Que dit l'Église sur les démons ?

Ce que l'Église catholique enseigne vraiment sur les démons : non des monstres créés mauvais ni une superstition d'un autre âge, mais des anges déchus au pouvoir réel et strictement limité, déjà vaincus par le Christ. Définition, fondements bibliques, ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire, tentation et possession, et la réponse de l'Église.

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Peu de sujets prêtent autant à confusion que celui des démons. La culture populaire en a fait des créatures cornues de films d'horreur ; un certain rationalisme les tient pour une superstition d'un autre âge ; et une curiosité malsaine en fait parfois l'objet d'une fascination dangereuse. Entre la caricature, la négation et la fascination, l'Église catholique tient une position sobre, ferme et étonnamment lumineuse : les démons existent, ce sont des anges déchus, leur pouvoir est réel mais strictement limité, et le Christ les a déjà vaincus.

Cet article expose ce que l'Église enseigne réellement sur les démons : ce qu'ils sont, d'où vient le mal en eux, ce que la Bible en dit, ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire, la différence entre la simple tentation et les phénomènes extraordinaires, et la manière dont l'Église y répond. On y répond aux questions les plus courantes : le diable est-il une personne ou une image du mal ? un démon peut-il lire dans mes pensées ? faut-il avoir peur ? pourquoi l'Église parle-t-elle encore d'exorcisme au XXIᵉ siècle ?

Pour le traité complet de l'angélologie et de la démonologie — les neuf chœurs, la hiérarchie des anges déchus, le détail de la chute selon saint Thomas —, on renvoie à l'article de fond Les anges et les démons. Pour le ministère de la délivrance, voir Que dit l'Église sur les exorcismes ?. Pour le sort éternel des esprits déchus, voir Que dit l'Église sur l'enfer ?.

Les démons existent-ils vraiment ? La foi de l'Église

Une vérité de foi, pas une superstition médiévale

L'existence des démons n'est pas, dans le catholicisme, une croyance facultative ni un folklore que l'on pourrait abandonner sans toucher au cœur de la foi. Elle est affirmée par l'Écriture, par la prédication même du Christ, par la liturgie du baptême — où l'on renonce solennellement à « Satan, à ses œuvres et à ses séductions » — et par un enseignement constant du Magistère[1]. Le Catéchisme de l'Église catholique consacre plusieurs paragraphes à « la chute des anges » et nomme le diable comme un être personnel, et non comme une simple métaphore du mal.

« Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la mort. L'Écriture et la Tradition de l'Église voient dans cet être un ange déchu, appelé Satan ou diable. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 391[2]

Le diable, « un être vivant, spirituel, perverti »

Au XXᵉ siècle, alors que la démythologisation tendait à dissoudre le diable en pur symbole, le pape Paul VI a tenu à réaffirmer avec force la réalité personnelle du Malin. Lors de l'audience générale du 15 novembre 1972, dans une catéchèse restée célèbre sous le titre « Délivre-nous du mal », il déclarait :

« Le mal n'est plus seulement une déficience, mais une efficience, un être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur. Terrible réalité. Mystérieuse et redoutable. » — Paul VI, audience générale du 15 novembre 1972[3]

Cette mise au point n'était pas un retour à une mentalité archaïque, mais une fidélité à l'Évangile. Saint Jean-Paul II a prolongé cet enseignement dans son cycle de catéchèses de l'été 1986, rappelant que les anges déchus « restent des créatures de Dieu » dont la révolte n'enlève rien à la souveraineté divine[4].

Pourquoi l'Église en parle encore aujourd'hui

On objecte parfois qu'insister sur les démons relèverait d'une religion de la peur. C'est l'inverse. Pour l'Église, ignorer l'adversaire, c'est se livrer à lui désarmé ; le reconnaître, c'est mesurer l'ampleur de la victoire du Christ, « venu pour détruire les œuvres du diable » (1 Jn 3, 8)[5]. Parler des démons n'a de sens, dans la foi, que rapporté à cette victoire : non pour effrayer, mais pour situer le combat spirituel de chaque baptisé dans la lumière de Pâques.

