dette temporelle est soldée. S'il mourait aussitôt, il entrerait directement au Ciel, sans passer par l'état de purification que l'on appelle le purgatoire[4].
« Elle irait droit au Ciel » : ce que cela signifie vraiment
Cette formule spectaculaire demande à être bien comprise, pour éviter deux malentendus.
D'abord, l'indulgence plénière ne rend pas saint d'un coup ni ne supprime les combats à venir : elle ne touche pas la faute (déjà pardonnée), ni la fragilité, ni les tentations futures. Elle solde une dette de réparation accumulée par des péchés passés et déjà remis. Elle est une guérison achevée, non une canonisation.
Ensuite, elle n'est pas un tour de passe-passe qui dispenserait de la conversion : au contraire, on va le voir, elle exige une conversion réelle du cœur pour être obtenue en plénitude. C'est justement cette exigence qui interdit d'y voir une combine ou un raccourci facile. Le Catéchisme le résume : les peines temporelles « ne doivent pas être conçues comme une espèce de vengeance que Dieu infligerait de l'extérieur, mais comme découlant de la nature même du péché »[5] — et l'indulgence plénière est le moyen par lequel l'Église, puisant dans les mérites du Christ, achève cette guérison naturelle.
Une exigence, un don : l'équilibre catholique
L'indulgence plénière tient ensemble deux vérités que l'on oppose souvent à tort. D'un côté, c'est un don gratuit : nul ne « mérite » par ses propres forces l'effacement total de sa peine ; c'est le trésor des mérites du Christ et des saints qui est appliqué au fidèle par l'autorité de l'Église[6]. De l'autre, ce don n'est pas automatique : il requiert une disposition intérieure si haute qu'elle manifeste que le salut n'est jamais mécanique. Grâce et liberté, don et conversion : l'indulgence plénière est un condensé de toute la théologie catholique de la grâce.
Les conditions de l'indulgence plénière
Pour gagner une indulgence plénière, il faut accomplir l'œuvre indulgenciée prescrite, remplir trois conditions habituelles, et surtout satisfaire à une disposition intérieure décisive[7]. L'Église fixe d'abord des conditions de capacité : pour gagner une indulgence, il faut être baptisé, non excommunié, en état de grâce au moins au terme de l'œuvre prescrite, et avoir au moins l'intention de la recevoir[8].
L'œuvre indulgenciée prescrite
Une indulgence plénière est toujours attachée à une œuvre déterminée : lire l'Écriture une demi-heure, faire un chemin de croix, réciter le chapelet en église, franchir la Porte Sainte d'un Jubilé, etc. (voir la liste plus bas). Cette œuvre n'est pas un « prix à payer » : elle est l'acte de foi et de charité concret dans lequel le fidèle s'unit à la prière de l'Église. Sans œuvre indulgenciée, pas d'indulgence.
La confession sacramentelle
Il faut être en état de grâce, ce qui suppose, pour qui a conscience d'un péché grave, la confession sacramentelle préalable[9]. Ce point rappelle que l'indulgence présuppose le pardon : elle ne pardonne aucun péché, elle libère de la peine qui subsiste après le pardon. C'est pourquoi la confession est la porte d'entrée de tout le régime des indulgences.
La communion eucharistique
Il faut recevoir la communion eucharistique, de préférence le jour même de l'œuvre[10]. L'indulgence plénière est ainsi arrimée aux deux sacrements du pardon et de la vie : la pénitence qui réconcilie, l'Eucharistie qui unit au Christ. Loin d'un juridisme sec, elle plonge dans la vie sacramentelle.
La prière aux intentions du Souverain Pontife
Il faut enfin prier aux intentions du Souverain Pontife — non pour la personne du pape, mais pour les intentions qu'il porte au nom de l'Église universelle. Un Notre Père et un Je vous salue Marie suffisent, même si le fidèle reste libre d'ajouter d'autres prières[11]. Cette condition inscrit l'acte personnel dans la communion de toute l'Église : on ne gagne pas une indulgence « pour soi tout seul », mais en s'unissant au corps entier.
Combien de temps avant ou après l'œuvre ?
L'Église est ici d'une grande souplesse pastorale : les trois conditions (confession, communion, prière) peuvent être remplies « plusieurs jours avant ou après » l'accomplissement de l'œuvre indulgenciée[12]. Il est cependant « convenable » que communion et prière aux intentions du pape aient lieu le jour même. Une seule confession peut valoir pour plusieurs indulgences plénières ; mais il faut une communion et une prière distinctes pour chacune[13].