Qu'est-ce qu'un démon ? Des anges déchus, non des monstres

Des créatures spirituelles bonnes à l'origine

Le point décisif, celui que la culture populaire ignore presque toujours, est que les démons ne sont pas une espèce de créatures mauvaises créées telles par Dieu. Dieu ne crée rien de mauvais. Les démons sont des anges — des esprits purs, dotés d'intelligence et de volonté — qui ont été créés bons, et qui se sont eux-mêmes pervertis : « Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein »[6]. C'est la définition que le IVᵉ concile du Latran a fixée en 1215, dans la profession de foi Firmiter, et qui demeure la référence dogmatique sur la question :

« Car le diable et les autres démons ont bien été créés par Dieu bons selon leur nature, mais ils se sont rendus mauvais par eux-mêmes. » — IVᵉ concile du Latran (1215), constitution Firmiter credimus[7]

Anges fidèles et anges déchus : une même nature angélique, deux choix opposés. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Un démon n'est donc pas une créature à part, mi-homme mi-bête, telle que la représente l'imagerie médiévale ou hollywoodienne. C'est un ange — la même nature que saint Michel ou que l'ange gardien — mais un ange qui a fait de sa liberté un usage de refus. Sa nature reste celle d'un pur esprit : sans corps, immortel, d'une intelligence supérieure à la nôtre[8].

La chute : un péché d'orgueil

Comment un ange, créé bon et comblé, a-t-il pu se détourner de Dieu ? La Tradition, suivant saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, voit dans la chute angélique un péché d'orgueil : le refus de la dépendance à l'égard du Créateur, la volonté d'être à soi-même sa propre fin. La formule classique en résume le ressort : « Je ne servirai pas » (non serviam)[9]. Le Catéchisme précise :

« L'Écriture parle d'un péché de ces anges. Cette "chute" consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 392[10]

Saint Thomas d'Aquin explique que le premier péché de l'ange ne pouvait être qu'un péché spirituel — orgueil ou envie —, car un pur esprit n'a pas les convoitises charnelles de l'homme ; sa faute fut de désirer sa propre excellence en dehors de l'ordre voulu par Dieu[11].

Pourquoi leur choix est-il irrévocable ?

Une question revient sans cesse : pourquoi Dieu, infiniment miséricordieux, ne pardonne-t-il pas aux démons comme il pardonne aux hommes ? La réponse de la théologie ne met pas en cause la miséricorde divine, mais la nature même du choix angélique. L'ange, pur esprit, connaît et choisit d'un seul acte, total et définitif, sans le cheminement, les hésitations et les repentirs propres à l'homme. Son refus est sans retour, non parce que Dieu le lui interdirait, mais parce qu'il s'y est engagé tout entier, une fois pour toutes :

« C'est le caractère irrévocable de leur choix, et non un défaut dans l'infinie miséricorde divine, qui rend le péché des anges sans pardon. "Il n'y a pas de repentir pour eux après la chute, comme il n'y a pas de repentir pour les hommes après la mort." » — Catéchisme de l'Église catholique, § 393 (citant saint Jean Damascène)[12]

Satan, Lucifer, démons : une question de vocabulaire

Plusieurs noms désignent ces réalités, et il est utile de les distinguer. Satan (de l'hébreu śāṭān, « l'adversaire », « l'accusateur ») et diable (du grec diabolos, « celui qui divise », « le calomniateur ») désignent le chef des anges déchus. Lucifer (« porteur de lumière ») est le nom traditionnellement donné à cet ange avant sa chute, repris d'une lecture spirituelle d'Isaïe 14, 12. Les démons (du grec daimonion) sont l'ensemble des esprits déchus qui l'ont suivi. L'Écriture lui donne encore d'autres titres : « le Malin », « le prince de ce monde » (Jn 12, 31), « le dieu de ce monde » (2 Co 4, 4), « Béelzéboul » (Mt 12, 24)[13].

Que dit la Bible sur les démons ?

L'Ancien Testament : le tentateur et l'accusateur

L'Ancien Testament dévoile la figure de l'adversaire avec retenue, mais nettement. Dès la Genèse, le serpent séduit l'homme et le fait douter de la bonté de Dieu (Gn 3) ; la Sagesse interprétera plus tard cette scène : « C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 2, 24)[14]. Dans le livre de Job, « le Satan » apparaît comme l'accusateur qui ne peut éprouver le juste qu'avec la permission expresse de Dieu (Jb 1-2) — détail capital, sur lequel toute la doctrine du pouvoir limité des démons s'appuiera[15].

Jésus face au démon : tentation et exorcismes

Le Christ délivre le démoniaque de Gérasa (Mc 5). Mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo, Ravenne, début du VIe siècle ; Wikimedia Commons, domaine public.

C'est dans les Évangiles que la réalité démoniaque se manifeste pleinement, parce que le Christ vient précisément l'affronter. Au seuil de sa vie publique, Jésus est tenté au désert par le diable, qui lui propose le pouvoir, le prodige et la possession du monde (Mt 4, 1-11) — et qu'il repousse par la Parole de Dieu[16]. Tout au long de son ministère, le Christ chasse les démons comme signe que le Règne de Dieu est arrivé : la délivrance du démoniaque de Gérasa (Mc 5, 1-20) est la plus saisissante de ces scènes[17]. Jésus nomme l'adversaire sans détour :

« Dès le commencement il a été un meurtrier ; il ne s'est pas tenu dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, car il est menteur et père du mensonge. » — Évangile selon saint Jean 8, 44[18]

Et il révèle d'un mot la portée de sa mission : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair » (Lc 10, 18)[19]. Le Catéchisme résume : « La venue du Règne de Dieu est la défaite du règne de Satan »[20].

Saint Paul et le combat contre les « puissances »

Pour saint Paul, la vie chrétienne est un combat — non « contre la chair et le sang », mais contre des adversaires spirituels qu'il faut affronter avec les armes de Dieu :

« Revêtez l'armure de Dieu, pour pouvoir tenir contre les manœuvres du diable ; car ce n'est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les régisseurs de ce monde de ténèbres. » — Lettre de saint Paul aux Éphésiens 6, 11-12[21]

Saint Pierre prolonge l'avertissement par une image devenue proverbiale : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi » (1 P 5, 8-9)[22]. Loin d'inviter à la peur, ces textes appellent à la vigilance confiante : le diable rôde, mais il ne peut que « chercher » — la victoire reste au Christ.

Que peut et que ne peut pas faire un démon ?

Un pouvoir réel mais limité par Dieu

C'est sans doute le point le plus libérateur de la doctrine catholique : le pouvoir des démons est réel, mais il n'est en rien infini. Le démon est une créature, et une créature ne peut jamais égaler le Créateur. Le Catéchisme est d'une netteté remarquable :

« La puissance de Satan n'est néanmoins pas infinie. Il n'est qu'une créature, puissante du fait qu'il est pur esprit, mais une créature : il ne peut empêcher l'édification du Règne de Dieu. […] il est un grand mystère que la Providence permette l'activité diabolique, mais "nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment" (Rm 8, 28). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 395[23]

Comme dans le livre de Job, le démon ne peut agir qu'avec la permission de Dieu, et Dieu ne permet ce qu'il permet qu'en vue d'un bien plus grand. C'est là le fondement de la paix du chrétien : aucun démon n'a sur lui le moindre pouvoir que Dieu ne lui ait laissé, et que la prière, les sacrements et la grâce ne puissent contrer.

Ce que les démons ne peuvent pas faire

La théologie classique, notamment saint Thomas d'Aquin, précise plusieurs limites infranchissables du pouvoir démoniaque. Le tableau ci-dessous distingue ce que les démons peuvent faire (par leur nature de purs esprits) et ce qu'ils ne peuvent pas faire (réservé à Dieu seul).