La condition décisive : le détachement de tout péché, même véniel
La vraie difficulté n'est pas administrative : elle est spirituelle. L'indulgence plénière exige que soit « exclu tout attachement au péché, y compris véniel »[14]. Ce n'est pas seulement l'absence de péché grave : c'est l'absence de tout attachement — de toute complaisance secrète — envers la moindre faute, y compris les petites imperfections que l'on aime sans vouloir y renoncer.
« Pour acquérir l'indulgence plénière, il est requis d'accomplir l'œuvre enrichie de l'indulgence et de remplir trois conditions : confession sacramentelle, communion eucharistique et prière aux intentions du Souverain Pontife. Il est requis en outre que soit exclue toute affection au péché, même véniel. » — Enchiridion Indulgentiarum, 4ᵉ éd. typique, 1999, Norme 20[15]
Or ce détachement total est rare. C'est pourquoi, en pratique, l'on gagne beaucoup moins d'indulgences plénières qu'on ne le croit : si le détachement n'est pas entier, « l'indulgence sera seulement partielle »[16]. Cette exigence n'est pas un piège : elle dit la vérité de l'indulgence. Elle n'est pas un acte magique qui contournerait la conversion, mais son fruit — ce que Paul VI, reprenant l'Évangile, appelle la metanoia, le retournement du cœur.
« Les indulgences ne peuvent être acquises sans une sincère conversion de l'esprit (metanoia) et l'union avec Dieu, à laquelle s'ajoute l'accomplissement des œuvres prescrites. » — Paul VI, Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967, n° 11[17]
Il ne faut pourtant pas transformer cette exigence en source d'angoisse. Le détachement demandé est celui de la volonté, non des sentiments : sentir en soi des inclinations désordonnées n'empêche pas l'indulgence, dès lors que la volonté refuse d'y consentir et se tourne vers Dieu. C'est un appel à la ferveur, non un motif de scrupule (voir plus bas, Difficultés et objections).
Les règles de fréquence et d'application
Trois règles pratiques encadrent l'indulgence plénière. Elles sont simples, mais souvent ignorées.
Une seule indulgence plénière par jour
On ne peut gagner qu'une seule indulgence plénière par jour[18]. Les indulgences partielles, elles, peuvent être gagnées plusieurs fois par jour. L'exception ordinaire concerne le mourant : celui qui a déjà gagné une plénière dans la journée peut encore recevoir l'indulgence plénière à l'article de la mort (voir plus bas)[19]. En Année jubilaire, le décret propre peut en outre prévoir un cas supplémentaire : pour le Jubilé 2025 — Année sainte close le 6 janvier 2026 —, la possibilité d'appliquer une seconde plénière aux défunts le même jour[20].
Une confession pour plusieurs, mais une communion et une prière par indulgence
Comme on l'a vu, une même confession sacramentelle peut disposer à plusieurs indulgences plénières successives (les jours suivants). Mais chaque indulgence plénière requiert sa propre communion et sa propre prière aux intentions du pape[21]. Cette règle empêche de « cumuler » mécaniquement, et rattache chaque indulgence à un acte réel de vie sacramentelle.
Pour soi ou pour un défunt — jamais pour un autre vivant
L'indulgence ne peut être appliquée que de deux manières : à soi-même, ou à un défunt par mode de suffrage[22]. On ne peut pas la gagner pour un autre vivant. Ce détail est théologiquement révélateur : l'indulgence n'est pas un « crédit » transférable à qui l'on veut, mais un acte personnel de conversion, dont seul le fruit peut être charitablement offert à une âme du purgatoire — qui, elle, ne peut plus mériter pour elle-même.
« Puisque les fidèles défunts en voie de purification sont aussi membres de la même communion des saints, nous pouvons les aider, entre autres, en obtenant pour eux des indulgences, de manière que soient remises les peines temporelles qu'ils doivent pour leurs péchés. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1479[23]
C'est l'expression la plus concrète de la communion des saints : la solidarité des membres du Corps du Christ, par-delà la mort. Sur la manière et le sens de prier pour les âmes, voir Pourquoi prier pour les morts ?.
Le tableau suivant récapitule les règles propres à l'indulgence plénière, par contraste avec l'indulgence partielle.
| Critère | Indulgence partielle | Indulgence plénière |
|---|---|---|
| Peine remise | Une partie de la peine temporelle | La totalité de la peine temporelle |
| Fréquence | Plusieurs fois par jour | Une seule fois par jour[24] |
| Conditions | Œuvre indulgenciée + état de grâce | Œuvre + confession + communion + prière aux intentions du pape + détachement de tout péché[25] |
| Si le détachement est incomplet | — | L'indulgence devient partielle |
| Application | Pour soi ou pour un défunt | Pour soi ou pour un défunt |
| Exception | — | Plénière possible en plus à l'article de la mort[26] ; cas jubilaire selon le décret propre[27] |
Quelles œuvres permettent de gagner une indulgence plénière ?
Tout est codifié dans l'Enchiridion Indulgentiarum, le recueil officiel publié par la Pénitencerie apostolique (4ᵉ édition typique, 1999)[28]. La réforme de Paul VI (1967), mise en œuvre par l'Enchiridion, a réduit les listes anciennes pléthoriques au profit de quatre concessions générales — élever son cœur vers Dieu dans l'accomplissement du devoir ; se mettre au service du prochain dans un esprit de foi ; se priver volontairement d'un bien licite par pénitence ; témoigner ouvertement de sa foi[29] — et d'un ensemble d'œuvres précises. Voici les principales qui donnent une indulgence plénière, aux conditions habituelles.
Les quatre œuvres majeures accessibles à tous
Quatre pratiques ordinaires de la vie chrétienne portent, à elles seules, une indulgence plénière :
- la lecture priante de la Sainte Écriture pendant au moins une demi-heure ; en deçà, l'indulgence est partielle[30] ;
- l'adoration du Saint-Sacrement pendant au moins une demi-heure[31] ;
- le chemin de croix, accompli devant des stations légitimement érigées, avec méditation de la Passion[32] ;
- la récitation du chapelet (au moins cinq dizaines — un chapelet entier) dans une église ou un oratoire, en famille, en communauté religieuse ou dans une association de fidèles[33].
« Une indulgence plénière est accordée au fidèle qui récite pieusement le Rosaire marial dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, au sein d'une association de fidèles. » — Enchiridion Indulgentiarum, concession 17[34]
La leçon de cette liste est claire : l'indulgence plénière n'est pas réservée à des exploits rares, mais offerte dans les gestes les plus ordinaires de la prière chrétienne — à condition d'y mettre le cœur.
Les grandes occasions liturgiques
D'autres indulgences plénières sont attachées à des jours ou des circonstances particulières :
- le Pardon d'Assise (indulgence de la Portioncule), le 2 août, par la visite d'une église avec récitation du Notre Père et du Credo[35] ;
- la visite d'une église ou d'un oratoire le 2 novembre (Commémoration de tous les fidèles défunts), indulgence applicable aux seuls défunts[36] ;
- la visite d'un cimetière du 1ᵉʳ au 8 novembre, en priant pour les défunts — indulgence plénière chaque jour de l'octave, applicable aux seuls défunts[37] ;
- la bénédiction Urbi et Orbi du pape (à Noël, à Pâques), reçue même par la radio, la télévision ou internet[38] ;
- la première communion et la participation à une première messe d'un nouveau prêtre[39] ;
- l'adoration de la Croix le Vendredi saint et le renouvellement des promesses baptismales dans la veillée pascale.
Beaucoup d'autres actes de piété — un « Mon Jésus, miséricorde » dit avec ferveur, un signe de croix, l'usage d'un objet de piété béni — portent une indulgence partielle. L'esprit de la réforme est de relier l'indulgence non à des gestes comptés, mais à une vie de prière, de pénitence et de charité[40].
L'indulgence plénière du Jubilé (Année sainte)
La forme la plus solennelle de l'indulgence plénière est l'indulgence jubilaire, attachée aux Années saintes. Depuis le premier Jubilé de 1300, l'Église ouvre, à intervalles réguliers, un temps de grâce où l'indulgence plénière est concédée avec une largesse particulière[41]. Le Jubilé ordinaire le plus récent est celui de 2025, « Pèlerins d'espérance », convoqué par le pape François (2013-2025) dans la bulle Spes non confundit[42]. Cette Année sainte est close depuis le 6 janvier 2026 (solennité de l'Épiphanie), lorsque le pape Léon XIV a refermé la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre[43] : les dispositions particulières du décret 2025, décrites ci-dessous au passé, expiraient avec le Jubilé.