Ce qu'un démon peut faireCe qu'un démon ne peut pas faire
Suggérer, tenter, suggestionner l'imagination et les sens[24]Créer quoi que ce soit à partir de rien — propre à Dieu seul[25]
Agir sur la matière dans les limites permises (phénomènes physiques rares)Forcer la volonté libre : il peut séduire, jamais contraindre au péché[26]
Produire des prodiges trompeurs, « faux miracles »[27]Lire directement dans les pensées et le cœur, connus de Dieu seul[28]
Connaître certaines choses cachées par sa pénétration d'espritConnaître l'avenir libre avec certitude : seul Dieu connaît les futurs contingents
Imiter, contrefaire, singer les dons de Dieu (« ange de lumière », 2 Co 11, 14)Faire de vrais miracles : seul Dieu est maître de l'ordre de la création

Cette liste est d'une grande importance pastorale. Un démon ne peut pas « posséder » une âme contre son gré profond, ni lire les pensées intimes, ni prédire infailliblement l'avenir : les prétentions de la voyance, de la divination et du spiritisme reposent donc soit sur la supercherie, soit sur une ouverture imprudente à la tromperie démoniaque[29].

Le mensonge, arme principale

Le pouvoir des démons : réel mais limité. Ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas faire. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Si le pouvoir physique des démons est limité, leur véritable force est ailleurs : dans le mensonge et la séduction. Le Christ l'a appelé « le père du mensonge » (Jn 8, 44). Saint Paul avertit que « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2 Co 11, 14)[30] : sa tactique la plus efficace n'est pas la terreur spectaculaire, mais la demi-vérité, la flatterie, le découragement, l'illusion d'un bien. C'est pourquoi la grande arme du chrétien n'est pas la peur, mais le discernement dans la lumière de la vérité.

Tentation, obsession, possession : quelles différences ?

L'action ordinaire : la tentation

L'immense majorité de l'action démoniaque sur les hommes est ordinaire : c'est la tentation. Elle vise tout le monde, croyants et incroyants, saints compris — le Christ lui-même a été tenté. Tenter n'est pas contraindre : le démon suggère, propose, insinue, mais la décision demeure libre. « Aucune tentation ne vous est survenue qui passât la mesure humaine […] avec la tentation, [Dieu] vous donnera le moyen d'en sortir » (1 Co 10, 13)[31]. Saint Jacques donne la règle d'or de la résistance :

« Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. » — Lettre de saint Jacques 4, 7[32]

L'action extraordinaire : un fait rare

Au-delà de la tentation ordinaire, la tradition des exorcistes distingue des formes extraordinaires et rares d'action démoniaque, que l'on échelonne classiquement par degré de gravité. Le tableau suivant en donne la terminologie usuelle, telle qu'employée dans la pratique du ministère de délivrance.

FormeDescriptionFréquence
TentationSuggestion au péché ; touche tout le mondeUniverselle, ordinaire
InfestationPhénomènes liés à un lieu ou à un objetRare
Vexation (oppression)Atteintes physiques externes (la « lutte » d'un Padre Pio, d'un Curé d'Ars)Très rare
ObsessionAssaut mental persistant, pensées obsédantes imposéesTrès rare
PossessionLe démon agit par le corps d'une personne en suspendant l'usage de ses facultésExceptionnelle

Ces phénomènes graves sont exceptionnels, et l'Église impose en la matière une prudence extrême. Le rituel De exorcismis et supplicationibus quibusdam, promulgué en 1999, demande qu'avant toute conclusion on écarte d'abord les explications naturelles — en particulier les troubles psychiques et médicaux — et réserve l'exorcisme solennel aux cas de possession véritablement avérés, sous l'autorité de l'évêque[33].

Ne pas tout attribuer au démon

De la tentation ordinaire aux phénomènes extraordinaires : une échelle de gravité décroissante en fréquence. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'Église met en garde contre deux excès symétriques : ne jamais voir le démon nulle part, et le voir partout. Attribuer au diable ce qui relève de la maladie, du péché ordinaire, de la psychologie ou du simple hasard est une faute de discernement qui peut faire grand tort. La règle pastorale constante est de présumer d'abord le naturel, de recourir aux compétences médicales, et de ne conclure à une cause préternaturelle qu'avec une grande circonspection. La sobriété fait partie de la doctrine.

Comment l'Église répond-elle aux démons ?

Le Christ vainqueur, source de toute libération

Toute la réponse de l'Église tient en un nom : Jésus-Christ. Le démon est un adversaire déjà vaincu. Par sa mort et sa résurrection, le Christ a « réduit à l'impuissance celui qui détenait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable » (He 2, 14)[34]. La libération du chrétien n'est jamais une affaire de techniques ou de formules magiques : c'est une participation à la victoire pascale.

« Le Fils de Dieu s'est manifesté pour détruire les œuvres du diable. » — Première lettre de saint Jean 3, 8[35]

Les sacrements et la prière, armes ordinaires

Contre l'action ordinaire des démons — la tentation —, l'Église ne propose pas d'abord l'exceptionnel, mais l'ordinaire de la grâce : le baptême qui arrache au pouvoir des ténèbres, la confession qui relève, l'Eucharistie qui fortifie, la prière, le jeûne, la vie de charité, le recours à la Vierge Marie et aux saints. Le Christ l'a enseigné lui-même : certains combats ne se gagnent « que par la prière » (Mc 9, 29)[36]. La prière du Notre Père s'achève d'ailleurs sur une demande de délivrance qui, selon la tradition, vise une personne et non une abstraction :

« Cette demande [‘délivre-nous du Mal’] […], le Mal n'est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l'ange qui s'oppose à Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2851[37]

L'exorcisme, un ministère encadré

Quand une possession est moralement certaine, l'Église dispose d'un sacramental spécifique : l'exorcisme. Le Catéchisme le définit et en fixe les limites :

« Quand l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire, on parle d'exorcisme. […] L'exorcisme solennel […] ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l'évêque. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1673[38]

L'exorcisme n'est donc ni un spectacle ni une pratique libre : c'est un ministère grave, confié à des prêtres mandatés, exercé avec discernement et après examen médical. Pour le détail de ce ministère, de son histoire et de son rituel, voir l'article dédié Que dit l'Église sur les exorcismes ?.

Le rôle de saint Michel et des anges

Saint Michel terrassant le démon. Guido Reni, vers 1630-1635, Santa Maria Immacolata a via Veneto (Rome) ; Wikimedia Commons, domaine public.

Face aux anges déchus, l'Église invoque traditionnellement les anges fidèles, et au premier rang l'archange saint Michel, dont le nom même est un cri de combat : « Qui est comme Dieu ? » (en hébreu, Mi-ka-El). La prière à saint Michel, composée par le pape Léon XIII à la fin du XIXᵉ siècle, demeure une arme spirituelle recommandée. L'Apocalypse montre Michel à la tête des anges chassant le dragon du ciel (Ap 12, 7-9)[39] : image de la victoire définitive que la liturgie fait sienne.

Faut-il avoir peur des démons ?

Une crainte vaincue par le Christ

La réponse de l'Église est claire : non, le chrétien n'a pas à vivre dans la peur des démons. La crainte servile, paralysante, n'est pas de l'Évangile. « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jn 4, 4)[40]. Le baptisé qui vit dans la grâce, fréquente les sacrements et prie n'a aucune raison de redouter un adversaire déjà battu. La juste attitude n'est ni la terreur ni l'insouciance, mais la vigilance confiante de celui qui sait que la victoire est acquise.

Les déviations à éviter : peur et fascination

Entre peur et fascination, la juste attitude catholique : la vigilance confiante. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Deux déviations symétriques guettent. D'un côté, la peur obsessionnelle, qui voit le démon partout et finit par lui rendre l'attention qu'il convoite. De l'autre, la fascination : la curiosité pour l'occulte, les expériences « pour voir », qui ouvrent imprudemment une porte. Les deux trahissent un même oubli — celui de la primauté du Christ. La sobriété évangélique tient le milieu : prendre l'adversaire au sérieux sans jamais lui accorder le centre, qui revient à Dieu seul.