La Porte Sainte et le pèlerinage
Le signe le plus visible du Jubilé est la Porte Sainte : une porte murée dans les grandes basiliques, ouverte solennellement par le pape à l'inauguration de l'Année sainte, que les pèlerins franchissent en signe de passage du péché à la grâce, du monde vers Dieu. Le décret de la Pénitencerie apostolique pour le Jubilé 2025 concédait l'indulgence plénière — aux conditions habituelles (confession, communion, prière aux intentions du pape, détachement du péché) — à ceux qui accomplissaient un pèlerinage vers un lieu saint jubilaire[44].
Les lieux prévus étaient notamment les quatre basiliques majeures de Rome (Saint-Pierre, Saint-Jean-de-Latran, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Paul-hors-les-Murs), les trois basiliques de Terre Sainte (Saint-Sépulcre à Jérusalem, Nativité à Bethléem, Annonciation à Nazareth), ainsi que les cathédrales et sanctuaires désignés par les évêques[45]. Sur le sens du pèlerinage lui-même, voir Pourquoi faire des pèlerinages ?.
Les visites pieuses et les œuvres de miséricorde
Le décret 2025 élargissait largement les moyens de gagner l'indulgence. Outre le pèlerinage, elle était accordée à ceux qui :
- visitaient pieusement un lieu jubilaire et s'y recueillaient (adoration, Notre Père, Credo, invocation à Marie)[46] ;
- accomplissaient des œuvres de miséricorde et de pénitence : visiter longuement des personnes dans le besoin (malades, prisonniers, personnes âgées seules, personnes handicapées), pratiquer le jeûne ou l'abstinence, donner aux pauvres, s'engager dans le bénévolat — pratiques qui, selon le décret, « peuvent être répétées » au long de l'année, avec l'indulgence « à chaque fois »[47].
Le décret rappelait que l'indulgence jubilaire était « destinée de manière spéciale » aux défunts, et prévoyait même, par une charité redoublée, la possibilité d'en appliquer deux aux âmes du purgatoire le même jour : pour le fidèle ayant accompli un acte de charité en faveur des âmes du purgatoire et recevant une seconde fois la communion le même jour, dans une célébration eucharistique — applicable aux seuls défunts[48].
Les malades et les empêchés
Enfin — et c'est un trait constant de la miséricorde de l'Église —, ceux qui ne pouvaient pas se déplacer (moniales et moines de clôture, personnes âgées, malades, prisonniers, soignants retenus à l'hôpital) gagnaient la même indulgence en s'unissant spirituellement aux célébrations, en récitant chez eux le Notre Père, le Credo et d'autres prières, et « en offrant leurs souffrances ou les difficultés de leur vie »[49]. La grâce plénière n'était refusée à personne : la souffrance offerte valait le pèlerinage.
L'indulgence plénière à l'article de la mort
Le moment le plus décisif reçoit une grâce spéciale. L'Église accorde une indulgence plénière au fidèle en danger de mort, à l'article de la mort (in articulo mortis)[50].
La bénédiction apostolique
Le prêtre qui administre les derniers sacrements est habilité à donner au mourant la bénédiction apostolique avec indulgence plénière[51]. Cette indulgence peut être gagnée même si le fidèle a déjà gagné une autre indulgence plénière le même jour[52] — exception unique à la règle d'une seule plénière par jour, signe du prix que l'Église attache au passage vers l'éternité.
Sans prêtre : le crucifix et le désir
Détail admirable de la sollicitude de l'Église : si aucun prêtre n'est disponible, l'Église elle-même supplée. Elle accorde l'indulgence plénière au chrétien mourant « bien disposé » qui, au cours de sa vie, avait l'habitude de prier — pourvu qu'il ait au moins l'intention de la recevoir. Il est recommandé, dans ce cas, d'utiliser un crucifix ou une croix[53]. Ce qui est requis, ce n'est pas une performance, mais un cœur tourné vers Dieu au dernier instant. La miséricorde qui a soutenu toute la doctrine des indulgences éclate ici : jusqu'au seuil de la mort, l'Église veut ouvrir toutes grandes les portes du Ciel.
Difficultés et objections fréquentes
Trois questions reviennent souvent. Il vaut la peine de les traiter franchement.
« N'est-ce pas trop beau, trop facile ? »
À première vue, l'indulgence plénière peut sembler « bon marché » : quelques prières, une visite d'église, et toute la peine serait effacée ? En réalité, la condition du détachement de tout péché, même véniel, est si exigeante qu'elle interdit toute facilité. Ce qui est demandé, ce n'est pas d'accomplir un rite, mais d'avoir un cœur réellement converti, sans complaisance envers le mal. Loin d'être « facile », l'indulgence plénière pleinement gagnée suppose un sommet de la vie spirituelle. Le geste est simple ; la disposition, exigeante.
« Comment savoir si je l'ai vraiment gagnée ? »
On ne le sait pas avec certitude — et c'est voulu. L'Église ne délivre pas de « reçu ». Le détachement du cœur relève du secret entre l'âme et Dieu. Cette incertitude n'est pas un défaut : elle est une pédagogie. Elle interdit la présomption (« j'ai mon compte »), pousse à recommencer avec ferveur, et remet tout à la miséricorde de Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité. Le fidèle fait ce qui dépend de lui ; le reste, il l'abandonne à la bonté du Père.
Il faut ici écarter tout scrupule. Douter sans fin de son détachement, refaire les actes par angoisse, se tourmenter de n'être pas sûr : rien de tout cela ne vient de Dieu. La juste attitude est celle de l'enfant confiant qui donne son cœur du mieux qu'il peut et s'en remet au Père. Ce que Dieu regarde, c'est l'amour du cœur, non un score à atteindre.
« Compter des peines, n'est-ce pas mesquin ? »
L'objection suppose que l'indulgence serait une comptabilité froide. C'est l'inverse. La logique de la peine temporelle n'est pas celle d'un tribunal qui exige son dû, mais celle d'une guérison : le péché laisse des blessures, et l'amour de Dieu veut les cicatriser entièrement[54]. L'indulgence plénière n'est pas un « point » gagné, mais une santé rendue à l'âme. Et parce que cette santé peut être offerte aux défunts, elle est aussi le plus désintéressé des actes : prier, jeûner, faire l'aumône pour un autre que l'on ne verra plus ici-bas. Il n'y a rien de mesquin dans la charité qui s'étend jusqu'au purgatoire.
Pour aller plus loin
L'indulgence plénière n'est pas une survivance embarrassante, mais l'un des plus beaux condensés de la foi catholique : elle articule le pardon (qui remet la faute), la guérison (qui répare la peine), la communion des saints (qui fait circuler les biens spirituels), l'autorité reçue du Christ (le pouvoir des clés) et la miséricorde de Dieu (qui va jusqu'à l'article de la mort). Bien comprise, elle n'invite pas à comptabiliser, mais à se convertir, à prier et à aimer — pour soi et pour les défunts que l'on confie à Dieu.
Articles liés sur Ignispedia :
- Qu'est-ce qu'une indulgence ? — la définition catéchétique : faute et peine, le trésor de l'Église, l'image du clou et de la planche.
- Les indulgences — le dossier complet : histoire, mythe de la « vente », Tetzel, Luther et les 95 thèses, objections protestantes.
- Qu'est-ce que la communion des saints ? — la solidarité qui rend possible l'application des indulgences aux défunts.
- Le purgatoire et Que dit l'Église sur le purgatoire ? — la purification de la peine temporelle après la mort.
- Pourquoi prier pour les morts ? — la charité envers les âmes en voie de purification.
- Comment faire une bonne confession ? — le sacrement qui pardonne la faute, préalable à toute indulgence.
- Pourquoi faire des pèlerinages ? — le pèlerinage, condition traditionnelle de l'indulgence jubilaire.
Sources principales
- Catéchisme de l'Église catholique, § 1471-1479 et § 1030-1032 (texte officiel sur vatican.va).
- Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967, avec ses Normes.
- Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum, 4ᵉ édition typique, 1999.
- Code de droit canonique (1983), canons 992 à 997.
- Pénitencerie apostolique, Note sur l'indulgence plénière concédée durant le Jubilé ordinaire de l'année 2025, 13 mai 2024.
- François, bulle d'indiction du Jubilé 2025 Spes non confundit, 9 mai 2024.