Occultisme, spiritisme : pourquoi l'Église met en garde

C'est ici que la doctrine rejoint la prudence pratique. L'Église interdit fermement la divination, le spiritisme, la magie et toutes les pratiques occultes, non par obscurantisme, mais parce qu'elles prétendent obtenir un pouvoir ou un savoir hors de Dieu, et exposent à la tromperie démoniaque :

« Toutes les formes de divination sont à rejeter […]. Le recours à Satan ou aux démons, l'évocation des morts […], tout cela est en contradiction avec l'honneur et le respect, mêlé d'amour, que nous devons à Dieu seul. » — Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2116-2117[41]

Consulter un médium, jouer au spiritisme « pour s'amuser », chercher dans l'occulte des réponses que la foi donne autrement : ce sont, aux yeux de l'Église, des portes imprudemment ouvertes. La mise en garde n'est pas une peur, mais une protection.

Les textes du Magistère sur les démons

L'enseignement de l'Église sur les démons n'est pas une accumulation de légendes : il s'appuie sur des textes magistériels précis, du concile médiéval au rituel contemporain. Voici les jalons majeurs.

  1. 1215
    IVe concile du Latran — « Firmiter »

    Définition dogmatique de référence : le diable et les démons ont été créés bons par Dieu, mais se sont rendus mauvais par eux-mêmes (DS 800).

  2. 1614
    Rituale Romanum — rituel d'exorcisme

    Le rituel romain codifie pour des siècles la pratique de l'exorcisme et les signes prudents permettant de discerner une possession véritable.

  3. 1884-1890
    Léon XIII — prière à saint Michel

    Le pape compose et diffuse la prière à saint Michel Archange, longtemps récitée à la fin de la messe basse.

  4. 1972
    Paul VI — « Délivre-nous du mal »

    Dans une catéchèse marquante, le pape réaffirme la réalité personnelle du démon contre la tentation de le réduire à un symbole.

  5. 1986
    Jean-Paul II — catéchèses sur les anges et les démons

    Cycle d'audiences générales rappelant que les anges déchus restent des créatures de Dieu et que leur révolte ne limite pas sa souveraineté.

  6. 1992
    Catéchisme de l'Église catholique

    Synthèse de référence : §§ 391-395 (la chute des anges), § 414, § 1673 (exorcisme), §§ 2850-2854 (« délivre-nous du Mal »).

  7. 1999
    De exorcismis et supplicationibus quibusdam

    Nouveau rituel d'exorcisme (révisé en 2004) : prudence, examen médical préalable, autorité de l'évêque.

De Latran IV au rituel de 1999, la ligne est d'une remarquable constance : affirmer la réalité des démons sans jamais leur céder le premier rôle, qui revient au Christ vainqueur. C'est l'équilibre catholique : ni naïveté, ni psychose ; ni négation moderniste, ni fascination malsaine. « Résistez au diable, et il fuira loin de vous. »

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 391, Librairie Éditrice Vaticane / Mame-Plon, Paris, 1992. Sur la chute des anges et l'identification de Satan comme ange déchu.

    1 2
  2. Paul VI, audience générale du 15 novembre 1972, « Liberaci dal male », texte officiel sur vatican.va. Texte original italien : « Il male non è più soltanto una deficienza, ma un'efficienza, un essere vivo, spirituale, pervertito e pervertitore. Terribile realtà. Misteriosa e paurosa. »

    3
  3. Jean-Paul II, catéchèses des audiences générales de l'été 1986 (notamment celle du 13 août 1986) sur les anges et la chute des anges, textes officiels sur vatican.va : les esprits déchus demeurent des créatures de Dieu, et leur révolte ne restreint pas la souveraineté divine.

    4
  4. Première lettre de saint Jean 3, 8 (AELF) : « Le Fils de Dieu s'est manifesté pour détruire les œuvres du diable. »

    5 35
  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 414, op. cit. : « Satan ou le diable et les autres démons sont des anges déchus pour avoir librement refusé de servir Dieu et son dessein. Leur choix contre Dieu est définitif. »

    6
  6. IVe concile du Latran (1215), constitution Firmiter credimus, dans H. Denzinger, Enchiridion Symbolorum (DS 800). Texte original latin : « Diabolus enim et alii daemones a Deo quidem natura creati sunt boni, sed ipsi per se facti sunt mali. »

    7
  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 330, op. cit. : les anges sont des créatures purement spirituelles, dotées d'intelligence et de volonté, personnelles et immortelles.