Notes et références
Catéchisme de l'Église catholique (CEC), § 1471, IIᵉ partie, section 2, chap. 2, art. 4, sous-section X « Les indulgences ». Le § 1471 reprend mot pour mot la définition de Paul VI, Indulgentiarum doctrina, Norme 1. Texte officiel sur vatican.va.
1Code de droit canonique (Codex Iuris Canonici, 1983), can. 993 : l'indulgence est partielle ou plénière « selon qu'elle libère en partie ou en totalité de la peine temporelle due pour les péchés ». Texte officiel sur vatican.va.
2 3Catéchisme de l'Église catholique, § 1030-1031, sur le purgatoire comme purification finale des élus, « absolument distincte du châtiment des damnés ». Une âme dont la peine temporelle est intégralement remise n'a plus à connaître cette purification. Texte officiel sur vatican.va.
4Catéchisme de l'Église catholique, § 1472, sur la double conséquence du péché (faute et peine) et sur le fait que les peines temporelles ne sont pas une vengeance divine mais découlent « de la nature même du péché ». Texte officiel sur vatican.va.
5 54Catéchisme de l'Église catholique, § 1478 : l'indulgence s'obtient par l'Église qui, en vertu du pouvoir de lier et délier reçu du Christ, ouvre au fidèle le « trésor des mérites du Christ et des saints ». Texte officiel sur vatican.va.
6Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (4ᵉ éd. typique, 1999), Norme 20 : pour l'indulgence plénière, accomplir l'œuvre prescrite et remplir trois conditions — confession sacramentelle, communion eucharistique, prière aux intentions du Souverain Pontife — en excluant tout attachement au péché, même véniel ; à défaut de ce détachement total, l'indulgence n'est que partielle. Les conditions peuvent être remplies plusieurs jours avant ou après l'œuvre. Cette norme consolide la Norme 7 de Indulgentiarum doctrina (1967).
7 9 10 11 12 14 15 16 25Code de droit canonique (1983), can. 996, § 1-2 : pour être capable de gagner les indulgences, il faut être baptisé, non excommunié et en état de grâce au moins au terme des œuvres prescrites ; et avoir au moins l'intention de les recevoir et d'accomplir les œuvres requises au temps fixé. Texte officiel sur vatican.va.
8Paul VI, Indulgentiarum doctrina (1967), Norme 9 : plusieurs indulgences plénières peuvent être obtenues sur la base d'une seule confession sacramentelle ; mais par une seule communion et une seule prière aux intentions du Souverain Pontife, on ne gagne qu'une seule indulgence plénière. Texte officiel sur vatican.va.
13 21Paul VI, constitution apostolique Indulgentiarum doctrina, 1ᵉʳ janvier 1967, n° 11 : les indulgences ne peuvent être acquises sans une sincère conversion de l'esprit (metanoia) et l'union avec Dieu, à quoi s'ajoute l'accomplissement des œuvres prescrites. Texte officiel sur vatican.va.
17 40Paul VI, Indulgentiarum doctrina (1967), Norme 6 : on ne peut gagner qu'une seule indulgence plénière par jour ; les indulgences partielles peuvent être gagnées plusieurs fois par jour. Texte officiel sur vatican.va.
18 24Paul VI, Indulgentiarum doctrina (1967), Norme 18 : l'Église accorde l'indulgence plénière au fidèle à l'article de la mort (in articulo mortis), même s'il a déjà gagné une autre indulgence plénière le même jour ; si aucun prêtre n'est disponible, l'Église supplée pourvu que le fidèle bien disposé ait au moins prié durant sa vie, et l'usage d'un crucifix est recommandé. Texte officiel sur vatican.va.
19 26 50 52 53Pénitencerie apostolique, Note sur l'indulgence plénière concédée durant le Jubilé ordinaire de l'année 2025 annoncé par Sa Sainteté le Pape François, 13 mai 2024. La note concédait l'indulgence plénière, aux conditions habituelles (confession sacramentelle, communion, prière aux intentions du pape, exclusion de tout attachement au péché), par le pèlerinage vers un lieu saint jubilaire (quatre basiliques majeures de Rome, trois basiliques de Terre Sainte, cathédrales et sanctuaires désignés), par la visite pieuse de lieux sacrés, et par des œuvres de miséricorde et de pénitence ; des dispositions particulières étaient prévues pour les malades et les empêchés, et l'indulgence était « destinée de manière spéciale » aux défunts. Ces dispositions expiraient avec la clôture du Jubilé, le 6 janvier 2026. Texte officiel sur vatican.va.