    8
  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 392, op. cit. : la chute comme refus libre, radical et irrévocable de Dieu et de son Règne.

    9 10
  9. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prima Pars, q. 63, a. 1-3 (le premier péché des anges fut un péché spirituel : orgueil et envie).

    11
  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 393, op. cit., citant saint Jean Damascène, De fide orthodoxa, II, 4 : le caractère irrévocable du choix angélique.

    12
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 2851, op. cit. : dans le « délivre-nous du Mal », le Mal désigne une personne, Satan.

    13 37
  12. Livre de la Sagesse 2, 24 (traduction liturgique AELF) : « C'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde. »

    14
  13. Livre de Job 1-2 (AELF) : « le Satan » ne peut éprouver Job qu'avec la permission expresse de Dieu — fondement scripturaire du pouvoir limité des démons.

    15
  14. Évangile selon saint Matthieu 4, 1-11 (AELF) : la tentation du Christ au désert ; Jésus repousse le diable par la Parole de Dieu.

    16
  15. Évangile selon saint Marc 5, 1-20 (AELF) : la délivrance du démoniaque de Gérasa et la légion de démons.

    17
  16. Évangile selon saint Jean 8, 44 (AELF) : le diable « meurtrier dès le commencement » et « père du mensonge ».

    18
  17. Évangile selon saint Luc 10, 18 (AELF) : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. »

    19
  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 550, op. cit. : « La venue du Règne de Dieu est la défaite du règne de Satan. »

    20
  19. Lettre de saint Paul aux Éphésiens 6, 11-12 (AELF) : l'armure de Dieu et le combat contre les Principautés et les Puissances.

    21
  20. Première lettre de saint Pierre 5, 8-9 (AELF) : « Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui. »

    22
  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 395, op. cit. : le pouvoir de Satan n'est pas infini ; il n'agit que dans le cadre permis par la Providence (cf. Rm 8, 28).

    23 25
  22. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prima Pars, q. 114 (l'assaut des démons) et q. 110, a. 4 (les démons opèrent des prodiges, non de vrais miracles, qui relèvent de Dieu seul).

    24 27
  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 1707, op. cit. : l'homme, tenté par le diable, peut pécher, mais la tentation ne supprime pas sa liberté.

    26
  24. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Prima Pars, q. 57, a. 4 : les secrets du cœur et les pensées libres sont connus de Dieu seul ; anges et démons ne les connaissent pas directement.

    28 29
  25. Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 14 (AELF) : « Satan lui-même se déguise en ange de lumière. »

    30
  26. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 10, 13 (AELF) : aucune tentation au-delà de la mesure humaine ; Dieu donne avec elle le moyen d'en sortir.

    31
  27. Lettre de saint Jacques 4, 7 (AELF) : « Soumettez-vous à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. »

    32
  28. Rituel romain, De exorcismis et supplicationibus quibusdam, Congrégation pour le Culte divin, promulgué le 26 janvier 1999 (édition amendée 2004), succédant au Rituale Romanum de 1614 : examen préalable, discernement avec le concours de la médecine, autorité de l'évêque pour l'exorcisme solennel.

    33
  29. Lettre aux Hébreux 2, 14 (AELF) : le Christ a réduit à l'impuissance « celui qui détenait le pouvoir de la mort, c'est-à-dire le diable ».

    34
  30. Évangile selon saint Marc 9, 29 (AELF) : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir que la prière. »

    36
  31. Catéchisme de l'Église catholique, § 1673, op. cit. : définition de l'exorcisme comme sacramental ; l'exorcisme solennel réservé au prêtre mandaté par l'évêque.

    38
  32. Apocalypse de saint Jean 12, 7-9 (AELF) : saint Michel et ses anges combattent le dragon et le précipitent du ciel.

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  33. Première lettre de saint Jean 4, 4 (AELF) : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. »

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  34. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2116-2117, op. cit. : rejet de toute divination, du spiritisme et de la magie.

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