20 27 44 45 46 47 48 49Code de droit canonique (1983), can. 994 : tout fidèle peut gagner les indulgences, partielles ou plénières, « soit pour lui-même, soit pour les défunts par mode de suffrage ». Texte officiel sur vatican.va.
22Catéchisme de l'Église catholique, § 1479, sur l'application des indulgences aux défunts par mode de suffrage, au titre de la communion des saints. Texte officiel sur vatican.va.
23Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum. Normae et concessiones, 4ᵉ édition typique, Libreria Editrice Vaticana, 1999. Recueil officiel des normes et des œuvres indulgenciées, mettant en application la réforme de Indulgentiarum doctrina (1967).
28 39Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), les quatre concessions générales d'indulgence partielle : élever son âme vers Dieu dans l'accomplissement de ses devoirs et les adversités de la vie ; se mettre au service du prochain dans un esprit de foi ; se priver spontanément d'un bien licite dans un esprit de pénitence ; rendre ouvertement témoignage de sa foi. Formulées dans l'Enchiridion en application de la réforme de 1967.
29Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), concession 30 : indulgence plénière au fidèle qui consacre au moins une demi-heure à la lecture ou à l'écoute priante de la Sainte Écriture, tenue comme parole de Dieu ; si le temps est moindre, l'indulgence est partielle.
30Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), concession 7, § 1, 1° : indulgence plénière au fidèle qui visite le Saint-Sacrement pour l'adorer pendant au moins une demi-heure.
31Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), concession 13 : indulgence plénière au fidèle qui accomplit le pieux exercice du chemin de la croix, devant des stations légitimement érigées, avec méditation de la Passion et déplacement d'une station à l'autre.
32Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), concession 17, § 1, 1° : indulgence plénière au fidèle qui récite pieusement au moins une partie (cinq dizaines) du Rosaire marial dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse ou une association de fidèles, les dizaines étant récitées sans interruption avec méditation des mystères.
33 34Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), concession relative au « Pardon d'Assise » (indulgence de la Portioncule), le 2 août : indulgence plénière par la visite pieuse d'une église, avec récitation du Notre Père et du Symbole de la foi, aux conditions habituelles. Origine : indulgence de la Portioncule accordée à saint François d'Assise.
35Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999) : indulgence plénière applicable aux seuls défunts par la visite pieuse d'une église ou d'un oratoire le 2 novembre (Commémoration de tous les fidèles défunts), et par la visite d'un cimetière avec prière pour les défunts chaque jour du 1ᵉʳ au 8 novembre (indulgence partielle les autres jours de l'année).
36 37Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999) : indulgence plénière attachée à la bénédiction Urbi et Orbi donnée par le Souverain Pontife, reçue même par les fidèles qui la suivent pieusement par la radio, la télévision ou les nouveaux moyens de communication.
38Boniface VIII (Benedetto Caetani, pape 1294-1303), bulle Antiquorum habet fida relatio, 22 février 1300, instituant le premier Jubilé (Année sainte) et concédant une indulgence plénière aux pèlerins visitant les basiliques romaines de Saint-Pierre et Saint-Paul.
41François (Jorge Mario Bergoglio, pape de 2013 à 2025), bulle d'indiction du Jubilé ordinaire de 2025 Spes non confundit, 9 mai 2024, plaçant l'Année sainte sous le thème « Pèlerins d'espérance ». Texte officiel sur vatican.va.
42Le 6 janvier 2026, solennité de l'Épiphanie, le pape Léon XIV a refermé la Porte Sainte de la basilique Saint-Pierre, marquant la fin de l'Année sainte 2025. Cf. Catholic News Agency, « Pope Leo XIV closes St. Peter's Holy Door, concluding Jubilee of Hope », 6 janvier 2026, en ligne : Catholic World Report.
43Pénitencerie apostolique, Enchiridion Indulgentiarum (1999), et Rituel de l'onction des malades : le prêtre qui assiste un mourant peut lui conférer la bénédiction apostolique avec indulgence plénière à l'article de la mort ; à défaut de prêtre, l'Église concède elle-même cette indulgence au fidèle bien disposé (cf. Indulgentiarum doctrina, Norme 18).
51